Libr-critique

1 octobre 2006

[Chronique] Flacons de Nicolas Rollet

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Philippe Boisnard @ 13:11

petitmatin1080.jpgLe flacon, nous le savons tous, est un récipient, dont l’essence est de contenir. Le flacon n’est pas très grand, même plutôt petit, il n’a pas beaucoup de bouteille, et pourtant se doit d’être bouché. Il n’est pas un vase de ce fait. Le flacon est un objet plutôt fragile, qui renferme parfois des liquides précieux, parfois moins précieux, parfois simplement un fluide quelconque. Ce livre de Nicolas Rollet semble répondre à cette approche descriptive, ce que paraît attester Jude Stefan, qui dans sa postface, explique en effet, que le livre se donne bien comme le contenant d’un texte qui n’en serait que le contenu fluide.

Ce texte est sous l’égide de Bergson, du corps-action, du temps-durée, du corps qui non pas se donne dans un temps maîtrisé, cinématographique, dans la discontinuité homogène du chronographe, mais selon le flux singulier de celui qui traversant un monde dépose dans le flacon du livre les fragments que happent sa conscience, qui marquent celle-ci, qui lui apparaissent. La littéralité ne serait pas là pour raconter, mais elle serait trace d’un corps en rapport à, en ouverture à, selon l’immanence de son être. Littéralité de l’hétérogénéité des associations (celles inventées au cours du trajet qui se fait), mais hétérogénéité qui se donne continuement, sans arrêt, selon cette énergie même de l’écriture. Même les pauses en constituent l’avancée. Cette écriture, très actuelle, celle du recueil des fragments de perception, ancrée dans les principes phénoménologiques très en vogue dans les milieux universitaires, même si Bergson n’est pas à proprement parlé un phénoménologue, ni non plus ce livre une phénoménologie, fait partie de la diversité des expériences que l’on rencontre chez des auteurs que l’on peut retrouver au Bleu du ciel, ou bien chez Le quartanier avec par exemple Guillaume Fayard dont nous avons déjà parlé.

Reste que la seconde partie est beaucoup plus attrayante : celle des séries (me I) jusqu’à (me XV). Traversée rapide de conversations, de condensés de lieux communs, d’opinions pêle-mêles, de notes rapides sur Paris et la Province, elles portent en elles beaucoup d’humour, tel {(me XIII); (rendu II)} :

« alors moi je suis plus années quatre-vingts mon plat préféré c’est entrecôte sauce roquefort avec frites étudiant en fin d’études jouant l’ambivalence j’ai pas de vices des envies si jeune le côté techniques des lunettes »

ou encore tel {(me XIII); (peut et par II)} :

« peut décider de ne pas partager sa couche avec néofasciste; prenant la carte « Ã§a c’est opportunité »
petit polo col sorti saumon chandail crocodile »

Par l’humour, à travers le rire, la dimension hyper-fragmentaire et hermétique de la première partie est dépassée, et une forme de dynamisme est retrouvé. Ceci conduit, à redire ce que nous avions constaté avec Fayard : chose étrange il y a un réel écart entre l’intention et la réalisation de tels projets. A trop vouloir nous placer dans un flux, dans une expérience du corps-action, du corps-flux, et donc dans une événementialité qui est celle des micro-accidentalités du réel, on en arrive par moment à une expérience poétique qui implose dans la seule singularité de celui qui écrit. Certes, une certaine poésie est là pour renvoyer aux seules expériences du sujet en-deçà de la captation par les structures de logico-linguistique, toutefois, par les associations, par les ruptures, le texte passe d’une hétérogénéité par fragments à une homogénéité hermétique et arride en son accès.
Jude Stefan dit dans sa postface que ces types d’écriture sont celles actuelles des trentenaires. Si cela est énormément à nuancer, il n’y aurait qu’à considérer les auteurs qui ont des approches plus pragmatiques et issues d’une réflexion critique sur les symboles et les structures de la société (Hanna, Leibovici, Fiat, Chaton, Courtoux, etc…), cependant cela atteste aussi sociologiquement d’une appartenance culturelle : en effet, beaucoup de ces auteurs sont issus de l’université, d’études de philosophie ou de littérature. En ce sens, Jude Stefan, derrière son constat, pointe vraiment quelque chose, un micro-fait générationnel, une forme de ligne de fait pour reprendre Bergson : une ligne où la vie de la conscience s’installe et lutte contre certains déterminismes. Mais alors, comme il nous prévient, attention à l’habitude, car ce qui était exigence de lutte peut devenir rapidement maniérisme et facilité.

