Libr-critique

5 octobre 2015

[Création] Maja Jantar et Vincent Tholomé, Lunalia la honte (2)

Nous sommes heureux de vous proposer la deuxième série de huit capsules sonores : ici. [Écouter la première série]

« Lunalia » est un projet conçu en 2012 par Maja Jantar et a rawlings. « Lunalia » consiste à fabriquer de courtes capsules sonores, une par nuit, durant le mois lunaire. De pleine lune à pleine lune. « Lunalia » mêle chants, mots, musiques et bruits. « Lunalia » se fait en duo. Chacun, chacune, dans son coin, fabrique un bout de la capsule. Maja mixe le tout le matin, aux petites heures.

J’ai décidé que ma part s’intitulerait « La honte ». Les « poèmes » de « La honte » sont, formellement, un hommage à Laura Vazquez, à ses « poèmes du mois ».

Maja et moi avons fabriqué nos capsules du 29 août au 28 septembre 2015. Nous mettons en ligne aujourd’hui, 28 septembre, les 8 premières.  Chaque semaine, chaque lundi, nous en ajouterons 8 nouvelles environ. Le lundi 19 octobre, l’entièreté des capsules sera alors à disposition de qui voudra les entendre.

Belle écoute à toutes et à tous. /Vincent Tholomé/

4 octobre 2015

[News] News du dimanche

Ne manquez pas des RV exceptionnels dans les 15 jours : MidiMinuit Poésie#15 ; Poésie à tous les étages ; Littérature, génération Y, etc. ; RV à Rennes (Droguet, Rannou, Dickow).

 

â–º Du 7 au 11 octobre, Festival MidiMinuit Poésie #15, Maison de la poésie Nantes : programme.

 

â–º Poésie à tous les étages, se tiendra, cette fois encore, à cheval sur deux ans, d’octobre 2015 à février 2016. Les poètes invités se nomment : Michaël Batalla, Patrick Beurard-Valdoye, Julien d’Abrigeon, Guillaume Fayard, Raymond Galle, Sarah Kéryna, Patrice Luchet, Cécile Mainardi, Lucien Suel, Nicolas Tardy, Jules Vipaldo et Véronique Vassiliou. Les lieux qui nous accueillent : le centre international de poésie Marseille, la galerie-librairie ARTS 06 (Nice), La Boutique (La Ciotat), la Maison des jeunes et de la Culture (Martigues), la médiathèque Boris Vian (Port-de-Bouc), la médiathèque Louis Aragon (Martigues), Le moulin à paroles (Méounes), montevideo (Marseille) et la Villa Saint-Hilaire (Grasse). [Programme]

â–º Du 12 au 17 octobre 2015, Lille-Roubaix : Littérature, génération Y, etc. Lectures, rencontres, courts-métrages, bande-dessinée, concert. Le tout farouchement vivant, ce qui est la moindre des choses. Toute la programmation sur : www.litterature-etc.com. Pour la soirée d’ouverture (à ne pas manquer : Antoine Mouton, Les Chevals morts), réservez rapidement vos places au Théâtre du Nord : 03 20 14 24 24. Libr-critique couvrira en particulier la soirée du vendredi 16.

SOIREE Fric, etc., à L’hybride.

19h Ouverture

20h PERFORMANCE inédite
Etude de marché, de Laura Vazquez et Benoît Toqué

billets

Extrait « Elles disent, ON vous attend. Les voix disent NOUS. Elles disent, NOUS circulons, NOUS vivons dans les villes, les banques sont dans les villes. NOUS ouvrons dans une heure, les banques ouvrent dans une heure. Notre chemise est fermée, boutonnée jusqu’au bout. NOUS allons à la banque. » Étude de marché est un texte écrit lors d’une résidence à Dunkerque. Un texte autour de l’argent, du NOUS de l’argent, de NOUS dans l’argent, du pouvoir, de l’écrasement.

 

â–º Dimanche 18 octobre à 17H, Maison de la poésie de Rennes (47, rue Armand Rébillon) : Lectures de poésie, avec Henri Droguet, François Rannou et Alexander Dickow.

 

3 octobre 2015

[Livres] Libr-5

Indépendamment de la foire-aux-prix dits littéraires, voici un premier Libr-5 de reprise : C. Manon, Extrêmes et lumineux ; S. Vanderhaeghe, Charøgnards ; E. Levé, Œuvres (rééd.) ; M. Delvigne, La Fille qui… ; C. Lovera Vitali, Absence des cow boys. De quoi enchanter vos soirées d’automne…

 

â–º Christophe Manon, Extrêmes et lumineux, Verdier, été 2015, 192 pages, 13,50 €, ISBN : 978-2-86432-805-6.

Mais bon sang… Mais où… Mais qu’est-ce qu…, etc. Ces interrogations qui constituent un leitmotiv structurent une mémoire personnelle et familiale "fragmentaire ainsi qu’un livre dont des pages entières auraient été inexorablement arrachées ou effacées" (p. 120). Pour le poète dont c’est le premier récit, il ne s’agit donc pas d’"exhumer une hypothétique réalité", mais plutôt de "retracer les contours indistincts d’un passé oublié" (12) : dès le début – qui fait songer à Kafka comme au Nouveau Roman -, il est clair que la quête ne saurait être proustienne ; les anadiploses inter paragraphes font se télescoper êtres et lieux, photos et bribes de souvenir dans toute leur intensité lumineuse, leur puissance d’évocation. Et nous lecteurs d’être plongés avec ravissement dans une galerie des glaces où se réfractent de multiples éléments narratifs mis en valeur par divers jeux typographiques. Une telle poétique ne peut que rappeler celle de Claude Simon.

