Libr-critique

26 septembre 2019

[Texte] Daniel Pozner, extrait de Défense, illustration, impatience et épluchures de la langue française

Ça n’a ni queue ni tête… plus encore qu’un inventaire à la Prévert : à nous de reconstruire une polyphonie à partir de ces « épluchures de la langue française » – de ces bribes prélevées dans le Verbier de notre monde social…
En avant-première, cet extrait d’un livre prometteur que Daniel Pozner va publier très prochainement (c’est une histoire de semaines) dans la collection « Pli » des Presses du réel : Défense, illustration, impatience et épluchures de la langue française.

 

Je rêve ou je travaille

Chanter comme elle un peu

Interrogatoires quasi journaliers

Machin compliqué

Ça va très vite

Incompréhension totale

Des choses brèves

Pénombre et magnifiquement éclairées

Yeux déjà mourants

Énième remake

Lourde épaisse cette masse s’est doucement déversée sur

Il a trouvé le ton juste

Un plongeur traverse en apnée

Le mot n’est mentionné

Découvert en bordure d’un sentier

Contre le reste de l’univers

Une salle à moitié vide

Les sirènes ont retenti et l’eau est montée

Notes sur l’air et  le vent

Bien des interrogations

Funèbre dédiée à une certaine idée

Qui n’a ni queue ni tête

A ajouté une autre camarade

Certains caractères manquent de finesse

Aux murs propices aux griffonnages

Il n’y a rien à décrypter

Coupes de

Pétillant

Au premier plan

Lumières tourbillonnantes ces lumières

Apercevoir plus tôt

Le fabuleux subterfuge

Par derrière

Par le jardin de la voisine

Si je tombe vous tombez

Usé de la même prudence

Précautions redoublées

Est pour le moins rocambolesque

Bien sûr on peut faire la moue

Calmer le vent de panique en déclinant les éléments de

Dès lors tout va se détraquer

Et une sacoche remplie de clous

Par une porte dérobée : cela n’a pas été un caprice

Baraques de fortune en bois

Et les caravanes

Ont été durement touchées

Le badinage et les colères

Pluie d’étoiles filantes

Un café très noir

19 septembre 2019

[Création] Thomas Déjeammes, Sous viens

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 20:09

C’est avec plaisir que nous retrouvons le poète photographe Thomas Déjeammes, pour qui cet agencement répétitif est une « ritournelle sous acide économique »… Qu’on se souvienne : « NOUS NE SOMMES PAS ACHETABLES »… [Lire/écouter : « Tes putains de mots »]

Écouter :

11 septembre 2019

[Création] Gauthier Keyaerts & Vincent Tholomé, Mon épopée, chant 27

Et voici MON ÉPOPÉE des extraits sonores de MON ÉPOPÉE un livre en 33 chants constituant le volume 13 des 38 volumes recueillant les propos tenus au jour le jour par Konstantin Peterzhak à la cafétéria du centre atomique de Dubna il y a quarante ans en Union Soviétique. C’est à Georgy Flyorov ami et collègue de Konstantin Peterzhak que l’on doit MON ÉPOPÉE que l’on doit la compilation en 38 volumes des propos tenus au quotidien par Konstantin Peterzhak. C’est à Georgy Flyorov que l’on doit aussi la traduction et adaptation française de MON ÉPOPÉE.

Nous ne faisons nous autres que mettre en sons et en voix des extraits de MON ÉPOPÉE. Ce que nous donnons ici à entendre ce sont des improvisations des choses enregistrées dans l’instant sans concertation préalable. Nos mises en sons et en voix sont livrées brutes sans montage sans retouche. Elles sont des bouteilles lancées à la mer. Des façons de redonner corps aux voix singulières de Georgy Flyorov et Konstantin Peterzhak.

Gauthier Keyaerts : electronics + sound design

Vincent Tholomé : electronics + voix

♦♦♦♦♦

MON EPOPEE / CHANT 27. / HOW TO VIVRE VIVANT CHEZ LES MORTS /

 

///

c’est à dubna / à la cafétéria du centre atomique / c’est le matin / le deux avril / ceci a lieu avant le travail /

///

il y a konstantin peterzhak / il se passe les mains à l’eau tiède / il se passe les mains au savon de marseille / il est à dubna / à la cafétéria du centre atomique / il porte déjà sa combinaison blanche / ses bottines de feutre / son bonnet en tulle / il dit / à mesure qu’il passe ses mains à l’eau tiède :

