Libr-critique

30 juin 2020

[Texte] Sébastien Ecorce, VARIA, punctum

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Revoici Sébastien Ecorce – professeur de Neurobio à ICM, Salpètrière, écrivain-poète -, que nous remercions pour ce premier extrait d’un travail en cours. [Lire son dernier texte sur LIBR-CRITIQUE]

 

Le syndrome sec signe-t-il une chute de la larme

Une rechute a un effet neuroprotecteur dans l’épaisseur de la chute princeps

La chute diminue les jours sans rémission

Réduire le volume n’est pas un coup d’arrêt à ce que tu déplaces très légèrement

Le vide respire : c’est solidement prouvé

Les troubles du jeu ne connaissent pas le temps qui s’écoule

La pleine conscience, de quelle manière pourrais-tu la guider

Le score moyen est une question de douceur, aussi

Le souvenir est une plante réduite et résiduelle

Ce que tu peux oublier par l’enquête courte

Un rapport de risque dans les rapports d’observation

Jour contre se répète dans sa différence

Tu feras du coaching avec intervalle de confiance

Est un petit effet dans un grand échantillon, ou grand effet dans un petit échantillon

Ce que tu oublies est un critère de jugement secondaire

De quelle manière pourrais-tu réduire ce que tu détruis

Etat fonctionnel : ne pas voir

La gravité est-elle celle de la partie dans le tout, ou celle du tout dans la partie

Un effet de taille dans la proportion des séries

Le temps est un score qui répond à une échelle de temps

Les jours sans es-tu toujours dans le groupe

Comparé au groupe. Ne compare pas. Quelle est la chute de l’Histoire ?

La valeur n’est pas basée sur l’efficacité, mais sur le lien à l’efficacité

Tu préfèrerais toucher les effets de persistance

Est-ce que cela respire après intervalle d’intervention

Tu voudrais recruter des oublieurs dans une proportion significativement plus élevée

Tu voudrais oublier l’oubli précède le fardeau d’oubli

Et l’erreur, quelle chute. Avec l’erreur, l’ennui, c’est que l’on veut toujours la réduire à un effet de taille

Tu voudrais toucher le balancement du raisonnement circulaire

Parfois, ne voir qu’il n’y a aucune référence à une règle générale

Ils étaient blancs tes signes. Et s’ils étaient noirs

La douceur de la traque peut manquer

Tu la retrouveras par des groupes de précurseurs d’entre les signes

Tu penses pouvoir finir par aimer le silence et la mort, qui ne sont que des leurres dans les groupes

Tous les hommes sont mortels est à une heure d’observation

Tu veux sécher tes signes qui vont su particulier au général. Mais ceux qui vont du général au particulier.

Pour certains le voyage s’arrête au cercle syllogistique. Ils y voient une apodictique dans la valorisation des signes.

Garder la vérité. On ne la garde pas. Elle circule. Du général au particulier, comme du particulier au général.

Un outil si tu es seul au monde. La prémisse.

Tu pourras toujours relancer la chute. Pour voir qu’il n’y a pas de règle du déjà connu.

Le larynx de Socrate.

(…)

© Warhol, 1986 ; Fischer, 2019.

29 juin 2020

[Chronique] Christophe Stolowicki, Galland ou Mardrus ?

Filed under: chroniques,Non classé,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 20:27

Les rivages sont ceux à tout jamais de l’Arabie heureuse. Il est peu de livres qui happent, absorbent autant que Les Mille et Une Nuits dont on ne peut se détacher, non tant comme le sultan Schahriar pour connaître la suite du feuilleton emboîté en poupées russes, que pour le charme, qui ne se laisse pas lever. On ne retrouve pas la flèche enchantée, tant elle a de loin outrepassé sa cible.

Soit un corps de récits comme il est des corps de légendes, d’antiquité persane et arabe comme il en est une hindoue ou grecque, Homère décidément multiple – elle a en Galland et Mardrus son Sophocle et son Euripide français, après cinq à sept siècles. Littérale, conforme aux textes premiers la version de Mardrus, tel Euripide mettant en scène la prostitution de Silène au Cyclope, qui n’omet pas un détail des copulations (Mardrus restant toutefois discret dans le conte le plus pédérastique où l’amoureux accomplissant les destins perce par malchance, au quarantième et dernier jour, le cœur du garçon de quinze ans enfermé dans un caveau pour le préserver de lui) ; elle conserve les parties lyriques en vers arabes agréables aux auditeurs d’origine mais que nous recevons comme des longueurs cassant la poésie des rêves, ceux rendus avec un taquin plaisir, temps et distance abolis, dix ans en une nuit (histoire de Noureddin Ali) ; toutefois plus riche en couleurs (« notre histoire, si elle était écrite avec des aiguilles sur le coin intérieur de l’œil », ou « à cette vue le monde noircit sur son visage » ou djinn ou efrit que Galland a traduits en génie, calife resté khalifat).

En ces temps bénis où le b a bah de l’enrichissement était encore de commencer par dissiper ses biens, l’histoire de Sindbad le marin nous est contée comme le paradigme de l’esprit d’entreprise, à inscrire en lettres d’or au fronton du medef, de celles qui ne parlaient pas encore la langue de bois. Hindbad le portefaix et Sindbad le capitaliste du quitte ou décuple, ne diffèrent que d’une consonne, comme on a peine à le faire entendre à ceux qui peinent à aspirer le h.  

Récits de tiers état, d’un comique moins populaire que n’est Molière, où plus encore que dans les tragédies de Racine, adressées à un roi-soleil, la puissance souveraine est évoquée au travers de personnages princiers, mais où le quotidien, tant des conteurs que du public, est de richesse marchande, de bonne foi mercantile, de bonnes manières dont la matière est le commerce, des gens, des denrées, des étoffes, des joyaux, où joailler tutoie vizir, où seul l’amour d’Allah tricote le lien social avec les rustres et les rois, mais où la condition normale, normative, est celle d’entrepreneur en bagatelles, en bagues à telle enseigne que les massacres y sont occultés, que chrétien et juif, davantage que juif en chrétienté, y sont tolérés, que tôt les rais et les rayons de chalandise l’emportent sur les rêves, gâchent du rêve mais en structurent comme élément premier des contes l’immarcescible empreinte.

Si Versailles m’était contée comme le sont ici Bagdad et Damas, Mossoul, Le Caire, bien avant le romantisme et tous nos ismes en cascade, et l’invitation au voyage, de Châteaubriand et Byron à Mérimée sans l’intériorité baudelairienne – jamais Galland n’eût fait sensation, obtenu succès de Cour et de librairie (celui-ci relatif faute seulement de tirages et d’alphabétisation) avec son bienséant orientalisme. Ce qu’il traduit, et que traduisent ses lecteurs en Comment peut-on être persan, sont de politesse à politesse avec un à deux siècles d’avance (le premier volume de ses contes paraît en 1704), les degrés de l’Histoire. Et quand Mardrus y reviendra, avec des affectations dignes de Bloch du Temps perdu, un érotisme de pacotille à la Pierre Louÿs, un lyrisme de Nourritures terrestres, tant de philologues ayant martelé de leur exigence le drap d’or des lettres, les mille et une nuits dans leur version première auront si fort imprégné notre littérature, de Stendhal à Proust, que malgré son lancement à grands éclats par La revue blanche, son tour sera passé.

