Libr-critique

11 mars 2020

[Texte] Sébastien Ecorce, Virologie-permutation-2020

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — Fabrice Thumerel @ 21:20

Revoici Sébastien Ecorce – professeur de Neurobio à ICM, Salpètrière, écrivain-poète -, que nous remercions, avec des extraits d’un travail en cours, Petits exercices de virologie faible. À vous d’activer le virus poétique… [© Wolfgang Paalen (1905-1959), Espace sans limite, 1941]

 

Quel enfant tordu, perdu

Sur une calotte lunaire

Sans charge –

S’accorde à ses larmes

 

 

 

Car

Fendu verticalement

Coloré

Remuant la queue

L’organe :

Avant le tir

La captation,

Une marge séraphique

 

 

 

 

Les Anciens dieux rampent déjà

Ou roulent des boules

Comme des scarabées migrateurs naïfs

 

 

 

Donne naissance à la gonorrhée dans le cauchemar

Et libère diarrhée où éclatent des nausées de plomb

Cette émeute est dans le monde

Un complice monumental

Déflore le corps de lait

Le liant

Décolore les ganglions

Dévore

Les aspirations

Et déshonore le blanc

 

 

 

Sous les paupières levées

Si – pour les lumières d’aplomb

Tombe

Le ver de bois

La tige

Une vision

Sans aucune erreur de programmation : est :

 

 

 

Brachiale située là

Parce que_

Sur la Gorge sud

L’axe : indéterminé : irrévérencieux : incohérent :

Séquence sanguine :

Déjà laissée

 

 

 

Qui est combien de mains arrachent les branches

Des pots des segments tombent des balcons

Comme des pêchés d’inerties

Anormaux

Des Talismans du Mozambique et Zimbabwe

La vie paisible aux coupeurs de gorges

 

 

 

Faisceau :

Étend des ombres imprudentes sur la dernière copule

Déjà_

Avant le film sur l’ancienne guerre du Vietnam

Qui accroche et ne fait pas terrain

Le monde est un trou de serrure

Ridé même comme des innocentes îles tropicales

 

 

 

Parce que l’idée est immédiatement désactivée

Parce que vous entendez que les cris font quelques pas

Et que vous apprenez des corps ci-dessous

Qui arrivent,

Un prix de production

Urée au voisinage

Pénétrant des racines aléatoires

Dans des formes sombres et effondrées,

Déconnectées

 

 

 

Vecteur est connu_

La trahison des graisses

Et l’épopée du Xylophage sacrifie des siècles d’Histoire

Muse ne montrerait pas des ongles si le Mâle chancelait,

Ne perdait pas ses lambeaux – peu à peu

Le refuge dans la peau

Enveloppe sylvestre après les viols quotidiens

Le prix de l’exploitation

Maintenant_

 

 

 

Soleil a éteint le soleil

La pollution injuste de la pensée et des ressources

A perdu au jeu de l’extraction numérique

Des explosions criminelles

 

 

 

Amazonienne dans le Fandango tragique de l’incendie

Hypothèse chimique

Et cycle des matières parasites

Hôte : hôte car hôte : hôte

Aussi

Si

 

 

Avec ex libris :

Marqué par une survie improbable

Danse qui obscurcit les espoirs fragiles

Envoûte,

Tandis que l’espace-temps de la glace

Elargit le plomb des crevasses –

Quelles mains voyous maintenant

Pour des raisons honorifiques se lient à des stratèges inappropriés ?

Plantés dans tronc commun :

Celui de contrefaçons et d’intimidateurs

Continent : au sous-continent :

Dans la douleur :

Il en est ainsi

 

 

 

1 mars 2020

[Création] Corinne Lovera Vitali et Fernand Fernandez, Warland

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 20:26

Une voix suave mais distanciée sur fond de guitare électrique… L’agencement répétitif des Fernandez nous plonge dans WARLAND, un monde où la guerre économique fait de nous des consommateurs en quête de lumière…

 

16 février 2020

[Texte] Philippe Boisnard, La cagoule (4)

