Libr-critique

1 juin 2006

Entravés, Charles Pennequin

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Charles Pennequin Entravés, éditions L’instant T [Hors série], issn : 1283 – 1808 pages, 5€.

4ème de couverture :
30 pages de témoignages et d’enquêtes. 30 pages de paroles et de portraits rêvés. 30 portraits d’entravés en travailleurs nés. 30 rêveurs en trêve qui parlent dans la page. Ils rêvent en ravalant. Et ça fait parler. 30 ravalements d’entravés travaillés depuis la naissance. Car depuis la naissance les portraits rêvent de travers. C’est-à-dire qu’ils parlent de travailler. 30 portraits parlants à entraver chez soi.

Premières impressions :
Tout débute par une déception. Une prise de conscience qui se boucle sur soi, qui fait retour sur un rêve avorté : le travail mode d’emploi n’est pas le travail qui fut rêvé, qui fut attendu. Et cela donne une figure biscornue de l’existence, un premier portrait à la bouche hagarde, à l’oeil gauche coincé, à la main tendue vers on ne sait quoi. Première page et déjà épitaphe des rêves qui se rapportaient à la société, à ses valeurs. Et l’ensemble du petit livre apparaît bien comme un commentaire ruminant de cet avortement. Pennequin ici laisse apparaître par bribes une parole, celle de l’autre, celle de l’incommensurable de l’autre, plus férocement entravée du réel social. Nulle boucle sur soi, mais des boucles (celles des dessins) tendues par la présence des autres. Rapport entre le trait et les mots, Si on découvre pour une part — comme nous l’avait déjà proposé — le talent de Pennequin en tant que dessinateur, ressort aussi que son souci se déplace par rapport à lui-même. Que la trouée autistique de la question même de son être (qui a traversé l’ensemble de ses écrits jusqu’à présent) se retourne vers ce mal-être contemporain qu’éprouve autrui. C’est pourquoi, avec cette réalisation se dessine peut-être un tournant. Peut-être. à suivre donc.

27 mars 2006

[Livre] Superadobe de Jérôme Mauche

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Jérôme Mauche Superadobe, éditions Bleu du ciel, isbn : 2-915232-26-1, 330 pages, 25€.

4ème de couverture :
Au-delà des constructions nouveaux riches, iconiques et pharaoniques, l’Iranien Nader Khalili, Prix Aga Kahn d’Architecture 2004, a développé un prototype d’habitat – système dit Superadobe. La technique de base de cette construction consiste dans le remplissage de sacs avec de la terre et leur disposition sur un plan circulaire par couches successives. Pour stabiliser l’ensemble, du fil de fer maintient la structure en assise. Parce qu’elle utilise des ressources locales (la main d’oeuvre et la terre), cette entreprise représente un excellent exemple de viabilité (aptitude à vivre d’un organisme).
J.-M. P., Architecture Aujourd’hui, n°238.