28 septembre 2006

[chronique]Mond e de Frédéric Dumond

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Philippe Boisnard @ 7:39

dumond063.jpg[Nous inaugurons ici une présentation de livres rares, ou au tirage limité. La littérature contemporaine, et c’est un constat, est loin des grands tirages. Si pour une part il y a des éditeurs, qui parviennent à publier des livres à quelques centaines d’exemplaires, voire quelques milliers pour les éditeurs nationaux, tel Verticale ou bien POL, force est de constater que beaucoup ont des tirages à moins de deux cents exemplaires. Ces présentations s’intéresseront non seulement à ces petites tirages, mais aussi à leur élaboration, à la manière dont ils sont été conçus, à l’inventivité éditoriale dont elles témoignent comme je vais essayer de le montrer dès cette première présentation]

mond e, de Frédéric Dumond, Les cahiers de la Seine éditions Henri Lefebvre, 2005, 150 exemplaires, 15 €.

Présentation :

Ce livre, non paginé [30 pages], s’élabore comme la description poétique d’un univers en expansion qui serait l’otage d’un futur déjà annoncé, dès le commencement, dès la première page :

à un moment, quelque chose se contractera

pour retourner à sa singularité

et ceci sera aléatoirement déterminé, ceci sera systématiquement effectué. Et c’est justement dans cet écart , celui de la finitude, que l’écriture se donne, tant qu’il n’y a pas eu encore cette rétractation, tant que nous sommes dans la possibilité physique de la dissémination. L’écriture, ce qui est aussi en jeu là, donne alors à voir, à sentir — et ceci intuitivement — comment se réalise les processus de fragmentation de l’ordre, de dispersion, de causalité impossible, de déstructuration de toute possibilité de tenir une pure tension de cosmos, un ordre qui serait infragmentable. Car dans ce monde, celui des corps, et celui de l’écriture, tout se donne par transversalité, mutations, par des brisures.

Et c’est là que se joue la part graphique du livre : avec un insert calque d’une oeuvre ouverte : « intervention dans x décimale de Ï€ ». Cette intervention est répartie sur l’ensemble des 150 exemplaires. Fragments d’un infini, qui jamais se répète, toujours devient dans l’exponentiel de sa différence. L’ordre mathématique se déborde. Je ne peux m’empêcher de penser à Drowning by numbers de Peter Greenaway, à l’image qui inaugure le film et que si peu aperçoive, tellement elle est rapide, tellement elle ne semble pas appartenir au film lui-même. Elle représente une grille de 100 nombres (le carré de 10) duquel s’échappe en se noyant la silhouette stylisée d’un homme. Ce qu’indique Greenaway par là, c’est que la vie, la singularité dépasse le cadre mathématique. Ici, Dumond ouvre par un même mouvement, l’infini turbulent et insaisissable de Ï€ se dérobe, non seulement mathématiquement mais de chacun des livres, pour entrer en écho avec ceux qui sont dispersés ailleurs.

Ce petit livre, assurément, indique les pistes de Frédéric Dumond, en donne le sens : l’exploration des formes d’accidentalité qui expansent de l’intérieur, les ordres qui constituent le monde.

