Libr-critique

11 septembre 2020

[Chronique] Antoine Hummel, Est-ce qu’il se passe quelque chose ?, par Ahmed Slama

Antoine Hummel, Est-ce qu’il se passe quelque chose ?, Éric Pesty Éditeur, collection « 8 clos », juillet 2020, 112 pages, 10 €, ISBN : 978-2-9573340-0-1.

Au cours du confinement avaient essaimé, un peu partout, sur les réseaux dits sociaux, des publications ironiques – voire sarcastiques – d’écrivain·es, poètes ou éditrices s’inquiétant d’une vague à venir de manuscrits et de livres traitant dudit confinement. Ça se comprenait, il y avait alors pléthore de journaux de confinement, multisupports : vidéo, blogs ou presse – pour cette dernière catégorie, mention spéciale aux textes de Leïla Slimani et Marie Darrieussecq qui, chacune à sa manière, ont fait preuve d’un égotisme à toute épreuve ; mention honorable à l’infect Sylvain Tesson pour sa saillie à l’encontre des gilets jaunes. Le confinement achevé, errant du côté de Marseille, voici pour la première fois je crois, un ouvrage – recueil de poésie – traitant de ce qui s’est passé, fait partie d’un certain passé, d’un avenir peut-être, incertain.

Des usages de « (se) passer »

Confinement et poésie. Écrire dans et par le confinement au sujet du confinement, notamment. On l’aura compris, nous avons affaire ici à un exercice périlleux, publié si tôt ou sitôt après la fin du confinement ; ce livre, Est-ce qu’il se passe quelque chose ?

Pour cela, Antoine Hummel recourt à une composition particulière, emboîtement de plusieurs lignes qui se passent (se déroulent) au fil du recueil, de page en page, ça alterne : entre ce flux qui pense ce qui se passe (ou ne se passe pas), l’histoire d’un employé d’EHPAD à qui une pensionnaire, atteinte d’Alzheimer, pose chaque jour, à la même heure, la même question : « Est-ce qu’il se passe quelque chose ? » Le confinement moelleux et petit-bourgeois du narrateur et ses soucis de santé, de posture. Il va consulter un ostéopathe aux opinions validistes [discrimination envers les personnes considérées comme invalides] et fascisantes – les deux allant de pair.

L’alternance de ces flux ponctuée par ce ressac persistant : Est-ce qu’il se passe quelque chose ?

Tout est contenu dans ce verbe, « passer », sa polysémie, ses usages multiples, temporels – le temps qui passe –, la succession – passer de l’un à l’autre – puis la forme pronominale qu’on retrouve donc dans ce titre : non pas dans le sens de « se passer de » – ne pas utiliser – mais en indiquant le moment présent : « il se passe quelque chose » : c’est maintenant, tout de suite, que ça se déroule, quelque chose se déroule et engloutit le temps. Ainsi affleure, de page en page, la question centrale :

 « Est-ce qu’on peut décrire ce qui se passe depuis ce qui se passe – comme voir la lumière dans la lumière ? Et, de là, est-ce qu’on peut en venir à penser que ce qui se passe a un sens, veut dire quelque chose qu’il faudrait comprendre parce que ce qui se passe est le signe que quelque chose produit ou que quelque chose arrive et dit ce que je suis en montrant où j’en suis dans ce qui se passe ? Est-ce que ce qui se passe laisse des traînées, des références pour la pensée, des cailloux pour le retour (à la normal, chez soi, à soi) – comme la lenteur des nuages à se déliter, à se dissiper, à se recomposer, laisse des traces à penser sur la célérité des sphères ?

« Faites ce qu’il y a à faire et tout se passera rien. »

Dans et par ce qu’il se passe

Loin d’être simplement un relevé du déroulement (passage) des événements, de tout ce qui, loin d’être advenu par le coronavirus et le covid 19, n’a été qu’intensifié. Cette chose qui s’est passée, se passe encore, est variable et multiple, c’est avant tout d’un rapport qu’il s’agit, avec nous, avec chaque groupe social, ça résonne avec ce que nous avons dit (écrit) des usages du verbe (se) passer :

« On l’appelle « guerre » quand elle sévit. « Vacances » quand elle s’oublie. « Atmosphère » quand elle s’installe et détermine un orbe, un ordre. « Vie » quand elle dure et fait cesser des vies. « Romance » quand elle dépayse. « Crise » quand elle divise. « Ambiance » quand elle diffuse et plombe et détermine un milieu, un bain. « Ã‰tat » quand elle gère. « Souci » quand elle sollicite. Tous ces noms ne lui reviennent pas à cause d’une pluralité dans son essence mais seulement à cause de la multiplicité de ses effets et de son activité même. »

Le traitement réservé à celles et ceux qui n’ont d’autre choix que de s’employer et travailler pour subsister : « La guerre est déclarée, tout travail devient dévouement, prolongement de la vocation professionnelle dans la vocation nationale. »

Nationalisme et « Darwinisme social »

Cet élan nationaliste qui a affleuré, partout et tout le temps, renforcement de la conception nationaliste du travail, on travaille pour son pays, la croissance qui fait la fortune des mêmes. On se crève pour son pays comme on crève à la guerre. Pas nouveau tout ça, ancien, très ancien, le travail comme concept a aussi son histoire ; pandémie et autres crises venant simplement mettre un coup de projecteur sur cet impensé du travail, de l’emploi – même face d’une même pièce quoi qu’en disent les amateurs de distinctions fades.

En filigrane, tout doucement et patiemment, le lien se trace, sibyllin, cet ostéopathe qui nous vante et nous vend sa vision décliniste de l’être humain, être fait pour chasser et cueillir et qui, depuis, mène une vie désadaptée.

« Que l’anthropopathe se soit fait ostéo – comme un nazi vendeur de piscines – ou que sa pratique de l’ostéopathie lui ait progressivement rendu dégoûtantes les postures de son temps, la réalisation de son programme – positivement (redresser l’espèce en butant les inviables) ou négativement (sauver la race en laissant crouler ceux ne savent plus se tenir) – »

Comment ne pas penser dès lors au renforcement de ce qu’on appelle le « darwinisme social » (expression erronée car il résulte d’une mauvaise interprétation des travaux de Charles Darwin) ; conception du monde social consubstantielle au capitalisme. Que le virus circule ! la sélection reconnaîtra les siens. Le capitalisme s’est toujours construit sur cette donnée ; cette notion de l’exploitable, si tel n’est pas le cas, qu’on crève ! Mais cette question du « darwinisme social » s’est en quelque sorte posée dans ce qui s’est passé et se passe encore avec moins d’atours, plus directe en somme. Avec les sorties d’André Comte-Sponville ou les questions, encore posées, d’une soi-disant immunité collective. Ensemble de questions réflexions qui trouvent pour figure allégorique cet anthropopathe ostéo.

Il y aurait encore tant à dire au sujet de ce recueil singulier, regretter peut-être la comparaison avec les Grandes Pandémies passées, quelques facilités parfois quand Antoine Hummel glisse des références qu’on qualifiera rapidement de politiciennes. Quelques détails auxquels il ne faudrait pas prêter plus d’attention tant le recueil réussit à enjamber ce qui semblait être, au départ, une gageure des plus hasardeuses.

5 septembre 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (15)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 13:04

Pour cet automne 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le quatorzième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

… La moisissure grise se propage par tous les outils moussant, gonflant le long des stylos et des porte-plumes qui crachent les ovules, piquant chaque matière nouvelle, les bulles s’ordonnent par flaque cancérigène altérant les images de l’histoire de l’art par tous les orifices du papier, la langue du pinceau qui lape aussi la toile pleine de membranes grises culturelles tranchées par des flocons épidémiques, ces signes qui vont encore grêler, crépiter à la limite des paupières du cadre, infecter le lobe, s’accoître par toute la mémoire contractant la tumeur qui va exploser comme un blockhaus intérieur répandant les champignons croix, triangles, cercles, flèches, etc… au-delà de l’image, ces signes jaillissent par la lave acrylique, enterrant les clichés d’école, de style, de mouvement, linge en naufrage contenu dans la crampe de l’humanité, l’épidémie à flot éjacule vers l’horizon, ses dents épluchées fixant dans son parcours expansif des traces de syncope, graines, virgules, ongles, signaux languissant dans l’oppressante étendue du temps et du vide, germes valsant au-delà des stations-horaires avec la force de l’obsession puis par tout l’engrenage du besoin de faire, de fabriquer, de vivre, le foutre graphique entre en collision avec d’autres hormones venues des enclos de la tête, des balles ou des tétons mutants qui vont rayer la sciure du cerveau, chaque gouttelette de passion collant aux tentacules, toutes les traces d’épidémie, tous les grumeaux faits à la main dans l’attente de nouveaux symptômes libérateurs qui vont déborder vers la banquise, suinter, fermenter entre les rats et les anges d’un dessin à crever les yeux – dessin d’essaim par la crème d’une écriture-spirite – black and white spirite …
Poème paru dans la plaquette du musée des Beaux arts de Coutances en 1977.

