Libr-critique

30 septembre 2013

[Agenda] Inton’action #3

Ne manquez pas, en fin de semaine, cet événement programmé en lien avec Libr-critique.

INTON’ACTION #3 _ rencontres internationales de poésie et d’art action du 4 au 27 octobre 2013 (DATABAZ, Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : 100, rue du Gond à Angoulême)

Pour sa troisième édition, DATABAZ poursuit son exploration des territoires audacieux de l’art action et de la poésie contemporaine, du sonore au numérique, de l’électronique au plastique, la performance sera explorée dans sa diversité et sa radicalité, durant deux jours de rencontres et un mois d’exposition.

Dans le sillage du Futurisme, de Dada et de Fluxus, les dix artistes présents artistes, qu’ils viennent d’Espagne, du Mexique, d’Italie ou de France, travaillent au coeur du contemporain, pour inventer un art actuel, une poésie en acte, dans l’action, en marche. Une parole debout, dans le corps, dans la voix, dans le geste …. Une poésie du faire, du vivre, vibrante et trépidante, qui prend le risque de l’instant, du moment, du contexte, qui travaille avec ce qui est là, ici et maintenant, debout, dans l’action du présent. Un art qui prend le risque du direct là devant, sans représentation, sans protection, un dire qui se donne dans la vie, pour faire, faire résonner, palpiter, ébranler, mettre en marche, en avant !

_ vendredi 4 octobre

DATABAZ – 20h30 – entrée : 5 euros // pass 2 soirées : 8 euros

/////// Pascale Barret (Belgique), Elvira Santamaria (Mexique), Eduard Escoffet (Espagne), Charles Dreyfus (France)

De la poésie sonore de Giovanni Fontana, grand poète italien, qui fait vibrer les sons et les mots en véritable maestro, à la poésie concrète du quotidien de Cécile Richard, en passant par le corps dansant et animal de Valentine Verhaeghe, et les install’actions du duo Akenaton (Philippe Castellin et Jean Torregrossa), en prise direct avec la matière et le politique, venez partager avec nous ces moments trépidants !

_ samedi 5 octobre

Marché des Halles et ses alentours – 11h

/////// performances dans l’espace public de Giovanni Fontana, Cécile Richard, Akenaton, Valentine Verhaeghe, Elvira Santamaria, Charles Dreyfus

DATABAZ – 20H30 – entrée : 5 euros // pass 2 soirées : 8 euros

/////// Pascale Barret (Belgique), Elvira Santamaria (Mexique), Eduard Escoffet (Espagne), Charles Dreyfus (France)

Deuxième soirée des rencontre INTON’ACTION pour découvrir l’art action et la poésie contemporaine, pratiques artistiques engagées et détonnantes, qui travaillent au coeur du réel et du corps. Des performances numériques de Pascal Barret qui interroge le corps cybernétique, à la poésie sonore percutante du catalan Eduard Escoffet, en passant par l’humour post-Fluxus de Charles Dreyfus et la force esthétique radicale d’Elvira Santamaria, venez vivre cette soirée performative et perforatrice!

Exposition////vidéos, poésie sonore et visuelle, installation et documents

Cécile Richard, Giovanni Fontana, Valentine Verhaeghe, Akenaton, Pascale Barret, Elvira Santamaria, Eduard Escoffet, Charles Dreyfus

du 4 au 27 octobre // vernissage samedi 4 octobre – 18h

horaires : du mercredi au dimanche – 15h – 19h + sur rendez-vous / entrée libre

Le festival sera retransmis en direct sur Internet sur Selfworld, motel numérique grâce à Ivan Chabanaud

29 septembre 2013

[News] News du dimanche

Prometteur, ce mois d’octobre qui s’ouvre, avec notamment ces deux livres qui paraissent en librairie jeudi 3 : L’Enfant de Raymond Bellour (P.O.L) et Vladimir Pozner se souvient (Lux éditions). Côté Libr-événements : rencontre avec David Graeber sur la dette (Paris) ; la révélation Véronique Bergen à la Librairie L’Odeur du Temps (Marseille) et, avec Jean-Marc Rouillan, à Manifesten (nouveau lieu d’Al dante à Marseille) ; Jacques Jouet au Petit Palais (Paris) ; rencontre avec P-U Barranque et L. Jarfer sur Guy Debord à Bordeaux ; RV avec Jérôme Bertin et Stéphane Nowak Papantoniou à La Ciotat.

Plus que jamais, le nouveau LC entend sans exclusive (les talents ne s’expriment exclusivement ni dans les livres, ni sur internet) vous proposer et analyser des expériences d’écriture exigeantes, voire expérimentales, dans les domaines du numérique comme dans ceux des sciences humaines (écritures expérimentales transgénériques, littératures libres et critiques, philosophie, sociologie). /FT/

Livres de la semaine

â–º Raymond Bellour, L’Enfant, P.O.L, en librairie le 3 octobre 2013, 102 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-1948-1.

"L’enfant, le mot suffit."

problématique"L’enfant est frappé par la maladie d’enfance."

"Où l’enfant, qui l’enfant, pour se précipiter comme un insecte sur la nostalgie du vivant ?"

"L’enfant attire l’enfant. C’est sa loi d’être. Se vautrer dans une identité. Il se dévore d’intérieurs. L’enfant roule sa boule et lance tant de pseudopodes."

Créature improbable et paradoxale… mystique, fantastique, énigmatique, problématique… comme le poète, l’enfant vit dans les plis. Et Raymond Bellour – spécialiste de Michaux, de psychanalyse et cinéma – de déplier sa matière multicolore et illimitée.

 

â–º Vladimir Pozner se souvient, texte établi par André et Daniel Pozner, Lux éditions, en librairie le 3 octobre 2013, 256 pages, 18 €, ISBN : 978-2-89596-162-8.

Présentation éditoriale. Vladimir Pozner se souvient de sa mère et de Alexandre Blok, Brecht, Chklovski, J.-R. Bloch, Oppenheimer, Dashiell Hammett, Vsévolod Ivanov, Pasternak, Isaac Babel, Hanns Eisler, Chagall, Fernand Léger, Joris Ivens, Buñuel, Elsa Triolet, Chaplin, Picasso… chez Lux, l’éditeur qui a déjà remis sous les projecteurs Les Etats-Désunis de Pozner en 2009.
 
Romancier à Paris, poète en Russie, scénariste à Hollywood, grand reporter un peu partout, Vladimir Pozner a traversé le XXe siècle au gré des événements, des travaux et des jours. Il a connu des écrivains, des cinéastes, des peintres, des musiciens, des savants, des comédiens, qui ont instillé dans le monde une bonne part du génie de l’époque. A leur sujet, il n’écrivait guère, pas plus que sur lui-même. Puis un beau jour, il s’est mis à rédiger un livre sur quelques-uns des amis qui ont joué un rôle clé dans sa vie. Pour la plupart, vous les connaissez, les autres vous les découvrirez, ils sont du même tonneau. Avec la discrétion qui lui est coutumière et la magie des mots, Pozner les fait vivre sous nos yeux. Ce faisant, il trace un autoportrait qui ne ressemble à aucun autre.

Libr-événements

â–º Lundi 30 septembre 2013 à 19H, Maison de la Poésie Paris (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris). En finir avec la dette : rencontre-débat avec David Graeber, l’auteur de Dette : 5000 ans d’histoire.

â–º Mercredi 2 octobre 2013 à 18H, lecture de Véronique Bergen à la Librairie L’Odeur du Temps (35, rue Pavillon 13001 Marseille) : Edie. La Danse d’Icare. Ce livre est pour LC l’une des révélations de l’année.

« Je balance au magnéto que je suis la septième sur huit enfants, la pénultième, que cela fait plus de deux décennies que je cherche la position érotique dont je suis le fruit. Comment mon père prenait-il ma mère ce 20 juillet 1942 ? Suis-je le produit d’une banale copulation, d’un quick sex sur la plage ? Ai-je été conçue dans la classique position du missionnaire ? Je sais que je suis l’enfant de l’été, que le soir où le sperme psychotique de Fuzzy a fait bingo, les terres de Santa Barbara brûlaient… »

Véronique Bergen

Ce récit publié chez Al Dante en septembre 2013 raconte l’épopée, courte et dense, de la vie d’Edie Sedgwick, reine des nuits new-yorkaises et princesse de la Factory, connue comme égérie d’Andy Warhol, compagne de Bob Dylan et mannequin des magazines « Vogue » et « Life »… C’est également le roman en creux d’une Amérique malade et criminelle.

â–º Mercredi 2 octobre, de 13H à 14H30, Petit Palais (Avenue Winston Churchill 75008 Paris), dans le cadre des rencontres mensuelles au Petit Palais (« Entendez voir : la littérature est-elle soluble dans la télévision ? »), JACQUES JOUET propose et commente une sélection d’extraits d’archives consacrées à LOUIS ARAGON.

â–º MANIFESTEN, le nouveau lieu des éditions Al dante (comme ce lieu magique fonctionne selon le principe de la coopérative, vous pouvez envoyer vos dons : 59, rue Thiers 13001 Marseille).

Jeudi 3 octobre 2013 à 16H. Entretien avec Véronique Bergen à propos de l’ouvrage Le Corps glorieux de la Top-modèle aux Éditions Lignes

La mode a fait de l’inauthentique l’espace de ses expérimentations. Lorsqu’ils véhiculent les codes de la frivolité, créateurs et top-modèles le font en conscience, et se posent en sujets d’énonciation à part entière. L’examen du « phénomène de mode » fait apparaître la relation étroite qu’il entretient avec les motifs fondamentaux de la représentation occidentale : un platonisme « hétérodoxe » et une « inversion paradoxale de l’incarnation », entendue en son sens religieux.

Il n’y a pas d’objet qui ne se retourne sur son questionneur. Par cette volte-face, il révèle que, sous son étiquetage en catégorie d’objet, il dispose d’une puissance subjective. Ainsi en est-il de la mode. Quand la philosophie s’empare de phénomènes contemporains tels que la mode, le rock, les jeux vidéos, le porno, elle encourt le danger de devenir une sorte de pensée appliquée à des matériaux qui lui sont hétérogènes et de faire de ce sur quoi elle se penche un objet d’investigation qu’elle arraisonne sous ses schèmes. Ne pas limiter la mode à ce qu’elle donne à réfléchir, à conceptualiser à la philosophie revient à la questionner à partir de la façon dont elle se met en place et opère : activant des invariants symboliques qui nous interrogent en retour, la mode et plus spécifiquement les top-modèles redessinent le champ des pratiques sociales et des pensées.

Recueillir les énoncés que la mode produit, les croiser avec une mise en perspective philo­sophique, c’est garder à l’esprit qu’elle se pose à part entière comme sujet d’énonciation. Cette optique implique que la prégnance, la diffusion de la mode dans le tout du social, sa récente montée en puissance importe moins que ce qu’elle met en jeu au niveau de la pensée. D’autres ont montré combien elle est devenue une clé de voûte des sociétés contemporaines, comment ses principes organisateurs (le changement, l’éphémère, la séduction, le simulacre) régissent la vie collective moderne.

