Libr-critique

12 mai 2007

[Livre] Cargo culte de Emmanuel Rabu

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rabu_cargo216.jpgEmmanuel Rabu, Cargo Culte, ed. Le dernier télégramme, 29 p. ISBN : 978-2-9524151-9-4, 9 €
[site du dernier télégramme]
Extrait :
En 1989 dans une interview sur RFI Serge Gainsbourg explique que le modèle dont il s’est inspiré pour écrire l’histoire de Melody Nelson est La Vénus au miroir de VELASQUEZ.

« Le scénar de Melody Nelson ? Je pourrai dire que c’est La Vénus au miroir du Titien. Il a mis en scène La Vénus au miroir, on lui voit son cul mais on ne voit pas sa gueule. Et, on lui voit sa gueule parce qu’elle tiet un miroir. Ça c’est un grand chef opérateur et un grand metteur en scène qui a fait cela. Donc c’était Lolita. Je cherchais la Lolta de mes instincts, je ne dirais pas physiques mais fantasmagoriques, instinctuels. La petite Lolita qui sait finaliser dans l’amour, dans sa beauté, dans sa jeunesse. Je fais s’éteinre Melody dans un crash d’avion. Melody, où es-tu Melody ? »

Impressions :
roussel.jpg Ce petit texte d’Emmanuel Rabu s’inscrit dans la lignée de son Tryphon Tournesol et Isidor Isou [présentation générale, chronique], il pourrait même en être une des clés explicatives. En effet, Cargo culte, s’il met en perspective selon un cheminement chronologique l’élaboration de Melody Nelson, entre autres, il est surtout une mise en évidence d’une élaboration poétique liée à Raymond Roussel. En ce sens, il correspondrait à ce qu’énonce d’emblée Roussel dans Comment j’ai écrit certains de mes lives : « Ce procédé, il me semble qu’il est de mon devoir de le révéler, car j’ai l’impression que des écrivains de l’avenir pourraient peut-être l’exploiter avec fruit. » Le travail de Rabu prenant appui sur la logique de l’holorime de Roussel, la déplace pour comprendre en quel sens la conjonction entre d’un côté La Vénus au miroir de Velasquez et de l’autre Eleanor Velasco Thornton, donne Melody Nelson de Serge Gainsbourg. Il s’agit ainsi dans Cargo culte de montrer deux cheminements parallèles avec leurs ramifications historiques et de saisir de quelle manière ces deux cheminements sont reliés selon la logique rousselienne : comme deux ph(r)ases quasi similaires qui inaugurent et achèvent un conte, mais qui pourtant sont différentes dans leur signification. S’éclaire ici la couverture énigmatique du livre : un cable RCA Left/Right.
Si ce texte d’Emmanuel Rabu, comme pour son précédent livre, obéit à une économie minimale de l’écriture — ce qui définit sa propre spécificité et qualité — reste cependant, qu’en tant que livre il est dommage qu’il soit si onéreux. En effet, le prix de 9 € semble cher pour ce livre, qui est très court [à peine 16 pages, où souvent il n’y a qu’une phrase ou deux.] /PB/

2 avril 2007

[Chronique] Un accident de la matière et du langage (à propos d’E. Rabu)

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rabu_1.jpg
[lire la présentation générale du livre]
Dans Ev-Zone, publié en 2002 aux éditions Derrière la salle de bain, Emmanuel Rabu, construisait le flux poétique, non pas selon la logique intentionnelle de la continuité, ou bien selon une logique phénoménale du réel [mimésis de la brisure et du fragment], mais selon un leïtmotiv obsédant : « un accident de la matière et du langage ». Cette Ev-Zone se présentait comme accidentalité du rapport matière/langage, non pas représentation de l’accident, mais présence même du texte en tant qu’accident issu de la mécanique liée à la corporéité humaine. Un texte n’est texte que selon l’accidentalité organique qui apparaît corporellement par les traces du langage.
Avec Tryphon Tournesol et Isidore Isou, selon un certain prolongement de cette logique, il montre en quel sens dans le jeu de miroir entre ces deux figures, l’une fictionnelle et l’autre réelle, de même un « sujet expérimental échappe au contrôle », et dès lors crée une forme d’interférence, de perturbation, qui par contamination généralisée du plan où il apparaît, remet en jeu l’ensemble de celui-ci, impliquant une réarticulation générale des liaisons qui le constituent.

