Libr-critique

14 février 2007

[DVD] vidéo pour rien – minervio & pensée ajoutée à l’air de Olivier Gallon

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 16:34

gallon.jpg8ème DVD de la collection « le point sur le i », chez Incidences, dirigée par Giney Aime, Olivier Gallon, écrivain et réalisateur, nous donne ici à voir un travail vidéo et littéraire teinté de lyrisme.
« Pensée ajoutée à l’air » (11′)
Du point de vue de l’air, le bout du monde est partout (Joseph Brodsky).
Cette approche d’une jeune femme en contre champ de la tombe de Joseph Brodsky à San Michele (Venise) s’avène être une interrogation sur l’air, pour ne pas dire, comme le mélancolique Robert Burton, une digression sur l’air à laquelle une pensée est venue s’ajouter.
« Vidéo pour rien – Minervio » (14′)

(VIDEO POUR RIEN est le titre générique d’une série de vidéos dont « Minervio » est la première. Chacune d’elles correspond à un lieu et une date).

« Août 2003 dans le Cap Corse, à Minervio. Une fenêtre ouverte sur l’étendue du ciel et de la mer, dans l’embrasure de laquelle apparaissent plus étrangement des flammes, un astre non identifiable… Cela s’appelle des visions (nous passons à travers).
Comme si le réel se jouait de l’intérieur (d’un habitat, de soi-même) et de l’extérieur où quelqu’un a allumé la lumière… »

Pour commander : Association Incidences – 1, rue St Mathieu – 13002 MARSEILLE – www.incidences.info

[Chronique] Philippe Forest, Le Roman, le Réel et autres essais

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , — Fabrice Thumerel @ 14:17

Pour une nouvelle écriture du Je
Cette autre contribution à la réflexion actuelle sur le roman s’inscrit à l’encontre de celle menée par Jean Bessière, qui, sous l’enseigne de l' »autofiction », disqualifie toute écriture de soi pour son manque d’universalisme : d’après lui, ces récits à la première personne ne recyclent l’autotélisme textualiste des dernières avant-gardes historiques que pour justifier le repli égoscriptocentrique. Et pourtant le constat initial de Philippe Forest semble aller dans le même sens : reprenant à son compte la définition péjorative du postmoderne comme avènement de la post-histoire et de l’individualisme, il dénonce l »ego-littérature » comme « exhibitionnisme psychologique » (115), « régression vers le naturalisme de l’intime, le narcissisme inquestionné d’une protestation personnelle » (195).

Cependant, de cette « ego-littérature » à laquelle a fini par se réduire l' »autofiction » en vogue (et il conteste l’annexion dans l’autofiction d’une écriture de soi aussi originale que celle d’Annie Ernaux), l’écrivain et essayiste distingue le « roman du Je », dont il décline la généalogie non exhaustive : de Breton, Aragon et Céline à Cixous, Jouffroy ou Quignard, en passant par les nouveaux romanciers (Robbe-Grillet, Simon, Duras), les oulipiens (Perec avant tout), les avant-gardes des années 60-70 (Barthes, Sollers, D.Roche,Henric) et d’éminentes figures contemporaines des littératures étrangères (Philip Roth, Peter Handke, Kenzaburô Ôé, Gao Xingjian). Contrairement à ce qui se passe dans l' »ego-littérature » à la mode (ou dans l’autofiction désormais), il ne s’agit pas de donner de sa vie une représentation mensongère et de confondre vraisemblable et réalité sous le vocable de « vécu », de souscrire à l’illusionnisme naturaliste pour se (ré)conforter dans une prétendue expression de soi (solipsisme narcissique), mais de se laisser emporter par le mouvement de dépersonnalisation qui fait se confronter au sein du texte « le support nécessaire d’une expérience dont s’absente le sujet » et « l’impossible réel » (138).