Poésie. Sous le pinceau de Delvaux l’esplanade de la Défense semée de palais de marbre en guise de tours, au coin de la rue entre deux collines à quelques années lumière, des poissons de quatre couleurs nageant dans un vaste bassin, est une cité figée dont est banni le végétal irrégulier, tous ses habitants statufiés à l’exception du roi, lui seulement à mi-corps – je condense deux trois contes.

La plupart, alternant comique et tragique, marqués par un climat d’enfance (Histoire des amours de Camaralzaman), sont datés du douzième siècle, soit des rayons bas d’un âge d’or, d’un paradis perdu de l’Islam, époque des philosophes Averroès et Maïmonide, avant qu’il ne décline sous l’assaut des Croisés et de Gengis khan également barbares, et ne se radicalise bien avant les fanatismes contemporains.     

28 juin 2020

[Chronique] Daniel Pozner, Défense, illustration, impatience et épluchures de la langue française, par Ahmed Slama (Dossier 2/2)

Daniel Pozner, Défense, illustration, impatience et épluchures de la langue française, Les presses du réel, coll. « Pli », 4e trimestre 2019, 72 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-110-7.

Défense, illustration, impatience et épluchures de la langue française. Le titre est déjà tout un poème. Sur la couverture, ces lettres non alignées et qui se lisent dans le même mouvement pour créer des mots vivants jouant avec (et se jouant de) la grille de composition. Les lettres quelque peu effacées, le n d’impatience et le h d’épluchures, et enfin le n et le g de langue. Typographie et couverture qui tissent et fixent déjà ce qui va advenir dans et par les pages. Comment ne pas penser à la Deffence et Illustration de la Langue Francoyse ? texte de Joachim Du Bellay, fondamental dans l’histoire de la langue (et la littérature) française. Il nous faut y revenir quelque peu, car c’est bien à partir de cette référence que se déploient la portée et l’ampleur du poème de Daniel Pozner.

Deffence et illustration ?

Publié en 1549, Deffence et Illustration de la Langue Francoyse intervient dans un contexte particulier, il s’agit pour une partie des « lettrés » français de promouvoir la langue française fraîchement institutionnalisée (1539)[1] contre le latin et le toscan qui dominaient le champ intellectuel et artistique. Ainsi, Du Bellay propose tout un programme d’enrichissement de cette langue française, mais surtout « un manifeste pour une nouvelle littérature et un programme pratique pour donner aux poètes des instruments spécifiques qui leur permettent d’entrer en concurrence avec la grandeur latine et son relais toscan »[2], voire de les dépasser. Objectif que pourront atteindre les « poëtes françoys » en s’inspirant des auteurs romains qui imitaient « les meilleurs aucteurs Grecz, se transformant en eux, les devorant, & apres les avoir bien digerez, les convertissant en sang et nourriture » (Du Bellay, Défense et illustration de la langue française). L’opération est donc de dévorer le latin et de transformer ou convertir la valeur du latin en capital symbolique français, permettant à terme de donner légitimité à cette langue « naissante ». Voici donc ce que fut le programme de Du Bellay, défense du français contre les latins, et son illustration, comprendre mise en valeur.

Quelle défense ? Quelle illustration ?

« Le temps serait venu de sortir par le haut
La cure de désintox
Égrène les noms
Le silence gagne »

Bien évidemment le poème de Daniel Pozner n’a rien d’un manifeste ou de quelque « programme » à destination des poètes. Additions, juxtaposées à la verticale, de phrases et de mots puisés dans le quotidien. C’est toute la ville et la vie qui murmurent, pas d’enchaînements ou si peu.

« Faire de l’or
Accentuer les efforts
Rechignement à s’engager
La réponse est ailleurs
Les sabreurs ont disparu
Visages retrouvent leur identité »

ou alors on assiste à quelques enchâssements.

« Parvenus à un accord
Incapables de comprendre
Balayé d’un revers de la main »

Ça coule et s’écoule sur le blanc de la page. Défense, illustration d’un quotidien. Langue qui s’exhibe par et dans une composition particulière qui donne rythme et vie au poème.

« Les perdants
Le cerveau du groupe
Les règles de transparence
La peur des banlieues
Les raison profondes »

Renversement de la Deffense de Du Bellay qui rejetait les dites « vieilles poësis françoyses » ; rondeaux ou chansons bachiques, ensemble de ce qui composait une poésie populaire. Chez Pozner, c’est bien le langage quotidien qui est défendu, illustré par la composition singulière. Il est poème et le devient par le fil de ces soixante-dix pages.

Impatience et épluchures

Nous l’avons compris, il ne s’agit pas ici d’enrichissement de la langue, nous n’en sommes plus – heureusement – aux temps de l’écriture ornementale, des normes et du bien écrire des dits honnêtes hommes. Ce sont plutôt les épluchures de la langue qui importent, attention aux bruissements et graphies du quotidien. Tout ce qui se déploie à celles et ceux qui savent tendre l’oreille, et bien porter le regard. Tout ce dont on se saisit au vol, sans pour autant en avoir scruté le cœur. Épluchures langagières.

« Feuilles bien vertes sont signe de fraîcheur
A moins d’importance que sa construction
Bouche à oreille ou vice versa jusqu’au recopiage »

Mots qui s’égrènent comme une longue épluchure. Cette impatience aussi. Ces milliers de phrases dites ou écrites sans les achever, sans y mettre de point. Mots lancés ou mots entendus, sans contexte et sans suite. Ça s’interrompt souvent,

À découper des phrases au
Mots ont passé avec succès l’épreuve du temps
Enfilez chacun d’eux dans les œillets
L’heure est grave
Abattage après étourdissement
Il s’agit avant tout d’un problème industriel
Sur le trottoir et d’y
Sinistre où l’esprit de sérieux triomphe

et ça repart parfois. Ou peut-être tout ce que j’écris ici est trop sérieux ? Sinistre ? Laisser le poème, seul, tracer sa voie, c’est le mieux. À lire, donc avec, pour finir, un extrait en supplément.

 

[1] Au travers notamment de l’ordonnance de Villers-Cotterêts – le plus vieux encore en application aujourd’hui dans la législation française, les articles 110 et 111 n’ayant jamais été abrogés.

