Libr-critique

14 novembre 2006

[Texte] Poubelle la vie de Charles Pennequin

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[Ce texte de Charles Pennequin met en perspective son geste d’écriturepennequin.gif, l’écriture de soi, soi comme auteur de soi au travers, au-dedans de la langue. Ce texte entre en écho avec le dossier Pennequin de la revue Fusées n°10. Ici, Pennequin affirme ce qu’est l’écrivain selon son propre rapport à l’écriture. Nulle forme interrogative, mais le flux monologué de sa voix si caractéristique.]

POUBELLE LA VIE

La baise. Parlons de la baise. La bonne vraie baise. La vraie la bonne l’ouverte. Une bonne ouverte. Une ouverture. Parlons baisons. Parlons de la vraie baise. Celle qui nous tient. Celle qui nous fait avoir. Celle qui nous fait être. Celle qui nous soutient nous tient. Tiens tiens. Celle qui nous noue. La vraie. La vraie nouée en nous. Une vraie bonne et baisante baise. Oui. Un nœud. Oui, parlons-en. En chœur. En troupeau. En bêlant dans le beau troupeau. Bêlons la baise dedans. Et cherchons-là. Longtemps le troupeau reste. Longtemps le troupeau noué. Le troupeau nous. Longtemps le troupeau immobile. Cherchant. Ne cherchant pas. Baisant. Ne baisant pas. Longtemps le troupeau imbaisable. Longtemps le troupeau vidé de sa baise. C’est son essence la baise. Mais il baise pas. Il attend de foutre. Oui, foutre pour lui c’est baiser. Mais il sait que non. Il sait que baiser c’est différend du foutre. Le foutre sait. Et le troupeau avec. Le troupeau sait la baise et le foutre. Il sait que c’est deux choses. Il sait le foutre c’est cafouiller. Il sait le foutre c’est être en brouille. Il sait brouiller le foutre. Il sait le foutre c’est troupeauter. Il sait le foutre entroupeautant ses phrases. Il sait le foutre c’est carrément se la carrer. On carre du foutre où ça aurait pu penser. Baiser penser pour lui c’est idem. C’est la pensée qui fout la baise. C’est la pensée qui zone dedans. En foutant toute envie de baise. De vraie foutrée. Il sait le troupeau mort la vraie foutrée c’est en finir. Finir pour une bonne fois la baise. Et pas de bonne action. De bon coup pensé dans biquette. Ou dans le bouc. Le bouc prendra biquette. Il prend sa corne. Le bouc pense à biquette. Mais le bouc est corné. Cornard de lui. Cornard de sa petite cornée. Pas encore né. Petite trouée de lui-même. Petite foutrée. Foulée. Petite foule faite. Petit troupeau à foutre mais sans se fouler. Que la biquette lui a collé. Que la biquette collera. Et le troupeau avec. Troupeau de biques et de boucs moutonnant à l’envie. Troupeau de morts encollés à l’idée de baise. Mais on baise pas l’envie. On fait que niquer. On nique l’envie qui s’offre à nous. La nique offerte. Ristourne. L’envie tristoune de nique sur un plateau. Les plateaux tournent. Et les troupeaux avec. Tous les troupeaux finiront par tourner. Et les petits plateaux petites enjambées au-dessus des phrases. Petites politesses à la biquette. Petites courbettes à la pensée. Petites branlettes au bouc. Petits torticolis. Petits bouquets tordus. Petits colis. Coulées petites. Toutes petites claques et fessées toutes petites. Petites fesses et puis petites trouées. Petites queues bien rentrées. Stoïques. Petites quéquettes restées stoïques. Stoïcité du troupeau sur un plateau tournant. Alors que pendant ce temps le ciel la roche et l’herbe demandent la baise. Pendant ce temps le naturel t’emmerde. Pendant ce temps le retour au galop la petite pente à être continue de nous emmerder. Et qu’il va falloir cracher au bassinet. Qu’il va falloir en finir avec l’herbe le naturel le galop et cracher. Eructer, s’hargner et s’encrever. S’encrever d’un coup. D’une traite.

