Libr-critique

4 janvier 2007

[Livre] Thé@tre et nouvelles technologies, Lucile Garbagnati et Pierre Morelli dir.

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Thé@tre et nouvelles technologies, ouvrage collectif sous la direction de Lucile Garbagnati et Pierre Morelli, Editions Universitaires de Dijon, 2006, 20 € ISBN 2-915552-42-8

Quatrième de couverture

theatre.gifDès qu’elles ne sont plus considérées comme de simples outils, les « nouvelles » technologies déterminent un changement dans la démarche théâtrale ainsi que dans l’écriture textuelle et/ou scénique, car leur dimension interactive interroge la relation entre l’acteur et le public. Scène et acteurs sont démultipliés dans un jeu qui abolit la notion d’espace, de temps clos, d’unicité de la personne au profit de l’ubiquité au point que le réel se confond avec le virtuel. Par identification ou distanciation, le spectateur se trouve ainsi confronté à son identité : individu unique et désirant ou homme-machiné, indéfiniment reproductible.
L’usage par le théâtre des « nouvelles » technologies, aux combinatoires incalculables, questionne les rapports de l’homme et de la machine, et sonde la nature de l’humain. L’ordinateur peut devenir alors le sujet même de la création artistique, et faire surgir d’autres rapports, non seulement à la machine, mais au monde.
Ainsi les « nouvelles » technologies, loin d’être un simple adjuvant technique au théâtre, posent la question des frontières de l’humanité.

Sommaire

Pierre Morelli : Les nouvelles technologies au service d’une création théâtrale renouvelée ?

L’hypothèse de l’hybride : interrogations/interfaces. Interfaces à faces ?

– Pierre Morelli : Recherche d’une problématique : du théâtre, texte et/ou représentation, comme modèle conceptuel et analytique de l’interactivité dans l’écriture multimédia
– Plinio Walder Prado Jr : Inscrire, à l’épreuve du technologique. Le corps entre l’art et l’artefact
– Chantal Hébert et Irène Perelli-Contos : Théâtre et (nouvelles) technologies : un espace d’interactions
– Jean-Pierre Triffaux : Le théâtre face au virtuel

Outils ou instruments ?

– Alain Vuillemin : Concepts informatiques et écritures théâtrales
– Bernard Munin : L’invention de la pièce à machine au milieu du XVIIe siècle
– Frédérique Toudoire-Surlapierre : Le théâtre radiophonique scandinave, une « machine à communiquer » ?

L’épreuve de l’oeuvre : actions/navigations. Scènes classiques

– Clyde Chabot : Hamlet-machine (virus) : les technologies mises en jeu
– Yannick Bressan : Les nouvelles technologies, vers un au-delà de la scène. L’éclatement spatio-temporel de la représentation
– Yannick Bressan : Entretien avec l’auteure/metteuse en scène, Cécile Huet

Scènes baroques

– Serge Chaumier : Les écrans du dehors. Essai de typologie concernant l’utilisation des nouvelles technologies dans les spectacles de rue
– Mari-Mai Corbel : Une techno-poétique : Jean Lambert-Wild
– Valentine Verhaeghe : Des procès de création à l’oeuvre dans un rapport à un dispositif technologique

La permanence de la scène recommencée

– Jean-Claude Chirollet : Statut documentaire et médiologie du spectacle vivant sur Internet
– Katia Roquais-Bielak : La critique et la réception confrontées aux NTIC : l’Internet comme lieu de témoignage sur le spectacle lyrique
– Daniel Raichvarg : Pour ne pas conclure. Pourra-t-on encore pleurer dans ce théâtre que la société (techno)occidentale est en train d’imaginer ?

28 octobre 2006

[livre] Mar/cel Duchamp 2 temps 1 mouvement, de Jacques Sivan (éditions Les presses du réel)

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>> Mar/cel Duchamp 2 temps 1 mouvement de Jacques Sivan, éditions Les presses du réel (collection L’écart absolu), ISBN: 2-84066-153-5, 125 p. 10 €.

4ème de couverture :

sivan_duchamp117.jpgL’écart absolu poche publie une série de textes et documents historiques des avant-gardes, depuis la Révolution française jusqu’à Fluxus. Une collection pratique pour donner à lire (à voir les formes de pensée les plus radicales et cnstruire une petite bibliothèque idéale des individus marginalisés, censurés, mis à l’écart, interdits.

