Libr-critique

26 décembre 2005

[Livre] Elle est là, Raymond Federman et Mathias Pérez

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Elle est là de Raymond Federman & Mathias Pérez
Editions Carte Blanche, 24 pages , ISBN : 2-905045-45-0, 15€
site Fusées

4ème de couverture :

J’hésite

vais-je oser

oser

la toucher !

Premières impressions :
Mathias Pérez nous offre avec cette publication à 1200 exemplaires, la possibilité d’obtenir à un prix raisonnable, le fac-similé d’un livre d’artiste fait par lui-même et par Raymond Federman, redécouvert depuis deux ans en France, et auquel fut consacré le dernier numéro de Fusées (cf. le site Fusées, où est en ligne un dossier).Cette édition, tout en quadri, permet de découvrir aussi bien l’écriture manuscrite de l’écrivain, écriture qui tourne autour de la ligne sensuelle du sein et des cuisses de la femme, que la peinture tout en surface du corps féminin qu’accomplit Mathias Pérez. Cette rencontre permet d’entrer dans l’intersection de deux désirs, écriture et peinture, qui chacun à leur façon, se tiennent dans la suspension de la tension en direction du corps féminin : « je … je … » « Je veux les lécher les mordiller les… les … »

25 décembre 2005

[Livre] Mobiles, Vannina Maestri

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maestri_mobiles

mobiles de Vannina Maestri
Editions al dante, 143 pages , ISBN : 2-84761-098-7, 17€

4ème de couverture :
Mon but serait une écriture-carte dessinée comme un territoire passager où les discours s’entrecroisent sur une surface qui mimerait un discours vrai; mais ceci comme si le texte n’était pas vraiment dans un territoire exact ni utopique mais simplement variable… Comme pour le jeu de go où les pions occupent sur le damier une intersection de lignes; ils se combattent grâce à une imperceptible avancée : une armée de mots-pions (noirs et blancs de la page) ravageant le terrain par petites avancées et contournements, solitaires mais en groupes — accolés et formant cependant une linéarité. »

« Mobile », l’écriture de Vannina Maestri libère le sens des significations fossiles. Mots, concepts et images émergent en écheveaux ou constellations, cernant les vides où se déploie une langue sans cesse mouvante et néanmoins tenue.

Vannina Maestri a déjà publié aux éditions Al dante : Suppressions des données (in Ouvriers vivants, ouvrage collectif, 1999) et Vie et aventures de Norton (2002).

Premières impressions : mobiles, tout à la fois structures en équilibre précaires et solides sur la page, aux croisements des pages, dans les intersections des échos de mots, et dynamique forcenée et parfois fugace de sens qui fusent et démultiplient chaque facette donnée par les expressions. Cet assemblage n’est pas simplement un cut’up, mais il est bien la mise à l’épreuve de la résistance de notre propre langue en ce temps. Car Vannina Maestri entreprend bien là, comme son chantier l’y pousse de plus en plus, un travail schizophrène de et dans la langue et ses ramifications au niveau de ce qu’elle dit. Que dit la langue quand on la saisit dans ses intercroisements, dans ses brisures, dans une cartographie qui ne répond plus aux cadastres artificiels donnés par des pouvoirs hégémoniques (le magazine, la radiophonie, le journal télévisé, l’affiche, etc…) ? Que dit la langue quand on la saisit dans sa prolifération phénoménale, dans son surgissment en tant que phénomène qui vient saturer l’espace cognitif de la conscience immergée dans le monde humain ? C’est l’expérience de cette question, à laquellle nous convie ici Vannina Maestri. Un livre magnifique, dont on ne pourra assurément jamais faire le tour.

[lire la chronique de Hortense Gauthier]

[Livre] Ce qui fait tenir, Christian Prigent

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prigent_cequifaittenir.jpgCe qui fait tenir de Christian Prigent
Editions POL, 169 pages , ISBN : 2-84682-111-9, 18€

4ème de couverture :
Soit un effet de cadrage (analyse, théorie); et, en creux dedans, justifié par et le tenant ouvert, l’ironie d’un noir lumineusement opaque (poésie). L’un avec et contre l’autre, indissolublement. Petits mouvements d’écriture dans ce dispositif alterné. Pour voir comment ça marche. Et ce que ça dit du complexe de nommable et d’inommable dit expérience. Scénario : 1) ouverture (peinture et poésie : Daniel Dezeuze et Paul Scarron) — 2) bref acte en vers —3) intermède : Paul Verlaine et les mères — 4) final voix off pour dénouer.