Oui il faudrait baiser avec des mots. Avec des tentatives. Baiser la tentative. Des tentatives de mots. Baiser ça. Et le reste. Tout reste à baiser. Ça nous reste sur les bras. Des heures durant. Baisement. Des heures durant : baise-m’en, m’en une, puis deux, puis trois. Baise-m’en bien quatre vraiment. Et dans baisement il y a baise. Et dans vraiment il y a vrai. Et dans les deux il y a ment. Il y a toujours la baise vraie qui nous ment. Et elle nous ment par deux. Elle dit je t’offre à me baiser vraiment. Elle dit je t’offre une toute vraie baise bonnement. Elle dit ça tout bonnement. Tout en baisant. Elle multiplie le ment. L’aimant. Et puis elle te dit va t’en. Va te faire foutre avec ton troupeau de ment. T’as jamais vu l’amour. T’as toujours vu qu’un trou. T’as toujours vu que du satisfecit. T’as toujours vu qu’un fessier satisfait. Satisfait de fait ci puis de fait ça. De fesses assises. Un cul ouvert assis. Comme une approbation. Un calcul. Une solution alternative. T’as toujours vu qu’un cul dans l’amour. Un bouchon. Et tu trempais dedans. Le bouchon enfonçait ton idée. Et pour l’idée c’était un cul imprenable. C’était prenant. T’as toujours été pris dans le vertige prenant de l’imprenable. Alors t’as pris. Et t’es revenu. Revenu d’avoir cru prendre. Alors que t’imprenais. Et tu t’es rassis sur tes fesses. T’as rassis tes fesses sur ton envie de vrai cul. C’était pas un vrai cul. Mais c’était une envie. C’était l’envie potable du cul. Le cul potable tu t’es rassis dessus. Et t’as continuer à vivre. C’est-à-dire à te trouer le cul d’envie sans vivre. A te rasseoir le cul sur tes envies. T’as continuer comme ça longtemps. Potablement longtemps.

13 novembre 2006

[entretien video] Interview de Yves Buraud

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[Salon Light#3 organisé par le CNEAI, deuxième interview fait le 11 novembre dans l’après-midi buraud.jpgavec Yves Buraud, l’auteur du Petit Atlas urbain, édité chez Al dante / Lignes Manifeste. Cet interview permet de comprendre la genèse de ce livre, à travers la présentation du travail plastique d’affiches que fait Yves Buraud lors de ses résidences. durée 7 mn]

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12 novembre 2006

[vlog] Interview d’Antoine Dufeu et de Christophe Manon, responsables des éditions IKKO

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[en quasi-direct du salon Light#3 organisé par le CNEAI, un premier interview fait le 11 novembre au soir avec Antoine Dufeu et Christophe Manon. Cet interview permet de revenir sur la création de IKKO et les particularités de ces éditions, qui pubient aussi bien de la poésie que des petits textes politiques ou bien d’épistémologie. Cet interview présente aussi la future revue de ces éditions. durée 11 mn]

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10 novembre 2006

[NEWS] Interférences#2 – Talkie-Walkie speaking !

Filed under: audiocast poétique,News,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 15:45

///// Live au Salon Light#3 – Point Ephémère – Paris
le samedi 11 novembre 2006 à 15 H 30
_ Talkie-Walkie – introduction [son]
_Lo Moth production – « International conference » – [son]
_Lo Moth production – « Arch. Drhobyczia [1-430-33-9] » – [vidéo]
_Emmanuel Rabu – « Alien » – [son]
_ HP process – [bod#1] – [son live]
_Agence_Konflict_SysTM – « Ultimatum » – [son live]
_Marc Veyrat – « PiM’s this is what I want » – « PiM’s factor i+) » – [animation]

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Salon Light#3, organisé par le CNEAI
11h>23h samedi, 11h>18h dimanche, entrée libre
Point Ephémère, 200, quai de Valmy, Paris, 10e

[site Talkie-Walkie]

9 novembre 2006

[chronique] Ce qu’on dit au poète en propos de fleurs de Fabrice Bothereau

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Le texte de J.C Pinson dévolu à l’éloge de P. Beck [NDLR : paru dans Le monde du 3 novembre 2006] pose au moins un ou deux problèmes. Ces problèmes ne concernent pas la qualité de l’œuvre (déjà) de Beck. Beck est un poète, personne n’en disconvient. S’il est un poète, pourquoi vouloir l’éloigner de ceux qui font office de poésie (sonore, actée, performée…), et le rapprocher de ce que n’est pas le poète ; un philosophe ? Les poètes sont fort peu lus. Même les plus connus ont des chiffres de vente totalement dérisoires (qu’importe). Aussi ne risque-t-on pas, à dire qu’un poète est philosophe, d’éloigner le lecteur ? Si le poète est philosophe, de quelle philosophie est-il le philosophe ? Autrement dit, où est la philosophie de Beck ? Cette question est absurde ; puisqu’il n’y a pas, à ce jour, de philosophie de Beck. Tandis que nous avons la poésie de Beck. N’est-ce pas suffisant ? Pourquoi vouloir toujours ramener le poète à un philosophe ? Ce qu’il n’est pas, et qu’il ne peut pas être. Et pourquoi donc ? Parce que, tout bêtement, ce n’est pas la même chose. Comme dirait Badiou, ce sont deux « procédures de vérité » distinctes. Il n’est pas possible de rabattre l’une sur l’autre.