Visuel de la plaquette du Musée des Beaux arts de Coutances dans le cadre de l’expo collective « Audouard, Hubaut, Janladrou, l’Hermitte», Joël Hubaut, 1977.

27 août 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (14)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:56

Pour cet automne 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le treizième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

… l’épidémie expulse les graines par le chargeur glissant le long du porte-bagages les bactéries sursautent proliférant entre les fesses dans le foin dans les barbelés collant les épluchures sur la toile avec les traces épidémikes fixées dans le gras recouvrant les mailles du soutien-gorge avec la bite qui décharge l’épidémie mord la bite dans le bonnet avec les tétons qui se répandent les grains de beauté en forme de croix cercle flèche triangle etc. bloqués dans la peau avec la prolifération l’épidémie écorchant les mamelles claquant la portière puis se faufile dans le moteur s’échappe par les gaz stabilisés s’effritant dans l’herbe recrache les signes dans les tiges les orties se tordant qui font éclater aussitôt le germe qui se répand par les orifices entre les mottes les paquets agglutinés dans les terriers le gargouillis d’entre les fleurs les pétales mordus par flocons signaux comme des copeaux une pluie de formes multicolores flottant dans l’air neige épidémike fouillant les sillons s’injecte dans les pommes de terre la purée épidémike atteinte les chancres qui vont éclore aussi dans la bouillie par les globules aspirent les signaux toutes les sortes de formes comme des insectes accrochés à la peinture la boue en rondelles dessinées toutes les notes les bulles épidémikes assaisonnent l’espace à fiel ouvert les prières en alvéoles lâchées du cerveau jusqu’aux allumettes des cheveux qui s’enflamment enfumant l’égout mental puis se bloquent dans le siphon qui distribue l’épidémie dans le réseau universel par tous les pipelines avec la rosée et lèche la toile en longeant les burins du crâne même la flaque grise grouillante de vermine qui s’enroule indéfiniment l’épidémie en rotation permanente qui prolifère dans le lavabo terrestre stratifie les caillots de sang en forme de triangle cercles flèches croix bâtons etc.
Grande maladie d’épidémie de mémoire pour s’éclater dans les cristaux des yeux les tubercules rougeâtres gorge vague haletant comme le pinceau cahote les reflets le bourgeonnement répandu fouette et toute la jungle épidémike par l’écriture-méduse s’imbibant dans les pores de la toile l’ongle du crayon griffant aussi le papier par signes épidémiks la lumière entre les formes goutte à goutte toutes les couleurs comme des baisers sur fond gris poussière en lave dessinée sur l’écran des minutes de gouffres la cendre au niveau des lignes chair – signes de ride des traces quotidiennes sur le corps des étoiles qui flottent dans la piscine en grumeaux boue maladie de crotale dans la pâte la houle noire des doigts à brosse en lame absorption des plantes le ciel dans sa fuite aussi par le vent de mouche jeter les épines dans l’espace pleuvant les hoquets marqués avec les gélules gaze-frange dévorant le cervelet par les hublots la crème à la gaine du fusil par grappe crâne citerne d’épidémie les cônes des signes comme des becs mêler les convulsions les araignées acryliques avec la bouche qui crache mon épidémie qui explore la lumière par éjection d’ovules des jets de signes comme des algues qui pourrissent le cadre s’étendent dans l’aube noyée sur fond négatif des milliers de miettes d’épidémie par le trou du souffleur dérivant vers les extra-terrestres empilant les gerbes de formes les molécules colorées qui dégoulinent dans le vagin du sablier s’écoulent comme des poissons vidant la mémoire une végétation de pistil sous la peau émeutes de têtards par la galaxie la toile couverte de perles torturant la raison l’épidémie alors pulvérise l’espace avec les étiquettes de l’électrocardiogramme l’épidémie se répand avec encore plus de passion entre les feuilles bulles sanglantes se précipite dans la brèche le sang qui afflue à l’extrémité du tube les globules dans l’orifice du toboggan hurlement avec l’haleine entre les sondes en forme de fourchettes à escargots le coeur par rafale collant au papier avec le hache-oignon anti-larmes les signes crevant la lumière en spirale l’épidémie comme des morpions jusqu’au fond de la plaque chauffante les sirènes tue-tête insectes et globules dévorant le papier les formes augmentent dans la matière du cerveau compressé par la densité du jet alternatif avec l’albumine épidémike pinceau-caméra prostré sur l’infini allume éteint le pare-brise à tendresse des traces de respiration collées par fureur forment une super-mosaïque sur la toile universelle l’odeur du piétinement continuel qui donne l’orgasme permanent fait vibrer les intestins sur le tamis des origines secoué sans relâche le corps en vibration constante s’enfonce par devant puis par derrière glissant au ralenti dans la cervelle qui s’épure presque immobile comme une huître avec ce moteur à fond qu’on dirait au point mort ou qui sommeille exécutant le dénouement intemporel puis pompe les torsions raclant les images dans le pot jusqu’à les rendre visqueuses avec des équerres des règles des compas dont la rigueur reste en relation immédiate avec le pouls qui bat dans le congélateur gèle les signes et les moignons épidémiks avec la langue l’éruption de déchet tous les signaux la rage d’empreinte sur la bande de liane vidéo jusque dans la soudure de l’éternité collant les pièces de la fourmilière au-dessus du sol les signes d’oiseaux-nuages à zéro pépites accumulées par la main emplir les bidons d’épidémie avec une couche de pellicule noire tache de rousseur jusqu’au volcan qui crache la peinture dans les pattes de scarabées les chewing-gums enregistrés avec le séisme des nerfs étendus sur le papier empli de traces brosses au rythme des tempes rongeant l’image détecteur de quotidien l’épidémie de lentes panne secrète du temps des larmes comme des quenelles au bord de l’âme la poche de rêve brune les crocs longeant la couture jusqu’au corset lèche la pelle les gencives sous les draps lueur de lavis opaque sous les os la pulpe et le beurre nu collant à la tenture des boutons-prépuces éjectés du goulot l’épidémie entre les jambes le silence des sigles bègues qui mouille l’océan du coma le nerf respiratoire rempli de pollen épidémik avec le blues des formes triangles croix cercle flèche carré appel céleste – Dessin d’astre ébloui – avec les couleurs de détresse l’ombre en position de drame par inflammation des traces saupoudrées la peinture enceinte qui se coagule et les bêtes timides qui hurlent échappées des prototypes avec les crinières barrant le crâne empli de vers de furoncles sous les plumes l’épidémie en débris sur l’ordure avec les ciseaux vaporisés dans l’horizon l’espace épidémique comme un flot proliférant une saga obstinée qui décape le cosmos puis pose les tessons d’écriture dans les vitres de l’eau-de-là corrigeant les reliquaires poncés dans les météorites des peaux mortes collées dans le vide confettis moisis englués dans les cahiers de l’art ornés du temps obscur en répétition le plein noir inextricable d’un voyage permanent de voltige balançoire épidémique entre les ronces avec les bourdons les guêpes les puces contagieuses et les tensions qui restent en survie dans les mousses poreuses des pluies du coeur par où s’échappe le fracas de tendresse éclaté par concentration lumineuse échouant dans le silence mutant l’épidémie verbale branchée sur l’univers d’où jaillissent mille formes projetées magiques vaporisées dans les transes jusqu’à la cassette avec l’épidémie mentale à thermostat récitatif qui cogne dans les murs éclate dans l’éponge qui étrangle le miroir avec les caillots rouges en charpie qui dansent dans la page où se noie un désir d’expansion permanente en polaroïd plein feu puis s’écoule dans les larmes comme une potion gonflée de paroles gémissantes qui reflète l’insomnie éternelle puis s’agrippe à la chair mord. etc. etc. etc…

« Epidémie d’infection émotive », poème paru dans la revue L’oeil lisant
(à côté de ce que vous êtes en train de lire), mars 1977, édition B & J. Froidefond.

