Libr-critique

5 février 2007

[livre] Vienne le ciel, Jérôme Bonnetto

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bonnetto.jpgJérôme Bonnetto, Vienne le ciel [roman], éditions L’Amourier, collection Toth, 96 p., ISBN:978-2-915120-28-8, 12 €.
4ème de couverture:
Qu’une mère soit le cadavre d’une femme amoureuse, cela peut-il se dire ?
Cela peut s’écrire.
Mêlant de nombreuses voix narratives, comme autant de tesselles pour une mosaïque, c’est ce que réussit à faire Jérôme Bonnetto dans ce récit à la construction parfaitement maîtrisée. On y suit les pérégrinations d’un photographe et de celle qu’il prétend aimer au travers de l’objectif impitoyable de son appareil à capturer reflets et postures.
Il faudra bien des voyages de Prague à Prague en passant par le Japon, bien des clichés souvent arrachés au cours des jours pour qu’apparaisse, toute douceur et toute fureur — femme, mère, amour — celle qui fait trembler la lumière, Ada. Ada qu’on ne peut qu’aimer. Sans preuve.

Jérôme Bonnetto
Né en 1977 à Nice. Des études de sciences, puis de lettres modernes qu’il enseigne actuellement. Il navigue entre écriture, photographie et musique quand il ne mêle pas les trois. De nombreux voyages à Prague, à Vienne, à Rome. Il a pubié deux recueils de poèmes Le livre de Brouillon, et Passerelle (co-écrit avec Claire Legendre).

Premières impressions :
En toute franchise, rien ne destinait Libr-critique à parler de Jérôme Bonnetto, dont la langue comme en témoigne aussi bien ses premières poésies que celle de Vienne le ciel, appartient aux horizons de la littérature davantage lyrique, ancrée aux tensions affectives, émotionnelles du récit, qu’aux recherches contemporaines de la poésie et de la littérature, liées aux avant-gardes, aux recherches formelles, aboutissant souvent à une posture critique et politique face au monde. Toutefois, avec la publication dans les cahiers de Benjy d’un texte fondamentalement plus proche de la modernité, je fus surpris de cette ouverture, de cette rupture avec ses écrits passés. Jérôme Bonnetto, comme il a bien voulu me le dire, suite à des questions que je lui ai posées en recevant le SP de son livre, en effet découvre depuis seulement quelques temps, les recherches contemporaines et en ce sens les interrogations qui initient ses langues, ses architectures spécifiques. Est-ce là un tournant net et radical, posant deux versants hétérogènes dans son travail ? Ou bien y aurait-il déjà, dans des textes comme Vienne le ciel, les traces de certaines recherches modernes sur la langue, et dans la construction de son récit ? La chronique que je vais donner à lire montrera que derrière l’apparent classicisme de la langue [métaphores, emphase affective, psychologisation du réel] de Vienne le ciel, déjà s’esquisse certaines recherches d’écriture qui échappent aux contrées lyriques, pour se poser dans une modernité qui reste cependant encore à découvrir et à approfondir.

27 janvier 2007

[Livre] Christian Prigent, Demain je meurs

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prigendemain.jpgChristian Prigent, Demain je meurs, P.O.L, 382 pages, 19,50 € ISBN : 978-2-84682-174-2
En librairie le 8 février.
Quatrième de couverture
« Hier, j’étais né; demain, je meurs », souffle la Voix qui sort du lit d’agonie. Entre cet hier et ce demain : une vie, celle du père. Qui raconte cette vie est qui entendit murmurer la Voix. Scènes, vignettes, tracés d’émotions, poussées d’interprétation, visions en vitesse, conversions bouffonnes. Temps : une demi-heure en gros, à vélo. Espace : deux kilomètres. Décor : Bretagne, années 1950. Fond d’Histoire : la guerre d’Indochine, l’affaire Henri Martin, Budapest 1956, les communistes, André Marty, Thorez, Staline. La Chienne du Monde parle. Le monde aboie fort. On file pas chronique, engrène pas annales en ordre de maillons : on mixe, on bricole, on pétrit sa boule avec du déchet de biomachin ou de chronotruc. Et puis : roule cette boule, enroule les cadences, enchaîne véloce – et va la musique !