On nous fait croire, spécialement en France, et depuis des décennies, que c’est possible, puisque le poète peut être interprété par le philosophe, quand le philosophe se met lui aussi à poétiser. L’exemple le plus illustre, celui qui fait trembler des générations d’étudiants et de thuriféraires, est évidemment Heidegger. Mais il serait temps d’arrêter le massacre ; tant de la philosophie, que de la poésie. On continue de rendre un très mauvais service à la philosophie et à la poésie tant que l’on mélange allègrement les disciplines, et, dirions-nous, les ascèses. L’ascèse du poète n’est pas du tout la même que celle du philosophe. La construction non plus. Il n’y a pas de concept chez un poète ; tandis qu’il y en a chez le philosophe. Il y a tant de différences qu’il est même inconcevable de vouloir les mêler, au point de les confondre. Ce mauvais service est un service funèbre. Nietzsche lui-même, lui le philosophe si métaphorique, avait bien distingué deux sortes de discours, le discours métaphorique, et le discours rationnel. N’est-ce pas clair ? Il n’y a pas de métaphore chez un philosophe. La métaphore, c’est le concept du poète. Ce n’est pas la même chose. On sent bien chez Pinson cette homogénéité du poétique et du philosophique ; ils se compénètrent. Cette compénétration étant — avec la musique — le but suprême que doit se fixer la poésie. Mais pas du tout.
Que l’on lise autre chose que Heidegger dans ce pays, et que l’on redécouvre enfin ce qu’est la philosophie. On arrêtera de mélanger deux disciplines très vitales, mais distinctes. Bien sûr, il n’y a pas que Heidegger, il y a aussi Derrida, mais aussi Deleuze ; des auteurs qui ont allègrement claironné pendant des années ce qu’il en était de la littérature, de l’écriture, de la poésie. Avec toujours cet air mystagogue de celui qui sait, parce qu’il a beaucoup pensé. La pensée ! L’affaire du poète. Il faut que le poète pense. Là encore, lignage heideggerien. La pensée ; employé dans le registre heideggerien, est un mot-ascenseur, comme dirait Ian Hacking. Un mot qui, sitôt énoncé, n’attend plus que l’encens et le recueillement solennel. Qui pense ? Qu’appelle-t-on penser ? Cette stupide question rendue si vénérable par cet idiot de souabe qui se prenait pour un oracle.
Le poète pense. Qu’on se le dise. Philippe Beck pense ! Qu’on se le tienne pour dit. Et ne venez pas vous y frotter ! Tout cela est assez grotesque. Evidemment que Beck pense. Si nous le lisons, c’est parce que ça pense. Mais comment ça pense, ici, n’est pas l’affaire d’une philosophie ; mais d’une poésie. Comment décrire la pensée de la poésie ? Affaire d’écriture. Il faut se débrouiller avec ça ; avec la pensée asymbolique que le poète nous donne à penser avec des symboles. Pensée asymbolique, parce que non-objectivable. On ne peut pas objectiver la poésie ; c’est ce qui fait sa force, sa résistance, et sa particularité spécifique (la poésie en tant qu’espèce technique de l’appareil moteur humain). L’inobjectivable, c’est la métaphore. A l’inverse, le discours du philosophe est objectivable ; il sert justement à ça.
Arrêtez de dire que le poète est philosophe. Le dire, c’est une monstruosité. De la même manière qu’un philosophe poète serait une monstruosité. Nous en connaissons au moins un (qui plus est mauvais philosophe et mauvais poète) ; et c’est bien assez.
Enfin, on nous permettra de nous étonner de l’exclusion, par Pinson, de la poésie sonore, performative, etc. Apparemment, là n’est pas la vraie poésie. Mais alors Jaufré Rudel, Guillaume d’Aquitaine, Guillaume de Machaut ? Ce ne sont pas des poètes ? Ils chantaient leurs poèmes. Le canso était plus important que l’écrit. Mais alors Homère ? Pas un poète ? Mais alors Tristan Tzara, qui déclamait au Cavalier Bleu ? Il est dommage qu’un poète écarte d’entrée de jeu ce qui fait pourtant partie intégrante de la poésie ; son chant, sa diction, son élocution, sa sonorité. Comme s’il fallait encore ramener ça du côté du théologique ; l’Ecriture. Le poème s’écrit, c’est là qu’il est le plus poème. N’est-ce pas que cette vision de la poésie est quelque peu étriquée ? Mallarmé donnait-il à lire ses poèmes à ses fameux Mardis ? Non. Il les disait. Mallarmé avait une idée très négative de l’écriture, de l’écriture en tant que matérielle — de l’encre sur du papier —, c’est pourquoi il est si articulé et sonore — le Coup de dé étant une tentative justement inouïe pour tenter de remédier à l’inesthétique journalisme de la mise en page. Mallarmé, pas un poète ?