///

georgy flyorov / tu dois savoir : des fois je vis chez les vivants / des fois je vis chez les morts / je sais comment faire / je sais comment vivre / chez les vivants comme chez les morts / je répète : je sais comment vivre / chez les vivants comme chez les morts / c’est inné / instinctif / sans le savon de marseille on ne se débarrasse pas du fromage / georgy flyorov / le sais-tu au moins ? / le sais-tu au moins ? /

dit konstantin peterzhak / passant ses ongles à la brosse dure / laissant couler tiède / plus que de raison / puis disant :

georgy flyorov / je sais que sans le savon de marseille le fromage persiste sur les doigts / sur les ongles / dans les shorts et les chemises / c’est un fait / un constat / on dégage alors une odeur de mort / des jours durant / c’est un fait / un constat / ceci est un mode d’emploi pour ne pas l’oublier / ceci est un mode d’emploi pour ne pas vivre mort / ceci vise à faire vivre un vivant chez les morts / ceci vise à faire vivre un vivant dans la vie / il suffit de passer tes mains à l’eau tiède / georgy flyorov / il suffit de passer tes ongles à la brosse / dure / au savon de marseille / pas oublier / georgy flyorov / pas oublier / un fromage persistant sous tes ongles peut ruiner ta vie / georgy flyorov / un fromage persistant peut ruiner ta vie / au bureau / chez toi / dans les autobus / pas oublier / georgy flyorov / pas oublier / ne jamais sortir à la main le beurre du beurrier / ne jamais l’étaler sur la nappe / ne jamais laisser le fromage persister / sous tes ongles / dans tes shorts / tes chemises / ce serait vivre mort chez les morts / ou / vivre mort dans la vie / gâcher ainsi ta vie / ou / tes amours naissants / flyorov / tu comprends ? / tu comprends ? / tu comprends ? / flyorov ? /

dit encore peterzhak / achevant de se rincer les mains à l’eau tiède / au savon de marseille / me décochant des clins d’œil / comme s’il ne venait de dire rien que pour moi / comme s’il ne parlait rien qu’à moi / me regardant à mesure qu’il se lavait les mains / se les passait à l’eau tiède et au savon de marseille / insistant lourdement sur mon nom / le disant sans le dire dès qu’il relevait la tête / me regardait droit dans les yeux / me décochant un clin d’œil dès qu’il relevait la tête / m’apostrophant ainsi / par mon nom / sans avoir à le dire / ne le disant pas mais le disant sans le dire / comme s’il avait quelque chose à me dire / en raison d’un rendez-vous nocturne / samedi deux avril / à dubna / en raison d’une sortie en ville / à dubna / d’un cinéma et d’une sortie en ville / dans les bars / ou dans un restaurant / chinois / ou coréen / en raison d’un amour / peut-être naissant / je ne sais pas / je ne sais pas / je ne sais pas /

///

rien ne comptant / en tout cas / autant / pour konstantin peterzhak / que de vivre vivant chez les morts / aimait toujours à dire konstantin peterzhak quand konstantin peterzhak tenait des propos à propos de ses steppes / de ses pelouses intérieures / disant des choses comme :

ici

dans mes pelouses

dans mes steppes intérieures :

jamais encore on ne m’a vu pondre un œuf

ou :

des fois je profère un chagrin / j’embrasse des lèvres un enfant neuf / ici mon nez frétille / je varie peu avec l’âge / ce que j’ébauche est vieux comme le monde / j’admire le dos des apparences / etc. /

etc. /

puis ajoutant encore : / c’est vivre vivant chez les morts / georgy flyorov /

///

c’est vivre vivant chez les morts

///

compris ?

compris ?

compris ? / georgy flyorov ? / compris ? /

4 septembre 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz 6/6

Terminons cette série par une livraison irrésistible… [Lire/voir Projet n° 5]

Projet n° 6

L’USINE D’IVRY SUR SEINE VA DEVENIR UN ÉROS-CENTER MUNICIPAL

Je suis contre. On avait la pollution sous nos fenêtres, on aura le viceà tous les étages. Quel intérêt ? Je ne vois pas le gain. Pour personne. Dans l’affaire, il n’y aura que des perdants. Je pense en particulier aux catholiques asthmatiques (ils sont minoritaires par ici mais il n’y a pas de raison de négliger les groupuscules) ; eh bien, les asthmatiques : une pollution chasse l’autre, etl’indignation aidant, ils ne cesseront pas de suffoquer. Certains, jusqu’à leur dernier souffle. Et pfuit. Ces victimes collatérales échapperont, il est vrai, aux ravages des MST : une maigre consolation. Un soir, après une réunion publique, j’ai eu l’occasion de dire au maire, en aparté, mon opposition à ses projets bordéliques et le sentiment de hontequ’ils m’inspiraient. Il a eu l’air étonné. Tu serais pas catho ? me dit-il. Non : athée intégriste, je réponds. Ça me rassure, dit-il. Et il me récite un interminable blabla sur les bienfaits à son avisdu sexe municipal. Tu comprends, conclut-il, c’en sera enfin fini de la misère sexuelle localemais pas seulement, ça va attirer les Parisiens et aussi les touristes, des millions de touristes ; eh oui, crois-moi, Pigalle, c’est mort ! Suis atterré. Ce maire de choc paraît si sûr de son nouveau credo : prostitution industrielle, certes, maissociale. Pas d’abattage, ni d’heures sup imposées. Un syndicat maison ; CE, tickets-restaurant, 6esemaine de congés payés. Mazette ! Il délire l’élu.  Et le client aussiest soigné : tarifs indexés sur le quotient familial ; CB acceptée ; gratuit pour les étudiants, les chômeurs, les seniors. Ah, le bougre ! Il a pensé à tout. Toi, sexuellement, t’en es où ? me lance-t-il in fine. Point mort, j’avoue ; zéro érec. Bien, dit-il. On va recruter des vigiles, ça te dirait ?

