Libr-critique

11 septembre 2007

[vidéo-concert] JAVA is not dead – lecture Espitallier + Prexley?

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 13:57

prexley-concert.jpg Deuxième vidéo de la soirée JAVA is not dead – JAVA’s music qui s’est déroulée le 10 juin 2007 au Point Ephémère à Paris.

Lecture du poète-batteur Jean-Michel Espitallier avec Prexley?, groupe qui reprend des morceaux d’Elvis pour les rejouer à la sauce punk-parodique, mené par un Laurent Prexl au sex-appeal délirant. Ce groupe a travaillé avec Arnaud Label-Rojoux à travers un livre-CD __ ou comment une liste poétique absurde d’Espitallier devient une véritable loop rock’n’roll pour se poursuivre dans une reprise punk décalée de Blue moon.
Pour une présentation de l’ensemble de la soirée, voir l’article précédent.

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[TEXTE] DRUMS & GUNS de Pierre Ménard

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , — rédaction @ 8:20

menard-drum.jpg SPIELTRIEB
J’ai vécu trop longtemps. Je suis confus, dit le vieillard. Nous vivons et voilà tout. De moins en moins. Tout en plus et pire. Ca va vite, cette parole qui dit tu, de l’un à l’autre. D’une silhouette à l’autre. Qui parle de solitude ? Un travail en amont qui appelle un effacement. C’est comme des copeaux. J’ai beaucoup aimé les copeaux. C’est le lieu du combat qui déchire. Pour ces esprits fatigués de tout, reste alors l’instinct du jeu, l’ultime forme possible de notre existence. Parle parle parle que je contemple ta voix. Rien entre les dents, rien sous la paupière, vers l’intérieur, rien rétine ouverte, rouge arraché. Nous ne sommes pas loin s’en faut. Ne leur donne pas davantage prise, cela se comprend.Dresser la liste de ses ennemis. La vie s’appuie dans les formes. Chaque chose à la lumière du jour se voile à l’idée que la rue, si ce n’est sa présence, est déserte. Quelque chose de pareil et pourtant chaque forme tournée dans un tourment singulier. Vider ses poches. Le lit est gonflé de peluches. La vie s’appuie dans les formes. Jouer c’est provoquer l’inattendu, une affaire de fêlés, et parfois la fêlure donne de sacrées surprises. Penser à un ami à qui on ne pense pas assez. Dessiner des soleils. Ainsi nous naviguions parfois sans le dire.

Un truc simple, intelligible et drôle. Un fond sonore mais pas exactement. Car je n’ai mal que quand je respire, tu vois. Tout est là. Malheureusement chacun d’entre nous n’a pouvoir que de parler son seul langage. A quoi bon vouloir être un autre qui nous fascine par ses mots ? Ce qui est censé se passer, se dérouler, se jouer en nous. Je m’éveille brusquement agrandi ou dans un puits, jeté dans le monde parmi les autres sans le secours de ce qui n’existe. Avec juste ce qu’il faut de clin d’œil au canular pour payer de mine. C’est beaucoup de choses l’émotion, l’émeute, le mauve accentué autour du tilleul. Quelque chose qui fait corps avec notre fragilité essentielle. C’est si beau une page blanche.
LIFE IN CARTOON MOTION
Aujourd’hui on rencontre une réelle frilosité, car on est dans la proximité. Ce qui vient dans ce qui s’en va. Ce qui s’éloigne dans ce qui s’approche. Si nous avions su d’abord que c’était cela que nous étions venus voir, peut-être ne nous serions-nous pas mis en route. Ensuite, la pureté de l’air. Pour nous abandonner à nos seules suppositions, pensées fragmentaires et particularités imaginées ? Sans compter les images qui en dérivent comme celle, à peine voilée, du tumulus de terre. Ne s’y abîmera pas mais c’est rare. Or, paradoxalement, cette part vécue est à l’origine de la part d’invention et d’imaginaire du texte. Tandis que / alors. Comment mieux définir notre angoisse devant cette solitude insupportable, ce silence déchirant ? Une étonnante simultanéité. Comme elle est douce la pierre qu’il a pour oreiller. C’est d’autant mieux que les mouvements et les gestes intriguent. Tout est là, simplement. Et c’est là où je me perds. Depuis longtemps, je n’essaie plus de savoir ce que je cherche.