[livre] Routines de Nicolas Tardy (éd. de l’Attente)

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Routines de Nicolas Tardy, éditions de l’Attente, 116 p. [non paginé],tardy125.jpg ISBN : 2-914688-51-2, 11 €.
[site de l’auteur]
commander le livre : Cuisines de l’Immédiat / Éditions de l’Attente / 248 rue Sainte-Catherine / 33000 Bordeaux. >> c.immediat[at]free.fr
4ème de couverture :
Dans le monde du music-hall, Routines désigne des numéros caractérisés par « leur rapidité et leurs effets grossiers »…

Extrait :

EXISTEZ

centon sous la pluie publicitairee vous ne pouvez vous taire vous savez vous lisez ne soyez pas maniaque vous le savez vous le lisez parfois c’est différent existe aussi en noir soyez manichéen existe aussi en blanc signes dessinent des formes de monde déformez lissez désignez rien ne va plus les jeux sont faits signez les signes qui désignent noir sur blanc

Premières impressions :

Nicolas Tardy, qui travaille aussi avec Véronique Vassiliou au site La revue x, a depuis longtemps montré qu’il aimait construire des montages reposant sur le détournement [par exemple les montages verbi-visuels sur la mode] ou bien sur la parodie. Dans Routines, à partir d’un abcédaire d’ordres [appréhendez … égouttez … poétisez …] qui sont inscrits en gros et gras sur la page de droite, il compose des formes d’invectives, d’explications des ordres, de mise en mouvement de ceux-ci, qui s’adressent à l’impératif au lecteur. Chaque routine, à la fois construit et déconstruit l’ordre, à la fois en densifie le sens et en démonte la logique.

8 novembre 2006

[Vlog] Petites-annonces Zapping#2 par Agence_Konflict_SysTM [A_K_S]

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[Dans le cadre de la manifestation Zone Numérique, qui aura lieu lors du 8ème Symposium des Arts sonores et multimédias le 18 novembre 2006, à Bordeaux à l’initiative d’André Lombardo, nous allons mettre en ligne des créations de certains invités. Seront présents le 18 novembre au CAPC Musée d’Art Contemporain de Bordeaux : Tibor Papp, Joachim Montessuis, Valérie Gérardin, Anne-James Chaton, Jacques Donguy & Etienne Brunet, François Lagarde & Michel Giroud, Agence_Konflict_SysTM, Yvan Etienne & Brice Jeannin, Gilles Grand, HP-process. Action-Introduction de André Lombardo.]

Agence_Konflict_SysTM, [petites-annonces] zapping#2 [3 mn]

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[recherche] « Manifestes » et « avant-gardes » au XXème siècle, Anne Tomiche

« Manifestes » et « avant-gardes » au XXème siècle
de Anne Tomiche [Université Paris 13]
Début :

