Après "Dans un jardin", voici une autre création sonore d’Yves Justamante : un paysage mental ressortissant à la poésie électroacoustique.
Après "Dans un jardin", voici une autre création sonore d’Yves Justamante : un paysage mental ressortissant à la poésie électroacoustique.
Emmanuelle Pagano, Nouons-nous, P.O.L, octobre 2013, 208 pages, 16 €, ISBN : 978-2-8180-1954-2.
Le dernier livre d’Emmanuelle Pagano avait pris la forme d’un recueil de « nouvelles », où les personnages se croisaient et voyageaient d’un texte à l’autre, créant des passages entre les récits. Un monde était ainsi brassé par l’écriture.
Dans Nouons-nous, Emmanuelle Pagano a chaussé ses lunettes scientifiques pour explorer la relation amoureuse et ses nuances. Le fragment, forme brève et éclaté, proche du poème et de la liste, est la forme choisie pour cette exploration. Comme dans Un renard à main nues, des échos entre les textes peuvent permettre au lecteur de tisser sa propre trame en mettant en relation – puisqu’il s’agit d’un jeu autour de la relation – les indices abandonnés, sciemment ou non, par l’écrivain. Leurs longueurs varient, entre le récit
s’étendant sur plusieurs pages et la phrase seule, livrant la singularité de la relation entre le « je » de la narration et le « il » ou « elle » désigné(e) par le narrateur. Le « je », cher à l’écrivaine puisqu’il se retrouve dans chacun de ses textes, est le médium via lequel s’exprime le lien amoureux. Son anonymat, sa plasticité, tant au niveau du sexe – il est parfois très difficile de repérer l’indice grammatical indiquant si le narrateur et homme ou femme – que de l’âge amène l’attention du lecteur sur ce lien ; parfois lâche, parfois serré jusqu’au « nous », signe que le nœud amoureux possède son poids, sa tension. Ainsi, le « nous » peut aussi bien signifier l’union amoureuse que l’union dans le désamour. Il est le pendant du « je », sa doublure déformée, décuplée, par la mise en couple, quelquefois bizarre et bancale. Toutefois, l’usage du « je » ne fait pas basculer le texte dans le lyrisme ou l’apitoiement. Chaque nœud amoureux est décrit d’une manière qui se veut neutre, comme une confidence sur laquelle il est inutile de renchérir par des déploiements sentimentaux. En effet, la description de la relation se focalise sur les sensations corporelles plutôt que les sentiments.
Dans toute relation, l’individu doit s’ajuster à autrui. Ce réajustement est à la fois spirituel et corporel. Il faut que la chair s’adapte à la présence d’un autre corps, mais également au lieu où cet autre corps a posé ses marques :
vêtements, chambre, appartement, bureau, etc. La frontière des corps est un des terrains d’analyse de Pagano ; il est le lieu d’un contact avec l’autre, donc un point de déformation du corps, voire de transgression. Les organes sensitifs, la voix, la respiration, la peau, sont des espaces de contact avec l’extérieur, et avec les objets et les individus qui l’habitent. Il faut éprouver ces limites pour constater les traces et les ancrages du rapport amoureux. De plus, le corps possède une curieuse symétrie que le désir semble révéler, prémisse de l’agencement du nœud amoureux : lèvres, langues en bas et en haut, salive contre cyprine et sperme, poils en bas, en haut. Le corps conserve les traces d’une relation passante ou passée, mais également les points d’ancrage où l’attache amoureuse peut se faire, où le corps de l’autre peut s’attacher, se nouer. Ces points d’ancrage résident parfois dans des maladresses que l’écrivain décrit, comme une rougeur d’émotion sur un visage, une épilation oubliée qui attire le regard, etc. Mais l’agencement des corps passe également par la médiation d’objets, symbolisant par métonymie la relation. Ces objets sont retrouvés et énumérés sur la quatrième de couverture, rédigée par l’auteur. Cette liste nous met sur la piste d’un jeu de listes et d’une liste de « je » fragmenté pour peindre les nuances d’un lien complexe. La narration demeure cependant simple, essentiellement descriptive, facilitant la lecture du livre. Mais le fragment, qui tranche la page, fait buter le lecteur sur le blanc, pose une difficulté, voire une énigme sur laquelle rêvasser.
© Emilie Pothion, dessin à l’encre noire.