Tu éborgnes et tu ne démissionnes pas
Tu mutiles et tu ne démissionnes pas
Tu saccages et tu ne démissionnes pas
Tu frappes et tu ne démissionnes pas
Tu humilies et tu ne démissionnes pas
Tu condamnes et tu ne démissionnes pas
Tu mens et tu ne démissionnes pas
Tu trompes et tu ne démissionnes pas
Tu manipules et tu ne démissionnes pas
Tu destructures et tu ne démissionnes pas
Tu voles et tu ne démissionnes pas
Tu insultes et tu ne démissionnes pas
Tu détruis et tu ne démissionnes pas
Tu montres ton sexe et tu démissionnes,
car un sexe sans cagoule est ton intimité la plus intime, ta virilité choyée et dévoyée dans l’espace médiatique, ta pointe cynique exaltant ton pouvoir de vie, ton érection caractérielle en étendard politique, ta verve en verge que nul ne saurait voir car au principe de tous les verbes et verbiages que tu balances aux autres. Ton sexe est ton autel, ton temple caché sur lequel reposent toute ta hargne et ta vindicte quand tu t’adresses aux autres. Ton sexe est ta force et ta honte de montrer que tu n’es qu’un homme, comme tout homme ou animal, et que son édifice est le tempo de toutes tes actions. Ton sexe est l’alpha et l’omega de ton amoralité profonde d’être homme ou animal face à l’autre. Tu démissionnes car sans cagoule ton sexe te dévoile dans la simplicité sans fard de son dard éjaculatoire excité par le possible de l’autre sexe. Tu le sais, pour toi, tout le reste : éborgner, mutiler, saccager, frapper, humilier, condamner, mentir, tromper, manipuler, détruire, destructurer, voler, n’est que fiction pour cacher l’exaltation de ton sexe face au sexe de l’autre, n’est que fiction, c’est-à-dire cagoule pour cacher le moteur qui te fait courir, te battre, t’affronter aux autres.

7 février 2020

[Texte] Philippe Jaffeux, Ornette Coleman (extrait de Pages)

C’est avec plaisir que nous publions ce premier extrait de Pages, prochain recueil de Philippe Jaffeux  qui devrait être édité cette année par les éditions Plaine Page. Pages est composé avec 52 (2X26) pages qui tentent d’articuler l’immédiateté des images (poésie spatiale) avec celle de la musique. 52 représente aussi le nombre de semaines dans une année. La galerie « Les Frangines » à Toulon a donc exposé depuis le 26/02/ 2019 une page différente (format affiche) chaque semaine… jusqu’à 26/02/2020. [Écouter Ornette Coleman]

 

2 février 2020

[Texte] Typhaine Garnier, Gwerz garnie

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 21:17

Avec « Gwerz garnie », Typhaine Garnier renoue avec le carnavalesque façon Prigent et TXT, dont elle a repris le flambeau avec Bruno Fern et Yoann Thommerel.

 

À matein dame ! au bas du lit
une mini boule eud poils sangui
nolente avec bouts d’os collés
merci matou m’a rapoplé

les mochtés neires qu’on m’a contées
entre l’casse-croûte et la ventrée
en quantité pour concocter
cette petite gwerz entrelardée :

« pas d’bouche-tripe avant la mangerie
ce soir c’est light because régi
me la mère Lise tu sais cette co
naissance folle è quête des colo

cataires c’est d’puis qu’elle a bouté
mes madleines è zont pas doré
bon tant pis son bonhomme d’une droite
aux soins palliatifs que des tarte

lettes pommé boudin en tapas
et basta mais chôme pas dans l’sas
t’as l’droit de tirer l’affubla
tote seule dans c’manoir a peut pas

l’aute fois sa fille avec un verre
tu m’fais des ronds et son éner
gumène d’mari y sont passés
mais sieute teu don et tu les mets

au fond du jardin un intrus
dans l’moule silicone disparu
illico une cuillère petite
d’pommé sur chaque gare ça cuit vite !

Pour ceusses fine bouche qui raffolraient
pas du boudin ils lui ont fait
des makis frais d’à matein : « vends ! »
petits rouleaux eud riz collant

mais la baraque est pas vendable
un bout cru eud saumon une algue
neire autour des pièces en tous sens
faudrait casser bonjour dépenses

manque de bol Nicole son aute fille
c’est qu’une soupe après mes lentilles
j’les pèse un jour son homme y lave
la carotte merci le gnard bave

comme savonnette et splach la pulpe
sur le carrlage  le juge inculpe
la babysitteuse (entre amis)
l’gluant handéquipé à vie

sauf rebelote le lait d’coco
dans l’escayer ciré l’cerveau
tout en teurgoule qui dégouline
et mon curry d’épicerie fine

il est où ? zont r’pondu fissa
trois d’un coup la cata plus qu’à
plucher l’oignon et tout mixer
m’étonnrait que ça va rentrer

faut croire que l’chin teu trop taiseux
qu’les cris manquaient sors-moi les que
nelles de brochet beurre lait m’dis pas
qu’t’as jamais fait eud sauce nantua ?

D’abord on préchauffe comme Blandine
la concierge en pluie la farine
qui s’est ruinée pour des implants
et un benêt de vingt-cinq ans

pis tu délaies toujours en thèse
sans cesser d’remuer les prothèses
ont pas tenu l’gars y s’en fout
que ça épaississe à feux doux

y quitte pas l’pieu tandis que l’aute
l’italo sel poivre et biscot
tos macho s’languit à la porte
gominé fond de teint feuille morte

tout à la fin le cognac même
qu’y dort dis dans son Audi crème
fraîche mais un soir bisque de homard
gros cafard basta au rasoir

chte raconte pas trois jours après
l’santimant d’pont-l’évêque fermier
le vrai emballé dans l’ouesteu
France page obsèques que d’mander d’mieux