Pour un réalisme négatif

A la suite de Lacan et de Bataille, Philippe Forest assimile en effet le « réel » à l' »impossible », ce qui n’est pas sans conséquence sur sa vision du roman, puisqu’il conçoit un réalisme négatif proche de celui que défend Christian Prigent depuis plus de trente ans : se mouvant « dans cet espace entre sens et non-sens qui n’appartient ni à la philosophie ni à la poésie », le roman vise « la représentation de l’irreprésentable » (45), c’est-à-dire le « réel » comme envers des discours légitimes. Mais s’il évoque l' »obscénité » et l' »idiotie » de ce « réel », il ne va pas jusqu’à se rattacher à la littérature carnavalesque.

Au reste, se situant entre un neo-naturalisme hégémonique et un neo-formalisme qui se caractérise par le virtuel et le ludisme, le critique-écrivain revendique l’héritage des dernières avant-gardes historiques, mais sans renoncer à la fonction heuristique de la littérature humaniste et sans adhérer à une quelconque illisibilité. (De ce point de vue, il est plus proche d’Ernaux que de Prigent).

On notera enfin que la démarche critique de Philippe Forest, bien que se présentant comme moins ambitieuse que celle de Jean Bessière, est cependant plus rigoureuse et plus efficace. Car l’avantage de l’approche immanente est de ne pas chercher à masquer la part subjective derrière un objectivisme théoriciste : « Loin de prétendre à l’objectivité ou (moins encore) à la scientificité, la parole critique relève évidemment d’une fiction qui vise à fonder après coup la conviction personnelle dont elle procède et à laquelle elle prétend pourtant aboutir » (14-15).

12 février 2007

[Livre] Philippe Forest, Le Roman, le Réel et autres essais

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 18:24

reelforest.jpgPhilippe Forest, Le Roman, le Réel et autres essais. Allaphbed 3. Éditions Cécile Defaut, Nantes, 2007, 306 pages, 20 € ISBN : 978-2-35018-038-0
Quatrième de couverture
Un roman est-il encore possible aujourd’hui ?
Oui, à condition de se vouloir à la mesure modeste de l’impossible.
Le « réel » est l’impossible. L' »impossible » est le réel. Et le roman n’a de sens et de valeurs qu’à répondre à l’appel qu’il adresse à chacun de nous, produisant en retour l’écho de sa parole.
Cet appel est-il encore audible dans le monde où nous vivons ? La possibilité d’une parole en écho y existe-t-elle encore ?

Philippe Forest est l’auteur de nombreux essais et de trois romans parus aux éditions Gallimard : L’Enfant éternel (Prix Femina du Premier roman, 1997), Toute la nuit (1999) et Sarinagara (Prix Décembre 2004). Après La Beauté du contresens (2005) et De Tel Quel à L’Infini (2006), ce troisième volume d’Allaphbed rassemble une série d’études et de conférences, toutes récentes et souvent inédites, consacrées au roman moderne. A partir de ses propres livres et de ceux de quelques écrivains majeurs (depuis James Joyce et Georges Bataille, André Breton et Louis Aragon jusqu’à Alain Robbe-Grillet et Philippe Sollers, Kenzaburô Ôé et Philip Roth), Philippe Forest développe une vraie vision systématique du roman présent qui, renouvelant leur approche et leur interprétation, touche aux principales questions littéraires d’aujourd’hui et invite à les envisager de nouveau dans la fidélité à l’idéal moderne : répondant au réel et répondant de lui, le roman se trouve défini comme une expérience de l’impossible à la faveur de laquelle une figure du « Je » se réinvente à l’épreuve du monde.