Premières impressions :
Prigent ne nous avait pas habitué à poser ainsi travail poétique et théorique, lui qui, tout au contraire de les tenir juxtaposés dans un seul élan, posait davantage la fusion, l’entrelacement, ou leur écart total (les deux appartenant à deux champs éditoriaux distincts), pouvant même se méfier parfois de travaux interrogeant la juxtaposition des genres. Dans ce livre il offre ainsi à suivre un travail de plans et de déplis qui à première lecture paraît avec difficulté parfois se replier, les langues étant peut-être trop distantes, hétérogènes, ne s’interrogeant pas assez certainement à certains instants. Certes, comme je le montrerai dans un prochain article critique, on retrouve de magnifiques formulations analytiques quant à la modernité (poétique et picturale, qui recoupent les magnifiques analyses de Rien qui porte un nom ), de même que l’on retrouve son élaboration poétique, cependant, malgré le subterfuge programmatique annoncé, il ne semble pas que cette liaison prenne véritablement, comme s’il y avait un artifice de liaison entre chacun des pans, même s’il pose d’emblée que la poésie sera la noirceur venant trouer la lisibilité du théorique.

[lire la chronique]

[Livre] 10 élégies Hé, Philippe Beck

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10 Élégies Hé, de Philippe Beck, publié par les Éditions Alligator/Studio

28 pages , 18€

édition bilingue, traduction Piet Joostens


extrait :

De zaak is nog onder de rechter.In de zingende weidengaat iemand er met kalk tegenaan,

aandringen zal hij,

tegen de hoek van een bureau

held van de administratie

zonder het te weten.

Le procès est encore devant le juge.Dans les prairies chanteuses,quelqu’un badigeonnera,

il insistera

un angle de bureau

héros de l’administration

sans le savoir.

 
Premières impressions : Nous remercions Philippe Beck de nous avoir offert ce petit livre, édité magnifiquement par Piet Joostens. Le tirage est à peu d’exemplaires (126), il est numéroté. Pour le commander, ou pour tout renseignement :johan.velter@druksel.be
johan.velter@gent.beLe texte de Philippe Beck est un travail, une nouvelle fois, dans la finesse des couches sémiotiques de la langue. Une exploration de liaisons inusitées, où les mots se personnifient, viennent occuper un espace de sens qui ne leur était pas accordé a priori. Un texte subtile pour les amoureux de la langue.

20 décembre 2005

[Chronique] Wpsyché Carvalho et Morgaine, par Philippe Boisnard

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Métaphorique de la mélancolie

