Libr-critique

14 novembre 2006

[Texte] Poubelle la vie de Charles Pennequin

Filed under: créations,recherches,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 18:58



POULE

Il faudrait dépassionner le débat. Il faudrait que le débat soit moins passionnant. Passionné passionnant. Il faudrait qu’on sache quoi faire de la vie. Sans entrer dans la passion. Ou plutôt sans qu’il y ait de débat, de débat passionné ou passionnant. Il faudrait pouvoir entrer là-dedans comme ça, comme un animal. On n’a pas besoin de débattre entre poules, on n’a pas besoin d’entrer dans les détails, d’arranger une fuite, d’organiser des préludes. On est poule. On n’entre pas. On entre mais on ne sait pas trop si on est entré. Peut-être c’est quelqu’un d’autre. C’est peut-être une autre poule qui rentre, et peut-être même je ne suis pas là. Je ne suis pas dans ma poule. Peut-être celui qui y est n’y croit pas non plus. Personne n’y croit. Tout le monde est entré mais personne n’y a cru.

Nous ne voulons plus de l’amour tout prêt, l’amour tout prêt tout digéré, nous voulons plus du tout de l’amour qui est tout à fait prêt à être ingurgité. L’amour tout prêt de nous. Nous n’en voulons plus. Nous voulons de l’amour loin. L’amour qui se fait pas. L’amour impossible, ça nous voulons bien. Nous voulons bien être impossiblement dans l’amour. Et pas avoir affaire à des affaires. Des choses emballées. Des trucs tout faits. Cousus mains. Nous ne voulons plus l’amour cousu main. Bouche donnée. Bouche cousue et la main dans la main. Nous voulons la main pas dans la main mais dans la tête. C’est la main qu’on tient dans la tête. Nous ne voulons plus du corps de l’autre et du nous avec. Du nous avec l’autre et la main dans la main du nous tout court. Nous voulons un nous qui tient tout court dans la tête. Nous voulons pas du nous rallongé d’une tête seulement. Nous voulons un nous rallongé de plusieurs têtes. Et pas un nous seulement à nous. Un nous qui tient dans la main. Ou alors c’est dans la main de la tête que ça tient. C’est-à-dire faut que ça tienne à rien. Un nous pas vrai. Ça sera notre vrai à nous. Le vrai pas vrai. Le vrai du corps et le vrai des mains ça nous emmerde. Les corps ça devient emmerdant au bout du compte. Il faut du nous en dehors de nous. Il faut du nous qui s’échappe de tout compte. Et de l’amour qui s’en va du corps pour rejoindre l’autre, et l’autre parti avec. Tout les deux foutus le camp. Tous les deux amoureux qui débarrassent le plancher, nous le voulons. Nous voulons débarrasser le plancher des choses qui nous tiennent à cœur. Il n’y a rien de pire que les choses qui nous tiennent à cœur. C’est comme si on nous amarrait. C’est comme si le corps était notre amarre mais qu’on pouvait plus se barrer. On peut plus que couler dedans. Pourtant on voudrait bien se barrer nous. On voudrait bien foutre le camp nous, et rejoindre l’autre. L’autre foutu le camp avec nous. Et nous irions où. Où est-ce qu’on pourrait se foutre le camp. On pourrait se foutre le camp ailleurs que dans un nous tout court. Car dans nous c’est la tombe tout court. Dans le nous, c’est le cercueil plombé des sentiments. Dans le nous, c’est les choses sues d’avance et même pas que par nous. Dans le nous, c’est les trucs posés de plusieurs plombes par des nous d’avant nous. Des nous qui ont cru bien faire en s’épousant. Dans le nous, c’est les épousailles d’avant nous, et les restes de la veille où qu’on n’est même pas invités. Les noces d’où qu’on n’a même pas foutu les pieds. On n’a pas foutu les pieds dans le nous. C’est comme ça que ça marche. On est des invités de la dernière minute. On a loupé tout le début. C’est pour ça qu’ils voudraient qu’on reste dans le nous. Pour qu’on termine le boulot. Qu’on essuie les plats. Qu’on remballe tout. Qu’on se remballe avec. Qu’on soit des remballés de naissance. Que la naissance soit remballée avec, et qu’on nous fasse ravaler notre ticket. Le ticket qu’on a eu dès qu’on a né. Le ticket qu’on a perdu d’avance. On a marqué qu’on était né dessus, et puis qu’on a perdu. On a perdu l’amour du né, c’est comme ça qu’on a dit. On a dit, c’est l’amour qu’on veut perdre. On veut que de ce ticket-là, mais eux ils le veulent pas. Ils veulent pas des perdants. Ils veulent des amoureux physiques, alors que nous on veut perdre le ticket. C’est-à-dire qu’on quitte le corps, pour devenir des amoureux. On réinvente nous. Et on réinventera la physique. On pourra jouer à l’amoureux loin de chez lui. L’amoureux qui a quitté le domicile conjugale. Son domicile de où qu’il naît, et de où qu’il meurt. Il a quitté tous les domiciles connus. Il a quitté le physiquement connu. Le domicile conjugué à lui, et pas à nous. Ou plutôt, à un nous qu’on veut plus. Nous on veut des nous qu’il y a dans les autres. On veut des inconnus. Il faudrait faire l’amour qu’avec des inconnus. Faudrait connaître que des inconnus, et faire l’amour qu’avec eux. Faudrait être qu’avec l’idée de ça, de leur inconnu à eux. Etre avec soi aussi, avec son inconnu à soi. Et faire l’amour à tout le monde, mais tout le monde dans l’inconnu. Qu’avec des inconnus de soi. L’amour qu’on ferait, on le ferait qu’avec soi dedans des inconnus.

