Libr-critique

19 octobre 2006

[entretien video] Interview de Frédéric Dumond, à l’ENSCI

Filed under: entretiens,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 11:55

>> Avant de présenter plus longuemennt la soirée du 17 octobre à l’Ensci, soirée où intervenaient Dominiq Jenvrey, Amanda Stewart/Jean-Luc Guionnet et Philippe Boisnard, afin de mieux poser le cadre de ces soirées lectures/performances qui ont lieu depuis 3 ans, nous donnons à entendre ici un interview de Frédéric Dumond. Cet interview porte à la fois sur le travail d’écrivain/vidéaste de Frédéric Dumond et sur son organisation des soirées lectures dans le cadre de cette école de création industrielle.

Download Link

Frédéric Dumond autrement sera présent

[Vlog] Lecture d’Edith Azam [Lodève 2006]

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 5:49

>> Lecture d’Edith Azam au festival de Lodève. Une grande découverte, cette voix tout à la fois fragile (dans les nerfs aurait dit Artaud, et non pas dans l’os masculin), et engagée, violente, aux mots écorchées, aux images parfois tranchantes. Ce fut une très belle découverte, comme je l’indiquais ici. Il est possible de lire une présentation d’Edith Azam sur Poezibao, dans l’anthologie permanente.

Download Link

voir ou entendre les autres lectures du festival de Lodève :

[moi bébé] de Boisnard, [La langue] de Blaine, [Je suis le monstre] de Hubaut/Boisnard.

18 octobre 2006

[livre] Trajets de Pascale Gustin (éditions stations MIR)

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 16:51

>> Trajets de Pascal Gustin, éditions Stations Mire, 45 p. 8€50

Commande directement à la Station MIR :

124 rue André Vermeulen / 14200 Herouville St Clair
pour tout renseignement : [ site ] & mir[at]noos.fr
pascalgustin112.jpgExtrait :
Test prix
ABANDON TICKET
Remise de 5%
Annulation
Ticket
Remise de 25 %
Entrée Total Espèces CB
Femmes hommes attirés par un centre invisible

Homme, veste blanche, revue ouverte, Homme, veste en daim, se penche, mains dans les poches, Bruits des marteaux-piqueurs, bruit de papier, froissements, Femme, magazine contre la poitrine, serré. Homme, femme, homme, homme, homme, homme, femme, hommes entrent, les uns à la suite. Quatre personnes de dos, lisent des magazines people ; jeune fille, sur la tête, casquette à visière, torse penché sur le coté gauche, sac à main, forme allongée, anse passée sur l’avant-bras droit, tout près du coude. On entend les marteaux-piqueurs, vagues sonores => la radio. Jeune femme, sac à l’épaule, mains dans les poches du blouson court ; jambe gauche pliée en équilibre, poids du corps sur la jambe droite.

Premières impressions :

[lire la chronique]

[chronique] Trajets de Pascale Gustin

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 16:49

Trajets de Pascale Gustin

Ce texte est le résultat d’une résidence de Pascale Gustin à la station MIR. Résidence qui a donné naissance à une vidéo-lecture (Trajet N°XXX) à partir d’une programmation informatique ayant pour sujet la captation, la surveillance, le traçage des hommes. Il est possible de lire la lettre de son projet ici. A la suite de quoi la station MIR a publié en 2006, ce livre de Pascale Gustin, très bien réalisé, en partie en quadri. Alors qu’est-ce donc que ces Trajets ? Aucunement des positions, ou bien des stations. Mais bien plutôt un ensemble de captation de ce que pourraient être des mouvements, des flux, aussi bien informationnels, qu’humains, au sens où l’un ne peut se séparer de l’autre, au sens où l’homme devient dans cette captation, un ensemble de données qui sont réagencées dans des micro-paragraphes, dans des micro-actions [qui vont bien évidemment jusqu’aux envois de SMS].

Le travail de Pascale Gustin se rapproche ici, aussi bien de Anne-James Chaton que de Éric sadin. De Anne-James Chaton on croise — mais comme c’est le cas de plus en plus dans des pratiques qui interrogent l’effacé de la singularité par son recouvrement symbolique, son intégration en tant que découpés en catégories sociales, économiques, profesionnelles, etc… — des listes de codifications qui décrivent non pas seulement des hommes [ce qui est le cas chez Chaton] mais des lieux, ou bien des situations. Ces dépôts des éléments qui déterminent la réalité symbolique sont liés au captation des mouvements des hommes, sans pour autant y être reliés nécessairement. Comme s’il s’agissait de faire apparaître non pas seulement le sujet : mais la scène de son passage, une scène imprégnée d’éléments symboliques :