En ce premier dimanche d’octobre, nous vous aidons à enrichir votre automne avec nos Libr-événements : numéro 12 de Nioques, festival e-topie, Sandra Moussempès à Lyon ; mais aussi nos gros plans sur Al dante/Manifesten, Alphabetville et le festival des arts électroniques (Confluence / Paris).
Al dante/Manifesten
1/ PROCHAIN RENDEZ_VOUS, CE LUNDI 7 OCTOBRE… Aed Yagui, directeur du PMRC de GAZA (Palestinien Medical Relief Commettee) est de passage à Marseille. Il sera à Manifesten lundi 7 octobre à 19h45, pour nous donner les dernières informations sur la situation à Gaza, en particulier dans le domaine de la santé. Une occasion unique d’entendre et d’apprendre…
2/ LES PROCHAINES RENCONTRES (de plus amples informations à venir, mais réservez déjà vos dates) : – Le 17 octobre à partir de 19h > soirée de soutien à Georges Ibrahim Abdallah, avec Chloée Delaume, Nadir Dendoune, Serge Quadruppani et Jean-Marc Rouillan. Libérable depuis 1999, ce militant communiste est toujours en prison. Il vient d’entamer sa trentième année d’incarcération… – Le 22 octobre à partir de 19h > rendez-vous avec le philosophe-performeur bulgare Boyan Manchev (Ses recherches se concentrent sur les champs de l’ontologie, de la philosophie de l’art et de la philosophie politique.) Il a publié récemment "Logique du politique" (Sofia, 2012), "Miracolo" (Milan, 2011), "L’Altération du monde : pour une esthétique radicale" (Paris, 2009), "La Métamorphose et l’instant – Désorganisation de la vie" (Paris, 2009), "Quel sujet du politique ?" (Paris, 2010, en collaboration avec G. Basterra et R. Ivekovic).
3/ À VENIR : prochain Face A / face B, avec Sylvain Courtoux et Jérôme Bertin (Face A / Face B est un journal-tract produit par laviemanifeste.com, à parution aléatoire et diffusion incontrôlable. Ces publications sauvages sont totalement et uniquement soumises au
désir de ces protagonistes). Le premier Face A / Face B réunissait Amandine André et Frédéric Neyrat. Disponible sur simple demande par courrier, il suffit de nous communiquer votre adresse postale.
4/ PROCHAINES PUBLICATIONS AL DANTE :
– Procès d’un homme exemplaire d’Eric Toussaint (rappel sur le rôle criminel du FMI et de la banque mondiale, à travers Jacques de Groove, ancien directeur de ces… "institutions"). En librairie à partir du 16 novembre, déjà disponible à Manifesten.
– La démocratie d’Alain Brossat (la démocratie : La démocratie, le mot qui fond dans la bouche, le concept qui fond dans la tête…. Ou ‘que devient cette notion dans la bouche de nos dirigeants). A paraître début novembre. En librairie le 16 novembre.
– La sphinge mange cru de Liliane Giraudon (poésie : À l’origine le sphynx était la sphinge. Mais l’égyptien masculin se substitue au féminin. Il pose le mystère – tandis qu’elle est son propre mystère. Ici, elle a la bouche malade. La parole toujours est à naître d’un mystère à élucider… ) A paraître début novembre. En librairie le 16 novembre.
– Première ligne : 105 mesures pour une guerre de Jérôme Bertin (Manifeste poétique pour une guerre à mener… qui n’a jamais cessé…). A paraître fin novembre. En librairie le 16 janvier 2014.
5/ RAPPEL : Sur Radio Manifesten, vous avez accès aux enregistrements de certaines interventions qui ont eu lieu ici : Amandine André, Stéphane Nowak + motif_r, Jérôme Bertin… Radio: https://soundcloud.com/manifesten-radio
6/ RAPPEL SECOND : Si vous désirez participer activement à l’aventure Manifesten, vous pouvez bien entendu adhérer à l’association.