21 septembre 2006

Découverte des fictions de Bernard Desportes par Philippe Boisnard

Bernard Desportes n’est pas un nom qui semble très connu dans les milieux contemporains français. Nulle mention dans la plupart des essais sur la littérature contemporaine française, nom qui revient peu sous la plume. Cela tient certainement à cet effacement de soi qui le caractérise, aucunement mondain, comme certains milieux aiment les auteurs, aucunement revendicatif comme certaines stratégies de visibilité le sont afin de marquer de leur sceau un champ d’écriture. Ainsi, même si pour lui il est indéniable que la langue poétique s’ouvre pleinement en tant que politique de la langue, cette politique n’est pas du même ordre que celle qui apparaît fréquemment, tournant le dos pour une part aux thèses révolutionnaires des avant-gardes, mais refusant aussi la nostalgie passéiste du retour, du refus. Sa position face à l’écriture est en ce sens l’une des pus complexes, et il a su tout au long de Ralentir travaux en défendre les principes, circulant entre Du Bouchet et Bataille, rencontrant aussi bien Guyotat que Blanchot ou Koltès. Sans territoire, car bâtissant son propre chemin d’écriture. Bernard Desportes n’est pas un nom-leïtmotiv, car justement, loin de l’esprit de groupe, ce qu’il a expérimenté par ailleurs politiquement dans l’action politique réelle, son travail littéraire est celui plutôt d’un élan existentiel intensif en retrait : retrait des communautés, retrait de la modernité positive définie par la rationalité et le capitalisme, retrait des facilités relationnelles inaugurées dans les faux semblant. Ainsi, comme il le précise dans l’entretien avec Fabrice Thumerel, même Ralentir Travaux fut l’expérience d’une entreprise personnelle, ambivalente car en relation à …, sans définir cependant d’appartenance avec.

copie-de-desportes_vie073.jpgEt pourtant son écriture me semble être, au niveau des fictions contemporaines françaises l’une des plus exigeantes, l’une de celles qui témoignent d’un trajet du désir dans l’écriture assez rare. Loin de la pose avant-gardiste, qui se donne à voir en tant qu’avant-gardiste, comme Pierre Jourde a pu brocarder certains jeunes écrivains dits à la mode, son écriture se présente dès La vie à l’envi (1985) comme une sismographie du désir de vie. Sismo-graphie certes encore retenue dans ce premier texte paru chez Maurice Nadeau, où l’oscillation entre poétique et prose fictionnelle définit le trajet, où le désespoir se laisse peut-être encore déborder par l’insolente force d’une plénitude possible dans le désert, cette solitude de la modernité : "entre l’aurore et le couchant vers la nuit étale / l’enfant au soleil sur la route marche vers quel incertain".

La sismographie de son écriture est celle qui trace les vibrations des topoï pulsionnels denotre être. Par exemple chez Prigent, nous retrouvons une telle intensité seulement dans Le professeur, où l’économie de la langue se donne comme raréfaction du vocabulaire, par rapport aux autres fictions hantées par la prosodie inventive des avant-gardes TXT, mais non pas afin de témoigner d’une diminution d’intensité, mais au service d’une hyperintensification de l’écriture désirante. C’est ainsi que le minimalisme variationnel de passages entiers du Professeur est comme la vibration d’une aiguille de sismographe. desportes_vie.jpgDesportes dès Vers les déserts (Maurice Nadeau, 1999), rompt avec le penchant poétique formalisé, rompt avec une certaine tendance simultanéiste qui habitait La vie à l’envie. Si le désespoir d’une modernité négative imprègne définitivement son travail, toutefois la vie traverse toute tentation nihiliste dans le cri sauvage de corps qui deviennent tout à la fois hyper-sexués et paysages d’écriture (on ne peut pas ne pas penser aux Garçons sauvages de Burroughs). Et ceci à partir d’un motif qui va hanter plusieurs de ses oeuvres : la mère, même si ce premier tome de son triptyque porte davantage sur la figure du frère. Une mère qui hante, mais avec cette intensité bataillienne, beaucoup plus que prigentienne, une intensité de l’enchevêtrement des corps, du sperme, des cris rauques et des étreintes moites de nuits qui n’en finissent plus. Alors que chez Prigent, que cela soit dans Dum pendet filius ou dans Une phrase pour ma mère, la langue par sa saturation en vient à désintensifier la folie du désir, conduisant le texte à rencontrer sa seule donation [et c’est bien là le trait prigentien, l’aporie de l’impossible touché], chez Desportes, la langue beaucoup plus tenue et pourtant cinglante, ouvre aux stupres de désirs incestueux qui contaminent toute région de son monde, qui engloutit l’ensemble du monde qu’il décrit sous la seule charte du désir. Parce que l’oubli chez lui est déterminant, engloutit tout, les possibles de la mère se déplient, se répandent et ceci par ses odeurs, ses "lourds seins tièdes" ses cuisses, sa croupe, ses caresses sur le sexe de lui l’enfant.