Premières impressions

Après Une phrase pour ma mère (1996) et Grand-mère Quéquette (2003), voici Demain je meurs, dont on trouvera sur libr-critique.com l’incipit (ici) et un autre extrait, mais lu par l’auteur [ici]. En 29 sections, ce troisième volet de l’humaine comédie familiale mêle poèmes, encadrés, reproductions, documents et bibliographie à l’histoire d’un père qui croise parfois la grande Histoire. Au rythme du rétropédalage, l’écrivain-poète nous offre des instantanés fulgurants et parfois émouvants : « Première esquisse du héros », « Deux flashes en rétro », « Quelques phrases qui flottent », « Vu d’une falaise », « Adieu »…S’il retrouvera le phrasé et le carnavalesque prigentiens, le lecteur ne manquera pas d’être surpris : c’est au moment où Prigent aboutit à un degré de figuration sans précédent qu’il atteint son plus haut degré de fulguration. FT

17 janvier 2007

[Livre] Emmanuel Hocquard, Terrasse à la Kasbah

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Terrasse à la Kasbah d’Emmanuel Hocquard, éditions Centre international de poésie Marseille, 16 p. ISSN : 1148-652 X, 5 €. [site]

4ème de couvertue :
Qu’est-ce qu’une « grammaire Tanger » peut bien vouloir dire ? Ça pourrait être non pas habiter à Tanger, mais habiter Tanger. Tirer parti d’une habitude Tanger.

[lire la chronique]

6 janvier 2007

[Livre] Raymond Federman, Les Carcasses

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Raymond Federman, Les carcasses, éditions Librairie Olympique, 35.p. ISBN : 2-9527604-1-1, 6 €
[site de la librairie]
federman161.jpg 4ème de couverture :
« Dans un moment de réflexion j’ai levé les yeux là-haut sur les housses du ciel puis sur la splendide vue devant moi — incroyable — et j’ai pensé — quand tu mourras tout cela s’éteindra — plus rien à voir — nothing more — juste le noir — ça sera comme si tu plongeais dans un grand trou noir — la tête la première fendra l’air — »

Premières impressions :
Les carcasses ne parlentt pas de voiture. Mais ce livre est celui d’une parole assez intime sur la mort, mais parole qui conserve bien entendu l’humour propre à Raymond Federman. Les carcasses est ainsi une sorte de rêverie, dénuée de toute prétention, de toute croyance (« je ne vais pas tomber dans la grande connerie méta-pata-physique — non — pas de tour de magie »), qui imagine ce que pourrait être le devenir de la carcasse à la mort. « Les carcasses — les voilà — toutes entassées les unes sur les autres comme de vieilles peaux vides — et tu y es maintenant sur le tas ». Et qu’est-ce qui se passe une fois que l’on est sur le tas des carcasses ? Federman, nous entraine dans un récit très drôle, où les transmutations se succèdent, mouche, fleur, lion, radis, artichaut, arbre ou encore écrivain.
Les carcasses est un bref texte, mais au rythme bien soutenu, à la langue vivante et joyeuse car directe, on entend même Federman lire quand on connaît sa voix.
En bref c’est un petit livre à découvrir, et qui montre en quel sens le travail d’un petit éditeur-libraire a toute son importance./PB/

5 janvier 2007

[Livre] Dominique Dussidour, Si c’est l’enfer qu’il voit

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Dominique Dussidour, Si c’est l’enfer qu’il voit, Dans l’atelier d’Edvard Munch, Gallimard, col. L’un et l’autre, 241.p. ISBN: 2-07-078119-4, 19,9 €

dussidour153.jpgExtrait :
il est le peintre qui a dévié chacun de ses cris jusqu’au bout de ses doigts, technique de la dérivation, les doigts de qui crie en silence car s’il avait commencé de crier il aurait commencé tôt, à la mort de sa mère, à la mort de sa soeur dans un asile d’aliénés, et pourquoi ne crier qu’aux morts, les naissances aussi sont douleurs, s’il avait crié à la mort il aurait crié à la naissance de son amour[…]
s’il avait commencé de crier aucune journée ne lui serait restée pour peindre, voilà la vérité, c’est qu’il en faut, des jours, pour apprendre à peindre; tellement de jours qu’il ne vous en reste plus pour crier, revoilà la vérité, le choix qu’il avait fait à dix-sept ans, il aurait aussi bien noté dans son journal : j’ai décidé de ne pas crier