Adresse: Manifesten – 59 rue Thiers – 13001 Marseille – Mail : evenement.manifesten@gmail.com / Radio: https://soundcloud.com/manifesten-radio / Editions al dante: www.al-dante.org
Actualités Alphabetville
. Archives en ligne
« Pier Paolo Pasolini, la force scandaleuse du passé »
Un événement organisé à Marseille du 14 mai au 8 juillet dans le cadre de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, par Alphabetville, le cipM, le FID Marseille et l’Ina Méditerranée
Ecouter
– les conférences de Jean-Paul Curnier, Georges Didi-Huberman
cliquer ici : http ://www.alphabetville.org/article.php3?id_article=193
– le programme radiophonique spécial sur Radio Grenouille réalisé par Emmanuel Moreira
cliquer ici : http ://www.radiogrenouille.com/actualites-2/evenements-grenouille/dans-le-noir-du-temps-une-nuit-radiophonique-autour-de-pasolini/
Lire, consulter
– le cahier spécial Pasolini édité par le cipM
cliquer ici : http ://en.calameo.com/read/00001732463970a378faa
– les documents audiovisuels des archives de l’Ina
cliquer ici : www.ina.fr
. Evénements à venir
« Résidences Zanzibar »
Un projet de Alphabetville avec ZINC et Leonardo/Olats, en coproduction avec Marseille-Provence 2013
Résidence Zanzibar est le nom d’un programme conçu à partir de l’accueil en résidence d’un théoricien sur le territoire. Faite de visites, de rencontres, de partage, le résident prendra aussi part à des interventions publiques (conférences, tables rondes, colloques…). Les résidences Zanzibar en 2013 se dérouleront durant le festival e-topie, parcours d’arts numériques, du 10 octobre au 10 novembre à Aix-en-Provence, seront accueillis les résidents : Stephen Kovats, chercheur spécialiste des nouveaux medias, critique, commissaire, Berlin : du 17 au 19 octobre inclus, et 
Bernard Stiegler, philosophe, Paris : du 5 au 7 novembre inclus
Programme complet
Cliquer ici : http://www.alphabetville.org/rubrique.php3?id_rubrique=41
. Publications
A paraître aux éditions l’Entretemps
Poétique(s) du numérique 2 sous la direction de Franck Cormerais
Plus d’informations, cliquer ici : http://www.web183018.clarahost.fr/prochainement/162-poetique-du-numerique-2-9782355391606.html
Électronique©#01
[fin d’une première journée d’automne]
–
Teatime / Concerts / Fooding / Pop-up_Store / Chill-out / Exposition / Dj / Bar / Meeting / Surprises.
–
@ Confluence_théâtre de Paris – [190 Boulevard de Charonne 75020].
–
13/10/13 _ 16h00> 14/10/13 02h00 _ 12€
–
SUJET :
Une présentation de travaux électroniques & acoustiques singuliers, immersifs, poétiques, subversifs, concrets. 
.
DETAILS :
Un endroit unique de qualité et audacieux vous est enfin proposé au sein de Paris. Il vous sera possible – entre autre – d’y déguster de la cuisine "fait-maison" japonaise sucré/salé, d’écouter de la musique "différente", d’acheter un peu de tout mais de grande qualité, de danser à l’aide d’alcool (?) là aussi de qualité, d’y entrevoir l’exposition "?" et enfin d’y rencontrer de nouvelles personnes, choses, susceptibles de vous convenir tout à fait, car venues ici pour les précisément mêmes raisons. Le tout dans un cadre exemplaire unique (extérieur & intérieur) pour ce genre de manifestation.
N.B =
Les concerts, eux, commenceront exactement au début durant le Tea-Time (collations sucrées faites maison bien sûr) musical et se continueront tout au long de la nuit auprès des plats raffinés/salés japonais élaborés sur place.
CONCERTS :
–
Henri Chopin
Œuvre revisitée par Joachim Montessuis sur une proposition d’électronique©.
(Instrument : quadriphonie augmentée)
Site : http://fr.wikipedia.org/
Extrait : http://youtu.be/
http://www.autopoiese.org/
http://www.soundcloud.com/
Vidéophage
(Instrument : Vhs préparée)
Extrait : https://vimeo.com/75763896
Frédéric Nogray
(Instrument : silicium)
Extrait : http://www.youtube.com/
Thomas Tilly
(Instrument : Insecte)
Site : thomas.tilly.free.fr/
Kassel Jaeger & Discipline
(Instrument : bande magnétique)
Site : www.kasseljaeger.com/
Site : josephghosn.wordpress.com/
Extrait :
http://youtu.be/
http://www.youtube.com/
Strom Varx
(Instrument : Électronique)
Site : https://soundcloud.com/
Extrait : http://youtu.be/
Stephan Mathieu
(Instrument : Electronique)
Site : http://www.bitsteam.de/
Extrait : https://soundcloud.com/
CHILL-OUT :
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Dj.Satok : Ambiance : http://www.youtube.com/
Dj.Joseph Ghosn : ambiance : http://www.mixcloud.com/
Dj.imagenumerique : ambiance : http://youtu.be/
FOODING :
–
Atsunobu kohira (chef) : Salé = atsunobukohira.wordpress.c
Misato (chef) : Sucré = from Laduré.