Visuel et poème paru dans la revue L’oeil Lisant en 1977. Joël Hubaut

15 août 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (13 : 1e partie)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 11:23

Pour cet automne 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le douzième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie répand lentement sa pellicule les balles ricochant par séquence avec les hannetons d’encre de chine dévore aussi la poussière en agitant le sous-sol gonfle comme une ampoule le meurtre des signes mêlant l’intérieur des culasses graphiques puis s’empare de la brume des blancs d’oeil accumulant les dessins aux crochets de couleur salle d’attente monochrome triturant l’espace gris que des insectes messianiques pétrifient avec les épissures purulentes et la musique des traces systématiques qui grouillent dans la cuvette engorgeant aussi la trajectoire de la ponte par où les graines provoquent l’orgasme de coïncidence sombre qui modifie l’intervalle du temps calque aussi l’embolie de l’air et les betteraves du sang d’où se forment les granulés épidémiques maintenus par une bretelle mentale mûrit aussi dans les zones émotives parmi les grêlons claquant les millions d’orteils indépendants qui se faufilent sur la surface magnétique électrocutant les rangées de dents cariées d’entre les fleurs mauves qui s’échappent des lèvres et des mottes creuse les organes en répétition avec les signaux qui s’ouvrent dans la moelle des mannequins brutes l’intense odeur de leucocytes horaires détachée du purin par fragment qui colle aux carreaux la viande hachée en lambeaux s’éclatant sur la toile serrant les pores formant des ornements qui prolifèrent explose aussi dans l’excrément bouchant les trous et les seaux avec les signes mêlés au duvet les hameçons aussi dessinés à la sueur bouclant le fouillis dardé de trace se répand sur le mur grimpant aussi les colonnes doriques s’échappe par les meurtrières envahissant l’herbe le foin les pierres régurgite par les fissures contamine le paysage en rubéole acrylique fixée à la tête qui convulse et les griffes optiques subsistent dans les célébrations d’épidémie par éblouissement mental des papiers marqués qui se crèvent les traces léchant la lumière des soleils qui creusent lentement le globe oculaire avant de s’endormir dans les formes spécialisées des ventouses palpite dans l’espace pétant les verges qui s’expulsent comme des guêpes se mélange à la poudre à la sueur au sable comme du liquide battant la couche avec les tétons éclabousse toutes les parties d’étron en tapissant les supports avec les sigles épidémiques de l’eau-de-là des âges respiratoires et l’épidémie d’OVNI équipée en glissière de dépression provoque une tempête des sens criblant la planète de pustules brodées rampe avec les crachats par-dessus les racines se heurtant aux champignons aux serpents aux sabots du bétail également contaminé jusqu’au lait dont la peau dérive comme une iguane se cramponne avec les pattes du pinceau jusqu’à peindre l’angine du corps par respiration à distance les fils reliés à l’amplificateur acrylique la vanne d’épidémie ouverte les branchies vibrant avec la végétation les taches qui se propagent les alvéoles dilatées sur la chair l’écume qui se répand avec les copeaux épidémiques enflamme la viande brisant les stries qui rayent l’enveloppe avec les kystes qui se multiplient dans la paroi les tranchées imprimées en profondeur de la membrane bulbes fibres veines ouate de caoutchouc giclant dans le trou avec l’hémorragie épidémique par transparence le duvet collé à la bouche les triangles et les croix qui gonflent se fourrent dans les cercles remontent avec la vapeur qui croupit dans la brume l’épidémie reprend aussitôt son invasion lave molle géométrike traînant dans la tête avec les pétales récitatifs qui trempent dans la lumière folie d’épidémie avec réverbération dans le ciel décharge le sperme-graphique par le canal de sortie originel les pédalos fibreux glissant à contre-courant dans les sardines les organes rayés par les écailles et le bancs de mots échoués dans la vase horaire l’épidémie dissolvée oscillant dans la nuque et la bave méningée qui bouillonne dans l’autre dimension par soubresauts rituels répétitifs les sentiments moulés dans les sigles proliférant dans les langues des trous aussi pour injecter les traces la pression des gélules de l’épidémie son orgasme sa douleur la vulve pleine de boutons qui explosent se dispersant dans l’espace avec les hormones épidémiques le cerveau bandant comme gonflé par les microbes avec le prépuce encéphalique projetant les rafales vers l’infini universel l’horizon aussi qui ne laisse plus qu’un câble impalpable d’où jaillissent de nouveaux signes volcaniques inoculant le vide et toute la brèche de la vie les traces filantes dilatées dans les nuages la buée se bouclant avec les virus l’épidémie saignant percute la canette divine les formes incrustées qui gonflent la ceinture qui se révèle avec le noir lumineux la fourrure de poux cachant les spectres puis se plante dans l’anus des anges avec la peinture électrochoc fixant les images d’embruns par les tuyaux épidémiques entartrage du support jusqu’à perforation visuelle des signes sacrés fourrant dans la crasse l’alphabet céleste épidémik mâche plissant les signaux avec la respiration puis éclate en ondulant hors de l’horaire se répand dans les boyaux avec les tentacules obsessionnels abdomen marqué au fer rouge épidémik tressaillant avec les empreintes de l’épidémie lèpre mentale issue des muscles du cerveau qui remontent vers le balai des oreilles tétant la chevelure tondue en épidémie d’où s’échappent les baobabs dilatés glissant dans la gouttière avec les boutons qui explosent entre les vis roule dans le couloir l’écume qui se retire vers le lit forgé en épidémie avec les taches de l’alphabet céleste urine et menstrues répandues en forme de croix triangle cercle marquant les draps par touffes puis se déploient sur le plancher clapotant entre les rainures puis sécrètent les fourmis vautrées entre les aisselles les boules dans les poils dégoulinant dans les moules épidémiks puis autour des reins avec la serpillère imprimée en épidémie gonflant la cuisse le pubis et les couilles avec les cicatrices à l’aine en croix triangle bâtonnet etc…
« Ã‰pidémie d’infection émotive », 1ère partie du poème paru dans la revue L’oeil Lisant,
mars 1977, édition B & J. Froidefond.

Couverture de L’OEIL LISANT, « Lapin épidémik ». Joël Hubaut, 1976.

31 juillet 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (12)

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Pour cet automne 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le onzième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

…L’épidémie grimpante, en rangée, coulant dans le cou, qui creuse comme une taupe à peindre, prend la forme de fourmillière, entre énervée dans les oignons, giclant, posée, blanche, cunéiforme sur la croupe de la surface, s’aggripe, dévore, même bétail mental que la névrose d’un couvercle, vivant dans l’intestin du crâne, une épidémie de traces et d’empreintes sortant de la gueule, mouille, croque, dépeçant l’horaire à coups de cornes, signes qui étranglent avec leurs pattes, jutant, cillant, des bosses de rats qui prolifèrent dans le tunnel horaire, frappent le gland quotidien, insectes de dessins dispersés avec les morts par mouvement d’oeufs, d’asticots dans la tête-art.
L’épidémie poilue propulse les poussins acryliques, les membranes qui collent le serre-veau fourré avec des croix, des bâtons, des cercles gonflant dans la saillie, détruit aussi les légumes avec la mine du crayon, une mauvaise mine surtout – les cris gris, la ponte jusqu’au cadre, emplit la feuille, explose, plante l’épidémie malléable autour des porcs avec les monstres horaires, toutes les souris qui tiennent chaud à la tête, me scient la respiration, marquant les arbres, le ciel, l’eau, le gaz comme un deuil d’oeil. Peindre raz les branchies à coup de braille avec mon crayon à canon court. Vivre engoulé dans les signaux en barbouillant des palourdes. Faire du crayon-cross vroum ! En branchant mon aspirateur
Peindre à la tétine comme on tète dans le coma, perché sur le trapèze avec les perroquets, pinceau planté dans les veines. Se chouter au poil de martre, transformer l’espace en épidémie jusqu’a saturation, dérouler l’épidémie pour la satelliser, relier la main à la fontanelle avec des vérins et des câbles et marquer goutte à goutte chaque seconde d’existence jusqu’à obtenir un quotidien à petits pois – poil à poil, progressant à la vitesse du pouls – épidémie de piranhas qui crissent sous les dents.
Obtenir aussi un trompe-langue complémentaire au trompe-l’oeil, puis répéter inlassablement les croix-triangles-bâtons etc. … jusqu’à s’engourdir dans l’épidémie-eczéma et téter la vie. Epidémie de pain…
[Ce poème est paru en 1976 dans le catalogue de la galerie « La Tache » d’Aix-en-en-Provence, avec une préface de Charles Dreyfus, dans le cadre d’une exposition solo.]

