Libr-critique

8 avril 2011

[Livre-chronique] Pierre Jourde, C’est la culture qu’on assassine

Pierre Jourde, C’est la culture qu’on assassine, Balland, 2011, 288 pages, 18,90 €, ISBN : 978-2-35315-098-4.

"Nous pouvons nous élever au-dessus de la spécialisation et du philistinisme dans la mesure où nous apprenons à exercer notre goût librement" (Hannah ARENDT, La Crise de la culture, cité en exergue par l’auteur).

Ce livre regroupe en sept parties ("Les Médias", "L’éducation", "L’Université et la Recherche", "La Politique culturelle", "Vie culturelle", "Livres et écrivains" et "éthique et littérature") 44 chroniques parues pour la plupart en 2009-2010 sur un blog ("Confitures de culture") hébergé par le site du Nouvel Observateur, Bibliobs, dirigé par Grégoire Leménager.

(more…)

4 mars 2011

[Livre-chronique] Thomas Hairmont, Le Coprophile, ou Une Nausée hypermoderne

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 9:06

Thomas Hairmont, Le Coprophile, P.O.L, 3 mars 2011, 256 pages, 18 €, ISBN : 978-2-8180-0640-5.

On découvrira, paru hier en librairie, ce récit initiatique et satirique – premier roman d’un auteur de 28 ans –, cette "fantaisie grotesque" (p. 223) dont le style est beaucoup plus sage que le sujet traité. (Au passage, on notera que la présentation éditoriale, sans doute pour garantir le lecteur contre tout malentendu, est déjà en soi une première lecture critique).

(more…)

14 février 2011

[News-chronique] Valère NOVARINA, Le Vrai Sang

â–º Valère NOVARINA, Le Vrai Sang, P.O.L, janvier 2011, 304 pages, 18,50 €, ISBN : 978-2-8180-1277-2.

â–º Le Vrai Sang (création) : texte & mise en scène Valère Novarina ; collaboration artistique : Céline Schaeffer ; scénographie : Philippe Marioge ; peintures : Valère Novarina ; lumière : Joël Hourbeigt ; costumes : Renato Bianchi ; musique : Christian Paccoud.
Avec Julie Kpéré, Norah Krief, Manuel Le Lièvre, Mathias Levy, Olivier Martin-Salvan, Christian Paccoud, Dominique Parent, Myrto Procopiou, Agnès Sourdillon, Nicolas Struve, Valérie Vinci & Richard Pierre, Raphaël Dupleix.
La Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq, scène nationale : du mardi 15 au vendredi 18 février 2011 à 20H, sauf la séance du jeudi, à 19H suivie d’un débat (il ne reste que quelques dizaines de places pour les séances du mercredi et du vendredi : réservations sur le site ou au 03.20.61.96.96).

â–º Le Matricule des Anges [MA], n° 119, janvier 2011, dossier : "Deus ex Novarina", p. 18-27.

Après L’Acte inconnu en janvier 2008, La Rose des Vents accueille cette semaine Le Vrai Sang, spectacle qui vient de triompher à l’Odéon en janvier dernier, au moment même où paraissait la pièce aux éditions P.O.L et où Le Matricule des Anges publiait un excellent dossier significativement intitulé "Deus ex Novarina".
Sur la poétique de Novarina, on pourra se reporter à mon article sur Devant la parole ; avant ou après le spectacle/la lecture, on consultera le riche démontage de la pièce proposé par le CRDP de Paris.

(more…)

2 janvier 2011

[News] Libr-Kaléidoscope 2010-2011… (4)

En cette année que l’on voudrait nouvelle – que l’on s’évertuera à rendre nouvelle ?! –, il ne s’agira toujours pas de s’incliner devant l’autel de la Positivité… Bien au contraire, LIBR-CRITIQUE lancera dans les semaines à venir un work in progress sur la "subversion"… Dans l’immédiat, après le clin d’œil du caricaturiste Joël Heirman (son blog), on découvrira les événements et les livres attendus en ce début 2011 (à vos agendas !) : Annie ERNAUX, DATABAZ, 10e anniversaire de Remue.net ; Jean-Paul CURNIER, Jean-Michel ESPITALLIER, TINA n° 7, Stewart HOME, Anselm JAPPE, Pierandrea AMATO, Valère NOVARINA, Marc AUGÉ… (more…)

5 novembre 2010

[Chronique] Valère NOVARINA, Devant la parole

Valère NOVARINA, Devant la parole, P.O.L, réédition poche, été 2010 (édition première, 1999), 184 pages, 7 €, ISBN : 978-2-8180-0491-3.