21 août 2019

[Création] Yves Justamante, création sonore à partir d’un extrait de Mille plateaux

C’est avec plaisir que nous retrouvons Yves Justamante pour une création sonore à partir d’un passage de Mille plateaux : Deleuze et Guattari machinés par le poète acousmatique.

21 juillet 2019

[Texte] Fabrice Thumerel, Libr-éclats

Ces Libr-éclats anisotropiques pour que chacun les fasse fuser et infuser à sa guise…

Ces formes brèves sont extraites d’un Libr-Carnet critique. Critique, malgré qu’en aient d’habiles postcritiques hostiles au soi-disant suprématisme rationaliste et aux présupposées dérives rhétoriques de  ceux qui exercent une volonté de puissance source de tous les maux. LIBR-CRITIQUE (1) s’inscrit à l’encontre de ceux qui décrètent la mort de la littérature comme de la critique pour ériger une postlittérature et une postcritique qui poussent sur un terrain anomique laissant libre cours à une littérature de sociétalisation : exit la valeur esthétique, vive les valeurs sociocinétiques… En ce premier quart du XXIe siècle, le « post- » croît sur un piètre compost. (Nous y reviendrons bientôt).

(1) Sur le positionnement de Libr-critique : ici.

 

♦ Délivrés de l’angoisse, du Souci (die Sorge), les Intranquilles peuvent s’occuper du sociétal

♦ Parce qu’ils ont l’habitude d’être aréseaunés, les humoins d’aujourd’hui vivent comme des asticots, mais des asticots de choix : des entre-soi.

♦ Nos démocrazies ressemblent à nos fêtes : quelques drapeaux et ballons, boniments et ricanements, morceaux de musique et de bravoure, des éclats de voix et de lumières, des applaudissements et jacassements du public… et le tour est joué !

♦ Quel bel apologue sur la croyance que le conte d’Andersen intitulé « Les Habits neufs de l’empereur » : il suffit à quelques malins de mettre en scène un empereur paré de ses plus beaux atours pour qu’il en soit ainsi alors même qu’il est aussi nu que le petit-jésus… Aujourd’hui, il suffit de lancer des mots magiques comme « Croissance », « Dette », « Développement durable »… et le tour est joué, tant les « élites » sont atteintes du syndrome des habits de l’empereur !

♦ Aujourd’hui, l’intellectuel n’est plus « engagé » mais « impliqué »… Impliqué, en effet, dans un processus qui le dépasse.

♦ Ne rien lâcher (on, il/elle ne lâche rien) : Mythologie de la Résistance. La bonne conscience des BelleZâmes.
Résultat assuré dans un seul cas : lorsqu’on s’agrippe à son mode de vie consumériste / individualiste.

♦ Ah cette manie de ne voir dans les adultes, y compris les plus mûrs pour utiliser un euphémisme, que des éternels adolescents : « Eh les filles ! Eh les garçons »… Sympathiquement cool… Craquant !

♦ Quel est le comble pour un manifestant ? Assister à son propre meurtre au JT de 20H.

♦ La France-en-Marche… mais vers quoi ? Le Mondial des Winners !
Vite, toujours plus-vite… mais vers quoi ? Plus, toujours-plus… mais pour quoi/qui ? RV à Nulle-Part-sur-Néant…

♦ – Je suis à vous, dit-elle.
– Je ne vous en demandais pas tant… Mais, bon, l’essentiel est d’être dans les temps sans être submergé…

– Je reviens vers vous, dit-elle ?
– Vous étiez partie… où ça ? Vous avez raison, faut bouger… Sinon c’est l’immobilisme ! (Ah non, au secours… tout mais pas ça !).

♦ Comment appelle-t-on une masse que l’on peut prendre à la nasse, pêcher et faire pécher ? Le Grand-Public… Les-Consommateurs… Et comment appelle-t-on une masse en mouvement, insaisissable et incompréhensible ? Le Peuple.

♦ Signe des temps, même une collection se nomme « Back to the roots » (« Retour aux racines », chez Bizzbee) – ah oui, en anglais c’est plus « classe » (nouvelle forme de snobisme, donc)… Générations identitaires : mais où voulez-vous qu’on s’enracine ? Les deux faces d’un monde immondialisé : d’un côté, le bougisme individualiste / consumériste ; de l’autre, l’enracinement solipsiste / nationaliste.