« Epidémie de table »- cuvée épidémik- édition-production galerie de l’ancienne poste dirigée par Michel Sohier, Calais.

26 juillet 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (11)

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À la fin de cet été 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le dixième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

…l’épidémie sonore contourne les frontières d’impédance, bruit des mâchoires chamaniques dans les culasses, embrasement des clito infectés, tourniquets fous des foules sourdes, peintures de propagations en volume, toux, crachats, toux toux toux, crachats, toux toux, larsen-toux pour l’immunité de groupe jusqu’au rectum, images-pesticides de débauche de l’entassement dans les souillures de consommation, moules farcies contagieuses, imitation, débandade de tout, décadence dilatée des mufles exclusifs vautrés dans l’abondance, dégoût du gâchis de tout, spéculation de tout, le déluge des petits peintres-robots conformistes intensifie la multitude de médiocrité ruisselante dans les valves du pourrissement planétaire, prosaïsme imitation des posters de merde, flaque insipide, goût de chiotte et sous-produit plouc, le simili-monde moulé à la louche est un palliatif, l’épidémie de résistance combat l’épidémie de domination sérielle du mimétisme obligatoire dans le pullulement de masse des profusions standards, épidémie d’exploitations, culture de contrôle, diktat, la résistance épidémike est une arme d’excitation orgasmique anti-épidémie anti-contrôle dans l’épidémie invisible du contrôle, épidémie de saturation totale expansionniste, alors l’épidémie épidémike lutte contre l’épidémie de la multiplication des petits peintres collabo dans la contamination massive des masses contaminées à l’esclavage de soumission sous contrôle avec les hélicoptères CKKE et les mouchards couche-culotte de propagande des normes imposées dans l’infection purulente des contagions, l’épidémie épidémike est une rafale de rayon x qui rayonne pour détruire les cellules folles des contagions de manipulations de masse, Centre Kultur Kontrol Epidémia à fond dans la bouillasse, l’épidémie anti-épidémie est une langue de lumière intense qui brille dans l’embrasement des étincelles et même dans les halos, l’épidémie-vaccin des langues démultipliées est une illumination…

Action Pré-histart épidémik. Captage Alain Letort ………….. Joël Hubaut, 1976.

19 juillet 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (10)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:39

À la fin de cet été 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le neuvième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

… l’épidémie anti-corps ébranle les carcans obscurs de domination, brouillard du flou des vapeurs sans grillage, embruns magiques braqués dans les trajectoires astrophysiques du café bouillant de l’Afrique exploitée, décollage speed, poème-crachin incantatoire pour le respect africain, tambour, tambour, les étoiles brillent pour tous, faisceaux solaires en plein phare, cocote minute sous pression, l’épidémie est une projection hallucinogène, maintenant, faut péter les pipe lines de servitude de l’évaporation noire pour fabriquer les drapeaux noirs intemporels des révoltes, balais de pelleteuses fluo pour la construction des reflets essentiels des transes, désert, forêt, montagnes, mer, incendie, inondation, tremblement de terre, cubisme mort, jazz-blues volés, les ombres forniquent les ombres de la réalité, grand manitou partout, ici est toujours ailleurs, là-bas, c’ est là ! Ici, Caen-boucan, tambour, tambour, épidémie du souffle tellurique, lave baveuse de bave de lave, Caen Toucan, toco toco, hurlement des signes du contexte de proximité dans l’univers, toco toco, chaque mot dilaté est re-dessiné en acoustique, chaque mot cinétique danse et chante, couilles disséminées dans l’espace colonisé à fric, Picasso-Buffalo Bill-potlach-totem, goulag de la pensée dans les savanes urbaines, guetto toco toco, amplification des cercles, triangles, croix, flèches, carrés, zigzags métis, serpentins indiens dessinés simultanément dans la diffusion, épidémie rouge à lèvres, épidémie romantique en boucle, explosion interne anti-mirador, résistance pieds nickelés pim pam poum, virus-gros nounours, contagion-sorcellerie, bonne nuit les petits, debout ! debout ! Pas dormir pas dormir pas dormir, Mickey-KKK, épidémie d’éveil permanent, massacre, chacun est toujours le virus-guetto-CKK de l’autre dans l’abrutissement de l’endormissement euphorique des contaminations épidémikes…

Action épidémike avec mon chien-saucisse. Volcan-Ville. Joël Hubaut 76

 

15 juillet 2020

[Création] Joël Hubaut, ÉpidémiK (9)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 21:11

À la fin de cet été 2020, chers Libr-Lecteurs, vous disposerez d’un objet littéraire déconcertant et bouillonnant, d’une rare vie singulière : la somme épidémike de Joël HUBAUT, écrite dans les années 70 – et introuvable. [Lire le huitième texte]

Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

…on recombine les émissions en pompant la chiasse, on pompe les nodules de re-génération pour ratatouiller les conservateurs, stimulation kystique pulpant les coulées-pulpe extra-terrestre, prolifération, transmission galactique contaminant le quotidien, l’épidémie tracte les ovules de révolte, gorge rembobinée dans la morve Blec le Roc, détonation nucléique, fréquence libre homme-femme, femme-homme, l’épidémie inonde la chaudière des constellations de jupes électro-aimantées, elle voltige entre les capsules des braguettes chauves, peinture buccale coagulée, peinture de venin et d’orbites, arc-en-ciel en terrine anti-croûtes, les vers luisants qui creusent la housse éphémère par faisceaux ultra-violet, échos, échos, pulsion des injections automatiques dans le ventre, nombrils décuplés, rage plein l’bide, gavage de l’idéologie scout Rusty-Rintintin dans la télé d’internement, asservissement-dépendance, miettes militaro-mythiques en salade d’idolâtrie, mythes de merde, les cillements de la peinture copule dans l’image-cellule-virus-dévotion, dialyse des icônes contaminées ondulantes, peinture de guerre en marge, choc des enragés, pow wow de renaissance, l’épidémie bouillonne le magma décalqué pour sortir du cadre et s’affranchir, l’épidémie franchit ce putain de mur est-ouest, elle le traverse à l’aise comme un miroir, le mur de la honte est une contamination pornographique, l’épidémie épidémike contamine les supporters du KGB-CIA-club, match nul avec Jésus, contamination, contamination… /1976/

« Zone épidémie », sérigraphie (50 x 65 cm ), édition/ production galerie de l’ancienne poste, Calais, Joël Hubaut 1975.

8 juillet 2020

[Entretien] Lancement d’un OVNI, COCKPIT : trois questions à Christophe Fiat, par Fabrice Thumerel

Avant ma chronique qui paraîtra dans La Revue des revues, on découvrira l’OVNI COCKPIT VOICE RECORDER grâce à l’un des deux pilotes à bord, Christophe Fiat, dont on lira dans AOC un article éclairant : « Ã‰crire dans une période de collisions ». [Une épopée de Christophe Fiat]
Commander la revue : troisccc@free.fr (5 € le numéro papier ; 2 € en format numérique).

 

Pourquoi ce titre et ce support cheap et pop ?