Un sujet expérimental exige une focale expérimentale
Lorsque l’on lit certaines critiques qui viennent d’être écrites à propos du livre d’E. Rabu, ce qui revient c’est le caractère « limité » de son approche [chronic’art n°34], ou bien encore selon Guillaume Fayard, sur sitaudis, un résultat déceptif, manquant en quelque sorte d’ampleur. Certes, il serait inconséquent de dire que ce livre se donne comme exhaustif, comme une étude pouvant donner matière à articuler l’ensemble des problématiques touchant aussi bien Tryphon Tournesol qu’Isidore Isou (je reviendrai en conclusion sur ce dernier). Toutefois, est-ce que cette angularité, impliquant la déception, est pertinente. Pour reprendre, un geste épistémologique classique depuis Freud, analysant son angle d’attaque de la psyché, il ne faut pas juger ou préjuger de la qualité et de la pertinence d’une oeuvre selon des conditions d’approche qui lui sont extérieures, mais selon la spécificité de l’objet recherché. Or, ce que je pense, c’est qu’aucune de ces critiques, qui peuvent être par ailleurs de qualité, ne réussit à penser ce qui est véritablement en jeu dans ce livre. L’enjeu de ce texte ne s’est pas construit d’abord à partir de ces deux protagonistes [TT & II], mais ces deux protagonistes font apparaître pour E. Rabu, une question qu’il pose auparavant, que j’ai commencé à faire apparaître en introduction : celle de l’accidentalité dans le temps, de la perturbation d’une structure organique par l’apparition d’une forme d’hétérogénéité. Cette mise en perspective est cela même qui permet, je crois, de comprendre le terme de post-poésie, non pas seulement dépassement des cadres strictes des genres, ce qui est exploré par les écritures questionnant le cadre post-moderne de cette époque, mais écriture qui s’engage comme examen quasi clinique de fonctionnements organiques divers, en tant que condition de possibilité de l’émergence de la création.

L’aventure Tintin est un corps organique comme les autres
Si l’on veut saisir certains enjeux du livre d’E Rabu, il faut tout d’abord comprendre que l’ensemble de son travail met en lumière les aventures de Tintin comme un organisme déterminé, qui a son propre fonctionnement, sa logique de constitution. Certes, on pourra l’analyser par d’autres voies : morale, sexuelle, psychanalytique. Mais ici ce ne sera pas le cas, il s’agira de voir bien plus une présence cancérigène, qui s’introduisant sous les traits d’un pré-personnage (Aristide Filoselle), va devenir un élément reconfigurateur de l’ensemble de ce corps. De même, Isidore Isou, se doit-il d’être analysé, comme une forme hétérogène dans l’ensemble de la littérature contemporaine.
Le travail de précision d’E. Rabu est donc celui descriptif et clinique de la notation de cette apparition dans l’organisme/corpus des aventures de Tintin.
C’est sans doute là la grande originalité du texte d’E. Rabu : considérer une oeuvre comme un corps organique qui dans son développement obéit à des mutations accidentelles, qui sont produites par des productions cellulaires internes. Quand on observe sa manière de décrire la présence de Tryphon, ce trait est remarquable. il compte les vignettes [p.22 par exemple], il montre des typologies des fonctionnements narratifs au niveau des annotations temporelles [pp.53-54], il décrit précisément les topologies de chaque aventure engendrée par Tryphon Tournesol [p.30-32].