pour finir fais bouillir le lait
sur cette pauv madame qui s’croyait
bout des ennuis un jour sa fille
avec la gousse dedans d’vanille

tombe nez à nez avec la chienne
fendue en deux pendue vilaine
cravate de son mari au cou
et lui tout raide pendu itou

détail sordide avec la laisse
chfouette jaunes et suc s’il monte tu baisses
personne pige il teu avocat
pas un mot zéro maïzena

femme et gamins tous en HP
comme l’père Yvon qu’j’ai invité
cht’avais pas dit ? lui qu’est-ce qui boit !
la galette j’ai pris qu’une pour trois

lui faut ses deux lites (ou quinze verres)
infect il est pas nécessaire
de réchauffer y d’vient gaga
paraît qu’ça donne un goût de gras

mais ça l’sort un peu du sordide
tête à tête avec fauteuil vide
j’ai r’monté les stocks de mouchoirs
quilles au cas où dans mon placard

les nuits y s’cogne à ses fantômes
une vraie madeleine à hématomes
à côté l’est craquant l’Ankou
et si on s’buvait un petit coup ? »

20 janvier 2020

[TEXTE] Philippe Boisnard, La cagoule (3)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:30

C’est parce que les forces anti-émeutes, les policiers de la BAC sont soumis, qu’ils portent des cagoules BDSM.

Il lui dit : je te mets une cagoule BDSM car je suis la loi et tu es mon esclave, tu n’as pas à voir le visage de la loi.
Il lui dit : une fois que je t’aurai mis la cagoule BDSM, tu suivras un programme, qui est une doctrine, qui est une idée où toute humanité a été effacée.

La cagoule BDSM est comme le collier BDSM, un signe de soumission.
La cagoule BDSM est là pour exacerber les sensations données par le maître, pour que l’esclave ressente au plus profond de lui-même l’humiliation sensible et jouissive de son humanité.

Il lui dit : tu ne verras pas mon visage lorsque je te torturerai, je pourrai jouir anonymement de ton regard voilé par la cagoule BDSM.
Il lui répète : ma torture est l’idée de la doctrine que ton corps va subir et faire subir, ma torture est la cagoule qui te retire l’humilité d’être homme ou femme parmi les hommes et les femmes.

C’est parce que les policiers anti-émeutes obéissent à un maître, que leur cagoule leur permet de décupler les sensations pendant leurs actes.
L’acte des policiers encagoulés tient à la sensation libérée par la cagoule qui leur est donnée par l’idée de la loi à laquelle ils soumettent leur humanité.

Il luit dit encore : la cagoule BDSM sur ton visage est l’idée conjuguée à la fois d’eros et de thanatos, car toute loi autoritaire en est la synthèse, l’union dans le libre jeu de la violence.
Il lui explique : ton visage encagoulé est la main aveugle de la loi qui se fait doctrine des corps.

L’idée d’action pour être éprouvée demande la cagoule BDSM, qui permet de décupler les sensations pendant l’acte BDSM.
La cagoule BDSM permet de devenir le tortionnaire pendant l’acte BDSM.
Le manifestant est le visage soumis au maître BDSM qui a mis sa cagoule pour décupler les sensations des actes BDSM imposés par le port de la doctrine de la cagoule.

17 janvier 2020

[Texte] Philippe Boisnard, La cagoule (2)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:56

C’est parce que Robocop fait partie des représentations mythiques et cinématographiques de l’imaginaire collectif, que nous nommons les policiers anti-émeutes ou les CRS, des robocops.
Être un Robocop, c’est porter un équipement de tortue Ninja avec une démarche de robot. Être un Robocop c’est s’harnacher comme un joueur de hockey sur glace ou bien de football américain, comme s’il s’agissait d’un jeu dont on est le héros.

Mais Robocop a un visage. Robocop ne porte pas de cagoule, il a seulement une visière.
C’est parce que Robocop ne porte pas de cagoule et qu’il a un visage, qu’il a une humanité.
Le visage de Robocop est la question humaine de la possibilité de sa violence.
Le visage de Robocop exprime des sentiments. Le visage de Robocop renverse la disparition du corps en surdéterminant la présence du visage.

Le visage sous la cagoule n’a pas de sentiment, il a l’expression sombre de l’idée d’autorité sans visage. Le visage de l’idée est la réalité masquée de la cagoule pour toute face à regarder. L’idée noire de la cagoule est devenue l’humanité sombre du visage de l’idée d’autorité.
Le visage sous la cagoule masque son humanité dans l’ombre sombre de son effacement.

Robocop, quand on lui demande comment il s’appelle, il ne donne pas son RIO.
Robocop lorsqu’on lui demande comment il se nomme, il répond Murphy, car il ne lui reste que son visage et son nom pour être humain.
La loi de Murphy pose qu’il arrive ce qu’il arrive, sans que cela puisse se produire autrement. Et Murphy même s’il a perdu son corps reste irrémédiablement homme.
Robocop est un humain, car il a accepté sa mutation en cyborg sans pour autant renoncer à son visage et son nom.