A l’opposé de ce qui se dit encore après Breton, le ready-made n’est pas un « objet manufacturé promu à la dignité d’objet d’art par le choix de l’artiste ». Le ready-made n’est même pas, et en dépit des apparences, un objet. Le ready-made nous dit Duchamp, est un « rendez-vous ». Il est le moment critique par lequel l’art (= « Ministère des coïncidences ») se révèle (problème d’optique c’est-à-dire processus de re-co(n)naissance) n’être, à un moment donné, que le réel qu’il est.

L’art (le réel) n’a pas d’identité parce qu’il est fait d’une multiplicité d’identités. A la fois un et multiple, toujours idiotement le même et toujours autre, il est cette mécanique à deux temps (Mar/cel), dont le basculement perpétuel entre l’un et le multiple, le même et son contraire, génère une rencontre (= une identité, un nom : Duchamp) problématiquement évidente, parce que forcément éphémère.

Cette mécanique identitaire est celle de la langue, même. C’est la raison pour laquelle Duchamp a transposé dans le domaine des arts plastiques les dispositifs mis au point par les grands « opérateurs » de la langue que sont Poe, Mallarmé, Roussel mais aussi Maupassant.

JS

[lire chronique]

24 octobre 2006

[livre] Un monde sans réel, de Hervé Castanet (ed. association Himeros)

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Un monde sans réel, sur quelques effets du scientisme contemporain, éditions Association HIMEROS, ISBN : 2-9526127_1_4, 15 €

adresse de commande : Association HIMEROS, 16 rue Debussy, 17 000 La Rochelle. himeros[at]wanadoo.fr

4ème de couverture :

castanet_science119.jpgUn monde sans réel rassemble plusieurs textes. un fil les agence : comment rendre compte des attaques dont la psychanalyse a fait les frais ces dernières années ? Ce fil ne dit pas : quelles sont ces critiques ? Dix fois, cinquante fois, l’analyse de ces positions d’attaque a été présentée, les signifiants maîtres isolés : évaluation, classification, résultat, efficacité, hygiénisme, monde des choses, etc. Faut-il les reprendre, en rappeler les enjeux, en montrer les impasses, les erreurs méthodologiques, les limites épistémologiques ? Non. Ce travail a été, grosso modo, déjà fait. N’opposons pas la rigueur de la pensée à ce bric-à-brac conceptuel vague et pauvre. Effectivement une autre question est à poser : comment cela a-t-il pu être possible ? suivie d’une seconde : comment avons-nous pu ignorer que cela était devenu possible ?

Ce monde sans réel fait l’économie de la rigueur de la science et déploie sa face grimaçante — le scientisme. En quoi la psychanalyse nous permet-elle d’y faire barrage en ses effets ? C’est justement l’enjeu de cet essai où s’affirme un monde sans réel, soit que « la structure, c’est le réel qui se fait jour dans le langage » (Lacan — 1972)

Hervé Castanet est professeur des universités, membre de l’École de la Cause Freudienne et de l’association mondiale de psychanalyse. Il est psychanalyste à Marseille.

Premières impressions :

Notre chronique portera sur la liaison entre ce livre critique, qui pose des questions épistémologiques par rapport à la question du réel et de la psychanalyse, et d’autre part sur Le choix de l’écriture. En effet, il nous semble pertinent de relier une pratique de lecture des textes littéraires, à cette mise en question de la science et de son rapport au réel de la psychanalyse.

13 octobre 2006

[Livre] Le choix de l’écriture, de Alain Merlet et Hervé Castanet

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Le choix de l’écriture, Antonin Artaud, Marcel Jouhandeau, Jean Genet et Pierre Klossowski, de Alain Merlet et Hervé Castanet, éditions Himères/Rumeur des Ages, 138 p., ISBN : 2-84327-095-2, 25 €.

4ème de couverture :

castanet_ecriture076.jpgLa mise en série de ces quatre écrivains : Artaud, Jouhandeau, Genet, Klosswski, peut surprendre le spécialiste de la littérature et des lettres en général. N’est-ce pas l’alliance de la carpe et du lapin, une sorte de bric-à-brac où le lecteur ne retrouve plus ses marques ? Oui, rapportée à ses enjeux internes à la litttérature — à ses courants, à son histoire, à ses réseaux —, cette série est mal ficelée. Elle est pour nous pertinente à un autre titre. Le titre choisi pour cet ouvrage apporte une direction de réponse : le choix de l’écriture. Comment pour chacun de ces écrivains, cette question d’opter pour l’écriture (et la littérature) s’est-elle posée ?