[2] Pascale Casanova, La République mondiale des lettres, Le seuil, coll. « Points essais », 2008, p. 86.

26 juin 2020

[Texte] Daniel Pozner, Ô saisons ô (Dossier 1/2)

Pour inaugurer ce mini-dossier consacré à Daniel Pozner, voici une subtile liste dépôt d’impressions dans la lignée de ce qu’il a déjà publié ici et ailleurs… Qui nous invite à construire les absents du titre – façon Rimbaud ou Varda…

 

Pendulette

Mécaniques

Montre pas tes

Mémoire des

Syllabes mûres

Mot plus haut que l’autre

Roulette

Focale

Prestidigitation

Entrenœud

Poignée de mains

Voir aussi

Silence

Sommeil

Mutinerie

Hamac

Banderilles

Tessons

Chapeaux cartons rideaux cendriers

Ferrailles

Coulures

Reprise

No way

Cachetons

Cochonnailles

Crocheteurs

Crevouille

Carré d’as

Les dessous

Les boas

Les souliers

On vide

On lèche

On souffle

On brade

Lentilles

Mogettes

Points-virgules

Déserts

N’y croire

Défait

Tiroir

Portant

Veston

Percussionniste

Répète

Varie

Minus

Crayon

Secoue

Trace

Pas aujourd’hui

Ni demain

Préparer

Petite couverture

Toile cirée

Alcool iodé

Eau bouillie

Le vide avec le flambeur

La brasse

Le crawl

Entraînement à la nage papillon

La casquette

Les lunettes noires

Le tatouage

La redite

Les yeux vides

Verre à moitié plein

Calculs

Pépins de raisin

Puits sans fond

Extrait des carnets

Gribouille

Jeune premier

Perruque sur

L’encre les doigts

L’épaule les sacs

Télécommande

Œuf à la coque

Cinquième étage

Illusions perdues

Froissées

Jaunies

Cassantes

Nostalgiques

Après tout

Sécheresse accrue

Multiples

Communs

Impétueux

Ombres vacillantes

Vie est à nous

Insaisissable

Attrapé froid

Quatre murs

Amour fou

Défilement

Inconséquence

Torréfaction

Espionne fusillée

Sans façons

Sans combat

Je feinte

Pâlot

Coupés ras

Je fume

Lèche-botte

Au début c’est le

Plein et le vide

Moutarde à l’ancienne

Ce qu’on s’emmerde ici

Diamants sont éternels

Désespérer Billancourt

Bille en tête

Moisissures

Salpêtre

Toiles d’araignées

Les lilas ont fleuri

Aimants

Salis

Traîne-savates

Paravents peints

Coqs en pâte

Bruits de couloir

Minuterie

Vitrines envahies

Contraires identiques

Poissons d’avril

Neiges d’antan

Chômeurs partiels

Reines d’un jour

Humour noir

Colère intacte

Un clou manque

Verres faussés

Juste une mise au point

Les mirabelles les

Pierres des poires

Il en manque un

Les bons comptes font les bons

Retards

Danser c’est autre

Chose le poids le cœur le diable

Déjà ailleurs toujours

Parodique décalé bancal

Amis dépliés

Liste dépôt

Fuit fous le

Camp s’organise

Le hachoir manque

Parfois son coup

Ô saisons ô

 

24 juin 2020

[Chronique] Dominique Preschez, Parlando, par Guillaume Basquin

Dominique Preschez, Parlando, Z4 éditions, coll. « La diagonale de l’écrivain », juin 2020, 142 pages, 12€, ISBN : 978-2-38113-007-1.

 

Dominique Preschez le prouve une fois de plus avec ce nouvel opus, Parlando, publié dans la collection que dirige Philippe Thireau chez Z4 éditions, il écrit en rhizomes, d’une écriture qu’appelait de ses vœux un Gilles Deleuze : « N’importe quel point d’un rhizome peut être connecté avec n’importe quel autre ; et doit l’être. » Rien à voir avec l’écriture en arborescence du type arbre qui procède toujours d’un plan, même caché : il faut développer la story, la généalogie du « crime » plus ou moins commis en commun, etc. Non, chez Preschez, tout peut advenir à chaque fragment, de façon absolument imprévisible. Le fragment (souvent en forme d’aphorisme, mais pas que) permet la fulgurance mais n’interdit pas les correspondances souterraines : telle est la liberté du rhizome : chaque point du réseau peut être raccordé à n’importe quel autre, hors logique argumentative. Voyez (c’est-à-dire, lisez), page 64 : « S’être abandonné en confiance… aux déchaînements imprévisibles de la tempête, aux gravitationnels trous noirs… par atermoiements massifs de la matière engloutie, jusqu’à s’évapore… au rayonnement du phare, en cette nuit de l’Univers… » On sait que les trous noirs constitueraient l’essentiel de la masse de l’Univers : 80% ; de même les réseaux cachés et souterrains — aléatoires — des écritures en rhizome en constituent la plus grande partie, même si non visible : c’est l’antimatière de la mémoire involontaire. Proust est passé par là ; il en fut le créateur premier. Page 62, on trouve un bon aperçu de cette creative method : « À la recherche du mot perdu ; pareille invitation au voyage sans retour… tant il semble bon pour l’homme qui va vers la lumière, de franchir l’espace hors de la Raison ; revenu, les pas dans les pas, au point fixe du baptême… » Dante : « Termine fisso d’eterno consiglio », « terme fixe d’un éternel dessein ». Le motif (très important, chez Preschez, peintre de plein air — d’où son amour des Impressionnistes, et de Monet en particulier) doit être « répété, appuyé, puis contourné »…

Longtemps j’ai traversé le parc du Luxembourg sans soupçonner le moins du monde l’existence d’une secrète numérotation de ses bancs (ah, les chaises du Luxembourg ! qui en dira la poésie ?) ; c’est pourtant sur le banc n°333, près de la roseraie, que Preschez affirme très souvent s’asseoir pour écrire sur de petits carnets — notant les épiphanies du Temps : « Quel oiseau égaré, perdu… pigeon voyageur en mission, entre ciel et terre »… À côté de Preschez, Dominique, écrivain de l’ouvert sur l’Étant, la plupart des gendelettres d’aujourd’hui apparaissent comme des confinés de naissance : ils ont l’air d’écrire depuis leur bureau, comme un André Gide autrefois, bien sagement habillés — et c’est à peu près toute la rentrée littéraire… Ils n’ont pas de carnet ? L’air leur manque ? Ils ratent la notation de la sensation… Le carnet, c’est la cahier d’esquisses, beaucoup plus rapide que le clavier de l’ordinateur. Vous avez une idée ? Une mouette rencontre un cormoran plus lent ? Le temps d’ouvrir votre ordinateur, hop ! la sensation est partie : envolée ! (comme les oiseaux…). On se souvient qu’en matière de pleinairisme, Preschez a eu de nombreux prédécesseurs : Nietzsche, Jean-Jacques Schuhl — mais sa manière n’est le plus souvent qu’à lui, dans un déséquilibre léger (calculé ?) de la syntaxe : « Écrire comme cela… pareil premier matin à l’heure des foins de fille, humés sur la paille encore couchée… » : improbable restitution d’une peinture de l’air, comme chez ses illustres prédécesseurs les « peintres de l’Impression ». Histoire de « s’accorder à la démesure de l’instant », Preschez est perpétuellement à la recherche du kairos, de l’instant formidable. Comme au « jeu de boule de cristal », il faut pointer pour « circonscrire le hasard », qui « relève d’une présomption rationnelle à s’approprier l’art vivant, des figures infinies… ». Là tout n’est plus que « zigzags », « pendules oscillant entre grammaire et syntaxe »… Mais cette chronique n’a que trop duré ; je vous renvoie maintenant vers le livre même de l’écrivain à la recherche de « l’atonalité grammaticale », si le cœur vous en dit…