Le COCKPIT VOICE RECORDER est la boîte noire placée à l’arrière d’un avion qui enregistre les conversations des pilotes pendant le vol. Elle est conçue pour résister aux chocs, à l’incendie et à l’immersion. À une époque où l’art et la culture sont sans cesse dégradés, menacés, attaqués, la métaphore de la boîte noire est le lieu adéquat pour rendre possible une création nouvelle qui serait à l’abri des coups mais à l’affut du monde et de ses convulsions. Et aussi le COCKPIT VOICE RECORDER est un espace d’écoute et de son, un espace où les voix des invités de la revue peuvent se faire entendre comme si chacun d’eux était pilote ou co-pilote. D’ailleurs chaque invitation est une « carte blanche » au propre et au figuré : chaque page de la revue est un fond blanc avec un cadre noir dans laquelle les invités ont la liberté de publier ce qu’ils veulent. Quant au support (la revue en version papier ressemble à un journal), il est adapté à la fréquence de publication : un mensuel. Comme nous avons une économie modeste et qu’il faut publier vite et bien, nous avons eu recours au DIY dont l’origine est plus à chercher du côté du Punk que de la Pop, cette dernière se caractérisant par son univers multicolore et pétillant. Ici que des pages en noir et blanc, accompagnées du bandeau :

« jeveuxquemapoésiepuisseêtrelueparunejeunefillede14ans ».

 

Quel parallèle établis-tu entre cette nouvelle expérience revuiste et ta première, avec Anne-James Chaton, intituléeTIJA (The Incredible Justine’s Adventures) ? 

COCKPIT VOICE RECORDER est né pendant le confinement de la crise sanitaire du Covid. Le premier numéro est paru le 1er mai 2020 en version uniquement numérique. C’est pour moi une aventure incomparable et pour Charlotte Rolland, une aventure inédite. Revue de crise. Donc nous sommes deux dans le COCKPIT à conduire ce que j’appelle ce zing : Charlotte Rolland, directrice de la publication et moi qui m’occupe du rédactionnel. C’est une revue de création par le choix des invités (ils viennent du théâtre, de la poésie, de la littérature et de l’art et aussi de la musique et de la culture) et par la liberté des formes mais par son rythme de parution, elle est mensuelle, cette revue peut s’apparenter à un journal qui fait état, tous les premiers vendredis du mois de l’état de la création en France et à l’étranger (nous publions des écrivains italiens, espagnols, mexicains, américains et bientôt japonais). Et chaque numéro est accompagné du poster du mois : en mai, Regine Kolle, en juin, Hyppolite Hentgen et en juillet Août, Rainier Lericolais.

Voilà, c’est important pour Charlotte Rolland et moi ce rythme mensuel qui est assez dingue à tenir mais qui participe de l’énergie de la revue : ouvrir un espace où un nouvel imaginaire est rendu possible.

 

Vu le caractère offensif de l’édito de juin, dirais-tu que cette boîte noire est impliquée (ou engagée ?) dans notre monde ou que simplement elle en témoigne ?

Chaque page de la revue est accompagnée du bandeau
#jeveuxquemapoésiepuisseêtrelueparunejeunefillede14ans.

C’est une citation de Lautréamont que j’interprète ainsi : plus tôt on lit de la littérature et plus tôt on est armé et outillé pour comprendre la violence du monde dans lequel on vit et le nôtre n’en manque pas, assurément. Cette revue est plus un écho des convulsions de notre époque qu’une réponse. Implication ? Engagement ? Témoignage ? Depuis 20 ans, comme tu sais, j’écris des livres qui sont tous des épopées et à présent j’essaye dans cette revue de donner à l’épopée un espace collectif. Il n’y a que l’épopée pour dire ce qui se passe aujourd’hui mais des épopées critiques, satiriques, caustiques, parfois. Revue « à vif » comme je l’ai écrit dans l’édito du premier numéro.

3 juillet 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (8)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:25

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le septième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

Dessin à la seringue avec l’influx anti-flic, shoot, magnéto branché aux poulies, salive alternée, crochets de souche hissant les noyaux proliférants, ondes des nerfs, dessin-générateur de dessins enfilés dans les essieux, surcharge du plasma contaminé, effluves en roue libre, encre de seiche ré-incarnée, vroum-vroum, lavis, poulpe et calmar branlés sous perfusion, tampons, tampons, tampons, action tamponnage pour pondre, tampons reproductifs du tamponnage d’excès entre les ponts, l’épidémie aggrave la gravure, re-câble les tubes des trayeuses jusqu’au vomissement, mots rajoutés aux fréquences-radio pour écouter les dessins à fond hors des rouages, tamponnage, bruit du fond dans les Å“ufs pondus, tampons, tampons, biopsie des lettres condensées, alphabets des morts de la langue pour vivre dans les manèges du soleil avec la langue des résurgences mélangées aux inventions mutantes, tamponnage, bam, péter l’soutif du vertige futur des contaminations absolues cosmiques, tampons, tampons, Å“ufs volants de l’univers dans la défonce, danse du plancton libéré, nuages épidémiks dans l’abîme fibreux des marges dé-spatialisées des méta-marges, grande solitude des actions marginales intensives, écrire et peindre enfin pour les oiseaux, les vaches, les cochons, les belettes, les hérissons, les lapins, écrire et danser en chaussettes avec les lapins face au CKKE maximal, saucissons volants, bouquets, tampons, tampons, épidémie-boomerang en pleine gueule, bam, tampons, tampons, solitude, tampons tampons…

Flotteurs épidémik, Joël Hubaut 1976

23 juin 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK 7

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Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le sixième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie épidémike transforme l’idée du monde contre sa prolifération ravageuse, segments toxiques, parasites du soulèvement, mimétismes idéologiques des larves, chiures ventilées dans les bronches, étouffement des sens, mépris des animaux, aliénation en série… Pour le renouvellement, le corps se dé-codifie dans son recyclage, à coup d’ fourchette dans la touffe, spatch ! Cul de cul… coktail, ragoût. L’épidémie coule en pédonculant toutes les particules métamorphosées, elle foisonne dans l’extension programmée, elle épouille, sabote les frontières, l’épidémie s’enfourne contre l’épidémie dans la tuyauterie planétaire comme un film expansé en migration violente dans le monde vers d’autres mondes contaminés, gerbe les germes, elle révèle les carottages fossiles d’illusion, l’imposture de la ruse perfide, les saloperies, la banque-boeuf, les assurances, l’administration, le contrôle, l’épidémie anti-corps balaye les simulateurs, sodomie radio-active de l’espace-temps, fusées-fusées CKKE, pénétration volcanique de la conscience en transe, signaux épars , libertaires, échangistes marquant le passé futur dans le présent constant en suspension, évaporation de l’âme-glaviot, l’épidémie s’expose pour cuber son foisonnement contre les foisonnements, elle déchouine l’aplatissement des courtisans, toute la couenne, l’épidémie formule l’épidémie dans ses anti-corps, elle entraîne la pensée proliférante dans la pensée-anti-corps, l’épidémie est une divagation rajoutée, une augmentation qui augmente l’épidémie de son épidémie dans l’espace avec la crème fraîche des cieux expectorée pour peindre le futur contaminé à la mémoire d’Artaud avec les anti-corps de l’épidémie corporelle au-delà du corps prémédité, c’est çà ! Juste pour l’esprit épidémik, pour l’esprit épidémik du grésillement de la vie imprévisible, pour le frottis, oui, pour le frottis dans son écho crépitant, raclé, complètement raclé… bziiiiiiiiiigrrrrrrrrrr – bziiiiiiiiiiiiiiigrrrrrrrrrrrrrrrrrr pour la beauté…

 » MUTATION EPIDEMIK  » (100 x 75 cm ) : feuilles perforées – plan géographique de la zone d’ insectes, photos constats insectes résinés, dessin. ( épidémik-box co-réalisation Michel Sohier/ Joël Hubaut 1976.

