Libr-critique

28 septembre 2017

[Création] Daniel Cabanis, Enchaînement logique des alibis (5/5)

Où Daniel Cabanis vous donne un dernier alibi tout en humour… Et bien entendu, tout cela est vérifiable ! [Lire/voir la 4e livraison]

  

Cinquo

Être suspecté me paraît flatteur. Comme si j’avais des compétences criminelles !

 

Le vendredi 26 juillet, j’étais en province, à Valence, à l’enterrement de ma tante Suzie. Je ne connaissais pas Valence. Je m’étais dit : C’est l’occasion. Après la cérémonie vite expédiée, j’ai fait un petit tour de ville. Du neuf, de l’ancien, églises, places, fontaines, vestiges romains, le tout en plein cagnard ; ça ne m’a pas enthousiasmé (toutes ces villes se valent, et la Drôme n’est pas drôle). Il y avait une brocante, l’après-midi, sur une esplanade ; c’était plutôt un vide-grenier, avec les saletés habituelles : vieilles casseroles, vêtements de ski défraîchis, romans de Guy des Cars, fers, plastiques, jouets idiots, etc. J’ai déambulé dans ce déballage, tuant le temps avant de reprendre le train. Une jeune femme a essayé de me vendre une enclume de forgeron qu’elle avait disposée devant elle sur une courtepointe piquetée d’accrocs et de taches. Belle pièce, j’ai dit, mais je n’en aurai pas l’usage. Elle est d’époque, a dit la jeune femme d’un ton moqueur. Ah, j’ai fait. Puis elle m’a dévisagé sans rien ajouter, tendue, l’air de s’interroger sur mon compte. Je vous rappelle quelqu’un ? j’ai demandé. Elle a esquissé un sourire. Elle me regardait toujours. Ça m’a troublé. Si j’avais été en état de plaire à une femme j’aurais pu croire que je lui faisais quelque effet, or je ne l’étais pas (costume noir mal taillé, barbe, cheveux hirsutes et mon déodorant m’avait lâché) ; j’ai donc pensé, pour le dire sans détour, qu’elle faisait de la retape. Le coup de l’enclume, j’avoue, m’a subjugué. J’ai trouvé ça stupide, et en définitive audacieux et subtil. Bon Dieu, j’ai pensé, la putain locale a de la ressource ! Combien ? j’ai demandé. Quoi ? elle a dit. Je suis resté sec. Puis les choses se sont recalées autrement : elle a dit qu’elle m’avait vu le matin même au cimetière et qu’elle était de la famille. Une petite-nièce éloignée si j’ai bien compris. Finalement j’ai acheté l’enclume, et j’ai passé la nuit à Valence. Tout ça est vérifiable.

24 septembre 2017

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche automnal, retour sur les livres reçus en été que recommande LC (et pas encore recensés), puis nos premiers Libr-événements d’octobre : Novarina ; F. Smith, L. Giraudon & J. Game ; S. Moussempès & A. Boute.

Libr-critique a reçu cet été, a lu et vous recommande (20 titres)

♦ Julien d’ABRIGEON, P.Articule, Plaine page

♦ Véronique BERGEN, Gang blues ecchymoses, Al dante ; Luscino Visconti. Les Promesses du crépuscule, Les Impressions Nouvelles ; Hélène Cixous. La Langue plus-que-vive, Honoré Champion

♦ Patrick BEURARD-VALDOYE, Le Vocaluscrit, Lanskine

♦ Jean-François BORY, Terminal Language, Plaine page

♦ Béatrice BRÉROT, SplAtch !, Color Gang

♦ Fabrice CARAVACA, Mon nom, Plaine page

♦ Laurent CAUWET, La Domestication de l’art. Politique et mécénat, La Fabrique éditions

♦ Jacques DEMARCQ, Suite Apollinaire, Plaine page

♦ Kadhem KHANJAR, Marchand de sang, Plaine page

♦ Sandra MOUSSEMPÈS, Colloque des télépathes, éditions de l’Attente

♦ Nadège PRUGNARD, M.A.M.A.E & autres textes, Al dante

♦ Sophie SAULNIER, Le Massicot, éditions Le Lampadaire

♦ Sébastien RONGIER, Les Désordres du monde. Walter Benjamin à Port-Bou, Pauvert

La Poésie motléculaire de Jacques Sivan, Al dante

♦ Frank SMITH, Le Film de l’impossible, Plaine page

♦ Nicolas VARGAS, A-vanzar, Plaine page ; V.H.S (Very Human Simplement), Lanskine

♦ Martin WINCKLER, Les Histoires de Franz, P.O.L

Libr-événements

â–º Samedi 7 octobre, Collège des Bernardins (20, rue de Poissy 75005 Paris) : Une poétique du devenir / Valère Novarina. Réservations : frederique.herbinger@collegedesbernardins.fr

Si l’art n’est pas d’abord considéré en tant que création d’œuvres d’art mais comme manière d’être au monde, intéressant tout homme et toute société, si la foi n’est pas seulement considérée en tant que doctrine mais comme vérité vécue, capable d’illuminer et de transformer le monde, alors, loin d’être seulement en rapport d’interaction, d’interdépendance ou de ressemblance, l’art, la foi et le politique sont une même dynamique, une unique réalité vivante.

La présence de jeunes artistes réunis autour du thème du devenir, et celle de l’écrivain, metteur en scène, peintre et dessinateur, Valère Novarina, donneront un tour concret à la réflexion de ce colloque qui vient conclure deux années de recherche du séminaire Esthétique et théologie.

PROGRAMME

Matin – Centre Sèvres

  • 10h30 – 11h15 La théologie, l’art, le politique : quelle question ? Quelle recherche ?
    Alain Cugno
    , philosophe, professeur au Centre Sèvres, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
  • 11h15 – 12h Le sens tactile de la théologie
    Patrick Goujon
    , professeur en théologie spirituelle et dogmatique au Centre Sèvres
  • 12h – 13h Présentation de l’exposition Devenir au Collège des Bernardins en mars 2018
    Sophie Monjaret
    , artiste
  • 13h – 14h30 Pause déjeuner

Après-midi – Collège des Bernardins

Comment l’œuvre littéraire de Novarina, parce qu’il sait être un "inactuel", parvient à se dégager des sujets brûlants de l’actualité pour les inscrire dans un mouvement plus vaste, et ainsi à faire le pari d’un renouvellement des images de l’homme. Laure Née

  • 14h30 – 15h15 L’unité dynamique de la théologie, de l’art, du politique : ce que créer veut dire
    Jérôme Alexandre
    , docteur en théologie, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
  • 15h15 – 16h Valère Novarina : le pari du devenir
    Laure Née
    , agrégée de Lettres et docteur en littérature
  • 16h – 16h15 Pause
  • 16h15 – 17h15 Projection, « Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire  ». Film de Raphaël O’Byrne sur Valère Novarina
  • 17h15 – 17h45 La parole ouvre la pensée
    Table ronde autour de Valère Novarina
      Avec :

    Jérôme Alexandre, docteur en théologie, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
    Dominique de Courcelles, directrice de recherche au CNRS au sein du centre Jean Pépin-École normale supérieure Ulm
    Alain Cugno, philosophe, professeur au Centre Sèvres, co-directeur du département de recherche Parole de l’Art au Collège des Bernardins
    Laure Née, agrégée de Lettres et docteur en littérature
    Valère Novarina, écrivain, metteur en scène, peintre et dessinateur

â–º Vendredi 13 octobre à 20H, RV à la Maison de la poésie Paris :

â–º Maison de la poésie Paris, Lecture-performance vendredi 20 octobre – 20h : Sandra Moussempès & Antoine Boute, « Paranormal & Biohardcore »