P.-S. : Outre la très belle préface de Philippe Thireau qui rend justice au Trille du diable, précédent opus de l’auteur, on notera la très belle composition photographique d’Elizabeth Prouvost en couverture de cet ouvrage, qui lui donne un juste air d’Enfer dantesque.

23 juin 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK 7

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:57

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le sixième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie épidémike transforme l’idée du monde contre sa prolifération ravageuse, segments toxiques, parasites du soulèvement, mimétismes idéologiques des larves, chiures ventilées dans les bronches, étouffement des sens, mépris des animaux, aliénation en série… Pour le renouvellement, le corps se dé-codifie dans son recyclage, à coup d’ fourchette dans la touffe, spatch ! Cul de cul… coktail, ragoût. L’épidémie coule en pédonculant toutes les particules métamorphosées, elle foisonne dans l’extension programmée, elle épouille, sabote les frontières, l’épidémie s’enfourne contre l’épidémie dans la tuyauterie planétaire comme un film expansé en migration violente dans le monde vers d’autres mondes contaminés, gerbe les germes, elle révèle les carottages fossiles d’illusion, l’imposture de la ruse perfide, les saloperies, la banque-boeuf, les assurances, l’administration, le contrôle, l’épidémie anti-corps balaye les simulateurs, sodomie radio-active de l’espace-temps, fusées-fusées CKKE, pénétration volcanique de la conscience en transe, signaux épars , libertaires, échangistes marquant le passé futur dans le présent constant en suspension, évaporation de l’âme-glaviot, l’épidémie s’expose pour cuber son foisonnement contre les foisonnements, elle déchouine l’aplatissement des courtisans, toute la couenne, l’épidémie formule l’épidémie dans ses anti-corps, elle entraîne la pensée proliférante dans la pensée-anti-corps, l’épidémie est une divagation rajoutée, une augmentation qui augmente l’épidémie de son épidémie dans l’espace avec la crème fraîche des cieux expectorée pour peindre le futur contaminé à la mémoire d’Artaud avec les anti-corps de l’épidémie corporelle au-delà du corps prémédité, c’est çà ! Juste pour l’esprit épidémik, pour l’esprit épidémik du grésillement de la vie imprévisible, pour le frottis, oui, pour le frottis dans son écho crépitant, raclé, complètement raclé… bziiiiiiiiiigrrrrrrrrrr – bziiiiiiiiiiiiiiigrrrrrrrrrrrrrrrrrr pour la beauté…

 » MUTATION EPIDEMIK  » (100 x 75 cm ) : feuilles perforées – plan géographique de la zone d’ insectes, photos constats insectes résinés, dessin. ( épidémik-box co-réalisation Michel Sohier/ Joël Hubaut 1976.

21 juin 2020

[News] Poésie is not dead, Urgences Poésies ?!?!?!

 » Urgences Poésies ?!?!?!  » est une installation d’art public dédiée à la poésie visuelle.

C’est un boîtier d’alarme utilisé initialement pour contacter les pompiers et qui a été détourné, dans l’esprit et la continuité des ready-made dadaïstes, et qui contient désormais à l’intérieur en lieu et place de son bouton d’alarme, un poème visuel.

C’est une Å“uvre en perpétuel mouvement. En effet, toutes les 2 semaines, le poème visuel commandé auprès d’un poète vivant est renouvelé. Il est installé depuis septembre 2019 et ont déjà participé plusieurs poètes visuels, dont et pour n’en citer que quelques-uns : Julien Blaine, Philippe Boisnard, Jean-François Bory, Thomas Dejeammes, Jacques Demarcq, Ma Desheng, Christian Désagulier, Jacques Donguy, Charles Dreyfus, Michel Giroud, Natacha Guiller, Joël Hubaut, Violaine Lochu, Michèle Métail, Bruno Nagel, Jean-Luc Parant, Charles Pennequin, François Poyet, Mathilde Roux, Cécile Richard, Alain Snyers, Lucien Suel, Pierre Tilman, Ségolène Thuillart, etc.

Il est implanté rue de la Folie-Méricourt, Paris 11ième, sur le mur extérieur d’Ut Pictura Poësis, le studio des poésies expérimentales, créé par le collectif Poésie is not dead. Le concept est de répliquer ce boîtier dans différents espaces publics à travers le monde. Un double de ce boitier sera installé prochainement dans la Maison des Ailleurs, maison où vécut en partie Arthur Rimbaud, à Charleville-Mézières. L’Å“uvre originale rentrant dans la collection du Musée Rimbaud. D’autres discussions sont en cours pour démultiplier cette installation à travers le monde, afin de polliniser, de percoler et de vaporiser nos espaces publics et nos non-lieux de poësis.

20 juin 2020

[Chronique] Jean-Luc Parant le boulimique (à propos de Soleil double), par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Luc Parant, Soleil double. Le lisible, l’illisible, dessins de Titi, Quentin et Jean-Luc Parant, Fata Morgana, coll. « Scalps », 128 pages, juin 2020 (vient tout juste de paraître en librairie), 21 €, ISBN : 978-2-37792-064-8.

 

Et si après tout Jean-Luc Parant n’en finissait jamais boule après boule, tête après texte et yeux dans les yeux à écrire au fil du temps une cantate de formation aux déformations limpides en autobiographie indirecte ?

Pour preuve son « Soleil double », avec ses deux versants « Le lisible, l’illisible », comme s’il y avait dans l’astre de lumière de fait les deux versants de la lune.

Ce qui tient de la « mythobiographie » et d’un manuel pratique d’utilisation ou de traité de conduite forcée entre deux attractions (la terrestre et la céleste) est formé de deux pans de 9514 mots chacun. Le premier est celui du vrai « je », l’autre son image inversée et en écran où ce je est donc un autre.