Premières impressions :
Jérôme Mauche dès cette 4ème de couverture, nous amène dans l’horizon de la structure, des esthétiques de la construction, des ressources et des efforts pour former celle-ci. D’emblée, nous sommes confrontés à la monstruosité d’un enfant, »atteint d’une maladie appelée progéria statistiquement dans à peu près l’apparence d’un homme de quatre-vingt dix« . D’emblée construction monstrueuse qui appelle moyens et ressources personnels : « Aidez ses parents à réaliser son rêve qui est de récolter le plus de stylos publicitaires, fonctionnant ou pas, afin qu’i puisse se voir inscrit dans ce livre« . Superadobe s’ouvre donc comme la mise en évidence, et ceci dans la disruption, du décadrage constant de la phrase, de la possibilité de construire face à la circonstance, face à toute forme de circonstance. Vies individuelles, architectures, Etats, Construction Européenne, etc = structures, esthétiques de la mise en espace et en circonstance. Cet effort, s’il apparaît avec le foisonnement ininterrompu des petites histoires, des détails de description de lieux, de choses, de bâtisses, de véhicules, d’espaces, reste qu’il est celui d’abord et avant tout, de ce Je témoin, qui approfondit lui-même un espace, s’en fait l’expérimentateur linguistique. Car c’est bien une sorte de résistance dynamique dans lequel la narration hachée nous entraîne. Résistance dynamique aux événements, à l’anodin qui implique des rapports de spatialisation, de structuration de la circonstance.
Avec Superadobe, Jérome Mauche semble poursuivre son travail d’exploration tout à la fois de Fenêtre, porte et façade, [du fait de cette omni-présence des éléments de spatialisation et de leur juxtaposition rapide, et sans cohérence accentuée par le fait que « l’usage de la langue tombe régulièrement sur le plus mauvais coté de la pièce ou quelque fois sur son tranchant » (FPF, p.62)] et d’Electuaire du discount, qui proposait un certain nombre d’application et de zone d’application de l’électuaire, « substance employée pour combattre la maladie« , électuaire transformé en anecdotes tranchantes rapide, aux narrateurs distincts.


10 mars 2006

[Livre] Matière à l'autre bout l'esprit, Paul Wühr

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Matière à l’autre bout l’esprit, de Paul Wûhr, traduit de l’allemand par Jean-René Lassalle, éditions Grèges, ISBN : 2-915684-01-4, 238 pages, 20 €.

extrait de Dans la proximité du vrai ou le rire d’un faux de Jean-René Lassalle en post-face de sa traduction :
« Allemand né en 1927, « fils de boulanger qui lisait Hölderlin », instituteur dans l’Allemagne en ruines, avant-gardiste bavarois, Paul Wûhr vit maintenant retiré dans un village italien. Il a écrit une vingtaine de pièces radiophoniques puis des narrations décalées comme Gegenmûnchen (antimûnich, 1970) ou das Falsh Buch (Le faux livre, 1983). Là comme dans ses recueils de poèmes Grüss Gott / Rede (Hanser 1976-80) et Sage (Renner, 1988) reviennent l’autonomiee fiévreuse de la parole et des voix multiples, les glissements entre le vrai et le faux, une critique carnavalesque du conservatisme. Les restes de langue nazie, la propagande de l’État catholique de Bavière, l’idéalisme allemand sont déconstruits et réutilisés ironiquement, tandis qu’un dialogue plus attentif s’engage avec Hölderlin »

premières impressions :
Il y a des jours, c’est un vrai plaisir d’ouvrir le SP qui nous parvient dans la boîte aux lettres. Avec ce livre reçu tel est le cas. De Paul Wühr, je ne connais rien, de Hölderlin, presque tout, jusqu’aux éditions rares publiés par Beauffret. Alors que par moment, face aux modes françaises de la poésie je ressens une certaine lassitude, voyant peut-être de trop prêt certains jeux de reprise, d’effets d’actualité, de postures maladroites, là, avec ce texte, je redécouvre une certaine fraîcheur qui d’emblée est annoncée : Salve Res publica Poetica. En exergue de cette partie inaugurale : trois citations sur la poésie (Bacon, Flaubert et Sophocle). [lire la suite dans la chronique]

26 janvier 2006

[Livre] NIHIL, INC._7, Sylvain Courtoux

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Nihil, Inc._7 de Sylvain Courtoux,
éditions IKKO
adresse de commande : IKKO, 25, rue Jacques Louvel-Tessier, 75010 Paris
24 pages , ISBN : 2-916911-02-1, 3€

extrait (début) :
« NIHIL, INC._7

Plusieurs ont exploité vos mondes — TOUS LES CODES TRAQUÉS ONT ÉTÉ COMPROMIS — La révolution sera complète quand le langage sera parfait dit-elle — TOUS LES CODES TRAQUÉS ONT ÉTÉ COMPROMIS — Ils feront certainement exploser l’endroit derrière eux quand leurs préparatifs seront terminés dit-elle — La révolution sera complète quand le langage sera parfait — TOUS LES CODES TRAQUÉS ONT ÉTÉ COMPROMIS — Nous nous obstinons toujours à ne pas vouloir lire les signes d’une catastrophe future dit-elle —Nous connaissons leurs méthodes ce sont les nôtres »