Dans Colloque des télépathes Sandra Moussempès nous plonge dans une ère victorienne aux accents gothiques avec les sœurs Fox qui communiquent avec les esprits. En parallèle, l’auteure convoque un autre ère, tout aussi étrange, celle des années 69-71 à Hollywood, temple des sectes hippies et des starlettes en devenir.
Dans Opérations biohardcore, Antoine Boute décrit une galerie de personnages hétéroclites sur le point de faire la révolution “biohardcore”. Ces personnages créent des utopies loufoques temporaires, et tentent tous de réveiller le chaman qui sommeille en eux.
Ce soir, ces deux poètes et écrivains proposent une lecture croisée mêlant chants, performances et audio-poèmes autour des liens étranges entre états modifiés de conscience, communication avec les esprits et nécessité de tendre vers le noyau dur du vivant, “le hardcore de la vie”.
À lire – Sandra Moussempès, Colloque des télépathes & CD Post-Gradiva, éd. de l’Attente, 2017 – Antoine Boute, Opérations biohardcore, éd. des Petits Matins, 2017.
tarif : 5 € / adhérent : 0 €

[Chronique] Jean de Breyne, Rien n’est jamais éteint de feux allumés, par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean de Breyne, Rien n’est jamais éteint de feux allumés, préface de Bernard Noël, éditions propos2, 2017.

Si rien n’est jamais éteint, il ne s’agit pas pour autant de dilapider cette fortune. Jean de Breyne apprend à ne pas dire les choses mais leurs préalables, ne pas décrire des objets ou des sentiments mais les conditions de leur arrivée, leur matière, leur élan.

Le texte, et dans ce but, joue de l’ellipse et la biffure selon une rythmique du jaillissement. Il transforme la nappe verbale contaminée en scansions phréatiques. D’où cette impression (non fausse) : « Quelque chose nous est bien raconté mais au bord du souffle, à contre séduction, dans la seule volonté d’exprimer l’instant et ce qui le traverse, le jette en avant », écrit l’auteur.

Jean de Breyne propose une éphéméride des êtres et du monde où ce qui semble mal raconté permet au discours poétique de se poursuivre. Mais de manière à ce que chaque affirmation soit détournée de son sens et pour une abstraction réelle de toute ressemblance. D’où la rupture des images. Ecrire les décortique afin que nommer ne soit pas une magie décevante qui, convoquant le tout, ne ferait apparaître que le rien.

Une énergie de séparation devient la force d’une écriture qui redonne le monde sans le quitter mais en le fouillant jusqu’en des veines sismiques. La poésie grouille, pointe, pique, refuse de se laisser aller à des écoulements admis et prévisibles. Le souci de percer oriente le choix des mots pour qu’un franchissement ait lieu dans ce qui peut sembler d’abord un « néantissement ».

L’auteur explore les abîmes de l’art et de l’écriture afin de montrer comment fonctionnent ses inscriptions et comment elles peuvent progresser loin de l’immédiat ou du donné à voir. Bref, l’auteur ménage des accidents noués à la lumière qu’il porte sur eux.

22 septembre 2017

[Texte] Mathias Richard, Tu te dis que tu devrais changer

Le changement, c’est maintenant ?… Voici un nouvel agencement répétitif qui fait partie du prochain livre – prometteur ! – de Mathias Richard : À travers tout.

Mathias Richard : "Cela pose question de le voir par écrit puisqu’il ne fut originellement pas conçu pour la lecture de l’œil, mais un matériau/partition avec des micros enregistreurs. Il faut donc voir cela comme une trace d’autre chose. (Et par extension cela pose la question de toute publication de texte créé pour l’oralité). La version pour voix seule n’existe pas en ligne, mais on peut écouter ici une version improvisée avec le musicien Antoine Herran".

 

tu penses que chacun a une marge de manœuvre par rapport à son point de départ

tu le penses, tu le travailles, tu le dis

tu penses que chacun a une marge de manœuvre, tu te dis ça, tu le dis aux autres, tu l’écris, tu penses que chacun a une marge, une petite marge, mais une marge, 20% peut-être, voilà 20%, une marge de manœuvre, de modification, de changement, par rapport à son point de départ, par rapport à ses vicissitudes, par rapport à ses défauts, par rapport à son passé, par rapport à son origine, par rapport à ses aberrations, par rapport à ses déterminismes

tu te dis, qu’il y a une marge, de manœuvre, il faut changer, évoluer, se modifier

tu te le dis, que c’est possible

tu te le dis, que c’est nécessaire, il le faut, tu te le dis souvent, tu te le dis tout le temps, changer, se modifier, écouter, s’adapter

pour moins

souffrir

car il le faut

 

maintenant, tout de suite, absolument

 

tu dois le faire, tu ne dois pas le faire, cela doit te traverser, cela doit être, cela doit être

 

 

***

 

 

tu te dis que tu devrais changer

tu te dis que tu devrais

te modifier

tu te le dis

souvent

tu te le dis

maintenant

tu le dis, tu l’écris, tu le penses, tu l’oublies, et ça revient, tu te dis que tu devrais changer, évoluer, t’adapter, tu te dis que tu devrais essayer, tu te dis que tu devrais y penser, tu te dis que tu devrais / changer, maintenant, c’est l’heure, c’est l’heure, changer, te modifier, c’est l’heure, tu le dois, il le faut, il est vrai / qu’il le faut, il est vrai que tu le dois, il est vrai qu’il le faille, car tu as une faille, plein de petites failles, par où tu fuis, par où l’air fuit de toi, par où la joie fuit de toi, par où / la vie fuit de toi, tu as plein de petites failles

tu te dis que tu devrais changer, évoluer, mais en attendant tu mets la main sur les failles, pour    que    cela ne fuit pas   trop vite, parfois tu rencontres des personnes  qui sont comme des rustines, et pendant quelques temps tu arrêtes de fuir mais dès que la personne s’éloigne / la vie à nouveau fuit de toi, la joie à nouveau fuit de toi et tu as beau en accumuler en aspirer à toute vitesse cela fuit de toi plus vite que cela ne t’arrive

tu te dis que tu dois changer, évoluer, maintenant, c’est l’heure, tu le dois, tu le bras, tu le jambes, tu le têtes, tu le bouches, tu le oreilles, tu le sens, tu le veux, t-tu le dois, tu te dis que tu n’as pas le choix, tu te dis qu’il le faut, il le faut, il est vrai qu’il le faut, il est vrai qu’il le faille, il est vrai que tu as une faille, des failles, plein de petites failles, c’est pour ça que tu fumes, parce que tu fuis, tu fumes et tu aspires et tu aspires (()) et tu aspires de l’air et tu te gonfles et tu te gonfles en aspirant et en aspirant tu te dis que tu vas être plein, mais plus tu aspires plus tu fuis par toutes tes petites failles, par tous tes petits trous invisibles, tu fuis de partout, tu fuis de partout, il te faut beaucoup de joie, beaucoup beaucoup de joie, beaucoup beaucoup de joie, car elle fuit de toi à toute vitesse, alors il faut en avoir encore plus, il faut devenir une usine à joie, ou alors arrêter de fuir, mais tu n’as pas compris comment arrêter de fuir, alors tu / deviens une usine, une usine à joie, tu te dis je dois changer, me modifier, me stabiliser, m’adapter, muter, me transformer, écouter, imiter, il faut essayer, tu le dois, c’est une question de vi ou de va ou de vou ou de vé ou de vou ou de vin ou de gin de vin, c’est une question de mer ou de mir ou de mor ou de mour ou de mur ou de mor ou de mer, tu dois, tu te le dis souvent, tu dois changer, changer, te modifier