Les policiers anti-émeutes ne sont pas des Robocop mais des Stormtroopers. Ils ne sont que des numéros de RIO sans visage.
Georges Lucas en créant les Stormtroopers leur a enlevé leur visage pour qu’ils soient anonymes, sans noms, sans humanité, symboles de l’étoile noire qui est l’idée de l’empire et de sa destruction.

15 janvier 2020

[Texte] Philippe Boisnard, La cagoule (travail en cours 1)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 8:40

C’est parce que tu portes une cagoule que tu as perdu ton humanité ?
Ton visage voilé te permet-il de taper tout autre visage homme ou femme qui n’est pas voilé ? Demanda-t-il.
Parce que ton corps n’est plus un corps mais la prothèse d’une idée de l’autorité, en est-il moins homme ou animal que les autres ?
Tes prothèses de protection et de violence font-elles de toi une arme et une carapace sans visage ? Demanda-t-il encore.
C’est parce que tu es caché dans l’idée cagoulée de la prothèse d’une idée que tu as perdu toute sensibilité ?
L’idée est-elle à ce point séparée du corps que tu ne puisses ressentir le frisson de ton corps que dans la violence de l’idée sur les autres corps ? Rajouta-t-il face à l’ombre noire de cet être sans corps le tenant allongé sur le sol.
L’autorité de l’idée d’être sans corps te fait-elle à ce point jouir que tu ne puisses être que violence sur tout autre corps, homme ou animal, qui se présente à toi sans cagoule, le visage dévoilé contrairement à toi ?
Ta cagoule est-elle le voile occultant toute ton humanité dans l’anonymat numéroté de la violence de l’idée ? Réussit-il encore à questionner tandis qu’il se faisait stranguler sans ménagement par une deuxième ombre noire.
Mais il n’avait pas compris que les ombres n’avaient pas d’oreille. Que les ombres n’avaient pas de corps mais n’étaient que des prothèses aveugles de l’idée de l’autorité .
Il n’avait pas compris que sans visage, dédouané de son humanité ces corps-la n’étaient plus des hommes mais des mécaniques sans visages.
En 1925, Eisenstein imaginant cinématographiquement la violence de la répression a pensé la disparition des visages des militaires tsaristes. Il n’avait pas pensé encore qu’il aurait pu leur mettre une cagoule.
En 2018-2020, le film documentaire continu des manifestations filmés en temps réel par les milliers de caméra des manifestants, rendent hommage à l’intuition cinématographique d’Eisenstein en mettant en lumière que l’idée d’autorité masque son visage d’humanité pour exercer sa violence.

25 décembre 2019

[Texte] Alexander Dickow, Premier souper, fragments de mondes (extrait)

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 21:18

Extrait du Premier Souper de Ronce Albène (1927 du calendrier aurède)

Où Dèze arrive au pays des Âmes et des Corps

 

Continuant notre route au jour subséquent, nous passâmes l’Île de l’Œil, où l’on ne croit qu’à ce qu’on peut voir de jour et clairement, et le pays de l’Ouïe, gros de rumeurs et de bruits. Nous n’en prîmes point connaissance, mais poursuivîmes. Cependant, des brouillards se haussèrent doucement qui nous confondaient bientôt le regard et déconcertèrent les navigations. Et nous choisîmes de nous échouer finalement sur un sol insoupçonné de personne. Alors, nous quittions le navire, et la brume fut si drue où nous tâtonnâmes, que le Sieur Lavant tourna en rond dans son voisin Pandon et tombaient dans un bataclan tout plein à bras et de jambes, et se remirent debout dans des jurons assez grands en couleur. Mais Dèze les écartait l’un à l’autre avec des rires, et rapporta le paisible des cœurs.

Nous arrivions face-à-face avec deux villes orientées l’une envers l’autre. Et les deux villes sont fortifiées extrêmement à force de pointes enfonçant beaucoup les remparts, fourmillant à meurtrières, avec des murailles comme des hanches de montagne. Nous prenions abri d’abord, car les villes échangèrent l’une dans l’autre des flèches ici et là. Une ville était toute neuve et brillante comme un miroir, et l’autre ville fut entachée d’une longue et douloureuse patine d’histoire. Finalement, des messagers des deux cités s’expédient devant notre bivouac l’un avant l’autre, et Dèze apprit quelle façon d’habitants demeurèrent dans ces cités neuve et ancienne.

Dans l’une, Dèze nous explique-t-il, vivait un peuple qui s’est certifié natif de ces terres, un aguerri et batailleur peuple aux corps robustes. Ceux avec qui ils haïssaient continuellement sont des âmes et des esprits venus d’au-delà des brumes imposantes de cette contrée, des habitants du monde nouménal qui envahissent les pauvres indigènes et se sont établis en la ville toute nouvelle et étincelante comme un miroir. Les esprits, disent ceux de la ville antique, ont naguère moissonné la chair animale et humaine avec des moyens plus sauvages imaginables, afin de s’être façonné des corps, et d’ainsi coloniser dans les terres du peuple d’ici avec abus et brutalités fougueusement.

