Libr-critique

1 novembre 2015

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de novembre, les RV à venir : Vazquez/Toqué, festival des arts multimédia Gamerz, Jean-Michel Espitallier, Marc Perrin/Benoît Cancoin, Mathias Pérez, AnnaO & A. Emden, Fred Griot, Michel Deguy.

 

â–º La vidéo de la performance Vazquez / Toqué au festival de Lille Littérature, génération Y, etc. est enfin en ligne grâce à Aurélie Olivier : "Étude de marché". On découvrira par ailleurs le nouveau site Libfly le samedi 7 novembre à 15H (Médiathèque du Vieux-Lille).

â–º Du 6 au 15 novembre, 11ème édition du festival des Arts multimédia GAMERZ.

PROGRAMME DES EXPOSITIONS

FONDATION VASARELY

ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ART D’AIX-EN-PROVENCE

BIBLIOTHÈQUE MÉJANES

OFFICE DU TOURISME

 

PROGRAMME DES PERFORMANCES / RENCONTRES / ATELIERS / SOIREES

FONDATION VASARELY
Performances


FONDATION VASARELY

Conférences – Rencontres – Tables rondes


ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ART D’AIX-EN-PROVENCE

Soirée Vidéo – Rencontre – Performance


FONDATION VASARELY

Ateliers – sur inscription


ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ART D’AIX-EN-PROVENCE


FONDATION VASARELY

Ateliers – sur inscription


ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ART D’AIX-EN-PROVENCE

Soirée de clôturePerformances et concerts
La Nébuleuse

â–º AGENDA de Jean-Michel Espitallier :

• 9-13 novembre. Workshop avec les étudiants des Beaux-Arts Rhône-Alpes. Résidence Moly Sabata (Sablons, 38).
• 19 novembre, 14 h. Rencontre et conférence, Ciclic, Orléans.
• 25 novembre-2 décembre. Lectures, performances, tables rondes. International Poetry Nights (Hong Kong & Guangzhou).
• 11 & 12 décembre. Radio (Fondation Louis-Vuitton, Paris).

 

â–º Dans le cadre de la résidence Marc PERRIN/Benoît CANCOIN à la Maison Gueffier à La Roche sur Yon, et précédant de quelques jours la parution du livre SPINOZA IN CHINA,

du 9 AU 15 NOVEMBRE :

● le 9 NOVEMBRE ●
rencontre, échanges, autour des Années 10 de Nathalie Quintane, Maison Gueffier, 18h30

● les 10, 11 et 13 NOVEMBRE ●
concert-lecture chez l’habitant, 19h00

● le 12 NOVEMBRE ●
concert-lecture au Studio de danse du Manège, 19h00

● les 14 ET 15 NOVEMBRE ●
week-end atelier d’écriture, 14-18h30 le samedi, 10-17h00 le dimanche.

*Le livre sera disponible en librairie à partir du 20 novembre, et à La Roche sur Yon dès le 12 novembre.

 

â–º RV avec le peintre Mathias Pérez, le fondateur des éditions Carte Blanche et de la revue Fusées : À la Granville Gallery, vernissage de l’exposition le 7 novembre de 14h à 20h (23 rue du Départ 75014 Paris).

 

â–º Bijoux d’artiste* & photographies, une proposition de AnnaO & Axelle Emden.

• Vernissage le samedi 7 novembre de 18h à 22h

• Exposition du 7 novembre 2015 au 2 janvier 2016 [Voir la photo en arrière-plan]

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Sophie etc.
2 rue Gambey 75011 Paris

 

â–º Mercredi 18 novembre 2015 à 20H, Atelier du Plateau (5, rue du Plateau 75019 Paris ; billets) : concert de lancement de l’album "on trace".
http://www.fgriot.net/ontrace

un album-récit :
"on trace à pied la ligne inusable sur le sol. sur le sol sur la terre sous le ciel les nuages. on trace.

c’est l’histoire du cheminement… du cheminement de l’homme dans le temps, dans ce laps qui lui est imparti par des forces qui lui sont supérieures. dans cet intervalle et de temps et d’espace où il reçoit d’être et devenir, et où il peut aussi dans une mesure probablement modeste et certainement relative, agir… "

Avec :
Fred Griot (textes, voix)
Eric Groleau (batterie, composition)
Dani Bouillard (guitare, composition)
Thomas Deschamps (vidéos, photos)
Sophie Magnaud, Elisa Millot (scénographie, lumières)
Benoît Meurant (son)

â–º Le lundi 23 novembre 2015 à 19H, à la librairie L’écume des pages, 174 bd St Germain, 75006 Paris : Michel Deguy,  le calligraphe Rachid Koraïchi, l’éditeur Al Manar et Bénédicte Gorrillot vous attendent pour la parution du collectif de traductions en vingt langues  de Prose du suaire, poème composé par Michel Deguy  à la mémoire du poète Abdelwahab Meddeb.