â–º Stéphane Vanderhaeghe, Charøgnards, Quidam éditeur, été 2015, pages non numérotées, 20 €, ISBN : 978-2-915018-85-1.

 "Depuis quand sommes-nous entrés sans retour dans l’ère de l’universelle charogne ?" Avec ce "o barré" en plein milieu du mot – de quoi nous laisser bouches bées -, qui sont ces charognards ? Les signes ou les agents de la catastrophe ? Une "espèce poétique" ? La "métaphore d’une menace sourde et impalpable" ? Les symptômes de la folie ? Les reflets d’un diariste parasite et voyeur ?…

Dans ce premier roman qui se situe explicitement en droite ligne des faux journaux intimes ressortissant à un fantastique philosophique (Gogol, Maupassant, Sartre) et joue avec la référence cinématographique par excellence que constitue le film d’Hitchkock Les Oiseaux, nous assistons à la charognardisation des repères spatio-temporels comme du langage même. De quoi nous laisser bouches bées !

 

â–º Edouard Levé, Œuvres, P.O.L, 2002 ; rééd. "#formatpoche", septembre 2015, 224 pages, 9,50 €, ISBN : 978-2-8180-2169-9.

Voici un projet qui s’inscrit dans le prolongement des réflexions d’un Valery par exemple. C’est une série insolite de 533 projets d’œuvres paradoxaux / originaux dont certains vont jusqu’à se présenter comme des canulars. Et c’est un événement que la réédition de cette somme spéculaire, véritable panorama des pratiques artistiques contemporaines : séries, inventaires, expérimentations divers… et même panoramas de panoramas ! Un exemple : "107. Une personne tente de dire deux textes différents en même temps. L’un par la parole, l’autre par la langue des sourds. Vidéo" (p. 63).

 

â–º Marie Delvigne, La Fille qui…, Les Comtemporains favoris, été 2015, 38 pages, 10 €, ISBN : 978-2-909140-26-1.

La fille qui danse / cherche son os à ronger écrit comme un lombric, animal fouisseur qui mélange les couches de la langue…
La fille qui s’enfouit dans une écriture modulaire – déliée, ritournellisée…

 

â–º Corinne Lovera Vitali, Absence des cowboys, dessins de Stéphane Korvin, Ripopée, septembre 2015.

Tentez l’expérience farwestatique : dynamitez votre quotidien et libérez les chevaux… Avec ce type de plaquette dont le texte et les dessins proviennent de / renvoient à l’enfance, assurément "le poète est celui-là qui pour nous rompt l’accoutumance" (Cocteau).

1 octobre 2015

[Chronique] Coco Fronsac, exposition « La Belle et les Bêtes », par Jean-Paul Gavard-Perret

Coco Fronsac, «  La belle et les bêtes », du 8 Septembre au 3 Octobre 2015, Galerie Vallois, rue de Seine, Paris 75006.

 

Héritière de Dada et du surréalisme, Coco Fronsac cultive son merveilleux – décliné selon plusieurs registres et montages, photographies manipulées et vidéos  – en caressant la chimère à rebrousse-poil. C’est pourquoi elle ne l’épile pas. L’érudition n’est chez elle jamais pédante. Elle est le levier de base pour – suite à ses prestidigitations  – exprimer l’ineffable de la sensation. Chaque image travaille le mystère ouvert à tous les vents bienfaiteurs ou perfides.

 

Toutefois, l’approche de Coco Fronsac ne joue jamais sur l’indiscrétion de chuchotements pornographiques. Tout est là de manière crue mais jamais "sexhibitionniste". Le lissé des images "dévoise" la représentation classique. Celles-ci ne peuvent montrer ce que les autres cachent et disent ce que les mots sont incapables de vocaliser. Et il n’est pas jusqu’à la force de l’amour auquel souvent l’être entend échapper qui, ici, fait obligation. Mais selon parfois de belles torsions. L’œuvre en est pleine. Existe un système d’  « accouplement »  et d’empathie dans lequel le cri "noétique"  raconte une aventure inédite.

 

Grâce à Coco Fronsac  le  désir est une expérience altruiste qui suppose un moment où le corps se déchaîne moins par un effort d’affinement de la conscience  que par délire visuel. Les interventions de l’artiste tranchent ou caressent.  Le langage se recroqueville dans le creux des photographies premières (chinées par l’artiste) pour mieux rebondir selon des « dialogues » intempestifs et débauchés.

Le regardeur apprend ainsi à regarder autrement les images. Arrachées au passé, surgit la promesse d’un autre horizon, d’une autre aventure à la fois picturale mais aussi existentielle. Vidéos et photographies  engendrent des ouvertures  et offrent un temps pour la réflexion. C’est pourquoi ici l’image ne se vide jamais de sa substance et permet de ranimer une présence. Déterrant des fantômes,  Coco Fronsac montre aussi combien ils nous dirigent mais il s’agit de s’en dégager.

 

Il y a là non un faire part mais un faire corps tant l’image n’est pas employée pour elle-même, mais en tant que mode de transmission du ressenti. Il faut en effet selon l’auteur ne  jamais sortir du jadis du corps, de sa joie, du péché, de la génitalité, du silence, de la honte, du privé, de l’incompréhensible, de l’incomplétude voire d’une certaine folie qui à certains moments fait qu’on "pète les plombs".

 

C’est pourquoi l’œuvre est une digression faite d’artifices. Elle dit à partir de prise maternelle, matricielle,  ce qu’il en est de ses filles et  fils et ce qu’ils peuvent lui faire subir en s’efforçant de réparer l’inconsolable perte du paradis utérin, de l’origine absente, détruite par les sédimentations de la culture et les apories de la vie  que l’artiste pourrait résumer ainsi :  la volupté est plus originaire que le natal.

 

 

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