Dé-position de lecture — Dans ses Ecrits, Lacan, insistait — et ceci posant l’aporie de la construction scientifique de la psychanalyse, qu’il allait de plus en plus explorer, après avoir voulu concevoir avec la psychanalyse une science exacte — sur le fait qu’il « est difficile de ne pas voir, dès avant la psychanalyse, introduite une dimension qu’on pourrait dire symptôme, qui s’articule de ce qu’elle représente le retour de la vérité comme tel dans la faille d’un savoir ». Phrase complexe, qui exprime, que la parole de cet Autre, de l’inconscient, ne se donne pas dans la mesure ordonnée d’un savoir qui se détermine objectivement selon des règles qui en permettent la pure intelligibilité et la réappropriation, mais se pose dans la présentification d’une faille qui vient creuser le savoir qui se donne en une représentation. La représentation, en tant que saisie de ce qui se présente, ainsi serait l’indice fracturé de ce qui se présentant ne peut se donner autrement que comme cette accidentalité de ce qui parle. C’est pourquoi il peut insister sur le fait aussi bien dans ses Ecrits que dans son Séminaire, que « nous trouvons aussi dans le texte même du délire une vérité qui n’est pas là cachée comme c’est le cas dans les névroses mais bel et bien explicitée, et presque théorisée. Le délire la fournit, on ne peut même pas dire à partir du moment où on en a la clé, mais dès qu’on le prend pour ce qu’il est, un double parfaitement lisible, de ce qu’aborde l’investissement théorique ». Le délire contrairement à la névrose qui se forme selon la théorie freudienne sous-jacente, par un transfert de contenu, posant tout à la fois la porosité et la séparation entre le dire révélé et le dire latent, n’est autre que le dire lui-même, mais dire qui se dit à la première personne du singulier (« Je ») posant la forclusion de sa donation pour le « moi » (conscience réflexive). Le délirant s’il dit, s’il dit bien évidemment la vérité, au sens où c’est bien l’Autre qui parle par sa bouche, ne peut revenir, se représenter cette présentation de l’inconscient pour lui-même. Et c’est bien ici la difficulté existentielle à laquelle se confronte le délirant, difficulté qui clignote, au sens où il ne l’aperçoit que par soubresaut. Étant dans la présence du dire de l’inconscient, dire qui est vérité même de ce qu’il vit, il ne peut se réapproprier ce dire (représentation) étant absolument affecté par le dire lui-même, et ne pouvant tenir sous la forme de l’objectivité un méta-discours de celui-ci.
C’est pour cela que la médiation du psychiatre ou du psychanalyste est nécessaire, comme cette présence qui permet par sa distance (l’introduction d’une intersubjectivité qui fait passer le dire du « Je » au « il » et qui dialectiquement ramène le patient au « moi ») de faire retour sur soi.