9 octobre 2015

[Texte] Benoît Toqué, Mon chien et moi

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 6:23

Avant la venue de Benoît Toqué à Lille vendredi prochain (performance avec Laura Vazquez), voici le 3e et dernier texte de la série : écouter "Mon chien et moi". [Lire/écouter "La boule so fat" et "La baignoire"]

 

Le chien qui réveillé tranche ta tête. Mon chien. En sursaut craque ta face. Il ne l’a pas voulu. Je ne l’ai pas voulu. On ne l’a pas voulu, mon chien et moi. On ne l’a pas voulu. Il n’a pas fait exprès. C’est ta faute. Il dormait tranquille allongé à l’entrée toi tu t’approches tu te baisses tu dis, Oh le beau chien, le beau toutou, et tu lui touches l’oreille, t’es débile ou quoi, t’es débile, on travaille là mon chien et moi, on bosse ensemble, mon chien et moi, c’est mon travail, mon chien, mon chien c’est mon travail, on bosse, on sécurise, c’est mon instrument de travail, mon chien, c’est mon travail, le nôtre, à tous les deux, le mien, on est copains mon chien et moi, on est pas punks, on bosse, on est sécurites, on sécurise, on est sécurisants tous les deux ensemble, mon chien et moi, c’est mon travail, mon chien, mon chien est moi, toi tu le réveilles tu lui touches l’oreille, il a pas compris, mon chien, il a eu peur, mon chien, alors il a craqué, mon chien, en sursaut, t’as craqué ou quoi, on touche pas l’oreille, il te croque, c’est bien normal, fallait pas mettre sa tête si prêt de sa gueule comme ça, c’est un réflexe chez le chien, c’est inné, c’est instinctif chez lui, c’est bien naturel, c’était son travail, le mien, je l’ai perdu à cause de toi et de ta connerie, le beau toutou, le beau chien, à cause de ta connerie de merde, t’auras beau dire, t’as beau dire, ta peau tirée ça fait mal moi le procès les milliers d’euros que je lâche pour toi, que je me tue à payer, pour ta face, pour ta connerie de merde, putain, mon chien il est mort pour toi, putain, j’ai pas eu le choix, j’ai pas choisi, putain on ne m’a pas laissé le choix, putain, mon chien il est mort pour ta face croquée et moi je me tue pour toi, je me tue, putain, je me tue au travail et je me sens seul.

4 octobre 2015

[News] News du dimanche

Ne manquez pas des RV exceptionnels dans les 15 jours : MidiMinuit Poésie#15 ; Poésie à tous les étages ; Littérature, génération Y, etc. ; RV à Rennes (Droguet, Rannou, Dickow).

 

â–º Du 7 au 11 octobre, Festival MidiMinuit Poésie #15, Maison de la poésie Nantes : programme.

 

â–º Poésie à tous les étages, se tiendra, cette fois encore, à cheval sur deux ans, d’octobre 2015 à février 2016. Les poètes invités se nomment : Michaël Batalla, Patrick Beurard-Valdoye, Julien d’Abrigeon, Guillaume Fayard, Raymond Galle, Sarah Kéryna, Patrice Luchet, Cécile Mainardi, Lucien Suel, Nicolas Tardy, Jules Vipaldo et Véronique Vassiliou. Les lieux qui nous accueillent : le centre international de poésie Marseille, la galerie-librairie ARTS 06 (Nice), La Boutique (La Ciotat), la Maison des jeunes et de la Culture (Martigues), la médiathèque Boris Vian (Port-de-Bouc), la médiathèque Louis Aragon (Martigues), Le moulin à paroles (Méounes), montevideo (Marseille) et la Villa Saint-Hilaire (Grasse). [Programme]

â–º Du 12 au 17 octobre 2015, Lille-Roubaix : Littérature, génération Y, etc. Lectures, rencontres, courts-métrages, bande-dessinée, concert. Le tout farouchement vivant, ce qui est la moindre des choses. Toute la programmation sur : www.litterature-etc.com. Pour la soirée d’ouverture (à ne pas manquer : Antoine Mouton, Les Chevals morts), réservez rapidement vos places au Théâtre du Nord : 03 20 14 24 24. Libr-critique couvrira en particulier la soirée du vendredi 16.