♦ Les récents scandales hexagogonaux (Benalla, Tapie, de Rugy…) me font penser à ce que réaffirme Alain Badiou dans À la recherche du réel perdu (Fayard, 2015), qui définit le capitalisme comme « ce monde qui est constamment en train de jouer une pièce dont le titre est « La démocratie imaginaire » » (p. 25). Il n’est pas jusqu’au vécu scandaculaire – si l’on ose ce néologisme – qui ne soit biaisé : la mise en scène d’un éclat de réel comme exception ne permet nullement d’atteindre le réel réel, dans la mesure où le scandale tend précisément à cautionner insidieusement l’ersatz de réel (la pseudo-révélation d’une « affaire » n’a de cesse de nous conforter dans notre appréhension rassurante du microcosme politique : l’exception ne saurait être la règle ; la purgation d’une infime partie garantit l’harmonie du corps entier, c’est-à-dire le conduit à la rédemption).
Pour le philosophe néoplatonicien, on ne peut échapper à l’aliénation qu’en réussissant à s’abstraire du monde des simulacres, ce qui est loin d’aller de soi : notre rapport au monde social étant structuré par le discours dominant, nous renonçons de fait à la conception du réel comme expérience sensible ou vision existentielle. Le problème est en effet que nous vivons en un temps où triomphe un « semblant démocratique » qui se présente comme une fin particulière de l’Histoire : l’homme ultramoderne renonce au réel pour se contenter de satisfaire ses envies dans un monde matérialiste caractérisé par la saturation sémiotique et la clôture symbolique.


Jusqu’au moment où le voile du tabernacle se déchirera – et pour cela il faudra au moins qu’un tiers de la population des Pays-Riches connaisse la même misère que celle du tiers- ou du quart-monde, à cause d’une crise systémique renforcée par la crise climatique, sans parler des risques de conflits –, la chose publique, bonne fille, abritera en ses alcôves les suppôts d’un totalitarisme ultra-libéral qui maintient son cap du Toujours-Plus au moyen des « démocratiques » violences étatiques et des multiples manœuvres de ses complexes scientifico-technologico-économico-médiatico-technocratico-militaro-politico-idéologiques / bourreaucratiques.
Ce sont bel et bien les réfractaires à la société du spectacle politique, les néo-iconoclastes – savoir, ceux qui s’attaquent aux icônes de l’Ordre néo-libéral – qui sont « pris en otages » par les zélateurs et conformistes de tous poils : leur « crime » est de jeter l’opprobre sur le système même de la démocratie représentative, et donc de faire-le-jeu-des-extrêmes…  Comment répondre à ces adeptes de la « pensée molle » (Accursi) qui ne font qu’ânonner les ineptes slogans mainstream, sinon par une question :  que penser d’un système qui « laisse le choix » entre la peste et le choléra ? S’il n’y a pas de leçons à retirer de l’Histoire, on peut du moins retenir cet invariant : nul dialogue possible avec un pouvoir totalitaire ! Mettons-nous donc en devenir : contre l’aliénation ultra-libérale, inventons/développons des singularités, agents catalyseurs de véritables collectivités.

17 juillet 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz (4/6)

Allez, un peu d’humour noir pour cette 4e livraison… [Lire/voir 3/6]

Projet n° 4

UN MUSÉE DU DEUIL VA OUVRIR DANS L’USINE DU KREMLIN-BICÊTRE

Très déplaisant. On n’a pas besoin de ça ici. Dans une ville où la joie de vivre est obligatoire depuis que le conseil municipal (arrêté du 5. II. 2017) en a décidé ainsi, cela semble un contresens. Un parc aquatique, un bowling, un casino, même un musée de la malchance (car la guigne est toujours celle des autres), auraient été plus joyeux, en tout cas plus utiles et assurément dans le droit fil de l’aimable politique de nos élus. Le deuil, je sais bien qu’il se vit différemment selon les cultures etles latitudes (j’ai lu Le grand livre du deuildes anthropologues Choussard et Bray) mais exposer jusqu’à la nausée ces différences dans un musée forcément sinistre oùnul ne mettra jamais les pieds, c’est une hérésie ; et la faillite assurée. On va devoir empêcher ça. Mais comment ? Hier, justement, je dîne chez les Daquin ; il y a là les Jazzi, les Maulher etla veuve Bersuden (Jade, 34 ans) ; le sujet vient sur le tapis. Qu’en pense-t-elle ? je demande. Rien, dit-elle ; hein, de quoi, les soldes ? Bon. Elle ne suit pas. Elle est ailleurs. Dommage. Son mari (Carl, 66 ans) s’étant tué en voiture il y a un mois, elle aurait à dire sur le deuil. Mais elle ne dit rien. Elle s’en fout. Daquin qui, lui, a fossoyé sa mèredepuis déjà trois ans nous en fait tout un plat. Je ne m’en remets pas, etc. Il saoule ; et, disons-le, son sauté de veau à la bière est immangeable. Pour Laura Rey-Maulher, la psy de service, le travail du deuil est de fait un travail au noir, donc toujours mal payé, donc en monnaie de singe. Ah. Je me le tiens pour dit. Les Jazzi s’emmerdent, eux aussi. Il se fait tard. Jade soudain refait surface : Et si on lançait une pétitionen ligne contre ce musée du deuil ? Oui, allons-y ! je dis. Chez toi ? demande la veuve.

