Libr-critique

9 juillet 2020

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art (5/6)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 20:52

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » du 22 avril dernier à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (elle sera reportée à l’automne prochain). [Lire/voir le quatrième volet de la série]

Exposé / 5

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : BUW49L).

 

Les artistes fraîchement sortis des écoles d’art ou d’ailleurs sont très hésitants quant à l’orientation à donner à leur début de carrière ; ils veulent taper un grand coup mais la crainte de se griller avec des propositions alambiquées ou des outrances irrecevables les tétanise. Finalement, seuls les dingues et les insolents osent casser les codes et réussissent à intéresser. Bien sûr, cela ne suffit pas ; ensuite il faut durer. Il y a environ deux ans, trois au plus, les Dassenbach, Mag et Walter, à l’époque deux parfaits inconnus, se sont imposés avec des vidéos pornos amateur qui, à première vue, étaient nullissimes mais ont été réévaluées en deuxième lecture (!) et cette fois jugées dignes d’éloges. Que s’était-il passé entre temps ? Simple : on a appris que les Dassenbach n’étaient pas le couple d’artistes crétins qu’on avait cru mais un duo frère/sœur incestueux bravant la loi et le tabou, ce qui modifiait en bien la perception de leurs vidéos. Ainsi, la critique d’art éclairée que leurs piteux coïts avaient navrée les a trouvés à la réflexion, je cite : extrêmement forts et percutants. Eh oui, le ragout était le même mais son fumet avait changé. Dans un milieu toujours prêt à saliver son os, et où la moindre transgression force le respect, voilà donc l’inceste en valeur esthétique ajoutée. Bien. Très bien. Je m’incline. Et/ou le con de ma sœur est un film-phare. Au moins une balise. L’ai revu hier soir et j’ai enchaîné avec Tu seras une lopette, Walter. Sacrée soirée. Pas sorti indemne. Du grand art. Maintenant, peuvent-ils aller plus loin, les petits génies ? Je crois que oui. Qu’ils enculent père et mère, au nom de l’art ! Salauds de parents : tant pis s’il faut les violer. Allons-y ! Ça va être du grandiose. Et qu’ils se chient dessus pendant qu’ils y sont. Bien. Finissons-en avec ce néo-porno consanguin : une plaisanterie. Et revenons à nos fourmilières.

 

3 juillet 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (8)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:25

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le septième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

Dessin à la seringue avec l’influx anti-flic, shoot, magnéto branché aux poulies, salive alternée, crochets de souche hissant les noyaux proliférants, ondes des nerfs, dessin-générateur de dessins enfilés dans les essieux, surcharge du plasma contaminé, effluves en roue libre, encre de seiche ré-incarnée, vroum-vroum, lavis, poulpe et calmar branlés sous perfusion, tampons, tampons, tampons, action tamponnage pour pondre, tampons reproductifs du tamponnage d’excès entre les ponts, l’épidémie aggrave la gravure, re-câble les tubes des trayeuses jusqu’au vomissement, mots rajoutés aux fréquences-radio pour écouter les dessins à fond hors des rouages, tamponnage, bruit du fond dans les Å“ufs pondus, tampons, tampons, biopsie des lettres condensées, alphabets des morts de la langue pour vivre dans les manèges du soleil avec la langue des résurgences mélangées aux inventions mutantes, tamponnage, bam, péter l’soutif du vertige futur des contaminations absolues cosmiques, tampons, tampons, Å“ufs volants de l’univers dans la défonce, danse du plancton libéré, nuages épidémiks dans l’abîme fibreux des marges dé-spatialisées des méta-marges, grande solitude des actions marginales intensives, écrire et peindre enfin pour les oiseaux, les vaches, les cochons, les belettes, les hérissons, les lapins, écrire et danser en chaussettes avec les lapins face au CKKE maximal, saucissons volants, bouquets, tampons, tampons, épidémie-boomerang en pleine gueule, bam, tampons, tampons, solitude, tampons tampons…

Flotteurs épidémik, Joël Hubaut 1976

30 juin 2020

[Texte] Sébastien Ecorce, VARIA, punctum

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:27

Revoici Sébastien Ecorce – professeur de Neurobio à ICM, Salpètrière, écrivain-poète -, que nous remercions pour ce premier extrait d’un travail en cours. [Lire son dernier texte sur LIBR-CRITIQUE]

 

Le syndrome sec signe-t-il une chute de la larme

Une rechute a un effet neuroprotecteur dans l’épaisseur de la chute princeps

La chute diminue les jours sans rémission

Réduire le volume n’est pas un coup d’arrêt à ce que tu déplaces très légèrement

Le vide respire : c’est solidement prouvé

Les troubles du jeu ne connaissent pas le temps qui s’écoule

La pleine conscience, de quelle manière pourrais-tu la guider

Le score moyen est une question de douceur, aussi

Le souvenir est une plante réduite et résiduelle

Ce que tu peux oublier par l’enquête courte

Un rapport de risque dans les rapports d’observation

Jour contre se répète dans sa différence

Tu feras du coaching avec intervalle de confiance

Est un petit effet dans un grand échantillon, ou grand effet dans un petit échantillon

Ce que tu oublies est un critère de jugement secondaire

De quelle manière pourrais-tu réduire ce que tu détruis

Etat fonctionnel : ne pas voir

La gravité est-elle celle de la partie dans le tout, ou celle du tout dans la partie

Un effet de taille dans la proportion des séries

Le temps est un score qui répond à une échelle de temps

Les jours sans es-tu toujours dans le groupe

Comparé au groupe. Ne compare pas. Quelle est la chute de l’Histoire ?