C’est pour ça qu’on regarde la télé. C’est parce que ça a été inventé là. C’est dans la télé qu’on a inventé l’inconnu. C’est là aussi qu’on a fait l’amour, c’est en regardant la télé. Car nous sommes une génération d’amour, et pour que la génération d’amour pousse bien faut qu’elle regarde la télé. La télé est amour. Il faut voir tous les couples qui maintenant passe leur temps à baiser. C’est parce qu’ils ont la télé. C’est pour ça qu’on les baise. Sinon ça baiserait pas un couple. Un couple qui baise est un couple devant la télé. C’est la télé qui a inventé ça. Elle a inventé le style, et l’inconnu. C’est la vérité. Même la vérité a été inventée de toute pièce. C’est pour ça qu’on continue d’y croire, sinon on n’y croirait pas à la vérité. On finirait par croire qu’il faut vivre sans avoir de télé. C’est-à-dire sans vivre. Car vivre c’est la télé qui fait ça. Sinon on est un couple et on a rien qui passe plus. On n’a que les plats qui passent. Les plats tous les jours sont passés. Les plats tous les jours qu’on entasse. Pour cacher la vérité. La vérité qu’on a rien à faire là, dans notre appartement, dans notre petit lit, dans nos petites pièces, avec notre petite musique. On a tous des petites musiques dans des petites pièces. Alors on invente des grandes musiques à mettre dans de petites pièces. Et même dans les grandes pièces ça fait toujours petit. C’est toujours pour les minus la musique. La voix, c’est toujours pour nos corps de minus, de petits minus dans la vie de nos appartements, nos appartements beaucoup trop petits. Nos appartements beaucoup trop moches pour nous, pour des couples moches comme nous. Nous sommes des couples beaucoup trop moches dans nos pensées qui sont comme des petits appartement. Des appartements trop moches. Heureusement, il y a l’espace devant, la vérité. Heureusement, il y a la vie et la vérité. Et heureusement, on invente. Heureusement, on invente la vérité dans l’inconnu. Et heureusement la musique, la musique en boîte. Heureusement la petite musique, et la grande. La grande vie dans l’inconnu. On voit ça à la télé. Maintenant on a de grandes télés. On peut voir grand. Maintenant on a agrandi les écrans. Maintenant on a des grands écrans pour couples.