« Ticket commerçant à conserver
Femme, adolescents, bruit de voix.
PETROLE ACIER COTON
Le grand retour des matières premières !
Homme polo gris, dos, arrondi, pantalon en jean, cheveux blanc, revue posée sur sa main gauche ouverte. Homme, pull-over noué à la taille.
AU BORD DU GOUFFRE
Loin => déplacements, échappements des silhouettes.
Bruit de bouteilles cognées. Souffles, ronronnement continuel des turbines, vibrationns de l’air.
= TOTAL
ESPECE (PRINCIPALE) 1.10
Irrésistible ! 1 Euro par jour et plus d’abonnement téléphonique
ADL jusqu’à 8 Mbits/s + téléphone illimité (1) sans changer de numéro
ALICE

On retrouve aussi des travaux de Eric Sadin, des mises en question : aussi bien dans 72, que dans Tokyo. 72 se situait à un carrefour, scène prise, émise, retranscrite selon des modalités de représenttaion différentes, et dès lors des codifications aussi bien typographiques que symboliques distinctes. ce qui donnait toute son esthétique à ce travail de Sadin. Là, de même Pascale Gustin met en évidence une diversité de moyens de captation. Bien évidemment il y a d’abord et avant tout le corps humain, comme il l’écrivait dans son projet : « Le corps humain est en quelque sorte un capteur ultra sophistiqué. Il analyse en continue des flux de données, d’informations en provenance de l’extérieur : le froid le chaud le souffle le bruit l’image… Et de l’intérieur du corps : on a froid, on a chaud, on a faim, on a mal… On voit des choses on entend des sons… » mais il y a aussi les appareils, téléphone portable, ordinateurs, ce qui implique une transformation non pas seulement de la graphie, mais aussi des contenus graphiques, qui ne sont plus de l’ordre de notre langage naturel, mais qui résultent des programmes des machines elles-mêmes. De même ressort de Trajets, la prise en vue de la foule, ce que l’on pouvait voir dans Tokyo, dont l’un des sujets principaux tient à la masse compacte des hommes rassemblés en ON.
En bref, dans cette textualité de Pascale Gustin, outre la grande qualité du montage, de l’exploration large de la saisie de la quotidienneté symbolique des hommes, on croise des parentés textuelles, qui indiquent qu’il y a là une forme d’interrogation, de mise à l’épreuve de la réalité codifiée de l’homme, non plus dans le jeu d’une méta-textualité représentant cette réalité, la jugeant à partir de sa propre dimension de langage [ce que l’on voit chez les modernes], mais en s’imprégnant des mécanismes de créations de cette réalité codifiée.

17 octobre 2006

[NEWS] Soutien à Al Dante

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : — rédaction @ 11:22

>> Nous le savions depuis quelque temps, mais la nouvelle vient d’être diffusée par François Bon sur remue.net : Al dante va mal, très mal. Dimanche en écrivant la chronique Publication ? publications… cette nouvelle hantait ce qui était écrit. Al dante va mal, et c’est non pas seulement un lieu de publication qui risque de disparaître, mais c’est une partie de la généalogie de la poésie contemporaine française qui d’un coup peut se figer : car c’est bien là qu’aussi bien Dedans de Pennequin est sorti, que La Chaussée d’Antin de Heidsieck nous a été donné à entendre, que les chroniques de la 5ème feuille de Blaine se sont succédées sur plusieurs années, c’est là que Le Professeur a réussi à nous apparaître dans une cru[au/di]té absolue, c’est là que Federman a retrouvé le chemin de la France avec sa Tante rachelle, c’est là encore que Tarkos a publié l’argent ou le bâton avant de nous donner sa langue, c’est là encore et encore que Sivan a donné sa graphie motléculaire dans Grio et nous a offert de revenir à Roussel, c’est là que Fiat a donné à lire New York 2001 en creux d’un tournant historique à la Arthur C. Clarck, ou bien que Chaton a diffusé enfin Evénements 99, c’est là que des gestes politiques comme celui de Buraud s’est créé, que Les petits poèmes en prose de Christophe Hanna ont marqué la question du langage poétique.. Segments de généalogie apparaissant grâce à Al dante, et au travail de laurent Cauwet. Segments, que pour ma part je n’ai eu de cesse de suivre à travers mes chroniques, parce que là, dans ces éditions, quelque chose d’unique s’est donnée à la fin du XXème siècle, à lire à entendre, à voir, à suivre, non pas une génération, mais un tissage de générations, un tissage de discussions.

Alors que faire face à cette nouvelle ?

Pour l’instant, comme le dit François Bon, sans doute acheter les titres, avant que certains disparaissent, avant qu’il ne soit trop tard, en espérant qu’une solution sera trouvée :

[site al dante]

16 octobre 2006

Publication ? publications …

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 7:43

>> Je profite de la réception d’un petit livre, celui de Marc Pautrel, Le voyage jusqu’à la planète Mars (éditions Librairie Olympique, 5 €), pour revenir non seulement sur ce qui a été ouvert par Fabrice Bothereau dans sa lettre publiée ici, mais aussi sur certaines news publiées dans la blogosphère, et certaines nouvelles qui concernent le milieu éditorial contemporain français.