desportes_mere.jpgMais il est évident que c’est avec Brèves histoires de ma mère, (Fayard 2003) que la figure de la mère, va insister le plus dans sa langue et que l’intensité va prendre le plus d’ampleur, au point d’être proche d’une écriture de la folie : plus aucune logique temporelle ou linéarité narrative [la rationalité est totalement perdue dans les spasmes du seul corps-mémoire, qui éjacule des bribes chronologiques éparses], plus aucune géographie stable [l’action étant prise dans le tourbillon de trajets incessants aux stations quasi-imprononçables : "cités-dortoirs de Schrut, Kruft, Ghrut, Plrut (…) direction Dlav, arrêts à Slof, Splitch, Splatch, là changement de train, direction Gdarz, Glav, Blav, Glog et Dlav enfin"], plus aucune retenue dans les étreintes des corps : l’homosexualité éclate, inceste qui étourdit l’ensemble dans le solécisme bataillien du désir et de la fureur mêlées, mère dévorée comme une charogne par les chiens errants et mère qui branle et abandonne son enfant "lorsque dans un râle saccadé j’inondais sa main, mon ventre, ses cuisses", passant alors "sa main souillée sur ses lèvres".

desportes_dansant.jpgLe dernier livre sorti, qui vient clore le triptyque, Vers les déserts, Brèves histoires de ma mère, porte davantage la signature tout à la fois du père et de Bernard-Marie Koltès, auquel il avait consacré un essai Koltès — la nuit, le nègre et le néant (La Bartavelle) au milieu des années 90. Dansant disparaissant, certes témoigne d’une même violence de langage, d’un même cynisme sur l’époque, toutefois, il est habité par une lourdeur plus sombre. Un corps plus lourd à porter, hanté par son trajet et ainsi inquiet de ses désirs et de son dire : "écrire ne pas écrire, j’essaie de me frayer un passage entre ces deux impossibles dans la vaine tentative de me livrer par les mots à la folie d’un désir, à la violence destructrice de l’illusion d’une pensée". Dansant disparaissant ferme le trajet débuté avec Vers les déserts, comme si le désir revenait à lui-même, comme si une mort s’était produite : désir s’invaginant, paysage implosant, visages devenant tous les mêmes dans une mémoire ne pouvant plus se déplier, affrontant le néant de sa présence d’être.

19 septembre 2006

[Chronique] Grandes espérances de Kathy Acker, par Philippe Boisnard

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , , , , — Philippe Boisnard @ 10:23

Fragments émotionnels d’une ego-narration

Dans La vie enfantine de la tarentule Kathy Acker a travaillé dans l’entrecroisement de biographies de meutrières. « Intention : je deviens une meutrière en répétant la vie d’autres meurtrières ». Ici les croisements, les reprises ne semblent être celles — seulement — des biographies, mais bien plus celles d’écritures (par exemple éminemment Guyotat dès le début avec un rapport narratif à Eden eden eden) mais aussi des genres.
Ceci conduit le livre à s’ouvrir en strates : narrations autobiographiques, dialogues théâtraux accompagnés de didascalies, correspondances épistolaires, poésie objective, analyse philosophique voire phénoménologique, linéaments psychologiques, chronologie historique, sociologie de l’art. Ainsi même si la citation de Robbe-Grillet est fausse (cf. l’analyse attentive de Laure Limongi à ce propos), on aperçoit dans cette oeuvre le feuilletage des strates comme autant de feuilletages de mondes vécus par le prisme à chaque fois singulier d’être. Et en ce sens, Burroughs a eu raison de dire que c’est « une Colette postmoderne », car si de Colette, il pense certainement à l’expérience d’une écriture qui témoigne de la libération de la chair face à l’esprit, libération de la femme qui témoigne de sa sexualité et d’une « conscience autoréflexive qui est narrative »; la post-modernité dont il est ici question est celle du tissage des genres, de cette stratification-complexification progressive qui détermine ces ego-narrations. Le livre se donne comme une forme de mixage, de reprises où sont digérées les références qui animent Kathy Acker : « il faut digérer puis chier ; et il s’agit que la merde soit bonne ! c’est ça l’important ».

Grandes espérances est cette tonalité qui marque le pas de la rupture vis-à-vis du monde, vis-à-vis de la mère qui est monde. Grandes espérances est le récit de chroniques de vies, qui s’entrecroisent, se lient, passent les unes à côté des autres sans s’apercevoir, témoignant de la variabilité indéfinie de la vie qui s’endure dans le monde à partir de leurs désirs, de leurs déchirures : « un récit est un mouvement émotionnel ».