Tournesol est une causalité dont l’effet affecte totalement le corpus Tintin
Ce que démontre alors dans son étude clinique E. Rabu, ce sont les différents effets impliqués par le motif Tournesol. Tournesol, en tant que création d’Hergé, affecte le corpus Tintin car il affecte Hergé. Hergé est sous l’effet de Tournesol, au point qu’au niveau de l’organisme Tintin, non seulement « un sujet expérimental échappe au contrôle » mais en plus que cette échappée est d’abord vécue par Hergé lui-même, ne pouvant maîtriser l’emprise accidentelle de Tournesol sur l’ensemble. C’est ce qui ressort des analyses : il déplace les aventures, qu’il soit présent ou pas. Il est le motif qui les déclenche. Il est un « agent modificateur ». S’il y a aventure, donc ouverture, c’est parce que Tournesol est là : il est l’élément nécessaire pour que Tintin existe, pour qu’il y ait cette existence.
Mais plus que cela, cette causalité Tournesol, si elle touche Hergé, elle va contaminer non pas seulement l’existence narrative des protagonistes de ce corpus, mais la représentation même de ce monde, sa matérialité : il est la cause d’une accidentalité de la matière et du langage, qui à son contact, vont se diffracter, s’altérer, au point que c’est le style même d’Hergé qui se modifie : « sa radicalité est concrète » [p.30] -> « Tournesol destabilise pour la première et unique fois la ligne claire inventée et utilisée jusqu’alors pour retranscrire leurs Aventures » [p.45].
Ce qu’affecte Tournesol, en tant que motif esthético-cognitif pour Hergé, dépasse le cadre de la narration, c’est sa représentation même de la bande-dessinée, c’est la consistance même de sa marque, c’est la régularité de la présence de son trait. Il implique un accident de sa signature.
Un sujet expérimental échappe au contrôle = Hergé est débordé par ce qui est né là avec ce personnage; le motif Tournesol implique chez lui toujours plus, déborde jusqu’à la logique de la narrativité, au point de vouloir pour l’affaire Tournesol, modifier la logique de la couverture, en demandant à Casterman le 11 janvier 1957 que lcelle-ci « soi composée d’une découpe de plastique superposée au dessin » [p.58].

En ce sens ce livre d’E. Rabu demande à être découvert. Car, il précise, selon l’économie poétique qui est la sienne, une problématique qui dépasse largement les frontières des aventures de Tintin et donc de la présence de Tournesol. Mais c’est sans doute là qu’apparaît une légère déception : comment lire le titre de son livre, comment interpréter Isidore Isou dans le titre, au vue de son absence ? S’agirait-il seulement d’un indice ? D’une possibilité de lecture à accomplir suite aux enjeux perçus avec Tryphon Tournesol ?

20 mars 2007

[Livre] Tryphon Tournesol et Isidore Isou de Emmanuel Rabu

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , — rédaction @ 13:20

cliquez sur l'imageEmmanuel Rabu, Tryphon Tournesol et Isidore Isou, éditions Seuil, coll. Fiction & co, 97 p., ISBN : 978-2-02-093498-5, 15 €.
4ème de couverture :
Et si Tryphon Tournesol, personnage de Hergé, était le pécurseur de quelques grandes audaces artistiques de notre siècle, comme le cinéma expérimental ou la poésie sonore, des inventions dont se serait bien vite emparé Isidore Isou, le fondateur du Lettrisme ?

C’est à partir de ce renversement des rôles et des hiérarchies artistiques, à la fois inattendu et drôle, qu’Emmanuel Rabu, empruntant aux techniques du détournement situationniste, livre un essai joyeusement fantaisiste et solidement érudit. Une relecture comique et inédite de notre époque et de l’histoire des avant-gardes.
Emmanuel Rabu est né à Nantes en 1971. Écrivain et musicien, il a publié dans de nombreux collectifs, revues et fanzines.