"Le livre devrait reposer sur quatre pieds, comme une table ou un animal" (p. 72).

"Quatre est le chiffre auquel la parole a été liée : elle a été attachée à l’espace" (p. 105).

Avec comme enseigne-couverture l’un des 2587 personnages du Drame de la vie (dessins de 1983), Jean Vérifice – celui dont la vérité sort de l’orifice rouge par où s’effectue le sacrifice de soi dans le Verbe –, Devant la parole paraît en poche onze ans après sa publication originelle (P.O.L, 1999) : est ainsi mis à la disposition d’un public élargi le deuxième titre de Valère NOVARINA, après l’excellente édition de L’Acte inconnu par les soins de Michel Corvin (Gallimard, "Folio/Théâtre", 2009) – qui arborait en couverture un autre des 2587 dessins du Drame. Pourra donc plus facilement devenir objet d’étude ce tétralogaèdre ("Devant la parole", "Opérette réversible", "Le Débat avec l’espace" et "Demeure fragile") qui vient alimenter la matière en fusion du creuset novarinien, prendre sa place dans ce palais de glaces qu’est l’œuvre.

(more…)

2 novembre 2010

[News] Valère NOVARINA à l’Odéon

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 10:22

À partir de ce jeudi 4 novembre 2010 et jusque fin janvier 2011, dans le cadre d’un Atelier Européen au cœur de la saison 2010-2011, retrouvez Valère NOVARINA dans tous ses éclats au Théâtre de l’Odéon

(more…)

11 février 2008

[News] Le Falstafe de Novarina à Chaillot

Filed under: chroniques,News,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 17:50

   Écrit en 1975 après l’imposante farce politique Le Babil des classes dangereuses, mais publié un an plus tôt chez le même éditeur (Christian Bourgois, 1977) – bien avant que tous deux ne soient recueillis dans le même volume paru chez P.O.L (Théâtre, 1989) -, Falstafe est un texte de jeunesse qui, bien que réécrivant les deux parties du Henri IV de Shakespeare (1597), est le plus court de l’oeuvre novarinienne avec sa centaine de pages. Rien d’étonnant à cela, puisque Valère Novarina a choisi de se concentrer sur une figure haute en couleur carnavalesque : "non un homme, mais une barrique à figure humaine, sac de toutes les bestialités, boyau gonflé de tous les vices ! […] ce gueux suborneur abominable et bas, ce dindon empiffré de farce jusqu’au col, ce paquet boursouflé de toutes les infamies, ce vieux Satan blanchi, ce fou couvert de rides ?" (p.557).

(more…)

2 février 2008

[Chronique] Actons avec Novarina ! L’Acte inconnu à La Rose des Vents (Scène nationale, 59)

  Suite à ma chronique du 23 janvier dernier, je voudrai maintenant passer du texte au spectacle, terme qui ne saurait ici être remplacé par le label sophistiqué de "mise en espace d’un théâtre pour les oreilles" : d’une part, la dimension spectaculaire des pièces de Valère Novarina, non seulement est indéniable, mais en plus s’est accrue à partir de L’Opérette imaginaire ; d’autre part, quoique Valère Novarina occupe une position à part – à la fois auteur, metteur en scène et le plus souvent peintre-décorateur -, la totalisation textuelle est bel et bien mise à l’épreuve de sa détotalisation postdramatique, dans la mesure où, dès lors qu’elle est ouvrée, la suite de "séquences chaotiques" dépend de la performance d’acteurs dont l’inventivité est, non pas muselée, mais débridée. Autrement dit, dans la perspective de ce théâtre qui oscille entre exposition textuelle et création non textuelle, la présentation de L’Acte inconnu est un anthropostdrame qu’il faut ouïvoir.

