Libr-critique

5 mai 2007

[création visuelle] « En finir » d’Aurélie Soulatges

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 7:59

[Dans le n°8 d’Action Restreinte, Aurélie Soulatges publiait une série de photographies, décrivant une micro-narration. Très intrigué par cette série, j’ai réalisé, que la force de cette micro-narration sans mot, tenait certes à l’esthétique de cette poupée et de son geste, mais aussi à la la narration qui s’effectuait par le regardeur. En effet, loin d’être sans mots, une série ainsi montée appelle de la part de celui qui regarde un sens qui est construit par la conscience. De même la radicalité de ce qui a lieu n’a de cesse d’imposer une forme de mise en question, sur la signification et les raisons d’un tel geste de la part de la poupée. C’est en ce sens que nous avons proposé à Aurélie Soulatges de publier cette série. Cliquer sur les photographies pour les voir en grand format]

en_finir05.jpg en_finir09.jpg en_finir10.jpg en_finir11.jpg en_finir14.jpg en_finir17.jpg

4 mai 2007

[Chronique] Maryse Souchard, Jean-Claude Pinson, Jean-Michel Vienne, Joël Gaubert, Le populisme

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 15:38

Maryse Souchard, Jean-Claude Pinson, Jean-Michel Vienne, Joël Gaubert, Le populisme aujourd’hui, Éditions M-Editer, 2007, 110 pages, 10 € ISBN : 978-2-915725-07-0.

Après les ouvrages fondamentaux parus ces dernières années, Par le peuple, pour le peuple. Le Populisme et les démocraties (Fayard, 2000), de Yves Mény et Yves Surel, et L’Illusion populiste (Berg, 2002), de Pierre-André Taguieff, voici un petit volume d’intérêt public qui, regroupant quatre textes issus des conférences organisées à l’Université Populaire de Nantes par l’Association Philosophia, devrait être dans toutes les mains en cette période d’élections – présidentielles puis législatives.

Héritier de la Révolution, du bonapartisme et du boulangisme au Régime de Vichy, comme au poujadisme et au Front National, le populisme, que Maryse Souchard définit comme l’appel lancé par un chef à un peuple survalorisé (vox populi, vox dei), s’est accompagné en France de paternalisme, d’anti-élitisme et d’un nationalisme plus ou moins xénophobe et antisémite. Aussi, par populisme, faut-il entendre « tout mouvement, doctrine ou idéologie qui prétend exprimer, à la place d’un peuple muet et paralysé, les désirs de ce « peuple » en agissant à sa place, incarnant dans un chef la volonté du peuple ainsi directement représenté » (p. 19).

Le problème actuel, c’est la contamination sémantique entre « populisme » et « valeurs démocratiques ». Et la spécialiste en communication de nous mettre en garde contre deux dangers antithétiques : d’une part, la dérive réactionnaire, qui prend appui sur la défiance envers toute référence au peuple pour justifier la domination des élites, alors même qu’il ne saurait y avoir de démocratie sans lutte pour l’émancipation sociale et politique des dominés ; d’autre part, la dérive populiste propre aux courants extrémistes, qui consiste à tenir un discours alarmiste jouant sur les peurs les plus irrationnelles et à prôner le relativisme absolu, c’est-à-dire à poser l’équivalence de tous les discours, pour mieux disqualifier des élites sociales et intellectuelles rendues coupables de mensonge et de manipulation, et légitimer ainsi sa propre idéologie et/ou son propre chef. Le pire est que le second travers touche également les médias, qui y voient un moyen de conforter leur pouvoir – ce que montre Maryse Souchard en analysant la rhétorique de l’hebdomadaire Marianne.

Mais qu’est-ce qu’en appeler au peuple ?, se demande Jean-Michel Vienne, soulignant l’ambiguïté d’un terme dont l’usage est régi par une série de tensions : « peuple inclusif / peuple exclusif », « populace / peuple organisé », « peuple sachant / peuple ignorant », « réalité sociale / notion idéale », « réalité géographique / réalité politique », « classe inférieure / classe rédemptrice », « peuple traditionnel / peuple eschatologique ». Parce qu’elle considère le « peuple » comme une réalité en soi, la posture populiste est une dangereuse imposture.