Est acté le fait que la mode n’est plus confinée dans la sphère de la parure, du stylisme mais qu’elle dicte une manière d’être au monde. Sa position de plaque tournante en tant que matrice du social a été reconnue et abondamment étudiée. Résultat ou revers, ombre portée de cette approche, les enjeux de pensée qu’elle performe et donne à voir ont été soit déniés, forclos, soit dédaignés et passés sous silence. Dégager en quoi elle rejoue, déplace, subvertit des schèmes fondateurs, c’est prendre acte des modalités par laquelle la pensée habite cet espace « fashion » qu’elle a trop longtemps pourfendu sous l’accusation de superficialité. Depuis Paul Valéry et sa réactivation deleuzienne, l’on sait désormais que « le plus profond, c’est la peau », ou, comme l’écrivait Hoffmansthal, qu’« il faut dissimuler la profondeur. Où ? À la surface ». Dans un croisé des feux, la mode irradie les topoï conceptuels qui sont les siens tandis que la philosophie s’y éclaire par ce détour. Sous la forme d’un paradoxe, un dispositif qui ne vit qu’à se déclasser – la mode étant cela même qui ne cesse de se démoder – gagne à se voir abordé sous l’angle de ses opérateurs transhistoriques, de ses invariants.

19H : Véronique Bergen (Edie. La Danse d’Icare) – Jean-Marc Rouillan (Le Tricard).

Où il sera question de censure de la mémoire politique
Où il sera question du réel et de la fiction
Où il sera question de la révolution
Où il sera question de tenir ensemble art et politique, artistes et ouvriers, pour une révolution possible .
Où il sera question de la "figure", en politique et dans la littérature
Où il sera question du lien entre fiction et processus révolutionnaire. Fiction et révolution. fiction et politique.
Où …

â–º Jeudi 3 octobre à 18H30, Machine à lire (8, place du Parlement à Bordeaux) : rencontre avec Pierre-Ulysse Barranque et Laurent Jarfer autour de l’ouvrage collectif dont ils ont dirigé la publication : In situs, Théorie, Spectacle et Cinéma chez Guy Debord et Raoul Vaneigem (Gruppen éditions).

â–º Dimanche 6 octobre 2013 à 12H : Jérôme Bertin et Stéphane Nowak Papantoniou (lectures & performances) au Cercle de la Renaissance (Bar de la Renaissance, 10 avenue du Maréchal Galliéni 13600 La Ciotat).

28 septembre 2013

[Chronique] Nicolas Bouyssi, Les Rayons du soleil, par Périne Pichon

Périne Pichon poursuit son tour d’horizon de la "rentrée P.O.L" avec ce recueil de nouvelles entre ombre et lumière, réalisme critique et fantastique.

 

Nicolas Bouyssi, Les Rayons du soleil, P.O.L, été 2013, 176 pages, 15 €, ISBN : 978-2-8180-1903-0.

Alors que le soleil apporte normalement chaleur et lumière, dans l’ensemble, les nouvelles de ce recueil sont assez froides. Cette impression est peut-être due à la neutralité de l’écriture, rappelant celle de George Perec, simple et méticuleuse. Mais les rayons du soleil contribuent également à faire naître des zones d’ombre et de lumière. Ils permettent à l’œil d’apercevoir ce qui est caché par l’ombre, voire l’ombre elle-même. En ce sens, les nouvelles de Nicolas Bouyssi constituent une espèce d’angle mort, comme si l’œil du lecteur était amené à regarder le monde en coin, sous une luminosité nouvelle et un rien fantastique. Car les rayons du soleil nuancent les couleurs de la réalité.

Ces nouvelles sont les premiers écrits de N. Bouyssi, auteur de six livres depuis : il s’agit donc de « textes d’apprentissage » où l’écriture se forge, s’exerce. On découvre en effet des textes différents, comme « À la découverte du marché de Secrétant », récit historique d’un lieu, ou « Quelque chose monte », ou encore « Le déménagement d’Hervé », flirtant avec la SF et le récit d’anticipation. Mais on y retrouve toujours une forme de prise de distance ou de mise à distance du réel.

Certaines de ces nouvelles ne sont pas des « récits » à proprement parler, avec un début, un événement perturbateur, des péripéties et une fin. La première nouvelle, « Le Repli vers la forêt », se finit sur une ouverture, une phrase suggérant un basculement : « C’est alors que Berthier décida de se replier vers la forêt » (p. 10). La place de cette nouvelle, au début du recueil, semble significative : le recueil lui-même est une forêt pleine d’arbres feuillus, porteur d’un substrat d’histoire.

Remarquons la présence de plusieurs « fantômes » : « Premier fantôme », « Deuxième fantôme », « Troisième fantôme », « Septième fantôme ». Ces quatre nouvelles ne se suivent pas (à part les deux premières), et l’énigme des trois fantômes disparus entre le troisième et le septième demeure. Faut-il les chercher dans les autres textes. S’agit-il d’un ensemble dont l’auteur n’a conservé que quatre textes ? Dans ce cas, pourquoi les présenter sous ce titre commun de « fantômes » ?

Dans « Premier fantôme », nous sommes projetés dans un homme brûlé vivant. La focalisation interne nous entraîne dans la tête et dans la peau de cet homme, comme s’il s’agissait de se remémorer ses pensées et sa vie au moment où il a pris feu. Le « fantôme » est donc la trace artificielle d’un homme dans l’écriture.

Dans « Deuxième fantôme », un deuxième type de fantôme est envisagé. Un homme apprend par le journal le décès de sa sœur, avec qui il était brouillé depuis son divorce. Le fantôme, c’est l’absence soudaine d’un être déjà loin. Celle-ci provoque un basculement, une promesse de changement pour l’homme, dont le comportement est codifié par des schèmes. Par exemple, faire l’amour pour contrer la mort : « Elle m’a demandé ce que je désirais faire. Je lui ai répondu que je voulais la retrouver chez elle, avec en tête l’idée de faire l’amour pour conjurer la mort. « C’est classique, ai-je ajouté, on trouve ça dans tous les livres. » (p. 19). Il y a une espèce de conscience d’un code comportemental que le narrateur et protagoniste espère peut-être détourner dans le hors-texte du récit.

Plusieurs nouvelles entre le deuxième et le « troisième fantôme ». Celle-ci se place entre l’histoire d’un homme se réfugiant dans une cave pour échapper aux autres ( « Soute ») et celle d’un vieil homme qui refuse de mourir ( « Un vieillard buté »). Ce troisième type de fantôme est le récit d’une vie, celle d’ Octave Wiggs qui veut comprendre et conceptualiser les rapports amoureux. Le fantôme est sans doute l’ambition de Wiggs, dont les certitudes s’écroulent à la fin du récit : il doit tout reprendre à zéro. Parce que rien n’est jamais certain et qu’il existe toujours un soupir, un mot, un comportement qui échappe aux codes dans lesquels il a été précédemment rangé. Cette nouvelle a une légère intonation satirique. On la retrouve dans un « vieillard buté », dans « Numéro », où un homme timide et peu sûr de lui devient un fêtard paresseux parce qu’il n’assume pas ses retards au travail.

Le « septième fantôme » met en scène un quinquagénaire persuadé qu’un homme s’est introduit chez lui. L’angoisse rend la figure virtuelle palpable pour le quinquagénaire.

Dans « Un vieillard buté », on retrouve un mécanisme de projection identique à celui du « premier fantôme », mais qui passe cette fois par la troisième personne du singulier et une focalisation interne. Nous partageons l’esprit, les pensées du personnage. Le vieillard s’appelle « Nn. » et il est possible de supposer qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer (c’est une hypothèse). Le personnage refuse de mourir. Cette décision, ce refus, est, en quelque sorte, ce qui le maintient à la vie depuis très longtemps. Un refus de suivre le court du temps, ce temps que mesurent les « rayons du soleil » : « il est dommage que le temps passe, dommage que le soleil se couche », pense Nn. (p. 44). (Ce motif du temps qui passe, qui file, qui se mesure ou s’arrête, revient dans plusieurs textes : « Moi et Mon ordinateur », « Le Déménagement d’Hervé », « Quelque chose monte »). Le soleil est la première horloge de l’homme. Il préfigure la « fin du monde », donc la « fin des temps »). Nn. semble d’ailleurs être sorti du temps : il a « toute sa vie devant lui », ne se souvient pas du temps proche, donc est un « perpétuel étonné ». Cette formule, presque un oxymore tant l’adjectif « perpétuel » s’oppose à « étonné », désigne à plusieurs reprises le vieil homme. Sortir du temps, c’est une manière de regarder passer le temps pour les autres (ce que fait en quelque sorte le lecteur pour les personnages qu’il suit). Or, il existe une écriture du temps, qui cherche à mesurer, à condenser, à dilater, à fantasmer, à raconter enfin le passage du temps (comme Proust dans sa Recherche). Peut-être est-ce pourquoi la plupart des personnages des nouvelles sont aux prises avec ou prisonnier du/ou dans le temps.

Enfin, plusieurs personnages sont victimes d’une forme d’aliénation, mentale (le paranoïaque de « Un parcours héroïque) ou sociale (le couple de « Quelque chose monte », que la loi oblige à abandonner un inconnu en train de se noyer) – aliénation du désir, peut-être, pour la jeune femme du « Test de Rorschach ». Ces personnages se cherchent en outrepassant les limites qu’on leur a fixées. Il existe également une forme d’aliénation par la violence, dont sont victimes les protagonistes du « Repos prolongé » et du « Déménagement d’Hervé ». Dans cette nouvelle, témoin de la violence grandissante dans son quartier, un jeune homme se demande s’il va déménager ou non. Finalement, il imite les autres, prend un fusil et sort dans la rue. Il est possible de considérer le déménagement d’Hervé comme une sorte de lutte personnelle contre la pression sociale. Lutte qui se solde par l’échec du jeune homme, puisque celui-ci finit par prendre, lui aussi une arme.

La majorité des personnages sont en train de débattre, de chercher une place par rapport à l’espace et au temps dans lesquels ils évoluent. Le narrateur de « Quelque chose monte », par exemple, décide de tenter de sauver l’inconnu malgré la loi. Là, il se rend compte, pendant un bref moment, d’une sorte d’incohérence : « C’est la première fois que je vois un cadavre. La scène m’intrigue plus qu’autre chose. Elle me fait prendre conscience de certains de mes défauts : ma froideur et mon indifférence. Je réalise également que Zaza a été taillée dans le même bois que moi » (p. 66). Il faut sortir de ce cadre de bois, chercher un creux, un « vide » où s’épanouir.

Dans ces nouvelles, on sent l’exercice d’un regard oblique, d’une perception un peu décalée, un peu dérangeante. Même dans les nouvelles futuristes, la société qui est esquissée n’est pas très lointaine de la nôtre. Les personnages se débattent avec leurs pensées. Il ne s’agit pas vraiment de s’évader ou de rêver par l’écriture, plutôt de cogiter, de faire de cette évasion dans le livre un espace « vide » pour la réflexion sur la place que nous occupons. Règle du champ oblige, nous avons bel et bien affaire à une écriture minimaliste avec, sans doute, une certaine force d’évocation symbolique (comme la forêt de la première nouvelle).

