3.3/ Corrélation sur la question parallèle des téléchargements.
Libération daté du 4 octobre expliquait dans son analyse que l’on téléchargeait moins cette année la série Heroes sur les réseaux P2P/bittorrent que l’an passé. Leur analyse est faussée, au sens où justement ce que je notais dans le point 3.2 se perçoit parfaitement au niveau de la consommation des séries. Les internautes téléchargent moins parce que tout simplement, peu à peu ils se déplacent vers des sites en ligne qui permettent directement sans téléchargement de voir les séries, qui sont elles-mêmes hébergées dans des serveurs connus : tels google vidéo, youtuve, veoh, stage 6.
Le tournant anthropologique que je montre a parfaitement été aperçu par Howard Rheingold dans son livre Les foules intelligentes.
3.4/ Ce déplacement sur le web crée corrélativement une transformation de la logique éditoriale et de la logique de lecture, dynamisées par les innovations technologiques du web.
Dans la première partie sur le gros lecteur, j’indiquais qu’il y avait une transformation du rapport intentionnel à la lecture. Le gros lecteur n’étant plus seulement face à des livres, mais une diversité de supports de lectures, diversité elle-même profuse et impliquant une certaine fragmentation de la lecture. De même, l’édition en ligne n’obéit pas à une logique temporelle de l’édition papier. L’édition papier du fait de sa nature ontologique est faite selon la logique du codex, on regroupe en un volume diverses contributions que l’on va diffuser simultanément. Avec la revue on reçoit tous les articles ou textes en même temps.
Le web permet un dilatation temporelle de la diffusion et la création de rythmes propres. Les articles ou textes sont diffusés séparément ou conjointement. Ils s’inter-relient, à savoir, ils peuvent automatiquement être associés et renvoyer à un article diffusé bien antérieurement. Ce qui veut dire que la signification traditionnelle du concept de “revue†telle qu’elle découle de la logique du support papier doit être reformulée. De la localisation éditoriale, nous sommes passés à la possibilité permanente de la reconfiguration éditoriale selon les porosités permises par la médiation technologique. Un dossier par exemple sur un auteur ne s’arrête pas avec la publication du dossier, mais il peut s’enrichir de temps à autre d’une nouvelle contribution, qui pourra même prendre place logiquement avant des textes publiés antérieurement, car de fait, les textes et articles ne sont pas tenus par une situation matérielle déterminée, mais leur situation signifiante peut à tout moment être redéfinie.
4/ Fin du livre sur support papier ?
Il ne sert à rien d’être prophète. Pour ma part, je crois qu’il s’agit à la lumière de ces brèves analyses de comprendre en quel sens le support papier a une spécificité qui lui st propre et qui correspond à certaines formes de textualités. Expérience personnelle. Lire un roman, ou bien un texte de poésie, étrangement me pousse vers le livre, non seulement par sa nature matérielle et tactile que j’apprécie, notamment dans un bon fauteuil, mais aussi par certaines possibilités qu’il offre : feuilleter, annoter, griffonner, m’en servir, très souvent, comme surface de mes propres idées qui viennent en lisant. Le support papier a une spécificité qui lui est propre et qui ne peut être remplacée. Car les médiums ne s’excluent pas ils se complètent tel que le répète depuis déjà longtemps Philippe Castellin en exergue de la revue DOC(K)S.