SOIREE Fric, etc., à L’hybride.

19h Ouverture

20h PERFORMANCE inédite
Etude de marché, de Laura Vazquez et Benoît Toqué

billets

Extrait « Elles disent, ON vous attend. Les voix disent NOUS. Elles disent, NOUS circulons, NOUS vivons dans les villes, les banques sont dans les villes. NOUS ouvrons dans une heure, les banques ouvrent dans une heure. Notre chemise est fermée, boutonnée jusqu’au bout. NOUS allons à la banque. » Étude de marché est un texte écrit lors d’une résidence à Dunkerque. Un texte autour de l’argent, du NOUS de l’argent, de NOUS dans l’argent, du pouvoir, de l’écrasement.

 

â–º Dimanche 18 octobre à 17H, Maison de la poésie de Rennes (47, rue Armand Rébillon) : Lectures de poésie, avec Henri Droguet, François Rannou et Alexander Dickow.

 

25 septembre 2015

[Texte] Benoît Toqué, La boule so fat

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 6:31

Libr-critique a le plaisir de contribuer à vous faire découvrir ce jeune poète de 28 ans qui participera en octobre sur Lille au festival "Littérature, génération y, etc." : ce texte mérite qu’on l’écoute en le lisant.

 

Nous allons. Nous allons peindre. Une grande frasq. Une big. Une big grande frasq dans ta gueule à toi. Et pour toi. Tu es parmi nous. Nous allons générer une big grande frasq bien fat. Une big grande frasq bien fat et un gros poème. Un bon gros poème bien sale. Bien gros et rond et sale le poème. Bon gros poème. Une grosse boule. Une bonne grosse boule de viande. Une fat boule de viande poétique. Avec des tic tacs dedans. 2 calories. Des tics tacs comme des mots. 2 calories par mot. Des calories d’élevage. Et poétiques. Une bonne grosse boule de viande élevée dans le Gers. Au milieu des poèmes bien graves. Des braves poulets bien gros. Des camping gaz dessous. Sous la grosse boule. La big fat grosse boule poétique bien sale. Bien dégueulasse. Avec un verre. Un verre de gnôle dessus. De la gnôle du pays. De la poire. Une big grosse poire complètement aggravée. Nous allons peindre une poire qui se fend le gras. Une big grosse poire bien fat et sale et bien smart. Bien dégueulasse. Ceci n’est pas une pomme. Ni une prune ou une pipe. Ceci est une poire qui est un poème bien sale. Tu pipes pas mot. Ça va venir. Et avec des gros vers dedans. Ça vient. Dedans la poire fendue. Des gros vers bien dégueu. Qui dégueulent. À ras bord. Qui percent la peau grasse de la bonne grosse boule. Des vers bien fat. Et bien nombreux et lourds. Lourds mais lests. Bien lests et smart les gros vers bien sales. Qui se développent. Qui grandissent. Qui dansent. Qui dandinent. Qui dandinent dans la bonne grosse boule. Qui crachent des petites boules poétiques parmi nous. Bien smart les petites boules. Toutes colorées. Comme des smarties. 89 calories par petite boule de couleur so sale. Avec on joue au foot. À la pétanque. La pétanque poétique. Je prends ma petite boule et puis je la lance dehors. Dans la rue. Le poème se disperse. Déplace. Il se rassemble. Les gens le ramassent en morceaux. Des morceaux de poèmes bien sales. Ils les mettent dans leurs bouches bien fat. Ils les recrachent. Une bonne grosse bave. Une bonne grosse bave poétique qui coule. Une bonne salive. Une salive bien grasse et grosse et so fat. Paf. Péno. Une big boule dans ta gueule bien sale. Tu tombes. Tu tombes dans la sale poésie. La salive poétique. En feu. Ma bouche est un incendie poétique. C’est so smart de le dire. Un incendie bien gros et bien dégueulasse. Sauvage. Le cochonnet enroulé dans ma langue bien big. Tu flambes. Le cochonnet prend feu. Je suis une bonne grosse boule de poésie bien fat en feu dans ta bouche en fait. Une big grosse fête. Une bonne grosse boule de poème poétique et sale dans ta bouche qui coule. Le poème coule. Bien fat et sale et cool le poème. C’est bien cool. Une belle salive bien sale. Et grasse. Tu glisses. Tu te roules dedans. Dans la grosse boule bien fat. Bien dégueu et bien smart. C’est ta grâce à toi ça quand même un peu. Une grinçante. Smart et fat à la fois. Une big grosse grâce. Une graisseuse. Et grincheuse avec ça. Tu as pris des rondeurs dis donc. Des rondeurs poétiques. Bien huilée la grosse grâce grinçante. Tu croules. Tu tombes dedans. Dans la big boule. Tu coules pas tu t’étales dedans. Tu l’aplatis. Une grosse boule et bien plate. Bien dégueu et bien fat. Comme une grande flaque de crasse. Et toi. En bonne gourde en peau de poème tout flasque. La big gourde bien lourde et lest que tu es. Toi tu avales la flaque. La flaque crasseuse. C’est dégueu. Je crache. Je me crache dedans toi. Bien dégueu la grande flaque bien big. Je crèche dedans. Comme dans une flasque. Une fat big flasque avec inscrit frasq au fer rouge dessus. Touche l’acier comme c’est froid. En feu. Je ravale et tu me recraches. Je squatte. Je suis une bonne grosse frasq. Une foule bien fat. Qui grouille. Une big grosse somme qui mouille. Somme poétique bien sale. Une flasque qui rouille. Une big boule bien massive. La boule so fat. Qui roule. Dedans. Ceci est parmi vous. En boule. Nous sommes je et bien sales.