 

 

27 septembre 2013

[Texte – 7] Claude Favre, A.R.N._ Agencement Répétitif Névralgique_ voyou [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois]

Voici l’avant-dernière livraison de ce long et fascinant agencement répétitif de Claude Favre, premier volet en huit extraits d’un dossier important. [Lire le 6e extrait]

 

Boîte à magie c’est merveilles, après tel trou noir tombe tombe ce serait soleil, noir, mais ruade, reins, d’insolence, paroles guingois, pas vraiment muette et avec des tas de moyens, bazar chambard et toutim tintouin, chaos, tantinet sauvage elle dit, et un rien veilles, un brin nanotechnologie, foutue boite à magie, théâtre de, mésécritures crincrin, le chemin sans retour, à dead lines, je trace elle dit me récite moteur c’est peut-être pas une question de temps, Ah ! je ne suis pas métaphysique, moi

 

Précipité départ, narrations suspensions, tête à rien corps bas l’inverse, elle dit je retiens mise à mort ma parole, me demande se quitter, verbe réflexif est-ce, donner le repos à, le voudrai simplement, me donner ma mort c’est à moi, ça plan précis violemment, je, voudrais dire, retour case ne suis, pas, que, traversée crans craintes que, par folie que, des autres, elle dit j’insiste, les mots ici et maintenant sont d’origine obscure, déceptive, brutale

 

 

 

Elle dit, la faim c’est aussi quand d’autres et se gavent et se plaignent, l’homme tout passe par la bouche, couleuvres, alouettes et mistigris, mors contre dents, piaffe et bave, à renâcles, la mort c’est quand les mots sont morts dans la bouche, quand les mots braqués étouffent à, étreignent et cognent dans le ventre, elle dit alors il est question de crispes, crampes, nœuds

 

Elle dit un mois et demi disparu de mon calendrier, bonjour février et bonne année, fouillis des parenthèses, quel chaos boîte pandore, crans à questions, jours Bosch qu’Arcimboldo, on devrait être plus que toujours seul à certains moments, elle dit je dis, dire est un verbe qui bouge, elle dit ma tête tombe peinte au sang, elle dit certains jours certaines nuits dire est un verbe macabre, elle dit certains réveils sourds à, chercher, à, en mourir, sont traversés comme des révolutions, indicibles, elle dit, indicibles

 

Elle dit dormir n’est pas toujours de tout repos, chaos, boîte à crans, dommagée par rupture, celle que fait la vie cassant, sens dessus dessous, mais vous dire ce que j’y ai entendu, elle dit, voudrais-je pourrais-je, ou l’inverse, outre tempête fracas noir de bruits boucan, il y aurait aussi à dire le silence, quel pourrait être le mot pour dire le silence, compte tenu des nœuds, la sortie de la nuit

26 septembre 2013

[Manières de critiquer] Mathias Richard, Pour un déclin du mot « roman »

Filed under: chroniques,manières de critiquer — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:26

En ce temps de "rentrée-littéraire", et donc de triomphe-du-roman, nous remercions Mathias Richard – l’auteur du Manifeste mutantiste 1.1 – de nous permettre de partager avec son site Mutantisme cette réflexion critique des plus salutaires.

Introduction

Vient un moment où certains mots ne semblent plus correspondre aux choses qu’ils désignent. C’est d’abord une impression, un mouvement instinctif, avant d’être un mouvement intellectuel, articulé.

C’est, pour moi, le cas de l’usage du mot « roman ». Ce dernier, apposé aux travaux les plus divers, semble aujourd’hui être vidé de sens. Sinon celui d’une logique de vente (rassurer le lecteur sur le potentiel de distraction de l’écrit en question), qui est certes une logique puissante et que l’on aurait tort de négliger (celle de l’argent), mais ce n’est pas une logique liée à la réalité des écrits.

Je pourrais, comme tout le monde, m’en satisfaire, m’en foutre, m’arranger avec cela comme d’un pis-aller.

Mais je trouverais plus juste 1/ de ne pas utiliser ce mot ; 2/ sinon de ne l’utiliser qu’en certains cas précis ; 3/ de créer et utiliser d’autres mots. Cela s’origine dans une recherche, celle de ne pas être pris dans le langage et la culture comme de simples passagers qui ne questionnent rien.

La littérature devrait être l’école de la liberté, sa pratique (ce qui fait qu’elle ne peut être dans une position confortable, elle doit toujours être lutte, échappement, recherche, questionnement, doute, remise en question, pied de nez, déplacement) ; or elle est constamment menacée par l’académisme et le conformisme social.

Pour moi, la lecture, l’écriture, les livres, les textes, furent une école de la liberté, de la compréhension du monde, un lieu de partage des cerveaux et sensations entre corps isolés dans l’espace et le temps, permettant de ne pas être complètement prisonnier de ses origines et déterminismes.

La littérature est une école de la liberté, une ouverture à l’autonomie de pensée, un mode de connaissance, et je suis sensible aux mots qui emprisonnent, ou détournent de, ou faussent, ce à quoi ils sont censés référer.

 

Constat : omniprésence

On constate un choix (des éditeurs, auteurs, ensuite repris (vectorisés) par les journalistes, les bibliothécaires, les professeurs, les lecteurs…) : apposer, sur les couvertures, pour des raisons extérieures à la littérature, le mot « roman » à tout et n’importe quoi.

Il s’agit d’une véritable épidémie. Le mot roman est un mème qui a réussi. En littérature, il sert de mot-valise, alibi, talisman, placebo. C’est un mot que tout le monde fait rouler dans sa bouche par imitation et pour avoir un impact social.

Remplaçons le mot « roman » par « bouloutch » :

– je suis en train d’écrire mon dernier bouloutch

– alors dans votre bouloutch

– la théorie du bouloutch

– le nouveau bouloutch

– devenirs du bouloutch

– le bouloutch en question

Etc.

On se demande si le signifié du mot « romancier » n’est pas essentiellement un « homme bourgeois en chemise et veste posant assis à la terrasse d’un café de centre-ville ».

 

Hypothèse 1 (version officielle) : le roman est un genre vaste, immense, protéiforme, indéfinissable et insaisissable.

 

Il y a une théorie, une supposition : celle que le roman serait un vaste genre protéiforme, une forme blobesque illimitée qui engloberait, absorberait, intégrerait, amalgamerait tout.

Le roman, « catégorie littéraire la plus vaste et la plus indifférenciée au point de vue du marché du livre », est une forme, un genre, qui ne peut être défini. Il tolère en son sein toutes les formes possibles, tous les discours, ignore ses propres frontières : il n’a pas de dehors.

Cet ensemble disparate résiste aux propositions synthétiques : hyperplastique, polymorphe, transformiste, omnivore, de tout pour peu que cela raconte quelque chose, c’est de tous les genres le plus flexible, le plus changeant, multiforme (il a pu prendre pour principe sa négation même, ou l’aberration volontaire de ses codes). « Le propre du grand roman moderne a été de se vouloir un genre total absorbant en lui tous les autres. » Il n’est le lieu d’aucune spécificité : aucun langage, aucun registre, aucun objet, aucune poétique ne le qualifient, n’en sont le propre. Mais tout est lui.

 

 Hypothèse 2 (version mutantiste) : le roman n’existe pas.

 

Mais alors, si le « roman » est sans contrainte, si l’on peut tout y mettre, tous les contenus… pourquoi garder ce mot ? Comment quelque chose qui est sans contrainte peut être opératoire ? Si c’est opératoire, c’est qu’il y a de la contrainte, ou au moins un cadre, des règles. Si c’est la liberté totale, il est alors bizarre de garder ce mot « roman », d’y tenir.

On en vient parfois à cet étrange argument tautologique : le roman est parce que le mot roman est. Le roman est parce que le roman est. – Un roman ? C’est un roman.

Cet « argument », assené comme une évidence indémontrable, est le signe et le vecteur d’un dressage par les mots.

Nous concluons plutôt ceci : le roman ne peut être défini, car il n’existe pas.

Le mot « roman » n’est pas opératoire pour définir, rendre compte d’une partie de la littérature placée sous cette appellation.

« Roman » est un mot-valise que l’on agite et appose à des formes diverses et qui n’ont guère en commun.

A certaines époques il a pu signifier quelque chose de précis. Ce temps-là n’est plus. Cette appellation a des justifications historique et économique mais n’a pas aujourd’hui d’existence formelle objective.

Le terme de roman devrait être remplacé par celui de livre ou de texte (à la rigueur : littérature).

 

Tenter de définir le roman relève de la théologie ; cela revient à discuter du sexe des anges.

Il suffit de lire les ouvrages qui lui sont consacrés. Des milliers de pages et pas une seule définition claire.

Balayons certains arguments : le multifocal, la polyphonie et le rapport au « réel » ne sont pas une spécificité du « roman ». Le théâtre, la poésie, le document, l’essai, peuvent tout autant avoir ces caractéristiques.

Tout mettre sous le nom de roman est juste une vieille habitude.

Cette appellation est principalement un argument de vente. Sur les couvertures, la mention générique « roman » est une simple convention éditoriale et commerciale.

L’usage de ce mot apparaît souvent comme absurde, tournant à vide (vidé de sens). La standardisation de cette appellation laisse perplexe ou semble peu pertinente.

Le roman a certes une existence historique, mais n’est pas une forme pouvant être aujourd’hui définie selon une série de critères objectifs : un flux de conscience, des jeux sur le langage, une description de 100 pages sans personnage, des collages/montages de documents, tout cela est allègrement mis sous la même bannière « roman ».

La phrase du roman n’est pas différente dans ses caractéristiques de certains vers. La phrase du roman n’est pas différente en intensité de la phrase de la poésie. Et inversement. La poésie fictionne, explore, utilise toutes sortes de voix et voies.

Un certain « roman » recourt à ce que le poème traditionnellement mobilise (fragmentation, art de la coupe et du montage, souci du mètre, spatialisation du texte, surdétermination typographique, etc.), tandis qu’inversement le « poème » ne rechigne ni à la prose – chose entendue par lui depuis longtemps – ni à la narration, ni même à la construction d’intrigue.

De scénario à récit à poésie, à conte à théâtre à pensée, à essai à article à roman, à biographie à historiographie à document… : mélanges, alchimies. Des romans sont des poèmes, des essais sont des écrits mystiques, des articles de critique rock sont des épopées. Avec le « Nouveau Roman », il y eut abandon de l’intrigue, du personnage, de la psychologie, de l’omniscience. Il arrive que le texte entier d’un « roman » ne soit plus que langue et rythme, ou document, ou description, créant un rapport « désintrigué » (sans intrigue) au temps et au sens.

Le fait de déclarer aujourd’hui que le roman est en perpétuelle évolution et renaissance, indéfinissable, cannibale et multiforme, plutôt que de simplement constater qu’il n’existe objectivement pas, et que la réalité devrait être découpée autrement, témoigne d’une difficulté (peur, méfiance) des gens à penser hors des catégories qui leur sont données, à penser out of the box (hors de la boîte, hors des cases) pour reprendre l’expression anglaise.

Aujourd’hui, le roman est :

– un concept éditorial (un mot que l’on met sur des couvertures) ;

– une fiction sociale (il y aurait quelque chose que l’on appelle le "roman").

Dans la réalité, il y a des textes, avec des compositions, des structures différentes, et si l’on voulait les classer, il faudrait inventer, utiliser, des genres et des catégories différentes de celles existantes.