Premières impressions : Extrait d’un travail en cours, que Sylvain Courtoux publie comme un single. Car, à lire les premières lignes, ce qui se révèle dans cette prose, c’est bien évidemment qu’elle travaille à partir de samples, de boucles, de rythmes phrasés qui viennent ponctuer le flux qui se déverse [TU PEUX FOUTRE ÇA EN BOUCLE]. Livre qui se rapproche au niveau de la thématique critique de celui de Jérôme Bertin, même si son rapport est davantage spéculatif, et métacritique. On retrouve ici la hargne et la violence face au monde occidental dominé par les techniques, telle qu’elle a initié fin des années 90 les relations qui se tissèrent dans Poésie-express.

4 janvier 2006

[Livre] Comment Faire disparaître la terre ? Emmanuelle Pireyre

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Comment faire disparaître la terre ?
Emmanuelle Pireyre
Editions SEUIL, 234 pages , ISBN : 2-02-081987-2, 18€

4ème de couverture :
Parmi les personnages de Balzac figurait la femme de 30 ans, créature accablée, dont le rôle était des plus difficiles à porter. L’auteur, ayant passé la trentaine, s’aperçoit que tout va bien et décide de mettre à jour cette notion en redéfinissant une femme de 30 ans à l’enthousiasme neuf pour l’existence matérielle comme pour l’étude métaphysique.

Comment faire disparaître la terre ? est un livre qui pose des questions contemporaines (comment s’évader si on est prisonnier ? Quels sont les critères pour l’achat d’un pull ? pourquoi boire autant de verres d’eau et si peu de verres de vin ? comment s’orienter dans un lotissmeent de banlieue ?) et y répond en compulsant les documents disponibles, du site internet à la biographie litttéraire ou au feuilleton télé.

Ce texte hybride, poétique, philosophique et déjanté est une tentative sérieuse et désastreuse de la littérature pour être aussi un manuel pratique.

Emmanuelle Pireyre est née en 1969. Elle a publié deux livres aux éditions Maurice Nadeau : Congélations et décongélations et autres traitements appliqués aux circonstances (2000) et Mes vêtements ne sont pas des draps de lit (2001)

Premières impressions :
L’écriture d’Emmanuelle Pireyre, par sa clarté, parvient à créer, comme ce fut le cas avec ses précédents livres, des décalages constants par rapport aux situations classiques, ou à l’appréhension conventionnelle que l’on pourrait en avoir (ex : pp.89-97, sur Hamlet qui devient le prisme socio-psychologique d’une étude de la tristesse en Europe).Par un travail de notules (Enquêtes + définitions + circonstances + fiches + récapitulatifs), elle élabore lentement la réalité où se trouve immergé cette femme de 30 ans. Sans jamais quitter l’écart ironique, ou cynique, décalé, en fait, elle dépasse la simple ego-fiction, pour construire un reflet, parfois absurde, des clichés qui hantent la conscience (« un vrai génie ne s’habille pas en sportswear »). On retrouve en ce sens ce qui fait une partie de la littérature contemporaine actuelle : un formalisme ludique qui se réapproprie des logiques de présentations extra-littéraires, une langue qui a évacué les recherches de la modernité pour se constituer dans une sorte d’immédiate et de spontanée clarté (cf. Nathalie Quintane, Véronique Pittolo). Ce qui est remarquable c’est que cette voie est surtout explorée par des femmes, et que toute semble travailler sur le quotidien, sa matérialité anodine, ses représentations. Est-ce que delà on pourrait prétendre y voir une constante ? Enquête à poursuivre…

26 décembre 2005

[Livre] Elle est là, Raymond Federman et Mathias Pérez

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Elle est là de Raymond Federman & Mathias Pérez
Editions Carte Blanche, 24 pages , ISBN : 2-905045-45-0, 15€
site Fusées

4ème de couverture :

J’hésite

vais-je oser

oser

la toucher !