POP_UP_STORE :
Bimbotower : Cool Stuff : http://
Prêle record : Musique : www.prelerecords.net/
Erratum : Musique : http://www.erratum.org/
And More…
en cours de booking…
INFORMATIONS :
site : http://
event : https://www.facebook.com/
Libr-événements divers
â–º Parution du numéro 12 de la revue Nioques : sonnets visuels d’Eric Lynch, textes de Daniel Cabanis, Sandra Moussempès, Franck Smith, Laura Vazquez… 
On méditera l’exergue de Christophe Tarkos : "je ne suis pas pressé, je ne m’étouffe pas / je ne suis pas écrasé, je ne suis pas enfoui, / je ne suis pas encerclé, je ne suis pas écrasé, je respire"…
â–º Du 10 octobre au 10 novembre 2013, les arts numériques sont à l’honneur à Aix-en-Provence avec le festival e-topie : programme et renseignements complémentaires.
â–º Mercredi 16 octobre 2013 à 17H, Sandra Moussempès est l’invitée d’une Journée d’études organisée à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon (station d’arts poétiques) : 8bis, quai St Vincent à Lyon (Grand amphi).
Avant même que de mettre en ligne la dernière partie du long poème inédit "A.R.N. _ Agencement Répétitif Névralgique_ voyou", parallèlement au Dossier Claude Favre, donc, voici la seconde collaboration entre l’auteure et Thomas Déjeammes [lire la première], qui a lancé le projet Dreamdrum en mars dernier. Sa photo grattée est accompagnée ici d’un texte à fleur de mots qui nous dit quelque chose d’essentiel : "trop près du corps mal à parler"… /FT/

vieille affaire & toujours des mots ne sont pas notre
langue n’est s’ils font bricoles flottent affaires de peu
qu’importe le panache pourvu qu’on soit gagnant
dents & or & nous contents on s’en remet à eux ad
libitum qui tournent dans les bouches tristes
anxieux tout de même de peu être si peu à querelle
on sent parfois qu’il y aurait à dire à n’être que trop
près du corps mal à parler & cette langue finissante
qui n’en jamais à toujours vieille affaire
de mots plaqués à nos peurs cousues de lettres pas
assez mortes mots jusqu’au sang creusés collés raidis
aux parois pharynx palais gorge larynx fortunes
& passages obligés pour quoi lèvres tuméfiées
mots poisseux aux entournures de quelle folie
nôtre se déguiser ainsi couler couture s’arracher la
pour qu’elle aille bon vent langue adieu qui n’est
pas notre langue de quoi adieu baveuses bouches
couvées des mots toujours de toi à moi même
m’aime pareil ça amer & parfois ça démange à
lacérer toutes coutures au vent de l’air entre les
mots de l’air la langue n’existe pas plus n’existe que
peau à la fin peau qu’à jeter en dépit du bon sens
arracher peau des mots jusqu’au sang pour
mots entournures de mal phrases & emboucher
vives langues grenues comme légères & souples de
très jeunes filles qui pressent le pas & riant
Au moment où Véronique Bergen intervient dans le nouveau lieu d’Al dante (cet après-midi, à 16H et à 19H : Manifesten, 59 rue Thiers à Marseille), revenons plus précisément sur un livre qui, n’hésitons pas à le signaler d’ores et déjà, marquera l’année 2013.
Véronique Bergen, Edie. La danse d’Icare, Al dante, septembre 2013, 288 pages, 20 €, ISBN : 978-2-84761-789-4.
"En toute situation, le salut vient par la voie du haut, Dédale te l’a appris, Icare" (p. 97).
"J’ai toujours pensé que pour échapper au règne des hommes, il me suffirait de danser à un mètre du sol" (84).
"Je danse à l’extérieur de moi, je danse afin que le cycle de destruction et de régénération de mon monde ne s’arrête pas" (118).