Premières impressions

Après le court essai normatif de Jean Bessière, Qu’est-il arrivé aux écrivains français ? [ici], et la passionnante réflexion collective que des praticiens ont menée dans Devenirs du roman [ici], voici une nouvelle pièce au Dossier sur le roman contemporain : Philippe Forest propose avec brio une mise en crise des rapports entre « roman », « réel » et « Je » qui débouche sur une conception stimulante de l’écriture de soi et du réalisme. /FT/

11 février 2007

[Manifesten] la société mobile, de Laurence Denimal

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — Hortense Gauthier @ 14:06

denimal.jpgDu 1er au 3 février 2007, dans la galerie Lavitrine à Limoges, durant le festival Manifesten, Laurence Denimal a tenu, assise derrière son ordinateur et son imprimante, une drôle de boutique. Installation/performance, la société mobile est une revue unique en son genre et vraiment pertinente, crée par cette plasticienne en 2005 ; elle est fondée sur l’interactivité et la fluidité, car c’est au lecteur/acheteur de composer son propre sommaire avec les textes qu’il a choisi. Elle est aussi une extension du travail d’archivage et de recension que poursuit Laurence Denimal à travers son propre projet artistique le Joubor, journal de bord qui décrit toutes ses actions dans une journée selon un système de codification trés précis (vous pouvez voir un extrait de ce travail publié dans la revue Talkie-Walkie n°2).
Comme vous pouvez le voir sur la vidéo, la société mobile est une sorte de magasins de texte, de multiples d’artistes et d’écrivains, et même de travaux originaux, une agence qui diffuse des travaux hybrides et qui constitue peu à peu une banque de données, une revue ambulante et modulable, une petite entreprise artistique qui essaye d’expérimenter d’autres modes de publication et de diffusion pour divers travaux poétiques…

On peut se procurer dans cette échoppe des textes de La Rédaction, Philippe Boisnard, Franck Leibovici, Frédéric Acquaviva, Christophe Manon, Marius Guérin, Vannina Maestri, Jacques Sivan, Jean-Michel Espitallier, Jérôme Bertin, Sylvain Courtoux, Yves Buraud, Charles Pennequin & Cécile Richard, Bernard Heidsieck, Maria Faustino, Josée Lapeyrère, et Laurence Denimal.

La société mobile est visible jusqu’au 6 mars à la galerie Lavitrine, 4 rue Raspail à Limoges. La suite du festival Manifesten sera les lectures de Jacques Sivan, Vannina Maestri, Bernard Heidsieck et Jérôme Game le 6 mars dans cette même galerie.

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10 février 2007

[Livre] Devenirs du roman, collectif,

devenir_roman189.jpgDevenirs du roman, collectif, éditions Inculte/naïve, 356 p., ISBN : 978-2-35021-078-0, 20 €.
[site Inculte]
4ème de couverture :
Comment penser le roman contemporain ? De quelle(s) façon(s) la littérature contemporaine investit-elle la représentation du réel ? Quels sont les enjeux de l’écriture fictionnelle d’aujourd’hui ? Autour du comité éditorial de la revue Inculte, un ensemble d’écrivains esquisses les possibles et les devenirs du roman, évoquant pratique et théorie de cette forme littéraire multiple, en perpétuelle mutation.

Textes et entretiens :
Emmanuel Adely, Stéphane Audeguy, François >Bégaudeau, Arno Bertin, Étienne Celmare, Éric Chevillard, Claro Louise Desbrusses, Philippe Forest, Jean-Hubert Gailliot, Bastien Gallet, Thierry Hesse, Hubert Lucot, William Marx, Jean-Christophe Millois, Yves Pagès, Pierre Parlant, Emmanuelle Pireyre, Olivier Rohe, Pierre Senges, Olivier de Solminihac, Joy Sorman, Philippe Vasset et Antoine Volodine.