Premières impressions :
Mathias Pérez nous offre avec cette publication à 1200 exemplaires, la possibilité d’obtenir à un prix raisonnable, le fac-similé d’un livre d’artiste fait par lui-même et par Raymond Federman, redécouvert depuis deux ans en France, et auquel fut consacré le dernier numéro de Fusées (cf. le site Fusées, où est en ligne un dossier).Cette édition, tout en quadri, permet de découvrir aussi bien l’écriture manuscrite de l’écrivain, écriture qui tourne autour de la ligne sensuelle du sein et des cuisses de la femme, que la peinture tout en surface du corps féminin qu’accomplit Mathias Pérez. Cette rencontre permet d’entrer dans l’intersection de deux désirs, écriture et peinture, qui chacun à leur façon, se tiennent dans la suspension de la tension en direction du corps féminin : « je … je … » « Je veux les lécher les mordiller les… les … »

25 décembre 2005

[Livre] Mobiles, Vannina Maestri

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maestri_mobiles

mobiles de Vannina Maestri
Editions al dante, 143 pages , ISBN : 2-84761-098-7, 17€

4ème de couverture :
Mon but serait une écriture-carte dessinée comme un territoire passager où les discours s’entrecroisent sur une surface qui mimerait un discours vrai; mais ceci comme si le texte n’était pas vraiment dans un territoire exact ni utopique mais simplement variable… Comme pour le jeu de go où les pions occupent sur le damier une intersection de lignes; ils se combattent grâce à une imperceptible avancée : une armée de mots-pions (noirs et blancs de la page) ravageant le terrain par petites avancées et contournements, solitaires mais en groupes — accolés et formant cependant une linéarité. »

« Mobile », l’écriture de Vannina Maestri libère le sens des significations fossiles. Mots, concepts et images émergent en écheveaux ou constellations, cernant les vides où se déploie une langue sans cesse mouvante et néanmoins tenue.

Vannina Maestri a déjà publié aux éditions Al dante : Suppressions des données (in Ouvriers vivants, ouvrage collectif, 1999) et Vie et aventures de Norton (2002).

Premières impressions : mobiles, tout à la fois structures en équilibre précaires et solides sur la page, aux croisements des pages, dans les intersections des échos de mots, et dynamique forcenée et parfois fugace de sens qui fusent et démultiplient chaque facette donnée par les expressions. Cet assemblage n’est pas simplement un cut’up, mais il est bien la mise à l’épreuve de la résistance de notre propre langue en ce temps. Car Vannina Maestri entreprend bien là, comme son chantier l’y pousse de plus en plus, un travail schizophrène de et dans la langue et ses ramifications au niveau de ce qu’elle dit. Que dit la langue quand on la saisit dans ses intercroisements, dans ses brisures, dans une cartographie qui ne répond plus aux cadastres artificiels donnés par des pouvoirs hégémoniques (le magazine, la radiophonie, le journal télévisé, l’affiche, etc…) ? Que dit la langue quand on la saisit dans sa prolifération phénoménale, dans son surgissment en tant que phénomène qui vient saturer l’espace cognitif de la conscience immergée dans le monde humain ? C’est l’expérience de cette question, à laquellle nous convie ici Vannina Maestri. Un livre magnifique, dont on ne pourra assurément jamais faire le tour.

[lire la chronique de Hortense Gauthier]

[Livre] 10 élégies Hé, Philippe Beck

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10 Élégies Hé, de Philippe Beck, publié par les Éditions Alligator/Studio

28 pages , 18€

édition bilingue, traduction Piet Joostens


extrait :

De zaak is nog onder de rechter.In de zingende weidengaat iemand er met kalk tegenaan,

aandringen zal hij,

tegen de hoek van een bureau

held van de administratie

zonder het te weten.