Situation — Avec Wpsyché, de William Carvalho et Manuela Morgaine, avant toute autre chose, nous faisons face à ce dispositif. Manuela Morgaine dans sa courte préface exprime ce fait. Ce qui l’intéresse dans ce travail, c’est bien cette relation entre le patient, qui se tient dans son pâtir, et de l’autre le psychiatre qui note et annote, qui retranscrit le dire qui se dit dans le pâtir du patient et qui vient en fracturer l’unité dite par un méta-discours qui en circonscrit, en creuse, en défait la forclusion, pour mettre en relation ce dire avec lui-même avec ses propres causalités :
« Pendant la consultation, William de Carvalho note, en même temps, et souvent au cours d’une même phrase, ce que dit le patient et son propre commentaire. Cela passe donc du Je au Il presque tout au long. Il note le moment où la parole est énoncée : on lui dit quelque chose et parfois, en suivant, il en dit quelque chose d’autre »
Wpsyché est donc tout d’abord un document, document de cette mise en scène de deux « dire », qui doivent in fine en provoquer un troisième par le dépassement de la forclusion du patient. Mise en scène d’un dire qui est celui du délire mélancolique qui se dit en tant que vérité lors de la séance et d’un autre dire qui est son altérité, sa re-présentation désaffectée par le passage de la première personne du singulier à la troisième. C’est parce que le psychiatre justement n’est pas affecté par le dire de l’inconscient (quoi que…) qu’il peut tenir cet autre dire. Le 3ème dire devant alors se constituer dans le retour sur soi du « Je –patient » à un « moi-patient », et donc se décider dans la reprise du dire de l’Autre qu’il est sans distance, au dire de soi d’une conscience qui a fait la différence entre cet Autre de soi et soi.
Mais Wpsyché n’est pas seulement cela, et il est nécessaire immédiatement de le souligner. Certes, on aurait pu désirer que cela ne soit que cela, à savoir la donation non intermédiée (filtrée) de cette relation entre les patients et William de Carvalho (cela aurait une aventure éditoriale immense : 1500 dossiers sur 15 ans). Mais justement un autre choix a été fait, qui amène que nous ne faisons pas face véritablement à un document, du fait qu’il y a eu la survenue d’un autre filtre, qui n’est plus celui propre à l’unité documentaire, mais qui en est hétérogène au niveau de l’intentionnalité : celui de Manuela Morgaine, qui est écrivain et artiste, et qui s’est proposée comme fin de : « tailler dans la masse des pages (…) » de « chercher l’or dans la mine de plomb » de « souligner la métaphore de part et d’autre, pour sentir l’essence de cette langue secrète qui se parle en vase clos ».
Donc ce livre est bien une mise en scène du document, en tant que sa finalité ne tient pas à la documentation (aucun principe objectif et scientifique dans le choix des notes, mais bien plutôt un parti pris poétique), mais à questionner la formation d’un langage intersubjectif (croisé) entre le patient et le psychiatre. Avant d’analyser un peu plus la teneur de cette mise en scène, il est à regretter, que Manuela Morgaine ne semble pas connaître assez la psychanalyse, au sens, où justement, comme je le soulignais d’emblée dans cet article, et comme Lacan l’a parfaitement analysé, il est nécessaire de distinguer les déplacements propres au névrose (où alors en effet des jeux métaphoriques pourraient être observés) et de l’autre la parole du délire qui justement n’est pas métaphorique. Elle se pose dans la conception, qui n’est que peu avérée par les notes de Carvalho, que la parole du patient serait un discours de second degré (symptomatique) pour un discours de premier degré qui serait à retrouver, sans saisir (ce qui fait que le lecteur peut par moment en vouloir beaucoup plus que ce qui a été filtré) que justement le symptôme n’est pas dans cette dichotomie, mais dans l’impossibilité pour le patient à se ressaisir en tant que soi dans son discours, celui-ci étant la vérité même dite. La forclusion du discours tenant ainsi non pas à la liaison entre deux discours mais à cette impossibilité pour le patient de passer dela présentification du discours à sa représentation, tant le discours l’absorbe par l’affect qui le détermine. Justement comme l’explique Carvalho dans sa postface, la métaphore n’est pas la présentation première du patient, mais est la conséquence du passage du « Je » au « moi », à savoir elle se constitue dans la reprise de soi intermédiée par le psychiatre : « Certains patients accèdent dans cette descente aux enfers, à une lecture du monde et d’eux-mêmes qui transcende ce que nous pouvons habituellement tenter d’écrire ou de dire. (…) Je demande souvent des précisions, je ne me fie pas jamais aux mots, j’en demande l’explication et c’est souvent là que surgissent les métaphores qui nous ont intéressés ».
Ainsi, ce qui nous est proposé, c’est d’apercevoir une poétique du pâtir. Pâtir de soi du patient dans sa propre réflexivité ouverte par la médiation de la présence du psychiatre. Ce qui est ici éminemment pertinent, en-dehors des restrictions que j’ai pu énoncées, c’est qu’Al dante publiant un tel livre confronte cette réalité textuelle du dire à un ensemble d’écrivains qui ont pu publié chez lui, et qui se constituent dans un rapport à la folie et l’idiotie. A commencer par Pennequin ou Tarkos. Confrontation, qui loin de discréditer le travail de ces poètes, peut amener un nouveau regard sur leur texte, en tant qu’est aussi à saisir cette souffrance tragique qui est en eux, notamment pour Pennequin, qui depuis Dedans, nous donne à lire le détail d’un dire qui endure ontologiquement l’une des plus effroyables schizophrénie du sujet, un rapport à soi de reprise et d’abîme, où le sujet conscient certes tient bien, mais n’a de cesse de vaciller, d’osciller entre anéantissement dans la pure présentation du dire de cet Autre et restabilisation de soi. Publiant ainsi Wpsyché, Laurent Cauwet, ne peut qu’inviter à cette mise en rapport, et dès lors aussi à changer le rapport que nous pouvons avoir aussi bien à Ma langue de Tarkos que Dedans de Pennequin : ces textes ne sont pas que des livres, mais ce sont aussi les documents réels d’un vécu de sens existentiel, qui pour se réapproprier en passe par l’écriture, et certaines formes de saturations linguistiques.