Premières impressions :
[lire la chronique]

27 décembre 2006

[livre] Nous, les moins-que-rien, fils aînés de personne, de Jacques Roubaud

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Jacques Roubaud, Nous, les moins-que-rien, fils aînés de personne. 12 (+1) autobiographies. Fayard, 20 euros ISBN : 2-213-62613-8

Quatrième de couverture

l53554.jpgJ’ai recueilli et adapté dans ce livre douze (plus une) des nombreuses vies de Jacques Roubaud, un peu partout dans le monde, à des époques différentes. Stylite, il est monté à vingt-trois ans prier sur une colonne. Troubadour, il s’est retiré dans une cabane en attendant le pardon de sa dame. Devenu Sir James Roubaud, il a rendu ses lettres de noblesse à Robert Hooke, dont Newton a volé honteusement les travaux sur la gravité. Compagnon de Sébastien Châteillon, il a, sous le nom de Jacobus Robaldus, défendu, en plein seizième siècle, l’idée de tolérance religieuse. Il a été Pierre Corneille Roubaud, abrégeant les pièces classiques pour redonner un plaisir nouveau au public et faciliter le travail des comédiens. Et Orson Roubaud, auteur du fameux chef-d’oeuvre cinématographique La Nuit des lapins géants.

Octavius J. Cayley, professeur émérite de l’Université de Saint-Andrews à Lochgelly (Ecosse).

22 décembre 2006

[Livre] Marie Delvigne, rouge

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Marie Delvigne, rouge, éditions Le bord de l’eau, 70. p. ISBN : 2-915651-33-7, 10 €.
[site]
4ème de couverture :
Faire l’amour à une mourante…
lentement le narrateur nous entraîne dans ce labyrinthe où l’amour et la mort parfois, parviennent à parler la même langue.

delvigne150.jpgMarie Delvigne est professeur de Lettres à Douai (59). Elle est aussi photographe et anime un site consacré à la photographie [www.houyet.photo.be].
Elle a réalisé des performances de Barnaba (poésie) dans le cadre du Festival In d’Avignon en juillet 2005. Elle prépare des écrits sur l’oeuvre de l’écrivain américain raymond Federman.
Rouge est son premier roman.

Premières impressions :
Chloé Delaume, qui vient de découvrir ce livre, écrit sur son blog : «  Rouge de Marie Delvigne, c’est un tout petit livre, aux Editions Le Bord de l’Eau. C’est juste stupéfiant. Violent, dérangeant, très étrange. Je ne m’attendais pas à ça. Je pense qu’on ne peut pas s’attendre à ça. C’est la raison pour laquelle vous devez le lire. Et acquérir un nouveau réflexe, celui de la Carte Bleue. »
En effet, comme j’y reviendrai dans ma chronique, derrière les pages écrites par un narrateur, sur l’amour/mort qui le lie au corps vivant et déjà putride d’une femme, d’une enfant, « petite fille de trois ans qui gambade sur la plage », se dévoile la rage de la passion, le rouge, tout à la fois celui de la chambre, celui du sang qui coule du sexe, sang pivoine, celui qui s’échappe des croûtes arrachées, se dévoile l’interdit même de nos désirs.

7 décembre 2006

[livre] Jean-Pascal Princiaux, Etrangements seuls

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Jean-Pascal Princiaux, Etrangement seuls, roman-photos [19 photographies couleurs], éditions PPT, 64 p. ISBN : 2-9517606-2-0, prix 12 €.
[site ppt] // Diffusion Éditions Sept [site]

principiaux137.jpg4ème de couverture :
« On annonce un matin, à la radio, que Monsieur le Président est au plus mal; annoncée dans la soirée, la mort du président surprend [c’était donc bien cela A était donc bien A] »
Clément Rosset, Le réel et son double.
« Mélangez le bien et le mal, et votre intelligence vous permettra de survivre. »
Lt. Spock.