La valeur n’est pas basée sur l’efficacité, mais sur le lien à l’efficacité

Tu préfèrerais toucher les effets de persistance

Est-ce que cela respire après intervalle d’intervention

Tu voudrais recruter des oublieurs dans une proportion significativement plus élevée

Tu voudrais oublier l’oubli précède le fardeau d’oubli

Et l’erreur, quelle chute. Avec l’erreur, l’ennui, c’est que l’on veut toujours la réduire à un effet de taille

Tu voudrais toucher le balancement du raisonnement circulaire

Parfois, ne voir qu’il n’y a aucune référence à une règle générale

Ils étaient blancs tes signes. Et s’ils étaient noirs

La douceur de la traque peut manquer

Tu la retrouveras par des groupes de précurseurs d’entre les signes

Tu penses pouvoir finir par aimer le silence et la mort, qui ne sont que des leurres dans les groupes

Tous les hommes sont mortels est à une heure d’observation

Tu veux sécher tes signes qui vont su particulier au général. Mais ceux qui vont du général au particulier.

Pour certains le voyage s’arrête au cercle syllogistique. Ils y voient une apodictique dans la valorisation des signes.

Garder la vérité. On ne la garde pas. Elle circule. Du général au particulier, comme du particulier au général.

Un outil si tu es seul au monde. La prémisse.

Tu pourras toujours relancer la chute. Pour voir qu’il n’y a pas de règle du déjà connu.

Le larynx de Socrate.

(…)

© Warhol, 1986 ; Fischer, 2019.

26 juin 2020

[Texte] Daniel Pozner, Ô saisons ô (Dossier 1/2)

Pour inaugurer ce mini-dossier consacré à Daniel Pozner, voici une subtile liste dépôt d’impressions dans la lignée de ce qu’il a déjà publié ici et ailleurs… Qui nous invite à construire les absents du titre – façon Rimbaud ou Varda…

 

Pendulette

Mécaniques

Montre pas tes

Mémoire des

Syllabes mûres

Mot plus haut que l’autre

Roulette

Focale

Prestidigitation

Entrenœud

Poignée de mains

Voir aussi

Silence

Sommeil

Mutinerie

Hamac

Banderilles

Tessons

Chapeaux cartons rideaux cendriers

Ferrailles

Coulures

Reprise

No way

Cachetons

Cochonnailles

Crocheteurs

Crevouille

Carré d’as

Les dessous

Les boas

Les souliers

On vide

On lèche

On souffle

On brade

Lentilles

Mogettes

Points-virgules

Déserts

N’y croire

Défait

Tiroir

Portant

Veston

Percussionniste

Répète

Varie

Minus

Crayon

Secoue

Trace

Pas aujourd’hui

Ni demain

Préparer

Petite couverture

Toile cirée

Alcool iodé

Eau bouillie

Le vide avec le flambeur

La brasse

Le crawl

Entraînement à la nage papillon

La casquette

Les lunettes noires

Le tatouage

La redite

Les yeux vides

Verre à moitié plein

Calculs

Pépins de raisin

Puits sans fond

Extrait des carnets

Gribouille

Jeune premier

Perruque sur

L’encre les doigts

L’épaule les sacs

Télécommande

Œuf à la coque

Cinquième étage

Illusions perdues

Froissées

Jaunies

Cassantes

Nostalgiques

Après tout

Sécheresse accrue

Multiples

Communs

Impétueux

Ombres vacillantes

Vie est à nous

Insaisissable

Attrapé froid

Quatre murs

Amour fou

Défilement

Inconséquence

Torréfaction

Espionne fusillée

Sans façons

Sans combat

Je feinte

Pâlot

Coupés ras

Je fume

Lèche-botte

Au début c’est le

Plein et le vide

Moutarde à l’ancienne

Ce qu’on s’emmerde ici

Diamants sont éternels

Désespérer Billancourt

Bille en tête

Moisissures

Salpêtre

Toiles d’araignées

Les lilas ont fleuri

Aimants

Salis

Traîne-savates

Paravents peints

Coqs en pâte

Bruits de couloir

Minuterie

Vitrines envahies

Contraires identiques

Poissons d’avril

Neiges d’antan

Chômeurs partiels

Reines d’un jour

Humour noir

Colère intacte

Un clou manque

Verres faussés

Juste une mise au point

Les mirabelles les

Pierres des poires

Il en manque un

Les bons comptes font les bons

Retards

Danser c’est autre

Chose le poids le cœur le diable

Déjà ailleurs toujours

Parodique décalé bancal

Amis dépliés

Liste dépôt

Fuit fous le

Camp s’organise

Le hachoir manque

Parfois son coup

Ô saisons ô

 

23 juin 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK 7

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:57

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le sixième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie épidémike transforme l’idée du monde contre sa prolifération ravageuse, segments toxiques, parasites du soulèvement, mimétismes idéologiques des larves, chiures ventilées dans les bronches, étouffement des sens, mépris des animaux, aliénation en série… Pour le renouvellement, le corps se dé-codifie dans son recyclage, à coup d’ fourchette dans la touffe, spatch ! Cul de cul… coktail, ragoût. L’épidémie coule en pédonculant toutes les particules métamorphosées, elle foisonne dans l’extension programmée, elle épouille, sabote les frontières, l’épidémie s’enfourne contre l’épidémie dans la tuyauterie planétaire comme un film expansé en migration violente dans le monde vers d’autres mondes contaminés, gerbe les germes, elle révèle les carottages fossiles d’illusion, l’imposture de la ruse perfide, les saloperies, la banque-boeuf, les assurances, l’administration, le contrôle, l’épidémie anti-corps balaye les simulateurs, sodomie radio-active de l’espace-temps, fusées-fusées CKKE, pénétration volcanique de la conscience en transe, signaux épars , libertaires, échangistes marquant le passé futur dans le présent constant en suspension, évaporation de l’âme-glaviot, l’épidémie s’expose pour cuber son foisonnement contre les foisonnements, elle déchouine l’aplatissement des courtisans, toute la couenne, l’épidémie formule l’épidémie dans ses anti-corps, elle entraîne la pensée proliférante dans la pensée-anti-corps, l’épidémie est une divagation rajoutée, une augmentation qui augmente l’épidémie de son épidémie dans l’espace avec la crème fraîche des cieux expectorée pour peindre le futur contaminé à la mémoire d’Artaud avec les anti-corps de l’épidémie corporelle au-delà du corps prémédité, c’est çà ! Juste pour l’esprit épidémik, pour l’esprit épidémik du grésillement de la vie imprévisible, pour le frottis, oui, pour le frottis dans son écho crépitant, raclé, complètement raclé… bziiiiiiiiiigrrrrrrrrrr – bziiiiiiiiiiiiiiigrrrrrrrrrrrrrrrrrr pour la beauté…

