Libr-critique

27 août 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (14)

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Pour cet automne 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le treizième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

… l’épidémie expulse les graines par le chargeur glissant le long du porte-bagages les bactéries sursautent proliférant entre les fesses dans le foin dans les barbelés collant les épluchures sur la toile avec les traces épidémikes fixées dans le gras recouvrant les mailles du soutien-gorge avec la bite qui décharge l’épidémie mord la bite dans le bonnet avec les tétons qui se répandent les grains de beauté en forme de croix cercle flèche triangle etc. bloqués dans la peau avec la prolifération l’épidémie écorchant les mamelles claquant la portière puis se faufile dans le moteur s’échappe par les gaz stabilisés s’effritant dans l’herbe recrache les signes dans les tiges les orties se tordant qui font éclater aussitôt le germe qui se répand par les orifices entre les mottes les paquets agglutinés dans les terriers le gargouillis d’entre les fleurs les pétales mordus par flocons signaux comme des copeaux une pluie de formes multicolores flottant dans l’air neige épidémike fouillant les sillons s’injecte dans les pommes de terre la purée épidémike atteinte les chancres qui vont éclore aussi dans la bouillie par les globules aspirent les signaux toutes les sortes de formes comme des insectes accrochés à la peinture la boue en rondelles dessinées toutes les notes les bulles épidémikes assaisonnent l’espace à fiel ouvert les prières en alvéoles lâchées du cerveau jusqu’aux allumettes des cheveux qui s’enflamment enfumant l’égout mental puis se bloquent dans le siphon qui distribue l’épidémie dans le réseau universel par tous les pipelines avec la rosée et lèche la toile en longeant les burins du crâne même la flaque grise grouillante de vermine qui s’enroule indéfiniment l’épidémie en rotation permanente qui prolifère dans le lavabo terrestre stratifie les caillots de sang en forme de triangle cercles flèches croix bâtons etc.
Grande maladie d’épidémie de mémoire pour s’éclater dans les cristaux des yeux les tubercules rougeâtres gorge vague haletant comme le pinceau cahote les reflets le bourgeonnement répandu fouette et toute la jungle épidémike par l’écriture-méduse s’imbibant dans les pores de la toile l’ongle du crayon griffant aussi le papier par signes épidémiks la lumière entre les formes goutte à goutte toutes les couleurs comme des baisers sur fond gris poussière en lave dessinée sur l’écran des minutes de gouffres la cendre au niveau des lignes chair – signes de ride des traces quotidiennes sur le corps des étoiles qui flottent dans la piscine en grumeaux boue maladie de crotale dans la pâte la houle noire des doigts à brosse en lame absorption des plantes le ciel dans sa fuite aussi par le vent de mouche jeter les épines dans l’espace pleuvant les hoquets marqués avec les gélules gaze-frange dévorant le cervelet par les hublots la crème à la gaine du fusil par grappe crâne citerne d’épidémie les cônes des signes comme des becs mêler les convulsions les araignées acryliques avec la bouche qui crache mon épidémie qui explore la lumière par éjection d’ovules des jets de signes comme des algues qui pourrissent le cadre s’étendent dans l’aube noyée sur fond négatif des milliers de miettes d’épidémie par le trou du souffleur dérivant vers les extra-terrestres empilant les gerbes de formes les molécules colorées qui dégoulinent dans le vagin du sablier s’écoulent comme des poissons vidant la mémoire une végétation de pistil sous la peau émeutes de têtards par la galaxie la toile couverte de perles torturant la raison l’épidémie alors pulvérise l’espace avec les étiquettes de l’électrocardiogramme l’épidémie se répand avec encore plus de passion entre les feuilles bulles sanglantes se précipite dans la brèche le sang qui afflue à l’extrémité du tube les globules dans l’orifice du toboggan hurlement avec l’haleine entre les sondes en forme de fourchettes à escargots le coeur par rafale collant au papier avec le hache-oignon anti-larmes les signes crevant la lumière en spirale l’épidémie comme des morpions jusqu’au fond de la plaque chauffante les sirènes tue-tête insectes et globules dévorant le papier les formes augmentent dans la matière du cerveau compressé par la densité du jet alternatif avec l’albumine épidémike pinceau-caméra prostré sur l’infini allume éteint le pare-brise à tendresse des traces de respiration collées par fureur forment une super-mosaïque sur la toile universelle l’odeur du piétinement continuel qui donne l’orgasme permanent fait vibrer les intestins sur le tamis des origines secoué sans relâche le corps en vibration constante s’enfonce par devant puis par derrière glissant au ralenti dans la cervelle qui s’épure presque immobile comme une huître avec ce moteur à fond qu’on dirait au point mort ou qui sommeille exécutant le dénouement intemporel puis pompe les torsions raclant les images dans le pot jusqu’à les rendre visqueuses avec des équerres des règles des compas dont la rigueur reste en relation immédiate avec le pouls qui bat dans le congélateur gèle les signes et les moignons épidémiks avec la langue l’éruption de déchet tous les signaux la rage d’empreinte sur la bande de liane vidéo jusque dans la soudure de l’éternité collant les pièces de la fourmilière au-dessus du sol les signes d’oiseaux-nuages à zéro pépites accumulées par la main emplir les bidons d’épidémie avec une couche de pellicule noire tache de rousseur jusqu’au volcan qui crache la peinture dans les pattes de scarabées les chewing-gums enregistrés avec le séisme des nerfs étendus sur le papier empli de traces brosses au rythme des tempes rongeant l’image détecteur de quotidien l’épidémie de lentes panne secrète du temps des larmes comme des quenelles au bord de l’âme la poche de rêve brune les crocs longeant la couture jusqu’au corset lèche la pelle les gencives sous les draps lueur de lavis opaque sous les os la pulpe et le beurre nu collant à la tenture des boutons-prépuces éjectés du goulot l’épidémie entre les jambes le silence des sigles bègues qui mouille l’océan du coma le nerf respiratoire rempli de pollen épidémik avec le blues des formes triangles croix cercle flèche carré appel céleste – Dessin d’astre ébloui – avec les couleurs de détresse l’ombre en position de drame par inflammation des traces saupoudrées la peinture enceinte qui se coagule et les bêtes timides qui hurlent échappées des prototypes avec les crinières barrant le crâne empli de vers de furoncles sous les plumes l’épidémie en débris sur l’ordure avec les ciseaux vaporisés dans l’horizon l’espace épidémique comme un flot proliférant une saga obstinée qui décape le cosmos puis pose les tessons d’écriture dans les vitres de l’eau-de-là corrigeant les reliquaires poncés dans les météorites des peaux mortes collées dans le vide confettis moisis englués dans les cahiers de l’art ornés du temps obscur en répétition le plein noir inextricable d’un voyage permanent de voltige balançoire épidémique entre les ronces avec les bourdons les guêpes les puces contagieuses et les tensions qui restent en survie dans les mousses poreuses des pluies du coeur par où s’échappe le fracas de tendresse éclaté par concentration lumineuse échouant dans le silence mutant l’épidémie verbale branchée sur l’univers d’où jaillissent mille formes projetées magiques vaporisées dans les transes jusqu’à la cassette avec l’épidémie mentale à thermostat récitatif qui cogne dans les murs éclate dans l’éponge qui étrangle le miroir avec les caillots rouges en charpie qui dansent dans la page où se noie un désir d’expansion permanente en polaroïd plein feu puis s’écoule dans les larmes comme une potion gonflée de paroles gémissantes qui reflète l’insomnie éternelle puis s’agrippe à la chair mord. etc. etc. etc…

« Epidémie d’infection émotive », poème paru dans la revue L’oeil lisant
(à côté de ce que vous êtes en train de lire), mars 1977, édition B & J. Froidefond.