La littérature a craqué de partout, tout est mélangé, recomposé.

Ce n’est pas le roman, ou la poésie, qui absorberait l’autre, ou les autres genres ; c’est l’ensemble de la littérature qui a peu à peu pris ses aises, découvert sa liberté, et comme des peaux mortes les catégories qui lui étaient apposées (qui la vêtaient) sont tombées.

 

 Croisée des chemins

 

Après le design/graphisme du support/objet (forme, couverture, format, tranche, 4e de couv, couleur, image, photo, épaisseur, papier, disposition, maquette, type d’écran/affichage…), le genre est le premier échange implicite entre le texte et le lecteur.

Sur les couvertures des livres, le mot « roman » m’emmerde.

Je propose donc de changer de paradigme et de changer les mots (les appellations) pour décrire les travaux littéraires.

Si les études herméneutiques (herméneutique = art de la lecture/explication/interprétation des textes) concluent que les distinctions roman/poésie ne sont pas valides, alors il faut appliquer ces conclusions et arrêter d’utiliser ces distinctions dans l’édition, la bibliothèque, la librairie, etc., car ces catégorisations faussent et limitent la perception des œuvres, et la production d’œuvres libérées de ces délimitations artificielles.

Passé d’erreur-errance sympathique à rouleau compresseur aveugle, le mot « roman », en français, n’a pas à se coller à toute chose écrite sous prétexte qu’elle comporte des éléments narratifs.

Le champ littéraire a évolué et il ne faut pas l’enfermer dans des mots anciens et mal adaptés (des mèmes triomphants mais vidés de sens).

Le mieux à mon avis (les deux solutions me conviennent et ne sont pas incompatibles) :

1/ soit on évite de nommer un texte de création par un genre et on garde simplement la catégorie « texte » (ou « littérature ») (= table rase) ;

2/ soit on crée des nouveaux mots, genres, catégories, on redécoupe le langage pour l’enrichir (et du coup enrichir toute la réalité, puisque le langage structure notre vision du monde), y créer de nouveaux plis. (= reconstruction)

Dans le vocabulaire existant sur le sujet, seuls les mots "texte" ou "livre" signifient quelque chose

C’est à partir de la restriction à ces mots qu’il est à nouveau possible, dans un second temps, de définir des formes et des genres.

C’est le parti pris mutantiste, qui propose la table rase des genres existants, et une reconstruction à partir de cette table rase.

Cet acte tire conséquence de la littérature des siècles passés.

 

Restriction du terme

Est-il souhaitable que l’infini de la créativité soit toujours mis sous la même bannière d’un seul mot ? Nous pourrions avoir 1000 mots à la place de ce que l’on nomme « roman ».

A défaut de pouvoir détruire immédiatement ce mot (ce qui me semble bien plus simple et souhaitable, destruction que j’ai appliquée dans mon cas personnel, tant en tant qu’auteur qu’éditeur), mais pour atteindre cet objectif ultérieurement, on peut stratégiquement le réduire à son cliché et éviter, refuser de l’utiliser pour d’autres textes plus inventifs ou simplement différants.

A défaut de pouvoir se débarrasser immédiatement et totalement de ce mot (son ancrage social étant trop fort pour cela), nous proposons de circonscrire le mot « roman » à une définition stricte, et laisser les textes qui ne veulent pas être appelés « roman », les laisser libres de toute définition générique, ou créer des mots et termes et genres supplémentaires pour les formes infinies que prend l’esprit humain sous forme d’écriture.

Nous pouvons resserrer le sens du mot, réduire cette appellation standardisée à sa forme la plus standardisée et schématique.

Cette catégorie textuelle correspond alors à ce que l’on pourrait appeler l’industrie de la fiction, ou la fiction industrielle, ou encore la littérature de compétition commerciale.

Sa définition est une narration, disons de plus de 80 pages, organisée de façon claire et distrayante en chapitres mettant en scène des actions et personnages (intrigues, événements, psychologie, histoires…), construite avec un début et une fin.

Cette catégorie textuelle est un peu le spectre de ce que fut le roman triomphant au XIXe siècle.

Nous serions tentés de dire que, d’un point de vue « plaisir de consommation de fiction » / « shoots fictionnels », aujourd’hui les séries télévisées, les films, les mangas et les jeux vidéos racontent de meilleures histoires que ne le font les livres, et ils le font mieux : l’ignorer, c’est se condamner, comme nombre de romans contemporains, à ne produire que des décalques de films ou de sitcoms, des synopsis.

Il ne s’agit pas ici de nier le plaisir et l’intérêt de la fiction industrielle, mais de rappeler que cette forme dominante circonscrit en fait un tout petit champ en regard de l’étendue du possible, de l’imaginaire, de l’immensité sans limite des galaxies écrites.

 

 

Vers la machine [réinitialisation/exploration/reconstruction]

 

Si l’on enlève la fiction à la littérature (le malentendu est tel que certains ne voient la littérature que comme un réservoir à scénarios), il est intéressant de voir ce qu’il en reste : la spécificité littéraire, l’écriture, sismographie et boîte noire de la conscience humaine.

L’écriture est un instrument de recherche, un moyen d’investigation de l’esprit, de l’homme. Les textes n’ont pas de limites, ils sont à la fois philosophie, épopée, psychologie, histoire…

La littérature peut être considérée comme un outil neurobiologique et éthologique de témoignage de conscience et système nerveux des grands singes, une notation, un relevé sismique d’intensités (hautes, basses, médiums…), prenant toutes sortes de formes (et non pas trois ou quatre).

Nous tenons avec la littérature l’occasion de formuler des hypothèses divergentes, de faire des expériences, d’éprouver de nouvelles façons d’être.

Dans tous les domaines de la création, des expérimentations effacent délibérément les repères, transgressent les codes, inventent des modes hybrides d’effectuation, rénovent et amplifient leur efficace.

Beaucoup de textes tendent aujourd’hui à des formes plus proches de ce que l’art contemporain appelle installation, c’est-à-dire une juxtaposition d’éléments entre lesquels on puisse circuler, un texte préparé comme le sont les pianos, bref, une machine.

Tout comme la poésie classique a créé les rondeaux, les sonnets, les fables ou la poésie en prose, l’écriture d’aujourd’hui peut créer des formes et des formats.

Cette réinitialisation dans le champ littéraire est un schéma qui peut être appliqué à d’autres champs, en particulier le champ politique, et le champ religieux.

Les catégories actuelles n’y ont plus de signifiance.

Tout doit y être repensé, réorganisé, reconstruit.

Au lieu de reprendre des formes socialement répandues, mais en réalité périmées, j’encourage chaque écrivant à développer, créer, ses propres formats et formes.

 

***

 

– Chérie, c’est quoi une "machine mutantiste" ?

 

 

– Ce sont des outils créant des formes qui créent de nouveaux genres et catégories, mon amour.

 Tant de choses sont à renommer et repenser aujourd’hui… Les mots des siècles passés ne nous sont pas d’une très grande aide !

 

 Conclusion

 

– Mais, Monsieur Mutantiste, pourquoi est-ce tellement important pour vous cette histoire de roman ou pas roman ? On s’en fout non ? Il y a des choses plus importantes dans la vie !

– Ce n’est certes pas le seul usage de mot que je critiquerais. Il se trouve que, dans la culture française, il est exemplaire et révélateur d’une frénésie de conformisme s’emparant de formes initialement anticonformistes.

L’usage de ce mot me semble révéler une acceptation sans questionnement du monde tel qu’on nous le donne à la télévision, à l’école, l’université, à la radio, dans les journaux, dans l’édition, sur internet, dans les bibliothèques et dans tous les relais de la culture : un dressage par les mots.

L’usage des mots révèle notre pensée, et constitue un positionnement. On peut se contenter de reprendre le monde des autres. On peut tenter de le modifier et/ou de l’enrichir.

Un jeune homme ulcéré m’a dit un jour : « mais tout ça on le sait déjà ! » (il évoquait ma critique des catégories littéraires constituées) mais après m’avoir déclaré cela, j’ai constaté qu’il continuait de plus belle, au quotidien, dans ses actes, ses paroles, ses créations, à évoluer dans cette distinction poésie, roman, essai, etc. Conclusion : il ne suffit pas de « savoir » quelque chose, il faut l’appliquer dans les actes, les pensées et le langage.

Je suis persuadé si 1/ aucun genre (solution 1), ou 2/ une multitude de genres différents (solution 2) étaient indiqués sur les couvertures et circulaient dans les bouches, cela bougerait peu à peu quelque chose, tant dans la position et l’attente des lecteurs que dans le mental et la production de ceux qui écrivent.

24 septembre 2013

[Création] Yves Justamante, Dans un jardin

C’est avec plaisir que nous vous proposons un nouveau cycle Yves Justamante, avec tout d’abord "Dans un jardin", "paysage mental à entendre pour être vu"…

 

23 septembre 2013

[Agenda] Chercher le texte du 23 au 28 septembre.

Filed under: agenda — rédaction @ 8:48

« Chercher le texte », manifestation internationale de littérature numérique
du 23 au 28 septembre 2013.

Lancée sous l’impulsion conjointe du laboratoire Paragraphe de l’université Paris 8, du laboratoire d’excellence Arts-H2H, et du laboratoire Musique et Informatique de Marseille (MIM), « Chercher le texte » est la manifestation internationale de littérature numérique à vocation culturelle, artistique, scientifique et pédagogique, la plus importante jamais organisée en France.

PERFORMANCES :
Lundi 23 septembre 2013, 19h00 – 20h00
Lieu : BPI – Petite salle du centre Pompidou
Débat : « Littérature numérique : chercher le texte ! »
Modérateur : Emmanuel Guez
Intervenants : Philippe Castellin, Jerome Fletcher, Juliette Mézenc.