Affirmons une thèse : l’écriture est un traitement du réel — entendu ici comme l’exclu défini du sens, comme ce qui se rencontre comme inassimilable. Le réel c’est l’impossible, dira Lacan à la fin de son enseignement. Comment entendre cette référence au réel qui ne se réduit pas aux formes concrètes de la réalité (biographique ou autre) ? Le concept de style ouvre une voie. Le style — d’un écrivain, d’un poète, d’un peintre mais aussi d’un théoricien — est inséparable d’un point spécifié de réel — soit ce qui échappe à toute prise du mot, de l’image, de la représentation ou du concept. Précisément, la fonction (et l’usage) du mot, de l’image, de la représentation, du concept est, non point de réduire ce réel, mais de l’épurer, de le mettre aux commandes de l’acte — de l’acte d’écriture, de poésie ou de création d’images. Ce réel est cause.

Aussi l’auteur, qu’un nom propre désigne, ets moins la cause que l’effet de son oeuvre.

Mettons à l’épreuve cette thèse : l’écriture est un traitement du réel, à propos justement de ces quatre grands écrivains. La lettre, qui indexe un style (et non « le » style), est désormais à traiter comme telle — à la lettre justement. Quelles surprises, allons-nous découvrir ?

Hervé Castanet et Alain Merlet sont psychanalystes, membres de l’École de la Cause Freudienne et de l’association mondiale de psychanalyse.

Première Impression :

Voilà un livre qui ne fait pas semblant de penser. Dense, cinq parties portant sur les quatre auteurs nommés, cinq analyses qui tentent de comprendre en quel sens le nom des auteurs sont les effets du rapport du texte au réel. La voie qui est poursuivie par Hervé Castanet dans ce livre de 2004, sera bien évidemment celle que nous avons rencontrée dans l’analyse de Joël-Peter Witkin : le réel cet impossible sur, autour, contre, lequel le travail à l’oeuvre s’affronte et dès lors trouve à partir de cette résistance la spécificité de sa propre donation, qui est aussi bien littérale que littorale. Pour ceux qui veulent comprendre, approfondir la question de la modernité en littérature, assurément, un livre à découvrir et à lire attentivement. PB

2 octobre 2006

Joël-Peter Witkin, L’angélique et l’obscène de Hervé Castanet

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castanet_witkin075.jpgJoël-Peter Witkin, L’angélique et l’obscène de Hervé Castanet, suivi d’un entretien inédit avec le photographe, collection « L’impensé contemporain » éditions Pleins Feux. ISBN 2-84729-055-9, 8 €.

4ème de couverture :

Ce court essai porte sur Joël-Peter Witkin, photographe américain né en 1939 à Brooklyn (New-York). Depuis 1975, il vit et travaille à Albuquerque au Nouveau-Mexique — USA. Son oeuvre est connue, exposée internationalement et ses étonnantes photographies (« des tableaux photographiques » dit Pierre Borhan) — où sexe, pornographie, monstres divers et icônes saint-sulpiciennes cohabitent — largemennt reproduites. Des polémiques naissent. Doit-on exposer de telles images (qui choquent) et si oui pourquoi — et sinon, tout aussi bien, pourquoi ? Il y a radicalement les pour et, tout aussi bien radicalement les contre. Qu’ajouter de plus ? Prendre parti, trouver la voie médiane, passer à autre chose ? Ou bien justifier (ou dénoncer) la provocation (puisque ce terme est systématiquement associé à Witkin) dans l’art ? Ou encore … La réponse : nullement !

Hervé Castanet, professeur des universités, est membre de l’École de la cause freudienne. Il est psychanalyste à Marseille.

Premières impressions :

Nous commençons ici, une suite de présentation des oeuvres critiques de Hervé Castanet? Dans le milieu littéraire français contemporain, il est surtout connu pour la revue Il particolare et son très bel entretien avec Christian Prigent [Ne me faîtes pas dire ce que je n’écris pas chez Cadex], sur lequel nous reviendrons dans ces présentations. Nous avons décidé de commencer par ce petit livre, au sens, où il ouvre immédiatement le champ auquel s’intéresse Hervé Castanet : l’image, sa scène, ses débords, la question de la sexualité (en liaison avec la psychanalyse), l’écriture…

7 septembre 2006

[Livre] L’EXP. TOT. de Dominiq Jenvrey

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Dominiq Jenvrey L’EXP. TOT, éditions è®e, ISBN : 2-915453-32-2, 89 p. 11 € [éditions è®e]