 » MUTATION EPIDEMIK  » (100 x 75 cm ) : feuilles perforées – plan géographique de la zone d’ insectes, photos constats insectes résinés, dessin. ( épidémik-box co-réalisation Michel Sohier/ Joël Hubaut 1976.

16 juin 2020

[Création] Thomas Déjeammes, Et faire à partir de l’explosion

Vous écoutez, emportés par le rythme qui soudain se met à bégayer… comme notre modernité, celle des guerres, comme celle du 11 septembre 2001 et de la catastrophe écologique…

Souvenez-vous, hypocrites lecteurs, nos semblables,
« nous ne sommes pas achetables achetables pas sommes »…

Laissez-vous happer par cet Agencement Démultiplicateur Neutroglycériné (ADN), que vous présente ci-dessous Thomas Déjeammes… /FT/

« Et faire à partir de l’explosion » est à la fois un livre/partition, publié aux éditions Plaine page en mai 2016, une lecture performée, une performo(t)sonance avec Kraums Notho ainsi qu’une exposition autour de l’écriture. 
Le livre a été réalisé à partir de multiples bouts de textes écrits entre 2010 et 2015. Sur le plan formel, il reprend l’idée du plan, de la carte, la lecture n’est plus linéaire, il se déplie et s’ouvre sur des bouts de textes tapés à l’ordinateur mais aussi écrits à la main sur des bouts de bois.
Ce livre a comme humus les différentes explosions passées et à venir, politique, économique, écologique, tout en questionnant notre rapport à la langue commune et communicationnelle par des déplacements syntaxiques, linguistiques, et tente de revenir au sensible par une langue musculeuse où l’oralité, le souffle reprennent corps.

Le point nodal de cette recherche protéiforme est une nuit de Juillet 2014, dans un village des Baronnies, dans les Hautes-Pyrénées, où une tempête, voire une mini-tornade aux dires de certains habitants, fait tomber des arbres, coupe les routes et l’électricité, et explose notamment la porte de notre boucail (ouverture dans la grange pour faire passer le foin).
L’exposition regroupe ces éclats de bois et des objets trouvés, où des phrases s’y inscrivent, des feuilles de carnets où un mot se répète inlassablement, des planches contacts photographiques, des vidéos à partir de photographies argentiques, etc.

Autant d’éclats d’humanité, de reliques de frêles supports, de vestiges de civilisations au cœur des explosions climatiques et politiques passées et à venir. /Thomas Déjeammes/

Écoutez « Et faire à partir de l’explosion »

7 juin 2020

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art (4/6)

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » le 22 avril dernier à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). [Lire/voir le troisième volet de la série]

 

ESSOR DE LA FOURMILIÈRE D’ART

Exposé / 4

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : EZS71M).

Il est rare que l’art tue. Oui, je sais : quelques peintres à la peine se sont bel et bien suicidés, mais je pense ici aux victimes de l’art par accident. Voici deux ou trois cas remarquables dans le domaine de la sculpture : Mlle Jantot écrasée par un bronze de Maillol, M. Brett décapité par une machine de Tinguely devenue folle, Mme Sawours net coupée en deux par une plaque d’acier Corten de Richard Serra. Sur ces faits divers macabres, la presse d’art s’est tue. Délicatesse ? Non, éthique : pendant le drame le marché continue. Mardi dernier (ou plutôt lundi, non c’était bien mardi), j’assistais aux obsèques de Guy Fascari, un ami (et un bon client). En général, j’évite de perdre mon temps aux enterrements des autres mais LÀ, étant donné Marta, sa veuve également une amie, et même plus, je me suis senti obligé. D’ailleurs, cette cérémonie minimaliste a été si vite expédiée qu’au bout du compte, il eût été plus coûteux de mentir une excuse que de faire le déplacement. Donc j’y étais. Et à la fin, planté là, j’attendais pour partir avec elle que Marta se délivre d’une dizaine de faiseurs de condoléances qui l’accaparaient. Et ça durait. Ces pleurnicheurs, ils ne la lâchaient pas. J’ai fini par me tirer. En sortant du cimetière, un inconnu m’a interpelé, se disant enquêteur de police et désireux de me poser quelques questions. Pas l’temps, j’ai dit. Il a insisté. Ce fouille-merde en savait long sur mes activités d’agent d’art. Il a dit que la fourmilière que j’avais vendue à Guy Fascari était peuplée de fourmis tueuses du Brésil et que je pourrais bien être responsable de sa mort. Vicieux, le type. Monsieur, j’ai dit, le défunt était un grand cardiaque. Seul chez lui, il a succombé à une crise. En dix jours, les fourmis l’ont entièrement nettoyé : il n’en est resté que le squelette. C’est cruel. Merci de respecter la douleur de sa femme. Et des amis.