31 août 2015

[News] Libr-vacance (3)

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 20:35

 Voici, pour ce dernier Libr-vacance, les RV avec deux poètes de la nouvelle génération : Alexander Dickow (poète et critique américain) et Benoît Toqué, dont nous allons publier bientôt un deuxième texte.

â–º Alexander DICKOW

Parutions récentes ou à paraître très bientôt :

Le Poète innombrable : Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Paris, Hermann, à paraître le 14 septembre 2015. Ouvrage critique qui intéressera ceux qui voudraient bien repenser un peu l’époque des années dix. Il y aura une table ronde à la Maison de la Recherche le lundi 19 octobre (à partir de 18H) suivi d’un pot dans la librairie d’en face, le tout en compagnie d’Anne Reverseau, auteure du Sens de la vue : le regard photographique dans la poésie moderne (Paris, PUPS, à paraître le 1er septembre 2015).

— Henri Droguet, Clatters, poèmes traduits en anglais par Alexander Dickow avec l’auteur, Minneapolis, Minnesota, Rain Taxi Review of Books/Ohm Press, 2015. C’est la traduction de Boucans, plaquette d’Henri Droguet paru chez Wigwam à Rennes, avec quelques poèmes supplémentaires, et suivi d’un essai critique (en anglais, bien entendu) par A. Dickow.

Articles critiques dernièrement parus :

Alexander Dickow, "Yves Bonnefoy and the ‘Genius’ of Language," SubStance 44.2 (2015), 158-171.

— Alexander Dickow, "Malcolm de Chazal’s Sens-plastique as Aesthetic Remainder," French Forum 40.1 (Winter 2015), 109-122.

— Pierre Jourde, "Fiction, incarnation et singularité [Fiction, incarnation and singularity]," interview with Alexander Dickow, French Review 88.4 (May 2015), 181-192.

Poèmes et proses récemment parus en revue :

— "La Rapine des nuages," fragment d’un roman en cours, paru dans la Revue * [Astérisque] no. 3 (2015). La revue est dirigée par Bruno Fern et Mathieu Nuss.

"Fragment d’un roman en cours", paru dans L’Incertain (revue martiniquaise dirigée par Jean-Marc Rosier, Gérald Désert et Jean Durosier-Desrivières), no. 4, été 2015.

— une suite de textes précédée d’un tout petit "avis aux lecteurs" est à paraître bientôt dans la revue de Sanda Voïca, Paysages écrits.