Visuel et poème paru dans la revue L’oeil Lisant en 1977. Joël Hubaut

15 août 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (13 : 1e partie)

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Pour cet automne 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le douzième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie répand lentement sa pellicule les balles ricochant par séquence avec les hannetons d’encre de chine dévore aussi la poussière en agitant le sous-sol gonfle comme une ampoule le meurtre des signes mêlant l’intérieur des culasses graphiques puis s’empare de la brume des blancs d’oeil accumulant les dessins aux crochets de couleur salle d’attente monochrome triturant l’espace gris que des insectes messianiques pétrifient avec les épissures purulentes et la musique des traces systématiques qui grouillent dans la cuvette engorgeant aussi la trajectoire de la ponte par où les graines provoquent l’orgasme de coïncidence sombre qui modifie l’intervalle du temps calque aussi l’embolie de l’air et les betteraves du sang d’où se forment les granulés épidémiques maintenus par une bretelle mentale mûrit aussi dans les zones émotives parmi les grêlons claquant les millions d’orteils indépendants qui se faufilent sur la surface magnétique électrocutant les rangées de dents cariées d’entre les fleurs mauves qui s’échappent des lèvres et des mottes creuse les organes en répétition avec les signaux qui s’ouvrent dans la moelle des mannequins brutes l’intense odeur de leucocytes horaires détachée du purin par fragment qui colle aux carreaux la viande hachée en lambeaux s’éclatant sur la toile serrant les pores formant des ornements qui prolifèrent explose aussi dans l’excrément bouchant les trous et les seaux avec les signes mêlés au duvet les hameçons aussi dessinés à la sueur bouclant le fouillis dardé de trace se répand sur le mur grimpant aussi les colonnes doriques s’échappe par les meurtrières envahissant l’herbe le foin les pierres régurgite par les fissures contamine le paysage en rubéole acrylique fixée à la tête qui convulse et les griffes optiques subsistent dans les célébrations d’épidémie par éblouissement mental des papiers marqués qui se crèvent les traces léchant la lumière des soleils qui creusent lentement le globe oculaire avant de s’endormir dans les formes spécialisées des ventouses palpite dans l’espace pétant les verges qui s’expulsent comme des guêpes se mélange à la poudre à la sueur au sable comme du liquide battant la couche avec les tétons éclabousse toutes les parties d’étron en tapissant les supports avec les sigles épidémiques de l’eau-de-là des âges respiratoires et l’épidémie d’OVNI équipée en glissière de dépression provoque une tempête des sens criblant la planète de pustules brodées rampe avec les crachats par-dessus les racines se heurtant aux champignons aux serpents aux sabots du bétail également contaminé jusqu’au lait dont la peau dérive comme une iguane se cramponne avec les pattes du pinceau jusqu’à peindre l’angine du corps par respiration à distance les fils reliés à l’amplificateur acrylique la vanne d’épidémie ouverte les branchies vibrant avec la végétation les taches qui se propagent les alvéoles dilatées sur la chair l’écume qui se répand avec les copeaux épidémiques enflamme la viande brisant les stries qui rayent l’enveloppe avec les kystes qui se multiplient dans la paroi les tranchées imprimées en profondeur de la membrane bulbes fibres veines ouate de caoutchouc giclant dans le trou avec l’hémorragie épidémique par transparence le duvet collé à la bouche les triangles et les croix qui gonflent se fourrent dans les cercles remontent avec la vapeur qui croupit dans la brume l’épidémie reprend aussitôt son invasion lave molle géométrike traînant dans la tête avec les pétales récitatifs qui trempent dans la lumière folie d’épidémie avec réverbération dans le ciel décharge le sperme-graphique par le canal de sortie originel les pédalos fibreux glissant à contre-courant dans les sardines les organes rayés par les écailles et le bancs de mots échoués dans la vase horaire l’épidémie dissolvée oscillant dans la nuque et la bave méningée qui bouillonne dans l’autre dimension par soubresauts rituels répétitifs les sentiments moulés dans les sigles proliférant dans les langues des trous aussi pour injecter les traces la pression des gélules de l’épidémie son orgasme sa douleur la vulve pleine de boutons qui explosent se dispersant dans l’espace avec les hormones épidémiques le cerveau bandant comme gonflé par les microbes avec le prépuce encéphalique projetant les rafales vers l’infini universel l’horizon aussi qui ne laisse plus qu’un câble impalpable d’où jaillissent de nouveaux signes volcaniques inoculant le vide et toute la brèche de la vie les traces filantes dilatées dans les nuages la buée se bouclant avec les virus l’épidémie saignant percute la canette divine les formes incrustées qui gonflent la ceinture qui se révèle avec le noir lumineux la fourrure de poux cachant les spectres puis se plante dans l’anus des anges avec la peinture électrochoc fixant les images d’embruns par les tuyaux épidémiques entartrage du support jusqu’à perforation visuelle des signes sacrés fourrant dans la crasse l’alphabet céleste épidémik mâche plissant les signaux avec la respiration puis éclate en ondulant hors de l’horaire se répand dans les boyaux avec les tentacules obsessionnels abdomen marqué au fer rouge épidémik tressaillant avec les empreintes de l’épidémie lèpre mentale issue des muscles du cerveau qui remontent vers le balai des oreilles tétant la chevelure tondue en épidémie d’où s’échappent les baobabs dilatés glissant dans la gouttière avec les boutons qui explosent entre les vis roule dans le couloir l’écume qui se retire vers le lit forgé en épidémie avec les taches de l’alphabet céleste urine et menstrues répandues en forme de croix triangle cercle marquant les draps par touffes puis se déploient sur le plancher clapotant entre les rainures puis sécrètent les fourmis vautrées entre les aisselles les boules dans les poils dégoulinant dans les moules épidémiks puis autour des reins avec la serpillère imprimée en épidémie gonflant la cuisse le pubis et les couilles avec les cicatrices à l’aine en croix triangle bâtonnet etc…
« Ã‰pidémie d’infection émotive », 1ère partie du poème paru dans la revue L’oeil Lisant,
mars 1977, édition B & J. Froidefond.

Couverture de L’OEIL LISANT, « Lapin épidémik ». Joël Hubaut, 1976.

