Libr-critique

7 juin 2007

[ENTRETIEN] Mathias & François Richard, à propos de Raison Basse

Filed under: entretiens,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 9:09

Nous faisons cette proposition. La littérature est une subdivision de la neurobiologie : l’exploration de la conscience a des fins de compréhension de l’humain et de l’univers. Ou plutôt, dans notre volonté de puissance-poésie, nous aimerions faire de la neurobiologie une subdivision de la littérature. Les écrivains, les poètes, sont des savants fous et sont leurs propres cobayes.
La littérature mutantiste n’a pas d’esthétique unifiée. Chacune de ses manifestations saisit une perspective singulière (d’évolution esthétique), s’y engouffre et la pousse au maximum. Chacune de ses manifestations va au fond d’une logique, pousse jusqu’au bout une singularité dissemblable.
Le principe du mutantisme est protéiforme et rêve d’un recueil de pensées extra-terrestres.
Le mutantisme dérive de la nature. L’intérêt mutantiste dans la nature est dans sa multiplicité. L’intérêt mutantiste dans la nature est dans une nature exprimant la multiplicité sans limite des choses. La nature est la multiplicité irreprésentable dont le mutantisme exprime les formes toujours renouvelables. Les mutantistes recherchent en quelque sorte l’unité dans la multiplicité.
Herméneutes-tératologues, nous répertorions quelques mutations de l’imaginaire humain, des sismographies psychiques. (À force de le faire, il arrive d’ailleurs que nous découvrions son propre potentiel de mutation, et que nous imitions les capacités des mutants que nous voyons.) Notre but est la propagation et l’exploration d’imaginaires mutants. Il y a toujours eu un mutantisme en germe dans chaque époque, mais jamais autant qu’aujourd’hui la capacité, la possibilité de mutantisme n’a été à la fois si puissante et autant en danger.
Mutations biologiques, robotiques, biotechnologiques, et surtout psychiques/mentales, métaphysiques/systèmes de représentation ; fécondations d’ima(r)ginaires.
Internet accentue et accélère la confrontation à l’étendue de la pensée possible (pensée-mot, pensée-image, pensée-son, etc.).
Quelques-uns des axes du mutantisme sont les syntextes, les chauds-froids, les dépassements dialectiques, les sneepl, la multiplicité, la science.
Les sneepl ? Il s’agit des « sentiments non encore exprimés par le langage » (ou encore : « sentiments nouvellement exprimés par le langage »). Traquer, identifier, sculpter et exprimer des sneepll devrait être l’objectif n°1 de l’écrivant(e) mutantiste, l’un de ses objectifs suprêmes.
Et, pour cela, il doit plonger dans la multiplicité.

2/ Lorsque l’on regarde le sens de nombreux textes, on s’aperçoit de la violence énoncée vis-à-vis du monde, et en particulier politico-médiatique, actuel. Quel est le sens politique d’une telle publication ?
François : Nous savons maintenant que depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, une troisième guerre s’est graduellement mise en place, qui n’est pas celle qu’on voudrait nous faire croire (« l’Islamisme contre l’Occident »), mais une guerre des Maîtres du Monde de tous bords, secrètement coalisés, une guerre sans merci sur les citoyens, une guerre par les armes silencieuses, la plus dangereuse de toutes puisqu’elle ne dit pas son nom et qu’elle est la dernière porte avant la fin du monde. Les Maîtres du Monde (qu’on retrouve par exemple au groupe Bilderberg ou à l’AMI), définitivement déconnectés du réel par l’omnipotence qui les fait verser dans un auto-fanatisme déshumanisé (ils se retrouvent entre autres au Bohémian’s Club, où ils se livrent à des célébrations d’inspiration satanique) se sont peu à peu retrouvés et concertés pour un asservissement de la population et de la planète au service de leurs intérêts.
Dans cette visée, les « armes silencieuses » agissent principalement sur cinq fronts :
— la destruction du sentiment de révolte et du sentiment d’implicabilité dans l’évènement
— la destruction de l’espoir de modifier quoi que ce soit avec les autres
— la suppression de l’information au profit des émissions (au sens premier) lobotimisantes
— la destruction de l’éducation
— la destruction de la créativité
Tout est dit, la phrase qui suit coule de source. Rien n’était prémédité mais nous sommes les ennemis naturels des Maîtres du Monde, comme toutes les singularités irréconciliables.
Mathias : Raison basse est créé par l’hostilité du monde. Naître, muter ou mourir.
Qui parle ? Je ressens le monde actuel comme un cauchemar éveillé qui ne finit jamais, et où je n’ai pas ma place, un monde où quelqu’un comme moi n’a pas sa place, empêché dans ses devenirs. Je ne sais pas, peut-être suis-je un cas pathologique, et aurais-je ressenti cela à n’importe quelle autre période historique, mais pourtant je crois avoir une aptitude à la joie et au bonheur. Trop de mes idéaux, de ce qui me semble « normal », est bafoué tous les jours. (Et je refuse de vivre sous antidépresseurs, camisole chimique).
Caméras Animales veut explorer l’étendue de la poésie possible, notre époque explore l’étendue de la bêtise possible. Ce livre est le simple rappel que nous vivons esclaves du conformisme, de l’uniformisme, de l’argent et de ceux qui le possèdent.
L’individualisme de masse n’a pas mené à une explosion des excentricités, des singularités, mais à un nivellement sans précédent. Est-ce parce que l’humain craint la liberté ? Est-ce parce que la télévision, le cinéma, les médias, nous fabriquent des personnalités en kit de prêt-à-penser, des modèles de comportement inculqués par le biopouvoir de façon beaucoup plus profonde et invasive qu’avant ?
On ne cesse de tuer et d’emprisonner la vie.

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