Le procès est encore devant le juge.Dans les prairies chanteuses,quelqu’un badigeonnera,

il insistera

un angle de bureau

héros de l’administration

sans le savoir.

 
Premières impressions : Nous remercions Philippe Beck de nous avoir offert ce petit livre, édité magnifiquement par Piet Joostens. Le tirage est à peu d’exemplaires (126), il est numéroté. Pour le commander, ou pour tout renseignement :johan.velter@druksel.be
johan.velter@gent.beLe texte de Philippe Beck est un travail, une nouvelle fois, dans la finesse des couches sémiotiques de la langue. Une exploration de liaisons inusitées, où les mots se personnifient, viennent occuper un espace de sens qui ne leur était pas accordé a priori. Un texte subtile pour les amoureux de la langue.

15 novembre 2005

[Livre] Rimbaud X9 de Jacques Demarcq (Voix éditions)

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111 pages , ISBN : 2-914640-47-1, 15€


4ème de couverture :— Selon vous, M. Demarcq, Pourquoi Rimbaud a-t-il cessé d’écrire ?

— Selon moi, M. Journaliste, parce que la poésie ne le faisait plus rigoler, mais plus du tout… Ses écrits de commerçant le suggèrent.

— Alors pourquoi ces tableaux d’après ?

— Comme un rappel : il n’est de poésie qu’à s’en moquer ; et sans doute n’est-il de Rimbaud que pour railler mes variations.

— Qui sont pour le moins primitiv… -istes.

— Si le réel, M. Journal, prime sur la littérature…

— Mais Rimbaud était cultivé !

— Lire n’empêche pas la vie ; ça peut même aider à ne pas s’en laisser conter par les dicours d’époque.

— Vous préférez vos franches fictions ?

— Pour que les choses soient claires !

12 novembre 2005

[Livre] eff& mes rides, Jean-Pierre Bobillot (atelier de l’agneau)

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eff&, mes ridesfragments d’un Retable Païen

jean-pierre Bobillot

Editions Atelier de l’Agneau

85 pages + CD, ISBN : 2-930188-83-9, 12€

Atelier de l’Agneau, Le Vigneronnage, 33220 St-Quentin-de Caplong

4ème de couverture :Eff&, mes Rides : poëmes au j/our l’année, bruts de m/arges & de rages, bruits de délangage ; ex/péri/mentations libres de tout fil d’Art/iane, indemnes de tout proj& les englobant : comme la constitution d’un recoeil —ou recul. Ogré des mots, je vieillis. Au ggrain —groin —du teXte, je veille.

( ) d’un retable païen : la re/prise — Patchwork in Progress —en compte (mesures, lettres, syllabes) des substrats é/puisés, riches peut-être de cet é/puisement —Potlatch — : le judéo-chrétien, le gréco-latin. (Sans compter… leurre lointaine synthèse : la video-latrine !) Un bon terreau, un bon humus, un bon fumier sont une aubaine : encor faut-il, élégamment (avec les formes & l’humoeur), s’en décrotter. C’est peut-être ça, la modernité — saveurs & chaleurs, c’est bien le diable!— du teXte.

Dédicaces, adresses, référence : c’est déjouer —a) l’insouci, chronique dans la littérature occidentale, de la forme (opposée au « sens », méprisée en tant qu’artifice, en fait, au nom d’un increvable Idéalisme qui redoute, plus que tout, les sens de cette forme… au nom de l’Essence) ; —b) la haine, très bien portée ces derniers temps, du théorique (opposé par je ne sais quel tour de passe-passe idéologique, à la vie ou à quelqu’autre alibi, tout aussi flou). Mais préférence dans déférence, je souris…