31 juillet 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (12)

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Pour cet automne 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le onzième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

…L’épidémie grimpante, en rangée, coulant dans le cou, qui creuse comme une taupe à peindre, prend la forme de fourmillière, entre énervée dans les oignons, giclant, posée, blanche, cunéiforme sur la croupe de la surface, s’aggripe, dévore, même bétail mental que la névrose d’un couvercle, vivant dans l’intestin du crâne, une épidémie de traces et d’empreintes sortant de la gueule, mouille, croque, dépeçant l’horaire à coups de cornes, signes qui étranglent avec leurs pattes, jutant, cillant, des bosses de rats qui prolifèrent dans le tunnel horaire, frappent le gland quotidien, insectes de dessins dispersés avec les morts par mouvement d’oeufs, d’asticots dans la tête-art.
L’épidémie poilue propulse les poussins acryliques, les membranes qui collent le serre-veau fourré avec des croix, des bâtons, des cercles gonflant dans la saillie, détruit aussi les légumes avec la mine du crayon, une mauvaise mine surtout – les cris gris, la ponte jusqu’au cadre, emplit la feuille, explose, plante l’épidémie malléable autour des porcs avec les monstres horaires, toutes les souris qui tiennent chaud à la tête, me scient la respiration, marquant les arbres, le ciel, l’eau, le gaz comme un deuil d’oeil. Peindre raz les branchies à coup de braille avec mon crayon à canon court. Vivre engoulé dans les signaux en barbouillant des palourdes. Faire du crayon-cross vroum ! En branchant mon aspirateur
Peindre à la tétine comme on tète dans le coma, perché sur le trapèze avec les perroquets, pinceau planté dans les veines. Se chouter au poil de martre, transformer l’espace en épidémie jusqu’a saturation, dérouler l’épidémie pour la satelliser, relier la main à la fontanelle avec des vérins et des câbles et marquer goutte à goutte chaque seconde d’existence jusqu’à obtenir un quotidien à petits pois – poil à poil, progressant à la vitesse du pouls – épidémie de piranhas qui crissent sous les dents.
Obtenir aussi un trompe-langue complémentaire au trompe-l’oeil, puis répéter inlassablement les croix-triangles-bâtons etc. … jusqu’à s’engourdir dans l’épidémie-eczéma et téter la vie. Epidémie de pain…
[Ce poème est paru en 1976 dans le catalogue de la galerie « La Tache » d’Aix-en-en-Provence, avec une préface de Charles Dreyfus, dans le cadre d’une exposition solo.]

« Epidémie de table »- cuvée épidémik- édition-production galerie de l’ancienne poste dirigée par Michel Sohier, Calais.

26 juillet 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (11)

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À la fin de cet été 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le dixième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

…l’épidémie sonore contourne les frontières d’impédance, bruit des mâchoires chamaniques dans les culasses, embrasement des clito infectés, tourniquets fous des foules sourdes, peintures de propagations en volume, toux, crachats, toux toux toux, crachats, toux toux, larsen-toux pour l’immunité de groupe jusqu’au rectum, images-pesticides de débauche de l’entassement dans les souillures de consommation, moules farcies contagieuses, imitation, débandade de tout, décadence dilatée des mufles exclusifs vautrés dans l’abondance, dégoût du gâchis de tout, spéculation de tout, le déluge des petits peintres-robots conformistes intensifie la multitude de médiocrité ruisselante dans les valves du pourrissement planétaire, prosaïsme imitation des posters de merde, flaque insipide, goût de chiotte et sous-produit plouc, le simili-monde moulé à la louche est un palliatif, l’épidémie de résistance combat l’épidémie de domination sérielle du mimétisme obligatoire dans le pullulement de masse des profusions standards, épidémie d’exploitations, culture de contrôle, diktat, la résistance épidémike est une arme d’excitation orgasmique anti-épidémie anti-contrôle dans l’épidémie invisible du contrôle, épidémie de saturation totale expansionniste, alors l’épidémie épidémike lutte contre l’épidémie de la multiplication des petits peintres collabo dans la contamination massive des masses contaminées à l’esclavage de soumission sous contrôle avec les hélicoptères CKKE et les mouchards couche-culotte de propagande des normes imposées dans l’infection purulente des contagions, l’épidémie épidémike est une rafale de rayon x qui rayonne pour détruire les cellules folles des contagions de manipulations de masse, Centre Kultur Kontrol Epidémia à fond dans la bouillasse, l’épidémie anti-épidémie est une langue de lumière intense qui brille dans l’embrasement des étincelles et même dans les halos, l’épidémie-vaccin des langues démultipliées est une illumination…

Action Pré-histart épidémik. Captage Alain Letort ………….. Joël Hubaut, 1976.

19 juillet 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (10)

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À la fin de cet été 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le neuvième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

… l’épidémie anti-corps ébranle les carcans obscurs de domination, brouillard du flou des vapeurs sans grillage, embruns magiques braqués dans les trajectoires astrophysiques du café bouillant de l’Afrique exploitée, décollage speed, poème-crachin incantatoire pour le respect africain, tambour, tambour, les étoiles brillent pour tous, faisceaux solaires en plein phare, cocote minute sous pression, l’épidémie est une projection hallucinogène, maintenant, faut péter les pipe lines de servitude de l’évaporation noire pour fabriquer les drapeaux noirs intemporels des révoltes, balais de pelleteuses fluo pour la construction des reflets essentiels des transes, désert, forêt, montagnes, mer, incendie, inondation, tremblement de terre, cubisme mort, jazz-blues volés, les ombres forniquent les ombres de la réalité, grand manitou partout, ici est toujours ailleurs, là-bas, c’ est là ! Ici, Caen-boucan, tambour, tambour, épidémie du souffle tellurique, lave baveuse de bave de lave, Caen Toucan, toco toco, hurlement des signes du contexte de proximité dans l’univers, toco toco, chaque mot dilaté est re-dessiné en acoustique, chaque mot cinétique danse et chante, couilles disséminées dans l’espace colonisé à fric, Picasso-Buffalo Bill-potlach-totem, goulag de la pensée dans les savanes urbaines, guetto toco toco, amplification des cercles, triangles, croix, flèches, carrés, zigzags métis, serpentins indiens dessinés simultanément dans la diffusion, épidémie rouge à lèvres, épidémie romantique en boucle, explosion interne anti-mirador, résistance pieds nickelés pim pam poum, virus-gros nounours, contagion-sorcellerie, bonne nuit les petits, debout ! debout ! Pas dormir pas dormir pas dormir, Mickey-KKK, épidémie d’éveil permanent, massacre, chacun est toujours le virus-guetto-CKK de l’autre dans l’abrutissement de l’endormissement euphorique des contaminations épidémikes…

Action épidémike avec mon chien-saucisse. Volcan-Ville. Joël Hubaut 76

 

15 juillet 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (9)

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À la fin de cet été 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le huitième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