Marc Pautrel dans Le voyage jusqu’à Mars, parle, non sans humour, de la question de la publlication de son second livre, publication qui n’a pas eu lieu, malgré ses efforts. pautrel.jpgAu-delà de ce livre non publié, il pose la question de la réception des manuscrits et des conditions a priori qui déterminent les choix éditoriaux, tout autant que des conditions de diffusion des éditeurs. Pour les grands éditeurs, il explique en quel sens par rapport au genre dans lequel il s’inscrit, il y a peu, très peu de chance pour que cela soit publié, au sens où les recueils de nouvelles en France sont peu défendus. Ne soyons pas naïf, quand il dit que POL, Minuit, Gallimard,etc… ne donnent pas leur chance à des types d’expérimentation — ce qui est discutable pour au moins l’une d’entre elles : POL — il est nécessaire de comprendre que les conditions économiques de la publication sont déterminantes par rapport, et que, pour reprendre POL, il est évident que si certains livres ne peuvent véritablement permettre d’équilibrer économiquement les choix éditoriaux (tels les livres classés en poésie), il est nécessaire pour sa survie de publier des livres qui peuvent d’une manière ou d’une autre atteindre une cible large de lecteurs. De même Marc Pautrel, poursuit en parlant d’éditeurs plus petits et en expliquant, là aussi un peu naïvement : « Les grands éditeurs de création existent, les trois cités plus haut, mais aussi Al Dante, L’Arpenteur, Verdier, Verticales, et bien d’autres, mais ils ne sont pas assez nombreux et ne publient pas assez de livres, so many girls, so little time, tellement de manuscrits importants, si peu de livres publiés ».

Ce qui est écrit là porte en soi une forme de naïveté, au sens où la question de la publication est liée chez ces éditeurs à la question de la diffusion des titres, à savoir non pas seulement aux moyens (question des diffuseurs), mais aussi aux publics concernés par cette réception : peu, très peu. Non pas trop peu, au sens où cela supposerait a priori un manque, une forme de défaillance, alors qu’il s’agit plutôt de reconnaître que certains livres, sont difficiles d’accès, hermétiques, clos, peu ouverts à la possibilité de réception de lecteurs qui ne recherchent pas tant la matérialité linguistique de langues, que le plaisir d’histoires. Leur adresse ne concerne que peu de monde, ouvre un monde où peu s’y reconnaisse. Ce qui bien évidemment n’implique aucunement qu’il ne soit pas important. Dans certains cas, c’est même plutôt le contraire. C’est ainsi que Marc Pautrel fait mine d’ignorer que certains de ces éditeurs, Al dante, par exemple, lorsqu’ils publient, sont limités quant à la réception, et dès lors publient sachant parfaitement que leur livre, s’il peut avoir une certaine importance historique, une forme de nécessité généalogique quant au devenir de la poésie par exemple, le seront à perte, et ceci même avec l’aide du CNL, ce qui implique un système précaire chez de tels éditeurs.
De plus, la question de la publication pose la question de la diffusion : de la possibilité de voir un livre apparaître dans les librairies. La réalité en France nous la connaissons à peu près. Mais tout d’abord, je citerai un article diffusé ici sur le blogue de la feuille, qui parle de la difficulté d’existence des librairies indépendantes aux Etats-Unis. Il explique qu’il y a « longue faillite des libraires indépendants américains (passés de 4000 à 1800 dans les années 90, et dont le nombre d’ouverture de magasins n’a été que de 60 à 80 ces 3 dernières années). » Et que leur seul moyen de survivre est de sortir des schémas traditionnels d’existence (la vente de livvre) pour s’ouvrir sur des modes transversaux d’existence : devenir des cyber-cafés, faire commerce d’autres produits, mettre économiquemennt à contribution la population du quartier où ils sont implantés afin que la librarie ne disparaisse pas, créer des clubs de lecture. En France, tel que le note Lekti-ecriture.com, les libraires indépendants, quelque soit leur énergie vont de même assez mal, face à la concurence toujours plus importante des industries commerciales, et d’autre part de la vente en ligne [lire ici]. Or, certains ouvrages ne peuvent apparaître que chez ces libraires indépendants, tel Sauramps ou Ombres blanches pour ne citer qu’eux. Pour quelles raisons : du fait que, comme un employé de la librairie Privat-Brunet me l’a expliqué, il y a de cela un an, il est nécessaire qu’il y ait un fort turn-over des stocks pour la rentabilité, ce qui signifie que les livres qui ne trouveront preneurs que sur une période d’un an ou plus, et donc qui occuperont de l’espace sans le rentabiliser sont rejetés, pour laisser la place à des livres qui par la médiatisation, et donc les moyens mis à disposition pour leur diffusion, rencontreront un marché rapide. C’est aussi cette logique qui amène ces chaînes de librairie à but commercial à se diversifier, aussi bien dans la papeterie, que le multimédia. Comme on le voit, c’est l’ensemble d’une logique économique qui implique l’étouffement de la diffusion des livres des éditeurs de moyenne éxistence en France. Alors que faire ?

