Libr-critique

19 février 2014

[Libr-relecture] Anne Kawala, De la rose et du renard, leurs couleurs et odeurs, par Emmanuèle Jawad

Anne Kawala, De la rose et du renard, leurs couleurs et odeurs, cipM, coll. "Le Refuge en Méditerranée", 2012, 80 pages, 14 €. [Remerciements à l’auteure pour son éclairage sur certains points]

 

Traversé par l’expérimentation, ce livre superbe d’Anne Kawala s’ancre dans le lieu d’une résidence accordée par le centre international de poésie de Marseille au Liban (Beyrouth et Saïda).

L’ouverture du livre s’apparente à sa clôture. Un même document iconographique marque, par sa symétrie, un double sens de lecture (droite/gauche et à l’inverse), renforcé par la légende en langue arabe, lors de l’ouverture du livre, en langue française, lors de sa clôture. La question du « miroir méditerranéen » est posée, celle des passages entre les cultures arabes et européennes. L’image est issue d’une illustration réalisée pour Le Roman de la Rose de Guillaume de Loris et Jean de Meung. Le titre du livre De la rose et du renard, leurs couleurs et odeurs y fait référence.

L’espace est ici historique, géographique et politique. Il est à considérer dans son rapport avec la mémoire « (…) l’impossibilité de situer l’espace de la mémoire à l’emplacement désiré, à cause de la taille des souvenirs(…) ». L’espace est aussi celui de la page elle-même et de l’écriture qui la recouvre déplaçant, dans un travail minutieux de composition et de mise en espace, ses zones d’occupation et ses marges, quelques pans laissés vierges marqués dans l’angle, par un vers unique ou un signe graphique, de ponctuation. La préoccupation graphique rejoint ici la dimension sonore dans le travail de la langue elle-même et dans son lien aux autres langues.

La lettre arabe waw Ùˆ investit l’espace graphique et sonore du livre. Perçu en tant que phonème [u], il permet d’aborder conjointement les notions de choix (ou) et de lieu (où). L’auteure en fait usage comme d’un signe de ponctuation mais sonore plutôt que silencieux. Le son [u] sous la graphie arabe Ùˆ rejoint alors la signification d’un « et/ou » que l’on retranscrira plutôt par un « éou » fréquent dans les livres d’Anne Kawala ( à situer également dans une proximité avec la construction anglaise virgule + and). Le livre abonde de signes graphiques (* ; , :). Certains en gros caractères, dans la dernière partie, occupant seuls un angle d’une page, apparaissent comme les marques d’ouverture ou de fermeture d’une séquence. Le livre se clôture ainsi par deux points : une clôture en forme d’ouverture précédée par un dernier vers marquant le lieu de passages « j’aurais besoin de voir la mer ». La virgule permet également de scinder certains mots. Elle peut également se réitérer. Les chiffres (de 1 à 3) ponctuent le texte comme autant de clés permettant d’en saisir la portée. Récurrence des chiffres 2 et 3, le chiffre 3 rappelant les 3 langues parlées au Liban, les 3 frontières au départ. Le texte intègre chacune des langues (français, arabe, anglais), « Penser dans sa langue en but aux autres ».

L’écriture se déploie par fragments, agencement de strophes, vers, quelques-uns surgissant à nouveau, flux d’un chant avec effets de boucle où la répétition s’opère dans le corps du texte, au regard également d’une poésie arabe travaillée par la sensation de la répétition. L’espace s’articule ainsi, dans le rapport entre la répétition et le silence, donnant à voir ce qui pourrait être une partition, venant se définir comme un temps.

Un espace-temps où l’image-temps filmique, deleuzienne, viendrait affleurer les fragments d’écriture. « Tu n’as rien vu ». La citation du film d’Alain Resnais Hiroshima mon amour et du livre de Marguerite Duras jalonne le livre. Quelques paroles entendues sont transcrites directement dans le texte, échanges (certains évoquant la guerre ou en référence à la situation du pays), dépêches introduites, citations littéraires, artistiques (Mallarmé, Mondrian, Burroughs, Duras..), bribes importées mises en évidence par la typographie, une modification des polices, marquant des ruptures formelles dans le montage textuel. Cette capture par endroits d’éléments hétéroclites se fait dans le travail soutenu de la langue et de la construction des vers. L’écriture se déploie dans un travail sonore et visuel de créations lexicales. L’incorporation de mots qu’une innovation néologique sous-tend (création de verbes, dans des glissements homophoniques, création d’adjectifs, de mots liés) s’établit dans un foisonnement des procédés de formation des vers tirant l’écriture vers sa singularité et la beauté.