…on recombine les émissions en pompant la chiasse, on pompe les nodules de re-génération pour ratatouiller les conservateurs, stimulation kystique pulpant les coulées-pulpe extra-terrestre, prolifération, transmission galactique contaminant le quotidien, l’épidémie tracte les ovules de révolte, gorge rembobinée dans la morve Blec le Roc, détonation nucléique, fréquence libre homme-femme, femme-homme, l’épidémie inonde la chaudière des constellations de jupes électro-aimantées, elle voltige entre les capsules des braguettes chauves, peinture buccale coagulée, peinture de venin et d’orbites, arc-en-ciel en terrine anti-croûtes, les vers luisants qui creusent la housse éphémère par faisceaux ultra-violet, échos, échos, pulsion des injections automatiques dans le ventre, nombrils décuplés, rage plein l’bide, gavage de l’idéologie scout Rusty-Rintintin dans la télé d’internement, asservissement-dépendance, miettes militaro-mythiques en salade d’idolâtrie, mythes de merde, les cillements de la peinture copule dans l’image-cellule-virus-dévotion, dialyse des icônes contaminées ondulantes, peinture de guerre en marge, choc des enragés, pow wow de renaissance, l’épidémie bouillonne le magma décalqué pour sortir du cadre et s’affranchir, l’épidémie franchit ce putain de mur est-ouest, elle le traverse à l’aise comme un miroir, le mur de la honte est une contamination pornographique, l’épidémie épidémike contamine les supporters du KGB-CIA-club, match nul avec Jésus, contamination, contamination… /1976/

« Zone épidémie », sérigraphie (50 x 65 cm ), édition/ production galerie de l’ancienne poste, Calais, Joël Hubaut 1975.

3 juillet 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (8)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:25

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le septième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

Dessin à la seringue avec l’influx anti-flic, shoot, magnéto branché aux poulies, salive alternée, crochets de souche hissant les noyaux proliférants, ondes des nerfs, dessin-générateur de dessins enfilés dans les essieux, surcharge du plasma contaminé, effluves en roue libre, encre de seiche ré-incarnée, vroum-vroum, lavis, poulpe et calmar branlés sous perfusion, tampons, tampons, tampons, action tamponnage pour pondre, tampons reproductifs du tamponnage d’excès entre les ponts, l’épidémie aggrave la gravure, re-câble les tubes des trayeuses jusqu’au vomissement, mots rajoutés aux fréquences-radio pour écouter les dessins à fond hors des rouages, tamponnage, bruit du fond dans les Å“ufs pondus, tampons, tampons, biopsie des lettres condensées, alphabets des morts de la langue pour vivre dans les manèges du soleil avec la langue des résurgences mélangées aux inventions mutantes, tamponnage, bam, péter l’soutif du vertige futur des contaminations absolues cosmiques, tampons, tampons, Å“ufs volants de l’univers dans la défonce, danse du plancton libéré, nuages épidémiks dans l’abîme fibreux des marges dé-spatialisées des méta-marges, grande solitude des actions marginales intensives, écrire et peindre enfin pour les oiseaux, les vaches, les cochons, les belettes, les hérissons, les lapins, écrire et danser en chaussettes avec les lapins face au CKKE maximal, saucissons volants, bouquets, tampons, tampons, épidémie-boomerang en pleine gueule, bam, tampons, tampons, solitude, tampons tampons…

Flotteurs épidémik, Joël Hubaut 1976

23 juin 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK 7

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:57

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le sixième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie épidémike transforme l’idée du monde contre sa prolifération ravageuse, segments toxiques, parasites du soulèvement, mimétismes idéologiques des larves, chiures ventilées dans les bronches, étouffement des sens, mépris des animaux, aliénation en série… Pour le renouvellement, le corps se dé-codifie dans son recyclage, à coup d’ fourchette dans la touffe, spatch ! Cul de cul… coktail, ragoût. L’épidémie coule en pédonculant toutes les particules métamorphosées, elle foisonne dans l’extension programmée, elle épouille, sabote les frontières, l’épidémie s’enfourne contre l’épidémie dans la tuyauterie planétaire comme un film expansé en migration violente dans le monde vers d’autres mondes contaminés, gerbe les germes, elle révèle les carottages fossiles d’illusion, l’imposture de la ruse perfide, les saloperies, la banque-boeuf, les assurances, l’administration, le contrôle, l’épidémie anti-corps balaye les simulateurs, sodomie radio-active de l’espace-temps, fusées-fusées CKKE, pénétration volcanique de la conscience en transe, signaux épars , libertaires, échangistes marquant le passé futur dans le présent constant en suspension, évaporation de l’âme-glaviot, l’épidémie s’expose pour cuber son foisonnement contre les foisonnements, elle déchouine l’aplatissement des courtisans, toute la couenne, l’épidémie formule l’épidémie dans ses anti-corps, elle entraîne la pensée proliférante dans la pensée-anti-corps, l’épidémie est une divagation rajoutée, une augmentation qui augmente l’épidémie de son épidémie dans l’espace avec la crème fraîche des cieux expectorée pour peindre le futur contaminé à la mémoire d’Artaud avec les anti-corps de l’épidémie corporelle au-delà du corps prémédité, c’est çà ! Juste pour l’esprit épidémik, pour l’esprit épidémik du grésillement de la vie imprévisible, pour le frottis, oui, pour le frottis dans son écho crépitant, raclé, complètement raclé… bziiiiiiiiiigrrrrrrrrrr – bziiiiiiiiiiiiiiigrrrrrrrrrrrrrrrrrr pour la beauté…

 » MUTATION EPIDEMIK  » (100 x 75 cm ) : feuilles perforées – plan géographique de la zone d’ insectes, photos constats insectes résinés, dessin. ( épidémik-box co-réalisation Michel Sohier/ Joël Hubaut 1976.

21 juin 2020

[News] Poésie is not dead, Urgences Poésies ?!?!?!

 » Urgences Poésies ?!?!?!  » est une installation d’art public dédiée à la poésie visuelle.

C’est un boîtier d’alarme utilisé initialement pour contacter les pompiers et qui a été détourné, dans l’esprit et la continuité des ready-made dadaïstes, et qui contient désormais à l’intérieur en lieu et place de son bouton d’alarme, un poème visuel.

C’est une Å“uvre en perpétuel mouvement. En effet, toutes les 2 semaines, le poème visuel commandé auprès d’un poète vivant est renouvelé. Il est installé depuis septembre 2019 et ont déjà participé plusieurs poètes visuels, dont et pour n’en citer que quelques-uns : Julien Blaine, Philippe Boisnard, Jean-François Bory, Thomas Dejeammes, Jacques Demarcq, Ma Desheng, Christian Désagulier, Jacques Donguy, Charles Dreyfus, Michel Giroud, Natacha Guiller, Joël Hubaut, Violaine Lochu, Michèle Métail, Bruno Nagel, Jean-Luc Parant, Charles Pennequin, François Poyet, Mathilde Roux, Cécile Richard, Alain Snyers, Lucien Suel, Pierre Tilman, Ségolène Thuillart, etc.