Le principe du jeu est très simple. L’importance du regard face à l’ordre apparent des choses. Question de point de vue, de découpe, d’échelles, j’en passe et des meilleures. On va trop loin dans cette histoire. Être là-bas en même temps qu’ici. Alluvions de visions, d’illusions et d’allusions. Cherchez l’échelle ! Ici autre chose survient dont il reste trace. Ce que l’on ne peut pas dire, il faut le répéter. Les véritables hallucinogènes ce sont les mots. Un ensemble de sillons et de rainures. Forme et chaos restent distincts. C’est la vitesse, le décalage permanents. Il est là, il faut l’admettre. Je ne sais pas, quand je comprends, mais ça fait passer le présent comme un courant. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier. Un seul élément étrange suffit à faire une bonne histoire.

Les zones de tensions. Tout une exploration. On leur donne un lieu et les images se forment. Avec ou sans personne. On dérive. On cherche quand même encore un instant. Là-bas, à domicile. Sa manière à lui de nous faire embarquer, son approche singulière, faire semblant de ne pas en faire partie. C’est peut-être de lui-même qu’il s’agit, ainsi se construisent les indices, un moteur, pour mieux les voir à nouveau. On leur donne au moins. Rien ne se perd, tout se transforme. Avec ou sans personne. Un courant continu. C’est peut-être quelque chose qu’on attend. Chaque artiste a son approche singulière. Les voir à nouveau, étrange satisfaction. Faire semblant de ne pas en faire partie. Je garde les yeux bandés. Les repères se métamorphosent, se recomposent. Ils prennent la pose, nous tournent le dos. On finit par se perdre dans le pays lointain qui les entoure. Les pistes sont brouillées. On est ailleurs, on cherche quand même, pas bien à leurs places. Et l’histoire continue.

Pierre Ménard

……….. La version sonore de ce texte est à écouter sur Radio Marelle

10 septembre 2007

[Vidéo-lecture] JAVA is not dead – lecture de Jean-Michel Espitallier

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , — Hortense Gauthier @ 12:57

espitallier-point.jpg La revue JAVA est terminée, vive JAVA ! La soirée JAVA is not dead – JAVA’s music qui s’est déroulée le 10 juin 2007 au Point Ephémère à Paris dans le cadre des Périphéries du Marché de la Poésie prouve bien cette assertion.

Car ce n’est pas parce la revue s’est achevée en 2005 que ses trois animateurs Espitallier/Maestri/Sivan en ont terminé avec la poésie. Au contraire, ils sont bien vivants, et continuent à développer leur travail poétique si singulier et exigeant, à travers livres et lectures, ou en croisant leur pratique d’écriture avec des artistes, et des musiciens. Cette soirée fait partie pour moi des plus belles soirées de lecture/performance que j’ai pu voir (et de surcroît à Paris!), et une des plus convaincantes quant à la relation entre poésie et musique. Elle a rassemblé sur scène, outre les trois de JAVA, le groupe Prexley?, dans lequel Espitallier joue de la batterie, Cédric Pigot, et Kasper T. Toeplitz. Et elle fut véritablement une lecture-performance-concert, formant un ensemble trés cohérent, bien rythmé, d’une durée de plus de deux heures, mais il n’y eut pas une seconde d’ennui ou de lassitude, car l’enchainement des différentes prestations, toutes excellentes, s’est faite toute en glissement et en alternance, lecture et musique s’interpénétrant, passant du rock parodique de Prexley?, aux listes absurdes d’Espitallier, du cut’up scizophrène de Maestri aux nappes bruitistes de Pigot, le son et le texte ayant la même valeur, et devenant indispensable l’un à l’autre.
En effet, alors qu’il semblerait y avoir une certaine mode depuis quelque temps à croiser son/musique et littérature, et alors que les trois JAVA sont avant tout des poètes, qui, même si on les dit « sonores » du fait de leur pratique de lecture, ne travaillaient pas en relation avec le son (contrairement à des gens comme Emmanuel Rabu, ou d’autres, qui ont dés le début de leur travail imbriqué son et poésie), cette soirée a développé ce qui me semble être un véritable travail poétique réfléchissant sur la dimension sonore, musicale qu’il pouvait avoir, et un véritable travail musical, réfléchissant à ce qu’un texte pouvait impliquer dans le son, à ce qu’est créer une écriture sonore ; on était donc loin d’une juxtaposition entre musique et lecture, ou d’un habillage sonore pour un texte, comme c’est souvent le cas, le son n’était pas un artifice, ni un élément décoratif, ou un faire-valoir du texte. Ce n’était donc plus une lecture « amplifiée » ou une performance musicale, mais autre chose. Espitallier, Sivan et Maestri ont déjà travaillé avec du son et des musiciens, mais je n’avais jamais trouvé trés convaincants les résultats de ces expériences, leurs textes se suffisant à eux-mêmes, étant assez riches, complexes pour ne pas avoir besoin d’un son n’apportant finalement pas grand chose de plus. Le son pouvait même parfois opacifier le texte, lui enlevant ou atténuant la force qu’il avait seul. Mais durant cette soirée, le son a opéré dans le travail de ces trois écrivains une véritable révélation, les poussant jusqu’au bout de ce qu’ils pouvaient être, accentuant des dimensions du texte, étant comme un révélateur (photographique) du sens et des potentialités de leur poésie, faisaient apparaître et entendre de façon étonnante les reliefs de leur écriture.