30 janvier 2014

[Chronique] Pierre Drogi, Animales, par Emmanuèle Jawad

Ce livre publié dans la collection dirigée par Mickaël Batalla rassemble trois séquences écrites à plusieurs années d’intervalle, dont la plus récente est portée par le titre.

 

Pierre Drogi, ANIMALES, éditions Le clou dans le fer, coll. « expériences poétiques », 2013, 184 pages, 20 euros.

Ce titre nous oriente du côté du féminin. Animales provient d’un adjectif latin ne présentant pas de différence morphologique entre masculin et féminin. L’hésitation grammaticale s’en trouve perçue par l’auteur comme une invitation à entendre le pluriel comme féminin plutôt que masculin. L’adjectif désigne ici des (pièces) animales ou des (poèmes) animaux.

Le travail sur la mise en espace du vers retient d’emblée l’attention dans sa singularité, une disposition produisant sa propre répartition sur la page, dans le souci d’une spatialisation aérée du texte le plus souvent, resserrements par endroits, rythmant des espaces entre les fragments et dessinant des marges libres, ce qui peut apparaître comme un « blanc syntaxique » constitutif du discours.

A cette organisation qui laisse les bribes sonores par éclats, dans des associations fulgurantes et des glissements homophoniques, s’adjoint une ponctuation constitutive d’une typographie sous-tendue par un souci visuel. La virgule se trouve ainsi à l’occasion placée en début de vers, le point d’interrogation décalé, laissé vide sur ses côtés, deux points en retrait de ce qui précède et de ce qui vient, crochets, parenthèses, barres obliques, tirets, jusqu’à la présence d’une double marque de ponctuation, point sous la strophe, l’articulation des vers s’opère dans leurs marques de réserve, de suspension, de coupe et d’ouverture.

Le volume se clôture en bas de page par la mention : Ponctuation et orthographe : tout a sa raison. 

L’attention se porte également sur l’émancipation des formes du vers dans leur irrégularité, souvent brefs, avec coupes récurrentes, qui associent amorces de dialogues rapportés, phrases interrogatives, mode impératif et interjections, et qui soutiennent le rythme, densifiant la matière même du poème. On notera dans la construction des vers la fréquence des assemblages de mots présentant des proximités dans leurs sonorités.

Le motif "animal", dans cette première séquence importante, ouvre sur un bestiaire propre à l’auteur. On y côtoie références mythologiques et historiques (Hermès, Hérodote, Hérode, Aristote…). Jointe à cette première séquence animales, Hassana et l’ouvrier d’Yport, écrit en 2012, poursuit le travail de mise en espace, agençant le texte autrement, le partageant sur la partie supérieure et inférieure de la page, avant de la couvrir plus largement étirant les fragments. Les deux dernières séquences du livre, écrites seize ans plus tôt, permettent de saisir l’écriture de Pierre Drogi dans son parcours, rendu alors dans son déroulé chronologique, et d’en dresser ainsi la particularité, dans son travail de composition sonore des vers et de leur spatialisation.

8 janvier 2014

[Texte] Emmanuèle Jawad, Plans d’ensemble (fragments inédits)

Nous avons le plaisir de vous donner un avant-goût du livre à paraître d’Emmanuèle Jawad.

 

11

 

l’enregistrement d’images répertoriées puis ordonnées selon la chronologie

des évènements, Leipzig avant Berlin, des croquis émergent d’une quantité

de traits informels, plans d’ensemble noircis par le geste

 

 

1

 

l’histoire par les sols entamés, tranchées entre les murs dédoublés, dans cet écart

terrain vague, ne subsistent qu’une vacance et la mémoire d’outre,

mémorial au lieu inscrit, dite l’armature seule, une élongation,

en marche, le cours, la ligne discontinue marque les anciens postes frontières,

radiation d’une clôture

 

 

5

 

l’agencement, par répartition planifiée, des noyaux décentrés de la ville

rapportés aux bords extérieurs, grincement continu des voies d’un trafic

ferroviaire, alimentation en cordes métalliques d’accès, rames d’ouverture

dans la distribution de nouvelles constructions, charpentes en acier

rehaussées de verre couvrant, gare nef gothique, d’allure

 

 