"S’il existe un dieu de la défonce et de la baise, il aurait dû canoniser Edie" (123).
« "T’enfiler des tordus et des tordues, des comprimés, de la vodka, tu n’as pas trouvé mieux pour traverser la vie, Edie ?" Quand ma toupie moralise, je l’enveloppe dans un foulard pour la faire taire et je lui crie que la vie ne traverse pas Bobby, Minty, Edie mais qu’elle les expulse » (255)…
Edie Sedgwick (1943-1971), c’est l’actrice et mannequin (Vogue, Life…) qui a représenté "la Marilyn Monroe de la contre-culture" (79)… la figure emblématique des années folles made in USA, du chaos no-artistique des années 60, d’un monde qui s’abîme dans une
fête à perpétuité… Edie, c’est la maîtresse de Bob Dylan, la Muse d’Andy Warhol, la fée de la Factory… celle dont l’"état naturel, c’est le manque", qui dit je mais "a perdu l’usage de la première personne du singulier"… celle dont la lignée est tragique : "Certains Sedgwick ne peuvent pas attendre que la mort les prenne" (72) ; "je descends d’une cataracte de psychotiques qui baisent comme ils respirent" (221)…
Dans son post-scriptum, l’auteure explicite l’enjeu de sa biofiction trash : "passer le matériau brut de vies au travers du prisme de la fiction […] redonner vie, couleurs, voix, étoffe à des personnes réelles coulées dans les eaux de l’imaginaire ne va pas sans le souci de laisser intacte leur part d’ombre" (269).
Edie ombre et lumière, Eros et Thanatos…
Vampirisée par un père fantasmé ("kidnapping mental" de Fuzzy), celle qui voit la mort dans son prénom ("die"/Edie) se gave de sexe et de drogue… se scarifie mais ne se clarifie pas… devient "danseuse hors père"… parle, parle et reparle… délivrant au passage une satire humoristique de ceux dont les traitements sont inhumains (les électrochocs en particulier) : « Les psychiatres sont de piètres linguistes. J’ai beau leur crier "la copule s’accorde avec un sujet ravalé au rang de complément d’objet", ils tirebouchonnent dans Œdipe en boîte de conserve, de préférence de soupe Campbell » (12) ; une réflexion philosophique : "la beauté n’est rien d’autre qu’une puissance magique qui monte de l’intérieur du corps et traverse la peau" (79) ; ou même une prédiction : "Dans quelques années, tout le monde aura son kit portatif pour s’auto-électronarcoser" (249)…
Vous ne pouvez pas ne pas lire cette incroyable épopée fantasmagorique sur une figure mythique morte tragiquement d’une overdose à vingt-huit ans. Vingt-huit chapitres, donc, alternant dialogues plus ou moins fantaisistes et récit à la première personne – récit "dépersonnalisé" tant la parole se fait parfois délirante. C’est en effet à un véritable Bing Bang érotopoétique que nous assistons… Des temps : "Bob, mon père m’a fait vivre à l’impératif et me baisait à l’infinitif présent, à cause de ça j’ai perdu mon participe futur, le radical des verbes irréguliers, il me les fourrait dans la bouche dès le déjeuner, papa idolâtre tant la grammaire qu’il va mourir sans faute d’accord" (185) ; des signifiés et des signifiants : « Mon père m’a programmée à devenir son cendrier spermatique, la conversion digitale de son logiciel culminait dans le planning "coups et gifles" » (183)… Dans cet autre extrait, notons le tohu-bohu des signifiés et des références légendaires : "Quand papa bombarde maman de neutrons, elle se transforme en Madame Pluto, la découverte de la fission nucléaire, les don juan l’ont faite avant les scientifiques, rien qu’à ouvrir sa braguette, Fuzzy provoque une réaction en chaîne et libère une énergie colossale" (168)… À psyché instable, style tumultueux dominé par la métaphore filée et, en particulier, par la translation (passage d’une catégorie grammaticale à une autre) : "je babylone dans le sperme", "il me stromboliait par derrière", "Fuzzy titaniqua Salt et Pepper", "stéthoscoper", "nuptialise", "son instrument d’exception que je stradivarius de mon doigt virtuose", "le dard de Fuzzy qui me navaja le corps", "elle pavlovera", "Mon humour le charlie chapline à l’envers"…
Le 50e numéro de La Revue des revues paraît juste avant le passionnant 23e Salon des revues, qui aura lieu du 11 au 13 octobre 2013 – avec les éditions Al dante, de nouvelles revues…
â–º Espace d’animation des Blancs-Manteaux (48, rue Vieille-du-Temple 75004 Paris), vendredi 11, samedi 12, dimanche 13 octobre 2013, 23e Salon de la Revue
Mnémotechniquement, c’est facile : 11-12-13/10/13 ! Donc, le Salon de la revue 2013 aura lieu les vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 octobre 2013.