Premières impressions :

[lire la chronique]
Tout d’abord, c’est avec joie que je donne ces quelques premières impressions sur le livre d’Emmanuel Rabu, que je connais depuis de nombreuses années et qui a su durant celles-ci montrer à quel point, loin de toute mode, il construisait tant poético-musicalement, que littérairement, une oeuvre réellement singulière.
Loin de toute analyse à l’emporte pièce, de quelques rapprochements heureux, le travail d’Emmanuel Rabu est tout d’abord une analyse sérieuse et référencée des rapprochements possibles entre Tournesol et Isou, et plus exactement, comme il le dit d’emblée, une analyse de l’interférence entre les objets fabriqués par Tournesol et Isou. En ce sens, il est utile de le préciser immédiatement, ceux qui aiment Tintin, et qui veulent comprendre, ou apercevoir certaines angularités spécifiques au niveau de ses aventures, trouveront là, un livre précieux, qui éclaire d’une façon peu commune cette création d’Hergé.
Toutefois, le livre d’Emmanuel Rabu n’est pas un essai au sens propre du terme. S’il débute par une contextualisation plutôt liée à l’essai, celle-ci est rapidement évacuée, au profit d’une forme d’énonciation fonctionnant par sidération d’énoncés, récurrence, répétitions, fixation cognitive d’une identité, ainsi si Aristide Filoselle est « un sujet expérimental qui échappe au contrôle » qui vient préfigurer Tryphon Tournesol, ce dernier en tant que révélateur de ce qui est préfiguré, sera « un prototype » qui « Ã©chappe au contrôle », venant « modifier sans cesse la perception du réel », étant même le motif déclencheur et agençant des aventures de Tintin.
Ce que montre peu à peu E. Rabu, notamment et surtout avec l’approfondissement du Supercolor Tryphonar, c’est que Tournesol aurait peut-être réussi, là où toutes les avant-gardes ont échoué : une transformation non pas rétinienne du réel, comme dans l’Op art « qui parvient à provoquer un trouble oculaire », mais une transformation de tous les codes d’appréhension du réel, et même de la trame matérielle du réel.
Livre donc à découvrir aussi bien pour les passionnés de Tintin que ceux qui s’intéressent à la poésie contemporaine et Isou en particulier, qui de plus dans sa seconde partie réserve une belle surprise : la réécriture hypergraphique de L’affaire Tournesol.

30 janvier 2007

[Vlog] Sylvain Courtoux + Emmanuel Rabu // Festival Muzzix #7 [7]

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Le 19 Janvier a eu lieu à La Malterie [Lille] la soirée “sound is poetry / poetry is music” organisée par l’association Trame Ouest dans le cadre du festival Muzzix #7. Nous allons mettre en ligne toutes les interventions sonores. Septième intervention de la soirée : Sylvain Courtoux et Emmanuel Rabu = Vie et mort d’un poète de merde, poésie sonore.

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27 janvier 2007

[Vlog] Emmanuel Rabu // Festival Muzzix #7 [5]

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Le 19 Janvier a eu lieu à La Malterie [Lille] la soirée “sound is poetry / poetry is music” organisée par l’association Trame Ouest dans le cadre du festival Muzzix #7. Nous allons mettre en ligne toutes les interventions sonores. Cinquième intervention de la soirée : Emmanuel Rabu, création électronique // poésie sonore.

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18 janvier 2007

[NEWS] « Poetry is sound / sound is poetry » sur Radio Campus Lille : écouter l’émission

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Hortense Gauthier présentait le 17 janvier sur Radio-Campus Lille
dans l’émission de René Lavergne la soirée « Poetry is sound / sound is poetry ».

Programme de la soirée :
# Michel Giroud El Coyote + Philippe Boisnard – sonnerie électronique [trompette + laptop]
# Yvan Etienne & Brice Jeannin – elecronic live
# Franck Laroze – polemikx [vidéo-lecture // réalisation vidéo Philippe Boisnard]
# HP Process [Hortense Gauthier + AKS] – bod#1 [vidéo performance]
# La femelle du Requin – poésie d’ascenseur
# The Cut’up Conspiracy [Sylvain Courtoux & Jérôme Bertin] – punk noise post-digital
# Charles Pennequin + HP Process – poésie sonore
# Antoine Boute & Hughes Warin – viande au plancher
# Electronic_Elephant [Valentin Duhamel + AKS] – guitare improvisée + laptop
# Cédric Pigot [lo moth] – live sound

