Ou encore cet exemple de situation saisie sur le vif, fragment de dialogue significatif sur fond tout aussi symptomatique :
« en ce moment
je n’ai pas envie
d’un mec
le shopping me suffit »
dit-elle à son portable
au milieu des odeurs
de parfums bon marché
de détergents industriels
de pizzas carbonisées (p. 20).
Autre propos qui en dit long sur notre société sécuritaire, avec en point d’orgue un autre mot-valise percutant : « tout visiteur est suspect / nous dit le commissaire / nous préférons parler de / suspectateur » (p. 27).
Dans les « Paradiscount 1, 2 et 3 » qui succèdent aux Flashes sur le site de la revue (cf. « Catalogue des auteurs »), sont visées les sphères linguistiques des médias, de la communication, du bien-être…Dans Client zéro, la contamination des isotopies commerciale, scientifique, politico-militaire, médicale, sexuelle, sécuritaire et médiatique créait un univers inquiétant autour du client comme chair à panel.
Dans le prolongement de ces dispositifs critiques, mais avec ceci de nouveau qu’il se concentre sur le retraitement de clichés, Nouvel âge est un ADN, au sens précis où l’entrelacement d’isotopies très diverses tisse un ruban textuel qui propose un déchiffrement de l’anthropodrome contemporain. Plus précisément, le télescopage initial des isotopies du sport, du spectaculaire, du progrès technique et de la barbarie donne ce genre de raccourci saisissant :
« il revient
au plus haut niveau
il s’est donné
corps et âme
pour retrouver une crédibilité
high-tech
des scènes de tortures
vraiment exceptionnelles » (p. 5).
Après la confrontation entre naturel et artificiel (dopage), vient ensuite un drôle de mélange entre psychologisme, spiritualisme, aventure et vision écolo-poétique de la nature qui débouche sur un comportement paradoxal :
« il voit
les premières lueurs de l’aube
la courbure de la Terre
il inspire
il expire
l’espace
il veut atteindre
le bien-être absolu
il va se torturer
jusqu’au coucher du soleil » (p. 11).
Le dernier mouvement s’avère plus angoissant, puisque entre en scène le danger nucléaire, qui s’ajoute à la dérive moderniste évoquée précédemment :
« il se voit
dans son bunker mental
au milieu du désert
un abri antiatomique
où son âme flotte
dans une chambre
de décontamination » (p. 17).
Seule une lecture cursive permet de vivre le maelström vertigineux dans lequel nous entraînent le montage cut et la boucle.