Projets en cours et en préparation :

un nouveau recueil de poèmes est en préparation sous le titre provisoire Appétits : une version anglaise et une version française paraîtront séparément.

une courte prose poétique hybride en français, Rhapsodie curieuse (diospyros kaki) est actuellement à la recherche d’un éditeur.

roman en cours : projet de longue haleine qui ne paraîtra pas de sitôt, mais dont on peut goûter les prémices dans quelques parutions en revue (l’anthologie avec François Rannou ; la traduction en anglais de Air de la solitude et Requiem de Gustave Roud, en collaboration avec le traducteur Sean Reynolds ; la traduction du roman de science-fiction d’Alain Damasio, La Horde du contrevent – La Volte, 2004).

 

â–º  Benoît TOQUÉ

– Samedi 5 septembre, lecture, avec Annabelle Verhaeghe, au Festival Été Indien, à Pragniot (42440 Saintt-Jean-la-Vêtre, dans la Loire). C’est principalement un festival de musique, mais il y aura aussi des expos photos, et quelques lectures. Deux liens : https://www.weezevent.com/festival-ete-indien  https://www.facebook.com/events/873881639363557/

– Samedi 12 septembre, au Fort de Tourneville, au Havre, il y aura une projection du film du festival PARADE! 2014 et la sortie d’un coffret double dvd dudit film (100 exemplaires numérotés) : https://vimeo.com/118645307

 

15 juillet 2015

[Création] Benoît Toqué, La Baignoire

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 20:37

Libr-critique a le plaisir de contribuer à vous faire découvrir ce jeune poète de 28 ans qui participera en octobre sur Lille au festival "Littérature, génération y, etc." : ce texte mérite qu’on l’écoute en le lisant (vidéo prise à Dunkerque en ce début juillet 2015, et mise en ligne par Laura Vazquez).

 

Il ne rêve pas. Jamais. Il n’a jamais de rêve. Ou bien, s’il en a : il ne s’en souvient pas. Voilà c’est ça : il ne s’en souvient pas. Sauf que. Quand il dort dans une baignoire. Quand il dort dans une baignoire : là oui, là : il rêve. Il s’en souvient. Mais pas beaucoup quand même, mais quand même un peu.

 

Mais il n’a pas de baignoire chez lui.

 

Il n’a pas de baignoire chez lui, et ça c’est un problème. Un vrai problème. Il veut rêver, Aède, il veut rêver, il aimerait bien, et même, de rêver : il en rêve éveillé.

 

 

éveillé parce qu’il ne sait pas faire

sait pas faire

il ne peut pas

faire autrement

il ne sait pas le faire

autrement

autrement qu’éveillé, rêver. Or, or,

autrement qu’éveillé : c’est mort.

 

 

Aède il veut rêver, il aimerait bien, et même, même. Mais sans la baignoire pour Aède rêver c’est mort en fait. C’est mort en fait, et du coup, comme il n’a pas de baignoire chez lui : eh bah il va chez les autres. Quand ils font une fête par exemple. Surtout quand ils la font, en fait, parce que sinon c’est pas évident de demander comme ça, Je peux dormir dans ta baignoire ? je peux ? allez, steuplé. Demander ça si c’est pas la fête c’est pas évident du tout.

 

Une fois il y avait un ami qui avait une baignoire qui avait fait la fête dans son appartement pendant toute une semaine, il y avait des copains qui venaient, certains passaient seulement mais d’autres restaient plusieurs jours d’affilée, d’autres un seul jour et puis ils partaient, mais après des fois ils revenaient pour certains d’entre eux, et puis d’autres, d’autres qui étaient restés plus d’un jour et même qui les enfilaient les jours et les nuits pour certains d’entre eux, eh bien ceux-là s’en allaient à leur tour. Mais il arrivait qu’ils reviennent aussi.

 

Il y avait du nouveau tous les jours, même s’ils se ressemblaient.

 

Les soirs pareil. La même,

la nuit.

 

Il s’était arrangé pour avoir la baignoire pour lui, Aède, durant toute la, purée, non : pendant. Pendant toute la durée des festivités. Voilà : il s’était arrangé. Toute une semaine, il avait bien rêvé. Mais le 7e jour, l’ami voulut se baigner à l’aube et il le chassa.