[lire la chronique]

21 novembre 2006

[livre] Tumulte de François Bon

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Tumulte de François Bon, éditions Fayard, 543 p. ISBN : 2-213-62990-0, 22 €.
[site de François Bon]

4ème de couverture :
Le 1er mai 2005, venu de nuit à ma table de travail pour francois_bon.jpgcause d’insomnie, j’imagine une sorte de livre fait tout entier d’histoires inventées et de souvenirs mêlés, ces instants de bascule dans l’expérience du jour et des villes, écriture sans préméditation et immédiatement disponible sur Internet. Même, je le voulais anonyme.
Je découvrais progressivement qu’il s’agissait pour moi d’une étape importante, d’un renouvellement. Finaliser chaque jour un texte oblige à ce que les censures qu’on ouvre, les pays fantastiques qu’on entrevoit, on les laisse aussitôt derrière soi. Alors naissait un livre fait de chemins accumulés, un défrichement imprévu, soumis à la friction du monde et des jours. Est-ce que n’est pas aussi tout cela, le roman ?

FB

François Bon est né en 1953, en Vendée. Il a publié son premier livre aux Éditions de Minuit en 1982, et, récemment chez Fayard, Rolling Stones : une biographie (2002), Daewoo (2004) et Tous les mots sont adultes (2000, 2005).
Première impression :
Encore dans la lecture de cet impressionnant volume, même si j’arrive vers son terme, ici il ne s’agira pour l’instant que de dire tout à la fois la qualité de l’écriture qui est mise en place par François Bon et l’enjeu général de cette oeuvre. Pourquoi Tumulte ? Est-ce seulement selon la reprise du titre du site, qu’il a lui-même créé pendant cette année d’écriture ? Non, pas seulement. François Bon revient à de très nombreuses reprises sur les mouvements des mécaniques, sur les machines qui sont aussi bien à l’oeuvre que délaissées [usine victime des crises sociales]. Ces machines ne doivent pas être réduites aux seules productions réelles, mais peu à peu, par l’immersion dans la série des fragments, tout à la fois détachés les uns des autres et en écho [aussi bien par leur sous-titre que par ce qu’ils trament, la récurrence qu’ils impliquent], nous comprenons que ce tumulte est celui du crâne, des représentations qui s’y forment, des souvenirs qui s’y agglutinent et qui surgissent fracturant parfois le calme de la pensée, des rêves qui hantent la conscience à son réveil, rêves souvent associés à la mort, des architectures qui se multiplient et qui deviennent reflet de ce que pouvait penser Borgès à travers elles.
Effort de construction/déconstruction, de remettre en marche des structures, de réassembler : « J’ai du mal à retrouver en moi les traces progressives, puisque c’était cela ma stratégie, des petites touches, je pensais, comme ces petits bricolages sur la table à dessin, dans les bâtis et les câbles ».
La mécanique, les rouages, sont le lieu même de l’écriture.
« J’ai toujours eu le goût des machines, et surtout s’il s’agit d’écrire : qu’importe ce qu’en pensent les autres, pour moi c’est là que commence l’affirmation essentielle, par la machine ».
Le tumulte est l’oeuvre elle-même en tant qu’actualisation de la pensée qui se débat avec elle-même, qui témoigne d’elle-même, à savoir qui zigzague entre réalité et fiction, entre objectivité et subjectivité absolue sans attache au réel. Ce qui est étrange et impressionnant dans ce texte, c’est que tous les fragments dispersés s’enchaînent, qu’on les suit, qu’on soit dans l’impatience du prochain, de celui qui est à venir, sans que pour autant cela puisse constituer une linéarité narrative visible. Et c’est selon cette étrangeté, du fragmenté en flux, du continuum discontinu et labyrinthique, que se pose bien évidemment la question finale de la 4ème de couverture : « Est-ce que ce n’est pas aussi tout cela, le roman ? »
Le tumulte est ainsi l’expérience qui à travers la médiation d’internet, du site, et de ses spécificités tout à la fois technique et ontologique vis-à-vis de l’écriture [écriture directe, sans autre trace que ce qui est publlié sur le web, anonymat initial, etc] tente de comprendre ce que peut être la déclosion d’un monde qui se construit non pas selon l’horizon et la ligne, mais le plan et le frayage. /PB/

20 novembre 2006

[livre] Antoine Boute, Cavales

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Antoine Boute, Cavales, éditions MIX, 220 p., ISBN : 2-914722-42-7, prix 13 €.
[site de MIX].
4ème de couverture :
Pourquoi regarder la télé quand on peut se faire cavaler la cervelle à la dégénérescence des étangs.