Vous pourrez donc voir des extraits de cette soirée dans plusieurs vidéos, la qualité du son n’étant hélas pas la même que celle dans la salle (l’enregistrement ne s’est aps fait à la source), vous en aurez cependant un aperçu. Et pour commencer, cette première vidéo d’une lecture de Jean-Michel Espitallier.
Nous parlerons plus précisément du travail de Vannina Maestri avec Florent Nicolas, et de celui de Jacques Sivan avec Cédric Pigot, dans les prochains vidéo-podcasts.

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[Lettre ouverte] Pas de deux = 1, Pierre Parlant

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , — rédaction @ 12:10

pierre-parlant.jpg [Lettre ouverte de Pierre Parlant, transmise par Jean-Marc Baillieu qui nous a demandé de la communiquer.]
Pas de deux = 1
Les tables des libraires débordent déjà de nouveaux livres contingentés sous la bannière de la “rentrée littéraire”. Dans quelques semaines, il en est un à paraître qu’il m’importe de signaler. Je ne sais rien de lui ni du talent de son auteur. Mon intervention ne relève donc pas d’une appréciation critique.
Je n’ai pas lu ce livre. Sans doute, ne le lirai-je pas.
Je souhaite évoquer son existence pour l’unique raison qu’il portera un titre qui est celui d’un de mes livres, Pas de deux.