Dans le cadre d’une réflexion sur les relations que les « avant-gardes » entretiennent avec la « théorie » (ou le théorique) et la « critique », il semble naturel de s’intéresser à une forme d’écriture qui, si elle est loin d’être l’apanage des avant-gardes, leur est néanmoins fortement liée, et qui a une dimension éminemment théorique : le manifeste. Certains le considèrent même comme le genre incontournable lié aux « avant-gardes » : dans Avant-gardes et modernité, ouvrage publié chez Hachette supérieur et destiné à un large public d’étudiants, François Noudelmann présente le manifeste comme « quasi obligatoire pour fonder un mouvement d’avant-garde ». Et il est loin d’être le seul à souligner ce lien. De fait, la plupart des mouvements qui, au début du XX° siècle, ont revendiqué le statut d’ « avant-garde » ou se le sont vu attribuer, ont utilisé la forme du manifeste pour légitimer leur fondation, et ont produit des textes explicitement intitulés « manifestes » : manifestes du futurisme, du vorticisme, du dadaïsme, du surréalisme, manifestes lettristes, ou encore « Manifeste pour une poésie nouvelle, visuelle et phonique » de Pierre Garnier. S’il faut assurément faire attention à ne pas amalgamer les avant-gardes, il est une stratégie discursive qu’elles semblent partager : celle du manifeste. D’ailleurs, si les « avant-gardes » historiques du XX° siècle ont eu recours aux « manifestes » pour légitimer leur fondation, inversement, les affirmations, réitérées depuis la fin des années 1970, de la « fin des avant-gardes » vont de pair avec celles de la fin des manifestes littéraires : « l’époque des manifestes est close » affirme, par exemple, Jean-Marie Gleize ; et il insiste : « la posture manifestaire est devenue anachronique ».

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7 novembre 2006

[chronique] Enquête et faux-semblant chez Véronique Vassiliou

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Philippe Boisnard @ 16:30

Lorsque l’on découvre Borgès, notamment des nouvellles comme L’autre ou bien le Congrès ce qui reste troublant, derrière l’apparat du livre, la fiction révélée de la fiction, c’est cette oscillation entre réel et univers inventé. Les porosités, qui relient ces deux côtés, en arrivent à nous tromper, à faire que nous ne puissions pas discerner dans l’enchevêtrement du texte, des notes, des précisions circonstancielles, ce qui provient de l’imagination de Borgès, de ce qui a eu réellement lieu. Ce qui permet ces porosités, tient 1/ aux éléments extra-littéraires ou référentiels qui interviennent, et qui par leur catégorie d’appartenance propre [marqueur géographique, temporel, circonstanciel, ou bien éléments biographiques, bibliographiques, scientifiques] opèrent des destabilisations quant à l’appréhensiion du texte littéraire 2/ à l’intégration de son propre nom [Borgès] en tant que personnage témoin d’un événement, ce qui est le cas entre autres dans L’autre, où Borgès rencontre son double selon des circonstances très précises. Le fantastique borgésien n’est pas ainsi celui forcément de l’extra-ordinaire, mais il se manifeste en tant que mise en question du livre, du livre en tant qu’objet aussi bien que du livre comme lieu d’écriture [d’où le nombre de nouvelles qui interrogent le livre]. Son travail de documentation pour certains textes, est ainsi partie prenante de l’opération littéraire et de l’effet de fantastique, du dispositif dans lequel il va prendre le lecteur. Borgès l’énonçait lui-même : « l’érudition est le fantastique moderne« .