J-P.B. 23.8.84 / 20.2.05

Premières impressions : Livre très bien réalisé par Françoise Favretto. Cet ensemble non pas déconstruit, mais saisi dans la geste vive d’une non-construction, donne à voir cette modernité à laquelle se rattache Jean-Pierre Bobillot, et qui n’est pas sans croiser dans ses horizons celle qui est défendue par Prigent, même si ce dernier se réfère quasi-jamais au premier. Donc, fragments d’années écoulées au rythme de l’inscription d’une pensée qui croise textualité poétique et réflexion théorique ou politique (p.20). La question qui se pose, quel sera l’héritage de cette modernité. Question qui en ce début de XXIème siècle se pose de plus en plus, je crois…

8 novembre 2005

[Livre] La sagesse des sorcières, John Giorno

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4ème de couverture :Il y a de nombreuses années,

je croyais

pouvoir voler,

et peut-être

y suis-je parvenu

une fois.

« Comme il est écrit dans le livre des morts tibétains : si une chose est belle, ne t’y accroche pas; si une chose est repoussante, ne t’en écarte pas. Les paroles de John Giorno nous aident à comprendre que beauté et horreur ne sont que des ombres sans épaisseur jouant sur la surface réfléchissante de l’esprit original —lequel n’a pas de traits définis » (W. S. Burroughs)

John Giorno a publié aux éditions Al Dante : il faut brûler pour briller et Suicide Sûtra.

Premières impressions : C’est avec plaisir que nous recevons cette sagesse, que Giorno a pu clamer lors de ses nombreuses lectures en France, et dont les textes n’étaient que trop peu accessibles. Une nouvelle fois Al Dante permet aux lecteurs français d’avoir accès à une poésie trop rarement défendue par d’autres éditeurs, alors que Giorno est reconnu sur la scène internationnale. Toutefois, une petite déception d’emblée, les textes ne sont qu’en langue française , sans qu’il y ait la version anglaise. Réel regret, car dans ses lectures, c’est bien évidemment en anglais que Giorno parle. On perd ainsi une grande partie du rythme. Peut-être alors il aurait fallu donner à entendre par un CD ses textes

23 octobre 2005

[Livre] Crevard [baises-sollers]

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Editions Cameras Animales

190 pages , ISBN : 2-9520493-4-3, 16 €

commander par internet

ou par chèque : Caméras Animales / 4 rue Victor Grossein / 37000 Tours (chèque à l’oordre de Caméras Animales)

Voir l’émission vidéopodcastée consacrée à THTH : [la littérature au réveil]

4ème de couverture :

