Libr-critique

21 avril 2007

[chronique spéciale élections] à propos de Changer tranquillement la France et de avril-22

Ce qui est écrit est une fiction, doit être compris sous cette catégorie et plus exactement sous celle de fiction politique. Celle-ci dans sa modalité se décompose en parties qui obéissent, pour chacune à une certaine logique médiatique : news, débats, analyses fictionnelles de l’événement présidentiel qui vient d’avoir lieu [c’est là précisément que des auteurs se différencient, mais s’incarnant par voie de conséquence comme ego-fictionnel dans un simple futur possible], portraits de candidats.
La fiction, si elle compose une réalité qui appartient à l’ensemble des possibles, sans jouer sur une distance visible, soit par le dépassement de toute ressemblance, soit par certaines hyperboles, toutefois implique à fortiori une fictionnalisation croissante du politique. Et ceci selon deux vecteurs : 1 / tout d’abord il y a croissance fictionnelle au sens où la fiction amplifie ses propres causalités plus le livre avance. 2/ consécutivement, plus les jours passent et plus ce qui a lieu et ce qui est représenté s’écartent, le livre devenant de plus en plus miroir déformant de la réalité, mise en tension de sa différence et ceci par la distance croissante qui se crée entre ce qui paraît réel et ce qui est fictionnel mais qui pour fonctionner se postule comme réel.
La fiction politique, telle que je la définis, travaille sur la représentation du politique en tant que fiction, en tant qu’étant de l’ordre de la fiction [donc d’un comme si]. Alors que la politique fiction est la création d’une politique fictionnelle, ou encore la mise en scène du politique selon le régime de la fiction, pouvant aboutir à une oeuvre aucunement politique, sans impact ou sans rapport à la politique [par exemple la modalité de la politique fiction est le cadre privilégié d’un certain nombre de films ou de séries américaines, qui, tout en parlant de politique, n’engage cependant rien quant à la question du politique]. La fiction politique est la détermination de la fiction en tant que politique, et donc la possibilité de penser en tant que fictionnel la possibilité du politique [double engagement perçu en introduction : 1/ la fiction est posée comme condition de possibilité du politique; 2/ l’effet de la fiction est proprement politique]. Il s’agit bien de penser ainsi la possibilité de la fiction en tant qu’ayant une possible causalité politique. En ce sens la fiction politique, qui enveloppe un effet politique peut être une politique fiction [donc déployer un contexte ou une situation politique]. Ce qui est bien le cas avec ce livre d’Inculte qui est une fiction politique de politique fiction.
Ce qui travaille ainsi ce livre collectif c’est la question du possible du politique en tant que ligne fictionnelle. Ce qui est revendiqué, c’est la possibilité de penser des lignes temporelles du politique, et ceci selon : 1/ une analyse et récupération des logiques médiatiques d’énonciation, dont les auteurs se jouent; 2/ la possibilité de penser, réfléchir, entrevoir autrement le devenir politique.
Et c’est bien ce qui transparaît par le titre : “Changer tranquillement la France de toutes nos forces, c’est possible”. Ce titre est programmatique, au sens où il renvoie à ce qui va avoir lieu, tranquillement au coeur des pages, mais intensément : selon le travail accompli par chacun. S’il s’agit bien de littérature et même d’un roman, et ceci non pas seulement au sens de l’invention d’une narration, mais aussi simultanément en tant que réflexion sur la norme du dire qui détermine la narration. Toutefois, loin de n’être qu’une fantaisie, ce livre a une efficacité politique, sur la manière d’appréhender le déroulement de ces élections présidentielles. Ainsi, le changement qui a lieu par cette fiction politique, vise à mettre en critique le renfermement de la pensée qui est prônée par les logiques de partis, qui sont bien évidemment totalitaires en soi, voulant obtenir le pouvoir sur toute forme de discours pouvant être dit politiquement, socialement, économiquement ou culturellement. Ce changement qui s’impose au fil des pages — et j’y reviens en fin de cet article avec Derrida — est celui d’un “comme si” qui se postulant selon l’ordre de la fiction, en tant que réel, devient aussi réel que le “comme si” qui fonde la vérité des partis politiques. La succession des news et des événements qui constituent la majeure partie du livre s’ouvre comme la multiplication des comme si, et donc donne à voir une multiplicité de causalité. Non seulement événementiellement. Mais aussi linguistiquement.

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