4ème de couverture :
L’EXP. TOT (contraction de L’EXPÉRIENCE TOTALE) est une fiction théorique où s’expérimente une écriture du monde. Dominiq Jenvrey y explore les notions de volonté collective et de logique d’ensemble, impliquant à chaque ligne le lecteur, l’amenant à s’interroger sur la notion même d’action. C’est une dissection du monde, littéraire, poétique et ontologique qui se joue ici, passée au scalpel d’une langue singulière, radicale, tranchante jusqu’à la syntaxe. Il faut « bégayer son verbe » pour que la pensée se libère. Parce que l’expérience est totale, on croisera dan ce livre des extra-terrestres, la voix et le corps de Pierre Guyotat, mais aussi une méthode pour prendre le pouvoir et anéantir le capitalisme.
« C’est une pensée de l’action, de la volonté, matérialiste, qui cherche à modifier les actions, à contraindre par la pensée l’action. Pour cela il faut nuire aux représentations dominantes, avec la langue, la langue qui est compromise dans ces représentations auxquelles il faut nuire, la langue va être un enjeu alors. L’expérience est totale parce que tout s’implique, qu’il n’y a pas d’enjeux autonomes, que la langue est politique parce qu’elle est engagée dans le fonctionnement du monde. Et puisque la langue est un enjeu, ce dernier ne peut être porté que par la littérature » D. J

Premières impressions :
Éric Arlix, et les éditions è®e poursuivent leur exploration des formes radicales de la critique sociale et politique. Ainsi après l’excellente publication de Les Luddites/Bris de machines, économie politique et histoire, de Vincent Bourdeau, François Jarrige et Julien Vincent, qui a permis de revenir sur la question de la désinflation relationnelle à la technique et ouvert le débat par exemple dans un très bon dossier de Chronicart, la publication du texte de Jenvrey poursuit cette exploration des possibles formes critiques. Ceci n’est pas surprenant quand on connaît un peu le travail de Arlix et ses propres recherches menées, tout d’abord dans Mise à jour et Et hop aux éditions Al dante, puis Le monde jou aux éditions verticales.
Le texte de Dominiq Jenvrey développe le rapport de polémos — et ceci au coeur d’une langue travaillée par la modernité — entre la raison et l’exp. tot qui se signifie selon l’excroissance psychologique de la logiq d’ensemble. La raison, comme le souligne ce texte est l’abstraction d’éléments qui dès lors sont disjoints et posés en séparation. Tout au contraire, l’action, pour être, ne peut se détacher de la logiq d’ensemble, à savoir de la totalité Dumonde, au sens où « l’être n’existe pas indépendamment Dumonde« . L’action, si elle est celle de corps dans l’espace et le temps, se donne alors pour Dominiq Jenvrey, et en cela il croise Progénitures de Guyotat, dans la littérature, qui est exp. tot Dumonde en tant qu’une « langue fabrique Unmonde« .
Avec cette publication, les éditions è®e montre en quel sens, il est possible de se tenir encore dans l’ouverture de l’horizon moderne de la critique, sans retomber dans les attraits parfois usés justement de certaines formes de formulations qui prétendent à la révolution. PB

22 août 2006

[Livre] théoriRe, actes (essai), Denis Ferdinande

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Denis Ferdinande théoriRe, actes (essai), Atelier de l’agneau , isbn : 2-930188-85-5, 101 pages, accompagné du DVD :  » Dolly ou les oies sauvages » 15 €.

4ème de couverture :
« … la voix, telle voix comme il est plus que susceptible d’en passer dans l’air du temps, de qui passe et pense : « Où en est-on (où en êtes-vous, littérateurs) avec cela qui s’appelle « littérature » ? Que s’y passe-t-il encore ? Y a-t-il une justification (un sens) à cet « encore » de la littérature ? Qui peuvent bien être les acteurs d’un tel « encore » à l’heure où se pose la question de sa justification (de son sens) ? Quelle heure est-il d’ailleurs, ou alors : … de quand date-elle, cette heure ? Sauraient-ils — fût-ce un seul d’entre vous ces acteurs — se dérober à la question, voire : sauraient-ils s’y dérober si la question leur était posée de sorte qu’ils ne puissent s’y dérober ? Si oui, qu’advient-il ? Et qu’advient-il de la question si rien n’advient ? À l’inverse, qu’advient-il si aucun ne s’y dérobe ? »