Avec la surmédiatisation, la crise de la représentation est l’autre cause principale expliquant le retour actuel du populisme. Pour Joël Gaubert, elle est due à la prédominance des intérêts particuliers sur l’intérêt général ainsi qu’à l’avènement d’une « oligarchie techno-libérale » (p. 91), c’est-à-dire à l’impuissance d’un parlement qui incarne la souveraineté du peuple face au pouvoir exécutif national et supranational, auquel s’ajoutent le pouvoir médiatique et le pouvoir économique des multinationales et des instances mondiales (FMI, OMC, BM, OCDE…). Mais, pour le philosophe, cette crise est avant tout symbolique : dès lors que la démocratie s’est transformée en médiacratie et en médiocratie, peut-elle engendrer autre chose qu’une crise du sens ? De sorte que le meilleur remède ne réside pas tant dans un modèle participatif dont les risques majeurs sont l’autocratie et le populisme, voire l’anarchie à laquelle aboutirait la dissolution du pouvoir légitime dans de multiples groupes d’intérêts particuliers (lobbies), mais dans un système délibératif qui procèderait à la « resymbolisation de l’expérience » en développant l’instruction et l' »Ã©thique de la discussion » (Habermas).

En cette campagne présidentielle où l’étiquette péjorative de « populiste » a été accolée aux trois candidats arrivés en tête du premier tour, chacun aura le loisir de se faire une idée au regard de ces analyses.

Cela étant, après avoir rappelé que le terme même de « populisme » est apparu en 1912 pour désigner une école romanesque visant à décrire de façon réaliste la vie du peuple, Jean-Claude Pinson quitte le champ politique pour le champ esthétique, où il entend « saisir les conditions de cette démagogie insidieuse et doucement endoxique plutôt que brutalement idéologique qu’est aujourd’hui la logique du populisme » (p. 37). Car, pour ce lecteur de Bernard Stiegler, le populisme est favorisé par un monde où la télévision véhicule un individualisme de masse indissociablement lié à l' »ethos démocratique » contemporain ; où l’expérience sensible, parce que médiatisée, n’a plus rien d’authentique ni d’esthétique ; où l’extinction de la sublimation artistique a pour corollaire l’aliénation à la société de consommation. Et pour le poète-philosophe, la seule façon de résister au « populisme culturel », c’est-à-dire à la « désublimation engendrée par la domination du capitalisme culturel » (p. 46), ressortit moins à la logique avant-gardiste – qui oppose à la culture de masse une « politique de la forme résistante » (Adorno) – qu’à une logique rhizomatique de la « raison artistique », plus conforme à l’ethos individualiste actuel : il ne s’agit plus d’en appeler à un « peuple qui manque » (Klee), mais de faire advenir le « devenir artiste » (Deleuze) des individus. Reste à savoir l’impact social et esthétique d’une « logique créative » qui, pour être moins ambitieuse que la révolution avant-gardiste, n’en est pas moins presque aussi utopique.

3 mai 2007

[livre] Lettre à la première bosse, de Franck Doyen

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — Hortense Gauthier @ 18:45

doyen211.jpgLettre à la première bosse, de Franck Doyen. Editions PROPOS/2, coll. propos à demi. ISBN : 978-2-912144-43-0. 9 euros. 73 pages. Couverture de Claude Yvroud.
4ème de couverture :
DECOR
:

marseile + hôpital + chambre + lit + murs (quatre ou cinq) + fenêtre (une) + blanc + draps + coussin + douleur à la jambe disparue + corbeille + panier + vitres sales + rues bruyantes + architecture assez bordélique ma foi + frites et khébabs + vision apocalyptique d’une prostituée nue courant dans une impasse + pneu + carrelage + carénage + bleu pâle + mistral + tians sales traînant distraitement sur le sol + gabians criards + fenêtre + lit + chambre + hôpital + marseille

Premières impressions :
C’est avec un grand plaisir que nous découvrons le premier livre de Franck Doyen, directeur de la revue 22(M)dp, organisateur de lectures et « activiste de ce lalangues qui nous travaille à notre insu travaille à notre issue ».

Ce petit livre de poésie est composé de 15 lettres qu’un « hypothétique aventurier » écrit à son seul et unique ami, un dromadaire, sur un lit d’hôpital pendant que sa jambe se gangrène. Face ce pourrissement et cette tétanie du corps répond une langue en lutte avec la matière morte, pour créer une langue qui se fait chair vivante, palpitante, crissante, rythmée par un cynisme joyeux. L’écriture ici permet de faire danser la chair, de la revivifier, à travers une poésie physique et légère qui joue avec l’absurde, dont le rire grotesque et halluciné brave les logiques mortifères qui enferment le corps.