Il est implanté rue de la Folie-Méricourt, Paris 11ième, sur le mur extérieur d’Ut Pictura Poësis, le studio des poésies expérimentales, créé par le collectif Poésie is not dead. Le concept est de répliquer ce boîtier dans différents espaces publics à travers le monde. Un double de ce boitier sera installé prochainement dans la Maison des Ailleurs, maison où vécut en partie Arthur Rimbaud, à Charleville-Mézières. L’Å“uvre originale rentrant dans la collection du Musée Rimbaud. D’autres discussions sont en cours pour démultiplier cette installation à travers le monde, afin de polliniser, de percoler et de vaporiser nos espaces publics et nos non-lieux de poësis.

4 juin 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (6)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 19:53

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le cinquième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie torpille les guitares électriques ramollo hippies, les signes remontent le courant, fibroses circulatoires dans les vaisseaux avec les lucioles punks, flashs disproportionnés, pansements multicolores extra-terrestres des signaux, veines congestionnées des saucisses, les petits peintres étriqués se répandent avec les petits poètes à rimes, diarrhée abstraite attardée, bruit intensif de l’épandage psychiatrique avec les tiques-polaroïds, la musique de merde à contaminer les radios gluantes, bruit des coups de triques sur les tiques, cruauté des images des poèmes-globules dans le bruit illisible des bottes de la pensée soumise au business, bruit de la normalité asphyxiante, bruit de l’ombre du méta-bétail collabo, mimétisme de la conformité et des traditions-Zitrone, mimétisme obligatoire, CKKE total comme une gangrène sécuritaire, CKK- CKK routine, faut déclencher l’urgence Chéri-Bibi de la contre-épidémie auto-défense, contre match, contre drugstores, contre chiotte-mode, contre toute imposition, déclencher la parade contre-épidémie de protestation et d’endurance, épidémie-anti-épidémie, contre épidémie-désobéissance, les tempes tam-tam qui cognent, maintenant, à l’instant même, courir dans les guirlandes de l’écume insoumise, caresser les cailloux blessés, s’imprégner de désirs en plongeant dans la mappemonde lumineuse, s’engouffrer, brailler pour vivre, franchir le mur du son de la liberté en combattant les petits profs fétides de la morale, re-brailler en soi pour s’exploser en rayonnant comme une giclée de paillettes de poussières d’étoiles, ne surtout pas céder, s’astraliser, tourniquer avec Saturnin le canard, faire des cercles d’énergie dans l’espace, rotation sublime épidémike, coin coin Hara Kiri, ténacité, résistance, élan-élan goutte à goutte, réagir avec coin coin Saturnin…

Cailloux épidémik, Joël Hubaut, 1976

24 mai 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (5)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 9:30

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le quatrième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

Les mollusques copulent les champignons, toutes les doses T.V. inoculées, placenta optique en flagelles coagulant les moumoutes, drain planté dans l’œsophage, crotales entortillés, ballonnement, réplication, les virus se combinant avec les bactéries, ils mutent en se croisant dans les flaques contaminées, insertion des greffes virus-bactérie, les hybridités se propagent provoquant des excroissances, ça ondule les caillots, poème lu à voix haute, ganglions psychédéliques roses, turbines aphteuses introduites dans les cadavres de varans, carcasses bourrées, l’épidémie segmente une langue synthétique, fioul ras l’casque, envahissement obsédant des croix, signaux éclatés en incruste avec les bêtes dans la bouche, porcherie industrielle, l’oralité des signes fracasse le schéma, la géométrie bande, partouze biologique du camembert dans les lambeaux du réel, les nymphes dévorant les acariens propageant des mutations folles improbables, tiques hybrides mixées aux acariens dégénérés, vampirisme et cannibalisme interactifs, collage du flux ésotérique des truies-truites, la colonisation menaçante se disperse dans les batteries, chimères évidentes du vivant, développement inflammatoire des glandes métisses invasives, dessins-griffes-prothèses, frelons-travellos, contagion anarchique… /Joël Hubaut, 1976/

« Portrait insectoïde » sur fond de peinture épidémik.
Volcan-Ville (Joël Hubaut, 1974)

13 mai 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (4)

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Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le troisième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

Il faudra macérer la peinture jusqu’aux changements d’état. Alchimie des vapeurs indicibles dans les tas, la matière se transforme en souffle sans le vent, y’a pas de vent, c’est vivant fixe impassible, le mouvement savant est fixé dans son tremblement sans vent – Epidémie du souffle statique qui flotte en suspens pour se répandre au ralenti, peinture planante en volume, invasion de l’espace du souffle comme sculpture épidémik – Epidémie du tripotage visuel, épidémie du décollement, épidémie du vide pour remplir le réel de sa doublure démultipliée, expansion agitée inanimée, la peinture reproduite s’auto-reproduit pour se répandre en saturant, elle grossit pendant que la contamination muséale devient pandémique avec les spéculations, CKKE global, résistance, cris des tiques creusant la chair en éjaculant les bâtonnets contractils épidémiks – Epidémie infiltrée dans les câbles, rognant les fibres et les gaines, anus dilaté, épidémie obèse enchevêtrée dans les tumeurs qui convergent aux ramifications engendrant d’autres contagions plus extrêmes, invisibles, inimaginables, déconcertantes, démultipliant les tumeurs et les infections, épidémie épidermique à fleur de peau, poils hérissés dans les enceintes, peau tatouée, paupiettes maquillées, cyclone mental épileptique, rognures, haut parleurs de propagation artsecticide, diffusion-pollution-diffusion, tubes et tuba, la peinture se respire, active, contaminante jusqu’à l’étouffement, épidémie, épidémie, épidémie dans les slips ……… /Joël Hubaut, 1976/

« ATOME EPIDEMIK », acrylique sur toile, (130 x 97 cm). Série peinture cut-up grise, galerie noire Paris. (Une sérigraphie à été éditée par la revue L’Oeil Lisant (à côté de ce que vous êtes en train de lire) dans les ateliers de Michel Caza, Paris ) Joël Hubaut 1974.

5 mai 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK 3

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:43

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le deuxième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

…l’épidémie-parabole est dans le miroir, signes réfléchis puants dans la réflexion, mise en abîme de la contamination, coma-coma, recouvrement des calottes-diapo, dessins en sémio-miroitement avec l’ingurgitation en écho, la peinture fouille les entrailles à la surface, peinture-clichée, elle pue et c’est son odeur qui sculpte l’espace. Toutes les tripes du rythme dans la bouche vidangée avec l’odeur qui envoûte. Ventre ouvert bourré de cercles et de flèches et de carrés et de triangles avec plein de croix pour le croisement. Poèmes épidémiks sculptés à sec. Les parfums absorbent les puanteurs pour gober en aspirant et avaler le mal avec le bien en les emmêlant comme on mâche pour distiller les mouchetures d’insectes. Peinture gazeuse. Epidémie de résistance combattant l’épidémie d’images stéréo pétrifiées dans la peinture en 3 dimensions engourdie sur place, l’épidémie ré-active attaque l’épidémie-sclérose du pouvoir des petits peintres inébranlablement infectés du sytème stagnant, on aspire la respiration en expirant les merdes, les saouleries contagieuses régénèrent, on dégueule sa palette avec les mots contaminés, on peut le ressentir à voix haute pour mieux le sentir dans les longs couloirs du CKKE (Centre Kultur Kontrôl Epidémia ), grouillement dans le grouillement grouillant…