 

Une autre fois il était rentré chez sa mère, Aède, c’était à la campagne, elle avait une maison avec une salle de bain, mais il avait dû se tromper, ou alors elle avait fait des travaux entre temps, sa mère, elle avait dû refaire la salle de bain, parce qu’à la place de la baignoire maintenant il y avait une douche.

 

Ou alors il s’était trompé de maison. Ou de mère. C’est difficile à dire.

 

Il alla faire un tour au village, pour voir. C’était jour de marché, il acheta une pomme. Qu’il croqua sur place. Et des sels de bain, qu’il mit dans son sac.

 

Qu’il avala tout rond.

 

5 secondes de rêve tout au plus. Et flottant avec ça.

 

Après il vadrouilla un peu, par le village. Il n’y avait pas grand monde.

 

Aucun bain de foule il était possible.

 

Il tomba sur la salle des fêtes, il alla voir. Devant il y avait bien quelques jeunes qui fumaient des clopes, mais pas de fête. D’aucune nature.

 

Même pas une bière.

 

Pas une once de musique du diable.

 

De retour sur la place du marché, le soir tombait déjà, les étals avaient été remballés, bientôt la nuit lui baignait le visage, à Aède.

 

Alors il avait descendu la colline sur laquelle était la maison et il était allé dormir sous le pont surplombant la rivière, dans son lit. Mais l’eau de la rivière n’était pas stable, elle coulait.

 

Impossible de s’y accouder.

 

Quand il fut réveillé au matin, par la pluie. Il n’avait pas rêvé : c’était bien sa rivière, sa colline, sa maison et sa mère. Mais il n’y avait plus de baignoire dedans. À la place il y avait une douche.

 

Il en prit une au matin et il partit pour chez sa mamie.

 

On avait rasé sa maison et elle était morte.

 

Il souleva le paillasson, pour voir. Jusqu’aux volets : tirés. Il était retourné chez sa mère entre temps. Il n’y avait rien à voir. Elle avait fermé la maison, et elle s’était cassée.

 

Alors il suça quelques sels de bain, ses derniers. Devant la porte. Qu’il avait gardés dans ses poches de jean.

 

Une ville thermale. Mais elle a des mycoses.

 

Un rêve de 5 secondes.

 

Aucun bain public n’y était possible.

 

Ce n’était pas terrible. Alors, il repartit.

 

Enfin quelquefois il arrivait bien à dormir dans des baignoires quand même.

 

Il avait fait une fête chez une fille, un soir. Elle avait une baignoire. Et elle était jolie.

 

Il s’était dit, Putain, c’est la femme de ma vie, Aède.

 

Elle avait une baignoire.

 

Mais à force de niquer et niquer à chaque fois qu’ils se voyaient, et pourtant ils avaient bien niqué dans la baignoire aussi, mais il allait pas lui dire après, Eh, meuf, ça t’embête pas si je reste dans la baignoire pour dormir ?, il pouvait pas dire ça, c’est louche, et il pouvait pas risquer de perdre la baignoire pour si peu. Et puis la fille elle était jolie. Tout en marbre, avec des robinets.

 

De temps en temps il allait bien prendre une douche, mais elle le laissait jamais tranquille bien longtemps.

 

Des siestes de 5 minutes maximum.

 

Aucun rêve sérieux il était possible.

 

Même au milieu de la nuit, quand elle dormait et qu’il tentait de s’extirper discrètement du lit pour atteindre la baignoire, comme il fallait enjamber la cuisinière dans le noir il faisait toujours chuter quelque chose, et elle se réveillait, Euh, tu fais quoi ? Euh, et il fallait niquer.

 

Alors un jour qu’ils niquaient dans la baignoire il lui fourra le pommeau de douche dans la bouche et il la noya. Sans faire de vagues, quelques bulles tout au plus.

 

Mais elle était jolie.

 

Avant d’être morte.

 

Avant d’être morte elle était jolie.

 

Avant d’être morte. Comme sa mamie. Partie.

 

Comme sa maman.

 

Très jolie.

 

Alors, il était triste.

 

Il eut beau fourrer le corps de la fille morte sous le lit et tenter de rêver un peu sérieusement, dans la baignoire il ne fit que des pires cauchemars, Euh, tu fais quoi ? Euh, et il fallut partir.

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