4 juin 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (6)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 19:53

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le cinquième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie torpille les guitares électriques ramollo hippies, les signes remontent le courant, fibroses circulatoires dans les vaisseaux avec les lucioles punks, flashs disproportionnés, pansements multicolores extra-terrestres des signaux, veines congestionnées des saucisses, les petits peintres étriqués se répandent avec les petits poètes à rimes, diarrhée abstraite attardée, bruit intensif de l’épandage psychiatrique avec les tiques-polaroïds, la musique de merde à contaminer les radios gluantes, bruit des coups de triques sur les tiques, cruauté des images des poèmes-globules dans le bruit illisible des bottes de la pensée soumise au business, bruit de la normalité asphyxiante, bruit de l’ombre du méta-bétail collabo, mimétisme de la conformité et des traditions-Zitrone, mimétisme obligatoire, CKKE total comme une gangrène sécuritaire, CKK- CKK routine, faut déclencher l’urgence Chéri-Bibi de la contre-épidémie auto-défense, contre match, contre drugstores, contre chiotte-mode, contre toute imposition, déclencher la parade contre-épidémie de protestation et d’endurance, épidémie-anti-épidémie, contre épidémie-désobéissance, les tempes tam-tam qui cognent, maintenant, à l’instant même, courir dans les guirlandes de l’écume insoumise, caresser les cailloux blessés, s’imprégner de désirs en plongeant dans la mappemonde lumineuse, s’engouffrer, brailler pour vivre, franchir le mur du son de la liberté en combattant les petits profs fétides de la morale, re-brailler en soi pour s’exploser en rayonnant comme une giclée de paillettes de poussières d’étoiles, ne surtout pas céder, s’astraliser, tourniquer avec Saturnin le canard, faire des cercles d’énergie dans l’espace, rotation sublime épidémike, coin coin Hara Kiri, ténacité, résistance, élan-élan goutte à goutte, réagir avec coin coin Saturnin…

Cailloux épidémik, Joël Hubaut, 1976

24 mai 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (5)

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Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le quatrième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

Les mollusques copulent les champignons, toutes les doses T.V. inoculées, placenta optique en flagelles coagulant les moumoutes, drain planté dans l’œsophage, crotales entortillés, ballonnement, réplication, les virus se combinant avec les bactéries, ils mutent en se croisant dans les flaques contaminées, insertion des greffes virus-bactérie, les hybridités se propagent provoquant des excroissances, ça ondule les caillots, poème lu à voix haute, ganglions psychédéliques roses, turbines aphteuses introduites dans les cadavres de varans, carcasses bourrées, l’épidémie segmente une langue synthétique, fioul ras l’casque, envahissement obsédant des croix, signaux éclatés en incruste avec les bêtes dans la bouche, porcherie industrielle, l’oralité des signes fracasse le schéma, la géométrie bande, partouze biologique du camembert dans les lambeaux du réel, les nymphes dévorant les acariens propageant des mutations folles improbables, tiques hybrides mixées aux acariens dégénérés, vampirisme et cannibalisme interactifs, collage du flux ésotérique des truies-truites, la colonisation menaçante se disperse dans les batteries, chimères évidentes du vivant, développement inflammatoire des glandes métisses invasives, dessins-griffes-prothèses, frelons-travellos, contagion anarchique… /Joël Hubaut, 1976/

« Portrait insectoïde » sur fond de peinture épidémik.
Volcan-Ville (Joël Hubaut, 1974)

17 mai 2020

[News] News du dimanche

Si l’on cherche coûte que coûte à faire les fonds de tiroir de l’espoir, à défaut de voir la fin du tunnel, au moins ceci : faute de livres nouveaux, certains chercheurs d’or sont allés naviguer de la belle aube au libre soir, ivres de pépites… D’où une belle activité numérique – qu’encouragent nos Libr-brèves… Qui précèdent les désormais fameux « Mots-croisés insolubles » de Marcel Navas…

Libr-brèves

â–º Dans la dernière livraison de son VITAL JOURNAL VIRAL (Déboîtements #9 : 10-16 mai 2020), la veille du déconfinement, Christophe Grossi constate un revirement des pratiques de lecture : « Je remarque que les lectrices et lecteurs de ce journal sont deux fois moins nombreux depuis deux semaines. Est-ce dû à la fin du confinement qui se précise ? Trop de propositions à lire ? Un ras-le-bol général ? Un manque d’intérêt soudain pour les écritures personnelles ? Envie de lire des textes qui seraient moins reliés à l’actualité ? Ou est-ce moins bien écrit ? Est-ce moins intéressant ? Comme la ville, vous ai-je soûlé.e.s ? Dans le même temps, de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux annoncent qu’elles arrêteront d’écrire, de publier et de partager à partir de ce soir. C’est dommage. Nous ne sommes qu’en liberté provisoire et surveillée. Et même si le pire n’est jamais certain, j’ai de bonnes raisons de penser que ce qui arrive ne sera pas toujours beau à vivre et qu’il serait bon de continuer à témoigner. »

 

â–º Sur YouTube mais surtout La Vie manifeste, signalons la série de Philippe Maurel, « RUN RUN RUN » : pour l’instant, la saison 1 compte 6 épisodes, dont le 3e « Contrôle des flux » (« Survivre, c’est discriminer… »).

 

â–º On découvrira le blog de Thomas Seto, en commençant par « Limite (2020) – Mr & Me Impérieux »

 

► Ne pas manquer la troisième partie du long et passionnant entretien de Laure Gauthier avec Guillaume Richez sur Les Imposteurs.

Installation sonore de T. Saraceno (décembre 2018)

 

â–º La réouverture des écoles vue par La Vie manifeste dans « Les Quatre Côtés d’un carré. Les jeux de l’empire » : Comment rendre bêtes les enfants en les faisant tourner en rond dans le pré carré de la République ? Une dizaine de minutes durant, la Parole-Cucul – chansons incluses – montre comment les enfants sont conditionnés au Nouvel Ordre hygiéniste qu’impose un Empire néo-libéral responsable de la mondialisation économico-sanitaire : « la réouverture des écoles à la Blanquer » tente la gageure d’opérer « l’introjection/gestion du flic par le corps professoral »…

 

Marcel Navas, Mots-croisés insolubles
Problème n° 5

Horizontalement

  1. Il ne tient pas en place et par conséquent il n’y est pour personne. – II. La même légende mais jamais sous les mêmes images. – III. Font des étincelles en versant de l’huile sur le feu sacré. Figure par laquelle sont rompues les amours platoniques. – IV. Ils travaillent dans des trous qui ne sont pas tous dans des trous. Feuilles volantes qui tombent à l’eau. – V. Tout simplement jaloux de lui-même. Dose de somnifère. Lui au moins il ne se cache pas derrière l’apparence. – VI. Voyage dans le temps. Tourne à vide. -VII. Il trompe la faim de la femme, et l’homme par la même occasion. Broie du noir avec du gris. – VIII. Tirent les ficelles et finissent par s’embrouiller dans les cordes. Bouquet fatal. – IX. En voilà des manières ! Pas le seul zouave qui travaille dans la presse, mais certainement le plus doux. – X. Ils visent à l’objectivité mais ne sauraient jamais l’atteindre. – XI. Pas moyen de lui en vendre treize à la douzaine. – XII. Il est du bois dont on fait les portemanteaux à défaut des flûtes. Il se prend pour un trait d’union et n’est qu’une pomme de discorde.

Verticalement

  1. Quand on s’y attache, il ne faut plus espérer s’en décoller. – 2. Une couverture sous laquelle on risque de perdre sa chemise de nuit. Chameaux ! – 3. D’un rien ils se font un monde où la vie est invivable. – 4. Petits porteurs de valises. Décore les pots de chambre et les assiettes à soupe. – 5. Au début il fait le service, après il dessert, et à la fin il ne sert plus à rien. Plaisir solitaire qu’on se donne en public. – 6. Un drôle de cas. Une drôle de tête. Ce n’est pas à eux qu’il faut faire l’aumône d’une plaisanterie. – 7. Quelles que soient les routes qu’elles empruntent, elles se laissent griser par la vitesse. – 8. On connaît son adresse mais pas son domicile. Elle est mise à toutes les sauces. Pont suspendu. – 9. Brune piquante dont les piquants se sont émoussés. Détective privé de travail. – 10. Il n’a vraiment aucune tenue ! Mélange d’états d’âme et de sons de cloches. – 11. Pas une grosse perte. Planche de salut qui peut être mortelle. – 12. Paradis du parfait petit conformiste. Déteint après un lavage de cerveau.

