Libr-critique

2 février 2010

[Dossier Annie Ernaux] Les Années ou Mémoires du dehors (2)

Filed under: Livres reçus,manières de critiquer,News,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 11:28

Annie Ernaux, Les Années, Gallimard, 2008 ; rééd. Folio, n° 5000, janvier 2010, 256 pages, 6,60 euros, ISBN : 978-2-07-040247-2.

Avant même que l’article final sur Les Années ne paraisse dans le volume consacré à Annie Ernaux (Publie.net, collection "Libr-critique"), on ne peut que saluer la réédition de ce livre majeur dans la collection "Folio" en prolongeant la réflexion amorcée en 2008 [lire ici].

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22 avril 2008

[LIVRE] Bernard Desportes autrement, coll. dir. Fabrice Thumerel

   Présentation en exclusivité du livre Bernard Desportes autrement, dir. Fabrice Thumerel.
Bernard Desportes autrement, dir. Fabrice Thumerel, Artois Presses Université. 15 €.

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27 février 2008

[Dossier Annie Ernaux] Lettre de Bernard Desportes sur Les Années

    Nous publions le second volet du dialogue inédit entre deux écrivains qui comptent dans l’espace littéraire contemporain : la lettre d’Annie Ernaux date de 2006, où elle a accepté de collaborer au colloque que j’organisais (Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, mars 2008 ; voir bibliobs.com) quant à celle de Bernard Desportes, que nous reproduisons in extenso ci-après, elle correspond à son désir ancien d’écrire sur l’oeuvre d’Annie Ernaux.
En marge de cette magnifique lettre, donnons quelques informations qui peuvent intéresser nos weblecteurs : on pourra entendre Bernard Desportes sur FRANCE CULTURE ce Samedi 1er mars à 16H30 dans Jeux d’épreuves (il était annoncé pour le 23/02) et le voir au Salon du livre (stand de FAYARD) le Mardi 18 mars à partir de 18H ; en ce qui concerne Annie Ernaux, on pourra la retrouver dans l’émission littéraire animée par Grégoire Leménager diffusée sur bibliobs.com./FT/

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7 février 2008

[Dossier Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (4)] Mémoire(s) du dehors (1)

  Après les trois volets (5/09 et 6/09, 23/11/2007) parus à la suite de la réédition du volume collectif Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (ici), en ce mois de février, nous ajoutons trois nouvelles pièces au Dossier : d’une part, sur le dernier livre d’Annie Ernaux qui sort aujourd’hui même en librairie, Les Années, un article en deux parties – dont la première se trouve ci-dessous -, puis un texte de Bernard Desportes dont la forme reste à déterminer ; d’autre part, une étude d’Elise Hugueny sur les rapports au journalisme qu’entretiennent les journaux extimes de l’auteure.

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23 novembre 2007

[Dossier] Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (3)


Voici le troisième volet du Dossier faisant suite à la réédition du volume Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (cf. 05 et 06/09). [bon de commande] ☛ Isabelle ROUSSEL-GILLET, L’Usage de la photo , de Annie Ernaux et Marc Marie. Échos et écarts avec Sophie Calle : quand il n’y a pas photo… au montage. (more…)

6 septembre 2007

[Dossier] Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (2)

ernauxentr.gif Seconde partie du dossier Annie Ernaux. Succédant à l’extrait de son journal, un entretien exclusif avec Fabrice Thumerel. Ce dossier fait suite à la réédition du livre Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux [bon de commande]
☛ ÉTATS CRITIQUES / ÉCRITS CRITIQUES. ENTRETIEN AVEC ANNIE ERNAUX.
(Propos recueillis par Fabrice THUMEREL)

ae.jpgSuite à la réédition de ce premier colloque international, intitulé Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (Artois Presses Université, 2004), j’ai d’abord envie de revenir sur ton rapport à la critique. D’une part, si je mets en regard certaines phrases de Se perdre (2001), de L’Écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet (2003) et de la préface à ce volume, il apparaît que tu n’accordes de pouvoir heuristique qu’à l’écriture de l’écrivain, les travaux critiques n’ayant de plus aucune prise sur ta pratique autosociobiographique ; d’autre part, toi qui as toujours manifesté un vif intérêt pour les publications critiques, qu’elles portent ou non sur ton oeuvre, tu déclares avoir beaucoup appris lors de ce colloque, certaines interprétations ayant même touché « la vérité de l’écriture ».
En somme, est-ce à dire que la réception de ton oeuvre n’affecte en rien le projet en cours ? que la critique te porte plus qu’elle ne te transporte ? Parce qu’intransitive, l’écriture critique n’est-elle porteuse d’aucune vérité sur le monde au travers et au delà du monde même de l’écrivain ?
Plus précisément ici, en quoi ce volume a-t-il changé ton propre rapport à l’oeuvre ? Selon toi, a-t-il modifié la réception critique de l’oeuvre ?