Action épidémik artsecticide : village de Valcanville, dit  » Volcan-ville » (Joël Hubaut, 1976)

26 avril 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (2)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:16

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le premier texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

……….l’épidémie toute enroulée s’enroule sur elle-même reproduisant des épidémies à l’infini dans la reproduction intensive des mouvements de reproduction dans la pisse, toutes les épidémies se recomposant en super épidémie comme une flaque démentielle intensive qui s’étend toute mauve et reptilienne, elle gobe les organismes paraboliques, salamandres et lézards pop proliférant sous la peau, puis s’épuise en maculant les scooters pollinisés avant de ré-apparaître mutante, diversifiée, plus sauvage et terrifiante… tap – tap – tap – plus contagieuse encore sous la langue de la peinture mouillée épidémik, reproduction des infiltrations virales qui dégoulinent en UV. Chlaffff ! les copies de vulves d’investissement déchargent leurs cuticules en interférence avec les spasmes de transmission, peinture-virus aux ratures vrillantes, psycho-épidémie, croassements furieux, le cerveau vrillé, irradié, mixant les stresses avec les volts de transfert qui s’embranchent aux excroissances, disséminant les désirs ravageurs avec le grouillement des insectes, réservoirs éclatés, essaim reproduit à l’infini dans la saturation des symptômes, cris démultipliés, c’est une combinaison d’insectes mutants en forme de croix- triangles-cercles qui court-circuite les circuits, puis des nuées de corbeaux voraces s’infiltrent dans la tête inondée de lait, signes reproducteurs des signaux contaminés et à ce moment, juste à ce moment, très élastique et décollé, le dessin dégouline de mucosités bruyantes magnifiques…………………

Action épidémik. Village de Valcanville. Joël Hubaut, 1976

25 avril 2020

[Chronique] Fabrice Thumerel, Sous covid-20 (Libr-critique dans l’espace littéraire actuel)

Covid-19 : coronavirus disease 2019 (à tout ce qui est important, n’est-ce pas, on confère un nom anglo-américain). Mais pour nous, c’est covid-20 : comment vivons-nous sous covid-20 ?

Et pour ce qui nous concerne plus particulièrement, quels sont les effets du covid-20 sur le champ littéraire actuel dans toutes ses composantes ? Sans prétendre mener ici une étude approfondie, contentons-nous d’en énumérer cinq, en nous concentrant sur les mutations.

Regard panoramique sur le champ littéraire sous covid-20

1. Le coup d’arrêt porté à la publication des nouveautés de mars-avril et plus généralement à la diffusion des livres a pour corollaire une récession économique, certes, mais qui s’accompagne –paradoxalement, vu la pénurie – d’une quantité non négligeable d’offres consubstantielle à la logique consumériste : se devant de s’adapter à toutes circonstances, le Marché s’emploie à satisfaire les lecteurs-consommateurs en leur proposant livres et magazines en version numérique (beaucoup plus rarement en version papier). Bien évidemment, comme toujours le système en place favorise les poids lourds de l’édition comme de la vente en ligne. Cependant, signalons l’opération « Les livres de mars font le printemps », qui regroupe huit maisons d’édition indépendantes (Asphalte, La Baconnière, Aux Forges de Vulcain, Le Nouvel Attila, L’Œil d’or, La Peuplade, les éditions du Sonneur et les éditions du Typhon) dont l’objectif est de promouvoir auprès des libraires les livres qu’ils ont publiés en mars.

Au reste, tous les acteurs institutionnels se mobilisent pour suivre une logique de divertissement, à titre gratuit le plus souvent : c’est la foire aux podcasts, aux rétrospectives et aux offres disponibles !

Parmi les nouvelles stratégies qu’a occasionnées la pandémie, retenons la mise à disposition gratuite de certains titres (Le Seuil, La Fabrique…), les précommandes avec extraits en « teasing », etc.

2. Les préoccupations de l’espace sociopolitique liées à cette pandémie sont omniprésentes dans l’espace littéraire mais traduites de manière spécifique (effets de champ) par des clivages entre conservateurs et progressistes, tradition et innovation, pratiques orthodoxes et pratiques hétérodoxes… Si l’on voulait tracer une ligne de démarcation entre pôle (semi-)commercial et pôle autonome, on pourrait opposer la topique du confinement (que faire chez soi de « culturel » ? et si on témoignait de sa façon-propre-de-vivre-son-confinement ? bref, comment réussir-son-confinement !) à la poétique ou problématique créatrice (entre autres, la viralité, aux sens médical et informatique, comme objet formel ou réflexif).

3. Arrêtons-nous un instant sur l’émergence d’une forme pseudo-originale : le journal-de-confinement. Contrairement à ce qui a pu être avancé, ce n’est pas nouveau à proprement parler : qui a oublié le fameux Journal d’Anne Franck ? Que l’on songe également aux Carnets de la drôle de guerre, publiés après la mort de Sartre, et nettement moins connus il est vrai.

Les journaux de confinement que, désÅ“uvrées, certaines stars littéraires publient dans des médias mainstream n’ont rien à voir avec le « journal de rien » du philosophe ; ce sont journaux des riens petit-bourgeois : grisaille-famille-Paris, entrailles-hygiène-propriété…

Le propre du pôle opposé est de renouveler le genre et d’inventer des formes singulières : dans les NEWS de LIBR-CRITIQUE, nous en signalons ; et on découvrira, de Philippe BOISNARD, le « Journal de confinement en quête de réseau »

4. Nombreuses sont les prises de position des acteurs du champ les plus divers qui confinent à des discours d’emprunt tout aussi divers : virologique, épidémiologique… politique, statistique, économique, sociologique, journalistique…

5. Quant aux penseurs les plus divers, ils tombent pour nombre d’entre eux dans l’hybris intellectuel, qui oscille entre catastrophisme et prophétisme. Sans même parler des chiens de garde dont le flair opportuniste n’est plus à démontrer, passés maîtres dans l’art de se soumettre aux puissances médiatico-politiques, allant jusqu’à vêtir un président néolibéral de lien sartrien et de probité candide (Comment peut-on sainement et décemment affirmer une telle énormité : « Jamais nous n’avons été plus sartriens que sous le confinement mondial » ?)…

 

LIBR-CRITIQUE sous covid-20…

« Il devrait y avoir autant de revues qu’il y a
d’états d’esprit valables » (Antonin Artaud, Bilboquet, n° 1, 1923).

« Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque
où rien n’adhère plus à la vie » (Artaud, Le Théâtre et son double, 1935).

« ce que j’ai à dire
je le lis d’abord
sur une paroi innommable
ce qui a plusieurs sens mais ici on retiendra celui de très sale
dont l’obscénité de sang et de merde vous couvre d’ivresse »
(Dominique Fourcade, Magdaléniennement, P.O.L, mai 2020).