allez maintenant tout de suite là !, change de costume, change de tête, change de cerveau, change de    planète, change d’espèce, change d-/ d’origine, change de destination, change de tenue, change de   posture, change de voix, change (()) de respiration, change  d’ami, change  d’ennemi, change  de tout, change tes chaussettes, change, change, modifie, change ! c’est l’heure, tu le dois, tu n’as pas le choix, tu le dois, tu te le dis souvent, tu le dis tout le temps, parfois tu l’oublies, ça va un peu mieux, tu l’oublies.., et ça revient et tu te dis je dois changer, me modifier, hein, et là-bas y a, hein  l’a pas l’air si mal là-bas, et pourquoi je suis pas comme ça moi, hein pourquoi je ne suis pas comme ça moi, héin j’aimerais bien être comme ça moi, hein j’aimerais bien être comme ci comme ça, mais je suis  comme moi, mais moi moi moi j’m’en fous je veux changer, me modifier, m’adapter, écouter, imiter, me transformer,  m’évoluer, muter, changer, c’est une question qui n’est pas une question car il le faut, il le faut, tu te dis c’est peut-être possible de changer, se modifier, tu te le dis, tu l’espères, tu n’y crois pas vraiment, mais tu te dis que c’est possible, que tu as déjà changé, tu as vu autour de toi des gens qui changent, alors il faut changer, se modifier, coûte que coûte, mais     quel est le chemin, s’oublier soi-même, aller à l’envers, être autre, hmm

 

c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure

c’est l’heure d’être autre, c’est l’heure d’être autre, c’est l’heure d’être autre

c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure

c’est l’heure de changer, c’est l’heure de changer, c’est l’heure de se modifier, c’est l’heure de se retourner, c’est l’heure de s’inverser, c’est l’heure d’être autre

c’est l’heure

de

voir

ailleurs

c’est l’heure d’être    ailleurs

c’est l’heure de vivre            ailleurs

c’est l’heure de vendre         ailleurs

c’est l’heure de sentir           ailleurs

c’est l’heure de penser         ailleurs

c’est l’heure de dire ailleurs

c’est l’heure de chanter        ailleurs

c’est l’heure de voir ailleurs

c’est l’heure de monter        ailleurs

c’est l’heure de sentir           ailleurs

c’est l’heure de dormir         ailleurs

c’est l’heure d’aller voir  ailleurs…

tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le mains, tu le bras, tu le torses, tu le bouches, tu l’œilles, tu le dois, tu le pieds, tu le jambes, tu le dois, tu le dois, tu le dois, tu le bouches, tu le dents, tu le nez, tu l’œilles, tu l’oreilles, tu le cerveaux, tu le têtes, tu le dois, tu le dois – c’est l’heure !

 

change ! (x20) (tape mains au début)

change de vie, encore, aujourd’hui, par-dessus bord, t’en fout la mort, s’en fout, aller dehors, par-dessus bord, aller dehors, encore, j’ai tort, s’en fout la mort, aujourd’hui, voilà, tout est fini, tout est fini, tout change, il faut changer, tout est fini, aujourd’hui, c’est l’heure

tout est fini, aujourd’hui, maintenant, c’est l’heure

il faut changer, maintenant, immédiatement, c’est l’heure

aujourd’hui, tout est fini, aujourd’hui il faut, changer, se modifier, tout est fini, aller dehors, par-dessus bord, changer, se modifier, aujourd’hui, maintenant, immédiatement, il faut changer de vie – encore !, maintenant, immédiatement, changer, se modifier, muter, évoluer, s’adapter, muter, évoluer, s’adapter, changer, se modifier, imiter, changer, s’oublier, immédiatement, maintenant, immédiatement, maintenant, immédiatement, maintenant, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, c’est l’heure, accélère, c’est l’heure, accélère, c’est l’heure, accélère, c’est l’heure, il faut, aller dehors, par-dessus bord, changer, changer de corps, encore, changer de vie, aujourd’hui, immédiatement, c’est l’heure, changer de vie, aujourd’hui, immédiatement, c’est l’heure, changer de corps, j’ai tort, tromper la mort, encore, aller dehors, s’en fout la mort, par-dessus bord, immédiatement, C’EST L’HEURE !

 

c’est l’heure, de changer, se modifier, évoluer, s’oublier

c’est l’heure, accélère, c’est l’heure, accélère, c’est l’heure, c’est l’heure, il le faut, ce n’est plus une question, c’est une question qui n’est plus une question car il le faut car tu le dois, tu dois changer, évoluer, aujourd’hui, immédiatement, maintenant

tu dois le faire, c’est une question de mor, ou de mar, ou de mer, ou de mor ou de mir, ou de mor, ou de va, ou de vous, ou de vi, ou de vé, immédiatement, tout de suite, là, présentement, il le faut, changer, évoluer, s’adapter, changer, s’oublier, se retourner

aoh s’oublier

aoh se retourner

aoh s’étonner

aoh s’inverser

aoh ha

aoh hin

change tes pensées, change tes cellules, change ta bouche, change ta voix

change ta

change tes

change tout (x6)

change chtou chtou (x2)

change tout, change tout

chtou, chtou

allez c’est l’heure, c’est l’heure, maintenant c’est l’heure, accélère, change, voilà, vite, hé change ça et change les paramètres, et change la lumière, et change les couleurs, change le son, change, change, change, change la planète, change l’espèce, change tout, change tout, allez allez, allez allez allez, change de corps, encore, va dehors, par-dessus bord, aujourd’hui, maintenant, change de vie, change de tout, change de mort, change de chemin, change de parcours,

change, modifie (x3)

regarde, écoute, imite, oublie, transforme

change, modifie, immédiatement, allez accélère c’est l’heure, c’est l’heure là, tu entends la sonnerie ?, la sonnerie elle sonne elle sonne elle sonne elle sonne

c’est l’heure c’est l’heure, debout réveille-toi change, debout réveille-toi, debout réveille-toi endors-toi, debout endors-toi rêve, debout rêve envole-toi réveille-toi endors-toi rampe, ne sens plus ne pense plus change oublie-toi

c’est l’heure, c’est l’heure de changer, c’est l’heure de ne plus penser, c’est l’heure d’être autre, c’est l’heure d’être autre, c’est l’heure de devenir, c’est l’heure d’envir, c’est l’heure de devenir, c’est l’heure d’en vivre, c’est l’heure de vivre, c’est l’heure de vivre, c’est l’heure de vivre, tu entends la sonnerie ? C’est – l’heure – de – vivre, c’est l’heure de changer, d’évoluer, d’être autre, de tout oublier, tu entends la sonnerie ? C’est – l’heure – de – vivre

la sonnerie elle sonne elle sonne elle sonne elle sonne, tu entends la sonnerie ? elle sonne elle sonne elle sonne, tu entends ? C’est – l’heure – de – vivre

C’est – l’heure – de – vivre

C’est – l’heure

C’est – l’heure

17 septembre 2017

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’été, et avant de présenter d’autres œuvres phares de ces dernières semaines (la tonitruante domestication de l’art signée Laurent CAUWET… d’Abrigeon, Bergen, Rongier, Sivan, Smith, Vargas…), RV avec Sandra MOUSSEMPÈS ; la soirée DADA à la Maison de la poésie Paris ; Daniel Cabanis à Ivry-sur-Seine ; Jérôme Game et les 25 ans des éditions de l’Attente…

â–º Agenda de Sandra MOUSSEMPÈS : avant de rendre compte de son curieux Colloque des télépathes, voici quelques dates :

– le 30 septembre : festival Actoral 17 à Marseille

– le 5 octobre, librairie Texture à Paris, lecture signature

– le 20 octobre : lecture croisée en compagnie d’Antoine Boute à la Maison de la Poésie, Paris

– le 26 octobre : lecture au centre Pompidou dans le cadre de la rétrospective Harmony Korine

â–º Jeudi 21 septembre à 20H : les Instants chavirés à Montreuil

â–º Samedi 23 septembre 2017 à 19H, Maison de la poésie Paris : soirée DADA !