Premières impressions :
boute.jpgEn quelques livres, Antoine Boute a su constituer un univers particulier, qui loin de certaines tentatives phénoménologiques actuelles dans la poésie, réussit à concilier tout à la fois une réflexion philosophique réelle, et un détachement de celle-ci dans la constitution d’un cosmos en délabrement où le sujet humain, narrateur ou Ariane ou Valéria ou Anita ou … constituent des trajets au coeur du pourrissement de chaque plan qui le constitue. L’écriture d’Antoine Boute, très rythmée, très imagée, descriptive, pourtant ne sacrifie pas la réflexivité de la langue sur elle-même. C’est ainsi que tout en suivant le fil des fragments qui construisent la réalité qui est traversée, réalité très matérielle, forêts, prairies, nature moléculaire faite de ronces et insistante tout au long de ce livre, nous rencontrons une langue qui joue sur les régimes de flux. Phrases longues sans ponctuation, phases courtes, langue accidentée qui s’abîme dans sa propre énonciation, et qui renvoie aux tentatives signées Ariane Bart : pseudo-présence virtuelle constituée je pense de plus en plusu du croisement entre plusieurs écrivains [Lucille Calmel, Antoine Boute et certainement d’autres] :
« oui l es oui n o r n nos f aim s roulent t très l sè ches n lr f aims nos s f r n faims r oulent t et t ch la gigue l dansent la gigue dansent la gigue là a i et nos cercles frais lfonderies se mêlent i é où aux r i a r ronces s y e mêlent de ronces se mêlent aux ronces n u o s lce rc les frais o nos cer cles pf onderies s y pq y mêlent aux ronces a s y mêlent aux ronces »
L’univers crâne que développe Boute « regarde la dégradation », s’applique à montrer un rapport de violence aux éléments et aux êtres, où le personnage d’Ariane est central : corps sexué, en transformation dans le cours même de la transformation de l’univers.
L’ensemble se constitue comme il l’écrit lui-même, tel « un programme d’enterrement », enterrement des illusions, enterrement des relations humaines policées. Ici on retrouve la violence humaine des Garçons sauvages de Burroughs.
C’est à cette lumière que se découvre le détournement de l’ontologie indiquée en 4ème de couverture : résolument matériel et biologique, contre toute forme de transcendance spiritualiste, Antoine Boute développe un univers qui se bouleverse à travers des rapports de forces physiques, où l’être humain-viande s’inscrit en lutte contre et pour la dégénérescence. [PB]
[voir la performance pour Lire en fête]

19 septembre 2006

[Livre] Grandes espérances de Kathy Acker

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kathy_acker074.jpgKathy Acker Grandes espérances, éditions Désordres/Laurence Viallet, traduction Gérard-Georges Lemaire, ISBN : 2-268-05906 5, 156 p. 18 € 90
[site éditions-désordres]

4ème de couverture :
Ma mère est une andouille, un morceau de méduse. La chose la plus répugnante au monde c’est elle. Mon pire cauchemar est celui où j’ai en moi un peu de cette méduse.
Ma mère, la méduse, veut que je sois comme je suis.
Je pique donc une crise. Je décide d’être totalement catatonique. Je suis incapable de savoir quoi que ce soit. Je n’ai pas de contacts humains. Je ne suis pas capable de comprendre le langage.

Grandes espérances est à ce jour l’oeuvre d’art la plus aboutie d’Acker. De par sa concentration formelle et sa structure toujours plus harmonieuse à chaque strate de lecture, ce livre répond aux exigences de Sterne ou Canetti envers le romancier »
Alain Robbe-Grillet*

Acker est une Colette postmoderne dont l’oeuvre a le pouvoir de refléter l’âme du lecteur.
William Burroughs

Kathy Acker est né en 1947 à New-York. Elle est morte en 1997 à Tijuana.

