Libr-critique

7 juillet 2006

[chronique] Couples etc de Vincent THolomé par Hortense Gauthier

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , — Hortense Gauthier @ 15:26

Au Marché de la Poésie, nous avons découvert, in vivo concreto, les éditions Le Clou dans le fer, dont nous avions déjà chroniqué le petit feuillet de Christophe Manon, Grandes beuveries des poètes au ciel. Ces éditions basées à Reims ont une très jolie collection poésie constituée de petits livres, à la ligne classique, mais très raffinés, et qui regroupe, de façon très cohérente, des textes simples, bruts et râpeux. Chaque ouvrage est accompagné d’une postface ou préface de Michael Battalla (qui dirige la collection).
Le livre de Vincent Tholomé, COUPLESetc (BOUTS D’AMOURS), qui fait donc partie de cette collection, est une petit recueil de bribes de pensées, et de débris de mot du quotidien amoureux. Il se découpe en 5 parties dans lesquelles en grappes et répétition s’écoulent et se coagulent les mots de l‘amour (à la mère, à la femme..), et de la nourriture. V.t., comme l’auteur s’appelle, se débats entre ses goûts/son amour pour le chocolat, les biscuits, sa compagne, il s’énerve sur du papier à œufs… Restes de nourriture, de matrice, de mère, et d’amour se mêlent et emmêlent la langue, car c’est bien une écriture constituée de ce qui tombe, qui pend au bout de la langue, de ce qui sort, par à-coups, plutôt mâché et ruminé.
On retrouve ici en effet un travail facial, en surface, au rabot sur les choses qui se voient, et se disent, avec ce bégaiement de la pensée et de la langue qui produit copeaux et autres restes, et qui achoppe à pouvoir saisir ce qui se produit dans le langage et dans la relation à l’autre et à soi. Difficulté à s’adresser, à savoir ce qu’est une adresse à l’autre, enfermement dans la répétition d’un soi qui ne parvient pas à sortir de lui-même, Tholomé poursuit là le travail qu’il avait commencé dans Facial, et TTC, dans la lignée de Pennequin et Tarkos. Toutefois, on peut se demander si cette rhétorique autistique de soi, du soi se cherchant par ruminations de micro-motifs singuliers ne produit pas un peu toujours la même chose. Et on attendrait que cette écriture, qui ne cesse de se reprendre et de se ressasser de façon parfois un peu trop __ voir même faussement ?__ pathologique (ressassement aussi, mais sur le mode de l’ échec, par de nouveaux auteurs, car Tarkos, Pennequin et Tholomé ont crée une mode semble-il), produise aussi des échappées, pour pouvoir sortir d’elle-même, et ne pas être que dans l’aporie, on attendrait qu’elle essaye de se déjouer elle-même, pour ne pas tomber trop dans son propre jeu, qui la piège dans son propre autotélisme. En effet, en cela, cette langue de l’auto-rumination de soi, qui expose l’échec de l’adresse à l’autre, et du dire en tant que possibilité d’échange, ne risque-t-elle pas d’être aussi la manifestation même de l’échec d’une certaine poésie ?

6 juillet 2006

[livre] COUPLES etc (BOUTS D'AMOUR), Vincent Tholomé

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 12:44

Vincent Tholomé COUPLES etc (BRUITS D’AMOUR), éditions Le Clou dans le fer , isbn : 2-9521854-0-9, 41 pages, 10 €.

extrait :
la matrice

la matrice
nous restons à la matrice
nous restons attachés à la matrice
il y a pour toujours un reste de nous
un bout de nous reste attaché à la matrice
comme un bouton est boutonné
nous sommes le bouton de la matrice
la matrice nous boutonne le bout
le petit bout de nous resté fixé à la matrice
un petit bout de nous resté fixé à la matrice
nous nous fixons toujours à la matrice

Première impression :
c’est avec joie que nous avons rencontré au marché de la poésie, les 2 animateurs de cette maison d’éditions, aux livres très soignés et à la mise en page originale (le Tholomé par exemple est imprimé sur des doubles pages qui se déplient). Le stand du clou dans le fer était avec celui de IKKO, et de MIX, et les trois éditions animaient le milieu de l’allée où ils étaient présents.

Des Modernes et des anti-modernes, par Fabrice Thumerel

Filed under: recherches — Étiquettes : , — Fabrice Thumerel @ 8:27

Des modernes et des anti-modernes par Fabrice Thumerel.
Début de l’article :

« Mais comment peut-on encore être moderne ?, telle est la question que ne cessent de marteler depuis un quart de siècle tous ceux qui sont demeurés étrangers aux avant-gardes des années 60-70 ou qui ont pris leurs distances par rapport aux derniers avatars de la modernité. Dès 1981, dans Le Ruban au cou d’Olympia, le déjà classique Michel Leiris stigmatisait la «merdonité», cette dérive spectaculaire qui, suivant l’irrésistible flux capitaliste, tend à confondre modernité et actualité : «Notion stimulante mais caduque […], la modernité […] n’a-t-elle pas, camouflet à son nom même, cessé d’être moderne ?» (Gallimard, p. 248). Débutait une ère souvent qualifiée de «postmoderne», où l’on ne se contentait pas de dénoncer la dégradation de la modernité en modernisme — cette quête effrénée de la nouveauté —, ou encore les excès formalistes (purisme) et idéologiques (activisme révolutionnaire) : l’heure de la revanche sonnait pour tous les naufragés de la vague textualiste, qui s’empressaient de sonner l’hallali des avant-gardes pour claironner le retour à des valeurs sûres. »

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2 juillet 2006

[Livre] La reconstitution historique, Christope Fiat

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 8:22

Christophe Fiat La reconstitution historique, une aventure de Louise Moore, éditions Aldante , isbn : 2-84761-132-0, 87 pages, 17 €.