L’une des solutions pourrait bien être dans cette logique que développe lekt-écriture, à partir de l’étude de Joël Faucillon : le projet Bellerophon, qui tiendrait au développement en ligne d’une forme de consortium indépendant et commercial des libraires et éditeurs indépendants, réunis sous le label d’une surface commerciale open-source. Cette solution en effet pourait être intéressante, au sens où les coûts de commercialisation seraient mutualisés et permettraient à de très petits éditeurs de bénéficier d’une visibilité qu’ils ne peuvent absolument pas avoir, même avec un site indépendant. Solution qui apparaît partiellement avec les solutions internet des deux librairies citées, qui toutes les deux ont ouvert une librairie-internet, afin de toucher une plus large population.
Une autre solution, pourrait tenir, et ceci en contradiction totale avec ce qu’énonce Marc Pautrel, à des choix intransigeants de publication, comme on peut le voir avec les éditions Tristram [lire le dossier de chronic’art #29], qui au lieu de publier beaucoup, publie peu, parie sur le temps et une qualité irréprochable aussi bien des textes choisis, que de leur réalisation.
Mais, pourrait aussi être pensé enfin, une autre solution, certes à discuter : la publication en ligne, des textes, et ceci selon une double logique : non commerciale et commerciale. Non-commerciale : au sens où pour certains textes, le plus important ne tient pas à la rémunération des auteurs (combien dans le milieu de la poésie contemporaine touche une rémunération sur la vente ? sachant que beaucoup de tirages ne dépassent pas les 200 exemplaires), mais bien à leur diffusion, à leur circulation, ceci devant permettre aux textes d’exister, d’être lus, d’être partagés, et delà peut-être créé un lectorat plus imortant. Bien évidemment une telle solution, que j’ai dite discutable, demande un premier pas : celui de la désacralisation de l’objet livre, de l’acceptation que le livre si ontologiquement il a une qualité intrinsèque et spécifique, il n’est pas pour autant le seul support à une textualité. Cette solution pouvant permettre ensuite le passage à un mode éditorial papier, si les conditions sont réunies, et par conséquent l’ouverture à une logique commerciale. L’avantage de cette solution est bien évidemment économique, au sens où la duplication du support n’implique aucun coût matériel. De telles expériences ont été tentées et ont montré leur limite il y a de cela quelques années, comme OOhOO. Mais face à l’usage croissant d’internet, aussi bien pour les achats que les recherches, tout semble encore possible.

[Lecture video] Performance de Charles Pennequin (lire en fête 2006)

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , — rédaction @ 5:20

>> [Nous allons mettre en ligne progressivement les lectures de la soirée pour les 10 ans de Fusées qui a eu lieu lors de Lire en fête 2006 à Arras. Une telle mise en ligne reprend la logique de la revue TRAVERS# que nous avions lancée en 2003 sur le site Trame-Ouest, et que nous avions abandonné au 4ème numéro. Première mise en ligne Charles Pennequin, suivra dans l’ordre de passage : Christian Prigent (fichier audio-7 mn), Antoine Boute et Hugues Warin (vlog-7mn), Philippe Boisnard (vlog-7mn), Thierry Rat (Vlog-7mn). Cette soirée a été permise grâce au soutien du CNL, de la DRAC Nord/Pas-de-Calais, du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais et de la mairie d’Arras. Nous remercions l’office culturel pour son accueil]

Download Link

14 octobre 2006

[entretien video] Interview de Robin Hunzinger – La revue des ressources

Filed under: entretiens,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , — Philippe Boisnard @ 13:25

>> Le 13 octobre, invité à participer par Critical secret, à une table ronde au Salon des Revues, portant sur le podcasting littéraire, table ronde où malheureusement, les interventions les plus intéressantes sont arrivées à la fin et n’ont pu être exposées convenablement (c’est ainsi qu’il y eut trop peu de temps pour la question de David Christoffel : « Le podcast est-il un genre ?« , de même que la question soulevée par Xavier Leton : la question de la mémoire et d’internet, ou encore pour la question de l’agenda participatif géolocalisé développé par Sklunk à partir de Google-earth.), j’ai interviewé avant cette rencontre Robin Hunzinger qui s’occupe de la Revue des Ressources. Cet interview permet de mettre en lumière le parcours historique de cette revue, commencée sur papier en 1992, et qui est passée sur le net à partir de certaines questions qui se sont posées pour eux en 1995. De même que l’on peut découvrir l’intention généalogique qui anime cette revue en ligne, où se croisent aussi bien des archives du XIXème siècle ou des situationnistes et de l’autre de nouvelles créations.

Download Link

13 octobre 2006

[Livre] Le choix de l’écriture, de Alain Merlet et Hervé Castanet

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , — rédaction @ 5:00

Le choix de l’écriture, Antonin Artaud, Marcel Jouhandeau, Jean Genet et Pierre Klossowski, de Alain Merlet et Hervé Castanet, éditions Himères/Rumeur des Ages, 138 p., ISBN : 2-84327-095-2, 25 €.