Un essai — voire « essai d’essai » — essai de réponse, réponse si possible, en fait : façon (singulière) de réponse, à la demande — hier formulée par nombre d’aînés, non des moindres, à l’adresse des jeunes auteurs — de s’atteler à quelque chose comme la théorie-en-littérature… Théorire, donc : il y aura eu de toute évidence malentendu de ma part, ou alors aurais-je initialement souhaité répondre de façon stricte, avant la survenue de tel incident, fâcheux : l’auriculaire dérapant sur le clavier, faisant intervenir dans le mot « théorie » la lettre dont la chance voulait qu’elle ne fût pas complètement méconnue… Pas méconnue, en effet, depuis A. Jarry qui au début du XXème siècle » l’introduisit, puis reprise à bon compte par C. Prigent (Ceux qui merdRent) et J.-P. Bobillot (la FaRce cRachée de la pRoésie au XXème siècle). — Vous avez dit (et rit) « filiation » ? ThéoriRe, donc : ou un certain sens du toucher, au sens exactement mallarméen du terme (traduisez :  » on a touché… à la théorie en littérature ! »). Toucher de prime abord irrecevable — est-ce à dire sacrilège ? — qu’il s’agira de maintenir comme tel afin d’explorer ou plutôt exposer, en tant que fable, le socle ou le principe de toute recevabilité en la matière. Est-ce à dire de façon toute théorique ? Ne serait-ce pas là précisément le risque, risque d’aporie ? Pour autant…

Denis Ferdinande est né en 1978 à Lille et vit actuellement à Montpellier. Il a déjà publié, chez le même éditeur, Critère du cratère (collection architextes), et anime la revue littéraire et critique Marge 707.

Premières impressions :
Ce texte, accompagné d’un DVD, se présente bien en effet comme un essai sur l’essai. Essai, non pas à comprendre en tant qu’objet intellectuel, formaté universitairement, mais essai compris dynamiquement, en tant que tentative. Ce livre se présente comme un essai : il regroupe par fragments, par grappes de remarques, par colonnades, par chapitres qui se juxtaposent, par textes qui sont biffés, ordonnés, un ensemble de remarques, d’injonctions, de détails, concernant cette question de la possibilité d’une pensée théorique concernant la langue, la poésie. Essai qui dès lors se découvre théorire : à savoir qui en chacun de ses instants vient nier le sérieux de ce qui est énoncé, le travestit, le parodie, en montre les mécanismes, les logiques, les stratégies et ceci par le glissement constant tout aussi bien de la langue que de ses argumentations.
D’emblée, le livre de Denis Ferdinande, frappe par sa qualité et sa maturité critique. De même le DVD, « Dolly ou les oies sauvages », film documentaire fictionné sur la possibilité de faire un film, de raconter cette histoire là dont il sera question, témoigne d’un travail très maîtrisé, entre Godard et Léo Carax.
À n’en point douter je reviendrai sur ce très bon livre de Denis Ferdinande en chronique. PB

7 août 2006

[Livre] Joël Hubaut Re-mix épidémik — Esthétique de la dispersion

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Joël Hubaut Re-mix épidémik Esthétique de la dispersion, éditions Les Presses du réel (col. écart absolu) , 320 pages, ISBN : 2-84066-160-8, 32 €.

4ème de couverture :
 » Joêl Hubaut épidémique, en tout et partout, est une figure et une force excentrique dans le paysage de l’art contemporain en France : hors limite, irrégulier, à l’entrecroisement des domaines (dessinateur, peintre, vidéaste, chanteur, écrivain, organisateur d’événements, enseignant). C’est une entreprise proliférant qui zigzague en France depuis plus de trente ans.
Si l’art est Action alors Hubaut est un actant qui construit des échanges et des interactions. Artiste trans-media, doué d’une énergie centripète et centrifuge, il est l’architecte mobile d’une chaotique trans-historique. Oeuvre vivante en gestation permanente, Hubaut est devenu une entreprise de projets collectifs, en utopien rebelle à toutes les soumissions. On the road, avec Kerouac et Pelieu, Satie et Duchamp, Picabia et Beuys, Malevitch et Filliou, Pierre Dac et Rabelais, Fourier, Brisset, Artaud et Luca. Vociférateur burlesque, tendance carnaval, Guignol et Pinocchio, terrien et vivant. Cette première monographie donne le ton de la sarabande qu’il danse depuis 1972 et les divers témoignages tentent de cerner (avec ses commentaires) ses activités dipersives et mouvantes

La collection l’écart absolu, dirigée par Michel Giroud, se consacre aux formes de pensée novatrice, dans les arts, dans le domaine social et spirituel, refusant la frauduleuse séparation entre la transformation sociale et l’innovation esthétique » »