L’identité ne peut se fixer, aussi bien la sienne, celle de la narratrice dans l’autofiction, que celles de ceux qui en sont les protagonistes : « J’ai dressé une liste des caractéristiques humaines : chaque fois que j’avais une caractéristique j’avais son contraire ». C’est ce qui apparaissait déjà dans La vie enfantine de la Tarentule comme le remarque avec pertinence Daniel Almeda à propos de ce livre. Narratrices, narrateurs, se présentent comme autant de facettes d’une humanité qui se cherchent, aussi bien dans des rapports de filiation antagoniste que dans l’exploration de la sexualité.

A partir de là, Kathy Acker décrit un monde de violence, où l’individu semble perdu, éprouvant l’écrasement de son être, où le moyen d’exister ne passe pas par la communication, ou la connaissance objective, mais par le corps, la violence, le sexe — et en ce sens on retrouve sa défense du milieu Queer — car tel qu’elle l’écrit, lorsqu’elle incarne Peter : « j’ai encore des désirs sexuels ardents. J’ai toujours une pine. Seulement je ne crois pas que j’aie la moindre possibilité de communiquer avec quelqu’un dans ce monde ». Monde où les êtres expérimentent leur déliaison, monde sous le sceau d’une guerre, menant à ce que « le langage comme tout autre chose n’aura aucune relation avec quoi que ce soit ». Si la communication ne passe plus, si la connaissance objective n’a plus de force, amenant que les icônes paraissent bien flétrie, « image de l’histoire » en loque, cependant par le corps et ses émotions, est possible une autre forme de relation, en-deçà des noms : « si tout est vivant, il n’y a pas de nom mais un mouvement. Et sans cette vie il n’y a rien; cette vie est la seule question qui vaille ».

Ce livre de Kathy Acker apparaît donc comme une oeuvre incontournable pour découvrir son travail et celui d’une exigence de la narration, qui semble bien oubliée en ce temps de rentrée littéraire française. Je ne peux que recommander sa lecture pour qui veut comprendre que tout à la fois il est possible de se tenir dans une réelle exigence littéraire, et être à la fois ouvert à un lectorat plus large que celui auquel s’adresse les poésies expérimentales. En ce sens, il est à regretter que les grands éditeurs français ne prennent plus le risque de s’ouvrir à des textualités narratives plus complexes que celles qui nous déversées chaque année, comme l’explique parfaitement le dernier numéro de Chronicart (n°28) parlant de la rentrée littéraire.

[Livre] Grandes espérances de Kathy Acker

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , , — rédaction @ 9:11

kathy_acker074.jpgKathy Acker Grandes espérances, éditions Désordres/Laurence Viallet, traduction Gérard-Georges Lemaire, ISBN : 2-268-05906 5, 156 p. 18 € 90
[site éditions-désordres]

4ème de couverture :
Ma mère est une andouille, un morceau de méduse. La chose la plus répugnante au monde c’est elle. Mon pire cauchemar est celui où j’ai en moi un peu de cette méduse.
Ma mère, la méduse, veut que je sois comme je suis.
Je pique donc une crise. Je décide d’être totalement catatonique. Je suis incapable de savoir quoi que ce soit. Je n’ai pas de contacts humains. Je ne suis pas capable de comprendre le langage.

Grandes espérances est à ce jour l’oeuvre d’art la plus aboutie d’Acker. De par sa concentration formelle et sa structure toujours plus harmonieuse à chaque strate de lecture, ce livre répond aux exigences de Sterne ou Canetti envers le romancier »
Alain Robbe-Grillet*

Acker est une Colette postmoderne dont l’oeuvre a le pouvoir de refléter l’âme du lecteur.
William Burroughs

Kathy Acker est né en 1947 à New-York. Elle est morte en 1997 à Tijuana.