4ème de couverture :

castanet_ecriture076.jpgLa mise en série de ces quatre écrivains : Artaud, Jouhandeau, Genet, Klosswski, peut surprendre le spécialiste de la littérature et des lettres en général. N’est-ce pas l’alliance de la carpe et du lapin, une sorte de bric-à-brac où le lecteur ne retrouve plus ses marques ? Oui, rapportée à ses enjeux internes à la litttérature — à ses courants, à son histoire, à ses réseaux —, cette série est mal ficelée. Elle est pour nous pertinente à un autre titre. Le titre choisi pour cet ouvrage apporte une direction de réponse : le choix de l’écriture. Comment pour chacun de ces écrivains, cette question d’opter pour l’écriture (et la littérature) s’est-elle posée ?

Affirmons une thèse : l’écriture est un traitement du réel — entendu ici comme l’exclu défini du sens, comme ce qui se rencontre comme inassimilable. Le réel c’est l’impossible, dira Lacan à la fin de son enseignement. Comment entendre cette référence au réel qui ne se réduit pas aux formes concrètes de la réalité (biographique ou autre) ? Le concept de style ouvre une voie. Le style — d’un écrivain, d’un poète, d’un peintre mais aussi d’un théoricien — est inséparable d’un point spécifié de réel — soit ce qui échappe à toute prise du mot, de l’image, de la représentation ou du concept. Précisément, la fonction (et l’usage) du mot, de l’image, de la représentation, du concept est, non point de réduire ce réel, mais de l’épurer, de le mettre aux commandes de l’acte — de l’acte d’écriture, de poésie ou de création d’images. Ce réel est cause.

Aussi l’auteur, qu’un nom propre désigne, ets moins la cause que l’effet de son oeuvre.

Mettons à l’épreuve cette thèse : l’écriture est un traitement du réel, à propos justement de ces quatre grands écrivains. La lettre, qui indexe un style (et non « le » style), est désormais à traiter comme telle — à la lettre justement. Quelles surprises, allons-nous découvrir ?

Hervé Castanet et Alain Merlet sont psychanalystes, membres de l’École de la Cause Freudienne et de l’association mondiale de psychanalyse.

Première Impression :

Voilà un livre qui ne fait pas semblant de penser. Dense, cinq parties portant sur les quatre auteurs nommés, cinq analyses qui tentent de comprendre en quel sens le nom des auteurs sont les effets du rapport du texte au réel. La voie qui est poursuivie par Hervé Castanet dans ce livre de 2004, sera bien évidemment celle que nous avons rencontrée dans l’analyse de Joël-Peter Witkin : le réel cet impossible sur, autour, contre, lequel le travail à l’oeuvre s’affronte et dès lors trouve à partir de cette résistance la spécificité de sa propre donation, qui est aussi bien littérale que littorale. Pour ceux qui veulent comprendre, approfondir la question de la modernité en littérature, assurément, un livre à découvrir et à lire attentivement. PB

11 octobre 2006

[Livre] La blondeur, de Cécile Mainardi (Les petits matins)

Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 14:44

La Blondeur de Cécile Mainardi, postface de Stéphane Bouquet, (non paginé) 140 p., ISBN : 2-915879-21-4, prix : 12 €4ème de couverture :

mainardi113.jpgCécile Mainardi est au Negresco avec deux hommes. L’un est nettement brun, l’autre châtain gris. ils boivent tous les trois un cosmopolitan (vodka, Cointreau, citron et jus de cranberry).
(Nice, le 7 juin, 0h20)

Premières impressions :

Qu’est-ce qui se cache sous la couverture-chevelure de ce livre des Petits Matins (et dans cette chevelure des pages, car il faut bien souligner que les éditions des Petits matins et leur Design Labomatics, n’ont pas peur d’être too much!). Quelle blondeur ? Vers où nous conduit cette recherche de la blondeur, du souvenir de la blondeur, du dire de la blondeur, du voir de la blondeur, du devenir de la fausse-blondeur…. etc… En attendant de lire la chronique d’Hortense Gauthier, un livre que nous recommandons chaudement du fait de « la blondeur couleur fond d’aquarium de restaurant thaïlandais », car très bie élaboré par ses parties, à l’écriture très maîtrisée et à l’humour incisif. PB

10 octobre 2006

[vlog] La communauté invisible, entretien Michel Giroud avec Philippe Boisnard

Filed under: entretiens,UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , — Philippe Boisnard @ 21:21

>> Suite des entretiens avec Michel Giroud à la résidence Trame-Ouest. Aujourd’hui, ouverture à la communauté invisible. De Rabelais à internet, qu’est-ce qui se trame entre les hommes, qu’est-ce qui anime leurs relations et en quel sens, cela crée-t-il une forme de communauté ? C’est à partir de ces questions que Michel Giroud réinterroge la question du « milieu » éditorial français et ouvre à des perspectives peu perçues pour le moment.

Download Link

[Livre] La Formule, de Stéphane Benault et Lucien Suel

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 5:53

[Ce petit livre fait partie de la présentation de livre rare que nous souhaitons faire connaître. Pour voir en grand les images du livre, cliquer dessus]

cliquer sur l'imageLa Formule est un livre d’artiste dont les textes sont de Lucien Suel et la mise en page et les dessins de Stéphane Benault. Il a été tiré à 100 exemplaires signés par les auteurs et 10 exemplaires Hors-Commerce numérotés de 1 à 10.