Lundi 23 septembre 2013, 20h00 – 21h30
Lieu: BPI – Petite salle du centre Pompidou
Performances : 1h30 ; 6 performances
Emmanuel Guez & Annie Abrahams : ReadingClub
Juliette Mézenc & Stéphane Gantelet : Le dossier est vide
Jerome Fletcher & Caden Lovelace : The Fetch
Johannes Heldén & Håkan Jonson : Evolution
Sandy Baldwin & Alan Sondheim : Svaha, Tantra, Death: A Second Life
Philippe Castellin & Jean Torregrosa : Lectures numériques assistées par ordinateur

Mardi 24 Septembre 2013, 18h15 – 19h45
Lieu: BnF | François-Mitterand – Grand Auditorium, quai François Mauriac, 75013 Paris
Performances : 1h30 ; 8 performances
Giuliano Tosin : SIM / OUI
Anne Savelli : Le terrain de je/u
Jason Nelson : Dispersed Writings
Luc Dall’ Armelina : Flu
Tan Lin: Machine Based Reading
Ian Hatcher : Prosthesis:!!
Sandrine Deumier & Alx P.op : Code Kandy
Wilton Azevedo : Scripturesphere – take it

Mercredi 25 septembre 2013, 20h30 – 22h00
Lieu : Le Cube – Centre de création numérique, 20 cours Saint Vincent, Issy-les-Moulineaux
Performances : 1h30 ; 8 performances
Philippe Bootz, Nicolas Bauffe, Claude Moreau & Jean-Pierre Moreau : Poème percutant
Philippe Bootz : Pong ping poème
Brendan Howell : Text-n-FX: A Reading Machine
Cécile Portier : Étant donnée
Philippe Boisnard & Hortense Gauthier : Contact
Pierre Fourny & Serge Bouchardon : La séparation / Separation
Chris Novello : Do videogames dream of Electric Sheep?
Jason Edward Lewis : Vital to the General Public Welfare

Jeudi 26 septembre 2013, 20h30 – 22h00
Lieu : Le Cube – cCentre de création numérique, 20 cours Saint Vincent, Issy-les-Moulineaux
Performances : 1h25 ; 6 performances
Susana Sulic : Autophagocitation
Lucile Haute, Alexandra Saemmer, Régina Demina, Aurélie Herbet & Odile Farge : Conduit d’aération
Judd Morissey : Operatus
J.R. Carpenter : Notes on the Voyage of Owl and Girl
Benjamin Moreno Ortiz : Space Reader
John Cayley : Writing to be Found

Vendredi 27 septembre 2013, 16h15 – 17h00
Lieu : EnsAD
Performance
Maria Goicoechea & Mark Marino : Off Course: Escuela del Caos

Exposition « Les littératures numériques d’hier à demain »
Lieu : Labo BnF | BnF François-Mitterand
Dates : du 24 septembre au 1er décembre 2013

Entrée gratuite
Horaires : Le lundi de 14h00 à 19h00, du mardi au samedi de 10h00 à 19h00, le dimanche de 13h00 à 19h00

L’exposition Les littératures numériques d’hier à demain vous propose, à l’occasion du festival « Chercher le texte », de découvrir un panorama des différents courants de la littérature numérique. Échappant à la page, le texte, en littérature numérique, est multimédia, animé, instable, temporaire, généré, interactif. La langue naturelle s’y confronte à d’autres systèmes d’expression : à l’image, au son, au mouvement, mais également, au geste ou au code informatique. Pourtant, loin de se perdre ou de se fondre dans un monde de signes, la langue s’en trouve « augmentée ».

1. Premiers jalons, premiers concepts
2. Quitter le livre ?
3. Reprogrammation et traduction des oeuvres
4. De l’imprimé au numérique
5. Facettes de la lecture numérique
6. Matières textuelles
7. Du crayon au logiciel, la création de nouvelles esthétiques

Sont spécialement invitées à l’exposition :
– L’œuvre pour Kinect Motion Poetry de Brian Barrachina, Douglas Duteil, Cassandra Ribotti, spécifiquement produite pour l’exposition.
– L’œuvre en réalité textuellement augmentée Between Page and Screen d’Amaranth Borsuk et Brad Bouse.

Programme du Colloque
Lundi 23 Septembre 2013 : Pre-conference
13h00 – 16h00 : Consortium for Electronic Literature (CELL) : Réunion, (lieu à déterminer)
19h00 – 21h30 : soirée inaugurale co-organisée avec la BPI, petite salle du Centre Pompidou. Entrée libre dans la limite des places disponibles
– 19h00 : débat « Chercher le texte »
– 20h00 : Performances

Mardi 24 septembre 2013 : Jour 1, BnF | François-Mitterand
9h00 : Enregistrement des participants
10h00 – 10h30 : Cérémonie d’ouverture
10h30 – 12h15 :

Session 1 – Anthologies, remediation, preservation and control – a reconfiguration
« Remédiatisation de la littérature numérique française ». Philippe Bootz, Douglas Duteil, Alexandra Saemmer (Table ronde)
Elodie Bertrand et Jean-Philippe Humblot (BnF | François-Mitterand), «La littérature numérique : un patrimoine à pérenniser»
Alexandra Saemmer, Lucile Haute et Aurélie Herbet, « Conduit d’Aération : un projet de recherche et création »
Samantha Gorman, « Control of the Edit » in the Novella App « Penumbra »
12h15 – 12h45 : Inauguration de l’exposition « Les littératures numériques d’hier à demain »
12h45 – 14h00 : Déjeuner
14h00 – 15h45 :

Session 2
Agnieszka Przybyszewska, «Literacy between book, page and screen – on Between Page and Screen by Amaranth Borsuk and Brad Bouse »
Jean Didier Wagner (BnF | François-Mitterand), « Hypertextualité(s) »
Kyle Rimkus, « Hostages of the Ephemeral: A Preservationist View of Electronic Literature »
Joseph Tabbi, « Relocating the Literary: In Networks, Knowledge Bases, Global Systems, Material and Mental Environments »
15h45 – 16h00 : Pause Café
16h00 – 17h45 :

Session 3
Anaïs Guilet, « Au seuil du livre : les œuvres hypermédiatiques d’Andy Campbell (The Rut, Surface, Paperwound) »
Gaétan Darquié, « Architextualité et programmes d’écriture pour les textes interactifs littéraires »
Anna Nacher, « The Humument App by Tom Phillips as a liberature: between text and embodiment »
18h15 – 19h45 : Performance à la BnF | François-Mitterand

Mercredi 25 septembre 2013 : Jour 2, EnsAD
9h00 : Dominique Cunin (EnsadLab), « EnsadLab’s art research on mobile screens and reading contexts : an overview »
9h30 – 11h15 :

Session 5 – Literary Art as Research
Dominique Cunin, « EnsadLab’s art research on mobile screens and reading contexts: an overview »
Odile Farge, « The Awareness of the Power of the Tool: the Author and his Practices »
Serge Bouchardon, « The « research and creation » approach in digital literature »
Matteo D’Ambrosio, « Une “poésie numérique”? Khlebnikov et Jakobson »
11h15 – 11h30 : Pause Café
11h30 – 13h15 :

Session 6 – Game
Patrick Jagoda, « Digital Games and Electronic Literature: Toward an Intersectional Analysis »
Jim Brown, « Limbo and the Edge of the Literary »
Stephanie Boluk and Patrick LeMieux, « The Phantom Pain, The Helen Keller Simulator, and Disability in Games »
Respondent : Nick Montfort

Session 7 – Materialities, Fictions, Formalisms
Davin Heckman, « Literature in a State of Emergency »
Lyle Skains, « The Materiality of the Intangible: Literary Metaphor in Multimodal Texts »
Yra Van Dijk, « Approaching the Real- materiality in digital literature »
Philippe Bootz and María Inés Laitano, « Cross-reading: a tool of indexing analyses »
13h15 – 14h30 : Déjeuner
14h30 – 16h15 :

Session 8 – Traduire et préserver des œuvres numériques : Les projets du Laboratoire NT2 : La revue bleuOrange et L’Abécédaire du Web (table ronde)
Alice Van Der Klei, Bertrand Gervais, Sophie Marcotte, Joëlle Gauthier, Ariane Savoie, Geneviève Has, and Joanne Lalonde

Session 9 – Time, Space, Interface
Maria Angel and Anna Gibbs, « The Ethos of ‘Life’: digital writing and the temporal animation of space »
Will Luers, « Make Me Think »: Composing the Narrative Interface
Mark Marino, « Close Reading E-Literature »
16h15 – 16h30 : Pause Café
16h30 – 18h15 :

Session 10 – Post-human, Post-print, and the Dialogical Present
Andrew Michael Roberts, « Imagination, Interactivity and Ethics in Electronic Literature »
Manuel Portela, « Scripts for Infinite Readings »
Søren Bro Pold & Christian & Ulrik Andersen, « E-lit experiments in post-print literary culture »
Session 11 – Varieties of Translation
Nick Montfort, Stephanie Strickland, Monika Górska-Olesińska & Mariusz Pisarski, « On Montfort and Strickland’s Sea and Spar Between »
Arnaud Regnauld, « Translating Afternoon, a story by Michael Joyce, or How to Inhabit a Spectral Body »
Stéphane Vanderhaeghe, « Translating the Virtual — Michael Joyce’s Afternoon, a story«
20h30 – 22h00 : Performances au Cube

Jeudi 26 septembre 2013: Jour 3, EnsAD
9h30 – 11h15 :

Session 12 – Writers on Writing
Samantha Gorman, « Community Repository of Writers on Writing »
Johannah Rodgers, « Beyond Binaries: Continuity and Change in Literary Experimentation in Response to Print and Digital Technologies »
Dene Grigar, « <> Curating Electronic Literature as a Critical Practice »
Session 13 – Game Again
Michael Heron, « Authorship and Autership in the Collaborative Development Process of Text-Based Games »
Richard Holeton, « The Game Walkthrough as Novel: Linear Plaintext or Transmedia E-lit? »
11h15 – 11h30 : Pause Café
11h30 – 13h15 :

Session 14 – Digital Distancing
Scott Rettberg, Jill Walker Rettberg, Elisabeth Nesheim & Luciana Gattass, « Distant Readings of a Field: Using Macroanalytic Digital Research Methods to Data Mine the ELMCIP Knowledge Base »
Session 15 – Literary Locations and Landscapes
Brian Greenspan, Golden Days & Silver Nights, « Locating Utopia through Diminished Reality »
Matti Kangaskoski, « The Inexorable Speed of Pop – Young-Hae Chang Heavy Industries’ Dakota: a contemporary landscape? »
Janez Strehovec, « E-Literary Text in Nomadic Cockpit »
13h15 – 14h30 : Déjeuner
14h30 – 16h15 :

Session 16 – Consortium for Electronic Literature (CELL): Roundtable on Naming Authority and Interoperability
Joseph Tabbi, Davin Heckman, Lisa Swanstrom, Ewan Branda, Sandy Baldwin
Session 17 – Image, Sound, Text
John Barber, « Internet radio and electronic literature: locating the text In aural narratives »
Bryan Barrachina, « Tierra de Extracción: How Hypermedia Novels could enhance Literary Assessment »
Claudia Kozak, « Out of Bounds: Searching Deviated Literature in Audiovisual Electronic Environments »
Calum Rodger, « Reading the Drones: Working Towards a Critical Tradition of Interactive Poetry Generation »
16h15 – 16h30 : Pause Café

Session 18 – Close Reading E-Lit (1)
Anastasia Salter, « Spirals of Meaning: Exploring Nonlinearity through Prezi’s Infinite Canvas »
David Boyles, » ‘A Machine Made of Words by a Machine Made of Numbers’ – Authorial Presence in Niemi’s Stud Poetry »
Stéphan Hyronde, « La double démesure de l’oeuvre textuelle metastable »
Session 19 – Antecedents, Inheritances
Jerome Fletcher, « Does E-literature need a theory of language? »
Patricia Tomaszek, « Locating Literary Heritage in Paratexts: An Analysis of Epitexts in Electronic Literature »
Ugo Panzani, « Exopoiesis and literariness in the works of William Gibson, Mark Z. Danielewski, Kate Pullinger and Chris Joseph »
20h30 – 22h00 : Performances au Cube

Vendredi 27 septembre 2013: Jour 4, EnsAD
9h30 – 11h15 :