16 décembre 2006

[Livre] En tous lieux nulle part ici [une anthologie], Henri Deluy

En tous lieux nulle part ici [une anthologie], de Henri Deluy, éditions Le bleu du ciel, collection biennale internationake des Poètes en Val-de-Marne, 270 p. ISBN: 2-915232-32-6. 22 €.

biennale148.jpg4ème de couverture :
La huitième Biennale des poètes en Val-de-Marne s’est déroulée du 16 au 27 novembre dans de nombreuses villes de ce département de la région parisienne, mais aussi à Paris, à Marseille, à Nantes, à Strasbourg, à Bagnolet (en Seine-Saint Denis).
Nous présentons, dans cette anthologie, des poèmes pour la plupart inédits, de tous les poètes, d’ici et d’ailleurs, de la Russie, à l’Iran, de l’Angleterre à l’Islande, de la Palestine au Pérou, de la Pologne au Vietnam… dans la diversité des personnalités et des écritures, dans la différence des générations et des pratiques de la traduction.
Pour aimer et comprendre.
H.D

Premières Impressions :
C’était la dernière Biennale des Poètes en Val-de-Marne qu’Henri Deluy dirigeait. Il a laissé la main, comme il l’a lui-même dit à Jean-Pierre Balpe, qui a par ailleurs présenté la dernière soirée de lectures, qui étaient consacrée aux nouvelles formes poétiques émergeantes, avec entre autres Laure Limongi, Philippe Boisnard, Emmanuel Rabu, Mathilde Ribaut et Patrick Dubost. Cette biennale comme il ‘explique parfaitement, plus que de seulement montrer et donner à entendre des poètes, réunis pendant quelques jours des poètes du monde entier, et permet entre eux des échanges féconds.
Avec cette publication, il permet aux lecteurs, et à ceux qui n’étaient pas présents pendant cet événement de découvrir, certes sans la voix, les textes de chacun des intervenants.
C’est en ce sens que l’on pourra lire l’étrange texte d’Emmanuel Rabu, extrait de +/-, où s’interpénètre bio-technologie et culture cyberpunk,
ou encore le Bic & Bouc de Charles Pennequin, qui nous plonge immédiatement dans sa langue en apnée à travers la question de notre devenir, de notre devenu, de notre devenir en revenu, de notre devenir sans revenu,
ou bien aussi le texte de Jean-Michel Espitallier, 58 propositions sur la vie et sur la mort, qui travaille comme ce fut le cas avec Logo-mecanicus, l’absurdité rhétorique de séquences logiques en ligne de fuite,
ou bien encore, la surréalité de Tango-Nuit de Patrick Dubost, si imagée, nous tirant dans les dédales temporelles de contes absurdes : « Ce que je va je vais vous dire / maintenant / a été enregistré / demain. / Demain je vous parle / d’une ville dont j’ignore tout. »

23 novembre 2006

[audio] Sylvain Courtoux, Cut-Up Piano basse manifeste 1

Cut-up piano basse manifeste 1
auton124.jpgfut enregistré au Manor of Hate, studios à Limoges, mi-août 2006.
piano, guitare, voix, dictaphones, bandes, bordel noise, mix : sylvain courtoux
+ voix : lise etcheverry /
+ voix : emmanuel rabu /
+ voix : jérôme bertin.

ce morceau est dédicacé à Violaine S.