O bouches l’homme est à la recherche d’un nouveau langage
Auquel le grammairien d’aucune langue n’aura rien à dire (Tzara)

On y entendra la voix profonde de Kurt Schwitters, une lecture pneumatique de manifestes DADA, des extraits d’une sonate de sons primitifs, un vidéofilm atypique sur un mode non narratif, des respirations et des ponctuations sonores, de la pensée dans la bouche, des problèmes d’élocution (mais pas plus que les oiseaux).

Avec Isabelle Ewig, Patrick Beurard-Valdoye, Sébastien Lespinasse, Jean-Baptiste Para & Isabelle Vorle.

5 euros / 0 euros (Adhérents)
Réservation conseillée : 01 44 54 53 00

â–º Samedi 23 et dimanche 24 septembre, de 14H à 20H : retrouvez Daniel CABANIS à la Manufacture des œillets (Ivry-sur-Seine) !

â–º Mardi 26 septembre à 19H, Maison de la poésie Paris : Jérôme Game, Salle d’embarquement

Lecture
Jérôme Game – Salle d’embarquement

C’est l’histoire d’un déroutage inopiné dans les interstices de la globalisation, smartphone en main. Pour son travail, Benjamin C. parcourt la planète en avion, chaînes d’hôtels et voitures de location. Témoin en immersion, il absorbe tout ce qu’il voit. Le regard qu’il porte sur le monde d’aujourd’hui, saturé d’images, lui enseigne que le réel est affaire de recadrages comme de contrechamps. Répondre à cet appel, c’est commencer d’agir, ici et maintenant.
Jérôme Game est poète, auteur d’une quinzaine de livres, de plusieurs CD de poésie sonore et a réalisé des installations visuelles et sonores. Ses textes ont été traduits en plusieurs langues et font l’objet d’adaptations scéniques et plastiques. Il vit actuellement entre Paris et New York, où il enseigne le cinéma. Salle d’embarquement est son premier roman.

À lire – Jérôme Game, Salle d’embarquement, éd. de l’Attente, 2017.

tarif : 5 € / adhérent : 0 €

â–º Mardi 26 septembre à 20H : les 25 ans des éditions de l’Attente !

Rencontre & lecture
« Les 25 ans des éditions de l’Attente »
Cycle Édition alternative #15
Avec les auteurs Anne Savelli, Philippe Annocque, Marie Borel & les éditeurs Franck Pruja, Françoise Valéry

Soirée animée par Jean-Luc D’Asciano

Créées en 1992 à Bordeaux par Franck Pruja et Françoise Valéry, artistes-éditeurs, les éditions de l’Attente publient une littérature poétique contemporaine (récits poétiques, critiques, philosophiques, œuvres oulipiennes, dessins accompagnés d’écrits d’artistes, etc.), des textes où l’écriture est irriguée de pratiques parallèles : musique, cinéma, arts plastiques ou numériques, architecture… Leurs publications sont souvent supports de performances scéniques par leurs auteurs. Le catalogue de l’Attente compte aujourd’hui près de 170 titres et représente une centaine d’auteurs.
Ce soir, après la lecture de Jérôme Game en préambule, ils invitent quelques auteurs pour des lectures et performances…

tarif : 5 € / adhérent : 0 €

16 septembre 2017

[Livre – double chronique] Voies d’eau (à propos de Sébastien Lespinasse, Esthétique de la noyade), par Fabrice Thumerel et Jean-Paul Gavard-Perret

Sébastien Lespinasse, Esthétique de la noyade, éditions Plaine Page, coll. "Connexions", Barjols, été 2017, 98 pages, 10 €, ISBN : 979-10-96646-04-3. [Écouter la partition "essai de vagues" (à partir de la 14e minute) + Écouter un second extrait = "béton…"]

"Une page d’écriture n’est pas la mer" (exergue).

Entre partition et poème visuel, Esthétique de la noyade commence par définir l’état de l’homme contemporain : "Se noyer, c’est être complètement compris, intégralement dévoré par les gens, l’hydrogène des gens qui se massent, pas moyen d’avoir un lieu à soi, une ligne de repli, une fuite, un petit trou, pas moyen, aucun lieu" (p. 10). Un état (méta)physique : "Se noyer, c’est n’avoir plus de moi ou ne plus savoir distinguer aucune frontière entre le moi et le reste de l’océan" (15) ; "Se noyer, c’est sentir que le cosmos n’est rien et qu’on n’est rien dans le cosmos" (17)… L’état du poète également, pour qui, noyé dans le silence, dans la masse des phonèmes et des lexèmes, se noyer c’est "presser le vide à l’intérieur" (9) : "Se noyer, c’est être entièrement plongé dans ce qui arrive" ; "c’est être l’un et son contraire, être confus, devenir vague" (13) ; "C’est ne pas pouvoir commencer ni finir la phrase dans laquelle on s’appelle" (17).

De l’esthétique on passe insensiblement à l’éthique : dans une longue litanie, le texte évoque le sort des migrants, non pas des histoires individuelles, des êtres singuliers, mais des visages anonymes ("pas de visa pas de visage")… Le bégaiement à la Ghérasim Luca – transcrit dans la partition par un jeu de crochets (cf. ci-dessous) – fait bégayer l’actuel discours dominant : bétonbarbelés… Sébastien Lespinasse a l’art et la manière de faire résonner le tragique de notre époque : "(on a noyé (chaque jour (le réel dans la réalité) / le réel est toujours) imprévu)" (70). Cette phrase dans laquelle le jeu des parenthèses suggère le palais des glaces où nous sommes perdus met en évidence le fait actuel majeur : nous sommes noyés dans une réalité qui veut ignorer la catastrophe du réel, cette trouée dans les significations, cette ouverture vers l’innommable, l’impossible, l’imprévu.

Fabrice Thumerel

♦♦♦♦♦

Sébastien Lespinasse oscille dans les mots pour en noyer le poisson. C’est un geste de surface et de profondeur. Un certain non sens lézarde le silence et désunit le bleu de la mer : d’où les abysses d’un fleuve plongeant de chutes en "chut !" pour un appel sourd.

Avec une telle écriture les yeux s’écarquillent entre la naissance et la sénescence du chant. Il déraille volontairement par le jeu de l’écriture : celle-ci devient voix d’eau. C’est une sorte d’ordonnancement par les rythmes.

Chaque vocable se transforme en un point d’élan et d’ictus. La poésie n’est plus une langue apprise, ses vagues sont abyssales. C’est aussi la nage des mots perdus hantés autant de rythme que de sens. Les mots martèlent la surface de chaque poème par leurs répétitions.

Si bien que couler n’est pas l’art de l’oubli : c’est danser pour aller plus loin que soi-même. Existe là une poésie chorégraphique qui fracasse toutes les digues.  Qu’importe si la mer – du côté de Marseille où vit le poète – est limpide et bleue ou brune de traînées d’algue. Le poème vient soudain d’un lieu à part au milieu des coquillages et des vers des sables.

Jean-Paul Gavard-Perret

14 septembre 2017

[Texte] Olivier Matuszewski, N’importe où toujours au même endroit (3/8)

Nous remercions Olivier Matuszewski – que l’on retrouvera chez Fissile, Tituli ou Publie.net – de nous avoir donné quelques extraits d’un travail en cours qui se présente comme un objet poétique en français fautif et se distingue par sa fantaisie critique. [Lire le deuxième extrait]

Personnellement, la chambre est sombre

Qu’elle concerne qui ou quoi, la chambre est moche

mais elle m’attache

La chambre moche est sombre

Ceci est inaccessible, dois-je dire pour ma défaite

Chaque chambre arrive avec ses draps sans suite

Toutes les chambres sont des salopes

C’est comme ça que je chambre

les chambres noires de circonstances

 

C’est quand même mieux par où le bras passe

Après ça, on dira qu’un malheur n’arrive jamais

 

Si fallait faire l’autoportrait, j’dirais : c’est toi !