(more…)

21 mai 2007

[Chronique] Nouvelles de Novarinie

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Fabrice Thumerel @ 10:53

Bienvenue en Novarinie
timbres_vn.pngValère Novarina est à lui seul un microcosme littéraire : non seulement l’auteur d’un univers étrange, mais encore le centre à partir et autour duquel prend forme un monde original. Et c’est parce que l’écrivain-dramaturge est devenu un label qu’est né avec le siècle le site www.novarina.com, qui recense les dates de tournée, les diverses manifestations avec lui et/ou autour de lui, les représentations passées et présentes, ses publications et expositions, les publications critiques sur son oeuvre…

La dernière météorite survenue dans la sphère novarinienne a pour nom Le Vrai Sang (Hors-limite, 2006, 24 €) : au CD qui, grâce à Pascal Ribier, offre une compilation de divers documents sonores enregistrés entre 1972 et 2006, s’adjoint un livret de 64 pages qui réunit trois entretiens, un extrait de Lumière du corps (« L’Acteur sacrifiant », P.O.L, 2005) et huit photos (« Scarifications ») de Valère Novarina, accompagnés d’un texte de Pascal Omhovère (« Une lutte de couleurs »), qui a en charge la dramaturgie de L’Acte inconnu, prochain spectacle qui sera joué à Avignon en juillet (nous en rendrons compte, ainsi que du livre qui paraîtra chez P.O.L).

20scenes.jpgLe vrai sang, c’est l’origine rouge de la langue, celle que le poète oppose à la noirceur de la condition humaine. Car l’inquiétude naît avec et par la parole, et c’est par la parole qui se fait Verbe qu’elle peut être conjurée. L’inquiétude est consubstantielle à l’incarnation : le théâtre novarinien met en scène les interrogations de cette créature hybride qu’est l’homme, déchirée entre son être-de-sang et son être-de-bois. Jeté dès sa naissance dans l’espace furieux du langage, l’homoncule novarinien, comme l’homoncule beckettien, ressent à chaque instant le tragique de sa condition. Regrettant d’être né, c’est-à-dire tombé, non pas dans la vie, mais dans « la mécanique humaine » (La Scène), il fait l’expérience comique de l’inadéquation entre le corps et l’esprit, l’homme et le monde : « Nous sommes au monde mais nous ne sommes pas du monde« , lit-on dans L’Origine rouge. Un Homme Pantalon de La Scène, tout droit issu de la commedia dell’arte, résume ainsi ce qui apparaît à la fois comme le destin de l’acteur et celui de tout homme : « Ma vie est l’histoire d’une marionnette agitée par les choses déjà toutes dites ». Au sentiment d’étrangeté que ce fantoche lorrain éprouve devant l’existence (« Ah que je m’étonne d’être ! ») répond l’angoisse existentielle du fantoche de Gugusse : « Je m’ennuie de ma grosse marionnette ». Les pièces de Novarina sont des farces métaphysiques, en ce sens qu’elles n’ont de cesse que de mettre à nu la pantinitude humaine.

VN à 20scènes

znyk.jpgC’est cet univers d’opérette philosophique que nous propose de (re)découvrir le Festival de théâtre contemporain 20scènes, dont la deuxième édition se tient à Vincennes du 22 au 27 mai 2007. Ce n’est pas moins de huit spectacles qu’on pourra ouïvoir ; on s’immergera en outre dans le mode imaginaire du peintre-écrivain grâce aux expositions de dessins, maquettes et photos. Au reste, la bonne idée de ce festival – dont la première édition en 2005 a rassemblé quatre mille spectateurs – est de regrouper sous la bannière « Théâtre et poésie » trois auteurs dont le point commun se résume en un seul mot, langagement : Eugène Durif, Joël Jouanneau et Valère Novarina. [voir le programme].

« Quand on rit, on respire différemment, on aère sa tête » (Daniel Znyk)

Au moment où Novarina entame les répétitions de L’Acte inconnu [en savoir plus], il est impossible de ne pas avoir une pensée pour Daniel Znyk, qui, après avoir collaboré avec cet « infini poète » (1986-2006), est mort accidentellement le 12 septembre 2006, à 47 ans.

Daniel Znyk était au sommet de son art : un acteur-marionnette, donc. On se souvient de sa transe du verbe, de son extraordinaire travail de Déséquilibriste dans L’Origine rouge ; « Pour arriver au sentiment qui est celui d’avoir les mains ouvertes, toute la durée d’une représentation, être dans une maîtrise absolue, à la façon d’une horloge, il faut accepter de baisser les bras sur un certain nombre de contingences, de soucis personnels, de représentation, de continuité de sens », disait-il en 2001. Dans Lumière du corps, Valère Novarina lui rend ainsi hommage : dans L’Origine rouge, Znyk « est facial et muet (…) comme Grégoire de Nicomédie ».

Dès son entrée en Cène, ce vocassier de génie savait sortir de lui pour incarner le Verbe, se défaire pour être parlé, s’abîmer dans les « extrémités de la matière humaine » (2001) et offrir son « sacrifice comique » (Lumière du corps).

« Newer Posts

Powered by WordPress