 

La question que pose Jean-Claude Pinson dans son dernier essai, Pastoral. De la poésie comme écologie (Champ Vallon, mars 2020), est des plus légitimes : « L’art est-il sommé de traiter à chaque fois de l’époque dont il est le contemporain ? » L’évidente dimension rhétorique de l’interrogation donne à penser. Et le parti pris de LIBR-CRITIQUE consiste à laisser place au regard rétrospectif et à favoriser une pluralité de lignes de fuite, ce qui explique la grande diversité thématique et formelle. Il n’est donc pas question, comme c’est le cas pour les médias et les réseaux sociaux, de saturer notre espace de covid-20.

Sous covid-20, contrairement à certains blogs/sites dont le titre arbore fallacieusement les coquilles vides « libre(s) » et/ou « critique(s)/critik », LIBR-CRITIQUE accentue sa lutte contre ces sept virus capitaux : éclectisme consumériste/promotionnaliste ; conservatismes politiques et institutionnels ; patrimonialisme ; cuculturalisme ; suivisme ; tiédisme ; irénisme.

Dans le prolongement de notre position que synthétise l’article intitulé « La Place de LIBR-CRITIQUE dans l’espace des revues », plus que jamais il s’agit de viser une radicalité qui, sans rapport avec un extrémisme ou un militantisme quelconque, a trait aux recherches formelles et réflexives sur les questions traitées : contre la littérature des « situations moyennes » (Sartre), contre l’imposture postcritique qui se pose comme dissensuelle pour mieux rejoindre les valeurs consensuelles du demi-monde littéraire (Christophe Honoré plutôt que Valère Novarina !), notre voie est l’irreprésentable / l’innommable et notre état d’esprit est la mise en crise de nos idées sur la vie sociale et littéraire pour adhérer un peu plus à cette nouvelle vie qu’impose une civilisation en sursis.

C’est ainsi que LIBR-CRITIQUE est, non pas dans le post-, mais dans le faire, et dans un faire impétueux qui ouvre les possibles : en plus des chroniques et des NEWS qui se réfèrent à des pratiques exigeantes, les créations à lire/voir/écouter que regroupe le work in progress « covid-20 » vous propose des perspectives diversement libr&critiques (carnavalesque, épidémiK, fakepoetry… Sans oublier les transpoèmes de Laure Gauthier, qui jouent sur la tension entre parole et silence, visuel et sonore).

© 3 photo(montage)s : Philippe Boisnard et Joël Hubaut

22 avril 2020

[Création] Journal de confinement en quête de réseau (2) – Philippe Boisnard

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Nous présentons ici le journal de confinement en quête de réseau, tel que tous les jours il le rédige sur Facebook. Loin de s’appesantir sur des états d’âme, sa réflexion tente d’éclairer ce temps de confinement inter-humain, et les interactions qui s’y effectuent sur les réseaux sociaux. Dans cette deuxième livraison : du jour 10 à 14. [Lire la première livraison]

 

Jour 10 – 6h40 : paradoxe des chiffres
Et on compte, et on décompte, d’unités en multiples, on additionne, on multiplie, on divise et on coefficiente, on officialise, on cumule, on pèse et soupèse, on agrège chiffre après chiffre, on regarde encore, on appréhende les comptes. Au Moyen-Age, le livre de compte s’appelait le livre de raison. Et pourtant dans cet exercice actuel, il semblerait qu’il y ait une double irrationalité à l’œuvre.
Les gouvernements nous ont appris que les additions sont relatives aux ensembles considérés. Par exemple, pour le chômage, il suffit de changer la définition de certains sans emplois pour rectifier un pourcentage de chômeurs. Depuis des années, l’INSEE a vu ses règles modifiées : résultat, le chômage régresse alors que la population sans emploi réelle semble a minima stagner.
La crise du coronavirus apparaît et obéit pour le décompte à une même logique : relativité des ensembles considérés. Et si on ne comptait que les décès enregistrés à l’hôpital ? On retire alors ceux en EPAHD, ceux qui meurent ailleurs. Relativité du nombre. Amoindrissement du compte.
Cette irrationalité en entraîne une seconde .
Tant qu’il n’y a pas de doute, le relatif est perçu comme un absolu. Mais dès lors que l’on doute du nombre, s’immisce la pensée du secret, du mensonge, du complot.
On nous cache le vrai nombre. On veut nous manipuler. On veut relativiser.
L’irrationalité, somme toute naturelle à l’entendement humain, est celle de considérer qu’il y a des causalités cachées. Sont-elles réelles ? Est-ce qu’une telle irrationalité dans le décompte des morts, mais aussi des contaminés, obéit à un projet ? Je ne saurai y répondre.
Mais d’un coup de telles bévues deviennent absolument contre-productives . Car le doute contamine l’imagination et déchaîne un autre décompte, qui, lui, est fantasmatique, sans garde-fou, prêt à se nourrir de toute rumeur.
Franck Thilliez, dans Pandemia, précisait bien que ce qui pouvait devenir pire que la pandémie virale était celle de la peur, propice à détruire plus fortement et durablement tout système social et politique.

Jour 10 – 8h51 : coronoparanoïa.
Quand, lisant un roman policier, cela te semble faire un écho paranoïaque avec ce qui pourrait avoir lieu aux USA.

Jour 11 – 11h20 : docte ignorance
Tout ce que j’écris depuis 11 jours n’énonce qu’une chose : mon ignorance.
Reconnaître que l’on ne sait pas ne signifie pas se taire, mais peut signifier dire non à ce qui voudrait entraîner notre adhésion par facilité, par paresse, par habitude, par contrainte ou menace.
Mon ignorance qui écrit dit non aussi bien aux bruits de fonds médiatiques, qu’aux prises de position, qu’aux antiennes alarmistes, qu’aux imprécations politiques, qu’aux sirènes de tous horizons.
Mon ignorance n’est que question, suspension, pas en arrière pour percevoir et s’interroger.

Jour 12 – 6h49 coronaréalisme : surréalité VS durréalité
Impression de surréalité, la pensée désemparée s’essaie à la saisie de l’événement. Mais celui-ci, implacable, ne trouve d’équivalent que dans la fiction. Dire, raconter, témoigner ne semblerait trouver d’issue que dans ce qui auparavant, en une autre époque (si peu lointaine), s’appelait encore SF, ou anticipation. 
La pensée s’immobilise face à ce constat : le réel est une fiction morbide sans dénouement. Car, contrairement aux films ou fictions sur les épidémies, nous ne sommes pas extérieurs à la réalité diégétique, protégés par un quatrième mur, mais les figurants centraux passifs et impuissants d’un présent immanent. 
Il n’y a pas ici de scénario. Il n’y a pas de schéma narratif, faisant que le happy end sera respecté. Car chaque figurant, chacun d’entre nous est un centre, est l’acteur impuissant qui vit et expérimente cet état de fait. Comment penser un happy end lorsque l’on réalise les milliers de familles déjà endeuillées ? Comment penser un happy end quand l’horizon promis ressemble à une fiction de plus en plus totalitaire politiquement et économiquement ? 
Impression de durréalité et non pas de surréalité. Le caractère fictif du réel n’est finalement que le refus et le mouvement de protection d’une conscience qui ne réussit pas à comprendre l’état de fait auquel elle se confronte. La fiction n’est ni anticipation, ni compréhension, mais l’aveu de son impuissance. Et c’est pour cela que cette production fictionnelle face à ce qui lui arrive, elle en fait tant et tant un rire, des boutades, de l’humour bravache, des remarques cyniques ou comiques. 
La fiction ici ne répare rien, elle suspend la durréalité par une surréalité. La fiction détourne de la cruauté par l’invention hyperbolique de sa propre cruauté comme forme expiatoire, cathartique du réel .