Mon livre a été publié en 2005 par les Éditions MF. L’autre sera publié prochainement par les Éditions Verticales. Le mien est une fiction. Il semble bien que l’autre aussi.
Fin juillet, une simple carte postale adressée par les Éditions Verticales m’a fait savoir la chose. Je ne dirai rien ici de la désinvolture du procédé. Le contenu du courrier, quant à lui, se contentait de dire un certain embarras et formulait des regrets. Il n’y avait eu en l’espèce aucune malveillance, m’assurait-on (ce qui est bien le moins!), mais un concours de circonstances incontestablement fâcheux. On ne savait pas. On n’avait pas bien compris qu’il s’agissait aussi d’un ouvrage appartenant au même genre. On était désolé.
Je pris acte mais remarquai tout de même qu’à aucun moment l’hypothèse d’un changement de titre pour le nouveau-venu n’avait été évoquée, peut-être pas même envisagée. Il y aurait un second Pas de deux, l’affaire était entendue. Elle a évidemment occupé un peu de mon temps estival. L’idée d’éventuelles poursuites m’a entrouvert l’arrière-cuisine de l’officine éditoriale. J’y ai perçu d’étonnants remugles. Je me suis écarté. Je me suis interrogé. Les choses auraient-elles connu le même cours si mon livre avait été publié chez un éditeur ayant p(i/o)gnon sur rue ? Se serait-on contenté d’une missive aussi peu formelle si mon infortune, adossée à une éventuelle notoriété, avait pu immédiatement émouvoir le Landerneau littéraire (l’ensemble flou de ceux que JLG appelle les “professionnels de la profession”) ?
Cette histoire n’ayant rien dit que nous ne saurions déjà, j’ai laissé là ces questions. J’en ai tiré malgré moi quelques motifs de réflexion. Je les évoque ici, sans plus. Ils intéressent la question du titre. Je la crois décisive.
«Qui connaît les noms connaît aussi les choses». On se souvient que c’est par cette formule que Cratyle défend, dans le dialogue éponyme de Platon, l’idée d’une imitation de la chose par le mot, révoquant du même coup le conventionnalisme de son interlocuteur Hermogène. L’institution du langage ne relèverait donc ni du hasard ni de l’arbitraire ; la condition des mots renverrait principiellement à celle des choses. Dans une telle perspective, qui ne vaut probablement pas pour l’opinion, intituler un livre n’est certainement pas une décision sans portée. Pour s’en faire une idée, sans doute faudrait-il prendre le temps de se poser une première question : à quel moment (et, j’allais dire, “à quel titre”) le titre vient-il à l’idée ? Procure-t-il confusément un horizon à l’écriture en s’instituant d’entrée de jeu ? S’impose-t-il, métonymiquement, une fois la chose achevée ? En somme, comment faut-il penser la nature du rapport entre son énoncé et l’objet qu’il va relever ? Je me garde de répondre ici. Je pressens néanmoins que Cratyle se tient souvent derrière l’épaule de qui écrit. Le titre est en effet, et dans son ordre, au livre ce que le mot est à cette portion du réel que notre perception se plaît à découper ou à désirer (ce qui revient souvent au même), un des modes les plus essentiels de notre expérience, ledit réel n’acquérant pour nous une quelconque consistance qu’à condition d’avoir été nommé (c’est-à-dire fictionné). Ignorerait-il encore les attendus précis et la teneur de sa propre légitimité, c’est toujours contre l’arbitraire (autre degré d’une nécessité insue) qu’un titre nous convainc et voit le jour. Bien sûr, aucun titre n’atteint l’exactitude imaginée mais certains font encore mieux en étant vraiment, c’est-a-dire follement, anexacts. Tandis que le label ou la marque désignent une chose éculée travestie en merveille (il faudrait avertir sur ce point tous les communicants, leur dire que leur fortune ne change rien au fait qu’ils ne trouveront jamais que du clos), le titre d’un livre a le culot, pour l’avoir singulièrement désiré, d’inaugurer un monde parmi tous les possibles, invitant du même coup le lecteur à y entrer sans prévention. Et c’est peut-être d’une manière proche, le plus souvent au nom d’une affectivité naïve, qu’est enroulé sous la double inscription du nom et du prénom — l’une confirmant la règle de la lignée, l’autre exposant l’exception subjective — le nouveau-né dans la communauté des animaux humains. Reprise et passion de l’origine. Ahurissement ou puissance adamique. Tout nom désigne et, ce faisant, cache comme il peut ce qu’il saisit trop mal. En lui s’impliquent mutuellement la grâce et un certain malheur que d’autres noms, moyennant d’inouïes combinaisons, s’efforceront de conjurer.
Demeure l’essentiel, tout nom rend connaissable. Ce qui signifie, à la lettre, qu’il autorise l’interminable et nécessaire procés de la reconnaissance. En sorte qu’on ne s’empare pas d’un nom qui n’est pas sien sans dommages. Le geste est trop lesté. Le fait-on, c’est l’être lui-même, dans son altérité, qu’on somme de disparaître. Qui méconnaît le singulier du nom dénie, quoi qu’il en dise, la chose en son mystère.
On parle quelquefois d’usurpation à propos du fait de prendre et faire usage sans droit (usus – us ; rapere – ravir, emporter violemment (rapt)). Autrefois, le mot signifiait également l’acte d’«employer» et même de «surnommer». Impossible ici de faire le tour de ces occurrences. Il le faudrait pourtant. On éclairerait peut-être d’un jour suggestif et cruel une dimension de nos affairements.
Enfin ceci. Hormis l’adéquation avec l’intrigue et la référence à la chose chorégraphique que j’approuvais, Pas de deux m’était apparu comme un fieffé performatif. À mes yeux, Pas de deux affirmait en effet: «Ceci est un livre», formule que tout titre, à la façon d’un pauvre idiot, brûle simplement de dire. Qu’un autre ouvrage surgisse aujourd’hui se réclamant du même titre, de ce titre même, mais pas au même titre, agit sur moi à la façon d’une plaisanterie ratée. Je veux bien croire qu’il s’agit là d’un comique hautement involontaire, qu’il n’y a pas eu d’intention de nuire, je suis pourtant gêné et de surcroit gêné de l’être. Le fait du préjudice, positivement constitué et qui m’institue en “victime”, l’excuse, le simulacre de réparation, rien ne parvient à dissiper l’effet de ce mauvais gag : voici un second Pas de deux.
Reste qu’après ces quelques semaines, l’incident m’aurait presque donné l’idée d’en faire la relation. J’aurais à l’évidence matière à raconter, à décrire, à commenter, jusqu’à tirer quelques leçons sur le monde tout petit des éditeurs de livres et des promoteurs d’idées nobles. Je pourrais appeler ça, mettons, La comédie humaine.
Il faudrait tout de même qu’entre-temps je pense à vérifier si le titre n’est pas déjà pris.
Pierre Parlant