Premières impressions :
Livre extraordinaire aussi bien quant à sa confection (de très nombreux documents couleurs, de nombreux dessins des projets d’installations et de performances), que quant à la présentation du travail de Joël Hubaut : d’assez bonnes préfaces — qui cependant n’interrogent pas assez la question politique, comme nous tenterons ici d’y revenir —. Cet ensemble donne un aperçu de l’ensemble de la trajectoire de Hubaut et permet de saisir une réelle cohérence dans cette diversité d’expériences qui le caractérise. Un livre essentiel pour qui s’intéresse aussi bien à ce créateur de génie qu’à l’art contemporain français. PB

articles en rapport à cette entrée : [Chronique sur Lissez les couleurs (Aldante) par P. Boisnard] [lire +]
vidéo en rapport à cette entrée : [Lecture à de Joël Hubaut Lodève-2006 remixée P. Boisnard] [voir]

28 mars 2006

[Chronique] Manuel de prostitution sociale, par Franck Doyen

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Petit Manuel de Prostitution Sociale
(à l’usage des travailleur précaires)
éd. Terre Noire, 2 rue E.Millaud, 69004 Lyon, 68 pages, 4 €. www.chez.com/terrenoire
[partenariat Libr-critique et 22(Montée) des poètes]

Fuir fuir les livres glacés genoux dos carré collé sinon t’auras pas ta subvention plein le dos pas très carré les cervicales pas très calées des rayons bien léchés bien rangés des bouquins pas beaux pour de vrai pas cornés pas tripatouillés fuir fuir tout ceux-là cela et entrer au Grand Guignol rue de Sergent Blandan en bas des pentes à Lyon avec Loïc et Marco et réciproquement en total amateurs de bières vins rouges et librairie débordante de rayons de bouquins partout sur la tête alouette au plafond un jour des bouquins vrais de vrais tout à bouffer du bouquin pas galette galette mais disque compact et vinyle aussi et puis toujours un quelque chose en soirée.
Découvertes toujours dans les rayons toujours quelques de poésie + poésie + poésie = poésies tomber dessus entre debord hubaud molnar surya heidegger tomber sur ce « Petit Manuel de Prostitution Sociale (à l’usage des travailleurs précaires) », je n’ai pu que me jeter avidement dessus, non sans oublier de piétiner rageusement au passage mon prochain – concurrent à cette acquisition formidable.

« Petit Manuel de Prostitution Sociale (à l’usage des travailleurs précaires)» est publié par les lyonnais de Terre Noire, plutôt porté vers la BD indépendante/alternative, et chez qui il faut sérieusement aller voir creuser : ainsi dernièrement les deux très beaux ouvrages, faisant suite à un voyage au Vietnam, de Valérie Berge (« Vertiges & Nausées ») et Lionel Tran (« Cahier du Vietnam »).
Notons d’ailleurs de suite que ce petit manuel ne coûte que 3,50 euros et fait partie de la collection NO PRESENT (handmade by unemployed people) dans laquelle on trouvera aussi «Autobiographie» de Bernard Monti ou encore « Chronique de la guerre économique ».
Grinçant absolu savoureux désespéré et rant le « Petit Manuel de Prostitution Sociale (à l’usage des travailleurs précaires) » vous emmènera là où vous n’auriez jamais cru aller : en plein retords de l’humain, cet être dit social tant que l’on peut exploiter l’autre. Une introduction (à sec) dans la nécessité qu’est le travail précaire pour notre bonne si bonne société industrielle, mais non plus sans concession pour le travailleur précaire lui-même. Grinçant absolu savoureux désespéré et rant, allez-y c’est du bon bien en bouche en cuisse et goût poivré derrière le fruit du gouleillant raclures et l’après-fut avec coup de bambou inattendu derrière les oreilles.
Des pages très visuelles rayées de codes barres nous promenant de « envie sourde. / irrationnelle. / incontrôlable. / crever leurs yeux. » à « s’ouvrir les veines / se trancher la gorge. / s’immoler. / « allez remue-toi un peu ». De « au début, on se dit que ça se passera bien » à « chairs mortes. / espoirs désintégrés. / viande froide. / en sursis. / d’autres feront la même chose. / / finir comme une merde. / sur le trottoir. »
En pages de sortie, ce manuel nous propose quelques conseils pratiques de survie absolument indispensables :
« ne vous dites plus ça va aller : répétez-vous j’en ai assez. / Ne pensez plus j’ai tout raté, dites-vous je me fais baiser. / remplacez progressivement le sentiment de culpabilité par la colère. / Vous avez des capacités : luttez »

