Christine Dupouy dir., Ilse et Pierre Garnier – Deux poètes face au monde, coll. « Perspectives littéraires », Presses Universitaires François Rabelais, Dijon, 2019, 300 pages, 22 €, ISBN : 978-2-86906-687-8. [Anthologie Al dante]
Pierre et Ilse Garnier resteront comme deux voix ou deux signes de la poésie spatialiste et lettriste. Pierre reviendra à plus de lisibilité mais leurs deux noms resteront au firmament de la poésie expérimentale et « lisuelle ».
 
Le couple a cherché l’inconditionné tout en ne trouvant un
temps que « des choses », des bagues d’évêque, avant d’inventer leur spatialisme en d’étranges calligrammes. Ils renvoient les apolliniens au magasin des antiquités. Ils ont inventé d’étranges visions minimalistes entre « poésure et poétrie » dans une sorte de vide spatial où les lettres claquent dans le « s i l nce »…
Souvenons-nous par exemple de leur « Jeanne d’Arc et Othon III » et leurs flux dynamiques qui continuent de hanter la poésie contemporaine d’une sorte d’iconologie puisque plus que les mots ce sont leur agglomérat plastique qui fait sens.
Chaque corps-texte de tels livres-poèmes faussement historiographique renvoie à son propre pouvoir de reconfigurer la hantise en forçant le cortex. Moins délirante qu’il n’y paraît, la poésie est convulsive. Les mots possèdent un impact inédit. Il ne s’agit plus de lire en longeant le talus des lignes d’un langage-doigt. Il s’agit d’en remodeler l’argile.
 
Avec « Jeanne », la langue devient un feu sacré tissé en torsades et échos épars où se laissent capturer les linéaments de la plastique de la Sainte. Il en sort non un goût de mère mais de mer immense dont la surface fait peau neuve par effet de plis et de vagues des vocables.
 