C’est tout comme toi mais dans l’autre sens !

 

Pardon, je t’aime mais j’ai le droit de me rattraper !

Pardon du si peu mais je fais vœux, et de tendresse

Et j’fais ce que j’mieux !

Pardon, hein !

Personne a le droit !

Personne !

 

C’est comme ce passage dans Alice ou la dernière fugue de Chabrol

Comment que ça marque (l’évangile) quand on est si peu, si petit

 

« Vivez à l’intérieur de ce qui vous est imparti ! » dit la grosse voix invisible

10 septembre 2017

[News] News du dimanche

En ce deuxième dimanche de septembre, la suite de vos RV de fin d’été : Eric Arlix, Thomas Déjeammes, Le Grand Os, Carole Aurouet à la Maison Prévert, Bruno Fern, Valère Novarina, le trio Bory/Bobillot/Demarcq…

â–º Mercredi 13 septembre 2017 à 20H, Eden à Charleroi (Bd Jacques Bertrand) : Eric Arlix, Golden Hello (5 €).

Concert-lecture conçu à partir de situations et d’aventures tirées des écrits hyperréalistes d’Eric Arlix (écrivain chercheur de formes-lecture) et mis en musique par Serge Teyssot-Gay (ex Noir Désir, Interzone-guitare) et Christian Vialard (créateur sonore-électronique).

Golden Hello est le terme utilisé en anglais pour « prime de bienvenue », cette dernière concerne uniquement les managers de très haut niveau. Ces textes, aux sujets très différents (une supérette, une vidéo, un hashtag…) dialoguent avec les ambiances électro-free-rock distillées par les musiciens, dressent un portrait critique du monde contemporain et d’individus qui luttent, chacun à leur manière, pour leur survie.

â–º Jeudi 14 septembre à 19H, Rezdechaussée à Bordeaux (66, rue Notre-Dame) : vernissage de l’Exposition de Thomas Déjeammes.

« 198 120 062 017 » est une fiction autobiographique d’anticipation à travers le médium photographique et plus particulièrement à travers la photographie argentique. Ce projet regroupe différents travaux de l’artiste allant d’agencements réalisés à partir de bouts d’essais jusqu’à l’image idéalisée au moyen format.
Ce projet s’ancre dans la ville de Bordeaux et ses alentours. A la quête des traces du passé dans le présent, ces mises en relation photographiques mais aussi sonores, élaborées avec la complicité des Morphogénistes, explorent notre rapport au temps et notre construction personnelle dans un lieu, à travers nos transformations silencieuses journalières. De 1984 de Georges Orwell à La jetée de Chris Marker en passant par Point de vue du Gras de Nicéphore Niépce, au pictorialisme … Thomas Déjeammes fait surgir dans un paysage à la fois mental et concret, nos «constellations d’impasses » (A. Artaud), retravaillant ainsi une mémoire collective, individuelle, historique, personnelle, photographique, d’un presque même lieu.
L’œuvre de Thomas Déjeammes cherche la variation, au sens musical, en tirant partie de ses projets existants. Il fait évoluer ses diverses recherches selon les rencontres et les lieux de ces rencontres.
http://thomasdejeammes.fr/
https://www.morphogenistes.org/
http://rezdechaussee.org/evenements.php

Exposition ouverte du mercredi au samedi de 14h à 19h
Sur rendez-vous en dehors au 0664618887
Vernissage / jeudi 14 septembre, 19h.
Lecture performée de l’artiste / samedi 30 septembre 18h dans le cadre du WAC

â–º Vendredi 15 septembre à 19H30, Texture Librairie (94, Bd Jean-Jaurès 75019 Paris) : Rencontre avec les Inaperçus (Manon/Obernand/Bouquet/Riboulet)

Jours redoutables, en présence de Christophe Manon et Frédéric D. Oberland
Or, il parlait du sanctuaire de son corps en présence de Mathieu Riboulet (sous réserve)
Les Oiseaux favorables en présence de Stéphane Bouquet et d’Amaury da Cunha

â–º Chez René, bazar littéraire Cave Poésie Toulouse du 15 au 17 septembre. Le Grand Os y sera avec ses livres samedi 16/09 – 11h-19h / dimanche 17/09 – 11h-18h

Lecture de "Génial et génital" 
du Cambodgien Soth Polin
par la comédienne Nathalie Vinot

le samedi 16 à 14h (entrée libre)

â–º A l’occasion des Journées européennes du patrimoine les 16 et 17 septembre 2017, la Maison Jacques Prévert vous accueille pour une visite libre et gratuite de la dernière demeure du poète. La maison du Val, c’est à la fois celle de l’artiste, où l’on marche dans les pas de Jacques Prévert, et un musée, présentant des œuvres originales et des expositions. Le samedi 16 septembre, à partir de 14h30 : rencontre avec Carole Aurouet, spécialiste de Jacques Prévert et auteur de nombreux ouvrages sur l’artiste, pour une séance de dédicace.

â–º Samedi 16 octobre à 14H30 : Lecture de Bruno Fern à la Médiathèque d’Argentan (1-3, rue des redemptoristes), avec le guitariste Guillaume Anseaume.

â–º Du 20 Septembre au 15 Octobre 2017 (du mardi au samedi à 19h30 et le dimanche à 15h) : L’Homme hors de lui, création à La Colline ( Petit Théâtre ; durée : 1h10 environ), texte, mise en scène et peintures de Valère NOVARINA ; avec Dominique Pinon.

Musique : Christian Paccoud / Ouvrier du drame : Richard Pierre/ Collaboration artistique : Céline Schaeffer / Lumières : Joël Hourbeigt / Scénographie : Jean-Baptiste Née / Dramaturgie : Roséliane Goldstein / Production/diffusion : Séverine Péan / PLATÔ / construction du décor : Atelier de La Colline.

 

« Les hommes ne parlent que rarement à eux-mêmes, et jamais aux autres, des choses qui n’ont point reçu de nom. » (Albert Fratellini)

Valère Novarina est à la langue ce que la mécanique quantique est à la science. Sa manière de creuser les mots, dérouter les phrases, libérer la pensée, crée une musicalité qui ouvre les sens et d’où surgissent des perspectives inattendues.

Il est surprenant à chaque instant parce qu’il est inventif, jubilatoire et tragique, métaphysique et burlesque. Marie-José Mondzain dit de cet artiste : « Si son théâtre est énigmatique ce n’est pas parce que Novarina est un homme du secret ou de l’ésotérisme, mais parce que c’est un homme de la révélation. Mais il s’agit de la révélation de l’homme par l’homme dans ce qu’elle a d’aveuglant, d’apocalyptique, d’explosif et de déroutant ».

Après L’Origine rouge en 2000, La Scène en 2003 et L’Acte inconnu en 2007, L’Homme hors de lui, monologue « invectif » sera répété et créé à La Colline. Pour cela, Valère Novarina retrouve Dominique Pinon qui saura donner aux lettres du livre leur pleine vérité concrète et leur liberté rythmique.

Un homme entre, écoute les herbes, s’adresse aux rochers et à nos trois cents yeux muets. Il donne des noms nouveaux aux insectes, aux oiseaux. Il se pose cinq questions ; lance en l’air quatre cailloux qui ne retombent point.
La parole écrit dans l’air.

â–º

9 septembre 2017

[Livre – chronique] À quoi servent les amours ? (à propos de Marion Messina, Faux départ), par Jean-Paul Gavard-Perret

Marion Messina, Faux départ, Le Dilettante, août 2017, 224 pages, 17 €, ISBN : 978-2-84263-904-4.