En travaillant ainsi, et ceci en relation avec la revue Sur et les recherches de Roger Caillois par exemple, il a ouvert toute une réflexion au niveau de la littérature fantastique, sur la question des éléments littéraires contextualisant au sein du texte. Le fantastique se construisant selon l’association entre des éléments appartenant à des registres cognitifs différents venant inter-férer les uns avec les autres et déplaçant la saisie immédiate de ce qui est lu quant à son domaine d’appartenance.
Ce qu’accomplit dans ses deux derniers livres Véronique Vassiliou est dans cette lignée : elle construit des dispositifs littéraires qui introduisent un vacillement entre réel et fiction, entre l’univers texte et l’univers réel. Ceci apparaît d’emblée dans Le coefficient d’échec : après une première page titre, sur laquelle je vais revenir, apparaît un arbre généalogique.vassiliou_genealogie124.jpg Celui-ci montre la descendance de la famille Basile-Royal. Ici rien d’extraordinaire. Si ce n’est d’un coup le rapprochement qu’il est possible de faire avec la biographie donnée en 4ème de couverture. « Véronique Vassiliou (…) aurait un lien de parenté étroit avec Angèle Basile-Royal, mnémographe, ainsi qu’Angèle Kalia, physicienne » qui elle-même est la correspondante principale des séries de mail qui sont données à la lecture dans Le + et le – de la gravité. Le livre de Vassiliou est la publication d’extraits des carnets d’Angèle Basile-Royal par Véronique Basile-Royal, qui est collectrice/réceptrice des carnets. Une porosité est ouverte entre ce qui a lieu dans le texte et Vassiliou elle-même. Et cette porosité sera ensuite accentuée tout au long du livre : 1/ par les annotations de Véronique Basile-Royal; 2/ par une recontextualisation finale des carnets dans le processus éditorial des Sauvages éditions. S’éclaire ainsi le jeu référentiel qu’elle fait avec Alice au Pays des merveilles de Lewis Caroll, qui apparaît à la fois en exergue du Coefficient et en tant que correspondante dans Le + et le -. Cette deuxième référence précise encore davantage cette question de porosité entre réel et fiction, par la mise en abîme qui y est accomplie : « Angèle face à Alice. (…) Qui est le double de qui ? Angèle clone d’Alice ? Alice, réverbération ? Qui est le reflet de qui ? »
Le travail de Véronique Vassiliou s’inscrit par conséquent dans une réflexion sur la nature de ce qui est lu : à savoir quelles sont les catégories de reconnaissance que nous mettons en oeuvre pour aborder les textes, et en quel sens ils (se) jouent de ces catégories. C’est pour cela que la récurrence de la notion d’enquête n’est pas anodine : Le coefficient d’échec comme Le + et le – de la gravité sont des enquêtes, des recompositions, des reconstitutions. Enquête interne au livre : la réécriture des carnets par Angèle qui est désignée d’emblée comme Pièce-enquête, la reconstitution des correspondances de la physicienne Angèle Kalia dans Le + et le –. Mais aussi enquête proposée au lecteur : il fait face à une intrigue sur les genres littéraires, sur les relations enre les catégories de discours, l’amenant à s’interroger sur ce qui a véritablement lieu là dans l’écrit.

vassiliou2121.jpgCette enquête à laquelle fait face le lecteur dans le Coefficient d’échec se constitue selon la possibilité de suivre cette enquête sur les sauvages qui est écrite dans les carnets d’Angèle. Que veulent dire précisément les carnets, qu’est-ce que cette référence aux sauvages ? Est-ce une allusion aux troglodytes ? Le carnet 21 donne des réponses : en jouant sur les ambiguïtés sémantiques de sauvage et de pensée, et ceci dans un registre rousselien de porosité interne aux mots : « Les sauvages aiment la pensée. La pensée est sauvage. / La saison propice à l’observation des pensées est vers le mois d’avril. (…) La pensée est aussi mémoire. / Le souvenir de la pensée sauvage n’est pas la pensée sauvage. / La pensée sauvage devient alors pensée. » Le sauvage est celui qui a la pensée sauvage, « le sauvage doute », « le sauvage-en-état-de-résistance sait dire non. / (…) Il s’oppose au lieu commun. / Il s’oppose à ce qu’on impose. / Il s’oppose aux langues, aux pensers, aux faires imposés. » L’enquête sur les sauvages, sur la pensée sauvage des sauvages ouvre sur la mise en perspective de la pensée qui s’échappe du dire non-sauvage, qui s’échappe du déjà dit non-sauvage qui voudrait s’imposer au (dire du) sauvage. Ce livre aboutit à déterminer les différentes modalités — bien évidemment non pas d’hommes qui appartiendraient à un hypothétique Etat de nature, caché on ne sait où, — mais de pensées qui se donnant ne corrrespondent pas aux attentes et aux conditions des pensées cadastrées, uniformisées dans notre monde, au sens où « Les sauvages sont parmi nous », car on peut les repérer « parmi les boulangers, les jardiniers, les français, les publicitaires », ect…