– Cela ne m’apparaît pas contradictoire de dire que j’ai beaucoup appris lors du colloque, mais que les travaux critiques, même ceux qui touchent profondément à la « vérité » de mon écriture – peut-être ceux-là plus que d’autres d’ailleurs -, n’ont aucune prise sur ma façon d’écrire. Tout ce qui est mis au jour sur mes textes, sur le processus d’écriture, les interprétations, au fur et à mesure que je l’entends, le découvre, je le vois tantôt comme un agrandissement de mon travail tantôt comme une effraction (heureuse). Mais comment écrire en ayant à l’esprit la somme des interprétations et des regards sur mes textes, ma démarche ? C’est une vision insensée, horrible même. Je suis amnésique de tout ce qui a été découvert sur mes thèmes, la visée de mon écriture, etc., quand je suis dans le livre à faire. Peut-être suis-je effectivement en train d’accomplir des intuitions critiques, de donner raison une nouvelle fois à une interprétation qui a été faite sur ma démarche, mais je n’en suis pas consciente et il ne me servirait à rien de l’être : il y a comme une impossibilité d’ajuster l’idée, le désir que j’ai d’un texte à faire, d’une forme, à des connaissances « antérieures ». Je ressens toujours avec force la phrase de Flaubert, chaque oeuvre porte en elle sa poétique qu’il faut trouver, et je ne peux pas plus la trouver dans mes livres derrière moi que dans les éclairages sur eux.

Cela dit, la critique – je parle évidemment de celle qui est pratiquée par toi et les intervenants du colloque – a un rôle important dans la perception que j’ai de mon travail, de ses dimensions, de sa situation, et lorsque j’ai à en parler, il m’arrive de reprendre, d’utiliser, ce que la critique m’a appris. Ainsi, j’explique ce que j’ai voulu faire dans La Honte, L’Événement ou Passion simple par exemple, en ajoutant certaines des significations que la critique a découvertes. L’enrichissement de mes textes par la critique, au travers du dialogue que j’entretiens avec elle, est quelque chose que j’éprouve de plus en plus. Qui me donne plus de force et de liberté.

Il m’est difficile de définir mon rapport à ce que j’écris, que je vois comme des livres séparés les uns des autres par les années, par les choses de ma vie. Les deux jours du colloque, ce volume qui rassemble ce qui y a été dit, « solidifie » en une totalité, en « oeuvre », l’ensemble disjoint de mes textes. Une totalité traversée de lignes, de sens multiples. Je pense que la réception critique de mon travail sera modifiée justement dans la mesure où celui-ci apparaît comme tel, à la fois un et complexe, et non plus réductible, par exemple, à la littérature de confession ou à l’autofiction.

Je voudrais revenir sur un point important : en ne reconnaissant pas à la critique le pouvoir d’agir sur ma pratique d’écriture, je ne lui dénie pas, loin de là, un rôle dans l’évolution de la littérature, non plus qu’un pouvoir heuristique. Non seulement elle est créatrice de sens, mais aussi de formes – ce serait un long sujet à développer, je citerai seulement l’exemple désormais célèbre de Doubrovsky relevant un défi de Philippe Lejeune -, et, au-delà, elle participe, toutefois différemment de l’oeuvre première, d’une transformation du monde par son langage et ses outils d’analyse. Si je me retourne sur mon parcours d’écriture, je constate une action globale, diffuse, de la critique, mais je dirais que celle-ci agit d’autant plus sur moi que je n’en suis pas l’objet…

– Depuis cet ouvrage collectif, quels sont les essais ou articles qui t’ont marquée ?

tjae.jpg– Je n’ai pas connaissance de tout ce qui a été publié depuis ce volume-ci. Dans ce que j’ai lu, j’ai tendance à me souvenir de ce qui m’a donné une émotion, un remuement de choses affectives. En font partie, par exemple, ce qu’a écrit Pierre-Louis Fort dans Ma mère, la morte (Imago, 2007) et Dominique Barbéris dans la revue Tra-jectoires (n° 3, juin 2006) sur la parataxe dans La Place.