 

4 juin 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (6)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 19:53

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le cinquième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

L’épidémie torpille les guitares électriques ramollo hippies, les signes remontent le courant, fibroses circulatoires dans les vaisseaux avec les lucioles punks, flashs disproportionnés, pansements multicolores extra-terrestres des signaux, veines congestionnées des saucisses, les petits peintres étriqués se répandent avec les petits poètes à rimes, diarrhée abstraite attardée, bruit intensif de l’épandage psychiatrique avec les tiques-polaroïds, la musique de merde à contaminer les radios gluantes, bruit des coups de triques sur les tiques, cruauté des images des poèmes-globules dans le bruit illisible des bottes de la pensée soumise au business, bruit de la normalité asphyxiante, bruit de l’ombre du méta-bétail collabo, mimétisme de la conformité et des traditions-Zitrone, mimétisme obligatoire, CKKE total comme une gangrène sécuritaire, CKK- CKK routine, faut déclencher l’urgence Chéri-Bibi de la contre-épidémie auto-défense, contre match, contre drugstores, contre chiotte-mode, contre toute imposition, déclencher la parade contre-épidémie de protestation et d’endurance, épidémie-anti-épidémie, contre épidémie-désobéissance, les tempes tam-tam qui cognent, maintenant, à l’instant même, courir dans les guirlandes de l’écume insoumise, caresser les cailloux blessés, s’imprégner de désirs en plongeant dans la mappemonde lumineuse, s’engouffrer, brailler pour vivre, franchir le mur du son de la liberté en combattant les petits profs fétides de la morale, re-brailler en soi pour s’exploser en rayonnant comme une giclée de paillettes de poussières d’étoiles, ne surtout pas céder, s’astraliser, tourniquer avec Saturnin le canard, faire des cercles d’énergie dans l’espace, rotation sublime épidémike, coin coin Hara Kiri, ténacité, résistance, élan-élan goutte à goutte, réagir avec coin coin Saturnin…

Cailloux épidémik, Joël Hubaut, 1976

26 mai 2020

[Texte] Raphaëlle Muller, ri7

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 20:03

En droite ligne de Bruno Fern et de la Revue* (Caen), adepte de la poésie à contraintes, Raphaëlle Muller propose « Ri7 », composé de 17 strophes aux vers décroissants en heptasyllabes, dont le dernier vers renvoie à la première strophe (la touche 7 du clavier atteignant le début d’un document) : nul formalisme ici, puisqu’il s’agit de dénoncer l’enfermement de l’humain dans son environnement informatique.

 

17×7

installez-vous Macintosh

vous vous sentez puissant for

maté Liberation

sans reconnaissance de

caractères pivotez

clavicules face au cla

vier renseignez chaque champ

contre champ en plein écran

se charge du traitement

de textes à vous l’écho

m’enterre on vous propose un

bonjour-bien reçu-merci

vous pouvez modifier l’ordre

évaluez notre presse

station assise quand up

loader sur le net procure

les embruns d’un surf statique

 

16×7

rechercher tout rechercher

dans la page modifier

les formes insérées des

fenêtres s’ouvrent sur des

formulaires à remplir

libre office libre de

droits avez-vous besoin d’aide

quel est votre identifiant

avez-vous oublié votre

mot de passe respecté

la casse bien reçu bonne

journée à vous merci ce

mail est sans objet voulez

-vous l’envoyer quand même ou

l’enregistrer parmi vos

brouillons la corbeille est pleine

 

15×7

pour pouvoir joindre une pièce

allez dans mes documents

voulez-vous renommer le

fichier qui contient tous les

autres fichiers zoomez sur

les plus petits caractères

en Sawasdee illisibles

ouvrez grand la galerie

n’essayez pas de sauter

une page à partir d’une

section ou changez de

base de données comptez

le nombre de mots un par

un à recopier dans un

nouveau tableau 15×7

 

14×7

optez pour une assistance

oh l’écriture inductive

vous proposera plusieurs

mots pour remplacer les vôtres

si jamais vous avez la

langue qui sèche et puis une

correction orthogra

phique à vos marques en ligne

connectez-vous au réseau

avant que le serveur le

cerveau ne sature et ne

beuglent beuguent les applis

auquel cas il conviendra

de revoir vos paramètres

 

13×7

un logiciel malveillant

a tenté une intrusion

il faut nettoyer l’ordi

des virus et contenus

indésirables déci

dez donc d’une mise à jour

coupez copiez collez mais

n’oubliez pas de fermer

la session et le PC

naviguez parmi vos sites

favoris sans taper trop

fort dans la barre d’adresse,

liens des hyperliens ça grouille

 

12X7

votre clavier déconne il

n’y a plus d’R et la barre

d’espace n’espace plus

sur votre écran tout brouillé

un je ne sais quoi para

site les données sensibles

control alt supp plusieurs fois

un ver est en train de ron

ger un à un vos fichiers

votre identité nue mais

Rick en prend un sacré coup

on vous aura azerty

 

11×7

impossible d’ouvrir le

fichier est corrompu la

si savante arborescence

sous vos yeux se casse la

gueule et votre carte mère

est défectueuse on vous

l’a dit défragmentez le

disque dur ce n’est pas dur

avez-vous au préalable

sauvegardé dans la clé

USB votre mémoire

 

10×7

vous blaguez sur votre blog

web web tag f5 un peu

attention aux followers

& co dont l’existence est

virtuelle on les appelle

des trolls on en trouve à la

pelle vous passeront à

la manivelle ah bon bon

font les abonnés vous êtes

sans cervelle, minuscule

 

9×7

on en a des dossiers contre

vos empreintes numériques

partagées sur le serveur

comment diable annuler les

cent dernières actions

ne comptez plus sur

vos outils sautez par la

sans exploser le système

d’exploitation du monde

 

8×7

tout réinitialiser

et se faire @er

effacer pour faire face

à l’attaque des pop-ups

des trackers acceptez-vous

c’est gratuit de vous inscrire

à notre newsletter et

ni ouais elle est par défaut

 

7×7

la propriété privée

mon cul en mode navi

gation privée lors vous

pouvez entrer avez

-vous fait votre mise à jour

plus de 18 ans jurez

vous ne manquez pas de styles

 

6×7

pas de trace verrouillez

#onsaittoutdevous

vous auriez consulté cette

page le 12 janvier

des toys taille XXL

en promo ce Black Friday

 

