Libr-critique

3 octobre 2007

[Recherche] Forum SGDL : L’avenir et le contenu de l’oeuvre de création par l’écrit [I/ Le gros lecteur]

Filed under: recherches,UNE — Étiquettes : , , — Philippe Boisnard @ 7:26

bandsgd.jpg [Devant intervenir le lundi 8 octobre dans le forum de la SGDL concernant les « Pour une nouvelle dynamique de la chaîne du livre », je mets ici quelques analyses. La première sur le gros lecteur]
L’intitulé de la table ronde est d’emblée ambiguë, un peu brouillé quant à sa signification, pouvant être pris selon différents sens. L’avenir et le contenu de l’oeuvre de création par l’écrit : nous pourrions penser qu’il s’agit d’une question conservatoire des oeuvres de création (quelque soit le médium) par l’écriture, par l’écrit comme lieu de mémoire, lieu de rétention. Mais cela me semble être une mauvaise piste.
Plus certainement cet intitulé renvoie à la question du futur de l’oeuvre de création écrite et de la variation de ses contenus et de ses modalités de support liées au devenir technologique qui sont propres à notre époque.

Pour comprendre de quelle manière appréhender cette question, il me semble nécessaire tout d’abord de mettre en évidence que les oeuvres de création peuvent être dépendantes, et cela bien avant le web, des supports de diffusion qui se donnent à eux. Pour exemple, nous pourrions considérer la naissance des romans feuilletons vers 1828 dans les journaux et en quel sens cette modalité du support (celui du journal) a pu, peu à peu, influencer la question même de l’écriture romanesque aboutissant en un certain sens à l’intrigue policière, ponctuée de rebondissements au début du XXème siècle, comme peut l’analyser dans Au bonheur du feuilleton (ed. Creaphis) Jean-Yves Mollier.

L’écriture n’est ni abstraite d’un contexte historique, ni des potentialités médiumniques de sa diffusion, de son incarnation, ni de la variation intentionnelle des consciences en un temps donné. En ce sens, toute forme d’essentialisme aussi bien de l’écriture elle-même que de ses supports de diffusion, est purement et simplement illusoire. L’essentialisme signe la défaite de la pensée.
Je crois que ce qui apparaît avec le web n’est ni plus ni moins un tournant comme il y en a eu d’autres [volumen -> codex ->imprimerie], mais que toutefois, il se donne dans une forme intentionnelle troublante du fait de la transformation du caractère médiumnique : on passe d’un support tangible (médium), que cela soit la voix, l’écriture, le Linotype, ou bien la presse à un support numérique (abstract), peu tangible, reproductible indéfiniment, qui ne semble pas être matériellement déterminé et qui permet une diffusion accélérée de l’écrit, se passant qui plus est de certaines formes de médiation quant à sa visibilité.

La question n’est donc pas de savoir si on a peur de la disparition de l’écrit, de l’acte d’écriture, mais pour une part elle est celle de la transformation, voire de l’effondrement d’une certaine logique du livre qui s’est structurée et qui a structuré aussi bien la vie littéraire que la vie économique de l’écriture. Ce qui fait peur en bref c’est la disparition d’une époque du livre public qui est somme toute récente, si on la considère selon ses principes économiques (milieu du XIXème siècle en France avec le livre à 1 Fr. Jusqu’à maintenant avec la logique du prix unique).

Donc si je laisse de côté cela pour l’instant, il reste la question de la transformation de l’écrit en rapport à une époque :
_ Tout d’abord il faut se poser la question du temps de lecture et de ses modalités. On parle d’érosion progressive des grands lecteurs, ou plutôt des gros lecteurs. Ce constat ne signifie pas grand chose de fait.
La question serait plutôt de savoir en quel sens les gros lecteurs ne s’attachent plus forcément à un objet déterminé, le livre, pour traverser d’autres strates d’écriture : par exemple les blogs qui prolifèrent sur le web. Ici ce qu’il est important de souligner c’est donc la variation intentionnelle de la lecture en rapport au développement époqual des supports d’écriture. Le gros lecteur était attaché à la modalité livre, du fait qu’il ne semblait n’exister que le livre comme possibilité de lecture. Certes il y avait le journal ou bien les revues, mais ce qui déterminait et structurait la culture tenait au livre.
Ce qui amène un constat : non seulement il n’y avait pas de diversité de supports d’écriture, mais en plus du fait des coûts de production et de diffusion du livre, la culture du livre s’est construite sur une verticalité référentielle instituant une forme de reconnaissance aristocratique aussi bien du livre que des auteurs. Ceci amenant que ce qui pouvait être reconnu culturellement au niveau macro devait la plupart du temps dépasser les restrictions géolocales de diffusion en appartenant à une maison d’édition diffusant au niveau national.
Si on considère les analyses, qui datent du début des années 1980, aussi bien de Jean-François Lyotard (La condition Post-moderne) que de Lipovetsky (L’ère du vide), nous pouvons comprendre qu’ils devancent cette époque et décrivent l’intentionnalité actuelle du lecteur et de la référentialité en oeuvre chez celui-ci.
Lyotard précisait parfaitement que l’époque post-moderne se caractérise par la disparition de la transcendance des méta-récits pour la conscience, celle-ci ne se structurant plus à partir de méta-référent et de leur langage, mais se jouant dans une forme d’horizontalité référentielle reposant sur un ensemble de procédures de langage enveloppant une certaine hétérogénéité. Lipovetsky, s’attaquant à la mode, et se référent à Gabriel Tarde et son Art de l’imitation, de même permet de saisir cette intentionnalité post-moderne : elle n’obéit non seulement plus à une seule autorité, mais elle se construit dans le libre jeu d’une forme de narcissisme egotique et sans pérénité, qui trouve ses contenus dans un frayage libre et mimétique de la diversité des contenus qui lui sont proposés, en horizontalisant leur autorité. Le gros lecteur en ce sens, qui auparavant identifiait la culture aux valeurs verticales stratifiées de l’édition et de la diffusion, par l’accélération de la diffusion de la textualité se passant des médiations d’autorité, se retrouve confronté à une multitude de productions qui loin d’être sans importance, tout au contraire peuvent se révéler le cas échéant de très grandes qualités. Et ceci, aussi bien au niveau des textes de création, que des textes d’analyse. La conscience du gros lecteur est davantage ouverte, davantage appelée à explorer une horizontalité de production sans classement d’autorité [le classement ou la hiérarchisation sur le net provient des facteurs de réputation, à savoir comme l’explique parfaitement Howard Rheingold, il s’agit de la possibilité de faire émerger la qualité par le recoupement de multiples jugements : donc le principe de l’intelligence de foule].