Vous pouvez retrouver tous les participants
– Exposants
– Revues présentes
Cette liste se complètera au fur et à mesure.
Voici le programme 2013, dans une version légère
Programme en bref
et dans la version définitive, complète et détaillée ici heure par heure.
♦ Al dante au Salon, dès le vendredi 11 octobre
Présentation des revues :
– Contre-Attaques #1/
– Contre-Attaques #2/
– Attaques n°1
&
– La revue Invece (Julien Blaine)
– La revue L’Humidité (reprint/Jean-François Bory)
– La revue OU (Anthologie/Henri Chopin)
&
– L’Armée noire n°1
&
– Documents (avec le collectif International/Georges Ibrahim Abdallah, Sylvain Lazarus, Hazem El Moukaddem, Eric Toussaint)
&
La revue Inferno n°1 (arts, scènes, attitudes)
&
Face A / Face B, avec laviemanifesten.com
â–º En marge du salon : La Revue des revues, Association Ent’revues, Paris, n° 50, automne 2013, 144 pages, 15,50 €, ISBN : 978-2-907702-62-1.
Pour le 23e Salon de la revue (cf. ci-dessous), paraît le 50e numéro de la revue qui, par delà les disciplines, considère la revue comme une forme à part entière. Entre autres, on notera le dialogue avec Jacqueline de Roux qui revient sur l’aventure des Cahiers de l’Herne (1960-1972) ; on s’arrêtera sur les vingt ans de la revue Art présence (fondée en 1992)… Y sont recensées par ailleurs les nouvelles revues présentées ici même au début de l’été : Aka et K.O.S.H.K.O.N.O.N.G.
♦ [Découvrir le sommaire complet, lire les résumés et certaines chroniques dans leur intégralité – et donc la fin de la mienne sur K.O.S.H.K.O.N.O.N.G.]
La poésie comme art de vivre de l’émeute… C’est ce que vous propose aujourd’hui H. Marinella : à répandre comme une traînée de poudre…
le stade du développement économico-politique
le stade de la tête qui se dissout, du corps après qui se dissout dans les choses du développement économico-politique […] le corps qui va bosser, puis qui revient d’être allé bosser
[…] le corps dont le monde est la part tout entière qu’est dissoute
le silence de la mort de soi avec les déluges qui rentrent
[…] les bus et les métros qui rentrent
les richesses des choses, c’est ça que la création va pas être reconduite
le père noël du développement économico-politique […] dans la part tout entière du monde qu’est à nous, tous les corps ils déboulent en même temps avec toutes leurs têtes […] on y déboule tous en même temps que maintenant, on prend la parole du déboulement […] qui déboule de tous les coins de notre tête ou de nos mains, qui fait des bruits de cercueils qu’on ouvre de l’intérieur, de cohues de planches qui giclent de nos bouches. Les manifestations pour la défense des droits sociaux y aura un silence lié à leur disparition […] au lieu de quoi yara du vacarme d’émeutes […] le vacarme d’émeutes c’est ça qui constituera la substance du monde. Ne construisons aucun monde, faisons du dégât de monde, le monde sera le monde de son dégât […] tous les lieux du monde résonneront de son dégât, la musique de son dégât c’est ça qu’on entendra partout dans le monde. Y aura pas à attendre (l’apocaca ou le grand soir), y a tout qui s’ra là, y a tout qui s’ra sous tes yeux, tu s’ras sous tes yeux. Dans le monde où on aura supprimé l’appel à la négociation, parce qu’on l’aura remplacé par l’appel permanent au cri de l’émeute, t’auras rien à attendre qui n’est pas l’émeute en train d’avoir lieu, chaque heure ça sera l’heure de l’émeute, chacun il verra constamment midi à sa porte de l’émeute […] il se lèvera et il dira : tiens, c’est mon heure de l’émeute […] toujours t’appelleras tes potes pour leur dire que t’es en train de servir l’apéro de l’émeute, et tes potes ils voudront toujours bien venir de prendre l’apéro de l’émeute. L’émeute ça sera un art de vivre de l’émeute. Ça sera un art de vivre à la française de l’émeute