2 mars 2006

[Livre] Caisse à Outils, Jean-Michel Espitallier

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Caisse à outils, Un panorama de la poésie française aujourd’hui, Jean-Michel Espitallier, Pocket, 6 €, ISBN : 2-266-13140-0

4ème de couverture :
« Faisant suite à l’anthologie Pièces détachées qui présentait 33 poètes de l’extrême contemporain, Caisse à outils livre aujourd’hui le mode d’emploi pour remonter les pièces. Cet essai invite à une exploration des territoires les plus saillants de la poésie contemporaine en France, en cartographie les courants, analyse les tendances fortes et donne des pistes afin que chacun puisse se repérer dans cet univers foisonnant et incroyablement vivant.
Qu’est ce que la « modernité négative » ? Où en sont la poésie sonore, la performance, les écritures à contraintes ? Qui sont les fils de Dada ? Où se situent le rock, le slam, la chanson ? Quels sont les outils, les formes et ls techniques de la poésie contemporaine ?
Autant de questions qui trouvent sous la plume joyeusement impertinente et très informée de Jean-Michel Espitallier de nombreux éléments de réponses
. »

Premières impressions :
Voici enfin la sortie d’un livre tant attendu. Histoire de rire avant de donner mes premières impressions : en mai sortira chez Al dante, mon essai sur la poésie contemporaine : [Mécano] sans mode d’emploi… Et tout cela sans que nous nous en parlions. Donc, voici la caisse à outils de Jean-Michel Espitallier : un ensemble d’angles sur la poésie actuelle qui tente de définir, non seulement les enjeux des différentes expériences poétiques, mais qui s’interroge aussi sur les modalités matérielles (linguistiques, sonores, vidéos) qui leur sont propres. C’est ainsi que chaque chapitre questionne des formes, des postures, des modalités poétiques, en donne un axe problématique pour finir sur des indications bibliographiques entre autres. Se présente-là une véritable mine du point de vue du champ contemporain, qui par son côté didactique, ne s’adresse pas seulement aux initiés, mais peut permettre à tout lecteur extérieur à ce champ de comprendre ce qui s’y joue. En bref, un livre pour tous, qui loin de s’enfermer dans une seule logique, dans la défense d’un seul courant, comme c’est trop souvent le cas (et ceci selon des enjeux de monopole et de mainmise historique) ouvre l’horizon de la contemporanéité poétique. À suivre une chronique du livre dans quelque temps…

Almanach Dada

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almanach

L’Almanach Dada, Les Presses du Réel, 2005, 17€, ISBN : 2-84066-144-6.
L’almanach Dada est réédité par Les Presses du réel [2005]. Edité à l’origine par Richard Huelsenbeck (Erich Reiss Verlag, Berlin 1920), puis en 1980 chez Champ Libre en France, la nouvelle édition, traduite par Sabine Wolf, est agrémentée de notes de Michel Giroud. Cet almanach retrace les quelques années de la fondation du dadaïsme, et laisse une grande part à des textes théoriques entre autre de Huelsenbeck qui a eu l’idée de ce livre et qui s’occupa de sa publication. Mais qu’est-ce que cet almanach ? Tel qu’il l’écrit lui-même dans son introduction, en partie IV : « Ce livre est un ensemble de documents de l’expérience dadaïste. Il ne soutien pas de thèse. Il parle de l’homme dadaïste mais il n’en fait pas un modèle. Il décrit mais n’analyse pas. La conception qu’ont les dadaïstes du dadaïsme est très variable et cela se manifestera avec ce livre » (p.170). Est-ce à dire quee nous n’aurions à lire dans ce livre que des traces événementielles, un agglomérat de données éparses et sans horizon ?
Certainement pas, car derrière cet avertissement se dissimule la perspective de Huelsenbeck, qui tient à mettre en évidence l’apport historique du dadaïsme notamment à travers ses divers manifestes et manifestations. C’est en ce sens, qu’en toute contradiction, justement, Huelsenbeck expose les différentes tentatives de définir le dadaïsme, notamment la sienne propre, qui précède celle de Tzara, et qui date d’avril 1918 : il écrit dans celui-ci « Le plus grand art sera celui qui présentera par son contenu de conscience les multiples problèmes de son époque, celui qui fera ressentir qu’il a été secousé par les explosions de la semaine précédente (…) Les meilleurs artistes, les plus forts et les plus insolites, sont ceux qui, à chaque heure, arrachent et réassembleent les lambeaux de leur corps à partir du chaos des cataractes de la vie, ceux qui saignant des mains et du coeur, saisissent avec acharnement l’intellect de leur époque » (p.194-195). Suit à cela une critique de l’expressionnisme, pour en arriver à un positionnement vis-à-vis des moyens d’expression propre au dadaïsme :
« Le poème BRUITISTE, prend un tram pour ce qu’il est — il décrit l’essence du tram y compris les baîllements du rentier Schulze et le cri des freins.
Le poème SIMULTANE rend le chassé-croisé fébrile dde toutes les choses
Le poème statique transforme les mots en individus; des lettres forêt surgit la forêt avec des cimes et des arbres, les uniformes des forestiers
 » (p.197).
En bref, cet Almanach est un livre indispensable, tout à la fois pour découvrir les manifestations du dadaïsme en Suisse et à Berlin, mais aussi pour comprendre aussi bien l’intentionalité qui a dirigé le dadaïsme et les discussions qui l’ont animées.