5×7

rien de prévu au programme

si ce n’est un aperçu

avant impression vous

avez celle nette d’être

suivi sales oiseaux creux

 

4×7

vos paragraphes devront

toujours être justifiés

l’alignement de facto

uniformisation

 

3×7

la note de bas de page

entre à 10 % en con

flit avec son numéro

 

2×7

alt control début de la

fin vos papiers on reboote

 

1×7

7 du pavé numérique

24 mai 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (5)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 9:30

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le quatrième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

Les mollusques copulent les champignons, toutes les doses T.V. inoculées, placenta optique en flagelles coagulant les moumoutes, drain planté dans l’œsophage, crotales entortillés, ballonnement, réplication, les virus se combinant avec les bactéries, ils mutent en se croisant dans les flaques contaminées, insertion des greffes virus-bactérie, les hybridités se propagent provoquant des excroissances, ça ondule les caillots, poème lu à voix haute, ganglions psychédéliques roses, turbines aphteuses introduites dans les cadavres de varans, carcasses bourrées, l’épidémie segmente une langue synthétique, fioul ras l’casque, envahissement obsédant des croix, signaux éclatés en incruste avec les bêtes dans la bouche, porcherie industrielle, l’oralité des signes fracasse le schéma, la géométrie bande, partouze biologique du camembert dans les lambeaux du réel, les nymphes dévorant les acariens propageant des mutations folles improbables, tiques hybrides mixées aux acariens dégénérés, vampirisme et cannibalisme interactifs, collage du flux ésotérique des truies-truites, la colonisation menaçante se disperse dans les batteries, chimères évidentes du vivant, développement inflammatoire des glandes métisses invasives, dessins-griffes-prothèses, frelons-travellos, contagion anarchique… /Joël Hubaut, 1976/

« Portrait insectoïde » sur fond de peinture épidémik.
Volcan-Ville (Joël Hubaut, 1974)

21 mai 2020

[Création] Tristan Felix, Le mâle dit de fine amor (ou de l’accord inclusif) et Chimères

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 11:55

Tristan Felix, la championne du clownesque et du carnavalesque, était mon invitée avec Daniel Cabanis à la soirée « Poésie et humour » prévue le 22 avril dernier à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). En attendant, lisons avec délectation le savoureux texte qui a d’abord paru dans le n° 9 de la revue Les Cahiers de Tinbad, en regard de six des douze dessins intitulés Chimères (inédits).

 

Nous avons eu la bonne fortune de descendre d’un toboggan en pente raide d’une mère qui nous inculqua – peu après la tétée, disons lorsque nous pûmes tenir une conversation relative aux Choco BN ou aux bastons de la cour de récré (appréciez l’ellipse temporelle) – la notion, l’idée des plus vague à l’âme, la pensée immense, l’intuition irrévocable et infinie d’AMBIGUÏTÉ.

Le mot lui-même chante (et Lacan ne fut pas notre maître – les enfants des grottes jouaient très jadis – c’est avéré – sur les sons avec des bouts de squelette d’aurochs qu’entrechoquaient leurs dents et inventaient leurs premiers calligrammes en forme de circonvolutions inconscientes – car sachez bien que notre cervelle n’est autre que le calligramme de sa propre pensée en gésine, voire son monocondyle : sa signature labyrinthique), oui, ce mot d’ambiguïté, il chante son amibe sa biguine son abîme sa gaité son bambin de Guinée son Bambi son anguille bougonne ses gouttes de buée sa bite en gambade (ah, nous y voilà, patience !) son agape bigote son lambi gay de Bali son big bang d’été sa bogue entée de gui sa languide beauté qui lambine – il ambigue pour tout dire, ce mot. Il bigle. Son tête à queue fait qu’il tétaque en zone terraquée, tête la première mais avec réception fessière, comme une naissance avec salto arrière.

Ainsi fûmes-nous d’emblée initiéES – oui, nous sommes un brin, voire une touffe, polyphrènes – aux arcanes du vivant sans frontières et dans le même temps méfiantes de tout embrigadement genré ou dégenré. Le genré nous dérange mais le dégenré – cet autre genre – nous dégénère nous liquéfie nous liquide nous accable avec sa cohorte de particularismes dont la tonitruance identitaire CERTES s’élève à juste titre contre la main basse faite par le masculin – y compris celui manifeste chez certaines maîtresses-femmes thatchériennes aung san suu kyiennes et tueuses – sur ses proies, les cloîtrant du même coup dans une impuissance tragique (tout en proclamant parfois leur supériorité – ah, ce trou, impossible à combler ! cette tombe vaginale – Un enfer !!!), MAIS présente le danger d’une démultiplication des identités sociales favorisant non une variété (celle du vairon, du maquereau irisé, des yeux bicolores du chien…) mais peut-être bien une désolidarisation du vivant, rompant avec son merveilleux continuum. Il semble en effet qu’il y ait confusion entre égalité et décomposition sociale en particules hétérogènes crispées, avec parfois germe de haine – sur leur nationalisme personnel. Nous débordons hélas de notre facétieux sujet, comme toujours – polyphrénie oblige ! – et tendons à tout mêler, mais ya pas que nous : relisons Virginia Woolf et son Une chambre à soi. Toute pensée qui ne recopie pas erre et se marche dessus parce qu’elle se cherche pour de vrai. C’est sa poésie plus que sa vérité. Revenons donc et néanmoins à nos vairons.