Premières impressions :
La précédente chronique de Fabrice Thumerel, portant sur Qu’est-il arrivé aux écrivains français ? de Jean Bessière, indique avec précision, l’une des parties du débat qui est ici en question, et qui chez Bessière apparaît à partir de la distinction entre d’un côté une littérature autotélique, qui renvoie à elle-même à travers une expérience du sujet [stigmatisée en tant qu’auto-fiction], faisant l’expérience de lui-même et de sa langue, et de l’autre, une littérature ouverte à la fiction, faisant l’économie pour une part de l’auto-réflexivité des modernes, pour construire son objet : le récit.
Tel que le titre l’indique, le parti pris est celui du pluriel. Non pas singulier, ce qui serait réduire afin de n’indiquer qu’un seul sens, mais bien un pluriel au sens où le roman semble prendre à lire les différents intervenants plusieurs directions. Car, contrairement à ce que pense Bessière, le roman ne se tient pas dans une dualité de forme, mais bien au contraire, à lire par exemple Philippe Vasset ou bien Emmanuel Adely, il semblerait davantage que le roman soit, et ait toujours été, dans une certain forme de question par rapport à lui-même, question aussi bien de son rapport au réel et au monde historique, que question par rapport à sa propre poétique [à comprendre dans le sens strict de sa manière d’être construit, produit], impliquant le geste singulier d’une responsabilité d’écriture. En effet, tel qu’ils le disent respectivement : « les alliages dont nos livres sont faits sont trop fragiles et incertains pour que l’on puisse à leur sujet parler d’un quelconque retour des conventions »(P.V), « je pose qu’il existe des dizaines d’écritures de littératures de romans qui se tentent et s’écrivent aujourd’hui » (E.A) et les deux de préciser que cette fragilité qui permet des dizaines d’écriture se construit en rapport à la société, à l’histoire au flux humain historique.
C’est pour cela, que le titre est très bien choisi, car il ne s’établit pas sur le constat symptomatique à l’heure actuelle par rapport à toute chose ou phénomène de la crise, mais il offre cet espace d’un dire spécifique : pour quelle(s) raison(s) le « roman » ou du moins les écritures qui sont rangées sous la catégorie « roman », est(sont) -elle(s) nécessitée(s) pour un certain nombre d’écrivains. /PB/

9 février 2007

[Vlog] Electronic_Elephant [E_E] # Festival Muzzix#7 [10]

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 18:50

ee.jpgLe 19 Janvier 2007 a eu lieu à La Malterie [Lille] la soirée “sound is poetry / poetry is music” organisée par Trame Ouest dans le cadre du festival Muzzix #7. En attendant de poursuivre la mise en ligne du Festival Manifesten#1, nous mettons en ligne toutes les interventions sonores de « poetry is music, sound is poetry ».
Peuvent déjà être vues :

[+] Sylvain Nicolino et Laurent Roux /La femelle du Requin/ [voir].
[+] Sylvain Courtoux et Emmanuel Rabu [voir +].
[+] Cut up conspiracy [S. Courtoux et J. Bertin] [voir +].
[+] Emmanuel Rabu [voir +].
[+] Yvan Etienne et Brice Jeannin [voir +].
[+] Franck Laroze /Polemikx/ [voir +].
[+] HP Process /H. Gauthier et P. Boisnard/ [bod project] [voir +].
[+] Michel Giroud et P. Boisnard /trompette amplifiée/[voir +].
Neuvième intervention de la soirée : Electronic_Elephant [E_E] [Valentin Duhamel et Philippe Boisnard]

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[Vlog] Charles Pennequin et HP-Process # Festival Muzzix#7 [9]

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 18:01

pennequinhp.gifLe 19 Janvier 2007 a eu lieu à La Malterie [Lille] la soirée “sound is poetry / poetry is music” organisée par Trame Ouest dans le cadre du festival Muzzix #7. En attendant de poursuivre la mise en ligne du Festival Manifesten#1, nous mettons en ligne toutes les interventions sonores. Peuvent déjà être vues : [+] Sylvain Nicolino et Laurent Roux /La femelle du Requin/ [voir]. [+] Sylvain Courtoux et Emmanuel Rabu [voir +]. [+] Cut up conspiracy [S. Courtoux et J. Bertin] [voir +]. [+] Emmanuel Rabu [voir +]. [+] Yvan Etienne et Brice Jeannin [voir +]. [+] HP Process /H. Gauthier et P. Boisnard/ [bod project] [voir +]. [+] Michel Giroud et P. Boisnard /trompette amplifiée/[voir +]. Neuvième intervention de la soirée : Charles Pennequin et HP Process _ je suis un homme

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7 février 2007

[Chronique] Jean Bessière, Qu’est-il arrivé aux écrivains français ?