Tout d’abord soulignons le travail remarquable de composition du livre : il se construit à partir aussi bien de calques et de transparence, d’une carte postale imprimée blanc sur blanc, d’impessions vernies. La plastique du livre est ainsi surprenante à chaque page. Chaque double page est ainsi d’abord l’ouverture plastique de la relation entre les deux auteurs.

cliquer sur l'imageEnsuite La formule est cette ouverture physique et mathématique aux transformations de matière. Alchimie des mutations, des variations organiques et analogiques. La formule est ce qui relie les êtres et les choses dans un mouvement constant de liaison :

« 2 + 1 + 1 + 1 + 3 = 1 »

C’est ce qui fait apparaître la formule l’individuation des choses et des êtres :

« La formule individu brillait magnifiquement dans le noir »

cliQUER SUR L'IMAGE La formule : 23 € port compris. A commander aux éditions Hubert-Berline Vortex : hubeps[at]hotmail.com. Mais aussi à la Station Underground d’Emerveillement littéraire : 7 place de la Tiremande, 62960, Ligny Lez Aire. Ou encore ainsi que les autres livres de Lucien Suel à la Galerie « L’espace du dedans » : 28 rue de Gand, Lille.

9 octobre 2006

[Chronique] L’Angélique et l’obscène de Hervé Castanet par Philippe Boisnard

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 7:10

[+ présentation du livre de Hervé Castanet]

witkin1.jpgJoël-Peter Witkin nous pose face à une incongruence. L’enfant abeille de 1981, nous y confronte. Incongruence de la symétrie, incongruence du sujet dont il est question là : enfant-adulte, au sexe visible, masqué, tronc dépourvu de bras, aux seuls membres constitués de cercles concentriques, asymétriques. Et si les photographies de Joël-Peter Witkin travaillaient en cette fêlure de la symétrie, dans l’écart entre ces deux circularités? Et si les oeuvres de Witkin avant d’être interrogées au niveau de la visée de leur auteur étaient à penser d’abord et avant tout à partir de l’effet qu’elles accomplissent sur notre regard? Non plus à partir de leur fondement mais selon l’incongruence entre celui qui voit et ce qui est vu, l’incongruence peut-être en définitive posée dans la photographie, provoquant dès lors une forme de pensée incongrue, voire scandaleuse dans celui qui regarde ?
Hervé Castanet écrivant sur Witkin, commence d’emblée par poser les conditions épistémologiques et psychanalitiques du rapport que l’on peut avoir à son oeuvre. Non pas psychanalyse appliquée à l’oeuvre, devant tirer les fondements inconscients de l’auteur à travers l’oeuvre, mais davantage psychanalyse impliquée, qui « oblige à une rigoureuse politique des conséquences — soit que les artifices des semblants et les constructions de simulacres ne peuvent faire l’économie d’un réel à l’oeuvre » (p.8). De quoi s’agit-il donc ? Au lieu de focaliser sur l’artiste, il s’agit de saisir en quoi elles font effet, dès lors de saisir dans le regard même de celui qui regarde ce qui s’y passe, et en ce sens pour un psychanalyste non pas d’appliquer le speculum sur la photographie, mais de l’impliquer dans l’effet que la photographie accomplit pour celui qui la regarde. Non plus extériorité, mais conjugaison et relation. Hervé Castanet développe cette approche à partir de celle que Freud eut, lorsqu’il décrit sa relation au Moïse de Michel-Ange : « je voulais les appréhender à ma manière, c’est-à-dire me rendre compte de ce par quoi elles font effet » (p.11).

Il s’agit donc de saisir un effet et non pas une cause inconsciente. Donc de se détourner de ce qui est revendiqué en tant que démarche propre, explicitée par le photographe, ou de ce qui est projeté en tant qu’étant sa démarche. Ange ou démon, en ce sens peu importe, car il ne s’agit pas de saisir cela. Mais tout au contraire, comme le précise par la suite Hervé Castanet, de comprendre la photographie en tant qu’écriture, qui si elle a sa littéralité, cependant dans ses marges visibles, implique une densité littorale pour reprendre ici le vocable de Lacan : n’est pas seulement pensé l’automaton de l’oeuvre, sa présence articulée, mais est pris en vue ce qui la borde mais qui reste invisible, ce qui la borde : ratures, cassures, silences. En bref en un sens lacanien, le réel sur lequel se brise le langage, le réel qui ne saurait être repris (dialectique) dans la positivité de la représentation. « Est litttoral ce qui dessine les traces silencieuses de cette cassure… au bord du trou » (p.15).

C’est pourquoi, voulant inscrire dans son essai cette littoralité qui en lisière d’oeuvre sous-tend la littéralité des photographies de Witkin, Hervé Castanet travaille à des approches très précises de deux oeuvres surtout : 1/ Le prince impérial, et 2/ Homme au chien.