 

Difficile la vie pour ceux qui sont jeunes aujourd’hui. Marion Messina le prouve à l’aune des déshérences de son héroïne dont les aventures se multiplient au sein d’un monde qui à la fois se matérialise et se virtualise. Elle y cherche pourtant sa voie mais le réel et son sens se dissolvent au sein d’images sourdes.

 

La réalité n’est pas dévoilée dans un rapport de transparence mais d’opacité, entre présence et absence. Le langage de ce premier roman le souligne. Il transforme le réel en révélant une situation de perte et d’inquiétude, illuminée de temps à autre par la lumière d’un amour raté. La vie est dans des plis difficilement repassables. L’héroïne n’a pas le temps de se demander quelle est l’essence du ciel (s’il est astrophysique ou astrologique) : elle voudrait simplement que sa vie soit quelque peu poétique ou romantique.

 

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres dans le campus de Grenoble puis dans les trains de banlieue qui mène de cités douteuses à la capitale. La conscience expérimentale de l’héroïne a plus en plus de mal à se projeter vers l’avenir à mesure que sa vie avance aux seins de pôles entre lesquels elle hésite. D’un côté la tradition qui perdure, de l’autre la rupture totale ou partielle. Le tout dans une existence de la discontinuité dont la « célébration » passe par ses déchets à recycler. Ils font ici l’avenir du langage par ses tourments d’une existence soumise au bricolage social et sentimental.

6 septembre 2017

[Création] Daniel Cabanis, Enchaînement logique des alibis (4/5)

Où Daniel Cabanis joue au chat et à la souris… [Lire/voir le précédent]

 

Quatro

 

Non, ce n’est pas mon genre d’élever la voix. Je refuse de clamer mon innocence.

 

Le mercredi 12 juin, en rentrant chez moi vers dix-huit heures trente, j’avais perdu mes clefs, au Parc Montsouris, je pense, où j’avais passé une partie de l’après-midi. Je n’avais rien de particulier à faire au parc mais il faisait beau, une sieste bien sûr, traîner, lire, et mes clefs ont dû glisser hors de la poche de ma veste quand je me suis endormi au pied du séquoia géant. Je suis vite retourné sur les lieux. J’ai cherché. Les doigts écartés en râteau, j’ai fouillé l’herbe. Et rien trouvé. Un gardien m’a engueulé. Il voulait que je dégage. Je l’ai envoyé s’faire foutre. Il a sifflé à l’aide ses collègues, lesquels ont surgi des bosquets. Trois ils étaient, qui m’aboyaient dessus et gesticulaient. J’ai craint qu’ils ne me tabassent. J’ai dit Messieurs de Montsouris, du calme ! J’ai perdu mes clefs alors soyez un peu aimables, mettez-vous à quatre pattes et passez avec moi la pelouse au peigne fin ; votre flair aidant, je ne doute pas que nous puissions les retrouver, merci. À voir leurs figures que la colère congestionnait, j’ai compris que mon propos avait fort déplu. Et je suis parti en courant. Habituellement je déteste le jogging, mais là il s’imposait. Ils m’ont poursuivi. Je leur ai fait faire deux fois le tour du lac avant de leur échapper définitivement en sortant du parc. On aurait dit le remake improvisé d’un court-métrage muet des années vingt. Ça m’a fait du bien de ridiculiser en grand ces braves balourds. Certes, ce n’est pas très charitable mais après tout j’avais perdu mes clefs, j’étais à la rue, seul, affamé, sans ressource : autant de raisons valables d’être d’humeur méchante. J’ai repris souffle un pâté de maisons plus loin, et j’ai téléphoné à Liz. J’espérais l’émouvoir avec le récit de mes ennuis, et qu’elle m’héberge, me nourrisse, me masse, et me console. Ben, des clous ! Liz n’était pas joignable etc. etc. J’ai rappelé dix fois. En vain. J’ai fini par solliciter les services d’un serrurier. Tout ça est vérifiable.



4 septembre 2017

[Textes] La Rentrée La Rentrée La Rentrée, par Marc Guimo et Cuhel

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Marc GUIMO et CUHEL vous en font bouffer de la Rentrée… de quoi la rentrer bien profondément… colère rentrée ?

La rentrée
C’est marrant ce terme
Vu qu’on est peut-être parti
Mais pas vraiment sorti
Des limites de la société
La rentrée
C’est le mirage en bande organisée
Le frottement de mains mondial
Des équipes marketing
Les surfaces deviennent grandes
Les cerveaux convertibles
Les listes hautement tactiques
A ce moment aussi
Les rayons ne sont plus solaires
Aucune fenêtre pour contredire
Et dans ce dispositif rituel
Aussi drôle qu’un rappel d’impôts en 3D
Les objectifs sont simples
On n’est pas loin du mantra fauché
Dans la bouche d’un illuminé
Je vais voir de plus près
Je veux pousser du caddie moi aussi
Je veux ma part du butin
Ma part d’abondance
Même si je n’ai aucun besoin
Dans l’instance
La règle à bord
Tu rentres tu paies après
Cartes bancaires en cours de soumission
Et je vois dans les allées
Les enfants qui managent leurs parents
Les parents bien élevés par le système
Affaires de classe
Classe affaires des marques
Vendre du neuf à des vieux précoces
Vendre du vieux dans de la lingerie neuve
Des palettes chargées de livres ou de viande
Même combat
Des livres qui se demandent ce qu’ils font là
Et nul ne leur répond
Et nul ne se plaint au bout de la chaine
Des caisses en Burn-out
Je commence à reculer
Comme si je venais de voir mon chef dans mon lit
La rentrée c’est pour tout le monde
Gueulent les panneaux
Ils ont bloqué les sorties sans achat
Et posté de nouveaux vigiles
Bien plus balaises que les précédents
Je leur demande si je peux rentrer chez moi
Si je peux quitter la file discrètement
Ils me répondent d’un autre monde
Doigt tendu vers l’infini des codes-barres
La rentrée c’est ici
On a le monopole

Marc GUIMO

♦♦♦♦♦

Comme tous les homoncules
pour la RentréeTM j’me suis fait un p’tit pécule
pour les fournitures les garnitures les tas d’ordures

RentréeTM
l’alloc pour la loque
Rentrée des prix
des prisés et des méprisés
des primés et des dé-primés
des lettrés et des illettrés
Rentrée des listes
To-Do
what could we do
sorties séries et chieries
Best-au-lit

Fini les Reine-Claude
la Rentrée sera chaude

Échaudés par la canicule
les homoncules se magnent le cul
à fond les manettes
sans se prendre la tête
ils ouvrent leurs écoutilles
allez on s’émoustille
on rallume le monde en veille
on se lisse on se hisse
et on crie Ô merveilles !
Mais quoi se faire niquer ?
par une bombe H
H comme Hyper
ça ferait quoi de la chair à conso
en bouillie ?

Béni chaque jour que l’Homoncule fait
vive la Rentrée avec ses vœux pieux
à qui mieux-mieux
vive la RentréeTM
des z’animateurs
des boni-menteurs
des promos
et des gogos
vive les nouvelles têtes d’affiche
de godiche
de gondole
de farandole
chaque jour sera fête !