Le tout, dans des reprogrammations agrammatiques des mots et les olarités habituelles des linéarités mises en charpie ou en miettes jusque dans des expérimentations cosmiques (« Apollo XI ») où les Tintin ont envahi les vieilles lunes pour remonter aux origines du langage.
Il est en fission et en friction au sein d’une sorte de dystopie d’avant la « lettre » au sein d’une recherche qu’il va falloir enfin prendre au sérieux et analyser pour sortir des logos admis là où se recrée la langue loin de ses horreurs sémantiques.
Celle de ce dernier était du genre évaporée. Elle mérita bien son nom de « La Chamaille ». Pour harceler son monde elle n’eut jamais sa langue dans sa poche. Celle qui a tout fait pour avoir son enfant (Aimé Ratichaud) et surtout le nécessaire lui a donné en héritage une telle langue de tamanoir. Si bien que l’enfant de semence est devenu celui des « semonces ».
Celui qui ferraille encore pour publier et faute de temps pour la bagatelle n’a plus fait l’amour depuis « quelques olympiades ». Ce qui ne l’empêche pas de jouer les bravaches avec de vieilles femmes fans de ses premiers opus et qui sont surpris de le revoir. Il faut les comprendre : elles le croyaient mort depuis la première guerre du Golfe… Néanmoins, le temps ne fait rien à l’affaire et le monstre s’affaire à son entreprise de démolition du théâtre dérisoire et pathétique de l’édition « officielle ».
Il s’inscrit plus dans la perversion des récits que du langage. Assistant de Pialat et de Bénazéraf (deux sulfureux chacun dans leur genre), réalisateur de courts métrages et du livre « Le Masochisme au cinéma » il a fait partie à côté de Bouyxou et de Vaneigem de l’aventure des « Editions du Bébé Noir » puis des éditions et addictions anarco-érotiques « La Brigandine ». Il a écrit aussi des scenarii pour la télévision et des ouvrages sur le fétichisme et le sadomasochisme dont le « Traité du fétichisme à l’usage des jeunes générations » (Denoël).
feinte de l’humour et en « fractales de fragmentation / d’entière nue pro-création ». Un tel monde peut sembler irréel mais c’est très bien comme ça. On n’en demande pas plus tant l’art manque trop souvent de morsures de joie. Et Cauda ne s’en prive pas. Même s’il appelle à d’autres blessures afin que le corps de la femme travaille le regard et l’émotion sensorielle de l’homme.
entamer des prières (athées) de mains décroisées. Elles peignent les corps là où la sensualité prend des formes paradoxales. L’artiste transforme la chute en suspens au-dessus du vide afin de procurer des crampes d’utopies.
Se crée une sorte de distance que la négation initie. Le lieu n’est refermé ni par des portes ni des impasses. L’écriture multiplie les points de fuite et d’achoppement. La langue devient panique et folie et où le lieu est un mot qui n’est plus vraiment un mot.
De retour d’Algérie après la guerre, que reste-t-il d’autre à faire que de vivre par-devers la ruine dans l’attente de la joie que donne le livre ? Celui-ci accompagne l’auteur sur la pente de l’arrivée à Paris puis après la guerre d’Algérie dans la même cité. En jaillit une vraie poésie sans oublier les grillons tapageurs qui sauront gré à l’auteur de cette force laissée au hasard.
mille soldats (1967), le corps imprime une fois de plus le livre de celui qui est hanté par la guerre. Son écoulement de 1959 à 1962 charrie la saleté, la misère, le sang de cet anachorète qui se nourrit d’huile et de pain. Il y a là le bruit et la fureur dans l’ivresse et la sidération d’un flux radical et poétique à la force extrême. La littérature atteint une sorte de « pureté » (au sens ou Artaud l’entendait) par le sens de la scission au sein même du voyeurisme.
Les dessins de Clauzel servent donc au poème de beaux draps à sa propre propédeutique. Et Sacré cultive le mérite de la proposer non en début (où l’on ne sait rien ou si peu) qu’en fin de parcours. Cela permet d’éviter d’enculer des mouches poétiques et même de se passer des trous à joie que les tailleurs de pierre se plaisaient à enfiler, après les avoir farcis de suif de bÅ“uf tiède au XIIème siècle et comme il en existe encore dans l’église monolithique d’Aubeterre – la bien nommée. Avec James, le poète n’est plus un pauvre bougre devant une telle guérite, mais un monstre tel de Clauzel pour sa part a appris à dessiner et scénariser.
Esther Tellermann aux réponses admises préfère des interrogations là où elle feint de n’offrir que des états de constatation. Voulant tordre l’image du monde où l’Histoire ne joue que sous les effets de répétitions dans, la poétesse creuse ce qu’il en est des mirages de l’oubli, du sexe – mais pas seulement. Pour beaucoup, achever le roman de l’histoire c’est pour « se pardonner sinon quoi ? ». Mais Esther Tellermann refuse un tel état et prouve qu’avec les vieilles images des livres il est encore possible de réinventer une dernière histoire où ce qui fut si mal raconté trouve un nouveau sens là où beaucoup ont achoppé sur le silence.
Philippe Sollers appelle toujours à une « nouvelle » raison qui est aussi un nouvel amour qu’appelait Rimbaud afin qu’il envahisse l’espace et le temps de ses vœux. Et le Girondin Sollers ramène par ce biais à la « crête de la lucidité » qu’incarne pour lui Sade le divin marquis et son « principe de délicatesse ». L’auteur rappelle combien le « monstre » s’éleva contre la guillotine (entre autres) en écrivant des « abominations » dont Sollers est fier de les avoir fait publier sur le papier « bible » de La Pléiade.
A l’inverse – et en s’appuyant sur une planche d’aquarelles « mémorielles » d’une star décédée de Léo Dorfner – Florence Andoka propose un « cinéma du cinéma », un processus d’évocation d’un corps iconique d’où il ne reste bientôt qu’une bouche sans lèvres, des lèvres sans bouche là où soudain les mots ne sont plus dedans mais devant.
Cela n’empêche pas – bien au contraire –
sérénité. Là où tout demeure trouble, allusif, diffracté comme dans ce texte à la fois narratif mais où l’homme flotte à l’épreuve du temps au sein d’une zone limite, aux frontières du souvenir et de la fable.
Il existe donc et peut-être deux Roubaud
dévoré, dévorant, troué, multiple mais néanmoins « un » qui s’approche de quelque chose d’essentiel en déliant les purs effets de réel de la pensée, de la spiritualité, de la sensualité.
Existe en conséquence une torsion particulière. Elle ne transgresse pas la mort mais l’emporte avec elle. Et soudain le passé prend une autre forme. Il
L’auteur, fidèle à son esprit et à sa lettre, saisit son temps qui passe et en biffe la fausse évidence du style carte postale. William Cliff est ici tout en pudeur et retenue : cela rend son long poème découpé en fragments passionnants. Il s’incruste dans la chair et rebondit sur la peau des êtres et des villes que l’auteur traverse hier comme aujourd’hui. Le texte devient le théâtre portatif de la beauté et de l’abjection, du sordide et du lumineux. S’y décuplent par l’éclat diffracté du découpage, les extases quotidiennes et les petits malheurs des jours.
féeries glacées.
Les photographies créent ici une valse. Celle d’avant le verbe, où le premier spectacle s’offre dans « le resserrement et l’exiguïté » des trois strates de l’existence que précise Louis-Combet : l’état confusionnel, l’état androgynique et l’état anthropologique au sein des « aspirations contradictoires de la lumière et des ténèbres ».