Afin de jointoyer ces deux temps, le dernier paragraphe du premier volume devient le premier paragraphe du second : « Cette unique phrase répétée est le sommet d’une montagne gravie puis redescendue d’un volume à l’autre »,  écrit le hâbleur boulimique.

L’image du visible est donc en fracture entre le lisible et ce qui ne l’est pas. C’est comme les deux faces de la lune – boule parmi les boules. Ils font le partage entre le jour et la nuit, la terre et le ciel. Parfois, le corps étant plus fort que l’esprit, « l’attraction maintient nos pieds au sol », ce qui nous évite bien des lévitations mystiques et autres farces des maîtres du clair-obscur.

Mais écrire un tel livre devient tout autant la tentative de donner la parole à un fondement intime autant qu’insaisissable, là où la « sainteté » de l’écriture possède un caractère charnel. Il ne s’agit plus de dissimuler du désir en un chemin de l’avant vers l’arrière au nom de la charge d’un passé inassimilable.

Parant ne cesse d’y décoder son corps et sa tête pour décortiquer d’une part la matière et la pensée du monde (qui lui-même ne cesse d’éclater en s’éboulant) et d’autre part la pensée et le corps de l’auteur lui-même en sa mécanique mentale et charnelle.

Emanant de la pénombre de l’inconscient, le texte crée une paradoxale opération d’amour qui porte jusqu’à la transparence l’expression d’une mémoire à travers le bouquet d’ombres consumées. L’écriture de fait réalise un projet anthropologique. L’esprit sert d’appel désespéré au corps.

L’inverse est vrai aussi. C’est donc une manière de tempérer les convulsions seulement métaphysiques. Ici l’approximation de l’unité associe l’être au cosmos en une mélancolie chargée d’émotions archaïques, ferment d’une douleur et d’une rêverie inépuisables. Et dans le genre, c’est plus que bien.

16 juin 2020

[Création] Thomas Déjeammes, Et faire à partir de l’explosion

Vous écoutez, emportés par le rythme qui soudain se met à bégayer… comme notre modernité, celle des guerres, comme celle du 11 septembre 2001 et de la catastrophe écologique…

Souvenez-vous, hypocrites lecteurs, nos semblables,
« nous ne sommes pas achetables achetables pas sommes »…

Laissez-vous happer par cet Agencement Démultiplicateur Neutroglycériné (ADN), que vous présente ci-dessous Thomas Déjeammes… /FT/

« Et faire à partir de l’explosion » est à la fois un livre/partition, publié aux éditions Plaine page en mai 2016, une lecture performée, une performo(t)sonance avec Kraums Notho ainsi qu’une exposition autour de l’écriture. 
Le livre a été réalisé à partir de multiples bouts de textes écrits entre 2010 et 2015. Sur le plan formel, il reprend l’idée du plan, de la carte, la lecture n’est plus linéaire, il se déplie et s’ouvre sur des bouts de textes tapés à l’ordinateur mais aussi écrits à la main sur des bouts de bois.
Ce livre a comme humus les différentes explosions passées et à venir, politique, économique, écologique, tout en questionnant notre rapport à la langue commune et communicationnelle par des déplacements syntaxiques, linguistiques, et tente de revenir au sensible par une langue musculeuse où l’oralité, le souffle reprennent corps.

Le point nodal de cette recherche protéiforme est une nuit de Juillet 2014, dans un village des Baronnies, dans les Hautes-Pyrénées, où une tempête, voire une mini-tornade aux dires de certains habitants, fait tomber des arbres, coupe les routes et l’électricité, et explose notamment la porte de notre boucail (ouverture dans la grange pour faire passer le foin).
L’exposition regroupe ces éclats de bois et des objets trouvés, où des phrases s’y inscrivent, des feuilles de carnets où un mot se répète inlassablement, des planches contacts photographiques, des vidéos à partir de photographies argentiques, etc.

Autant d’éclats d’humanité, de reliques de frêles supports, de vestiges de civilisations au cœur des explosions climatiques et politiques passées et à venir. /Thomas Déjeammes/

Écoutez « Et faire à partir de l’explosion »

14 juin 2020

[News] News du dimanche

Ouf ! Peu avant l’été, la vie littéraire dans sa dimension sociale semble se rêveiller pour de bon : les livres débarquent, les événements reviennent… On commencera par découvrir une sélection de 7 livres remarquables (Libr-7), puis nos Libr-évenements

 

Libr-7 (printemps 2020)

► Philippe CHAUCHÉ, En avant la chronique !, éditions Louise Bottu, 174 pages, 16 €.

â–º Jérôme GAME, Album photo, éditions de l’Attente, 144 pages, 13 €.

â–º Jean GILBERT, XX.com, éditions Questions théoriques, coll. « Forbidden beach », 264 pages, 20 €.

► Natacha GUILLER, Mocassin, je me prépare et autres récifs en cours, Nouvelles éditions Place, 80 pages, 10 €.

â–º Manuel JOSEPH, Aubépine, hiatus, Kremlin, Netflix & Aqmi ou les Baisetioles, éditions Questions théoriques, coll. « Forbidden beach », 112 pages, 13 €.

► Mathieu LARNAUDIE, Blockhaus, éditions Inculte, 112 pages, 13,90 €.

â–º Vincent THOLOMÉ, Mon épopée, éditions Lanskine, coll. « Poéfilm », 132 pages, 15 €.

 

Libr-événements

â–º Retrouvez Le Grand Dépotoir de Julien BLAINE à La Belle de Mai à Marseille : l’exposition reprend ce mercredi 17 juin jusqu’au dimanche 9 août.

â–º Chaque lundi jusqu’au 17 août à la Kunsthalle de Mulhouse : Eddie Ladoire, Anna Byskov, Chourouk Hriech, Lena Eriksson, Marianne Marić, Pusha Petrov, Elise Alloin, Katrin Ströbel, Guillaume Barborini, Jan Kopp, Stine Marie Jacobsen, Youssef Tabti.
Le Petit Programme réunit 12 artistes familiers du centre d’art. Ce sont des partenaires fidèles de la programmation de La Kunsthalle. Ce projet inédit et inhabituel leur consacre tour à tour une semaine de carte blanche pendant laquelle ils proposeront chacun un ensemble de trois Å“uvres.

Le Petit Programme de chaque artiste sera visible en ligne, pendant une semaine, sur les réseaux sociaux et le site internet du centre d’art. En parallèle, l’espace de La Kunsthalle sera un lieu de consultation dans lequel les Å“uvres s’accumuleront au fur et à mesure de l’été. Le public pourra se rendre dans l’espace d’exposition pour des visites pas tout à fait ordinaires mais résolument sécurisées.
En reprenant dans ses codes et ses formats les contraintes dictées par la crise sanitaire et ses répercussions sociales, en s’inscrivant dans un temps suspendu et propice à la réflexion, l’équipe de La Kunsthalle espère participer à un vaste débat consacré au monde d’après.