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , — Fabrice Thumerel @ 9:38

Paradoxes
Théoricien de la littérature et professeur à la Sorbonne, Jean Bessière soulève une série de paradoxes dans un court essai au titre symptomatiquement provocateur : la littérature contemporaine, soutenue par la critique journalistique, se revendique à la fois comme actuelle et moderne, autonome et historique; fidèle aux dernières avant-gardes (autotélisme textualiste et déconstructionnisme), elle privilégie cependant une conception substantialiste de la littérature qui ne donne du monde qu’une représentation délimitée par un contexte et un sujet particuliers, n’ayant de cesse que d’asseoir sa lisibilité sur la refondation d’un « sujet » et d’un « réel » posés comme allant de soi, et de préserver l’autorité du sujet écrivant, mais sans remettre en question la représentation même; quant à la critique savante, elle cherche à concilier le positivisme de l’histoire littéraire et le formalisme textualiste…

Fustigeant le conservatisme de la littérature et de la critique contemporaines, il montre comment, en quête de légitimation, les écrivains et les critiques se réapproprient des normes datées : la réduction du « contemporain » au « moderne » explique le culte voué aux « grands écrivains » des deux derniers siècles et le triomphe de la « reprise » – titre du dernier roman de Robbe-Grillet dans lequel il voit un texte fondateur de ce nouveau siècle. Il s’attache ensuite à mettre en évidence l’imposture de la « littérature puissance », c’est-à-dire d’une littérature hypostasiée chargée de pallier la perte de la référentialité et la désymbolisation d’un art jadis majeur.

Qu’est-il arrivé aux universitaires français ?

Pour intéressante qu’elle soit, la réflexion de Jean Bessière pose problème. Tout d’abord, on ne peut qu’être surpris par la démarche : là où l’on se serait attendu à une certaine objectivation théorique et historique, en fait nous n’avons affaire qu’à une critique normative, qui a certes le mérite d’exposer clairement, voire compulsivement, ses présupposés avant de se répandre en blâmes et éloges. Alors qu’il prend pour cibles essentielles le minimalisme et l’autofiction, sa préférence va à toute écriture de la déréférentialisation, qu’il s’agisse du nouveau réalisme de Volodine ou de Houellebecq, du littéralisme néo-avant-gardiste (Novarina, Chevillard), ou des littératures policière (Manchette, Jonquet, Dantec…), de science-fiction (Dunyach, Andrevon, …), de la Shoah et de la (dé)colonisation (Semprun, Glissant, Chamoiseau, Confiant, Cixous, N’Diaye…).
En outre, on pourrait retourner à l’encontre du théoricien les reproches qu’il adresse aux écrivains et critiques d’aujourd’hui : le nominalisme et la méconnaissance du contemporain. Car on trouvera pour le moins étonnant que bon nombre de développements illustratifs se réduisent à des listes de noms et que prédominent des oeuvres réputées dans le champ commercial ou semi-commercial. D’où les erreurs de jugement et de perspective : faut-il englober sous la bannière de l’autofiction toutes les écritures de soi ? Peut-on sérieusement affirmer que les poètes d’aujourd’hui réinvestissent l’écriture manifestaire ? Peut-on mettre sur le même plan Volodine, Houellebecq et Littell ? Est-il légitime de consacrer six pages à Jonathan Littell alors que rien n’est dit sur Valère Novarina ou Eric Chevillard ? Est-il légitime que la critique savante entérine les valeurs commerciales ? Est-il légitime que la critique savante méconnaisse à ce point des oeuvres contemporaines aussi importantes, du point de vue de leurs apports formels et thématiques, que celles de Beurard-Valdoye, Blaine, Cadiot, Desportes, Fiat, Hubaut, Luca ou Prigent, pour ne citer que quelques noms ?
Et quand on sait que, depuis une dizaine d’années, de plus en plus d’universitaires empruntent la même voie, on peut aussi retourner à l’auteur sa propre question : « Qu’est-il arrivé aux universitaires français ? »