Ce qu’analyse Castanet, c’est en quel sens, Witkin, voulant dépasser la construction de la représentation sociale du corps, qui véhicule en elle des normes et cela selon le pouvoir propre de ses instituants symboliques, au lieu de tendre vers le désoeuvrement d’un réel violent qui romprait avec toute logique de construction (immanentisme corporel des avant-gardes) justement sur-détermine par sa photographie ce qui était de l’ordre social dans des mises en scène ultra-sophistiquées, qui exigent pour lui de plus le geste d’une réécriture à même la photographie. « La dénonciation des semblants passe par d’autres semblants théâtralisés » (p.27) [et selon une telle perspective on pourrait compreendre l’intérêt problématique qui lie Castanet à l’oeuvre de Prigent, qui scripturalement me paraît tenir du même ressort que celle de Witkin] . Le fait de montrer qu’il y a une négativité à l’oeuvre dans la représentation sociale, ne tient pas au dévoilement de cette négativité, mais au fait de laisser se produire non pas seulement une nouvelle construction, mais aussi tous les effets littoraux de cette négativité. Et ceci en direction de quoi ? En direction d’une esthétisation de la création de Dieu — ce que revendique Witkin lui-même — en tant qu’elle nous impose une pensée incongruente : la monstruosité dévoilée en sa beauté, car ce n’est pas tant la construction humaine qu’il s’agit de voir [ce qu’il déconstruit dans ses tableaux, reprenant certaines oeuvres et les transgressant par la déconstruction de leurs logique signifiante], et donc ses limites posées comme lois de représentation, mais « que la réalité de la chair vivante ou morte est une création de Dieu » (Witkin). Ce qui signifie que la photographie présentant une hyper-esthétisation déplace l’enjeu de toute reprise du corps : non pas le neutraliser dans les stratégies représentationnelles, mais permettre par ses stratégies de re-trouver ce qui est perdu dans toute représentation. Et c’est en ce sens que la photographie de Witkin tente la conquête d’une fondamentale incongruence pour le regardeur : un déplacement des acquis de la représentation. Mais c’est aussi en ce sens, tel que le montre in fine Hervé Castanet, que Witkin ne peut s’affranchir du jeu de l’obscène dans l’avènement d’une identité qui en viendrait nier la réalité incongruente, tel qu’il l’explique à partir des photographies du trans-sexuel opéré Maria Harrow. Si le modèle de l’Homme au chien est pré-opératoire, et impose au regard cette instabilité de ce qui est vu, Maria Harrow justement transcende par le sexe qui creuse l’ancienne place du pénis l’oscillation de son genre en réalisant la nouvelle identité de son être, venant ainsi rompre une certaine forme d’inquiétude de ce qui là est vu.

Ainsi Witkin pour Castanet ouvre à une théologie de Dieu dont la création loin de renvoyer au cosmos, à la perfection éternelle, est celle du mal. « Il montre à Dieu ce que ses propres créatures peuvent faire d’ans l’horreur, l’abject (…) Il offre à Dieu les formes (=le mal) de sa création ».

8 octobre 2006

[video] Loïc Robin, Saint-Malo

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 13:08

Suite à l’entretien que nous avons eu avec Loïc Robin, nous mettons en ligne un extrait de son CD-rom Eaux fortes : Saint-Malo.

Download Link

2 octobre 2006

Joël-Peter Witkin, L’angélique et l’obscène de Hervé Castanet

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 7:54

castanet_witkin075.jpgJoël-Peter Witkin, L’angélique et l’obscène de Hervé Castanet, suivi d’un entretien inédit avec le photographe, collection « L’impensé contemporain » éditions Pleins Feux. ISBN 2-84729-055-9, 8 €.

4ème de couverture :

Ce court essai porte sur Joël-Peter Witkin, photographe américain né en 1939 à Brooklyn (New-York). Depuis 1975, il vit et travaille à Albuquerque au Nouveau-Mexique — USA. Son oeuvre est connue, exposée internationalement et ses étonnantes photographies (« des tableaux photographiques » dit Pierre Borhan) — où sexe, pornographie, monstres divers et icônes saint-sulpiciennes cohabitent — largemennt reproduites. Des polémiques naissent. Doit-on exposer de telles images (qui choquent) et si oui pourquoi — et sinon, tout aussi bien, pourquoi ? Il y a radicalement les pour et, tout aussi bien radicalement les contre. Qu’ajouter de plus ? Prendre parti, trouver la voie médiane, passer à autre chose ? Ou bien justifier (ou dénoncer) la provocation (puisque ce terme est systématiquement associé à Witkin) dans l’art ? Ou encore … La réponse : nullement !

Hervé Castanet, professeur des universités, est membre de l’École de la cause freudienne. Il est psychanalyste à Marseille.