Programme en cours de construction… à suivre en ligne :
> http://kunsthallemulhouse.com/evenement/petit-programme/
> https://www.facebook.com/La.Kunsthalle.Mulhouse/
> https://www.instagram.com/la_kunsthalle_mulhouse
> https://twitter.com/la_kunsthalle

A La Kunsthalle Mulhouse, centre d’art contemporain, les Å“uvres seront diffusées au fur et à mesure des semaines pour composer un ensemble complet à la fin du mois d’août !
En entrée libre du jeudi au dimanche > 15:00 à 18:00 (fermé le 15 août) – sous réserve de réouverture prochaine.

► Du 27 juin au 5 juillet, Festival des écritures bougées à Alfortville (94).

Cette édition du festival des écritures bougées propose à une vingtaine d’artistes, écrivain-es, sculpteur-es, performeurs-ses, chorégraphes, vidéastes, de présenter une vidéo-action, une lecture-vidéo, des images-mots, une lecture-action enregistrée ou en direct visible en ligne samedi 27, dimanche 28 juin, samedi 4 et dimanche 5 juillet 2020 à 18h sur Zoom et en collaboration avec le Centre d’art contemporain La Traverse.

Six titres de films emblématiques rencontrent une chanson qui parle de cinéma et un titre de roman aux allures très cinématographiques, À l’ombre des jeune filles en fleurs, image de la fugacité du désir et de la recherche infinie de l’amour. Toutes ces œuvres parlent d’amour, de tous les amours possibles. À partir de ces titres une infinité de combinaisons se dessinent, huit sont proposés comme autant de films à imaginer.

Décomposés, recomposés, ces titres deviennent des poèmes, des mots isolés les uns des autres, déclencheurs de désir. Parce que les œuvres auxquelles ils font référence viennent d’époques et d’esthétiques différentes, ces titres présentent la vie comme un feu d’artifice sensuel et amoureux. Les mots ici agissent comme des ouvroirs d’images ou de films potentiels. Ils sont à la fois une idée, une lumière, un décor, le personnage central et les figurants.

Film à venir, lecture sans précédent, film impossible, film sans mot, film avec corps qui bougent, lecture à demi-mot, film sonore, images de mots qui bougent, lecture-action nocturne, film typographique, film sans personne, image muettes, lecture chuchotées, film de désir, lecture-marche, film sans image, images météorologiques, images vidées, lecture-démarche, films noirs, images-mots…

Cette année le Festival des écritures bougées aura lieu du fait de ce contexte particulier en ligne, tout en conservant cette même envie de bouger l’écriture. L’évènement à cette occasion sera centré sur le désir et l’amour sous toutes ses formes, la thématique reste ouverte et permet toutes les libertés !
Le festival se déroulera à 18h samedi 27 & dimanche 28 juin 2020 ainsi que samedi 4 & dimanche 5 juillet 2020.
Chaque vidéo ou intervention (lecture, lecture-action) en temps réel sera comprise entre 2 et 10 minutes et accessible en direct sur Zoom.
Les soirées dureront environ 40 minutes chacune, entre quatre et six artistes y participeront selon le temps d’intervention de chacun.

PROGRAMME

Samedi 27 juin 2020 — 18h00

À l’ombre de mes nuits blanches : Yoann Thommerel (Caen), Caroline Kervern (Bruxelles), Mathilde Ganancia (Paris).

À bout du désir : Céline Ahond (Montreuil), Sarah Klingemann (Paris), de Charme, Morgan Azaroff, Alisson Schmitt (Rennes), Bettie Nin (Alfortville).

Dimanche 28 juin 2020 — 18h00

La fille moi non plus : Charlie Jeffery (Paris), Corentin Malvoisin (Paris), Hilary Galbreaith (Rennes).

L’inconnu du botaniste : Elsa Pallarès Hugon (Olot, Espagne), Claire Finch (Paris), Cécile Bicler (Paris).

Samedi 4 juillet 2020 — 18h00

Les ailes de souffle : Adrien Lamm (Paris), Laure Mathieu (Paris), Yaïr Barelli (Paris).

La pleine lune du lac: Barthélemy Bette (Paris), Loris Humeau (Paris), Cécile Paris (Paris).

Dimanche 5 juillet 2020 — 18h00

Sur l’écran noir des jeunes filles en fleurs : Fabrice Michel (Paris), Arnaud Labelle-Rojoux (Paris), Yves-Noël Genod (Paris).

Je t’aime Les nuits : Aziyadé Baudouin-Talec (Paris) , David Evrard (Bruxelles), Lubovda, Valentina Traïanova & Antoine Dufeu (Paris).

12 juin 2020

[Chronique] Ahmed Slama, Yamina Mechakra, entre effacement et récupération du trauma colonial

Il s’agissait au départ d’évoquer Le Trauma colonial de Karima Lazali publié à La Découverte – en France – et Koukou éditions du côté de l’Algérie, ouvrage dense, d’une ampleur remarquable à la croisée de la psychanalyse, de l’histoire et de la littérature, explorant les replis et les remous d’une mémoire et qui va au-delà, par-delà cette colonisation. Psychanalyste, Karima Lazali exerce en France et en Algérie, en français comme en arabe, nombre de ses patients français – issus le plus souvent de la troisième génération postcoloniale – se trouvent « pris dans une histoire qu’ils n’ont pas connue et qui, le plus souvent, leur a été transmise dans un épais silence », silence et zone blanche de la colonisation française en Algérie. De l’autre côté de la Méditerranée, l’Histoire de la colonisation et de l’indépendance se trouve confisquée, figée par les différents pouvoirs qui se sont succédé. 

Et cette zone blanche de l’histoire coloniale algérienne et française a son pendant littéraire, une écrivaine plus exactement, Yamina Mechakra (1949-2013), oubliée en France, voire ignorée puisque ses romans n’ont jamais fait l’objet d’une publication. On pourrait se reposer la question de la domination masculine esquissée avec André-Fatima Touam.Récupérée en Algérie par le pouvoir et ses tenants, notamment le ministre algérien de la culture, Azzedine Mihoubi (de 2015 à 2019). Ce dernier, en 2018, inaugurait du reste un prix littéraire qui porte le nom de Yamina Mechakra, récompensant des Å“uvres littéraires d’écrivaines algériennes. Ainsi Yamina Mechakra se trouve être une sorte métonymie de cette l’histoire coloniale, récupérée ici, ignorée là ; et peut-être justement par ce qu’elle l’a portée, elle l’a racontée cette histoire coloniale au travers de ces deux romans, Arris (Marsa éditions, 1992), mais surtout La grotte éclatée (Société nationale d’édition et de diffusion (SNED), 1979 – devenue l’Entreprise nationale algérienne du livre (ENAL) à partir de 1983 –, dont nous allons explorer les pages.