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14 septembre 2006

[chronique] News de la blogosphère#1 : Confusion is text

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 12:04
post-digital-music-for

Jean-Michel Espitallier, dans Caisse à outils, loin de s’appesantir sur la seule poésie textuelle, réduite souvent au seul livre, met en évidence, de quelle manière, si la poésie a longtemps été réfractaire au rock — mais aussi à d’autres expériences telle l’utilisation de dispositifs électroniques — elle a rencontré peu à peu le rock, et nous pouvons le souligner plus largement les expérimentations musicales électroniques (Jacques Donguy) ou liées aux samples (Olivier Quintyn). Non pas au sens de l’illustration, comme cela peut être vu dans de nombreux endroits, non pas seulement au sens d’un texte mis en musique en tant que cela traduirait une primauté de la poésie, mais en tant qu’écriture hybride, nécessité créatrice de l’hybridation entre densité linguistique et vibration instrumentale. C’est ainsi que Jean-Michel Espitallier explicite quelques expérimentations, de Heidsieck aux « performances allumées de Joël Hubaut ou de Julien Blaine« , de Lucien Suel ayant créé des groupes free-rock noïse, à Manuel Joseph, « en poète punk qui déchiquète la langue« . Cependant des poètes explicitement rock, il écrit, laissant le doute d’une interrogation, qu’il n’y aurait que Christophe Fiat, alliant tout à la fois posture existentielle et énergie, lisant ses poésies à l’aide de sa légendaire guitare à une corde.
Si l’analyse de Jean-Michel Espitallier permet de saisir les enjeux de cette liaison entre rock, musique et poésie, cependant, il m’apparaît qu’il y a quelques oublis, oublis qu’un nouveau blog permet de combler : le blog de Sylvain Courtoux et d’Emmanuel Rabu, Confusion is text, qui présente non pas seulement quelques expériences musicalo-poétiques comme cela fleurit par moment dans la blogosphère, mais qui donne à entendre 10 ans d’expérimentation sonore, accomplies tout à la fois séparément par les deux créateurs, chacun étant relié à des réseaux distincts, puisque Sylvain Courtoux est de Limoges et Emmanuel Rabu de Nantes, et en commun depuis leur rencontre faite en 2000.
Sylvain Courtoux représente une culture post-punk-situationniste irriguée par Burroughs, Guyotat, Roche et tant d’autres qui ont marqué la modernité. Punk-rock attitude hybridée par la new-wave de Duran Duran à Depeche mode, ses créations sonores si elles montrent une certaine forme de désespoir époqual face au monde [proche par moment de certaines litanies de Costes], cependant en biaise le jeu par une forme ludique d’auto-critique et de mise en crise du milieu littéraire lui-même. Alors que littérairement ses textes publiés sont travaillés comme des cut exigeant, l’écriture musicale qu’il entreprend, seul ou accompagné de Jérome Bertin, se propage comme parole directe, déchirée par l’affect, objectivement donnée à entendre. Parole crue, pop, parfois chantonnée parfois criée. Ces dernières créations manifestent cet horizon, tel la vie est pop, où Courtoux se jouant de lui-même, met en dérision le milieu littéraire parisien.
Emmanuel Rabu, issu des milieux expérimentaux de Nantes, explore davantage les dimensions électroniques, passant des recherches concrètes aux dimensions minimalistes [avant d’arriver à Nantes, il était dans groupe La Disjonction de Freddy, où il travaillait à l’aide de perceuses]. Cette recherche musicale est reliée à son travail de langues qui se structure sur des micro-agencements, des glissements dans l’inframince des signifiants. Il a développé ses perspectives aussi bien seul, à partir d’agencements et de remixages de samples que par des rencontres qui ont abouties à des compositions communes avec par exemple Basile Ferriot (percussions, objets), Emmanuel Leduc (sampler, machines) ou Phil Tremble (synthétiseurs analogiques, effets). Le travail qu’il a ainsi créé avec Ev Zone, texte publié à Derrière la salle de bain, montre en quel sens ce type de création, loin de surgir d’une seule énergie, se compose par le croisement d’impulsions qui donnent la matérialité/texture même de l’événement sonore : un accident de la matière et du langage.
À partir de ces deux directions hétérogènes s’est ainsi composé un travail dans le temps, passant par la création en 2001 de post-digital music for post-digital people [dans lequel on peut entendre le très drôle parce que le schtroumpf est bleu] allant jusqu’au cut-up piano manifeste de 2006 dans lequel participe aussi Lise Etchevery et Jérome Bertin.

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