[Livre] Christophe Manon, L’IDIEU

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 8:00

manon-idieu2.jpg Christophe Manon, L’IDIEU, éditions IKKO, 60 p.
ISBN : 978-2-916011-11-0, 12 €. [site]
4ème de couverture :
Je travaille à : l’avènement hasardeux et précaire de possibles insoupçonnés à : l’émergence de possibilités inouïes. Toutes les vieilles connaissances je les chiffonne en : une boule de papier mâché. Il m’arrive même de penser que d’une manière générale là où il y a : un et encore : un il y a aussi : trois et cinq et sept et l’infini. Ma joie est : grande. En marchant à mes côté elle bouscule : les imbéciles et leur saisit : le cou par : les narines. Et dire que récemment j’étais très fier : de mon crâne humainen le comparant : à l’arête ossifiée et : aux dents féroces : d’un gorille.

manon-idieu.jpgPremières impressions
Avec ce livre, Christophe Manon approfondit l’ontologie qui était apparue dès ses premiers textes, Totems Intérieurs ou encore Ruminations. D’allure tout à la fois mystérieux, débordant d’énergie, et avec un certain lyrisme, L’IDIEU se présente comme un hymne à la vie : « J’aspire: la vie/j’avale: lavie/je l’absorbe/je la dévore » (p.14). Ce livre met s’il met en critique le rythme humain du monde, « La terre s’aplatit pour être : moins visible (…) La ruine a envahi : la Terre : c’est fait » (p.32), il dépasse néanmoins le constat du nihilisme par sa langue vibrante et son hymne à l’infini qui brille, obscur, dans le corps de l’homme.
Comme je le montrerai dans ma critique (13 septembre), ce trajet poétique de Christophe Manon croise la route des mystiques de Plotin à Angélus Silésius en passant par Giordano Bruno qui signe l’exergue de son livre./PB/

9 septembre 2007

[News de la blogosphère#9] News du web-littéraire + musique&poésie

Filed under: News — Étiquettes : , , — rédaction @ 7:02

blogosphere.gif Tout d’abord indiquons que News de la blogosphère devient hebdomadaire et sera reliée directement à l’émission vidéo en direct que nous réalisons le Dimanche à 11H (AM). Ceci du fait du double sens de l’expression : 1/ News de la Blogosphère signifie tout d’abord une information concernant ce qui a lieu dans le monde des blogs. 2/ Cette expression signifie corrélativement une information provenant de la Blogosphère, celle-ci étant le lieu émetteur de ce qui est exprimé.
Cette News aura cette double vocation et croisera en ce sens plusieurs types d’information : la première partie de l’émission concernera l’actualité du web-littéraire. Nous donnerons dans le post les liens dont nous parlerons en direct. La seconde partie sera consacrée à un dossier lié à un thème éditorial ou bien à une actualité éditoriale.

1/ Actualité des blogs :
[+] Concours de nouvelles insomniaques en une nuit organisé sur le web par Sébastien Boniface. Procédé insolite, dont l’un des membres du Jury sera Philippe Boisnard. Donc ce concours risque aussi de réserver des surprises. [ici]
[+] Stéphane Rouzé propose sur le blog Lelem des vidéos de la biennale de Venise, notamment des images des Lettristes pas tristes, ceci nous permettant de repenser à Isidore Isou.
[+] L’excellent site de La Feuille, où on retrouve Sébastien Bailly et Hubert Guillaud entre autres, met en lumière le template wordpress Commentpress qui permet de créer des commentaires paragraphe par paragraphe.
[+] Un site à découvrir, réalisé sous flash, et entrant en écho avec son Livre blanc, un site blanc de Philippe Vasset. Le site est le résultat de l’Atelier de Géographie Parallèle fondé par Philipep Vasset, Xavier Courteix et Xavier Bismuth. Ce site interroge la réprésentation possible des zones blanches, donc sans autre trace que d’être par elles-mêmes, de la carte 2314 OT de L’Institut National de Géographie.
[+] Une nouvelle façon de se faire des amis, de contacter est mise en lumière par le site pop’tronic interligence développé par David Guez permet d’envoyer des messages à une liste aléatoire d’inscrits.
[+] Sur facebook, libr-critique a créé un groupe. Vous pouvez vous y inscrire pour suivre en direct notre actualité.
2/ Dossier musique et poésie :
Ce dossier portera notamment sur le revue Minimum Rock’n’roll et sur la sortie du CD + livret Julien Blaine au Blockhaus DY 10 publié par les éditions Dernier Télégramme.

