Le second commence par poser une question qui contient une allusion à Peep-show : « Toute salle de cinéma n’est-elle pas un peep-show où, jeté du fond de l’obscurité et de la claustration vers une visibilité crue, le regard saisit, comme par effraction, une manière de secret ? » Suit une distinction radicale entre ce qu’on pourrait appeler la pornographie-imagerie, qui relève de l’illusion naturaliste, et la pornographie-tératographie, qui ressortit à une écriture de l’in-imageable (de l’ir-représentable). Dans cette optique, il importe de mettre à distance le X comme « aplatissement court-circuité où le réel est évincé par l’obsession d’une imagerie liée, coextensive aux corps et aux actes », afin de mieux montrer l’in-montrable (lemonstrable), de mieux donner à voir un réel perçu en droite ligne de Lacan comme un en-deçà du symbolique, et donc comme impossible rapport entre corps et langue, trou dans les représentations toutes faites.
Scénario Freud
D’emblée, Peep-show dévoile la double illusion contemporaine, sexuelle et spectaculaire : dans le trou, il n’y a RIEN-À-VOIR ! Un mot-valise met d’ailleurs l’accent sur le Mal d’une « Panoptique époque » (Ce qui fait tenir, P.O.L, 2005) à laquelle il renvoie par un clin de miroir métonymique : « fautoeil ». Car la société-du-spectacle est un gigantesque peep-show : quelle que soit la boîte-à -images, elle s’adresse à la bête-à -images, puisqu’elle ne fait qu’attiser la pulsion scopique, entraînant la tête animale dans la spirale du toujours-plus, dans une galerie sans fond et sans fondement, une caverne indéfinie où les reflets sont sans objets, dans le labyrinthe de mirages où conduit une quête de la RÉALITÉ qui n’est que le masque du fantasme de TOUT-VOIR. Notre monde spectaculaire est pornographique dans la mesure où il nous fait régresser du désir objectal au pulsionnel, et même, inéluctablement, au compulsionnel : sans objet, la libido tourne à vide, aspire au vide…est confrontée au vide, à l’oeuf vide, à l’oeuvide…Eros-Thanatos, tel est ainsi le trajet effectué en terre infra-oedipienne, avec son balisage désormais connu : compulsion de répétition et pulsion de mort; interdit de l’inceste, angoisse de castration/angoisse de mort…
ça, la mère à voir ?
« Encyclopédie critique en farce du rapport (sexuel) raté » (quatrième de couverture, 2006), Peep-show s’ouvre sur l’explication burlesque d’une tragédie individuelle : Monsieur Beaubaiser (le bien nommé !) « fait un complexe / rapport au beau sexe : / Il ne comprend pas / la vie des incestes / le refoule-maman originerf » (p.18). Mais nous, nous comprenons l’oculodépendance que traduit ce détournement de cliché : « Il voit pour oublier » (p.13). Dès lors, la cabine du peep-show ne peut qu’abriter un crabe : elle devient « crabine ». L' »oroeil », « l’oeuf qui aboit » seront autant d’autres façons de nommer l’innommable. Et, du trou de la serrure au trou du peep-show, face au nerf de l’origine, au « trou (sans nom) » (p.64), celui qui veut tout voir, sans avoir tout vu, mais pour avoir « trou vu », est pris au dépourvu : « Il dit ça sent le né ici / l’essence d’naissance / l’saucisson saucé hissé du sang d’sein » (p.17). Pire : « il fait l’enflant / elle le pond » (p.19). Et pis encore : celui qui « prend la fiction pour la réalité » (p.9), celui qui voulait tout voir se fait avoir : « rin à voir » (p.112)…L’anaphore finale « il voit » souligne le ratage sexuel (le pas-de-rapport-sexuel), lequel n’est qu’une histoire d’ « horrifices » qui met en scène l’avide, le vide et l’oeuvide, le fatal et le foetal…Parce qu’il ne supporte pas le « clitorrible » et la répétition oeuvidante, « l’andru des puzszta » (le Landru hongrois) se débarrasse des « rondes du bide » et se fait serial killer; se rendant à l’oeuvidence, cédant à la danse de l’oeuvide, Bela Kiss en est réduit à la mise en bocaux de ses tentatrices (« Pépé-les-Bocaux »).
textes majeurs de christian prigent avant 1984 : l’main, power/powder, oeuf-glotte (organon au complet). AU MOINS. juste pour dire que des textes majeurs de prigent, il y en a eu avant peep-show (texte majeur) et les 39 ans de l’auteur… ça m’étonne un peu que fabrice thumerel, spécialiste de christian prigent si j’ai bien compris, puisse écrire ça. mais j’attends avec impatience son livre sur la trajectoire de prigent toute entière.
Commentaire by rateau — 24 juin 2008 @ 16:05
Oui, il faut comprendre que dans la trajectoire de Prigent et la réception de son oeuvre, les textes des années 80 sont déterminants – ce qui ne veut pas dire que les textes précédents ne comptent pas. Pour le volume sur l’ensemble de son oeuvre, il y a encore du pain sur la planche, mais cela avance… Dans l’attente, RV en septembre pour un article sur DEMAIN JE MEURS (au sein d’une nouvelle rubrique : « Territoires du romanesque / cartographie du roman contemporain »).
Commentaire by Fabrice Thumerel — 24 juin 2008 @ 19:55