25 décembre 2005

[Livre] Ce qui fait tenir, Christian Prigent

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prigent_cequifaittenir.jpgCe qui fait tenir de Christian Prigent
Editions POL, 169 pages , ISBN : 2-84682-111-9, 18€

4ème de couverture :
Soit un effet de cadrage (analyse, théorie); et, en creux dedans, justifié par et le tenant ouvert, l’ironie d’un noir lumineusement opaque (poésie). L’un avec et contre l’autre, indissolublement. Petits mouvements d’écriture dans ce dispositif alterné. Pour voir comment ça marche. Et ce que ça dit du complexe de nommable et d’inommable dit expérience. Scénario : 1) ouverture (peinture et poésie : Daniel Dezeuze et Paul Scarron) — 2) bref acte en vers —3) intermède : Paul Verlaine et les mères — 4) final voix off pour dénouer.

Premières impressions :
Prigent ne nous avait pas habitué à poser ainsi travail poétique et théorique, lui qui, tout au contraire de les tenir juxtaposés dans un seul élan, posait davantage la fusion, l’entrelacement, ou leur écart total (les deux appartenant à deux champs éditoriaux distincts), pouvant même se méfier parfois de travaux interrogeant la juxtaposition des genres. Dans ce livre il offre ainsi à suivre un travail de plans et de déplis qui à première lecture paraît avec difficulté parfois se replier, les langues étant peut-être trop distantes, hétérogènes, ne s’interrogeant pas assez certainement à certains instants. Certes, comme je le montrerai dans un prochain article critique, on retrouve de magnifiques formulations analytiques quant à la modernité (poétique et picturale, qui recoupent les magnifiques analyses de Rien qui porte un nom ), de même que l’on retrouve son élaboration poétique, cependant, malgré le subterfuge programmatique annoncé, il ne semble pas que cette liaison prenne véritablement, comme s’il y avait un artifice de liaison entre chacun des pans, même s’il pose d’emblée que la poésie sera la noirceur venant trouer la lisibilité du théorique.

[lire la chronique]

20 octobre 2005

[Livre] Wpsyché Carvalho et Morgaine (Al dante)

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Editions al-dante

130 pages , ISBN : 2-847661-097-9, 16 €

lire la chronique de P. Boisnard

site al dante

4ème de couverture :Wpsyché donne à lire des fragments de mélancolie parlée. Ces bribes de souffrance, inaccessibles, enfermées dans le secret des dossiers médicaux, sont aujourd’hui mises au jour, anonymes, dans toute la nudité de l’écrit.

William de Carvalho est médecin psychiatre. Manuela Morgaine est écrivain et artiste. À deux ils esquissent, dans Wpsyché, « la langue des idées noires et des angles morts »

Premières impressions : Nous reviendrons sur ce livre lors d’une chronique. Ce qui est évident, et qui ici nous intéresse, c’est d’une part la nature du document (montage de morceaux des dossiers de Carvalho), mais bien sûr aussi ce qui est porté par ce document : la parole en souffrance d’individus. Alors que la littérature contemporaine, emprunte pour une part la tentation de la folie, de la pathologie (répétition, rumination, altération du rapport à l’autre, idiotie), avec Wpsyché est présenté non pas le jeu de la folie, mais la retranscription de sa présentation, présentation souvent en conflit avec sa possibilité elle-même.
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