*N’ayant pas lu Grandes espérances à l’époque où cette citation fut reproduite sur la première édition américaine, Alain Robbe-Grillet ne peut en etre l’auteur. Toutefois, touché et amusé par cet hommage, il nous a aimablement autorisés à l’utiliser ici.

voir chronique

16 septembre 2006

Un trou dans le monde de Lucien Suel, par P. Boisnard

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 19:27

Lucien Suel, comme Ch’vavar, fait partie de ces poètes de la terre, de celle du nord et de la Picardie, de cette tradition de la pensée/corps qui s’imbrique au monde, au sol, aux éléments, à leur lourdeur : « mon âme chavire nue dans le courant permanent de la viande », et cette viande est celle qui gravite en aplat de campagne, se dresse à hauteur de terrils, traverse jardins ouvriers, car Suel, tout à la fois écrivain et jardinier le dit dans les Visions d’un jardin ordinaire (éditions du marais, 2000) réalisé en collaboration avec sa femme Josiane, photographe : « quotidiennement, longuement, souvent, le jardinier a pissé sur le compost ».

Ce trou dans le monde, cette présence trouante de soi dans le monde, est celle d’un témoignage d’être, de cette simplicité d’une existence qui loin de produire comme « les robots transformateurs en plastique, goldoraks de pacotille » devine à travers les éléments et le corps qui s’y mêle que « la vraie condition de notre existence est que l’univers soit en expansion ». Expansion qui se fait à partir d’un néant originaire, expansion qui se fait au travers de ces trouées de vie qui déchirent les vides : « au commencement était le trou dans le trou. Le vagin du néant ». Ce livre de Suel, reprend le même principe d’écriture que celui de Canal mémoire (édition Marais du Livre, 2004) : mélange, échange, tissage entre une prose riche en mots et rythmées et une poésie arithmogrammatique. D’ailleurs, les textes qui les constituent se croisent sur une même période de la fin des années 80 jusqu’à 2004, et répondent d’une même nécessité que celle marquée en 4ème de couverture de Canal Mémoire : « les textes proposés ici vont du récit personnel au pamphlet visant différents aspects de notre modernité ». Et déjà dans ce livre de 2004, la pensée du trou habitait l’écriture : « toute la douleur à venir s’entasse au fond des trous noirs ». Ainsi, Un trou dans le monde, explore la modernité, mais loin de tomber dans le nihilisme, qui est cependant mis en perspective, ce trou ouvre justement au-delà, dans le rapport entre ciel et terre qui s’effectue par le corps. L’une des particularités justement des poètes du nord, des poètes qui ont pu être défendus par Ivar Ch’vavar dans la revue Le jardin ouvrier, tient à une forme de transcendance qui s’effectue non pas à partir de l’envolée lyrique, légère, qui recherche l’élévation et les grands sentiments, mais une transcendance dans l’intime matière souffrante et qui jubile de sa finitude d’être : « dans la pénombre, embusqué derrière un sac de glandes prélevées dans la viande mammifère, le rescapé de mes suaves tentations veille pieusement les reliques dont je suis l’humoral tabernacle, Saint d’où sort le gras suint. L’angle de mes cuisses happe les phalanges des ordres sacrés. La vertèbre arrondit le dos. Le ventre ouvre la voie. Le boyau noir parle ». Le sacré n’est pas nié, il est posé à même l’existence et ses turpitudes : aussi bien folie, douleur, simplicité d’être mortel sur cette terre. »Chair se fait verbe en moi, entre nourriture et pourriture. »

17 octobre 2005

[ Livre] Scène de la vie occidentale, Ludovic Bablon (Le Quartanier)

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , , — rédaction @ 21:58

173 pages, ISBN : 2-914919-03-4, 15€

éditions Le Quartanier & Hogarth Press

4ème de couverture : « Ici radio pare-brise avec dedans le ciel nocturne qui défile puis qui gît. Il est temps de descendre. Nous ne savons pas si nous allons monter. L’ascenceur gravit l’espace ; l’influx nerveux provoque le mouvement du muscle. J’essaie de compter jusqu’à trois et je vois ce qui arrive. Nous avons une course à faire et personne ne franchit jamais la ligne ; il est maintenant quasi certain que nous monterons ; je ne reste pas, on m’attend. Arrivé à quarante, je débraye puis j’embraye. Vive détruire« 

  Premières impressions : Découvert lors d’une lecture de ce texte à la soirée des 10 ans de la revue La femelle du Requin.(extraits + début du livre). Texte vif, le rythme de la lecture de LDM donnant à la prose de Bablon une incisivité qui entre en écho avec la critique du monde occidental qu’opère le texte, même si la lecture fut trop jouée. 
« Newer Posts

Powered by WordPress