Notre mère, en cela d’une confondante rigueur, enrichissait l’idée d’ambiguïté de celle de POINT DE VUE. Ainsi telle mouche était ambiguë non tant parce qu’elle était bisexuelle ou homo ou portait un soutien-gorge et un slip kangourou mais parce que tout dépendait du point de vue que l’on portait sur elle. La lumière du matin ou celle du soir projetait sur elle un accord différent dont la subtilité troublait. Me plaignais-je d’avoir été malmenée à l’école qu’elle m’apprenait à répondre à l’agresseuse : C’est une question de point de vue, phrase à laquelle je n’ai pas souvenance d’y avoir entendu goutte mais dont je sentais fièrement autant qu’intimement qu’elle était chargée d’une force protectrice car déstabilisante, comme une armure d’Achille. De fait, l’ennemie, interloquée par la formule de sorcière, demeurait pétrifiée quelque instant puis repartait sauter à la corde avec furie ou s’emmêler les pattes marbrées dans son jeu à l’élastique. De l’autre côté du mur, les garçons nous catapultaient des balles avec des mots d’amour. (L’année suivante, tout serait mixé et ils pourraient se mêler à nos bastons.) Tel chanteur, mais pas seulement Mick Jagger, tel enfant, tel accent étaient ambigus parce qu’ils ne se réduisaient pas à leur existence ontologique, à leur en soi, mais, grillant les feux rouges de la mort, vivaient en se multipliant – merci Baudelaire, charogne, va ! – se déclinaient en autant de versions et de visions qu’il pouvait exister d’interprètes ; car le réel est une partition sans mesure, façon Eric Satie, démesurée par l’innocence, l’innocuité et la virginité de la perception. Dès lors, le monde nous apparut dans son invention infinie, sa moirure perpétuelle, sa métamorphose constitutive. Et lorsque la bouche souriante et dentue – ourlée d’une vive moustache blanche – de M. Richard, notre professeur de sciences naturelles au collège, nous apprit que si la norme humaine laissait vivre et se multiplier les « monstres », alors la normalité deviendrait monstrueuse, nous reconnûmes le Chat de Cheshire, rompîmes joyeusement avec la limite et embrassâmes l’intuition du spectre du vivant, en une suite d’accords chromatiques qui ignorait encore tout des glissendi et démultiplications de tons dans la musique orientale. Ce qui, aujourd’hui, nous permet d’opérer un tuilage, certes périlleux… avec la suite.

Voici. Toute langue porte les stigmates d’une histoire ininterrompue de soumissions, de massacres et d’ostracismes. Néanmoins, il ne nous semble guère judicieux d’introduire de force ces nouveaux accords à la mode, dits inclusifs. Tout d’abord, et c’est extraordinaire, la langue semble avoir fourché puisque l’accord inclusif met en évidence comme jamais la préséance du masculin. Voyez : les ami.e.s. Le féminin se retrouve comme par extraordinaire à la remorque du masculin, comme si la défense du féminin passait par sa défense… Par quel paradoxe suicidaire, par quelle inadvertance auto-flagellante la restauration du féminin – oui, il exista par exemple bel et bien des trobairitz, ces grandes poétesses du Moyen-Âge plongées tête la première dans l’oubli – peut-elle visuellement à ce point réclamer à son insu la préséance du masculin ? Serait-ce une soumission inconsciente pour payer d’avoir voulu exister davantage ? Comme si la masculinité revenait toujours comme un boumerang. Au risque de recevoir une avalanche de détritus, nous nous risquons à nous demander si ce n’est pas l’homme en la femme qui tend sa protubérance dans cet accord inclusif, que nous aurions tendance à qualifier d’exclusif (aï ! aïe aïe ! ne jetez plus rien !). Tant de crispation grammaticale ne paraît pas très sain, encore moins efficace.

En outre, la complication roncière sur le clavier et l’empêtrement de la lecture friseraient le ridicule s’ils n’étaient insupportables. Nous redoutons les arguments de l’Académie française massivement masculine et passéiste. En revanche, il faut absolument supprimer de la grammaire l’injonction du masculin qui l’emporte et réinvestir la notion de masculin de sa composante féminine organique. Rappeler que le garçon a des tétons et la fille un zizitoris est autrement plus langu qu’un pseudo accord inclusif autoritaire susceptible de provoquer des occlusions intestines.

  Pourquoi ne pas dire femmage au lieu d’hommage ? Pitié ! Parce qu’en hommage ne s’entend, de fait, plus le mot « homme » et qu’en femmage ne s’entend que le mot « femme » – à moins d’attendre quelques siècles. Pourquoi ne pas dire « le lune » puisque masculine en allemand ? Artémis était-elle gay ou lesbienne ? Ouh la la, je vais me faire démolir la bille par quelque association protectrice des femmes – et pourquoi pas des « femelles » ? ah, ça ! Pourquoi, par ce rejet du mot « femelles », mépriser les animaux et se soumettre à la hiérarchie monothéiste des cinq règnes, hein ? Etant nous-mêmes animales puisqu’issues d’une souche humaine, nous nous ébrouons, scandalisées. En revanche, féminiser tout ce qui peut l’être sans risque de confusion régressive est salutaire : chef/chève, par exemple. Le poète Ivar Ch’Vavar propose de tout féminiser, façon insolente et facétieuse de rétablir l’équilibre. Nous proposerions, nous, de laisser faire la langue, apte aux baisers les plus inventifs.

Il faudrait, pour rendre justice aux minorités opprimées, exterminer une pelletée d’insultes ou de jurons genrées : con connard connasse bite enculé résidu de fausse couche – branleur-branleuse ? – putain fils de pute poufiasse thon… (ah, Gilles de la Tourette, quand tu nous tiens !) et autres noms d’oiselles. Le terme d’opprimés, exclut-il les femmes ? Il ne nous semble pas. Puisqu’il faudrait que l’histoire répare ou paie ses injustices, détruisons cathédrales et mosquées, temples incas et pyramides, trottoirs français, ports, routes, ponts, barrages… parce qu’ils furent édifiés par des esclaves, des bagnards ou un prolétariat exsangue et que leurs descendants ont peu de chance d’en profiter. Et puis – si si, il y a un rapport – l’on pourrait réinjecter leur étymologie dans tous les mots du lexique de façon à réparer l’oubli par dégénérescence de leur origine. Proposons de reparler une langue pure d’origine, le Babil, par exemple, débarrassé de son histoire. J’ai ouï clamer par certains indigènes de la république que le port du voile est un gage libérateur de loyauté envers les hommes. Autrement dit, je m’efface pour m’affirmer… et je pose un point à la forme masculine pour m’affirmer comme son suffixe qui suffit ou sa désinence qui lésine.