 

Allégorie de la caverne

Il ne s’agit pas simplement d’un roman ? récit ? poème ? Taxinomies et autres typologies importent peu, car ici c’est d’abord et avant tout un langage singulier qui se déploie, obscur ou ardu pour les peines-à-ouïr : « Langage pétri dans les tapis, les livres ouverts portant l’empreinte multicolore des femmes de mon pays qui, dès l’aube se mettent à écrire le feu de leurs entrailles pour couvrir l’enfant le soir quand le ciel lui volera le soleil. »

Langage qui compose, par sa mise en page et ses grappes de phrases éparses, l’histoire de cette narratrice maquisarde « sans fiche d’état civil, sans nom, sans prénom » ; la question de l’état civil est primordiale, car la colonisation est également une dépossession de soi, de son nom et de son corps. Et c’est justement de corps blessés, mutilés qu’il sera question, la narratrice, maquisarde, on la chargera de soigner les blessés qui affluent dans une caverne isolée à la frontière franco-tunisienne.

« Je revis mes doigts cherchant la balle à extraire, le couteau se perdre dans le cou, le ventre, la poitrine. Je me revis aussi épaulant, visant, tirant à bout portant et supprimant d’un trait une bête vivante. Les animaux n’ont pas de tribunal pour porter plainte. »

Ces corps entassés dans des gouffres servant de fosses communes… comme « ce jeune homme, parti à l’aube de sa jeunesse, était mort sans avoir de tombe ; cette terre qu’il défendit lui refusa sa main. » Et c’est bien un motif particulier que trace cette caverne, allégorie des corps mutilés, des corps brisés. Dans ce délire qui précède la mort ou dans l’ennui et la solitude de la caverne, les histoires personnelles défilent et composent une mosaïque hypnotique, lentes murmurations qui font écho au récit de la narratrice, à la fois dans la caverne et une fois celle-ci quittée.

Mosaïque subtile

Dans ces récits et leur enchevêtrement kaléidoscopique, c’est l’histoire d’un état de l’Algérie coloniale qui se dessine. Les histoires de ces femmes pour qui les affres de la colonisation se doublent de la domination patriarcale.

« Toute une vie s’était écoulée ainsi. Dans sa chair et dans sa révolte intérieure tout un roman étouffé, qui se confondait dans ses souvenirs avec le cri de la matrone le jour de sa naissance-Malédiction !

Jadis en Arabie ils enterraient les filles vivantes.

Un père couvrait de terre sa petite.

Une dernière fois elle parcourut son visage. Elle y vit des grains de sable et les secoua. »

Vies monotones faites des tâches ménagères auxquelles elles sont perpétuellement astreintes, doublées d’humiliations.

« Une seule fois, j’ai connu le nouveau. C’était ma nuit de noce ou la nuit de mon viol car on m’a violée. »

Et qui résonnent avec l’histoire de la narratrice ayant fait son éducation, dans un couvent dont la mère l’exclut à cause d’une lecture, Les Paradis terrestres, à laquelle elle adjoindra celle de Hafiz, Rimbaud et Saadi.

Et c’est ainsi des dizaines d’histoires qui parsèment le récit ? poème ? roman ? et ce qui frappe c’est l’absence, dans et par la langue de Mechakra, l’absence de tout orientalisme, il ne s’agit pas de dépeindre les algériens en bêtes, pas d’essentialisme ici, mais plutôt de faire dans et par l’écriture la tension, la complexité des tensions.

« Faux adolescents, sauvages, la bouche affamée, les yeux éternellement amoureux, ils repartaient de nouveau sur la trace d’une proie. Les années s’écoulant ils cherchaient à consumer leur ardeur et leur soif d’amour inassouvi dans les bras d’une femme jamais rencontrée. »

Une justesse qui porte loin

Justesse dans l’écriture et la langue, la manière dont Mechakra parvient à jouer sur et se jouer des étymologies, comme  ici avec l’adjectif mesquine. « Il lui envoya un message d’amour par une vieille mesquine du quartier à laquelle les honnêtes gens ne refusaient pas le partage du repas. » Utilisé dans le sens que lui donne le français : « Qui s’attache à ce qui est petit, médiocre », mais également au sens du mot arabe مسكينة [msikina] : « pauvre ».

Et c’est bien cette rigueur et cette justesse dans l’écriture qui lui donne des résonances internationalistes,

Par l’étoile et le croissant

Par la hache déterrée

Par la squaw exterminée

Par la burnous et le poncho

Par la rizière fécondée et le blé soulevé

Par la flûte et la corde vocale

Par la pique et le bâton

Par la lance et béquille

Par le poing menaçant

Nous briserons vos canons,

Nous cisaillerons vos avions,

Nous mâcherons vos frontières

abolition des frontières et de la propriété, car patriarcat, colonialisme, racisme il y a toujours, et pas loin, cette question de la propriété.

« Des individus se sont proclamés propriétaires. Ils se sont assujetti d’abord les femmes, puis les enfants, les chevaux, les vaincus. À l’origine il n’y avait ni possesseur ni possédé. »

Nous ne nous attarderons pas sur le récit d’une quelconque origine, mais c’est là que Mechakra parvient à toucher toujours par ces phrases aériennes et sa composition en mosaïque, les points cardinaux de la domination, la propriété et le QANOUN [la loi],

« Ils se sont érigés rois représentants de la divinité. Ils ont construit des écoles pour enseigner et perpétuer leur QANOUN figé. »

Et l’on pourrait continuer ainsi longuement, longtemps, mais le mieux reste de lire Yamina Mechakra, et vous savez quoi ? c’est à portée de clic, ici.

9 juin 2020

[Chronique] Christophe Stolowicki, Baudelaire critique

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 20:42

On ne relit pas Les Fleurs du mal ni Le Spleen de Paris, on les compulse seulement, et souvent, pour vérifier à la virgule près si ce qui s’est inscrit en nous et remonte à la moindre capillarité n’a pas été déformé par les ans et l’usage, et l’appropriation. Mais on peut relire d’affilée Les Paradis artificiels, ou Mon Cœur mis à nu, Pauvre Belgique, des Fuséesoubliées, et picorer dans les textes critiques d’un qui, et pour cause, « tutoyait le génie », comme a le modeste courage de l’écrire Hervé Falcou, son présentateur d’une édition de poche intitulée L’art romantique (1964).

Qui tutoyait d’un plain-pied de politesse de moindres génies, avec cette simple familiarité que n’a pas Nietzsche qui les surplombe de plus haut, toujours plus haut, de grotte en pic s’élevant avec ses seuls animaux héraldiques.

Il suffisait à Baudelaire de frotter la lampe pour qu’ils apparaissent – animaux de blason plutôt que djinns.