crevard.jpg“REVARDS VS CREVURES : LA BOMBE TH
Soudain il y eut un trou noir qui s’est connecté et ce trou noir, c’était le web.
Un Intrus à l’intérieur de moi me lance des messages en morse… Il me dit : “Casse-les tous…”
Ma dernière échappatoire… Créer le site des casseurs2hype et enrôler les meilleurs casseurs…
Nous sommes le premier groupe punk sans instruments.
En juillet 2002, Thierry Théolier fonde le Syndicat du Hype, dont l’objectif est d’infiltrer les soirées « hype » et les open bars (« O.B. »), et parfois d’y produire un certain bordel, cherchant à court-circuiter par une méga-cuite générale un système basé sur l’envie, la séparation, la rétention et l’exclusion.
THTH porte son action sur deux terrains : le territoire de P.A.R.I.S., où il multiplie les incrustes et apparitions, et la toile de l’Internet où il crée une nébuleuse tentaculaire de sites, blogs et mailing listes (dont le site des Casseurs2hype et le Blackblog). Programme de hack culturel intuitif et libérateur, le SDH prend tout son sens dans cette interaction entre le Web et la topographie parisienne, qu’il appelle à se réapproprier.
Plus qu’un mouvement festif, au-delà de son aile open-bariste, le SDH est un mouvement poétique, à la jonction de l’imaginaire et du communautaire, une œuvre collective interactive proliférante d’écritures et d’images, rendue possible par la technologie Internet. Et il a l’immense avantage sur ceux qui l’ont précédé d’être immédiatement opératoire.
Transfert contre-nature du Web vers le papier, écrit au jour le jour depuis la création du SDH, CREVARD est le manifeste de cette langue chaotique et vivante issue de la liberté que donne la Toile, et c’est, surtout, une bombe d’énergie mentale, un retour du refoulé rock’n’roll, le miroir dignement monstrueux donné à une époque monstrueuse par son Frankenstein cyberpunkpostmondain : THTH.
Egocentrique partageur, « hyperlien humain » (reliant les personnes les plus improbables), mystique de la hype, des jeux vidéo et des O.B., pirate mondain et pirate médiatique (s’incrustant tant dans les soirées sélect que sur les pages de journaux en tout genre), casseur ultime mélancolique et roi fainéant nu des crevards de la hype, harangueur péteur de plombs s’abîmant en cascades d’accusations virales, toujours dans l’indécision casseur/sucker, dehors/dedans (en être ou ne pas en être), prophète de l’hypocalypse, THTH est, peut-être, « le pire de l’époque », l’aliéné-même (Internet pour Interné et la HyPe pour Hôpital Psychiatrique), mais c’est un aliéné qui se tape la tête contre les murs.
Somme fracassée d’invectives à la syntaxe précipitée (voire hasardeuse), d’aphorismes, de plagiats, de lexiques inventés, de cut-ups, de règlements de compte, crises de nerf et reports de soirées, de poèmes de merde en novlangue de nerd, d’imprécations en abré(dé)viations SMS, l’écriture de Théolier, jetée sur le Net sans un regard en arrière (discipline du « spamouraï »), semble répondre à cet appel de Foucault :
« Quand est-ce que je me mettrai à écrire sans qu’écrire soit « de l’écriture » ? Sans cette espèce de solennité qui sent l’huile. Je voudrais échapper à cette activité enfermée, solennelle, repliée sur soi qui est pour moi l’activité de mettre des mots sur le papier. J’aimerais que l’écriture soit un truc qui passe, qu’on jette comme ça, qu’on écrit sur un coin de table, qu’on donne, qui circule, qui aurait pu être un tract, une affiche, un fragment de film, un discours public, n’importe quoi… Je rêve d’une écriture discontinue, qui ne s’apercevrait pas qu’elle est une écriture, qui se servirait du papier blanc, ou de la machine, ou du porte-plume, ou du clavier, comme ça, au milieu de tas d’autres choses qui pourraient être le pinceau ou la caméra. Tout ça passant très rapidement de l’un à l’autre, une sorte de fébrilité et de chaos. »
De l’obsession du refus du littéraire naît, malgré tout, quelque chose, un style, un langage personnel, un amas de vitesses et d’intensités surgies du chaos, une musique lunatique qui est un appel à l’expérience immédiate et à la communauté.
CREVARD [baise-sollers], ou quand la haine de la littérature mène à la littérature la plus brute, la plus urgente, la plus nécessaire.”

Richard Mathias

Premières impressions : Nous avons vu THTH lors de l’une de ses premières lectures (22 octobre Les voûtes, 10 ans de La Femelle du Requin). Texte dynamique, rythmr endiablé, même si persistait un jeu de trop pour une lecture, et des pauses qui ressemblaient plus à des hésitations que des tensions. Mais on ne refait pas les K$$eurs de HYPE. Au-delà du phénomène médiatique qui accompagne la sortie de ce livre et d’autre part les éloges convenues que tous les hypeux associent à cette écriture, nous interrogerons dans notre future chronique la question de l’émergence de cette écriture. Car assurément, comme cela a été souligné lors du colloque sur la littérature et internet au CIPM (1er octobre 2005), il y a bien l’émergence de nouvelles littéralités, qui sont liées à la technologie et ses procédures de diffusion.