Mais un messager des âmes vint ensuite nous démentir d’avec ce triste récit. La forme du messager nous épouvanta : il grouillait en griffues pattes et de pseudopodes gluants, et ses yeux regardèrent aussi grandement que des assiettes ; sur sa peau perlent et suent le sang et la sève, et il parla d’une voix cliquetante parcourue avec des grognements et dégoûtantes grinçures. Devant les cris, le messager nous a priés de ne pas faire confiance avec les apparences, et l’exquisité de la politesse du messager effroyable nous mit finalement dans l’aise tout malgré, et bientôt nous bavardons ensemble presque comme parmi de vieilles connaissances.

Pendant de longs équicycles, a conté notre visiteur, les corps – comme il nomme ceux de la ville vétuste, les aborigènes du pays – avaient obstinément rejeté et exclu et honni les choses de l’esprit, de sorte que pas la moindre idée ne puisse trouver aucun pied dehors le royaume nouménal, ni s’habiller en existence concrète ; emprisonnés et bannis par-delà la Brume, les âmes ont fini, comme il se devait d’arriver, par brusquer un passage au monde. Ne pouvant consister dépourvus en chair de par ce monde, et faisant à nécessité bonne figure, les âmes ont dû chaparder par-ci et là – oh ! sauf triste exception, toujours dans les animaux sans entendement – la chair qu’il leur fallut.

C’est alors que notre Pandon demandait un petit questionnement.

« Mais ces Corps, n’a-t-on point doté chacun d’eux d’une âme ? Avait-on à ce point chassé l’esprit hors de ce monde que les âmes ne pussent plus habiter le corps d’un enfant à sa conception ?

– Les miens croient fermement, commençait notre interlocuteur, qui se nomme Urqtàl, que les êtres de ce monde n’ont plus qu’une âme flétrie et rabougrie, réduite à presque rien. Les Corps eux-mêmes protestent désormais qu’ils n’ont aucune âme, car ils imputent aujourd’hui à la spiritualité tous les crimes et toutes les brutalités. Pourtant, nous nous efforçons de protéger ces pauvres créatures, car créatures elles restent, quand bien même la plus infime des lueurs idéelles les habite ; rien ne peut vivre entièrement sans idéalité. Au fond, nous ne souhaitons plus que les aider à s’élever enfin aux hauteurs de l’idée. S’ils n’étaient réfractaires à tout progrès, il n’y aurait plus aucun conflit entre nous.

Pourtant, les flèches continuèrent leur triste pluie parmi les deux cités. Le roi des Corps nous a reçu en sa ville qui se nomma Guèvres. Nous lui rapportions les dires du messager Urqtàl, mais avec chaque argument il contrait un autre où se montra, dit-il, la mauvaise foi des Âmes perfides.

« L’esprit n’illumine rien du monde concret, ni n’insuffle la vie aux êtres vivants ; cela est le premier et principal mensonge des âmes. Si nous avons cru jadis à la part spirituelle de l’homme, la malignité des âmes incarnées nous a démontré au contraire que l’âme n’habite que les êtres malfaisants. Ce discours de notre part négligeable de spiritualité, en outre, autorise à leurs yeux les atrocités qu’ils commettent, et les dispensent de nous traiter en égaux. L’idée qu’ils n’ont subtilisé que la chair des animaux est une absurdité, une exagération effrontée. Leurs charniers jonchent les pages de nos chroniques. C’est nous qui sommes victimes, d’une tentative de conquête incontestable et d’une lâcheté indicible.

Le roi fit une pause à son discours pour prononcer à ses généraux une nouvelle volée de flèches, à laquelle il ajouta une deuxième volée de flèches enflammées. Puis nous dit-il :

« Au demeurant, ce sont eux qui rendent la paix impossible : ces pustules ambulantes ont refusé chacune de nos propositions ! »

Puis, le roi de l’autre ville, qui n’eut pas encore de nom, nous accueille chaleureusement dans le sein de son palais en cours de construction. Vu la somptuosité de son bienvenu, nous nous sommes efforcés pour étouffer notre nausée en face avec cette créature de suppurantes boursouflures, qui déploya de poilues ailes noires, et dont la parole a ressemblé des sombres éructations et déglutitions molles. Quelle éloquence, pourtant !