13 mai 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (4)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:11

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le troisième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

Il faudra macérer la peinture jusqu’aux changements d’état. Alchimie des vapeurs indicibles dans les tas, la matière se transforme en souffle sans le vent, y’a pas de vent, c’est vivant fixe impassible, le mouvement savant est fixé dans son tremblement sans vent – Epidémie du souffle statique qui flotte en suspens pour se répandre au ralenti, peinture planante en volume, invasion de l’espace du souffle comme sculpture épidémik – Epidémie du tripotage visuel, épidémie du décollement, épidémie du vide pour remplir le réel de sa doublure démultipliée, expansion agitée inanimée, la peinture reproduite s’auto-reproduit pour se répandre en saturant, elle grossit pendant que la contamination muséale devient pandémique avec les spéculations, CKKE global, résistance, cris des tiques creusant la chair en éjaculant les bâtonnets contractils épidémiks – Epidémie infiltrée dans les câbles, rognant les fibres et les gaines, anus dilaté, épidémie obèse enchevêtrée dans les tumeurs qui convergent aux ramifications engendrant d’autres contagions plus extrêmes, invisibles, inimaginables, déconcertantes, démultipliant les tumeurs et les infections, épidémie épidermique à fleur de peau, poils hérissés dans les enceintes, peau tatouée, paupiettes maquillées, cyclone mental épileptique, rognures, haut parleurs de propagation artsecticide, diffusion-pollution-diffusion, tubes et tuba, la peinture se respire, active, contaminante jusqu’à l’étouffement, épidémie, épidémie, épidémie dans les slips ……… /Joël Hubaut, 1976/

« ATOME EPIDEMIK », acrylique sur toile, (130 x 97 cm). Série peinture cut-up grise, galerie noire Paris. (Une sérigraphie à été éditée par la revue L’Oeil Lisant (à côté de ce que vous êtes en train de lire) dans les ateliers de Michel Caza, Paris ) Joël Hubaut 1974.

6 mai 2020

[Chronique] Patrick Beurard-Valdoye, Fléau et Théâtre social

Il ne s’agit pas ici de mettre un signe égal entre le coronavirus et la peste, comme l’ont fait certains commentateurs. Il y a la différence considérable, que les phénomènes de peste au Moyen-âge, et certainement dans une large mesure en 1720, inexpliqués, dépassant l’entendement, relevaient de la « punition divine » Avec l’impuissance et la résignation – le fatum – qui s’en suivent, et la recherche d’un bouc émissaire.

Tel n’est pas le cas du virus atroce qui s’abat sur le monde, parce qu’identifié, classé, nommé, voire, semble-t-il, sous certaines conditions, repoussé par traitement médical. Certains pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou l’Irlande – si l’on considère le nombre de morts, certes important – semblent être en mesure de contenir la démesure.

Contrairement aux pestes historiques dévastant tout, il apparaît de plus de plus clairement que le COVID 19 sévit massivement dans les pays où l’ensemble du système de santé est défaillant, ou très défaillant, parmi lesquels certains pays occidentaux. Ce propos est celui de Giovanni Maio, professeur d’éthique médicale et d’histoire de la médecine à l’Université de Freiburg (Arte Journal, 3 avril) :

Les politiques de santé qui ont été menées depuis vingt ans en Occident, sont responsables de la situation actuelle. Et nous en subissons les conséquences aujourd’hui. Nous avons laissé l’économie décider de tout dans notre système de santé. C’est comme ça que l’on en est arrivé à réduire des postes et fermer des lits. On a organisé de façon délibérée la pénurie du personnel. Ce virus est arrivé à un moment où les systèmes de santé des pays occidentaux étaient déjà malades.

L’analogie avec la peste paraît toutefois pertinente, quant au même flegme des autorités responsables de cités, de royaumes, de nations ou d’états de pays fédéraux, à anticiper, à prendre des décisions impératives, et les bonnes.

L’ouvrage d’Antonin Artaud nous renseigne magistralement sur une méthode d’élaboration d’un art inédit et inouï (Le Théâtre de la cruauté) à partir de l’expérience mnésique de la peste et ses symptômes. Les descriptions historiques et médicales sont ligaturées à un phénomène psychique collectif, qui relève également de la culture, et induit des options de culture dans nos sociétés.

En puisant dans l’énergie quasi illimitée de cette catastrophe, prélevée dans sa dimension fabuleuse – par transmutation, pour reprendre son terme – Artaud conçoit un art émancipateur. Il refoule une « culture qui n’a jamais coïncidé avec la vie, et qui est faite pour régenter la vie ». C’est un manifeste de la culture qui en découle, comme la préface du Théâtre et son double l’affirme d’emblée : « on peut commencer à tirer une idée de la culture, une idée qui est d’abord une protestation. Protestation contre le rétrécissement insensé que l’on impose à l’idée de culture en la réduisant à une sorte d’inconcevable Panthéon ; ce qui donne une idolâtrie de la culture, comme des religions idolâtres mettent leurs dieux dans leur Panthéon ».

Rien d’étonnant à ce que ce chapitre débute par l’évocation d’un bateau, le Grand-Saint-Antoine. Le vaisseau est par excellence le véhicule des rêves et des mythes. La vie et l’histoire d’Antoine (son véritable prénom à l’état-civil) sont profondément ancrées dans celle des navires, et il est essentiel pour lui de fonder sa parole sur une expérience d’être traversé par plusieurs cultures (moyen-orientale, grecque et française pour commencer) dont il est le réceptacle. Fils d’armateur, le petit Antonin dessine des bateaux avant d’écrire des poèmes. Et c’est sur le paquebot de la French Line qui le conduit au Mexique, via La Habana, que le titre du livre lui vient enfin. À bord, il expédie à Jean Paulhan ce message :

ce sera LE THÉATRE ET SON DOUBLE

car le théâtre double la vie

la vie double le vrai théâtre

Ou encore le malheureux renvoi d’Irlande en septembre 1937 sur le paquebot Washington, suite à quoi il est débarqué au Havre, pour être sitôt interné en hôpital psychiatrique durant 9 ans.

Le récit débute par l’évocation d’un rêve qui fait office d’augure. Peu avant, dans sa préface, Antonin Artaud met justement en relation les notions de culture et de rêve : « Si notre vie manque de soufre, c’est-à-dire d’une constante magie, c’est qu’il nous plaît de regarder nos actes et de nous perdre en considérations sur les formes rêvées de nos actes, au lieu d’être poussés par eux ».

Voici comment le vice-roi de Sardaigne (qui était baron, en fait), poussé par un rêve, passe à l’acte !

Sous l’action du fléau, les cadres de la société se liquéfient. L’ordre tombe. Il assiste à toutes les déroutes de la morale, à toutes les débâcles de la psychologie, il entend en lui le murmure de ses humeurs, déchirées, en pleine défaite, et qui, dans une vertigineuse déperdition de matière, deviennent lourdes et se métamorphosent peu à peu en charbon. Est-il donc trop tard pour conjurer le fléau ? Même détruit, même annihilé et pulvérisé organiquement, et brûlé dans les moelles, il sait qu’on ne meurt pas dans les rêves, que la volonté y joue jusqu’à l’absurde, jusqu’à la négation du possible, jusqu’à une sorte de transmutation du mensonge dont on refait de la vérité.

Il se réveille. Tous ces bruits de peste qui courent et ces miasmes d’un virus venu d’Orient, il saura se montrer capable de les éloigner.

Un navire absent de Beyrouth depuis un mois, le Grand-Saint-Antoine, demande la passe et propose de débarquer. C’est alors qu’il donne l’ordre fou, l’ordre jugé délirant, absurde, imbécile et despotique par le peuple et par tout son entourage. Dare-dare, il dépêche vers le navire qu’il présume contaminé la barque du pilote et quelques hommes, avec l’ordre pour le Grand-Saint-Antoine d’avoir à virer de bord tout de suite, et de faire force de voiles hors de la ville, sous peine d’être coulé à coups de canon. La guerre contre la peste. L’autocrate n’y allait pas par quatre chemins.

Il faut en passant remarquer la force particulière de l’influence que ce rêve exerça sur lui, puisqu’elle lui permit, malgré les sarcasmes de la foule et le scepticisme de son entourage, de persévérer dans la férocité de ses ordres, passant pour cela non seulement sur le droit des gens, mais sur le plus simple respect de la vie humaine, et sur toutes sortes de conventions nationales ou internationales, qui, devant la mort, ne sont plus de saison.