5 septembre 2007

[Dossier] Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (1)

ernauxtexte.gif À l’occasion de la réédition de Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux, ouvrage collectif paru en décembre 2004 – suite au premier colloque international sur cette oeuvre -, on trouvera ici, avant même la présentation de ce volume, les compléments bibliographiques et un article d’Isabelle Roussel sur L’Usage de la photo (troisième partie du Dossier), un extrait inédit du Journal d’Annie Ernaux (première partie), suivi d’un entretien avec l’auteure, « Ã‰tats critiques/écrits critiques » (seconde partie).

☛ ANNIE ERNAUX, JOURNAL 2005 (extraits)

Vendredi 6 Mai
Retrouvé cette phrase écrite je ne sais quand (2000, apparemment) : « ma soeur est morte, elle était plus vivante que moi ». La part de l’exagération rhétorique. À côté une phrase de ma mère, récurrente, « Tout ce qui vit est beau ». Marquée par ce vitalisme, bien sûr. Et là, j’ai peur de mourir dans l’opération à venir, faire une thrombose, une hémorragie cérébrale à cause de ma chute sur la tête de l’an dernier, du traitement à l’EPO.
Hier soir, j’ai constaté avec stupeur que j’avais des centaines et des centaines, quelques milliers sans doute, de pages de notes, de paragraphes, de débuts, accumulés depuis 31 ans, sans m’en rendre compte. Il s’agit toujours d’accorder une forme à quelque chose de ma (la) vie.

Samedi 14 Mai
Un homme révolté c’est un homme qui dit « non ». Il veut dire que les choses ont trop duré, qu’il n’ira pas au delà. C’est le début du livre de Camus, L’Homme révolté. C’est ça le non au referendum. Non au mépris des populations, non à l’insolente richesse des patrons, à la faconde politique, médiatique, à ce monde qui se croit si invulnérable, si malin, qui n’imagine pas qu’on voit, depuis les quais bondés du métro et du RER, depuis les agences de l’ANPE, des caisses de supermarché qu’il se fout de la gueule des gens, les fait pleurer au tsunami et verser des dons, aujourd’hui inutilisés. Mais incertitude sur la capacité de dire non des gens, que la campagne éhontée en faveur du oui a pu ébranler. Voix chevrotante de l’abbé Pierre pour inciter à voter oui, pensé à celle de Pétain en 40 et aux commentaires plus tard des parents, « ils » sont allés chercher ce vieux maréchal gâteux !

Mercredi 25
18 heures 30. Conférence au Théâtre 95, alors que j’ai sommeil, le moral est au plus bas, que mes idées sont floues (antibios à hautes doses contre l’infection dentaire). Deux heures horribles à traverser. Comment les gens peuvent-ils aller à des conférences ? Moi ça m’ennuie tellement ! Savoir, savoir, évidemment. Je tombe sur une émission de Télérama, « Sept jours à vivre ». Peut-être n’ai-je aussi que 7 jours à vivre. Je n’arrive pas à échapper à cette impression que cette opération n’est pas utile et même que je peux, sinon y passer sur le champ, du moins en sortir plus mal qu’avant.

Lundi 30 Mai
Le non l’a emporté. Hier matin je n’y croyais pas en allant voter à Cergy, devant l’attitude triomphante de certains électeurs. D’ailleurs Cergy n’a pas eu une majorité de non. Cinquante-cinq pour cent de non : le « c’est assez, vous cesserez de nous raconter des histoires ». L’Europe c’était une belle idée, ainsi parle une étudiante dans Le Monde. Mais l’idée est impuissante devant les contraintes du réel, de « la vie qu’on vit ».
Extrêmement agaçant de constater qu’après ce vote sans ambiguïté les politiques et surtout les médias continuent de culpabiliser les gens, de les prendre pour des irresponsables, des masochistes. Toujours la même hauteur, la même condescendance. On reproche aux individus d’avoir conscience de leur situation.