7

 

l’action circulaire d’une approche au niveau de la place contournée,

l’église baroque de construction récente simule l’ancien, un agencement

de grès neuf et de pierre noircie, la prise du neuf pour de l’époque,

le faux ancien pour vrai, le projet d’un bâtiment mémorial moderne ajourné,

blocs historiques tramés avec d’autres vrais faux, une coupole blanche

 

 

ou rien, une légende, une surexposition blanchit le torse marbré d’Anna,

torsion dans l’enluminure du papier argentique, fins liserés

d’un corps traversé par le mouvement flou, rendu, il s’étonne

 

 

8

 

une extraction dans les couches basses de la place, émanation d’une archéologie

retranchée des sols, une juxtaposition de terres, plein air rapporté d’un très fond,

pinces et brosses déblaient la poudre restante, Rosa Luxembourg sur la mosaïque

du seul bâtiment d’Etat, étages baroques des nouveaux édifices, ville maquettée

soustrait son époque la plus récente

11

 

retrouver la frontière nécessite une mise à plat des cartes, un calcul

des concordances, une superposition de terres, le tracé ancien décalqué

sur une topographie contemporaine, le réajustement des villes portées

à la destruction échancrent les sols, surgissement neuf des îlots de verre

dans une armature de bois et d’acier

 

 

16

 

une mise en jachère dans l’espace mesuré entre les deux murs,

par endroit, le bâti et l’herbe rase recouvrent une mémoire

18 décembre 2013

[Chronique] Franck Jedrzejewski, L’Ombre des mots, par Emmanuèle Jawad

L’Ombre des mots de Franck Jedrzejewski étudie, dans un travail minutieux d’enquête et d’analyse érudite, la question du sens dans les écritures expérimentales, restituant une mine d’informations, d’outils de réflexion et d’éclairages sur l’écriture poétique et les opérations à laquelle elle procède sur la langue et ce, dans une approche transversale, linguistique et historique.

Franck Jedrzejewski, L’Ombre des mots. Le sens dans les écritures expérimentales, Champion éditeur, 2013, 336 pages, 28 €, ISBN : 978-2-7453-2469-6.

L’analyse proposée s’attelle aux mots dans leur traitement (mutation, métamorphose), aux dérèglements de la langue, à sa déconstruction, ses processus d’hybridation et de télescopage (mots, sons), d’invention verbale.

Le sens ne saurait être confondu avec la signification, leur écart marquant la distinction fondamentale à tenir. La signification amoindrie, jusqu’à la perte d’un référent tangible, n’altère le sens constitué dans les démarches et les traitements réalisés sur la langue, les « combinaisons rythmiques et phoniques ». Le sens s’exerce, en une définition topologique, dans le rapport du mot et de sa place, en lien avec les sons, dans les liaisons de mots, les associations, la mise en espace des sons.

Le discours s’appuie sur de larges citations permettant d’en déceler les articulations et facilitant l’exploration linguistique à laquelle nous conduit l’auteur dans les fabriques littéraires et poétiques, historiques, de Rabelais jusqu’aux mouvements d’expérimentation les plus récents (avec une prédominance pour le XXème siècle), dressant ainsi, en même temps qu’un répertoire passionnant des figures de style et de leurs opérations sur la langue, un panorama, une anthologie des écritures sous l’angle de leurs expérimentations.

La construction du sens s’opère à l’écart des rapports sémantiques (dadaïstes, surréalistes), dans des détournements ou dans la production de sons, de timbres (Schwitters, P. Albert-Birot, Audiberti, I.Isou…), des effets rythmiques ou encore dans la construction d’une langue, glossolalie, d’une langue inventée, poèmes phonétiques, poèmes bruitistes dans lesquels l’abandon de la signification s’accompagne d’une production de sens, dans la voix, le son, le rythme.

Les dislocations du langage (dans le surgissement de l’onomatopée, d’un bégaiement…) ainsi que les détournements de la syntaxe lient le sens à la déconstruction, sens produit également par l’engagement dans l’espace, l’agencement textuel, la mise en espace des mots. Le sens est objet de recombinaisons, dans la fabrique de mots (création lexicale, néologismes, emprunts, mots-valises, dérivations…), dans des manipulations combinatoires, contraignantes (Oulipo), questionnées, redéfinies en retrait d’un sens sémantique et esthétique (poésie concrète)… L’auteur examine encore le cryptage du sens, les textes multilingues, le déplacement du sens dans le geste (poésie sonore).