Premières impressions :

Nous commençons ici, une suite de présentation des oeuvres critiques de Hervé Castanet? Dans le milieu littéraire français contemporain, il est surtout connu pour la revue Il particolare et son très bel entretien avec Christian Prigent [Ne me faîtes pas dire ce que je n’écris pas chez Cadex], sur lequel nous reviendrons dans ces présentations. Nous avons décidé de commencer par ce petit livre, au sens, où il ouvre immédiatement le champ auquel s’intéresse Hervé Castanet : l’image, sa scène, ses débords, la question de la sexualité (en liaison avec la psychanalyse), l’écriture…

1 octobre 2006

[Chronique] Flacons de Nicolas Rollet

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Philippe Boisnard @ 13:11

petitmatin1080.jpgLe flacon, nous le savons tous, est un récipient, dont l’essence est de contenir. Le flacon n’est pas très grand, même plutôt petit, il n’a pas beaucoup de bouteille, et pourtant se doit d’être bouché. Il n’est pas un vase de ce fait. Le flacon est un objet plutôt fragile, qui renferme parfois des liquides précieux, parfois moins précieux, parfois simplement un fluide quelconque. Ce livre de Nicolas Rollet semble répondre à cette approche descriptive, ce que paraît attester Jude Stefan, qui dans sa postface, explique en effet, que le livre se donne bien comme le contenant d’un texte qui n’en serait que le contenu fluide.

Ce texte est sous l’égide de Bergson, du corps-action, du temps-durée, du corps qui non pas se donne dans un temps maîtrisé, cinématographique, dans la discontinuité homogène du chronographe, mais selon le flux singulier de celui qui traversant un monde dépose dans le flacon du livre les fragments que happent sa conscience, qui marquent celle-ci, qui lui apparaissent. La littéralité ne serait pas là pour raconter, mais elle serait trace d’un corps en rapport à, en ouverture à, selon l’immanence de son être. Littéralité de l’hétérogénéité des associations (celles inventées au cours du trajet qui se fait), mais hétérogénéité qui se donne continuement, sans arrêt, selon cette énergie même de l’écriture. Même les pauses en constituent l’avancée. Cette écriture, très actuelle, celle du recueil des fragments de perception, ancrée dans les principes phénoménologiques très en vogue dans les milieux universitaires, même si Bergson n’est pas à proprement parlé un phénoménologue, ni non plus ce livre une phénoménologie, fait partie de la diversité des expériences que l’on rencontre chez des auteurs que l’on peut retrouver au Bleu du ciel, ou bien chez Le quartanier avec par exemple Guillaume Fayard dont nous avons déjà parlé.

Reste que la seconde partie est beaucoup plus attrayante : celle des séries (me I) jusqu’à (me XV). Traversée rapide de conversations, de condensés de lieux communs, d’opinions pêle-mêles, de notes rapides sur Paris et la Province, elles portent en elles beaucoup d’humour, tel {(me XIII); (rendu II)} :

« alors moi je suis plus années quatre-vingts mon plat préféré c’est entrecôte sauce roquefort avec frites étudiant en fin d’études jouant l’ambivalence j’ai pas de vices des envies si jeune le côté techniques des lunettes »

ou encore tel {(me XIII); (peut et par II)} :

« peut décider de ne pas partager sa couche avec néofasciste; prenant la carte « Ã§a c’est opportunité »
petit polo col sorti saumon chandail crocodile »

Par l’humour, à travers le rire, la dimension hyper-fragmentaire et hermétique de la première partie est dépassée, et une forme de dynamisme est retrouvé. Ceci conduit, à redire ce que nous avions constaté avec Fayard : chose étrange il y a un réel écart entre l’intention et la réalisation de tels projets. A trop vouloir nous placer dans un flux, dans une expérience du corps-action, du corps-flux, et donc dans une événementialité qui est celle des micro-accidentalités du réel, on en arrive par moment à une expérience poétique qui implose dans la seule singularité de celui qui écrit. Certes, une certaine poésie est là pour renvoyer aux seules expériences du sujet en-deçà de la captation par les structures de logico-linguistique, toutefois, par les associations, par les ruptures, le texte passe d’une hétérogénéité par fragments à une homogénéité hermétique et arride en son accès.
Jude Stefan dit dans sa postface que ces types d’écriture sont celles actuelles des trentenaires. Si cela est énormément à nuancer, il n’y aurait qu’à considérer les auteurs qui ont des approches plus pragmatiques et issues d’une réflexion critique sur les symboles et les structures de la société (Hanna, Leibovici, Fiat, Chaton, Courtoux, etc…), cependant cela atteste aussi sociologiquement d’une appartenance culturelle : en effet, beaucoup de ces auteurs sont issus de l’université, d’études de philosophie ou de littérature. En ce sens, Jude Stefan, derrière son constat, pointe vraiment quelque chose, un micro-fait générationnel, une forme de ligne de fait pour reprendre Bergson : une ligne où la vie de la conscience s’installe et lutte contre certains déterminismes. Mais alors, comme il nous prévient, attention à l’habitude, car ce qui était exigence de lutte peut devenir rapidement maniérisme et facilité.

« Newer PostsOlder Posts »

Powered by WordPress