11 juillet 2019

[Texte] Romain le GéoGrave, Le toutou numérique

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 20:32

Le toutou numérique – facile à dresser

installez-le

chez vous il trouvera sa place plus

qu’à son tour

et pis c’est vrai qu’on dit il faut

le tout numérique

tout pour le tout

tout grossièrement

vide trop souvent

la carcasse plus

chère que le con

tenu

Ayez la fibre – passke sava plu vit’ –

d’écrire sûrement,

de recevoir des infoniouzes obèses

CHERCHE défibrillateur pour ado. sur-numérique, 16 ans, poids-taille-sexe : tout moyen, cerveau (?) adolescent

GSM. Email ; @ espère belle lurette

Pour perdre définitivement son identité réelle

un seul CONSEIL, poussez le curseur

et vivez INTENSÉMENT(pour) votre identité numérique,

cadavres, cadavres numériques,

eux, bientôt partout,

les exquis cadavres du 22ème siècle

NOUS SOMMES TOUS DES NUMÉRISÉS

[slogan post-apocalyptique]

DÉNUMÉRISER JAMAIS !

NUMÉRIQUE, toi-même

enfants du numérique

numérisez-vous

la lumière

sera

lecteur, cette page numérique

est-elle ou n’est-elle pas ?

être ou ne pas être

numérique

?

(faut-il se poser la question?)

l’œil à fleur d’écran, doigts qui tapent trop vite, sens évacué,

du nombre, des bits, des zéros et des uns

des zéros pointés, des uns zé des 0tres

numerus, nombre, le nombre fait loi,

arithmétique, tic tic tic.

30 juin 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz (3/6)

En ce temps de mondialisation, force est de le constater, les pouvoirs en place affectionnent les usines-à-gaz… Mais de là à… Facétieux Daniel Cabanis ! [Lire/voir : 2/6]

Projet n° 3

L’USINE DE CHARENTON SERA TRANSFORMÉE EN PRISON MODÈLE

Complètement idiot. Une très mauvaise idée, une aberration. Car que veut dire modèle, hein ? Modèle ! Qui respecte la dignité des détenus, c’est ça ? Bien sûr. On sait qu’elle n’est pas respectée dans les prisons ordinaires. Donc, de loin en loin, pour se donner bonne conscience, les pouvoirs publics tirent de leurs cartons leur tout dernier projet de taule idéale. En général, ça fait aussitôt pschitt et on n’en parle plus. Ici, le projet a reçu l’aval combiné de la municipalité et de la pénitentiaire ; il paraît donc particulièrement suspect. Qu’en est-il ? J’ai vu les plans de l’architecte Bo Potzer, ses gribouillis aquarellés, ses perspectives tape-à-l’œil. Le type est un mondain surtout réputé pour ses niches de chien design (il a eu l’Os d’or du fameux concours international de Juan-les-Pins). Bref, il a prévu des cellules individuelles de 30 m2 avec internet, home cinéma, jacuzzi, frigo-bar et vélo d’appartement. Pourquoi pas ? Sur le papier, c’est beau. Mais c’est trop beau ; on a envie d’y aller ! Et je connais en personne un certain nombre d’opportunistes prêts à tuer un préfet OU un amiral pour s’offrir vingt ans de cette vie-là. Si le luxe pousse au crime, il est contre-productif. Ajoutons aux plans du bon Bo Potzer le lit double (+ matelas multispires), une visiteuse pas bégueule DEUX fois par semaine, du papier-cul à fleurs, les romans de Jean D’O sur papier bible et c’est la ruée assurée ! L’émeute ! On se battra pour être écroué ici. Merci ! Caïds et autres gros durs multicartes assureront le spectacle devant la prison ; excellente publicité. Et le prix du foncier va s’écrouler. La natalité aussi. Les entreprises vont fuir. Ça va être un désastre. Ce Potzer va causer de grands dégâts. Sauf s’il a un accident.

26 juin 2019

[Texte] Romain le GéoGrave, Règlement 3, mensonge familial

Tous comptes faits… [Lire les Règlements 1 & 2]

la vie toute pleine et toute belle de réalité
la fiction s’emmêle dans la vie vraie réelle
la vie vie fiction – ne pas avoir de racines
prive de la bonne franche réalité de vie
se rechercher dans l’avant plutôt que dans
l’histoire d’une fiction mentie inventée et
le tout dans une bonne humeur névrotique et,
aujourd’hui on ne cesse de le dire, bienveillante
pouvoir (se) rassurer (de) son passé
exercice illusoire car in extenso fictionnel mais
rassurant pour qui a cru s’abstenir de regarder en arrière
Factuellement, regarder photos, livres, comptes, notes, carnets, agenda, objets-souvenirs
la réinvention du tout illusoire avec quelques mots et expressions empruntées à ceux du passé
Croire que tout cela a été inventé pour soi, alors que
essentiellement pour les autres,

(ne pas savoir)

ne pas déchirer le contrat social ambiant qui, via les sbires de l’oeil de Moscou de la maison d’en face, observe, alimente la légende, juge et persifle
Il leur a fallu rester debout à ceux qui ont créé la légende ; probablement faire disparaître, se convaincre du faux comme du vrai, la fiction devient réalité – ou l’inverse, peu importe tout le monde s’enf(o)uit la mémoire –
et lui, le p’tit, lui inventer sa mémoire, lui créer ses souvenirs, invoquer la fiction pour éviter la friction
des années durant
espérer, pas à pas, que l’invention du réel tiendra debout, ne pas – ne plus, douter, au fil des jours, des mois, des années
évoquer le mensonge peut coûter cher, alors le monde se tait, le quartier, la ville, le zéro social se crée – et il ne le sait pas, le p’tit
évoquer le mensonge se paiera cher, un jour, mais pour le moment, le monde se tait,
les deux qui l’entourent, le cercle plus large qui l’enferme, enfermement dans la fiction
le p’tit, lui ne sait toujours rien, tant mieux – le p’tit baigne dans la fiction la plus étrange, qui semble ne pas payer de mine, mais qui risque d’éclater à tout moment