4 octobre 2005

[livre] Pan-Europa de Fabrice Bothereau (éd. Le Quartanier)

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éditions Quartanier, poésie, 136 pages, ISBN 2-923400-00-3, 14 €.

Texte de 4e de couverture
«Pan-Europa essaie de donner à lire de la poésie. à donner à lire et à penser de la poésie. persuadé que la poésie se pense au moment où elle s’écrit, et se donne à lire. cependant, pensée et moments s’étirent dans le temps. ainsi, la première idée du livre remonte à 1995, me semble-t-il. un certain temps pour écrire quelque chose. comme une histoire. commune histoire. une tentative de restitution d’une histoire. les questions auxquelles tente de répondre Pan-Europa sont celles-ci: comment construit-on une histoire? quelle histoire nous est-il permis? Pan-Europa est une tentative poétique de répondre à cette impulsion narrative, là où, il faut bien le dire, la fiction du monde a échappé à la poésie – le fait journalistique a triomphé de son ancienne rivale haïe, la littérature. tandis que rien, du même coup, ne peut échapper de la littérature – il suffit de lire.
lisez donc une histoire dans Pan-Europa qui raconte comme une chronologie du poétique. et une chronique de certains faits. où tout est merveilleusement poétique, pendant que deux ou trois catastrophes; au sens propre: cata-strophe si étymologiquement – kata-strephein signifierait bouleversement, ce qui tourne en dessous. il arrive alors que, tandis que nous coulons des jours heureux consuméristes, des tourbillons infernaux tournent sans cesse sous nos pieds. et c’est de ceux-là dont on parle. dans le même temps, des tourbillons aériens – hertziens, électromagnétiques, ne cessent de propager la destruction parousiaque du langage. dont acte. je dis que la poésie a en charge cela, d’un double point de vue/mire: critique, et créatif. il faut être plus beau que la bête, et ne pas se complaire dans le fumier qu’elle ratisse sans cesse pour nous. mais ce qui est beau est rare autant que difficile, a dit Baruch. c’est pour cela que la fin du recueil cite la destruction du langage, son appauvrissement inéluctable – une autre victoire du totaotalitarisme – et, en quelque sorte, son ornement, son archaïsme, qui fait retour sur la scansion. fabrice bothereau. à Byssale.

28 octobre 2004

[livre] Nouvelles Impressions d’Afrique de Raymond Roussel

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>> Nouvelles Impressions d’Afrique, mise en couleurs et post-face de Jacques Sivan, éditions Al dante, 360 pages, ISBN : 2-84761-045-6, 32 €

Extrait de la postface :

Le livre optique

Dans la mise en couleurs de N.I.A, on a non seulement voulu tenir compte des régimes et intensités de la langue, mais on a voulu tenir compte aussi des fonctions et associations souvent ambigües que R. Roussel leur assigne dans l’ensemble de son oeuvre. Nous ne prétendons pas avoir répondu à son souhait. Nous avons simplement voulu rendre justice à cet aspect novateur de son travail. Grâce à lui, la couleur n’a plus simplement une fonction descriptive ou suggestive. Elle est radicalement active. Elle est plus qu’un repère pour l’oeil puisqu’elle permet, comme nous venons de le voir, de passer à un régime d’écriture à un autre.

Note :

Il s’agit bien ici d’un livre historique, puisque c’est la première fois que nous est donnée l’expérience de voir en couleur ce livre de Roussel. Le travail de Jacques Sivan n’a pas été seulement celui d’un coloriste, mais c’est à partir de toute une réflexion passant entre autres par Wittgenstein, à partir duquel il va impliquer, et ceci en liaison étroite avec les N.I.A : « La langue est dynamique parce qu’elle est perpétuellement en travail. Elle n’en finit pas d’accoucher d’elle-même. Non pas comme une réflexivité rigide et narcissique, mais dans la multiplicité de ss régimes et densités. Régimes et densités de couleurs qui sont les intensités plurielles de la langue. »

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