L’enquête du deuxième livre est encore plus étrange : et elle demande de recouper Le coefficient.vassiliou1120.jpg En effet, le titre est donné subrepticement, semble-t-il, dans le tome qui le précède :  » – + » « ils pensent au plus près de la terre. Très bas. Au ras des paquerettes. Le nez dans les fleurs ». Le sauvage est dit se tenir dans ce seuil de la distance entre « + -« , ce point qui n’est autre que la gravité. La gravité est ce qui s’exerçant sur nous, pourtant ne nous broie pas, ne nous écrase pas. Se tenir debout, c’est être dans ce seuil du + -. Question centrale pour une physicienne comme Angèle Kalia surtout quand l’une de ses correspondances est avec Isaac Newton, qui peut lui écrire que si elle se tient bien entre ce + et ce -, c’est avec un peu de légèreté : « un peu de gravité, Angèle ! Je vous reconnais bien là, à osciller entre son + et son -. A faire preuve de légèreté quand tout le monde fait preuve de grand sérieux ». Ce livre qui est le résulat d’une enquête d’Interpol et des services de renseignement suite aux attentats du WTC, détourne l’enquête initiale, vers une seconde enquête : pour quelle raison ces correspondances, pour quelles raisons ces correspondants, en quel sens y a-t-il du sens à propos du 21 septembre 2001, à mettre en jeu les citations aussi bien de Bertolt Brecht, Alice, Jeff Koons, Isaac Newton, Marcel Duchamp, Cervantès, Dieter Roth, Federman, Jean-Pierre Luminet ? Est-ce qu’il n’y aurait pas là justement une certaine légèreté ? Ou bien, est-ce que cette légèreté prise avec les attentats ne pourrait pas révéler une forme de gravité plus lourde que celle d’une enquête qui serait menée ? Tel semblerait être le cas, au sens où ce qui est dit dans ces mails, loin d’être anodin, interroge aussi bien la construction de l’identité de soi [le passage avec Alice est très pertinent et amusant sur le fait de devenir reine, de faire semblant de le devenir, et d’oublier que l’on fait semblant de l’être devenu], que le rapport que nous entretenons avec le monde, avec sa réalité et ceci en liaison étroite avec la question de la fictionnalisation. Le + et le – de la gravité tient à cela : dans l’entrecroisement des citations utilisées dans chaque correspondance (identifiable parce qu’écrite en italique), Vassiliou met en évidence un ensemble de questions qui peuvent se poser avec les conséquences politiques issues du WTC et ceci dans le faux-semblant d’une enquête portant sur une corrrespondance.

Ces deux livres de Véronique Vassiliou se posent à l’écart des tentatives de la poésie contemporaine visant ce qu’est l’intime, ou bien la constitution d’une langue. Ce qu’elle accomplit ce sont des montages, des processus de confrontation de logiques, de discours, des jeux sémantiques, et ceci sans jamais abandonner le recul d’une certaine forme d’humour. Ainsi, appartenant davantage à une tradition post-moderne, qui déconstruit les modèles de discours environnants plutôt que de construire la réalité d’une vérité idiolectale, ses deux livres sont à découvrir aussi bien en tant que tentative actuelle de questionner les expériences poétiques possibles, que jeux, jeux de la langue sur elle-même, se déportant, se détournant, se raillant de ses propres catégories.

4 novembre 2006

[audio] Thierry Rat 7 mn [lire en fête 2006]

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>> [Lecture de Thierry Rat 7 mn. Cette lecture a eu lieu dans le cadre de Lire en fête et des 10 ans de Fusées, organisé à Arras, à l’office culturel, par l’association Trame-Ouest. Cette soirée a été permise grâce au soutien du CNL, de la DRAC Nord/Pas-de-Calais, du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais et de la mairie d’Arras.]

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2 novembre 2006

[News] La Fédération Diffusion semblerait arrêter fin 2006 …

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 16:59

Encore une triste nouvelle, parmi les tristes nouvelles déjà annoncées [ici] et [ici] : la Fédération Diffusion, semble devoir s’arrêter d’ici deux mois. La Fédération leo_scheer.jpgDiffusion créée par Léo Scheer, et qui un temps a réuni des catalogues aussi prestigieux qu’Al dante, Comp’act, Farrago, Dis voir, etc…, il est vrai avait été mise en critique, certainement avec raison, par certains qui en faisaient partie. Tel Laurent Cauwet, qui suite à cela, avait décidé qu’Al dante quitterait, aussi bien la Fédération, que la diffusion. Toutefois, au-delà des reproches légitimes ou moins légitimes qui peuvent être faits à Léo Scheer, et à sa manière de traiter l’édition, reste que sa diffusion permettait à un certain nombre de livres et de revues de pouvoir apparaître plus largement. C’est ainsi que la revue Fusées, dont on fêtait les 10 ans corrélativement au 10ème numéro, ici même [avec Pennequin, Prigent, Boute & Warin, Rat ou moi-même] ou sur France Culture, étant distribuée depuis quelques années par cette diffusion, se retrouve à devoir gérer seule, maintenant, sa propre circulation, visibilité.