Mardi 31 Mai
17 heures 40. Cochin, ter. Chambre 235. Cette fois la fenêtre donne sur la cour, côté entrée. Je vois l’horloge. Une femme – je crois – clopine dans le couloir. Demain, vivante ou morte. Où ces choses-là sont-elles « Ã©crites » ? Ou non écrites, plus sûrement.
Marc m’a accompagnée. D’un hôpital l’autre, janvier 2003 – mai 2005. Belle histoire.
J’ai sommeil, pas encore peur. Pourquoi les infirmières crient-elles comme des sourdes ?

Samedi 4 juin
10 heures 20. Le corps a été passé à la torsion, la scie, le ruissellement de sang et me voici quatre jours après, bandée, alitée, à devoir faire pour la troisième fois le parcours de la marche à réapprendre. La chambre est calme, donne sur la partie ancienne de Cochin et un immeuble des années 50, utilisé tard le soir. Au fond, Saint-Jacques-du-haut-Pas. Hier, je regarde l’émission, « Mères-Filles, ça fait toujours des histoires », j’ai un choc en me voyant aussi ridée, filmée de près, très maquillée, lourdement. Je suis découragée d’être aussi marquée. C’était en octobre, ensuite, je serais plus jeune, mieux coiffée, dans les émissions sur L’Usage de la photo.
Je viens de faire quelques pas avec la kiné, ma jambe n’est pas trop lourde, ni trop longue (pas assez ?). Retournée au fauteuil, tout tourne, j’ai mal au coeur.
M. rentré à Trouville. Il me dit que, le jour de mon opération – quatre heures + quatre de réveil – il a eu le sentiment qu’il allait perdre la dernière personne qu’il ait au monde.

Lundi 6 juin
14 heures 15. Je viens de voyager dans les souterrains de l’hôpital pour aller passer une écho-Doppler, du pavillon Ollier au pavillon Achard. Je songeais à Metropolis : circulent par ici les gens de l’ombre, femmes de ménage, hommes d’entretien (un fenwick arrêté bouchait le passage, empêchant de passer mon chariot), soignants. Mais sans doute pas les médecins. Tags plein les murs, sous les tuyaux parcourant les allées, graffiti obscènes, « tobe dure », sexes masculins à profusion, un bizarre « forza Italia », des revendications pour le travail, l’augmentation de personnel. Dans l’ascenseur, une femme de ménage forte en gueule dit qu’ils feront bientôt des clones d’eux, le personnel d’en bas. Mon sentiment se ravive d’être à la veille d’une révolution ou du fascisme (ou la première plus le second, avec Sarko). Je ne suis pas sûre que la révolution soit bonne pour la condition des femmes.
Au doppler je manque m’évanouir de chaleur et de soif. Une aide-soignante noire, volumineuse, propulse mon chariot en parlant toute seule : « je compte mes jours, je compte mes jours », de vacances ou de RTT vraisemblablement.

Mardi 5 Juillet – La Châtaigneraie
Avoir le nez sur les choses les plus infimes, les détails de la vie pour vivre, je retrouve cela de mon enfance, pendant les vacances d’été, où je n’avais rien mais rien à faire, et pas assez de livres. Se laver, ranger méthodiquement les affaires, lavoter des pulls, slips, ranger les lettres, les journaux, les livres lus, dans le sac pour le week-end. J’imagine que la vieillesse (ou le handicap) rejoint l’enfance dans un présent infini. Cinq semaines que je suis en situation « hospitalière ».

Jeudi 7 Juillet
Attentats à Londres, dont un à Edgware-Road, aussi à Russell’s Square, là où nous étions chez Lyn, en juin 2003. Balaient les ridicules commentaires, bouffis de triomphalisme chauvin, sur la défaite de la France qui a vu passer sous son nez les JO de 2012. Pas la France, seulement les Chirac, Delanoé, les journalistes en meute comme d’habitude.
Je suis assommée, répugnée, par tout ce que j’entends de xénophobie, plus ou moins d’antisémitisme, ici, à table, hier dans le VSL (un chauffeur Black et un Tunisien, très charmants au demeurant). Les temps sont mûrs en France pour un régime facho, mais pas forcément. Grande confusion actuellement, situation « pré-« , mais pré- quoi ?