*N’ayant pas lu Grandes espérances à l’époque où cette citation fut reproduite sur la première édition américaine, Alain Robbe-Grillet ne peut en etre l’auteur. Toutefois, touché et amusé par cet hommage, il nous a aimablement autorisés à l’utiliser ici.

voir chronique

2 juillet 2006

[Livre] La reconstitution historique, Christope Fiat

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Christophe Fiat La reconstitution historique, une aventure de Louise Moore, éditions Aldante , isbn : 2-84761-132-0, 87 pages, 17 €.

4ème de couverture :
« Est-ce que vous croyez à l’enfer sur terre à cause d’une prison comme le camp X-ray ? C’est quoi l’enfer sur terre ? c’est où ? Combien de temps ça dure d’être en enfer quand on est sur la terre ? Est-ce que le temps passe plus vite quand on est au paradis sur une île comme Cuba ? Si le camp X-Ray, qui ressemble à un immense terrain de tennis avec ses grillages recouverts d’un tissu synthétique vert, est rempli de soldats en tenue de camouflage avec des armes à la main et des chiens en laisse, et de détenus en uniformes orange mais aussi de journalistes comme Louise Moore qui sont en visite, c’est justement pour montrer à tout le monde comment le paradis américain (ici tous les soldats sont Américains !) l’emporte sur l’enfer musulman (ici tous les prisonniers sont musulmans !) ».

Premières impressions :
Il n’est plus possible de lire Christophe Fiat sans entendre sa voix lire, son accent si particulier qui traîne les terminaisons de phrase, qui accentue les « e » muets, les étire. Tout au long de la lecture de ce texte, c’est cette voix qui hante. Celle-ci étant en corrélation avec la syntaxe de ses textes, son travail de réduction de la langue, comme je l’avais mentionné déjà dans ma chronique de Héroïnes. La reconstitution historique, si elle poursuit le travail sur le décryptage des Etats-Unis (après New-York 2001 ou encore Qui veut la peau de Harry ?) toutefois croise cette recherche avec le problème soulevé dans Héroïnes : la question du féminin. Qui est Louise Moore ? Qu’est-ce qu’elle recherche à travers ce reportage qu’elle doit faire sur le camp X-Ray ? Est-ce certain que le seul horizon de cette histoire, est celui du rapport au politique, est-ce que Fiat ne mettrait pas en question aussi la construction, de l’identité de son héroïne, qui semble obsédée par sa propre image, par le temps qui vieillit son corps. La force des textes de Fiat est ce croisement constant entre les strates problématiques, conceptuelles, pragmatiques, symboliques ou idéologiques. Et cette force se retrouve dans La reconstitution historique.
.PB

articles en rapport à cette entrée : [Chronique sur Héroïnes par P. Boisnard][Héroïnes de Christophe Fiat]

28 juin 2006

[Livre] Salva(TM) de Philippe Di Folco

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Philippe Di Folco Salva éditions Denoël , isbn : 2-202-25443-7, 409 pages, 23 €.

4ème de couverture :
Dans quel monde vit Luca, persuadé d’avoir tué père et mère ? Est-ce le même personnage qui séjourne dans la clinique du Dr Ethel Sehnsuscht ? Est-ce encore lui qui fut, au cours de dérives nocturnes parisiennes, le compagnon du mystérieux LGT, alias Le Grand Thérapique ? Luca est-il un criminel ou un cobaye, un agent secret ou un fou ?
Déroulant les vies parallèles d’un personnage séducteur ou mythomane, capable d’épouser plusieurs voix, et plusieurs obsessions, ce roman est également l’histoire de salva, produit de consommation courante mais aussi psychotrope à haut risque gardé dans le secret des laboratoires.
Salva TM est ainsi l’odyssée d’un XXème siècle secret, où s’enchevêtrent histoire des neurosciences,, espionnages et aventures amoureuses, canulars, complots et journal intime de John Maynard Keynes…. et aussi la véritable recette du Coca-Cola.