Nous qui vous écrivons, baignons tellement dans le liquide amniotique de l’ambiguïté et du point de vue fertilisant que nous ne comprenons pas bien cette pratique hoquetante et trébuchante de l’accord inclusif ponctué de désinences qui battent de l’aile. Il y a eu maladresse grammaticale, pour le moins. Nous nous réjouissons en tout cas des tâtonnements et ambiguïtés des décisions grammaticales qui nous ramènent – pour une sans doute courte récréation – à l’époque où la langue, non fixée par l’imposition du francilien et la grammaire de Port-Royal, jubilait de sa variété. Au choix, mesdames et messieurs ! : auteure, auteuse, autrice, auteuresse, écrivaine, écriveuse, écriveresse. Nous en reviendrions aux vrais synonymes avec leurs seules variantes musicales. Vivent la métamorphose, l’hybridation et le mouvement plus que la catégorisation !

Pour le plaisir et le loisir d’une improvisation dégénérée, et pour vous distraire des errances qui précèdent, voici trois humbles neuvains, ici petits poèmes en prose sortis d’une léproserie mais en vers libres, façon fatrasie, d’une trobairitz dionysienne aux hétéronymes féminins, masculins et animaliers (ce genre, trop souvent conspué), spécialisée dans la neuvaine :

Le mâle dit de fine amor

 

Rondelette, l’astre à couvre-chève nueuse,
montait dans l’angle morte d’une nuite.
Hibouses et chaufs-rats se délectaient
de vermissottes et mulottes qu’on eût dites
vifs encore dans l’estomaque
tant ils tortillaient de l’arrière-traîne.
Dans la canivelle qui fendait le ruel
d’une hamelle possédant sept feux
coulait un filet d’or qu’urinait Artémis.

Halt, belleau sous ton roux velours d’ours,
viens-t-en conter fleuret à mon cœur seulette.
Bataille à mots savantes et me dis
si tu vaux à besogner le maujoint
d’une farfade en flamecs d’enfer.
Mon lune a la pelle doux comme pec
Mes tétonnes bondissent en caval.
Hommage aux bosses de la chattemeau
à ses mameaux plus laiteux que des huîtres !

Lors l’ouit le belleau, à la darde hirsut
son carcassier point, tout embrasé, tout fol
enceint de fleurs, de loutres et lézardes.
En trois spasmes écarlats il accouche l’offrande
à son moitié qui branle bas de la corpule.
Vois, Dam, nos marmottes soufrées qui piaillent
je les conçus par seul penser d’amour
Qu’il tètent à gaga ta chair tant ostréeuse !
Notre ostrogueuse, strupéfiée, scella son coquil.

Et s’occit

16 mai 2020

[Texte] Romain le GéoGrave, Métadiscours

Le métadiscours tourne en rond

tourne à vide discours autour du

discours autour du discours du

discours du discours tu dis

cours tu cours vautour tu di

stances à la course écouter la

radio méta-stase-langage des

bêtajournalistes qui discursent

avec les spéciatristes du dis

cours de communication dif

fusion broadcast lire la press’

que et s’équiper d’un ultra di

ctionnaire pour saisir le méta

lexique des sachants tout a

jouter des mots aux mots aux

mots des mets-ta conneries en

stand-by mettre au régime la

langue au régime de sensi

débilité au régime de tolérance

au régime de

séduction, manipulation

 

il est des temps où tout se confondre

le vert rouge orange des cartographies déraisonnables

il est des temps où tout se confondre

des protocoles aux tutos pour totos

il est des temps où tout se confondre

jours nuits infinitude confinée

il est des temps où tout se confondre

se laver à un mètre de distance dans son coude

respecter les mouchoirs jetables et tousser souvent

éternuer dans sa quarantaine signe de jeunesse

le geste de barrière est un bras d’honneur

 

la distanciation physique est minimale entre les goutelettes

les gestes barrières propagent la prévention

 

une seule solution…hydroalcoolo

protogogol sanitaire

13 mai 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK (4)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:11

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le troisième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

Il faudra macérer la peinture jusqu’aux changements d’état. Alchimie des vapeurs indicibles dans les tas, la matière se transforme en souffle sans le vent, y’a pas de vent, c’est vivant fixe impassible, le mouvement savant est fixé dans son tremblement sans vent – Epidémie du souffle statique qui flotte en suspens pour se répandre au ralenti, peinture planante en volume, invasion de l’espace du souffle comme sculpture épidémik – Epidémie du tripotage visuel, épidémie du décollement, épidémie du vide pour remplir le réel de sa doublure démultipliée, expansion agitée inanimée, la peinture reproduite s’auto-reproduit pour se répandre en saturant, elle grossit pendant que la contamination muséale devient pandémique avec les spéculations, CKKE global, résistance, cris des tiques creusant la chair en éjaculant les bâtonnets contractils épidémiks – Epidémie infiltrée dans les câbles, rognant les fibres et les gaines, anus dilaté, épidémie obèse enchevêtrée dans les tumeurs qui convergent aux ramifications engendrant d’autres contagions plus extrêmes, invisibles, inimaginables, déconcertantes, démultipliant les tumeurs et les infections, épidémie épidermique à fleur de peau, poils hérissés dans les enceintes, peau tatouée, paupiettes maquillées, cyclone mental épileptique, rognures, haut parleurs de propagation artsecticide, diffusion-pollution-diffusion, tubes et tuba, la peinture se respire, active, contaminante jusqu’à l’étouffement, épidémie, épidémie, épidémie dans les slips ……… /Joël Hubaut, 1976/

« ATOME EPIDEMIK », acrylique sur toile, (130 x 97 cm). Série peinture cut-up grise, galerie noire Paris. (Une sérigraphie à été éditée par la revue L’Oeil Lisant (à côté de ce que vous êtes en train de lire) dans les ateliers de Michel Caza, Paris ) Joël Hubaut 1974.