Franck Jedrzejewski répertorie les procédés, processus de déconstruction, détournements, analyse les « déportations de sens », dans un relevé référencié minutieux mettant en évidence les différentes formes d’effraction vis à vis des structures de la langue, restituant leurs expérimentations (grammaticales, lexicales, rythmiques, typographiques).

L’Ombre des mots, dans une lecture continue ou ciblée et réitérée, invite à parcourir, dans un foisonnement d’analyses et de références, un ensemble de mouvements littéraires, poétiques, jalonné par l’apport de figures majeures dans la création des écritures expérimentales et la réflexion qu’elles suscitent, et ce, dans un questionnement du sens libéré, rapporté au travail même de l’expérience.

21 novembre 2013

[Chronique] Philippe Jaffeux, N, par Emmanuèle Jawad

Après la parution de O L’AN (Atelier de l’Agneau, 2011), tandis que ses machineries poétiques complexes publiées en revues ou en ligne ont été remarquées, Philippe Jaffeux consacre sa nouvelle maquette à la lettre N.

 

Philippe JAFFEUX, N L’E N IEMe, Trace(s) / Passage d’encre, printemps 2013, 36 pages, 14 €, ISBN : 978-2-35855-077-2.

N de Philippe Jaffeux est une section de son Alphabet publiée en mars 2013 qui rassemble 26 textes intitulés chacun par le nom d’une lettre suivant l’ordre alphabétique. Le décryptage des contraintes mises en place par l’auteur conduit, dans l’élucidation du texte, à révéler sont travail considérable d’expérimentation et de construction formelle.

Les textes numérotés par des lettres elles-mêmes dotées d’un exposant mathématique, élevées à une puissance n, se structurent en référence à un champ géométrique dont la figure du carré, dans ses dimensions réitérées (textes carrés de 14 cm), assujettit le texte aux contraintes de ses mesures. « La mise e n exposa n t d’une po n ctuatio n multiplie u n e lettre par elle-même ava n t de m’i n tégrer à l’opératio n d’u n e puissa n ce typographique » (premier texte de N).

Si lettres et chiffres sont étroitement associés d’emblée dans les intitulés des textes, lettres, signes graphiques (marques de ponctuation) et mathématiques le paraissent également. Ainsi la dernière lettre, dans le premier texte, clôturant chacune des phrases, se trouve élevée en indice sous forme d’un exposant mathématique, d’une puissance et faisant office de point. Cet indice ponctuant, au fur et à mesure des textes, surélève un nombre de plus en plus important de fins de mots (deux lettres dans le deuxième texte, puis trois dans le troisième, etc.) jusqu’à des segments de phrases, dans l’avancement des textes, laissant paraître, sur l’espace de la page, différents niveaux de lignes d’écriture (dans une police plus fine et des légers tracés) lors des terminaisons de phrases. Ces décalages graphiques s’accentuent dans la suite des textes, chargeant davantage visuellement le texte et ce brouillage altérant la linéarité, en complexifie l’ensemble, le posant comme objet visuel, questionnant ainsi les marques d’écriture dans leurs expérimentations. La construction rigoureuse du texte s’élabore à partir de nombres clés : 26 (26 textes autant que les lettres composant l’alphabet), 33 (nombre de lignes composant chacun des carrés), 14 (N étant la quatorzième lettre de l’alphabet, également la mesure des côtés des textes carrés), 196 (superficie totale des carrés, 196 lettres n dans un carré). Le texte martèle ces nombres clés dans un discours percutant, en boucle. La lettre N, titre du livre, fait l’objet d’un traitement graphique particulier, séparée, dans un écart avec les autres lettres l’environnant, espaces blancs provoquant par endroit le resserrement des mots de la phrase, dans un effet de collage irrégulier ou lettre N dissipée afin de la marquer davantage encore, effacée, dans la dernière phrase clôturant l’ensemble des textes, autant de marques trébuchantes d’une écriture redéployant la question du rythme ainsi que celle du texte dans son approche visuelle. Les réitérations lexicales qui jalonnent les textes, outre les référents mathématiques, sont celles de l’écriture contemporaine dans sa matérialité (encre, clavier, ordinateur). N s’inscrit ainsi dans une histoire poétique interrogeant les codes de la langue et le renouvellement des formes, dans un agencement de blocs textuels dont la géométrie interroge le carré. « Pour son modèle de clarté et simplicité. Ou parce que l’informe (inquiétude) est contrecarré par ses quatre côtés » (Jean-René Lassalle, Le poème carré : formes et langages).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19 octobre 2013

[Livre] Eric Houser, Hello Ernest, par Emmanuèle Jawad

On lira avec intérêt cet impressionnant recueil de textes divers.