Premières impressions :
Suite à la lecture faite par Philippe Di Folco à la galerie Eof lors de la manifestation Leurres, Sournoiseries et autres stratégies, nous ne pouvions résister de lire son roman salva trade Mark. En effet, la lecture fut jubilatoire, prenant tour à tour des voix inattendues pour lire le monologue d’un obsessionnel paranoïaque interrogé par une enquêtrice à la consommation, Philippe Di Folco nous a laissé apercevoir une partie de son roman d’aventure schizophrène. De même en commençant les premières pages, on trouve immédiatement un personnage complexe dont le monologue vif entraîne la lecture à travers une structure narrative singulière. On perçoit à travers cette écriture, tout l’intérêt que Di Folco porte aux recherches poétiques contemporaines, mais qu’il traduit de manière accessible, afin de faire un roman lisible par un grand nombre, tout en ne cédant pas aux facilités d’un roman classique.
.PB / HG

1 juin 2006

Grand-Père, Jean-Louis Costes

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Jean-Louis Costes Grand-Père, éditions Fayard , isbn : 2-213-62553-0, 323 pages, 18 €.

4ème de couverture :
Garnick est né en 1900 dans une famille arménienne. Pour son petit-fils, qui le subit avec dégoût, c’est un « clodo, une merde ». Pourtant, quelle vie ! Pour la saisir, il faut remonter à la révolution bolchevique : les Rouges ont massacré sa famille. Resté seul, le jeune Arménien rejoint les « Cosaques bouffeurs de cocos ». Commence alors une cavalcade aventureuse à travers l’Europe, l’Afrique du nord et la Guyane, à travers un monde où l’innocence finit toujours les tripes à l’air.
Grand-Père est l’histoire d’un homme plongé dans la barbarie, mais racontée avec une force évocatrice et une drôlerie décapante qui sauvent le désespoir. On pense à du Mac Orlan secoué, du Cendrars explosé, du Céline ivre. Poisseux de sang, débordant de violence, sans aucun répit.
Costes s’inspire du fracas de wagons qui déraillent plutôt que du chant des oiseaux. Il en sort une musique inconnue, terrible, étourdissante.

Figure de l’Underground, Jean-Louis Costes est connu pour ses opéras pornos-sociaux, des performances crues et violentes qui ne respectent aucun tabou. Sans rien renier de sa rage, il fait une entrée fracassante dans la littérature avec ce roman en partie autobiographique.

Premières impressions :
Tout d’abord une mise au point par rapport à ce que dit Fayard, ce livre n’est aucunement une entrée dans la littérature, au sens où Costes a déjà publié aux éditions Hermaphrodite VIVA LA MERDA, roman-synopsis hallucinant qui décrypte par sa scato-narration le nihilisme qui touche la dimension politique provinciale et les inter-relations humaines qui le fonde. Avec Grand-Père, il est vrai que c’est un autre travail qui apparaît. Plus littéraire, même s’il est vrai que Jean-Louis Costes n’appartient aucunement à la dimension de la littérature contemporaine ou expérimentale. Dès lors on pourrait nous demander pourquoi nous en parlons : tout simplement parce que sur le fond, Costes appartient bien en effet d’une certaine manière à la modernité de la littérature, par son travail de performances, de chanteurs/poètes, par sa liaison avec des plasticien(nes) comme Anne Van der Linden. Tel que pouvait le signifier Jourde, renvoyant sur les bancs de l’école certains jeunes auteurs, il ne suffit pas de transgresser la syntaxe et les syntagmes pour faire oeuvre et être moderne. Ceci étant dit le livre de Costes, derrière un style facile d’abord, qui ne ressemble aucunement malgré la 4ème de couverture à du Céline, est très agréable à lire et assez percutant. Il peut permettre à un public qui ne pourrait supporter ses performances (pourtant si esthétiquement parfaites dans leur violence) d’aborder l’oeuvre d’un de nos contemporains essentiels. En effet, par ce récit souvenir, il donne accès à l’analyse de la morbidité et du nihilisme du monde et d’autre part à la genèse de son obsession pour la scatologie. Car rien ne reste indemne. Toutes les valeurs sont montrées dans leur monstruosité : le monde est un immense camp de la mort, où la liaison entre les hommes n’est aucunement l’amour (pauvre utopiste) mais bien plutôt la haine : raciale, politique, géographique, sociale, familiale, sexuelle. Il l’écrit : « même dans le dégueulasse, y a une logique » (p.177). Costes nous donne donc à lire un livre véritablement humaniste, de cet humanisme (comme je l’ai thématisé dans Poéthique de l’amitié — qui vient de paraître aux éditions Trame-Ouest) de Rabelais, de Machiavel, de La Boétie. Certainement pas de cet humanisme vicié empli de bons sentiments. « Tant qu’il y aura des hommes, il y aura des vices » écrivait Spinoza, et c’est bien ce qu’apprend et nous enseigne jean-Louis Costes par ce trajet temporel et géographique de son Grand-Père, de ce Grand-Papa, plus super-héros à laisser des cadavres derrière lui que super merde, plus professeur par le caractère scato de la merde qui lui colle à la chair que super-clodo sans saveur.