CUHEL

3 septembre 2017

[News] News du dimanche

Au programme des premières NEWS de reprise : agendas de Jean-Michel Espitallier et de Lucien Suel ; "Penser l’émancipation" à Paris-VIII ; "Écrits/studio" ; le film de Frank Smith, Le Film de l’impossible

 

â–º Mardi 5 septembre, Christian PRIGENT sur FRANCE CULTURE pour Chino aime le sport :

Jacques Bonnaffé lit la poésie par Jacques Bonnaffé

FRANCE-CULTURE, du lundi au jeudi

Chino aime le sport  :  le  05/09/2017  de  15h55  à  16h

Au deuxième jour, deuxième entrée. Nous parlons sport ! C’est une matière qui ne manque pas d’éloquence, on peut la laisser parler par ses souvenirs et ses grandes heures, ou ses champions. On peut aussi collecter les chroniqueurs, après Blondin et tant d’autres, Christian Prigent.

Avec Chino aime le sport, Christian Prigent s’impose comme portraitiste ès gradins  et bords de route, accompagné de rumeurs et d’ambiances. Il choisit des champions anciens et d’aujourd’hui, superpose les temps, titille les mythes. Dans la continuité de ses derniers livres, sa langue sonore avance à coups de burins et par éclats vifs. Il sculpte sans vergogne, utilisant tous les matériaux, visages et détails physiques, traits caractéristiques, marques publicitaires, public et cris, spectacles, anecdotes. Chaque portrait est un concentré, dans le cahier de Chino, son héros quasi éponyme.

Lecture d’un extrait de : Chino aime le sport (P.O.L).

â–º RV avec Jean-Michel ESPITALLIER :
• 14 septembre 19h30, « She Was Dancing » (avec Valeria Giuga, Roméo Agid), Théâtre Saragosse, Pau (Festival "Poésie dans les chais").
• 17 septembre, Mac/Val (Vitry/Seine), Journées du Patrimoine, performance avec Aniol Busquets dans le cadre de l’exposition de Jean-Christophe Norman.

â–º L’Agenda de Lucien SUEL :

Voici les nouvelles dates de l’agenda de septembre à décembre 2017 :

MONTREUIL (93), le 21 septembre à 20 h, lecture-performance aux Instants Chavirés, 7 rue Richard Lenoir (métro Robespierre), entrée libre pour la soirée « The French Ticket That Exploded ».

MERLIEUX (02), le dimanche 24 septembre pour La Fête du Livre avec mon roman « Angèle ou le syndrome de la wassingue » aux éditions Cours-Toujours.

PUCHEVILLERS (80), le samedi 7 octobre, à 18h, rencontre-lecture-entretien-apéro en compagnie d’ Alexandra Oury, Dominique Brisson et Philippe Moreau-Sainz, autour de la collection « La vie rêvée des choses » à l’estaminet du village à l’invitation de la Bibliothèque d’Albert.

ALBERT, le samedi 14 octobre, de 10h à 18h, Salon du Livre avec les éditions Cours-Toujours.

LAMBERSART, le dimanche 15 octobre de 13h30 à 18h, au Castel Saint-Gérard, pour les 20 ans du Café Littéraire animé par Annie-France Belaval.

Tournée en Picardie dans le cadre des Rendez-Vous Lecture du CR2L, du 16 au 19 novembre

CHÂTEAU-THIERRY, le 16 novembre, le matin, à l’Adothèque, lecture-rencontre avec des élèves du Lycée Hôtelier.

AMIENS, le 16 novembre, en soirée, à la Librairie Pages d’encre, lecture musicale sur le thème de la gourmandise en compagnie du tubiste François Thuillier.

CORBIE, le 17 novembre, à la Médiathèque, lecture musicale sur le thème de la gourmandise en compagnie du tubiste François Thuillier.

CREIL, le samedi 18 et le dimanche 19 novembre, « La Ville aux Livres », de 9h à 19h sur le stand des éditions Cours-Toujours. Le dimanche après-midi, entretien en compagnie d’Alexandra Oury, Dominique Brisson et Philippe Moreau-Sainz, et à 17h30, lecture-performance sur le thème de la gourmandise.

LILLE, 1er et 2 décembre, Gare Saint-Sauveur, participation aux Escales Hivernales. Le vendredi 1er, de 20h à 21h30, scène partagée avec les écrivains du Nord ; le samedi 2, entre 15h et 17h, rencontre avec les éditions Invenit (collection Ekphrasis) et les éditions Cours-toujours (collection La vie rêvée des choses).

En prévision pour 2018, lectures à Arras et Saint-Omer.

A paraître en 2018, aux éditions Henry : « Sur ma route » (poésie)

L’ agenda est mis à jour sur ses blogs Silo-Académie23 et Lucien Suel’s Desk 

â–º Du 13 au 16 septembre 2017, Université Paris VIII-Vincennes : Penser l’émancipation (Appel à contribution)

Le réseau international Penser l’émancipation prévoit une nouvelle édition en automne 2017 à l’Université Paris 8. Ce réseau, qui regroupe chercheurs et chercheuses, militants et militantes, s’inscrit dans le long héritage de la politique d’émancipation, de la critique de la modernité, de l’anticapitalisme et de la transformation de l’ordre existant. Il propose un espace pluraliste, ouvrant à chacun et chacune la possibilité d’émettre des hypothèses théoriques, de les éprouver au contact des pratiques politiques, de soumettre les résultats d’une enquête (militante ou académique), pour affronter les problèmes du présent. La pratique émancipatrice a besoin de moments, de lieux, pour réfléchir sur elle-même, sur son sens et sa portée, à l’abri du rythme effréné des séquences politiques, des clivages entre traditions idéologiques ou des exigences du travail universitaire.

Ce besoin se fait particulièrement sentir en cette année 2017, qui marque l’anniversaire de l’un des événements majeurs de la politique d’émancipation. Il y a un siècle, les exploités de l’Empire russe ont en quelques jours changé la face du monde, renversé un État ; ils et elles ont demandé le pouvoir dans les usines, que l’on partage les terres, que cesse la boucherie impérialiste de 14-18. Les subalternes ont tenté l’inouï, tenté de s’approprier leur monde, d’interrompre le cours inéluctable de la modernisation capitaliste, de révolutionner la culture, les rapports de genre, de briser l’oppression nationale et le joug colonial. Les révolutions sont des phases d’accélération historique, mais aussi des séquences où tout ce qui semblait naturel, allant de soi ou inévitable, peut être changé, infléchi, au bénéfice des opprimés. En d’autres termes, les révolutions sont par excellence des moments de totalisation, des séquences où l’action collective peut espérer atteindre et bouleverser l’ensemble de la vie sociale, culturelle et politique d’un pays, d’une région, et même du monde.

Pour être à la hauteur du défi révolutionnaire aujourd’hui, des rébellions vaincues, des révoltes écrasées, des défaites les plus amères, la théorie doit pouvoir se hisser à son plus haut niveau et mener « la critique impitoyable de tout ce qui existe » (Marx). C’est pourquoi le réseau Penser l’émancipation sollicite des contributions sur l’ensemble des questions qui travaillent la pensée engagée dans la transformation de l’ordre existant.