y a les poèmes qui passent à côté des endroits, et les poèmes qui passent en plein milieu des endroits
y a les poèmes où t’es en plein milieu des endroits, et tu les regardes passer en plein milieu eux aussi
[…] y a les poèmes qui se passent sous tes yeux, à l’intérieur et à l’extérieur de sous tes yeux
[…] qui charrient des plumes, du ciment, des élastiques, des bonnets en caoutchouc
des écailles retournées
ils charrient du ciment qu’on peut manger pour la tête
pour qu’après on lance sa tête pleine du ciment des poèmes
tout le corps des poèmes c’est dur comme du ciment (dur comme des têtes de taureau et baissé, dur comme des culottes) […] le monde de ciment de corne des poèmes, il est fait pour rentrer contre ta tête, il est fait pour que le monde de ta tête c’est exactement la même chose que le monde de corne des poèmes […] le monde à ras de terre des poèmes qui fonce dedans à fond la caisse. Les poèmes, ils foncent dans l’eau, ils foncent dans la gorge, et ils foncent dans le sable. On fait le feu avec les poèmes, le feu qu’est mis dans ta poche, le feu sous les nénuphars de ta poche […] et toi t’es planqué avec le feu sous les nénuphars, t’es là comme ça. Y a tout le monde qui sait pas que t’es là, alors il regarde l’eau et il sait pas qu’il regarde le feu de l’eau (car il est dans ta poche). Il regarde l’eau et il se dit je sais pas quoi […] il se dit peut-être que si il se penchait au-dessus de l’eau, il pourrait voir le feu de l’eau, ou le vent qui souffle sur le feu de l’eau, sur l’enclave du feu de l’eau. Il pourrait voir l’eau retournée, et le feu qu’il y a dedans, et lui aussi il serait dedans, il serait en train de foncer dedans […] avec sa bouche il est en train de foncer dedans […] avec sa vie, avec les tentacules sacrés de sa vie, avec les tuyaux de sa vie dans lesquels il est, dans lesquels il passe et il se repasse à travers, il ferait l’osmose entre foncer et foncer avec les tuyaux de sa vie, il se foncerait dans les bras de sa vie […] les bras de Danube de sa vie, les bras de Château-Thierry de sa vie, les bras de ponchos, de méduses, de cils et de survie de sa vie […] les vagues de bras […] la première vague de bras qu’a existé (au moment de l’avènement que l’existence existe). La vie complète, la vie qu’est pas amputée, la vie complète c’est quand tu rajoutes la mort avec, la vie où la mort elle est de son côté, et où ça s’embrasse […] où ça résiste à ne pas s’embrasser. La vie qu’est à l’aise quand y a tout qu’est emporté dans la résistance, quand la vie et la mort ça fait un, quand y a tout qui résiste à la dissolution de ce qui fait un. Tout ce qui fait un est entièrement embrassé sur lui-même, et l’ensemble des lui-mêmes ça n’a pour ainsi dire ni début ni fin. L’ensemble des lui-mêmes ça fait un […] le début ça fait un et la fin ça fait un aussi, car c’est entièrement embrassé ensemble […] c’est entièrement emporté dans l’action directe de faire un. Tout se joue une fois entièrement, tout n’a aucune possibilité de résurrection, tout sort de la scène et s’enfonce au fond du un […] pour ne faire plus qu’un avec le fond […] tout ce qui ne résiste pas à flotter à la surface, on va bien rigoler quand le moment viendra où ça va se mettre à s’enfoncer au fond de son un, quand ça va s’enfoncer comme un château de cartes. Ton sort de faire qu’un avec ton fond, c’est ton sort qu’est entre tes mains […] ton sort de vivre sur une planète où t’es au fond, où t’es un qu’est au fond […] où on peut te compter jusqu’à un, te compter à la lumière de ce qui est uniquement un, à la lumière qui fut venue toucher le fond. Nous sommes ce qui fut venu jusqu’à nous au fond. La vie que tu vis elle est d’accord avec les résistances possibles, c’est même ça qu’elle ne sait rien faire d’autre qu’être en accord
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