10 mars 2006

[Livre] Les juins ont tous la même peau, Chloé Delaume

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Les juins ont tous la même peau, Chloé Delaume, éditions La chasse au Snark, isbn : 2-914015-36-4, 10 €.

4ème de couverture :
« Je ne sais pas parler aux morts. Enfin, aux morts que je ne connais pas, que je n’ai jamais connu, que je ne pourrais jamais connaître. Parler aux anciens morts tous proches minaudant déjà loin, je sais. Autant qu’aux déjà presque morts. Mais aux corps étrangers, à ces osso-buco filandreux génétiques, à ceux qui ne m’ont jamais parlé, jamais parlé à moi, au moins une fois à moi toute seule. Là, c’est une autre histoire. Je ne sais plus rien du tout. Comment on parle à ces morts-là. Quel ton on se doit d’employer. Sur les cordes vocales amorcer si mineur aigues charmilles, ou plutôt fa profond, le dièse de la distance fourbu de violacé. Je ne sais rien du tout. Adopter quoi, le vouvoiement le tutoiement. Lino marbré troisième personne du singulier majuscule à pompons, ou le i creusé, au contraire. Personne ne sait. Comment on parle à ces morts-là. Personne n’ose forcer la serrure, en tout cas officiellement.
Alors un mort comme celui-là, comme mon mort, mon mort principal, je dois m’y prendre comment avec. Comment avec un mort qui ne m’a jamais parlé et qui pourtant m’a dit. Il ne m’a jamais fait que cela, rien d’autre de visible à l’oeil nu. Comment parler à ce mort-là, c’est une question, je me demande. Peut-être que. Je ferais mieux de la fermer, ça réglerait des problèmes. »

[Livre] Action-Writing de Sylvain Courtoux

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courtoux

Action-Writing (manuel), Sylvain Courtoux, éditions -Dernier Télégramme-, ISBN : 2-9524151-0-2, prix 10 €.

4ème de couverture :
« Les « avant-gardes » (modèle XXème siècle), sont mortes. Oui. Est-ce que ça a tué ce qui fit qu’il y eut des avant-gardes ? Non. Rien ne tue en art, la passion de l’inouï. Qu’est-ce que l’inouï ? Ce qui détruit les représentations mortes. Quelles représentations ? Celles du monde. La littérature est posée face au réel — dont la violence insensée la défie. Réel ? Rien à voir avec la « réalité » — qui n’est que le réseau des représentations codées, l’articulation du possible (l’idéologie). Rien n’y répond de l’expérience que nous faisons du monde. Tout y vide cette expérience de sens, la mortifie. Tout nous y voue à l’assentiment stupide du lieu commun. De quoi est fait ce réseau ? Des langues qui chaque jour socialement nous parlent. Elles sont médiatiques, politiques, publicitaires, pornographiques, mercantiles, psychiatriques. C’est même plus qu’un réseau : c’est un mur. Il faut le traverser, sauf à ne jamais rien toucher du réel. Traverser est une action. Une action d’écriture : action writing, comme on a dit action painting. C’est donc un geste (une performance), d’abord intransitif. Il s’identifie à sa propre énergie négative : couper, cut-uper, monter, sampler, rythmer au fil de cette passion destructrice des discours de l’idéologie. Mais il est aussi transitif (critique) : il fonde en acte son refus du monde tel qu’il est et de la réalité qui nous programme bêtes de somme des procès d’aliénation. Et il dessine, en creux, un autre réel, irreprésentable — mais identifiable à l’innommable énergie qui impulse la traversée du mur. Voilà ce que tente Sylvain Courtoux. Salut à son formidable effort. Salut à sa rage d’expression. »
Christian Prigent.

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