Session 20 – Transformations of the Literary
Jörgen Schäfer, « Rethinking Comparative Literature: Literary Studies in the Age of Electronic Media »
Lisa Swanstrom, « Nature’s Agents: Chreods, Code, Plato, and Plants »
Jonas Ingvarsson, « Towards a Digital Epistemology: Printed Texts and the Logic of Electronic Literature (with a reading of Torsten Ekbom’s The Game of Signals) »
Session 21 – Electronic Literature as World Literature (1)
Begoña Regueiro, « MIriam Llamas & Amelia Sanz, « New literatures for a new imaginary: some hispanic case studies »
Beat Suter, « The development of German-language electronic literature »
Natalia Fedorova, « Russian E-lit, an Emerging Community. A report on Russian collection in the ELMCIP »
11h15 – 11h30 : Pause Café
11h30 – 13h15 :

Session 22 – Aura in the Age of Computational Production (table ronde)
Leonardo Flores, Kathi Inman Berens, J.R. Carpenter, Jason Edward Lewis, Erik Loyer, David Jhave Johnston and Nick Montfort

Session 23 – Electronic Literature as World Literature (2)
Tiffany Zerby and Sandy Baldwin, « Editing Electronic Literature in the Global Publishing System »
Laura Borràs & Isaias Herrero, « Real-Time Digital Poetry Experiments with Xbox Kinect »
Carolina Gainza, « Modes of production and reception of electronic literature in Latin America. An analysis of “Tierra de extracción” from Doménico Chiappe and Andreas Meier »
Reheniglei Rehem, « Panorama de la production scientifique au Brésil : cyberculture et poésie numérique (2000-2010) »
13h15 – 14h30 : Déjeuner
14h30 – 16h15 :

Session 24 – Close Reading E-Lit (2)
Gwen Le Cor, “Iteration, you see”: Floating text and chaotic reading/viewing in slippingglimpse
Maja Murnik, « To Grasp or not to Grasp. A Phenomenological Approach to Serge Bouchardon’s E-Literary Pieces »
Philippe Castellin, « 1995-2013 : inventaire des poésies numériques en ligne »
Session 25 – Versioning, Vanishing
Maria Engberg, « Here & There, Now & Then: The Panoramic Narrative »
Sandy Baldwin, « The Absence and Potential of Electronic Literature »
Marjorie Luesebrink, « One + One = Zero – Vanishing Text in Electronic Literature »
Giovanna Di Rosario, « Where Is the Text? The Disappearance of the Text in Electronic Poetry »
16h15 – 17h00 : Clôture
Off Course: Escuela del Caos (Performance)

Samedi 28 septembre 2013: Post-Conference
9h00 – 12h00 : Réunion ELO.

22 septembre 2013

[News] News du dimanche

En cet avant-dernier dimanche de septembre, deux livres reçus de premier plan : Véronique Bergen, Edie. La Danse d’Icare (Al dante) et Edouard Levé, Autoportrait (POL). Des Libr-événements majeurs : Festival d’automne à Paris ; rencontre autour de François Rannou à Quimper ; rencontre avec Serge Pey à Toulouse ; rencontre avec Suzanne Doppelt et Daniel Loayza à Paris ; INTON’ACTION #3 à DATABAZ (Angoulême) ; 23e salon de la revue à Paris. /FT/

Livres reçus

â–º Véronique Bergen, Edie. La danse d’Icare, Al dante, septembre 2013, 288 pages, 20 €, ISBN : 978-2-84761-789-4.

"J’ai toujours pensé que pour échapper au règne des hommes, il me suffirait de danser à un mètre du sol" (p. 84).

Vampirisée par un père fantasmé (Fuzzy), celle qui voit la mort dans son prénom ("die"/Edie) se gave de sexe et de drogue… se scarifie mais ne se clarifie pas… devient "danseuse hors père"… parle, parle et reparle… Eros et Thanatos, bios et graphein…

Vous ne pouvez pas ne pas lire cette incroyable biofiction trash sur une actrice et mannequin morte tragiquement d’une overdose à vingt-huit ans (Edie Sedgwick : 1943-1971). Vingt-huit chapitres, donc, alternant dialogues plus ou moins fantaisistes et récit à la première personne – récit "dépersonnalisé" tant la parole se fait parfois délirante : c’est à un véritable Bing Bang – des temps comme des signifiés et des signifiants – que nous assistons… À psyché instable, style tumultueux dominé en particulier par la translation (passage d’une catégorie grammaticale à une autre : "je babylone", "il me stromboliait", "Fuzzy titaniqua Salt et Pepper", "elle pavlovera", "stéthoscoper"…

â–º Edouard Levé, Autoportrait, P.O.L, 2005 ; rééd. septembre 2013, #formatpoche, 96 pages, 5 €, ISBN : 978-2-8180-1939-9.

Excellente idée que cette réédition soignée – et à prix réduit – d’un autoportrait un peu paradoxal : n’ayant lu dans sa vie que quatre biographies, Edouard Levé semble préférer le j’aime/je n’aime pas de Roland Barthes à l’autobiographie traditionnelle ("Décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps que la vivre"). À un début saisissant par sa condensation dramatique ("Adolescent, je croyais que La Vie mode d’emploi m’aiderait à vivre, et Suicide mode d’emploi à mourir") succède une accumulation de propositions qui se télescopent sans logique apparente : souvenirs personnels, lectures, considérations physiques, politiques, écologiques… linguistiques : « Je n’utilise pas les expressions suivantes : "Ça me parle", "À plus", "Il y a du désir", "Ça le fait", "C’est tip-top". »

♦ [Lire la présentation éditoriale de 2005]

♦ [Lire/écouter des extraits]

â–º La Revue des revues, Association Ent’revues, Paris, n° 50, automne 2013, 144 pages, 15,50 €, ISBN : 978-2-907702-62-1.

Pour le 23e Salon de la revue (cf. ci-dessous), paraît le 50e numéro de la revue qui, par delà les disciplines, considère la revue comme une forme à part entière. Entre autres, on notera le dialogue avec Jacqueline de Roux qui revient sur l’aventure des Cahiers de l’Herne (1960-1972) ; on s’arrêtera sur les vingt ans de la revue Art présence (fondée en 1992)… Y sont recensées par ailleurs les nouvelles revues présentées ici même au début de l’été : Aka et K.O.S.H.K.O.N.O.N.G.

♦ [Découvrir le sommaire complet, lire les résumés et certaines chroniques dans leur intégralité – et donc la fin de la mienne sur K.O.S.H.K.O.N.O.N.G.]

 

Libr-événements

â–º Du 25 septembre au 21 décembre 2013, 42e édition du Festival d’automne à Paris. Côté théâtre, on ne manquera pas Richard Wilson, l’Antithéâtre de Gwenaël Morin, Marthaler… [consulter le programme]

â–º Le Vendredi 27 septembre 2013 à 18H00, à la Médiathèque de Quimper (Médiathèque des ursulines, Esplanade Julien Gracq), rencontre autour des livres de François Rannou, La Chèvre noire (éds. Publie.net / Publie.papier) et Rapt (éds. La Nerthe/La Termitière).

â–º Vendredi 27 septembre, de 18H à 20H, Librairie des Ombres Blanches (50, rue Gambetta à Toulouse), rencontre avec Serge Pey autour de son dernier livre, Tombeau pour un miaulement.

â–º Jeudi 3 octobre 2013 à 19H, Librairie Michèle Ignazi (17, rue de Jouy 75004 Paris / 01 42 71 17 00), rencontre avec Suzanne Doppelt et Daniel Loayza pour Mouche. Une anthologie littéraire (Bayard).

â–º INTON’ACTION #3 _ rencontres internationales de poésie et d’art action du 4 au 27 octobre 2013 (DATABAZ, Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : 100, rue du Gond à Angoulême)

Pour sa troisième édition, DATABAZ poursuit son exploration des territoires audacieux de l’art action et de la poésie contemporaine, du sonore au numérique, de l’électronique au plastique, la performance sera explorée dans sa diversité et sa radicalité, durant deux jours de rencontres et un mois d’exposition.

Dans le sillage du Futurisme, de Dada et de Fluxus, les dix artistes présents artistes, qu’ils viennent d’Espagne, du Mexique, d’Italie ou de France, travaillent au coeur du contemporain, pour inventer un art actuel, une poésie en acte, dans l’action, en marche. Une parole debout, dans le corps, dans la voix, dans le geste …. Une poésie du faire, du vivre, vibrante et trépidante, qui prend le risque de l’instant, du moment, du contexte, qui travaille avec ce qui est là, ici et maintenant, debout, dans l’action du présent. Un art qui prend le risque du direct là devant, sans représentation, sans protection, un dire qui se donne dans la vie, pour faire, faire résonner, palpiter, ébranler, mettre en marche, en avant !

_ vendredi 4 octobre

DATABAZ – 20h30 – entrée : 5 euros // pass 2 soirées : 8 euros

/////// Pascale Barret (Belgique), Elvira Santamaria (Mexique), Eduard Escoffet (Espagne), Charles Dreyfus (France)

De la poésie sonore de Giovanni Fontana, grand poète italien, qui fait vibrer les sons et les mots en véritable maestro, à la poésie concrète du quotidien de Cécile Richard, en passant par le corps dansant et animal de Valentine Verhaeghe, et les install’actions du duo Akenaton (Philippe Castellin et Jean Torregrossa), en prise direct avec la matière et le politique, venez partager avec nous ces moments trépidants !

_ samedi 5 octobre

Marché des Halles et ses alentours – 11h

/////// performances dans l’espace public de Giovanni Fontana, Cécile Richard, Akenaton, Valentine Verhaeghe, Elvira Santamaria, Charles Dreyfus

DATABAZ – 20H30 – entrée : 5 euros // pass 2 soirées : 8 euros

/////// Pascale Barret (Belgique), Elvira Santamaria (Mexique), Eduard Escoffet (Espagne), Charles Dreyfus (France)

Deuxième soirée des rencontre INTON’ACTION pour découvrir l’art action et la poésie contemporaine, pratiques artistiques engagées et détonnantes, qui travaillent au coeur du réel et du corps. Des performances numériques de Pascal Barret qui interroge le corps cybernétique, à la poésie sonore percutante du catalan Eduard Escoffet, en passant par l’humour post-Fluxus de Charles Dreyfus et la force esthétique radicale d’Elvira Santamaria, venez vivre cette soirée performative et perforatrice!

Exposition////vidéos, poésie sonore et visuelle, installation et documents

Cécile Richard, Giovanni Fontana, Valentine Verhaeghe, Akenaton, Pascale Barret, Elvira Santamaria, Eduard Escoffet, Charles Dreyfus

du 4 au 27 octobre // vernissage samedi 4 octobre – 18h

horaires : du mercredi au dimanche – 15h – 19h + sur rendez-vous / entrée libre

Le festival sera retransmis en direct sur Internet sur Selfworld, motel numérique grâce à Ivan Chabanaud

â–º Espace d’animation des Blancs-Manteaux (48, rue Vieille-du-Temple 75004 Paris), vendredi 11, samedi 12, dimanche 13 octobre 2013, 23e Salon de la Revue

Mnémotechniquement, c’est facile : 11-12-13/10/13 ! Donc, le Salon de la revue 2013 aura lieu les vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 octobre 2013.

Vous pouvez retrouver tous les participants
Exposants
Revues présentes
Cette liste se complètera au fur et à mesure.

Voici le programme 2013, dans une version légère
Programme en bref
et dans la version définitive, complète et détaillée ici heure par heure.