« Il ne faut point succomber à la séduction de leurs boniments. Nous leur avons construit des routes, modifié le cours des eaux en leur faveur, fourni de nouvelles technologies. Nous avons dépensé de vastes ressources afin d’améliorer leur sort, mais ce peuple rétif s’obstine, et s’attache à une représentation injuste de la noble spiritualité. Ils ne souhaitent que nous noircir afin d’autoriser les atrocités qu’ils commettent, et pour les dispenser de nous traiter en égaux. Au demeurant, conclut le roi des Âmes, c’est impossible de négocier avec ces rustres brutaux, qui ont rejeté systématiquement les accords les plus raisonnables. »

Nous nous mîmes d’accord, en retour dans notre bivouac, qu’auparavant qu’ils ne puissent envoyer d’autres messagers ni nous entraîner à d’autres guet-apens de discours trompeurs et fautifs, que nous allons nous carapater et braver la brume pour notre navire, et quitter pour jamais cette contrée comblée de malédiction.

17 décembre 2019

[Texte] Cuhel, Retraitement du travail (extrait de « Une tRouée d’R dans l’aire du temps)

[À lire, l’un des derniers textes de CUHEL : « Hymne à la POHÉRÉSIE »]

CHÔMAGE.

C’est comme la Dette ou le Trou-de-la-Sécul : formidable pour bien tenir son monde !

Le chômage est systémique : la fabrique des inégalités produit des non diplômés, et les diplômés ne fabriquent pas forcément de bons petits soldats qui marchent pour le Marché, et le Marché fabrique des raisons que la raison ne connaît pas.

Le chômage est systémique : le hic est donc à trouver du côté des chômeurs.

 

CQFD.

Le chômage frappe lourdement les plus-de-50 ans, donc on rallonge la durée de cotisation pour une retraite à 64 ans.

L’espérance de vie en bonne santé est inférieure à 64 ans, donc on recule l’âge de départ à la retraite : en fRANCE, on aime la Bérézina !

 

ESPÉRANCE DE VIE. 

L’espérance de vie augmente, donc il faut travailler plus et partir plus tard à la retraite.
La retraite coûte cher, il y a trop de retraités – ces assistés !

Le travail c’est la santé. Mais la santé de l’entreprise ne supporte pas les plus-de-50 ans. Il faut donc travailler plus pour être au chômage. Le chômage, c’est bon pour la santé, ça augmente l’espérance de vie. Et quand l’espérance de vie augmente, il faut travailler plus. Et partir plus tard à la retraite.

Et comme l’espérance de vie en bonne santé ne dépasse pas 64 ans, on augmente le Trou-de-la-Sécul.
Et pour combler le Trou-de-la-Sécul, il faut cotiser plus.
Et pour cotiser plus, il faut travailler plus.
Et pour travailler plus, il faut être en bonne santé.
Et pour être en bonne santé, il faut travailler moins.

Pour combler le Trou-de-la-Sécul, il faut rembourser moins.
Et si on rembourse moins, on se soignera moins.
Et si on se soigne moins, on sera en moins bonne santé.
Et si on est en moins bonne santé, on coûtera plus.
Et si on coûte plus, on augmente le Trou-de-la-Sécul.

La question cruciale à traiter est donc celle-ci : combien de temps allons-nous encore financer ces Trous-du-cul de retraités ?

6 décembre 2019

[Texte] Mathias Richard, Je porte des vêtements volés avec dedans de l’argent volé

Et si la volupté c’était le vol… Petit manifeste anticonformiste signé Mathias Richard – que l’on connaît bien maintenant sur Libr-critique.

Je porte des vêtements volés avec dedans de l’argent volé. Je mange de la nourriture volée et bois de l’eau volée, et du vin volé. A mon poignet, une montre volée ; dans mes mains, un livre volé ; sous mes pieds un bateau volé aux voiles volées.

Je suis dans une voiture volée avec des chaussures volées, un téléphone volé et des lunettes volées.

A côté de moi, une femme volée. Nous partageons des moments volés. Dans ma tête, il y a des mots volés et des pensées volées.

Je vole dans un avion volé aux ailes volées. Tout est volé sur moi, tout est volé en moi, tout ce que j’ai est volé, tout ce que j’ai, je ne l’ai pas, tout ce que j’ai, n’est pas à moi, j’ai volé, je vole, je volerai, l’air que je respire est volé, chaque instant est volé, le passé est volé, le futur est volé, le présent est volé, mon futur je dois le voler, mon présent je dois le voler, mon passé j’ai dû le voler, j’ai volé ce sourire, ces mimiques, ces expressions. J’ai volé ce langage et ces idées et ce clin d’œil.