Nous invitons militants et militantes, chercheurs et chercheuses, à soumettre des propositions de communications (un résumé de 3000 signes) sur l’un des thèmes suivants, ou tout autre ayant trait à la théorie sociale et à la pensée émancipatrice, avant le 5 mars 2017 au plus tard : penserlemancipation2017@gmail.com

Droit, oppression, émancipation ; pouvoir politique, stratégie, organisation ; écosocialisme, anthropocène, capitalisme fossile ; féminisme, travail reproductif, intersectionnalité ; théorie queer et révolution sexuelle ; Gramsci, hégémonie, philosophie de la praxis ; relations internationales, développement inégal et combiné ; racialisation et capitalisme postcolonial ; histoires du mouvement ouvrier et révolutionnaire ; précariat, travail immatériel, nouveaux salariats ; syndicalisme, grève générale, contrôle ouvrier ; autonomie, opéraïsme et nouvelles radicalités ; monnaie, marchandises, forme-valeur ; théologie et critique de la modernité ; colonialité du pouvoir et décolonialité ; marxisme culturel et structures de sensibilité ; impérialisme, guerres et libération nationale ; cinéma, théâtre, spectateur émancipé ; théorie critique, École de Francfort, réification ; hégélianismes et jeune-hégélianisme ; économie politique, dynamiques d’accumulation, crises ; Althusser, antihumanisme, lutte de classes dans la théorie ; éducation populaire, système scolaire, pédagogies révolutionnaires ; allocation universelle, salaire à vie, refus du travail ; occupation des places, émeutes, sabotage ; logistique et blocage des flux; immigration, réfugiés, populations excédentaires ; Europe, dette, souveraineté ; Lukács, totalité et subjectivité ; Henri Lefebvre, ville et espace ; urbanisme, architecture et droit à la ville ; géopolitique critique ; littérature, poésie et politique ; histoire globale et système monde ; corps exploités, corps révoltés et enclosures des corps ; internet, travail digital et réseaux sociaux ; néolibéralisme, financiarisation et nouvelles aliénations ; État d’urgence, antiterrorisme, violences policières et ennemis intérieurs ; lutte armée, guérilla urbaine et guerre populaire ; révolution culturelle et transition au socialisme ; mouvements sociaux, formations de classe, identités politiques ; masses, plèbes, multitudes ; communisation et restructuration capitaliste ; coopérative, autogestion, expropriation ; action antifasciste et état d’exception ; mobilisations lycéennes et luttes étudiantes ; critique des médias.

â–º Jeudi 14 septembre à 20H, Bibliothèque 2e arrt de Lyon : Écrits/Studio (poésie et nouvelles technologies du son).

Ecrits/Studio réunit des poètes qui travaillent avec les outils numériques du son. Neuf de ces poètes présenteront des poèmes sonores réalisés lors d’une session de création. Ils livreront là des formes poétiques nouvelles, à la fois polyphoniques et performatives.

Parmi ces poètes : Béatrice Machet, Alice Calm, Guillonne Balaguer, Jean-Baptiste Happe, Estelle Dumortier, Patrick Sapin, Patrick Dubost, Béatrice Brérot.

Bibliothèque municipale
13 rue de Condé
69002 Lyon

â–º Dimanche 17 septembre à 15H, Centre Pompidou (75004 Paris) :
Première de Frank Smith, LE FILM DE L’IMPOSSIBLE
Présenté dans le cadre du Festival Hors Pistes production et prolongement

Sur la bande-image du Film de l’impossible alternent deux séries. Tout d’abord, une lecture dialoguée entre François Bonenfant et Frank Smith se tient dans le cadre de la pièce-dispositif Un lieu-comme-œuvre., « un lieu d’art » conçu par François Laroche-Valière au Théâtre L’Échangeur, Bagnolet. Cet échange tente de cerner ce que serait un film qui s’intitule Le Film de l’impossible. Il est question du statut de l’image au cinéma, de celui de la représentation, de la politique actuelle — irréconciliable — et de la nécessité de recomposer aujourd’hui une nouvelle pensée de l’image — toujours impossible. En contrepoint, il y a des images prises dans le désert blanc du Chott-El-Jérid (Tunisie), faites d’éléments uniformes — ciel, terre, mirages — à travers des plans, constamment identiques à eux-mêmes, où la caméra tourne sur elle-même à 360 degrés.
Le film se fait en même temps qu’il se filme.

*
Le Film de l’impossible est aussi un livre, publié aux éditions Plaine page.



Un film écrit et réalisé par Frank Smith
Avec François Bonenfant et Frank Smith
Situations — Un lieu-comme-œuvre. François Laroche-Valière
Image et montage Arnold Pasquier
Son Marc Parazon
Mixage Ivan Gariel
Musique Philippe Langlois

2 septembre 2017

[Chronique] Obscurum per obscurius (à propos de Jean-Louis Baudry, Les Corps vulnérables), par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Louis Baudry (1930-2015), Les Corps vulnérables, L’Atelier Contemporain, Strasbourg, août 2017, 1200 pages, 39 €, ISBN : 979-10-92444-50-6.

 

Ce livre – sous forme de journal « extime », écrit entre 1997 et 2010 – pris le jour où presque son sujet disparut : à savoir la femme aimée, l’âge de la vieillesse n’étant pas très loin. Ce fut une révélation (anticipée inconsciemment par des romans de l’auteur) qui n’alla pas sans tracas eu égard aux personnalités des deux protagonistes.  L’auteur n’en cache rien.  Raisons et déraisons s’enchaînent de manière parfois terrible et sardonique. Mais amoureuse, passionnée tout autant. Existent des haltes, des vides et des suites de dérives quand soudain tout s’éteignit de manière fractale au moment où tout aurait dû commencer.

 

La naissance du livre est donc marquée par ce jour de mort. Mais il se veut une sorte d’immortalité. Il s’agit moins de pleurer sur la gisante que livrer Marie comme « l’image » la plus importante dans la genèse de la création de l’auteur et elle permet de comprendre le fonctionnement de l’Imaginaire.  L’œuvre – même antérieure à l’arrivée de l’amante –  vient de là : d’une crise fondamentale – sans doute anéantissante – qui ne peut que transformer l’auteur en virtuose de l’amour. Il le consume jusqu’à sa propre mort cinq ans après l’écriture du livre et afin de pouvoir la rejoindre comme s’il restait rivé à celle qui lui a donné la lumière et lui a fait comprendre sa quête des œuvres d’art, de la musique, de la littérature, des voyages et de son œuvre.

 

Le journal brûle d’un amour sévère. La chute n’est plus – comme dans la tradition chrétienne – dans ce monde, mais bien hors du monde.  Baudry, privé de la présence de Marie, ne peut redresser les incertitudes qui lui tiennent lieu d’existence, il ne peut imaginer sans elle un monde, si ce n’est un monde par défaut. Il ne peut pas plus espérer une quelconque consolation, et demeure rivé à une solitude première et ne peut exister que tel qu’il se rêve dans les bras de la disparue.

 

Baudry reste prisonnier de cette dépendance, prostré – sinon lorsqu’il écrit ce livre fleuve de 1200 pages. A sa manière ce « dialogue » implicite  rappelle : "Tu crois à la vie future? – La mienne l’a toujours été" de Beckett. Cette mise en attente et en devenir impossible désormais reste le seul espoir forcément dévastateur où l’œuvre se perd mais avec lequel il faut à Baudry entretenir un rapport toujours plus initial, sous peine d’être rien.

 

Néanmoins Baudry ne s’auto-analyse pas, ne cherche pas les sources de sa défaite existentielle et de sa dépendance. Son œuvre se situe à l’envers d’un discours clinique et analytique.  En tout état de cause, même s’il existe une "maladie" à l’ouvrage dans le livre – et cela n’est-il pas un peu le cas pour toutes les créations? -, il ne s’agit pas d’analyser ses prétendus symptômes. On peut simplement affirmer que ce lien à Marie reste le principe même de la douleur, de la douleur "à l’œuvre" quand la nuit gagne sans espoir de la délivrance.

 

Véhiculant un manque d’être, un manque à être, l’écriture ne peut que dire cette absence et perte, ne peut que révéler ce creux, en retombant dans l’ordre primaire du sans fond indéterminé et des mouvements infinis et chaotiques du noir de l’être. C’est pourquoi Baudry reste un sujet divisé, un spectre dont,  et pour reprendre une formule de Maurice Blanchot, "l’instant de (la) mort est toujours en instance" au moment où rien ne manquait et où soudain tout n’est plus là. Par la perte  l’homme est attaqué et détruit afin qu’il ne surgisse avant son affaissement final et au mieux que sous deux postures : se sentir s’effriter comme du sable, se sentir ramper dans la boue là où la défaite est rejouée toujours.

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