2 octobre 2007

[Livre] Barnaba de Marie Delvigne

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 15:17

bandedelvigne.jpg Marie Delvigne, Barnaba, préface de Raymond Féderman, IDP éditeur, 20 p.
ISBN : 978-2-9153-58377
Prix : 5 €. Adresse pour commander : IDP éditeur, la tuilerie 69860 Ouroux. [site]
Extrait de la préface de Raymon Féderman :
~~que c’est beau ~~
c’est si beau qu’il ne faut pas expliquer
BARNABA
il faut seulement l’admirer
et dire merde que c’est génial!

Notes de lecture :
Marie Delvigne, dont nous avions déjà parlé à propos de son petit roman Rouge, nous donne à lire, avec ce petit livre un travail davantage poétique. Je dirai même plus davantage dynamique et bien plus maitrisé au niveau de la langue et de son style que ne l’était son premier livre, qui en certains endroits étaient convenus.
BARNABA ? BARNABA ? Qu’est-ce ? Ce féminin de Barnabé, cette mixture de Barnabé et Barbara… Et qu’est-ce que ce ni ? Ce ni, Ni NI NI, qui vient sans cesse ponctuer le texte, en faire pivoter les motifs, en permettre la ligne d’ouverture ?
Ce texte, s’il repose sur des énigmes, pour autant il n’est pas énigmatique. Marie Delvigne ne développe pas malgré l’apparence une poésie hermétique, s’enfermant dans une langue nouée qui par accumulation des vocables, peut, parfois, en devenir incompréhensibles, éreintantes inutilement. Marie Delvigne, jouant avec la signification de ce Barnaba, se joue en fait de notre compréhension, et ceci dans le flux tout d’abord, d’un abécédaire inapparent, qu’il est jubilatoire de lire, dont la langue légère est entrainante:
« Ceci n’est pas un cercle noir
Ni the ménagère de 50 ans
QUE Muet-Mute en Mutation soit trop déf à donf pour Que le
moins soit l’équivalent d’un trop vital
Oui des trous de /////mémoire de l’émoi moi re re moi morne
l’automne je sens mon corps a-tone
Nu Ni-même moi Ni m’aime moi Mi-Haine Mi-aime
QUE No man’s land
Nobody is perfect
OUI Non
dire
NON »
Rythme rapide, variation des vocables, l’ensemble de ces 20 pages témoignent d’un très beau travail poétique, même si in fine, il est évident, que nous n’avons à faire encore qu’à une des étapes du travail de ce Barnaba, ce qui ressort parfaitement de la dernière partie, plus conventionnelle tout à la fois ans sa langue et ce qu’elle énonce./Philippe Boisnard/

1 octobre 2007

[Interview] rencontre avec Christophe Bruneel

christophe-bruneel.jpg Petit entretien dans l’atelier de Christophe Bruneel, à Courtrai en Belgique, une des deux oreilles des éditions l’Ane qui butine, qu’il dirige avec Anne Letoré. Faiseur d’objets étranges qui réinventent l’idée et les formes du livre, tailleur de cuirs, sculpteur de pages, poète, il nous parle de son travail d’éditeur, mais aussi de créateur. Nous vous conseillons particulièrement leur dernière collection, Pamphlets, petits livres cousus à la main, à 8 euros, dont la couverture est une linogravure originale de Christoph Bruneel, on retrouve des textes étonnants, de la poésie au manifeste, d’auteurs comme Charles Pennequin, Thierry Rat, Yann Kerninon, Lucien Buel, Jérôme Bertin, Antoine Boute …

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