Mes chaussettes sont volées, mon slip est volé, ma chemise est volée, mon pantalon est volé, tout est volé en moi, sur moi, tout est volé partout, tout se vole, tout se vole, tout est à voler, même le rien j’ai dû le voler, rien n’est à moi, et il faut constamment le revoler, je tiens dans ma main des fleurs volées, des violettes volées, des Å“ufs volés, et pars sur un vélo volé, avec une valise volée, j’aurais voulu ne pas voler, mais rien n’est à moi et rien ne le sera jamais, tout s’échappe de mes mains, tout se refuse je ne possède rien, tout est à, pas à moi, alors j’ai volé une voix, et j’ai volé la clé d’un appartement, et j’ai volé un matelas, et j’ai volé un ordinateur, et j’ai volé du temps, et j’ai écrit ça, c’est bien volé hein, je ne pourrai pas continuer à voler encore longtemps comme ça, à ce rythme, alors volez pour moi, s’il vous plaît, volez, volez pour moi, et volez bien, et volez tout, merci, il faut voler, on ne devrait pas avoir à le faire, mais il faut savoir voler, tu ne dois pas le faire mais tu dois savoir le faire, c’est comme ça, alors vole une bière, vole un baiser, vole une cigarette, vole une carte d’identité, vole un appareil photo, pour continuer, un peu plus loin, à voler un peu plus de vie, à voler un peu plus de temps, à voler des émotions, à voler de la joie, à voler de l’aventure, à voler des galères, à voler de la vie, encore un peu de vie, de carburant, et tout ce que j’ai donné, je l’ai volé, tout ça est volé, tout ça est entièrement volé, alors vole pour donner et revole pour donner plus encore, car tout est volé en moi et il faut que je vole pour me dévoler et plus je me dévole et plus je vole et il n’y aura que la mort que je n’aurai pas volée, celle-là je ne veux pas la voler, je la laisse à tout le monde, mais on n’est jamais à l’abri de la voler par inadvertance, on croit qu’on vole un truc sans importance et hop j’ai la mort, (merde) c’est le seul truc qu’on vole dont on peut plus se débarrasser, la mort, alors volez tout mais évitez de voler la mort quand même ou c’est elle qui vous volera pour de bon. Sur ce je m’en vais entièrement volé et volant pour me dévoler au fur et à mesure que les vols sortent de moi, je vole et vole et revole encore juste pour rester vivant encore un peu, juste pour rester stabilisé quelques instants, je vole un toit, je vole un plat, je vole de la chaleur, je vole un jour de plus, je vole une nuit de plus, et demain je réessaierai de voler encore un peu, quelques brins d’herbe, quelques trous dans la terre, pour continuer encore un peu. Les violons volés jouent des airs volés dans ce lieu volé où même la lumière est volée et le son aussi bien sûr, et ma présence est volée et vos yeux sont volés et votre esprit est volé et hop il n’y a plus rien.

23 novembre 2019

[Texte] Christophe Esnault, Lettre au recours chimique (extrait)

Après Antonin Artaud et Sarah Kane, écrire la psychiatrie et le recours chimique à hauteur d’un face à face avec le psychiatre. Affirmer que vivre, vivre vraiment est aujourd’hui devenue une pathologie. Et puisqu’au travail et ailleurs la critique sociale est psychiatrisée, se psychiatriser davantage pour aller vers une nouvelle critique sociale. Ce texte n’est ni un poème, ni un essai ni une lettre, ni un pamphlet ou encore un monologue théâtral, sa forme est juste la seule possible pour tenter de faire preuve de pensée (et de riposte vaine, mais salvatrice), en usant d’humour et d’autodérision. C’est un refus qui dit oui, on ne fera pas la révolution sans éclats de rire. En sachant que la pensée de l’auteur a des angles morts qui ouvrent sur des questionnements plus larges que la seule question que l’on lui pose un peu trop : Quelle est la pathologie ? 

 

Lettre au recours chimique – extrait

Et je suis devant des psys qui ignorent tout d’un processus de création
Plusieurs fois ce sont mes excès d’implication en écriture
Qui m’ont mis dedans
La jubilation de l’écriture
La convocation du passé
Et le comment être post-moderne
Après les post-modernes
Et la recherche formelle
Ou la recherche du feu
Et le pourquoi écrire si on n’invente pas une langue ou/et une forme
Une respiration calée sur le flux
Et la recherche d’angoisses et d’états-limites pour nourrir le texte
Le relier à l’inconscient et au chaos
Jeu avec la culpabilité d’exploiter l’autobiographie
De faire de personnes existantes des personnages
Sans parler de mon impudeur
L’accès de panique quand arrive la fin du texte
Les descentes de lacets de montagne avec pas de frein sur le vélo
Des relectures hypnotiques avec le logiciel d’anagrammes
Des lectures lacanoïdes du texte
Ou quand le signe et l’interprétation deviennent la maladie elle-même