8 mai 2020

[Texte] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art (3/6)

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » le 22 avril dernier à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). [Lire/voir le deuxième volet de la série]

 

ESSOR DE LA FOURMILIÈRE D’ART
Exposé / 3

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : VNO93G).

Le désir est compliqué d’avoir chez soi une fourmilière d’art, par le fait qu’on n’y vit pas toujours seul. Il y a les autres, quand il y en a : conjoint, enfants en bas âge, ados dépressifs, chien, chat, perroquet, vieille mère à demeure, amis incrustés, etc. Cette complication peut aller jusqu’à l’empêchement. Dans les cas extrêmes, elle conduit au crime. Imposer à sa famille (même grandement logée) une soudaine cohabitation avec une colonie de fourmis ne va pas de soi ; cela crée une situation anxiogène : l’épouse menace divorce, la fille aînée fait sa phobie, le cadet une jaunisse, le clebs a la rage, et vieille-maman, elle aussi effarée, succombe à une apoplexie. Quel prix est-on prêt à payer pour que triomphe le primat de l’art sur le domestique ? Et a contrario pour qu’il ne triomphe pas ? Le mercredi suivant (suivant quoi, j’ai déjà OUBLIÉ), je reçois Mme Juliett Garty en consultation. Elle me déballe en vrac ses difficultés avec son mec (sic) qui depuis quelques temps, dit-elle, se pique d’art contemporain comme un con alors qu’il n’y connaît rien. Et vous ? je demande. Quoi moi ? Vous êtes connaisseuse ? Sûrement pas ! Alors, comment pouvez-vous en juger pour lui ? S’il avait étudié l’art, je le saurais. Il a étudié quoi ? Régis est joueur de poker professionnel ; il s’est fait laver la tête par un galeriste à mon avis homo qui lui a fourgué une fourmilière, faut voir à quel prix ! Une fourmilière, que voulez-vous dire ? D’art, la fourmilière, soi-disant ; en fait, une fourmilière vivante déposée au salon, qui grouille et envahit toute ma maison que j’en suis malade. Mme Garty, l’art n’a-t-il pas vocation à déranger l’ordre établi des choses ? Mais une fourmilière, c’est pas de l’art ! Et pourquoi pas ? Bref, Juliette reste enfermée dans ses préjugés petits-bourgeois. Elle se sent trahie. Je la sens prête à écorcher vif son mari amateur d’art.

 

5 mai 2020

[Texte] Joël Hubaut, ÉpidémiK 3

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 20:43

Nous sommes très heureux d’accueillir la série de textes que Joël Hubaut a écrits dans les années 70 – aujourd’hui introuvables. Car nous le tenons pour l’un des plus grands créateurs de sa génération. [Lire le deuxième texte]
Dans INTER-ACTION C.L.O.M. (Joël Hubaut) (Le Clou dans le fer, 2007), Philippe Boisnard rappelle que, pour lui, « le terme d’épidémiK, loin de s’entendre au sens viral, doit s’entendre selon le principe d’une cancérisation » (homogénéité vs hétérogénéité). [Lire sur LC : « Lissez les couleurs »]
Fabrice Thumerel : « Étrangère au style comme appropriation idiolectale de la langue, la cancérisation épidémik fait sortir la langue de ses gonds. Dans lissez les couleurs ! à ras l’fanion (Al dante, livre + CD, 2003), à la mollesse de la « langue pure moulée à la louche », le poète excentrique oppose « une langue libre démoulée » » [cf. « Poésie, musique et chanson dans le champ poétique contemporain »]

 

…l’épidémie-parabole est dans le miroir, signes réfléchis puants dans la réflexion, mise en abîme de la contamination, coma-coma, recouvrement des calottes-diapo, dessins en sémio-miroitement avec l’ingurgitation en écho, la peinture fouille les entrailles à la surface, peinture-clichée, elle pue et c’est son odeur qui sculpte l’espace. Toutes les tripes du rythme dans la bouche vidangée avec l’odeur qui envoûte. Ventre ouvert bourré de cercles et de flèches et de carrés et de triangles avec plein de croix pour le croisement. Poèmes épidémiks sculptés à sec. Les parfums absorbent les puanteurs pour gober en aspirant et avaler le mal avec le bien en les emmêlant comme on mâche pour distiller les mouchetures d’insectes. Peinture gazeuse. Epidémie de résistance combattant l’épidémie d’images stéréo pétrifiées dans la peinture en 3 dimensions engourdie sur place, l’épidémie ré-active attaque l’épidémie-sclérose du pouvoir des petits peintres inébranlablement infectés du sytème stagnant, on aspire la respiration en expirant les merdes, les saouleries contagieuses régénèrent, on dégueule sa palette avec les mots contaminés, on peut le ressentir à voix haute pour mieux le sentir dans les longs couloirs du CKKE (Centre Kultur Kontrôl Epidémia ), grouillement dans le grouillement grouillant…

Action épidémik artsecticide : village de Valcanville, dit  » Volcan-ville » (Joël Hubaut, 1976)

2 mai 2020

[Création] Tristan Félix, Canardage

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 19:58

Tristan Félix, la championne du clownesque et du carnavalesque, était mon invitée avec Daniel Cabanis à la soirée « Poésie et humour » prévue le 22 avril dernier à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). En attendant, plongeons avec elle dans la mare au canardage…

Voir « La Dernière des Lacrustes : canardage dans le sud-ouest » (8 minutes)

 

« Newer PostsOlder Posts »

Powered by WordPress