Eric Houser, Hello Ernest, éditions Les petits matins, coll. « Les grands soirs », octobre 2013, 253 pages, 12 €, ISBN : 978-2-36383-6.

 

Hello Ernest d’Eric Houser rassemble différentes publications, un choix de ses travaux – parus entre 2000 et 2012 – répartis dans le livre en trois sections permettant une approche transversale et éminemment riche de son travail d’écriture et ce, dans le domaine poétique mais également critique (articles à teneur psychanalytique notamment).

Cet ensemble s’apparente à une mise en lumière de la diversité de ses écrits en même temps qu’il décline, décompose scrupuleusement par l’importance des textes collectés, les différents modes d’écriture poétique.

 

Le travail d’écriture d’Eric Houser multiplie les expériences sur la langue et la composition graphique introduisant à chacun des textes un nouveau traitement, de nouvelles formes (blocs de textes, récits, quatrains, suites de propositions, courts énoncés…). Les propositions s’effectuent par glissements de mots répercutés d’une phrase sur l’autre, réitérés, en boucle, dans une abondance de signes graphiques (soulignements usage de crochets, guillemets, tirets, signes mathématiques, =, +, différentes polices, caractère gras), propositions avec glissements des significations et glissements homophoniques introduisant de légers décalages, suite d’arguments, listes et travail de recherche dans l’élaboration de la liste (liste d’objets, de couleurs, de notions, mots-clés dont la première lettre suit l’ordre alphabétique, mots barrés, jeux sur les sons). Les douze petits récits qui occupent une importante séquence du livre agencent des petits blocs de texte souvent non liés marquant des effets de ruptures (sémantiques et formelles), des amorces de récits, segments de phrases, extraits, avec interjections, composant ainsi un assemblage hybride d’éléments introduisant ce qui semble parfois des coupes de dialogues, bribes de récits, sursauts de l’actualité et de l’histoire pouvant à l’occasion emprunter un vocabulaire juridique (le roi Ptolémée, la vache folle, un réquisitoire…). Dans un saisissant et superbe texte Patch !, les phrases dans une apparente discontinuité (avec intrusion d’une lettre en capitale à la fin de certains mots) convergent vers la thématique de la langue, du récit, de l’écriture elle-même et de la poésie. Le travail de montage usant de l’imbrication des différents temps de conjugaison, déploie ainsi des structures d’expérimentation agencées sur l’espace de la page, réduction des énoncés jusqu’à l’occupation seule de l’espace inférieur et supérieur de la page avec condensation des fragments ou strophes, blocs textuels occupant largement l’espace maintenant un dialogue avec des œuvres littéraires (références à Anne Portugal, Stacy Dories…). Des textes en version bilingue complètent l’ensemble proposé. Un choix d’articles sur l’art contemporain et sous l’angle de la psychanalyse lacanienne clôture cet ensemble dense mettant en évidence, dans d’autres approches, le traitement du corps et le rapport à la langue.

12 septembre 2013

[Chronique] Sebastian Dicenaire, Dernières nouvelles de l’Avenir, par Emmanuèle Jawad

Sebastian Dicenaire, Dernières Nouvelles de l’Avenir, éd. Atelier de l’agneau, coll. « Architextes », septembre 2013, 81 pages, 15 €, ISBN : 978-2-930440-66-8.

 

Dans son livre Dernières Nouvelles de l’Avenir, Sebastian Dicenaire propose un ensemble de textes qui relève à la fois du récit d’anticipation et de la dénonciation sociale (dystopie), offrant une vision acerbe d’un monde contemporain sur un mode critique et parodique.

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24 juin 2012

[News] News du dimanche

Le moment est venu de faire le point sur la fin de la saison et celle à venir, façon aussi de découvrir les œuvres qui viennent de paraître ou qui vont marquer la Rentrée (LC jusqu’en septembre). Dans l’attente, trois livres reçus à découvrir : Sandra MOUSSEMPÈS, Acrobaties dessinées (éditions de l’Attente) ; Dominique MEENS, Aujourd’hui tome deux (P.O.L) ; Emmanuèle JAWAD, Les Faits durables (Ixe prime). /FT/

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