Se relever la nuit
Art de l’euphémisme
Essayer de s’endormir et allumer la lumière
20 fois
50 fois
100 fois
Voilà c’est ça
Le processus d’écriture qui empêche de dormir
Comme si j’allais trouver du meilleur matériau
Dans les affres de l’insomnie
Et des cogitations incessantes qui tournent autour du texte et du langage
De la pensée qui arrive en tel flux continu qu’il est impossible de dormir
Maladie du travail de l’écrivain trop impliqué
Impossible de dormir
Une nuit
Deux nuits
72 heures sans sommeil
Aller au travail au radar
Et au retour ne pas dormir
Écrire des notes sur un carnet
Lâcher deux pages sur Word
Ou dix
Gros avatar de merde quand tu chies sur mon monde de création
Quand tu ne veux pas en entendre parler
De ça et des 100 films réalisés en 2018
Dis-toi bien qu’il n’y a pas un Toféno social
Avec qui tu parles cinéma ou politique
Ma vie est vouée à la littérature
Je suis cet homme-là
Si tu veux en voir un autre
Trouve-toi
Un autre pote
Un autre patient
Un autre camarade
Un autre frère
Ce n’est pas être autocentré
Être égocentré
Rater aux yeux de mes juges la transmutation du Je
Sublimement
Et refuser le réel
D’un monde qui ne soit pas création
Et ma vie vive est une création
Et on me demande chaque jour de redescendre à hauteur
De ceux qui vivotent
Même si vivoter
Au regard d’où ils se traînent
Vivoter à côté, c’est vivre dans les nuages

Dois être votre premier patient client à venir avec mon matos de pêche
Je vous l’ai dit : j’aime la Loire
Et pour vivre la Loire
On peut marcher le long des berges
Sortir une barque, une gabare, un canoë ou un kayak
Pour vivre la Loire on peut pêcher
Ou chasser
Ou nager
Ou y faire l’amour
Et si j’étais entré avec mon filet à appelants canards
Plutôt qu’avec ma canne à lancer
Oui avec une housse de fusil sur l’épaule
Peut-être auriez-vous été un poil plus attentif
Peut-être auriez-vous mieux écouté
Un peu mieux considéré ma présence devant vous
Surtout si par jeu j’avais joué lors de mon monologue
Joué comme on joue avec une boule anti-stress
Avec des cartouches de calibre 12

16 novembre 2019

[Création] Patrice Cazelles et Emmanuel Mieville, Zaoum le mescal enchanté

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Dans la lignée du zaoum de Velimir Khlebnikov et des avant-gardes de la musique concrète, mais aussi en écho à certaines créations sonores mises en lignes sur LIBR-CRITIQUE, le poète et performeur Patrice Cazelles (Fémur) et le compositeur Emmanuel Mieville vous donnent à goûter un drôle d’alcool mexicain…

 

6 novembre 2019

[Création] Gauthier Keyaerts & Vincent Tholomé, How to se balader dans les friches industrielles (instrumental)

Voici un autre extrait sonore de MON ÉPOPÉE, un livre en 33 chants constituant le volume 13 des 38 volumes recueillant les propos tenus au jour le jour par Konstantin Peterzhak à la cafétéria du centre atomique de Dubna il y a quarante ans en Union Soviétique. [Écouter le premier extrait : chant 27].

 

25 octobre 2019

[Création] Thomas Déjeammes, Au visage

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 8:57

Voici un nouveau shoot poétique du poète photographe Thomas Déjeammes, qui, dans cet agencement répétitif (ritournelle), fait de notre visage un élément dramatique décomposable à l’envi en particules les plus diverses… [Lire/écouter : « Sous viens »]

Écouter :

8 octobre 2019

[Texte] Julien Ladegaillerie, Lacrymogenèse (extrait)

En avant-première, cet extrait d’un livre à paraître bientôt dans la collection « PLI » de Justin Delareux aux éditions Les Presses du réel : c’est bien dans le corps qu’il faut aller chercher la genèse de nos larmes – dans une langue tailladée…

 

stries d’échafaudage / les racines
de contradiction plantées / dans de
la terre de tête tamisée / le ciel / un trou

 

de bouche / pleine / de papier jumeau dont on
nous prive / au mitard

 

tenir / accroupi sous le givre / mâcheur

 

sur six cent kilomètres coma / notre corps le
motif humain / des vêtements qui nous porte
en rampant sans coudières / les tempes
bourdonnantes / le vertige / impression que dans le crâne un frère / appelle à l’aide / et déjà
vivre est ce / balancier permanent ligaturé au
fait de croire qu’on est soi / et seul

 

à cause du verre / pilé dans les jambes

 

il faut qu’on sorte d’ici / des neuf mètres
carrés de larsens / clôtures au niveau du
menton / bouchent les trous / de la maison /
des mains / naissent bandages

 
 

et de tesson / et de glu / visage ôté sans gants /
clinamen de clés dans une serrure pleine de
murs / de gravats / ces haines / arrachées en
partie / reconstituées plus loin

 

impossible d’/ aller / plus loin / une collection<-br />
de blessures / un poing / serré le désossement c’
est la preuve / incarcération

 

à l’intérieur la peur / entre / nous pénètre
perquisitionné par / ne pas le dire

 

en bandoulière du cri de / s’en aller des
couloirs en fonte en refuge de cervelle / les
débris des mains / dans le déplacement des
objets / oubliés dans les tiroirs / du ventre

 

s’arc-boutent / mâchoires les dents du bas
manquent d’espace / on nous a / déboulonné le
corps de l’air on s’est / dilué salement dans la
vie / on ferait mieux de se taire

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