Tissage des dits — Dans Wpsyché, nous n’avons certes pas la parole vivante du patient, à savoir ce que serait son flux, mais sa remédiation par le psychiatre. Et d’ailleurs, si on quantifie les paroles à la première personne du singulier (patient) et les paroles à la troisième personne (notes, méta-discours de Carvalho), on s’aperçoit très rapidement, qu’il y a davantage de ces dernières adresses que de celles des patients. Voire, certains fragments ne retranscrivent que le métadiscours du psychiatre.
« 74 — les yeux mouillés. Vit seule avec une sorte de caillou dans la chaussure. Pleeure beaucoup. État de néant. Pas là. »
« 139— Lâche le morceau. Ne sait pas le motif de sa démarche »
« 209 — Baisse rapide d’elle-même. Tentative d’arrêt. Rien apprécier.
Mais à quatre mille mètres d’altitude. Est allée à l’intérieur de son corps où il y avait un manège
»
Ce trait caractéristique ne montre pas tant un effacement du patient que justement la constitution d’une intersubjectivié entre le psychiatre et celui-ci. Tel que l’explique Carvalho, dans sa postface, s’il est bien médiation, il est dès lors réceptacle de ce dire du patient, « il en résulte une forme particulière du dire qui n’est pas l’émanation mot à mot du patient, mais une fusion de ce qui s’échappe de lui et de ce que je construis déjà dans mon inconscient ». Carvalho, s’il n’est pas dans le pâtir de ce qui travaille au cœur du patient, ici dans ce texte la psychose mélancolique, toutefois, lui aussi il est en prise avec lui-même, lui aussi se révèle, se découvre par ce dire qui l’atteint et qu’il doit remédier afin que le patient puisse dépasser la forclusion qui l’empêche de se réapproprier sa présence en tant que sujet.
Ce que vise, Carvalho et Morgaine, à partir de cette recension, de ce filtrage, c’est de donner un portrait à la mélancolie en tant que psychose. De montrer comment la mélancolie trouve accès au langage et à ses articulations. Ce qui est frappant dans toutes ces notes, c’est à quel point le regard du patient apparaît pour Carvalho. À de très nombreuses reprises, il le décrit, il en esquisse les traits caractéristiques :
« 7— yeux clairs »
« 17— yeux bleus »
« 38 — yeux bleus un peu fixe »
« 98 — yeux en couché de soleil »
« 150 — yeux clairs. Cernés »
« 20 — yeux fixes. Ne parlait plus »
En ce sens, si on a bien le langage, par les remarques de Carvalho, on a aussi la représentation corporelle de la mélancolie par le regard.
Dans ce jeu des notes, peu à peu s’énonce cette condition « tragique » des patients, astreints à la suspension de leur existence par la psychose mélancolique. On découvre que la mélancolie est la source d’un enfermement du patient dans une parole qu’il ne peut se réapproprier et qui le plonge dans un univers intérieur, qu’il décrit, quand on l’amène à la réflexivité (rupture de la forclusion entre « Je » et « Moi »), selon des devenirs métaphoriques de lui-même :
« je suis une souche. Naufrage. Bombardé, pulvérisé, écrasé, dévoré, désintégré, atomisé, du matin au soir. J’ai une vie de néant. (…) Je suis momifié ».
Plus on avance dans le livre, plus on ressent pour soi-même cette astreinte à résidence des patients, plus en soi, on ressent cette difficulté d’être. La mélancolie se découvrant par cette succession, comme un effondrement du temps du patient, de la possibilité du jettement dans une temporalité à venir, étant aspiré par la lourdeur d’un présent sans désir ou encore étant empêtré dans les ramifications d’un passé empêchant toute projection de soi dans le temps. On fait l’expérience d’une forme de soumission des patients à leur propre dire, soumission que seule la médiation du psychiatre peut briser, alors qu’il en a été le déclencheur.


Wpsyché, nous entraîne donc dans les noirceurs de la mélancolie, nous en fait faire par la médiation du filtre une expérience. Certes, du fait du choix poursuivi par les deux auteurs nous n’avons pas accès à une réelle connaissance (il ne s’agit donc pas épistémologiquement d’un livre de psychiatrie), mais par l’affect des images et des notes, nous pâtissons de cette difficulté existentielle, et nous nous installons dans la position d’une écoute, où nous devenons transpassible à la réalité de ce mal

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