« illougan cher illougan
mon corps
bancalé
bancalé trop bien trop
un demi-morceau
et portion de
RE peau muscle nerfs os qui
tout à l’éffrite qui
plus est
tellement moins
bref bref bref
: social : mon corps bancalé »

2 mai 2007

(Chronique spéciale Élections) Aujourd’hui, il faut être réaliste…

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , — Fabrice Thumerel @ 7:33

Où sont les temps où un Hugo pouvait fustiger « Napoléon le petit », un Sartre s’attaquer au Général en personne ou un Bourdieu allumer des contre-feux pour résister au nouvel ordre économique ?
Fi des nostalgiques, aujourd’hui, il faut être réaliste : dans une société moderne, c’est-à-dire médiatico-marchande, quelle place y a-t-il pour les intellectuels ?

Aujourd’hui, il faut être réaliste : à quoi servent les intellectuels ? Quels qu’ils soient, ces universalistes sont dépassés ; démodés ces utopistes qui se trompent toujours ! Et puis, après tout, ce ne sont que des citoyens comme les autres, qui veulent imposer leur vision cérébrale du monde – ce qui, dans un monde moderne, est inacceptable. Assurément, ces trouble-fête sont incapables de respecter l’esprit de convivialité, n’ayant de cesse que de nous polluer l’esprit avec leurs sermons sur la menace ultralibérale, les dérives scientifiques, les travers de la société spectaculaire…

Aujourd’hui, il faut être réaliste, dans une société moderne, c’est-à-dire ludoconsumériste, le but du jeu n’est pas de se prendre la tête, mais de s’éclater à coups d’octets et de pixels, de vivre la folle Aventure du XXIe siècle, de grossir son capital santé et son capital bien-être, de s’offrir du FUN, toujours-plus-de-FUN, afin d’atteindre la cooltitude absolue !

Aujourd’hui, il faut être réaliste, dans une démocratie moderne, c’est-à-dire médiatico-marchande, les principaux candidats à l’élection présidentielle, représentants des intérêts les plus puissants, doivent offrir de spectaculaires joutes verbales et faire assaut de promesses les plus audacieuses et incongrues les unes que les autres. Le vainqueur a gagné son bain de foule aux Champs-Élysées et le droit de défiler avec son trophée sous l’Arc-de-Triomphe. Et, au bout de cinq ans, lorsque la coupe est pleine, c’est au tour du camp adverse de connaître la même ivresse.

Aujourd’hui, il faut être réaliste : à l’ère du suffrage médiatique, de la démocratie péblicitaire, quelle place y a-t-il pour les intellectuels dans une campagne présidentielle ? Assurément, ces « intellectuels » passeraient leur temps à ressasser des propos aussi oiseux qu’ennuyeux. Par exemple, ils pourraient nous rappeler que les sondages font l’opinion ; que le charisme sert parfois l’extrémisme ; que, favorisé par les médias, le populisme triomphe ; que la promesse d’un Âge d’or constitue la meilleure stratégie d’un Saturne à venir ; qu’un sermon sur la montagne peut cacher un démon de basse campagne et qu’après les beaux discours suivent les appels au secours ; que le cumul des pouvoirs politique, économique, médiatique, voire judiciaire, doit s’appeler berlusconisme ou poutinisme ; que s’il faut être absolument « réaliste », force est de constater que la raison du (néo)libéralisme est toujours la meilleure : en faisant prévaloir le pulsionnel sur le rationnel comme jamais, en imposant le matérialisme capitaliste et l’individualisme de masse, il a engendré l’anomie moderne – lui, le (néo)libéralisme, et non pas une génération prétendument diabolique, celle de 68 -, et l’anémie morale a engendré l’État-pénal, nouvel avatar d’une idéologie présente dans l’histoire des droites en France, mais surtout importé du « Nouveau Monde » ; que sans vertu il n’est de démocratie qui subsiste ; que le contrat social est préférable à un pacte avec le Léviathan ; que l’anti-rousseauisme conduit à conserver les inégalités en les décrétant « naturelles » ; que l’ignorance des conditions sociales d’existence conduit au déterminisme génétique ; que le postulat du Tout-génétique exempte l’État de son rôle social…

Aujourd’hui, il faut être réaliste, comment peut-on être Français si, à une époque de mondialisation et d’immigration, on ne trouve pas un protecteur, un garant de l’unité et de l’identité nationales, un homme providentiel capable de nous bercer d’illusions ?

« Newer Posts

Powered by WordPress