6 février 2007

[NEWS] Tarkos dans le titre, un atelier de création radiophonique de David Christoffel

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — Hortense Gauthier @ 21:50

Jusqu’à dimanche prochain, vous pouvez entendre sur le site de France Culture, émission les Ateliers de création radiophonique, ou en podcast, un trés beau travail sur Tarkos, sur sa langue, dans sa langue, sur les résonnances de cette « langue de la langue », non pas un hommage, bien une « expérimentation », une « expérience » dans la poésie de Tarkos, réalisée par David Christoffel. Une heure d’enchevêtrement de voix, celle de Tarkos, lisant ses textes ou parlant de son travail, celles d’enfants et d’adultes, découvrant les textes de Tarkos et essayant de les lire, celle d’un boulanger parlant de la fabrication du pain (on pourrait presque croire que c’est un poème de Tarkos!), celle de Christian Prigent, Jean-Marie Gleize, Ghérasim Lucas, celle du piano bondissant de David Christoffel… Cette création radiophonique est aussi dense et épaisse et proliférante que la pâte-mot de Tarkos, qui fait sonner et travailler en nous les voix et la langue qui tourne dans nos têtes, nos vies, nos corps … Comme le dit le boulanger, « la pâte (mais on pourrait dire la langue) est bien un espace vitale de fermentation ».
« Il n’y a pas d’autre langue que la langue » disait Tarkos, « on est toujours à l’intérieur », oui, ce à quoi Prigent ajoute que Tarkos « nous parle de la langue et peut-être ne nous parle que de la langue », il ferait un travail de « musculation rhétorique ». Cela ne me semble pas tout à fait juste, Tarkos ne parle pas que de la langue, il ne fait pas de la rhétorique, même musclée. Bien que sa langue soit rotative, sur elle-même et en elle-même, creusant une réflexion sur ce qu’est le langage et la communication, elle n’est pas pour autant une langue autotélique, refermée sur elle-même, enfermé dans un sujet ressassant et ruminant (comme c’est le cas de nombreux disciples de Tarkos, qui prolifèrent depuis quelque temps en ratant complétement ce qu’est l’écriture de ce dernier). C’est au contraire une langue complétement ouverte sur les choses, une langue traversée et travaillée par le monde, parle du monde, qui fait parlé le monde en l’interrogeant … une langue qui fait penser et qui produit des « formes de pensée », comme dirait Christophe Hanna (qui d’ailleurs prend comme exemple une vidéo de Tarkos, pour montrer en quoi la poésie peut produire des outils de pensée, cf. conférence à Limoges durant Manifesten).
Cet atelier de création radiophonique déploie les potentialités qu’ouvre dans la langue la poésie de Tarkos, et montre à quel point celle-ci est plus que jamais vivante, à quel point elle nous fait penser sur ce qu’est le rapport au monde et à l’autre à travers le langage. C’est intelligent, riche, plein de drôleries, quand David Christoffel par exemple téléphone à un habitant de la rue Jean-Sébastien Bach, tiré au hasard, pour lui offrir un poème de Tarkos, qu’il lui lit et dicte … Il y a aussi des moments émouvants, sans pour autant qu’il n’y ait nostalgie ou pathos, comme lorsque l’on entend hésitante la voix de Tarkos faire des additions alors que la maladie le gagnait, ou comme à la fin ce poème superbe sur l’oiseau et le froissement de l’air …

Merci à David Christoffel pour ce trés beau travail qui va, je l’espère, permettre de faire découvrir Tarkos à un plus large public ….

[Livre] Jean Bessière, Qu’est-il arrivé aux écrivains français ?