Si des difficultés se posent avec le critère financier comme seul appréciateur des marchés, certaines s’incarnent par ce type d’effacement : celui des petits éditeurs, notamment et surtout de littératures ou de poésies contemporaines, qui peuvent difficilement trouver leur place dans une logique mercantile de diffusion. En prenant en compte ces difficultés, comment pourrait se structurer des modes de diffusion viable pour les revues de littératures contemporaines ? Que signifie une diffusion viable ? Quels sont les critères d’appréciation, s’ils ne répondent pas spécifiquement aux critères financiers ? Et de là, quelles sont les difficultés impliquées par ces critères d’appréciation ?

Avec ces dernières nouvelles, fin d’Al dante, de Lignes, de la Fédération Diffusion — il y en a certainement d’autres — ce qui s’ouvre, c’est peut-être un espace de réflexion s’interrogeant aussi bien sur la question de ces types de littérature, que sur la question de leur existence au sein d’une société.

1 novembre 2006

[Vlog] Lecture de Philippe Boisnard (lire en fête 2006)

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[Lire en fête 2006 : lectures de la soirée pour les 10 ans de Fusées qui a eu lieu à Arras. Extrait de la lecture de Philippe Boisnard 6mn. Cette soirée a été permise grâce au soutien du CNL, de la DRAC Nord/Pas-de-Calais, du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais et de la mairie d’Arras. Nous remercions l’office culturel pour son accueil].

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[livre] Le coefficient d’échec, de Véronique Vassiliou (éditions Comp’act)

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Le coefficient d’échec de Véronique Vassiliou, éditions Comp’act, ISBN : 2-87661-392-1, 74 p., prix 16 €.

4ème de couverture :

vassiliou2121.jpgQue racontent les carnets d’Angèle Basile-Royal, mnémographe, partie au pays des sauvages pour en connaître les moeurs, pratiques, coutumes, etc ? Sa descendante, Véronique les a rassemblés avec soin afin de les donner à lire en un livre recueil de carnets, suite de notes, d’observations, de faits dressant le portrait fluctuant d’un peuple méconnu. Ces carnets sont augmentés des lettres de Petit-chêne-à-fleurs bleues, adressées à son frère sauvage, partie quant à elle au Pays-des-non-sauvages, en quête de traces de Sépoié, divinité étrange, inquiétante et, tour à tour, commune et proche. Qui est, où est Sepoié ? On trouvera ainsi dans Le Coefficient d’échec, des séries de cartes, lettres, indices, une bibliographie, un chant, des commentaires et de nombreuses digressions.

N.O., le détournement, Le Coefficient d’échec et Le + et le – de la gravité (trilogie) sont à lire de haut en bas, de droite à gauche et de bas en haut. Enquêtes successives, livrées en kit, elles se faufilent entre les genres.

Véronique Vassiliou, petite-fille de Rose Giovinazzo et Dominique Deiana, de Georges Vassiliou et d’Angèle Caliaros, arrièe petite fille de Grégariou Vassiliou marié à Panoria Engonopoulou, ainsi que Maria Capsis marié à Michel Caliaros, serait l’arrière petite-fille par adoption de Fortena Caliaros. Aurait un lien de parenté étroit avec Angèle Basile-Royal, mnémographe, ainsi qu’Angèle Kalia, physicienne. Est née dans le quartier de Saint-Jean-du-Var à Toulon, in extremis (23h55), le 1er janvier 1962. Collectionne, archive, assemble, observe, aligne, vaque, fabrique, monte…

Premières impressions :

Comment faire tenir en aussi peu de pages autant de logiques d’écriture ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, alors que ce livre est relativement petit, Véronique Vassiliou réussit avec intelligence à multiplier les ruptures, les interstices de notes, de lettres, ceci en créant un système logique autonome et troublant. En effet, proche pour une certaine part des formalisations de la littérature fantastique d’un Poe ou d’un Borgès, ses postulats fictionnels s’établissent sur une ambiguïté d’emblée : puisqu’elle situe ce coefficient d’échec dans l’entrelacement de ses origines réelles (mais ne seraient-elles pas déjà fictionnalisées) qui sont en 4ème de couverture, et de l’arbre généalogique qui débute le livre. Véronique Vassiliou fait partie de ses rares qui conjuguent tout à la fois une réflexion sur la nature des dimensions d’écriture contemporaine (archives, communication liée à la technologie, logique scientifique) et de l’autre un travail d’imagination, de fictionnalisation, c’est en ce sens qu’elle développe une dynamique ambigüe d’écriture, qui (se) joue de ses faux-semblants et des subterfuges qui y sont impliqués.[PB]

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