Avec une bonne pensée pour l’un de ses confrères en journalisme dont « le piétisme n’avait pas encore rogné les griffes [ni] les feuilles bigotes ouvert leurs bienheureux éteignoirs », parfait, en tout parfait, jusque dans les plus brèves notules, et l’insolence trempée dans le lait d’airain d’acier (Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques, / Et des parcelles d’or ainsi qu’un sable fin / Étoilent vaguement leurs prunelles mystiques).

Ou échotier rapportant Comment on paie ses dettes quand on a du génie – « l’anecdote [lui] a été contée avec prières de n’en parler à personne ; c’est pour cela [qu’il veut] la raconter à tout le monde ». À « sa large bouche moins distendue et moins lippue qu’à l’ordinaire » ornant « la plus forte tête commerciale et littéraire du XIXè siècle », on reconnaît aussitôt le commissaire Maigret de ce temps de duchesses et de crocheteurs sublimes se vautrant dans le Rubempré, « gros enfant bouffi de génie et de vanité ». Honorant cet honoré bourgeois des lettres, comme par nous autres un quelconque Houellebecq, de l’épithète épitaphe de « grand poète ».

On lit sourdre in petto plus d’esprit qu’il n’est déployé en répliques de table d’artistes de la langue festoyant de bons mots, de discours en dit court, entre les bouquets d’écrevisses et le rôt, toujours oiseuses pour le lecteur contemporain parce que les pointes s’en sont émoussées – par Balzac le susnommé poète ou l’antipoète Flaubert.

Ou prodigue de railleurs conseils aux jeunes littérateurs pour lesquels je donnerais toutes les prétentieuses niaiseries rilkiennes : « un succès est, dans une proportion arithmétique ou géométrique, suivant la force de l’écrivain, le résultat des succès antérieurs, souvent invisibles à l’œil nu. Il y a lente agrégation de succès moléculaires ; mais de générations miraculeuses et spontanées, jamais. / Ceux qui disent : J’ai du guignon, sont ceux qui n’ont pas encore eu assez de succès et qui l’ignorent ». Écrit fraternellement par « une Warens au cœur intelligent et bon », avec une verve de contrepoint de son propre guignon (Pour soulever un poids si lourd, / Sisyphe, il faudrait ton courage ! / Bien qu’on ait du cœur à l’ouvrage, / L’Art est long et le Temps est court. […] // – Maint joyau dort enseveli / Dans les ténèbres et l’oubli, / Bien loin des pioches et des sondes ; // Mainte fleur épanche à regret / Son parfum doux comme un secret / Dans les solitudes profondes).

7 juin 2020

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art (4/6)

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » le 22 avril dernier à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). [Lire/voir le troisième volet de la série]

 

ESSOR DE LA FOURMILIÈRE D’ART

Exposé / 4

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : EZS71M).

Il est rare que l’art tue. Oui, je sais : quelques peintres à la peine se sont bel et bien suicidés, mais je pense ici aux victimes de l’art par accident. Voici deux ou trois cas remarquables dans le domaine de la sculpture : Mlle Jantot écrasée par un bronze de Maillol, M. Brett décapité par une machine de Tinguely devenue folle, Mme Sawours net coupée en deux par une plaque d’acier Corten de Richard Serra. Sur ces faits divers macabres, la presse d’art s’est tue. Délicatesse ? Non, éthique : pendant le drame le marché continue. Mardi dernier (ou plutôt lundi, non c’était bien mardi), j’assistais aux obsèques de Guy Fascari, un ami (et un bon client). En général, j’évite de perdre mon temps aux enterrements des autres mais LÀ, étant donné Marta, sa veuve également une amie, et même plus, je me suis senti obligé. D’ailleurs, cette cérémonie minimaliste a été si vite expédiée qu’au bout du compte, il eût été plus coûteux de mentir une excuse que de faire le déplacement. Donc j’y étais. Et à la fin, planté là, j’attendais pour partir avec elle que Marta se délivre d’une dizaine de faiseurs de condoléances qui l’accaparaient. Et ça durait. Ces pleurnicheurs, ils ne la lâchaient pas. J’ai fini par me tirer. En sortant du cimetière, un inconnu m’a interpelé, se disant enquêteur de police et désireux de me poser quelques questions. Pas l’temps, j’ai dit. Il a insisté. Ce fouille-merde en savait long sur mes activités d’agent d’art. Il a dit que la fourmilière que j’avais vendue à Guy Fascari était peuplée de fourmis tueuses du Brésil et que je pourrais bien être responsable de sa mort. Vicieux, le type. Monsieur, j’ai dit, le défunt était un grand cardiaque. Seul chez lui, il a succombé à une crise. En dix jours, les fourmis l’ont entièrement nettoyé : il n’en est resté que le squelette. C’est cruel. Merci de respecter la douleur de sa femme. Et des amis.

 

4 juin 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (6)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 19:53

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le cinquième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie torpille les guitares électriques ramollo hippies, les signes remontent le courant, fibroses circulatoires dans les vaisseaux avec les lucioles punks, flashs disproportionnés, pansements multicolores extra-terrestres des signaux, veines congestionnées des saucisses, les petits peintres étriqués se répandent avec les petits poètes à rimes, diarrhée abstraite attardée, bruit intensif de l’épandage psychiatrique avec les tiques-polaroïds, la musique de merde à contaminer les radios gluantes, bruit des coups de triques sur les tiques, cruauté des images des poèmes-globules dans le bruit illisible des bottes de la pensée soumise au business, bruit de la normalité asphyxiante, bruit de l’ombre du méta-bétail collabo, mimétisme de la conformité et des traditions-Zitrone, mimétisme obligatoire, CKKE total comme une gangrène sécuritaire, CKK- CKK routine, faut déclencher l’urgence Chéri-Bibi de la contre-épidémie auto-défense, contre match, contre drugstores, contre chiotte-mode, contre toute imposition, déclencher la parade contre-épidémie de protestation et d’endurance, épidémie-anti-épidémie, contre épidémie-désobéissance, les tempes tam-tam qui cognent, maintenant, à l’instant même, courir dans les guirlandes de l’écume insoumise, caresser les cailloux blessés, s’imprégner de désirs en plongeant dans la mappemonde lumineuse, s’engouffrer, brailler pour vivre, franchir le mur du son de la liberté en combattant les petits profs fétides de la morale, re-brailler en soi pour s’exploser en rayonnant comme une giclée de paillettes de poussières d’étoiles, ne surtout pas céder, s’astraliser, tourniquer avec Saturnin le canard, faire des cercles d’énergie dans l’espace, rotation sublime épidémike, coin coin Hara Kiri, ténacité, résistance, élan-élan goutte à goutte, réagir avec coin coin Saturnin…

Cailloux épidémik, Joël Hubaut, 1976

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