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 10:02

bessiere.jpgJean Bessière, Qu’est-il arrivé aux écrivains français ? d’Alain Robbe-Grillet à Jonathan Littell, Éditions Labor, 2006, 92 pages, 11€ ISBN : 2-8040-2463-6
Quatrième de couverture
« La littérature française contemporaine, celle des vingt-cinq dernières années, mérite certainement d’être lue attentivement. Elle entend à la fois poursuivre avec les mouvements des années 1960, 1970, avec ce qui a été une avant-garde, et se reconnaître dans ce que l’on tient pour la tradition littéraire française. Cela fait sa contradiction : celle d’un nouveau qui est une manière de répétition. Il faut néanmoins souligner que des types bien définis d’oeuvres – littérature policière, littérature de science-fiction, littérature de la diversité culturelle et des minorités, littérature de la condamnation du contemporain (Houellebecq) – passent cette contradiction et permettent une représentation originale du contemporain ainsi qu’une lecture critique de la majeure partie de la production littéraire ».

Premières impressions

Avant que d’y revenir, dans un article intitulé « La « crise de la littérature française »…Crise de la valeur littéraire ? », il n’est pas inutile de s’arrêter un moment sur ce court essai dont le titre catastrophiste est emblématique de la tendance dominante dans le champ : la littérature française – entendez par là le roman – serait en panne… [lire la suite de la chronique]

5 février 2007

[livre] Vienne le ciel, Jérôme Bonnetto

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 9:23

bonnetto.jpgJérôme Bonnetto, Vienne le ciel [roman], éditions L’Amourier, collection Toth, 96 p., ISBN:978-2-915120-28-8, 12 €.
4ème de couverture:
Qu’une mère soit le cadavre d’une femme amoureuse, cela peut-il se dire ?
Cela peut s’écrire.
Mêlant de nombreuses voix narratives, comme autant de tesselles pour une mosaïque, c’est ce que réussit à faire Jérôme Bonnetto dans ce récit à la construction parfaitement maîtrisée. On y suit les pérégrinations d’un photographe et de celle qu’il prétend aimer au travers de l’objectif impitoyable de son appareil à capturer reflets et postures.
Il faudra bien des voyages de Prague à Prague en passant par le Japon, bien des clichés souvent arrachés au cours des jours pour qu’apparaisse, toute douceur et toute fureur — femme, mère, amour — celle qui fait trembler la lumière, Ada. Ada qu’on ne peut qu’aimer. Sans preuve.

Jérôme Bonnetto
Né en 1977 à Nice. Des études de sciences, puis de lettres modernes qu’il enseigne actuellement. Il navigue entre écriture, photographie et musique quand il ne mêle pas les trois. De nombreux voyages à Prague, à Vienne, à Rome. Il a pubié deux recueils de poèmes Le livre de Brouillon, et Passerelle (co-écrit avec Claire Legendre).

Premières impressions :
En toute franchise, rien ne destinait Libr-critique à parler de Jérôme Bonnetto, dont la langue comme en témoigne aussi bien ses premières poésies que celle de Vienne le ciel, appartient aux horizons de la littérature davantage lyrique, ancrée aux tensions affectives, émotionnelles du récit, qu’aux recherches contemporaines de la poésie et de la littérature, liées aux avant-gardes, aux recherches formelles, aboutissant souvent à une posture critique et politique face au monde. Toutefois, avec la publication dans les cahiers de Benjy d’un texte fondamentalement plus proche de la modernité, je fus surpris de cette ouverture, de cette rupture avec ses écrits passés. Jérôme Bonnetto, comme il a bien voulu me le dire, suite à des questions que je lui ai posées en recevant le SP de son livre, en effet découvre depuis seulement quelques temps, les recherches contemporaines et en ce sens les interrogations qui initient ses langues, ses architectures spécifiques. Est-ce là un tournant net et radical, posant deux versants hétérogènes dans son travail ? Ou bien y aurait-il déjà, dans des textes comme Vienne le ciel, les traces de certaines recherches modernes sur la langue, et dans la construction de son récit ? La chronique que je vais donner à lire montrera que derrière l’apparent classicisme de la langue [métaphores, emphase affective, psychologisation du réel] de Vienne le ciel, déjà s’esquisse certaines recherches d’écriture qui échappent aux contrées lyriques, pour se poser dans une modernité qui reste cependant encore à découvrir et à approfondir.