(avoir cru comprendre)

Un fossé d’années se creuse avec ce tas de mensonges initiaux qui reste au fond,
bouseux, merdeux,
le p’tit, lui, il grandit, le p’tit, il est plutôt bien construit, il avance sans trop savoir – et il sait déjà sans savoir, qu’il ne veut pas savoir ; il le sait très très vite,
inconsciemment
que rien ne tient debout dans cette histoire
il veut teindre le fil blanc avec une couleur qui va bien avec la toile de fond
avancer, avancer, courir, courir, se couvrir, tous aux abris
aux yeux des
ça, c’est bien,
la face est sauvée,
le p’tit posera plus d’questions,
il a rien vu,
il a rien capté,

(avoir compris)

et alors, toute une série de défunts,
muets défunts
remuer des fins
LES VIVANTS N’ONT JAMAIS PARLÉ (salauds!)

les morts se sont avérés plus bavards (cadavres!)

document administratif lambda bénin banal
dans une simple caisse de rangement de paperasses classiques
entre les factures d’eau et un livret de famille
ce sont les morts qui l’ont ressorti
et une vivante qui a lu
qui a soumis
qui a compris
qui a fait lire
au p’tit, qui n’avait jamais pris la peine, cette peine, lourde charge, de lire, lui, le p’tit qui aimait tant lire, mais pas la paperasse, c’est pour une autre race…

le p’tit il savait qu’il savait, dès qu’il a su

(ne plus vouloir savoir)

Ah !!! Colère, rage et empoignades, le p’tit en a marre de se faire foutre
Le p’tit, il va rapidement clôturer un débat qui n’est pas encore né
Le p’tit, il va faire payer tous les mensonges
les familles inventées, les ancêtres guerriers, les rien-du-tout finalement
les ressemblances avec … un tas de vent
les correspondances avec … un tas de cons

Le p’tit, il ne doit donc rien – c’est signé sur le papier vent
Plus personne pour venir lui rappeler son ascendance

car elle n’est pas, juste pas.

16 juin 2019

[Création] Daniel Pozner, Plutôt qu’ailleurs

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 10:38

Daniel Pozner nous livre ici un extrait de son prochain recueil : une bagatelle qui nous ouvre l’ailleurs… [Lire le dernier texte de Daniel Pozner sur Libr-critique]

L’étrange privilège de ne laisser aucune trace
Le col relevé jusqu’aux oreilles
Le commencement de tout cela
That’s marvellous !
Explosions analogues
Un verre d’eau
Pose son stylo
Quand les sirènes
Et venir vivre à New York
Le jour se lève
Tout sonne faux
Je n’ai pas craint d’écrire cette bagatelle
Une sorte d’axiome
La chose la plus simple
Toute sorte de mots confus
Ombres chéries
Flots immobiles
No man’s land
Rock and roll
Je leur donnai cinq cigarettes
Les noms effacés
Ne comptez pas sur moi
Lisant et relisant
Petites émotions de la kleptomanie
La maison croulait un peu plus
Ça se goupille
Manuscrits de ma composition
La gueule à coups de poings
Fruits des travaux de ma solitude
L’empêcher de tourner sur ses gonds
Les étoiles sont si proches
Tes petites craintes
Tes petites joies
L’herbe sèche
Le thème d’une fugue de Bach
Hasards de la conversation
Une petite fille pieds nus
Les images coloriées
Le jasmin et la menthe fraîche
Les phares des voitures
Lacets à la pièce
Une espèce de lacs en cœur
Les particularités d’une langue
Une lampe à alcool
La banlieue de Paris
L’ancienne brouette
Une tierce mineure
Pluie miraculeuse
Tournants brusques
Descentes rapides
Et l’éblouissement du soleil sur les pierres
Mort toujours menaçante
Son mégot dans le cendrier
Claquements de fouet
L’ampleur des contradictions
Habité par un oiseau sauvage
Des branches d’épines
Je vais lire ça ce soir
Intermezzo
Apprendre à ne rien faire
Lacéré brûlé emporté pillé
Le pied souple dans les espadrilles
Voyages dans le temps
Ces pommes âcres qui donnent soif
Miroir ovale
Cartes sur table
Lune de miel
Une pincée de sel entre le pouce et l’index
L’éditeur hocha la tête
Cela s’allumera tout seul
Choses anciennes précises irréelles et lointaines
All right !
Un minuscule carnet
Naissance des éphémères
Le grotesque l’impensable
Passe-temps
Filin d’amarrage
Une simple inscription
Si c’est de l’or
Le rôle de l’imagination
Le pouvoir des fées
Émotion étrange
Les paroles les plus
Ces barricades ?
Pourquoi je pleure ?
Une bonne promenade ?
Ne pas trouver de rime aux choses ?
Le rideau de perles qui masquait l’entrée
Aller et venir librement
Il y avait des trous et puis des tiroirs
Les mots qui n’existaient pas encore
Accélérez ralentissez
Le sang n’est-ce pas ?
Marionnettes du crépuscule
Encore une grève ?
Les châtaignes se fendent
Pourquoi ici plutôt qu’ailleurs ?