Jour 13 – 7h33
Il faut comparer.
Comparer les taux de développement.
Comparer le nombre de morts entre pays.
Comparer les méthodologies de confinement.
Comparer les thérapies.
Comparer et discriminer.
Comparer les chiffres et les courbes.
Comparer et accuser.
Comparer et juger.
Comparer et donner son avis sur les comparaisons.
Alors que la crise est mondiale, et ne peut qu’ouvrir à une pensée globale, les régionalismes de comparaison fleurissent et emplissent les Time lines des news. Les comparaisons se répandent et donnent comme un droit à pointer du doigt, à ériger des tribunaux d’opinions plus ou moins éclairées.
A lire ce déversement, on se croirait dans une guerre d’entreprises et d’indices quasi financiers. Alors que cette crise nous pose la question du possible horizon en commun, par les logiques d’opposition, de comparaison, se renforcent les régionalismes, les particularismes, les différences.
Dans cet élan, on fait comme si, comme si on avait pu mieux faire. Comme si on avait pu anticiper . Comme si on savait mieux que ceux qui prétendent eux aussi savoir.

jour 13 – 10h12 : Liste de films sur le confinement, l’emprisonnement, la claustration …. (ep. 2)
VIVARIUM – Lorcan Finnegan

Après avoir parlé il y a quelques jours de Plateforme Galder Gaztelu-Urrutia, et en avoir dit tout le bien que j’en pensais, je viens de voir Vivarium.
Vivarium est un film d’enfermement. Étrange, absurde, qui ne répond pas aux schémas narratifs et intentionnels classiques. Il n’y a aucune raison à ce que l’on voit. La question du Pourquoi n’a aucun sens. Et on ne peut que repenser au No reason de Quentin Dupieu dans « Rubber ». La logique n’est pas celle de la causalité diégétique de l’action. Nous sommes dans un film fantastique sans dénouement, qui se replie sur sa propre boucle. La logique est méta-diégétique, elle est celle qui commande la possibilité de comprendre symboliquement ce que signifie cette fable du Vivarium.
Un couple, installé dans la vie, dans une société contemporaine, doit acheter une maison. Suite à la visite d’une agence immobilière, il se retrouve enfermé dans une résidence où toutes les demeures sont les mêmes. Ils ne peuvent en sortir, car étrangement la sortie a disparu. On – jamais on ne saura qui – leur donne pour mission, si l’homme et la femme veulent être libres, d’élever un fils. Celui-ci va grandir selon le rythme accéléré d’un reptile.
Cet enfermement semble métaphoriquement obéir à une logique de production qui s’auto-reproduit. Le garçon, grandissant et devenant adulte en moins d’un an, prendra la place du vendeur immobilier, lui-même vieilli et épuisé en moins d’un an. La description est celle d’une société de l’usure et de la reproduction à l’absurde. D’une société de la production dont on ne s’échappe pas, qui s’étend à l’infini (et je repense à Koltès et à ce qu’il fait dire dans Sallinger sur les banlieues qui font suite aux banlieues, ou bien à Ballard et à ce qu’il a pu développer dans ses nouvelles). Jesse Eisenberg montant sur le toit de son pavillon de banlieue, voit à l’infini les mêmes pavillons s’enchaîner de rue en rue. De même Imogen Poots, poursuivant ce pseudo-fils, va traverser des dimensions (parallèles ? des alvéoles de vivarium ? ), qui appuie la tension d’enfermement de ce monde.
La société est présentée comme un Vivarium, une fausse réalité où on fait se reproduire des individus d’une espèce : ici en l’occurrence des hommes.

jour 13 – 17h17
Freud, L’Avenir d’une illusion : 
 »Mais aucun être humain ne cède au leurre de croire que la nature est dès à présent soumise à notre contrainte, rares sont ceux qui osent espérer qu’elle sera un jour entièrement assujettie à l’homme. Il y a les éléments qui semblent se rire de toute contrainte humaine, la terre qui tremble, se déchire, ensevelit tout ce qui est humain et oeuvre de l’homme, l’eau qui en se soulevant submerge et noie les choses, la tempête qui les balaie dans son souffle, il y a les maladies que nous reconnaissons, depuis peu seulement, comme des agressions d’autres êtres vivants, enfin l’énigme douloureuse de la mort, contre laquelle jusqu’à présent aucune panacée n’a été trouvée, ni ne le sera vraisemblablement jamais. Forte de ces pouvoirs, la nature s’élève contre nous, grandiose, cruelle, inexorable, elle nous remet sous les yeux notre faiblesse et notre désaide auxquels nous pensions nous soustraire grâce au travail culturel. L’une des rares impressions réjouissantes et exaltantes que l’on puisse avoir de l’humanité, c’est lorsque, face à une catastrophe due aux éléments, elle oublie la disparité de ses cultures, toutes ses difficultés et hostilités internes, pour se souvenir de la grande tâche commune : sa conservation face à la surpuissance de la nature. »

Jour 14 – 8h45 : coronanominalité
Sur la Time Line coronacolorée de googlenews, les noms de ceux qui décèdent ou sont en réanimation commencent à se succéder. On ne les connaissait pas vraiment en tant que personne. Mais leur nom était connu, traversant de temps à autre l’espace médiatique, défrayant la chronique, clignotant journalistiquement à propos de tel ou tel événement…. 
ces noms ne sont ni ceux d’amis, ni ceux de proches, ni ceux de parents éloignés dont nous n’aurions plus eu de nouvelles depuis quelques mois ou années. 
Ces noms pourtant, pour certains, renvoient à des instants de vie, ont une autre proximité que celle de l’existence en commun. Ni objet de pensée, ni altérité réelle, ils désignent pourtant des personnes auxquelles nous nous sommes d’une certaine manière attachés parfois : chanteurs, acteurs, politiques, humanité visible au cÅ“ur du spectacle. 
Ces noms qui disparaissent par la pandémie étrangement font sentir parfois à quel point même si nous ne faisons pas l’épreuve de celle-ci personnellement, elle est bien présente et peut toucher tout le monde. Ces noms indiquent une proximité au cÅ“ur de l’expérience du lointain. Car ces noms, pour certains parfois, nous sont intimement liés.

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