Quoi qu’il en soit, le navire continua sa route, aborda à Livourne, et pénétra dans la rade de Marseille, où on lui permit de débarquer.

Ce que devint sa cargaison de pesteux, les services de la voirie de Marseille n’en ont pas conservé le souvenir. On sait à peu près ce que devinrent les matelots de son équipage, qui ne moururent pas tous de la peste et se répandirent en diverses contrées.

Grand-Saint-Antoine n’apporta pas la peste à Marseille. Elle était là. Et dans une période de particulière recrudescence. Mais on était parvenu à en localiser les foyers.

La peste apportée par le Grand-Saint-Antoine, était la peste orientale, le virus d’origine, et c’est de ses approches et de sa diffusion dans la ville que date le côté particulièrement atroce et le flamboiement généralisé de l’épidémie.

Et ceci inspire quelques pensées.

Cette peste, qui semble réactiver un virus, était capable toute seule d’exercer des ravages sensiblement égaux ; puisque de tout l’équipage, le capitaine fut le seul à ne pas attraper la peste, et d’autre part, il ne semble pas que les pestiférés nouveaux venus aient jamais été en contact direct avec les autres, parqués dans des quartiers fermés. Le Grand-Saint-Antoine qui passe à une portée de voix de Cagliari, en Sardaigne, n’y dépose point la peste, mais le vice-roi en recueille en rêve certaines émanations ; car on ne peut nier qu’entre la peste et lui ne se soit établie une communication pondérable, quoique subtile, et il est trop facile d’accuser dans la communication d’une malade pareille, la contagion par simple contact.

Mais ces relations entre Saint-Rémys et la peste, assez forte pour se libérer en images dans son rêve, ne sont tout de même pas assez fortes pour faire apparaître en lui la maladie.

Quoi qu’il en soit, la ville de Cagliari, apprenant quelque temps après que le navire chassé de ses côtes par la volonté despotique du prince miraculeusement éclairé, était à l’origine de la grande épidémie de Marseille, recueillit le fait dans ses archives, où n’importe qui peut le retrouver.

 

La peste de 1720 à Marseille nous a valu les seules descriptions dites cliniques que nous possédions du fléau.

Mais on peut se demander si la peste décrite par les médecins de Marseille était bien la même que celle de 1347, à Florence, d’où est sorti le Décaméron. L’histoire, les livres sacrés, dont la Bible, certains vieux traités médicaux, décrivent de l’extérieur toutes sortes de pestes dont ils semblent avoir retenu beaucoup moins les traits morbides que l’impression démoralisante et fabuleuse qu’elles laissèrent dans les esprits. […]

La peste de 1502 en Provence, qui fournit à Nostradamus l’occasion d’exercer pour la première fois ses facultés de guérisseur, coïncida aussi dans l’ordre politique avec les bouleversements les plus profonds, chutes ou morts de rois, disparition et destruction de provinces, séismes, phénomènes magnétiques de toutes sortes, exodes de Juifs, qui précèdent ou suivent dans l’ordre politique ou cosmiques, des cataclysmes et des ravages dont ceux qui les provoquent sont trop stupides pour prévoir, et ne sont pas assez pervers pour désirer réellement les effets.

Quels que soient les errements des historiens ou de la médecine sur la peste, je crois qu’on peut se mettre d’accord sur l’idée d’une maladie qui serait une sorte  d’entité psychique et ne serait pas apportée par un virus. Si l’on voulait analyser de près tous les faits de contagion pesteuse que l’histoire ou les Mémoires nous présentent, on aurait du mal à isoler un seul fait véritablement avéré de contagion par contact, et l’exemple cité par Boccace de pourceaux qui seraient morts pour avoir flairé des draps dans lesquels auraient été enveloppés des pestiférés, ne vaut guère que pour démontrer une sorte d’affinité mystérieuse entre la viande de pourceau et la nature de la peste, ce qu’il faudrait encore analyser de fort près.

 

La méthode d’Artaud
(L’extrait se termine par : « ce qu’il faudrait encore analyser de fort près »)

En quoi Artaud procède-t-il de l’analyse ? C’est un terme rencontré rarement sous sa plume. D’autant que l’analyse pré-supposerait une approche scientifique. Mais Artaud, poète, est fin rhétoricien !

Remarquons notamment cette phrase à propos de la ville de Cagliari « qui recueillit le fait dans ses archives, où n’importe qui peut le retrouver ».

Les archives en question existent, comme la consignation de l’événement. Mais, par exemple, le « vice-roi » est plutôt un baron de St. Rémy  (de 1720 à 1724, Filippo-Guglielmo Pallavicini, de la Maison de Savoie), et non Saint-Rémys.

La méthode d’Artaud n’est pourtant pas celle d’un créateur de fiction ayant allure de vérité historique. À plus forte raison celle d’un faussaire, comme lorsque Céline  s’annonce en chroniqueur dans D’un château l’autre, qui – par exemple – décrit le cortège des fascistes français sous les bombes d’avions anglo-américains, alors qu’il n’y eut aucun bombardement à Sigmaringen, comme me l’ont confirmé des anciens témoins de Sigmaringen (cf. « L’Ange du narré » dans ma Fugue inachevée, Éditions Leo Scheer / Al Dante).

Nous avons des indications de la méthode Artaud, non pour Le Théâtre et son double, mais pour un ouvrage antérieur – remarquable – Héliogabale ou l’anarchiste couronné (Denoël & Steele, 1934), de principe historiographique assez semblable.

À parution de l’ouvrage, Jean Paulhan demande dans une lettre (1.6.34) à Antonin Artaud, si ce qui est écrit dans Héliogabale ou l’anarchiste couronné est vrai ?

Voici la réponse d’Antonin Artaud :

Cher ami,

Je m’aperçois avec ennui que vous me comprenez de moins en moins, et de mon côté je ne comprends plus vos réactions. La Vérité suprême je ne cherche que cela, mais quand on me parle de ce qui est vrai je me demande toujours de quel vrai on me parle, et jusqu’à quel point la notion qu’on peut avoir d’un vrai limité et objectif ne cache pas l’autre qui obstinément échappe à tout cerne, à toute limite, à toue localisation, et échappe pour finir à ce que l’on appelle le Réel.

Voilà ce que je peux vous dire – bien que votre lettre m’ait irrité et que je me sois dit : que ce soit vrai ou non qu’est-ce que ça peut bien lui faire si c’est beau et si l’on trouve dans ce livre la notion d’un vrai et du Réel Supérieur – les dates sont vraies, tous les événements historiques dont le point de départ est vrai sont interprétés, beaucoup de détails sont inventés ; les Vérités Esotériques j’ai voulu qu’elles soient vraies dans l’Esprit ; elles sont souvent et volontairement FAUSSÉES dans la forme : mais la forme n’est rien.

Une méthode qui, participant d’un projet d’artiste (on n’est pas obligé de le suivre quand il écrit que la forme n’est rien !), n’hésite pas à reconsidérer le sens d’un mot, et à contester son apparente évidence : si tant est d’ailleurs que le mot de virus soit autre chose qu’une simple facilité verbale. Une méthode qui, le cas échéant, pourrait conduire à des intuitions qui s’avèrent par la suite exactes. En effet, lorsqu’Artaud énonce que « La peste apportée par le Grand-Saint-Antoine, était la peste orientale, le virus d’origine », l’on peut se demander d’où Antonin Artaud détenait cette information. Il parle de « traités médicaux récents ». Je n’ai pas assez investigué sur ce point. Je mets cependant en relation cette assertion, avec le paragraphe tiré de Wikipedia :

En 2016, les résultats d’une étude de l’Institut Max-Planck révèlent que cette épidémie de peste était une résurgence de la grande peste noire ayant dévasté l’Europe au xive siècle et non une forme moderne. Le bacille yersinia pestis venu par le Grand Saint Antoine et à l’origine de l’épidémie de peste qui a ravagé la Provence, ne venait pas d’Asie, comme on le croyait jusqu’alors, mais descendait directement du responsable de la première pandémie ayant ravagé l’Europe au xive siècle. Il est donc resté latent pendant quatre siècles avant de redevenir actif.

Autrement dit, Antonin Artaud combinerait ce que j’appellerai – pour le plaisir paradoxal – la rigueur artistique, et l’intuition scientifique.

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