3 février 2007

[Manifesten] Conférences – action / théories / pratiques [3ème vidéo : Blaine + Pennequin + Frontier]

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 18:49

image-48.pngSuite des conférences. Conférences présentées, celles de Julien Blaine, de Charles Pennequin et d’Alain Frontier.

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[Manifesten] Conférences – action / théories / pratiques [2ème vidéo : Franck Leibovici]

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 18:38

image-48.pngSuite des conférences. 2nde conférence présentée, celle de Franck Leibovici, à propos du « document poétique ».

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[Manifesten] Conférences – action / théories / pratiques [1ère : Christophe Hanna]

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , — Hortense Gauthier @ 17:29

image-48.pngAprés deux jours où nous avons pu découvrir le Mail-Art, les films de Henry Hills, les travaux plastiques de Julien Blaine, La Rédaction, Franck Leibovici, et où nous avons entendu lectures et performances, le 3ème jour de Manifesten se déroula sous l’angle théorique, avec des interventions théorico-pratiques de Julien Blaine, Charles Pennequin et Alain Frontier le matin, et des conférences de Christophe Hanna, Franck Leibovici et Olivier Quintyn. Nous ne pourrons pas mettre tout de suite l’intégralité des interventions sur le site, compte tenu de leur durée, mais nous vous proposons un petit aperçu de ce qui a été dit, à travers des extraits (introduction de la conférence de Frontier, extrait de celle de Hanna, conclusion de celles de Leibovici et Quintyn …)

Il faut souligner que durant cette journée de conférences à la BFM, les questions du rapport entre poésie et action ainsi que celle de la définition d’un objet poétique ont été abordées, dans le prolongement du débat entre Philippe Boisnard, Christophe Hanna, Philippe Castellin, Alain Frontier, discussion initiée par le dernier numéro de Doc(k)s, et développé dans des articles de Philippe Boisnard (cf. article) et Philippe Castellin (cf. article). Ainsi, Alain Frontier, dans son « avertissement » (cf.vidéo), s’adresse implicitement à Hanna, Leibovici, Boisnard, et à leur conception de la poésie, qu’il attaquera ensuite dans son intervention. L’aprés-midi, Hanna, Leibovici et Quintyn, dans des interventions brillantes et solides ont chacun, à leur façon, fait part des outils conceptuels qu’ils créent pour tenter de saisir la spécificité d’un objet poétique, et plus précisément des nouveaux types d’objets poétiques qu’ils construisent (cf. « Nos visages flash-ultimes » de Hanna, « Portrait chinois » de Leibovici), élaborant ainsi une sorte de théorie pratique pour leur travaux …

Ainsi, on a pu voir s’opposer deux rapports trés différents à la création poétique et à sa définition, mais on regrettera la juxtaposition de ces deux types de discours, au lieu d’un véritable échange entre ces différents théoriciens dans une discussion. On regrettera aussi l’absence de Philippe Boisnard, dont les recherches et les créations sont en liaison avec celles de Hanna, Leibovici et Quintyn …
En tout cas, à tous ceux qui décrient le manque de débats théoriques dans la littérature, et notamment de la part d’une jeune génération, cette journée nous prouve la contraire, la vivacité et la pertinence des questionnements théoriques furent trés stimulantes, et la discussion est loin d’être terminée …

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2 février 2007

[Manifesten] 6ème vidéo : exposition de La Rédaction

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , — Hortense Gauthier @ 14:36

image-48.png1er février
vernissage de l’exposition de La Rédaction « nos visages-flash ultimes« , Galerie Olga, 9 rue Jeanty-Sarre, Limoges. L’exposition dure jusqu’au 24 février.

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[Manifesten] visite de l’exposition de Julien Blaine : L’oraltoire

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , — Hortense Gauthier @ 14:29

image-48.png1er février
5ème vidéo, visite de l’exposition consacrée à Julien Blaine L’oraloire à la Galerie Lavitrine, 4 rue Raspail, Limoges. L’exposition dure jusqu’au 6 mars.

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