 

   

21 septembre 2013

[Texte] CUHEL, Pourrissez vos enfants ! [Libr-@ction – 8]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 8:02

En ces temps de rentrées, sont visées les "chairs-à-conso"…
Et alors, qu’attendez-vous ?
Avec CUHEL – dont vous connaissez le site Usinareva – Libr-@gissez ! – lisez sans lisser, distribuez, clamez…

 

 

Pourrissez vos enfants !

 

Programmer un-enfant-nommé-désir

Prévoir prédire diagnostiquer programmer beauté santé destinée identité immunité sanguinité généticité plasticité idéalité réactivité efficacité productivité flexibilité mutabilité communicabilité

Stimuler booster avec la PAO « spécial pré-natal »

Installer configurer vérifier corriger optimiser

Bichonner équiper contrôler

Programmer Tout-à-l’Ego

Programmer adaptateur social (AS™) accélérateur de croissance (AC™) optimisateur de performances (OP™) tutoriel de formation (TF™) Intelligence Artificiellement Développée (IAD™)

Autonomiser immuniser insensibiliser

 

Investissez dans votre PME1

Pas de meilleur placement !

 

Botrytruster votre PME !

Le paléomanisme est mort

Vive le HTA2 !

 

Doté d’un prodigieux CUL3

votre homoncule

est conçu pour être aréseaunné

Jamais sans mon GS (Global System) !

Botrytis Homonculis

lui assure une saine pourriture

le programme CHAROGNE

active la décomposition de ses défauts héréditaires

= Curiosité

= Humanité

= Affectivité

= Raisonnamabilité

= Organicité

= Générosité

= Naturalité

= Excentricité

 

Alors n’hésitez pas

Pensez à leur avenir

Pourrissez vos enfants !

Il faut être réaliste

Pourrissez vos enfants !

Ils vous le rendront bien…

 

Il faut être réaliste

l’Enfant-Pourri est le fruit

de votre mérite

l’Enfant-Pourri est votre réussite !

Tête-à-gnac

Chair-à-conso

Prêt-à-chauffer

Prêt-à-cheffer

Prêt-à-fonctionner

il croît

dopé à la croissance

dopé à l’obéissance

il croît

adepte de la croissance

addict à l’obéissance

il croit

fanatique de la croyance

il croit

marche droit devant

marche ou crève

taille droit dedans

trie crie chie

sans scrupule

il stipule

spécule

crapule

mandibule

somnambule

mais jamais ne recule

 

Bien adapté à la satiété

il réussira

il prospèrera

il se démerd®a

il vous dilapidera

 

Ego parmi les Egos

Gogo parmi les gogos

il vivra à gogo

s’éclatera à tire larigot

– vous rendra dingo

 

 

Alors n’hésitez pas

Pourrissez vos enfants !

Ils sont l’e-monde de demain

Pourrissez vos enfants !

Faites leur confiance

Ils sont votre perte de conscience

Pourrissez vos enfants !

Parce que vous le voulez bien

Parce que vous le valez bien

Parce qu’ils le valent bien

Parce qu’ils le veulent bien

 

 

 

1 Progéniture Modernement Éduquée.

2 Homoncule Technologiquement Augmenté.

3 Cerveau Universel Logique.

20 septembre 2013

[Agenda] ActOral 2013

Mardi prochain débute un événement majeur de la saison automnale. Du 24 septembre au 13 octobre 2013, se déroulera à Marseille la nouvelle édition du festival international des arts & des écritures contemporaines : on y retrouvera, entre autres, Edith Azam, Mustapha Benfodil, Véronique Bergen, Julien Blaine, Anne-James Chaton, Jean-Michel Espitallier, Bernard Heidsieck, Cécile Mainardi, Nathalie Quintane, Vincent Tholomé, Jean-Pierre Verheggen… [Télécharger le programme]

19 septembre 2013

[chronique] Pulsion lumière de Patrick Bouvet

Filed under: chroniques,Livres reçus — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 9:41

Pulsion lumière, Patrick Bouvet, éditions de l’Olivier, 2012, 107 p., 12€.

 

Un certain nombre de textes inaugure autrement ce que l’on pourrait appeler une nouvelle forme d’engagement. L’engagement, la littérature engagée, est souvent pensé — en contradiction d’ailleurs en partie avec ce qu’écrit Sartre dans Qu’est-ce que la littérature ? dans lequel il définit ce qu’est l’écriture/écrivain engagé — comme la nécessité pour l’écrivain de prendre explicitement dans son oeuvre un parti pris. Vision naïve, qui le plus souvent conduit à la simple dénonciation idéologique, à une forme de logorrhée plus ou moins digeste, il n’y aurait là qu’à voir certains moments d’errance littératerre-à-terre de tels contemporains. Il me semble qu’avec ce qu’ont ouvert pour une part les objectivistes américains, tel Reznikoff dans Holocauste, une autre forme d’engagement peut être mis en lumière.
En effet, si on reprend ce que dit Reznikoff de sa propre démarche, à savoir : "Par le terme "objectiviste", je pense que l’on veut parler d’un auteur qui ne décrit pas directement ses émotions mais ce qu’il voit et ce qu’il entend, qui s’en tient presque au témoignage de tribunal", une autre logique de l’engagement apparaît. Non plus la diatribe subjective prenant parti, mais un engagement dans le réel phénoménal d’un événement et sa phénoménologisation poétique dans le dispositif, dans le re-montage de ses segments signifiants. Engagement sans trace d’opinion, engagement qui plonge dans la chair d’une réalité afin d’en montrer mécaniquement les rouages.
Ce type de démarche, qui neutralise le pathos d’écriture, si en effet il ne donne pas la possibilité de la revendication et de ses horizons, pour le moins par sa capacité critique, de déconstruction ouvre à un ordre esthético-cognitif qui nous immergeant dans une réalité, en suspens l’efficacité hypnotique et haptique pour nous permettre d’en saisir les logiques internes selon une production poético-cognitive. Alors que la littérature engagée idéologisée est dominée par l’intentionnalité de la logique de parti, et donc une assomption politique, celle que nous tentons ici de définir, en retrait par rapport à ce but est d’abord là comme outil de perception de compréhension de la réalité, et semble donc caractérisée par une intentionnalité épistémique. À mon sens, nous retrouvons cela actuellement aussi bien avec le territoire que défend les éditions Questions théoriques, que chez des poètes comme Franck Smith, que ce type d’engagement a conduit à certaines oppositions de la part d’institutions.

Patrick Bouvet de même m’apparaît se situer dans une telle démarche, même s’il se tient à l’écart de l’objectivisme, au sens où il ne travaille pas spécifiquement et seulement avec des énoncés qu’il détacherait de leur contexte tant bien même il travaille sur le sampling et le cut-up, mais il crée une langue, sa langue dans un engagement de ce type. Comme je l’écrivais, il y a quelques années à partir de Open Space, et revenant à Shot, son travail se donne comme une tentative documentaire et critique de mécanismes situationnels médiatiques (photographie de guerre, impératifs sécuritaires, dispositif idéologique du travail). Dans Pulsion lumière, comme dans Shot, il déconstruit avec minutie les images, il les déconstruit par plan, par séquence, par leur répétition. Par plan, c’est-à-dire par la différenciation des degrés distincts de réalités qui se donnent en bloc. Avec Pulsion lumière, nous sommes dans l’héritage de la dissection cinématographique de Vertov et de L’homme à la caméra. Toutes les opérations de l’image qui déclenche la pulsion, sont exposées. Le titre une nouvelle fois n’est pas anecdotique, il est même l’horizon questionné de cette écriture-là. Comment le cinéma fonctionne-t-il ? Comment fonctionne l’adhésion du spectateur ?
Pulsion lumière met en dispositif plusieurs moments concernant une actrice : 1/ cérémonie de remise des prix; 2/ l’interprétation de l’actrice dans un film de guerre, catastrophe, d’épouvante avec des morts-vivant, 3/ les réactions du public, 4/ les retraitements numériques de l’actrice et des situations où elle est impliquée ("nous voulons que le public soit incapable de faire la différence entre les prises de vue réelles et les événements numériques qui y sont intégrés"(p.26). La force de ce texte est de monter (au sens d’un montage cinématographique) les différents plans de consistance de cette actrice et de la spectacularisation cinématographique et dès lors de faire comprendre comment, cette pulsion lumière du cinéma fonctionne. Dire que ce travail est un lointain écho de Vertov, c’est insister sur le fait que ce que fait Vertov est de l’ordre de la déconstruction de la magie cinématographique pour mettre en lumière en quel sens l’hypnotisme fonctionne.
Mais aussi ce qui caractérise ce travail poético-critique de Patrick Bouvet, c’est d’insister sur le fait que la pulsion impliquée pour le spectateur est liée à la synthèse de l’ensemble des dispositifs cinématographiques au niveau du visage de l’actrice : "le public ne sort plus de cet espace de souffrance et de désir qu’est son visage"(p.21). Le spectacle est personnifié dans l’actrice qui est elle-même le résultat numérique d’un processus 3D dans le film. C’est pourquoi, Patrick Bouvet peut écrire : "pulsions et surfaces tout s’ordonne dans une tension érotique vibrante" (p.60). Cette tension érotique vibrante est celle qui provoque lors cette qualification répétée dans l’ensemble du texte : le sentiment du "quasi religieux".
Le spectacle ainsi produit, selon la logique mécanique de la provocation de la pulsion tient sa finalité dans l’extase du public au niveau du religieux. Dès lors, apparaît que l’actrice s’incarne déesse, déesse de la guerre, selon un ordre de montage technique et cinématographique permettant sa transcendance fictionnelle, mais bien réelle au niveau du ressenti du public.

[video] Lecture-vidéo d’un extrait de Pulsion lumière, de Patrick Bouvet

Filed under: créations,videopodcast — Étiquettes : , , — rédaction @ 9:39

Lecture-vidéo d’un extrait de Pulsion lumière (lire la chronique), de Patrick Bouvet.

18 septembre 2013

[Chronique] Marie Darrieussecq, Il faut beaucoup aimer les hommes, par Périne Pichon

En cette énième "Rentrée littéraire", nous avons demandé à Périne Pichon d’examiner de près un roman classé dans le Top-Ten des meilleures ventes.

Marie Darrieussecq, Il faut beaucoup aimer les hommes, P.O.L, été 2013, 320 pages, 18 €, ISBN : 978-2-8180-1924-5.

Dans ce roman qui constitue un diptyque avec Clèves, les pensées de l’héroïne sont majoritairement rapportées à la troisième personne, par petits paragraphes séparés d’un blanc, comme s’il s’agissait de faire dialoguer entre elles les pensées de Solange. Cette écriture fragmentaire est marquée par la psychanalyse : il y a comme une tentative de solliciter l’inconscient par l’écriture. Mais emprunter son titre à Marguerite Duras suffit-il pour mener à bien un tel projet ?