9 juin 2019

[Création] Laure Gauthier, Transpoems (2/2)

Second volet des réalisations sonores situationnistes, créations originales de Laure Gauthier – que nous remercions tout particulièrement. [Lire/voir/écouter la première livraison]

► Un même texte a été enregistré dans une vingtaine de situations : il s’agit d’improvisations même si le texte est lu. Le dialogue avec le contexte est déterminant.

* Piste 3 : Couloir (Cheval Nature)

* Piste 4 : Couloirs (Incendie Notre-Dame)

► Sound machine 1 de Laurent Bolognini : son tournant intégrant les transpoems de LG et le montage de Martin Saez :

© Photos : en arrière-plan, « Vas voir au palazzo » (Dispositif plastique : Sylvie Lobato / Création Lumière-flux : Laurent Bolognini / Installation sonore : Martin Saëz) ; ci-dessus, « La Forêt blanche » (dispositif plastique et Ombres reportées : Sylvie Lobato / voix et transpoem : Laure Gauthier / Sculpture cinétique Ombra-01 : Laurent Bolognini / Installation sonore : Martin Saez).

4 juin 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz (2/6)

Pour ouvrir comme il se doit ce 37e Marché de la poésie, et si l’on suivait à la lettre ce projet de Daniel Cabanis… [Lire/voir : 1/6]

Projet 2

UN INCUBATEUR D’ÉCRITURES S’INSTALLERA DANS L’USINE D’ORSAY

C’est consternant. Pendant dix ans, Région et Ville ont subventionné sans désemparer des ateliers d’écriture chaque SAISON plus nombreux. Il en a été organisé dans les établissements scolaires, comme il se doit, mais AUSSI dans les bibliothèques, crèches, hôpitaux, casernes, centres d’art, maisons de retraite, EHPAD, autres mouroirs ; en somme, il n’en a manqué qu’à la déchetterie. Bien, tout ça. Pour quel résultat ? AUCUN, me dit Alvin Jilas, un des écrivains multi-bénéficiaires desdits ateliers. Il n’y a pas en la matière la moindre obligation de résultat, précise-t-il. Ah bon. Je me renseigne. Je découvre qu’Alvin J, 52 ans, a publié une vingtaine d’ouvrages de poésie chez divers petits éditeurs éclairés. Ses meilleures ventes semblent avoir été Boues et bouées (66 exemplaires) et Random faisant (48 ex.) ; c’est assurément une voix qui fait autorité. Il a son blog, Ainsi dit-il, qu’il saupoudre avec la sublime sciure de ses fonds de tiroirs. Je suppose qu’il a déjà la médaille des Arts et Lettres ; sinon, il va l’avoir. Alvin, je demande, ces ateliers d’écriture, sinécure, planque, qu’en dit-il ? Aussitôt il prend des airs. C’est un job infect, ça fatigue, ça ne paie pas, aucune reconnaissance sociale, Elsa m’a quitté, mon fils se drogue, j’ai perdu mon smartphone, on m’a volé mon vélo. Alvin, je dis, ça suffit les jérémiades. Désolé, dit-il. Bon Dieu, c’est ce genre de gland qu’on va mettre à incuber ici tous frais payés ! Et quels sont ses projets ? Ah, euh, fait-il. Et il avoue des envies de roman. Des envies ! Pourvu qu’il se retienne. Il a pensé à un titre, Le Régisseur des variables, mais attend d’intégrer officiellement l’INCUBATEUR pour se lancer. Il se pourrait bien qu’il attende long. Et son Régisseur avec lui.

30 mai 2019

[Création] Laure Gauthier, Transpoems

J’appelle transpoèmes ou transpoems des poèmes transgenres qui mutent et migrent. Passent d’une rive poétique à l’autre. Ce sont des segments que je prélève de mes textes publiés ou en cours d’écriture, que j’assemble et que j’enregistre à l’aide d’un zoom audio en différentes situations et différents lieux et qui sont ensuite intégrés à d’autres œuvres, installations et œuvres collectives (musicales, scéniques) mais qui peuvent aussi être écoutés pour eux-mêmes ou diffusés à la radio ou sur le web.