Lundi 5 Septembre
Image troublante : jeudi dernier, à Trouville, une jeune femme musulmane (voile) tenant par la main un homme (son mari évidemment) s’avançait doucement dans la mer, toute habillée. Sa jupe peu à peu effacée, puis la veste, il n’y a plus eu que sa tête voilée au-dessus des vagues, près de son compagnon – qui portait seulement un pantalon retroussé à mi-jambes. C’est une image que je n’avais jamais vue réellement. À la fois beau, tellement biblique, et effrayant. Imaginer ici, cet endroit, dans 100 ans – ou 50 – toutes les femmes d’aujourd’hui en deux pièces, seins nus pour un quart, se baignant en robes longues et voiles, comme la normalité. La même normalité qui me fait bronzer jambes exposées, dos nu, soutif dégrafé. Cette impossibilité de me la représenter.
Déferlante Houellebecq. Je ne l’achèterai pas. J’ai besoin d’un regard qui veuille comprendre le monde, non l’insulter.

Dimanche 6 Novembre
10 ème nuit d’événements en banlieue parisienne, des grandes villes, Evreux, etc. 1200 voitures brûlées cette nuit. Cela aurait dû arriver plus tôt, la « racaille » selon Sarkozy se comporte comme ce qu’on croit qu’ils sont, eux, les enfants des « quartiers » précédemment « cités », sans avenir ou presque. Les barbares. Crainte de la réaction, la France de la peur, toujours, Flaubert vomissant la Commune, mais c’est G. Sand et Hugo qui ont raison sur la durée. Je me réjouis formidablement de ce qui est arrivé, ceux qu’on a humiliés, rendus sauvages, renvoient la violence qu’on leur a faite. Ni Arlette ni Besancenot ne causent, déjà dans les élections sans doute.

Mercredi 9 Novembre
Couvre-feu, état d’urgence, comme en avril 55 pendant les « Ã©vénements », en Algérie, non en France. On ne saurait mieux indiquer que « ces gens-là » ne sont pas de vrais Français, ces petits-enfants de ceux dont les Français ne voulaient pas l’indépendance. Il est évident, de toute façon, que pour la majorité des Français ce sont des inférieurs, sinon des sauvages – 73 % approuvent l’état d’urgence. D. idem, tourne vraiment à la réac, s’en prend à la gauche, plutôt réservée ici en l’occurrence. Quand va-t-elle dire, avouer, clairement qu’elle soutient la politique de droite, sans doute lorsque Sarkozy sera au pouvoir. Sous le prétexte, presque avoué, plutôt Sarko que Le Pen, plus « moderne » et présentable, moins viscéral, non antisémite en effet. Aussi dangereux. Chirac est un zombie depuis les élections de fin mai.

Lundi 14 Novembre
Plus de calme en banlieue. Jusqu’à la prochaine fois. Semaine à venir sans travail jusqu’à samedi, M. ici. Vieille histoire. S’il n’était pas dans ma vie, je souffrirais comme une chienne. Il y est et la perspective de ne pas écrire durant cinq jours me désespère.

Mercredi 30
TGV Chambéry-Paris.
Retour d’Annecy où j’ai passé la journée. Gris, neige sur les trottoirs, le lac. Si loin du monde, à nouveau, comme il y a 40 ans, en arrivant avec Philippe, Eric, 10 mois. Etait-ce moi ? Ou bien est-ce maintenant que c’est moi ? Ce retour, et je sentais toute la vie dans son quotidien me reprendre, les courses au Carrefour-Parmelan, le CES, ma mère, la Roseraie, et plus loin, Saveco, les vieux quartiers tristes et noirs, j’étais si loin des facs – la boucherie en face de l’appart. Annecy, je ressens – re-sens – ce mot comme il était en octobre 65, le bout du monde : « s’enterrer à Annecy ». Je suis bouleversée ce soir de me ressouvenir, à cause du temps d’hiver, sans touristes, des années-là. Comme si mon corps, ma conscience, happés, repris par la ville, fonctionnaient exactement comme il y a quarante ans, que je ré-intégrais une forme perdue, conservée là. C’est seule que je voudrais reparcourir les rues d’Annecy, comme dans une réincarnation de moi-même.

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