4ème de couverture :
« Est-ce que vous croyez à l’enfer sur terre à cause d’une prison comme le camp X-ray ? C’est quoi l’enfer sur terre ? c’est où ? Combien de temps ça dure d’être en enfer quand on est sur la terre ? Est-ce que le temps passe plus vite quand on est au paradis sur une île comme Cuba ? Si le camp X-Ray, qui ressemble à un immense terrain de tennis avec ses grillages recouverts d’un tissu synthétique vert, est rempli de soldats en tenue de camouflage avec des armes à la main et des chiens en laisse, et de détenus en uniformes orange mais aussi de journalistes comme Louise Moore qui sont en visite, c’est justement pour montrer à tout le monde comment le paradis américain (ici tous les soldats sont Américains !) l’emporte sur l’enfer musulman (ici tous les prisonniers sont musulmans !) ».

Premières impressions :
Il n’est plus possible de lire Christophe Fiat sans entendre sa voix lire, son accent si particulier qui traîne les terminaisons de phrase, qui accentue les « e » muets, les étire. Tout au long de la lecture de ce texte, c’est cette voix qui hante. Celle-ci étant en corrélation avec la syntaxe de ses textes, son travail de réduction de la langue, comme je l’avais mentionné déjà dans ma chronique de Héroïnes. La reconstitution historique, si elle poursuit le travail sur le décryptage des Etats-Unis (après New-York 2001 ou encore Qui veut la peau de Harry ?) toutefois croise cette recherche avec le problème soulevé dans Héroïnes : la question du féminin. Qui est Louise Moore ? Qu’est-ce qu’elle recherche à travers ce reportage qu’elle doit faire sur le camp X-Ray ? Est-ce certain que le seul horizon de cette histoire, est celui du rapport au politique, est-ce que Fiat ne mettrait pas en question aussi la construction, de l’identité de son héroïne, qui semble obsédée par sa propre image, par le temps qui vieillit son corps. La force des textes de Fiat est ce croisement constant entre les strates problématiques, conceptuelles, pragmatiques, symboliques ou idéologiques. Et cette force se retrouve dans La reconstitution historique.
.PB

articles en rapport à cette entrée : [Chronique sur Héroïnes par P. Boisnard][Héroïnes de Christophe Fiat]

1 juillet 2006

[chronique] Stalker n°8 par Fabrice Thumerel

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , — Fabrice Thumerel @ 11:18

Stalker

stalker1.gif“L’art ça serait l’endroit où c’est possible ça.(…). De ne pas dérouler ce qui va se passer avant que ça se déroule. De faire ce qu’on ne sait pas qu’on va faire ni même qu’on fait”, peut-on lire dans l’article inaugural du n° 8 (octobre 2005), “vlan 1”, signé “adel so”, qui fustige cette dérive consumériste transformant l’oeuvre en produit financé et “conçu à partir d’un Projet Pour qui Pour quoi Pour où”. Et, si l’on adopte cette perspective, la revue trimestrielle Stalker relève effectivement de l’art, puisqu’elle privilégie le faire : anthologie de valeurs sûres (Federman, Pennequin…) et d’auteurs moins connus -mais qui méritent de l’être, tels Julien d’Abrigeon,Antoine Boute et Thierry Rat-, inventaire collectif de matériaux bruts, comme beaucoup de jeunes revues qui refusent tout systématisme théorico-didactique, elle ne contient ni sommaire, ni éditorial, ni mode d’emploi, ni ligne directrice_ ne fût-ce que thématique _, ni article critique, ni note informative, ni présentation des auteurs… Et comme toute publication actuelle qui se respecte, elle offre un CD en bonus depuis le numéro 2 : de “vestibule #1” à “vestibule #5”, ce sont des compositions sonores et des lectures enregistrées qui, sans être dépourvues d’intérêt, manifestent hélas un éclectisme d’autant moins acceptable que fait défaut une articulation intermédia.
Dès les premières livraisons, cet objet littéraire lancé par les éditions du Caillou ( nouvelle adresse?), avec pour responsables Estelle Fialon et Stéphane Collin -qui vient d’autres horizons (rock, cinéma, video)-, se réclame du cinéaste d’avant-garde Andreï Tarkovski. Profitons de l’une des rares déclarations dont on dispose: “Dans le film, il s’avère que la tâche du Stalker (le personnage principal) est moins de guider les gens dans la zone (un espace interdit et hostile au sein duquel se trouve la Chambre des Désirs) que de les ouvrir à la zone, donc à eux-mêmes”. Toutefois, conformément à son nom anglais, Stalker est pour le moment plus suiveur qu’ouvreur… En témoigne le dernier numéro de 2005, qui regroupe quelques composantes scripturales et artistiques de la (post-)modernité: l’excrémentiel, le ligneux, le pâteux, le surfacial, l’écriture théorématique (façon Espitallier), la boucle, la liste…

On suivra le devenir de cette revue, car il faudra assurément un peu de temps pour que certains poètes et performeurs se démarquent de leurs aînés, tels Arno Calleja et Fabrice Cesario, trop proches de Tarkos.
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