Parler de transpoetry ou de transpoèmes est bien sûr un clin d’œil en sympathie adressé aux travaux sur le genre. Les nouvelles avancées scientifiques et militantes sur le genre nous montrent la plasticité de celui-ci. Les transpoèmes entendent plaider pour la plasticité du genre poétique. Ni poésie sonore ni poésie écrite ni même poésie mixte mais une poésie dont le genre se modifie en fonction des contextes. Les transpoèmes sont des greffons. Des greffes situationnistes ? La greffe ne modifie pas que le greffon mais elle vient trans-former l’œuvre qui accueille. Une image poétique migrante est à l’œuvre. Une image qui diffuse sa culture, enrichit la terre d’accueil et se modifie elle-même.
Les textes ne sont pas répétés auparavant mais dits spontanément, en réaction à la situation. Le centre de gravité du texte se déplace alors. Creuse autrement le sens. En lisant le texte dans ces contextes imprévus, j’emmène le texte ailleurs, le fait migrer d’un espace-temps à un autre. Pérégrinations. Des poèmes multipatrides. Nécessairement.
Qui ouvrent des béances et des connivences nouvelles.

Un exemple de transpoem : « l’installation de couloir »

1. Une image greffon prélevée d’un texte

L’image du couloir est un espace-temps potentiel, arraché aux premières esquisses d’un livre qui reste à écrire, intitulé Les corps caverneux :

J’aimerais, dis-tu après un long silence, que tu interviennes dans mon installation de couloirs. Tu sais, le couloir en taille réelle que les visiteurs devront traverser un à un, passer pour se diriger vers une porte sombre avec des bribes de voix dures, et j’installe les murs. J’aimerais, dis-tu une seconde fois, que ta musique des cavernes intervienne dans mon couloir.

ton couloir avec les pas, le silence et le bruit de la porte a déjà sa musique, insistai-je

2. Des réalisations sonores situationnistes

J’ai enregistré ce texte dans une vingtaine de situations : il s’agit d’improvisations même si le texte est lu. Le dialogue avec le contexte est déterminant. On peut entendre ici quelques-uns des contextes (gare de Lyon, procession à Naples, soir de l’incendie de Notre-Dame avec une télévision dans une location à Villers-sur-Mer, un champ en Normandie près de Granville) mais d’autres enregistrements ont été effectués sur le vif avec une machine à inhaler, dans différentes pièces, dans un couloir, dans les rues de Naples, dans la forêt, au bord de plusieurs littoraux ou encore dans un groupe de touristes à Pompéi. La situation d’enregistrement est, la plupart du temps, imprévue et pousse ma voix dans des contrées inattendues à laquelle elle doit réagir. Le contexte attire mon attention. Le texte n’est pas su « par cœur », il est fragile, lu, et la syntaxe se déplace en fonction de la situation. L’écart se creuse entre le contexte sonore et la voix disant le transpoem. Un écart fructueux. Une incommodité à résoudre, une émergence qui expose.

. Piste 1 : Paris, gare de Lyon

. Piste 2 : fanfare et procession à Naples

21 mai 2019

[Création] Thomas Déjeammes, Tes putains de mots

Si cette création sonore de Thomas Déjeammes fait écho à celle du premier shoot poétique(« Tu connais ton corps »), cette fois, pas de photo grattée : juste des « putains de mots »… Écoutons, tout d’abord : .

2 mai 2019

[Création] Daniel Cabanis, Réhabilitation des usines à gaz (1/6)

Dans cette nouvelle série très inspirée – dont nous remercions infiniment Daniel Cabanis -, la cible se rapproche du satiriste…

Projet n° 1

38 ATELIERS D’ARTISTES SERONT CRÉÉS DANS L’USINE DE GENTILLY

C’est regrettable. Il y a déjà bien assez d’ateliers ; et trop d’artistes, je veux dire, TROP de barbouilleurs impénitents, illuminés, célibataires et névropathes. D’ailleurs, ceux-là n’ont pas les moyens de payer le PRIX d’un atelier. Les vieux sculpteurs cubistes non plus. Quant aux artistes contemporains, ils sont nomades par définition ET ont leur atelier dans la tête ; ordinateur ET téléphone portables, un petit bureau quelque part, n’importe où, et la question est réglée : si ŒUVRES à proprement parler il doit y avoir, elles seront réalisées ailleurs et par des tiers. Autrement dit : ici, à grands frais, on prétend aménager une quarantaine d’ateliers d’artistes luxueux dont on sait d’ores et déjà qu’ils n’intéresseront PAS les intéressés. Il s’agit donc là d’un programme immobilier sournois, à l’image de ce qui s’est beaucoup fait depuis vingt ans dans la banlieue parisienne. TIENS, visitons ensemble la MVB, l’ancienne Manufacture de Vis ET Boulons de Vitry sur Seine (un bâtiment réhabilité en 1998). On ne s’attend pas à y VOIR des artistes au travail. Et en effet, il n’y en a pas (CAR on ne saurait appeler artistes des retraitées qui peinturlurent des bouts de carton, de vieux fonctionnaires chauves qui donnent dans l’abstrait primitif, ou des bourgeoises oisives tuant l’ennui en tournant d’improbables poteries). Les autres résidents ne sont PAS plus artistes : PDG d’une chaîne de magasins de chaussures, magistrat (président de cour d’assises), journaliste dans un quotidien du soir, avocat, gérant de salle de sport, etc. Que font là tous ces ravis de la crèche industrielle ? Eh bien, ils se gobergent : caves à vins, 4×4, chiens à pedigree, gosses à claques ; le week-end, barbecue éco-responsable ET sexe collaboratif.

« Newer PostsOlder Posts »

Powered by WordPress