9 Comments »

  1. pourquoi tagguer cela poésie ?

    Commentaire by str.fka — 23 novembre 2006 @ 18:48

  2. Parce que, il ‘ y a une oscillation enttre le théorique et le poétique, ici nous sommes je crois dans une forme hybride, où la pratique textuelle rencontre, télescope les enjeux théoriques. De plus ce qu’écrit Charles Pennequinconcerne bien la poésie, donc j’ai mis ce tag, j’aurai pu mettre aussi celui de théorie…

    Commentaire by rédaction — 23 novembre 2006 @ 19:14

  3. théorie de quoi ? du néant ?

    on trouvera toujours des gens anyway
    pour me traiter de réac quand je leur
    dirai que c’est de la merde.

    Commentaire by str.fka — 23 novembre 2006 @ 19:18

  4. Le problème avec votre type d’intervention, c’est qu’elle ne consttruit rien, ne dit rien, n’énonce rien, ne renvoie à rien, trébuche sur rieen, car elle ne souligne rien, ne semble rien montrer… Si vous n’argumentez pas je vais devoir modérer vos commentaires. Alors strofka ? qu’eest-ce que vous voulez dire ? Est-ce que vous prenez votre subjectivitté comme critère absolu du poétique ? c’est de cela qu’il s’agit en quel sens objectivement pouvez vous expliquer la raison qui vous amène à dire que cela ne renvoie qu’à une théorie du néant ?????

    Commentaire by rédaction — 23 novembre 2006 @ 19:37

  5. pouvez-vous expliquer ce qui vous amène
    à dire qu’il s’agit d’une quelqueconque
    théorie ? [ ou même poésie ]

    Commentaire by str+fka — 27 novembre 2006 @ 19:19

  6. à quoi bon répondre ?
    si c’est pour me faire
    { encore } censurer.

    Commentaire by str. — 28 novembre 2006 @ 14:06

  7. Je tenais à informer les lecteurs que cette poésie est parue pour la première fois dans une revue d’art qui s’apelle GPU. Et lorsque vous lisez un texte de pennequin à côté d’une peinture vous voyez bien alors que la peinture est une peinture et pennequin une poésie.
    bye

    Commentaire by maieux — 28 juin 2007 @ 13:08

  8. J’adore ce que vous faites rédaction said… Je voudrais tous vos disques et ceux de charline pennequine! en vrai!

    Commentaire by Benj B — 8 février 2008 @ 12:59

  9. C’est tellement facile d’appliquer des appellations de type « contemporain », « transmédial », « transversal », « performatif » à ce genre d’artistes dont la pratique est quand même très limitée, rébarbative, puérile et sans portée. Vous dites :  » (…) ici nous sommes je crois dans une forme hybride, où la pratique textuelle rencontre, télescope les enjeux théoriques »… Mais quels enjeux théoriques ? Comme dans les catalogues d’art contemporain où l’on va légitimer, à force de sémantique et d’éléments de langage des objets de vacuité, vous faites l’apologie de ce « poète » débiteur de paroles qui ne s’interdit rien, qui ne pense qu’à son nombril avec son écriture de soi, alors que l’art, s’il avait une mission, ce serait de révéler et de donner à voir le mystère de notre condition. Mais voilà, par exemple, ce que Charles Pennequin écrit et harangue en grand performeur :
    «J’aime ma bite. / C’est central. / C’est le point central. / Et je vois ton cul. / Et je veux que mon point central / aille dans ton cul. / Tu ne veux pas / Tu dis que ça pique./ Ça pique ça pique, tu dis.»
    Quitte à passer par un vieux réactionnaire, je pense qu’on accorde trop d’intérêt à ce monsieur et à ses procédés de malhonnêteté intellectuelle.

    Commentaire by Thomas Lebrun — 12 mai 2020 @ 23:18

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