Certains passages tournent autour des « clichés » intériorisés par le personnage, ou de mécanismes psychologiques, voire des maladies psychologiques, comme cette « maladie d’attente » qui affecte la femme amoureuse, Solange. Marie Darrieussecq dit vouloir travailler les « clichés ». Mais a du mal à dépasser le cliché, semblable à une petite case dans laquelle se range une sensation ou une situation mécanique, connue et codifiée. Elle le présente, en montre certes la naïveté, mais reste acculée sur sa barrière. Le lecteur en ressort frustré, avec une envie de poursuivre ce « et alors » déjà inscrit sur la quatrième de couverture. Cet effet d’interrogation qui persiste peut être un point positif pour le roman, de l’autre côté un point négatif, car on en vient à se poser la question cruciale relative à l’histoire de Khouhouesso et Solange. Leur passion est un échec. Pourquoi, parce qu’il est noir et elle blanche, comme le suggère la quatrième de couverture ? Parce qu’ils sont les produits de deux cultures différentes (cultures plutôt simplifiées et résumées à travers les explications brèves du personnage de Khouhouesso) ? Le jeu avec les clichés auquel s’adonne la romancière semble encore trop pauvre, voire trop facile.

Khouhouesso devient le stéréotype de l’homme aimé : énigmatique, insaisissable, impénétrable. Sa couleur de peau devient un indice de plus pour signaler ce stéréotype de « l’homme mystérieux » (voulu ou non par la romancière ?). Autre cliché de la relation amoureuse : la rencontre « coup de foudre » (Solange ne « voit que lui », est perturbée par le « champs magnétique » de l’homme).  Solange et Khouhouesso, en tant qu’acteurs, sont coincés dans une série de codes qui règlent leurs conduites, elle de femme française, lui d’homme africain. Et également, comme le personnage de Khouhouesso le souligne, de Noir et de Blanche (p.  133 : « Il lui dit qu’elle et lui, c’était même farine : ils ne pensaient qu’à eux. Être un Noir et une Blanche. »). Est-ce la raison pour laquelle leur relation est un échec ? Ou est-ce plutôt parce que cet homme flirte avec le monde du cinéma où ce qui est vu prime (l’image, la photographie, le montage) parfois sur ce qui est dit ?

Finalement, on ne sait pas bien ce qui marche et ce qui échoue dans cette relation où les deux personnages semblent ne jamais pouvoir communiquer. Ils sont empêtrés, empêchés par quelque chose. Solange est toujours prise dans le « vouloir dire », différent du « dire » (p. 27). Leur incompréhension mutuelle teinte leur langage, lorsque la jeune femme comprend « Amérique » pour « amharique » (p. 84). Mais l’absence de Khouhouesso (même présent avec Solange, le jeune réalisateur s’absente dans sa Grande Idée) empêche le développement de cet écart entre ce qui est dit et ce qu’on a voulu dire, si bien qu’il semble la conséquence de l’opposition culturelle du couple, ou « idéale » (Khouhouesso vit pour son idée, Solange pour Khouhouesso, il y a comme une divergence d’idéaux).
 
Solange semble également se débattre avec des préjugés relativement conscients ou plutôt sur des préjugés potentiels qu’elle pourrait avoir à l’encontre de Khouhouesso. Dès le début de leur rencontre, Solange refuse de voir l’origine de son amant comme un problème – et par conséquent, elle la surévalue : « Elle aurait préféré se consumer d’un coup, comme les vampires surpris par le jour, que prétendre le réduire à la question des origines. Ils étaient deux étrangers, deux adoptés de l’Amérique » (p. 21). Elle en vient même à faire des recherches sur internet, dans les livres, pour trouver des « images » de l’Afrique. Là encore, on peut voir le lien avec son métier d’actrice, son rôle dans la fabrique aux images qu’est le cinéma, et ce besoin de voir, d’interroger l’apparence des choses. Solange est comme prisonnière d’un monde d’images (à plusieurs reprises, elle imagine les photos people d’elle et de son amant, à Paris et à Kibri), un monde en miniature puisqu’elle l’arpente, téléphone en main, d’est en ouest, du nord au sud.

Le passage relatant le tournage en Afrique (parties III et IV, à partir du chapitre « images fantastiques de mondes où la forêt n’en finissait plus ») est le plus intéressant (pour une lectrice européenne). Se détache l’image d’un Cameroun mystérieux, envoûtant et insaisissable (les forêts sont prêtes à engloutir les hommes, les petites pygmées ne peuvent être filmées), ou plutôt difficilement saisissable. Le pays de Khouhouesso, tout aussi mystérieux. Y a-t-il une tentative de poser les fondements d’un « romanesque » où les héros ne sont plus ces chevaliers en armures, mais des acteurs de cinéma ultra connus (George, Vincent), arpentant le monde pour créer des images ?

Dans une interview, Marie Darrieusecq avoue elle-même qu’elle n’est pas une « romancière à histoire ». Il n’est pas non plus question de récits ou d’études sociologiques, et les « clichés » sont présentés, réunis, sans êtres mis à l’épreuve. En fin de compte, les fils du récit, malgré l’écriture assez limpide, ne réussissent pas à maintenir une trame. La passion de Solange, attendant sans cesse l’attendu, devient presque ennuyeuse. Elle se solde par l’effacement de son image dans le film tourné par son amant. Mais cet effacement semble n’avoir aucune valeur. Bref, difficile de comprendre où la romancière veut en venir, le pourquoi du comment du récit, et de cette équation irrésolue qui mêlent un homme, une femme, le cinéma et Conrad.

 

[Agenda] Présentation de la saison DATABAZ

Filed under: agenda,News — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:08

Vendredi 20 septembre 2013 à 18H, ouverture de la saison DATABAZ (Philippe BOISNARD et Hortense GAUTHIER : 100, rue du Gond à Angoulême). Présentation de la programmation automne 2013 du centre Databaz qui est le centre d’art géré par l’association Trame-Ouest qui gère libr-critique.com. Présentation des rencontres INTON’ACTION #3, et des évènements à venir en 2014 et des nouvelles résidences (renaud Renaud Chambon et Marina Bellefaye, alter sessio,…).
Nous ferons retour aussi la saison 2012-2013 (les soirées, les résidences telle celle de la compagnie Merlin pour la création du Mapping de L’argent, mise en scène de Anne Théron, présenté notamment au festival d’Avignon IN, … )
Vous êtes les bienvenus pour boire un verre, échanger, discuter, et venir découvrir quelques petites surprises…

Après le temps de l’été et des horizons reposants, c’est la rentrée et DATABAZ rouvre ses portes pour vous proposer de belles rencontres et des découvertes artistiques, avec INTON’ACTION #3, rencontres internationales de poésie et d’art action, puis une soirée de performance audiovisuelle, une résidence de création, danse et art numérique, et une soirée poésie, de quoi faire vriller vos oreilles, briller vos mirettes et palpiter vos neurones ! Nous vous attendons nombreux pour ces rendez-vous qui vous feront oublier la mélancolie automnale et qui nous permettront de partager des moments vibrants à contre-courant des pesanteurs du monde…

 

17 septembre 2013

[Texte – 6] Claude Favre, A.R.N._ agencement répétitif névralgique_ voyou [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois]

Voici la sixième livraison sur huit de ce long agencement répétitif névralgique. [Lire la cinquième]

 

D’entre souvenir et sourire la trivialité est refusée, de l’énervement mots exhumés excavés, traque, la beauté, un mot se lance, ou se retient, un mot c’est matière et sang qui frappent mémoire, répétition contre incertitude, elle dit, doute, doute par défi, parle défie, revenir sur les lieux du crime parler c’est dire, elle dit se souvenir larcins

 

 

 

 

 

 

 

Elle dit un corps c’est un verbe qui parle travers ça au mieux gazouille merdouille, usé d’indignation râle, des fois ça rigole des fois disparaît des fois entre les mots qu’on dit, pas de quartier, un corps sera exécuté, des fois long générique, un corps horde des fois, espèce sauvage, qui résiste même la mort, un deux trois trou, un corps quand il a faim, n’a des mots que silence, ça fait du bruit un corps pour vivre a des verbes, elle voudrait dire, des pratiques de déterrement

 

Revers de paroles, c’est toujours elle dit un corps qui flanche, n’imagine pas assez la mort, un corps soumis à la pression cogne parois, craque, c’est ça qui, sans la parole il ne peut, il ne, jusque, ni juste, là aller, jusque là, elle dit les nazis obligèrent à dire des morts, hommes, qu’ils n’étaient eux, rien, marionettes poupées rien, aussi parler quand nous sommes pour, nous qui ne, pour eux, comment parler, mais, pour eux

 

Comment, pies tombes, un corps quand il dit, je ne, se souviens de, rien des mots laminés ça dégâts, nous, d’imagines, on jette sciures cendres, bois jetés, clous, on dit c’est le présent, dit-on le présent, pas dit entre la mort moi la traque, la beauté trou c’est pas dit pas dit elle dit, un corps c’est le vôtre, on a quelques problèmes mémoire, de contusions en confusions, mort encore trop pas assez celle des autres, ça on l’oublie, on dit désolé mot démotivé rien d’une désolation j’ai des soucis, pour dire je ne suis pas là, pas agir c’est difficile, les mots font-ils ce qu’ils disent toujours je n’en, suis revenue, que, parce que, fermés les yeux la mort joue juste

 

 

 

 

Elle dit pas rien la boîte crincrin, du fin fond kaléidoscope, science participative, déploiement quand maintenant n’est plus qu’après, somme toute vie commune, pas qu’un peu crâne d’où l’on vient, c’est qu’après, on a des mots bouches et oh la la des bouches abattoirs, on a des mots silences on n’a, n’imagine pas ce qu’un corps oublie, mélange, paralyse, il y a à, apprendre, vivre est un verbe d’écart, on n’imagine ce qu’un corps mémoire, c’est un peu curieux parfois, à déjà et plus jamais, et puis on sait plus, j’étais un corps, qu’est-ce qu’il, vous disiez

 

16 septembre 2013

[agenda] Midi-Minuit poésie – Maison de la poésie de Nantes

FESTIVAL POÉSIE, MUSIQUES, ARTS VISUELS, du 10 au 12 octobre 2013

MIDIMINUITPOÉSIE#13
Au Pannonica, Pôle étudiant, Château des Ducs de Bretagne, Cercle rouge, dans la ville.

Jeudi 10 octobre 2013
De 10:00 à 18:00 / Dans la ville / Gratuit
Bip Bip Lecture
Lectures sur commande par la compagnie Udre Olik
20:00 / Pôle Poésie / Entrée libre
Lectures-concerts dans le cadre de MidiMinuitPoésie
Pierre Soletti (auteur) & Arthur Narcy (batteur)
Frédérique Soumagne (auteure) & Noël Akchoté (guitariste)

Vendredi 11 octobre 2013
Toute la journée / café Le Cercle rouge / Gratuit
« Photopoèmes » par Rémi Checchetto
Portraits écrits et lus
19:30 / Château des Ducs de Bretagne / 5€
Performance de Serge Pey & Chiara Mulas

Samedi 12 octobre 2013
de Midi à Minuit / Pannonica / de 7 à 10 €
Lectures, lectures-concerts, performances, photos et vidéos avec : Rémi Chechetto & Titi Robin, Bruno Fern & Guillaume Anseaume, Armelle Leclercq, Francis Cohen, Sébastien Smirou, Anne Portugal, Serge Pey, Thierry Froger, Frédérique Soumagne, Pierre & Patrice Soletti, Antjie Krog, Jacques Roman, Virginie Poitrasson, Philippe Languille, Éric Philippon

www.midiminuitpoesie.com

Older Posts »

Powered by WordPress