8 septembre 2007

[NEWS] Générique de l’émission News de la blogosphère

Filed under: News,UNE,videopodcast — Étiquettes : , — Philippe Boisnard @ 21:28
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[Revue] Minimum Rock’n’roll n°4

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 8:20

vignetteminirnr4.jpgRevue Minimum Rock’n’roll, n°4 – Format : 17 x 24 / 176 pages. Co-édition DISCO-BABEL / LE CASTOR ASTRAL
ISBN : 2-85920-711-3. 15 euros.
[site]
Le comité de rédaction est composé de Marie-Pierre Bonniol, Emmanuel Dazin, David Le Simple, Renaud Monfourny, Pascal Regis.

Présentation :
Lors de notre visite chez Lucien Suel en juin 2007, nous sommes repartis avec sous le bras le numéro 4 de la revue Minimum Rock’n’roll, « revue littéraire annuelle chic, choc et charme sur le Rock« , comme elle se présente elle-même, dirigée par Disco-Babel, et publié par le Castor Austral. Cette revue dense et enjouée explore dans ce 4ème tome, les relations entre rock et amour à travers un thème glossy et rougeoyant : « Lipstick, patins mouillés et gorges profondes« . L’originalité de cet objet est qu’on n’y trouve pas seulement des écrivains ou des poètes, mais aussi des artistes, des fans de rock, des photographes, des chanteurs et/ou musiciens, des dessinateurs ou encore des blogueurs-fanzineurs, tous des allumés du rock, rassemblés pour témoigner, dire, hurler ou murmurer leur amour de cette musique, aussi attitude, esprit, pose, fantasme et utopie. Textes courts, témoignages brûlants, statistiques, chansons, poèmes, récits fantastiques ou véridiques, beaucoup d’inventivité et de délire pour de la littérature résolument rock.

Au sommaire de ce numéro : Luc Lemaire, El Rotringo, Pierre Mikaïloff, David West, Milan Dargent, Catherine Mazodier, Bérangère Maximin, Dominique Grimaud, Wilfried Paris, Linda Absher, Marie-Laure Dagoit, Benjamine Dorno, Jacques Floret, David West, Charles Bösersach, Éric McComber, Nancy McDonald, Damien Breucker, Renaud Monfourny, Thomas Chaumont, Anna Rozen, Benoît Preteseille, Charles Bösersach, Noémie Barsolle, Charlene Darling, Anna Czapski, Isabelle Chelley, Nicolas Richard, R. Pradoc, Red, Christian Eudeline, Jeanne Marinello, Cyrille Martinez, Philippe Di Folco, Lucien Suel, Pascal Regis, Grégory Combet, AndTheJellyfish, David West, Jean-Noël Levavasseur, Jérôme Laperruque.

[Texte] Est-ce pions ? de Nicolas Tardy

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , — rédaction @ 7:41

tardy_texte2.jpg Nous mettons en ligne ici un texte de création de Nicolas Tardy, dont nous venons de présenter le livre S.F comme Syndrome fusionnelcliquer sur le lien pour voir la présentation , publié aux éditions de L’Attente.

EST-CE PIONS ?
Personnages élevés à la puissance haine : complotueurs en complets vestons retournent leurs vestes (seuls leurs échecs sont visibles). Liste des agents doubles double constamment dans une mission désormais classée à ne jamais dévoiler sous peine d’être éliminé où, juste à temps, pion noir devient pion blanc pour renforcer une nouvelle identité, pour défendre une certaine idée où questionnement incessant jamais ne cesse, se déplace, ment et tout rassemblement de plus d’1 individu paraît suspect. Été : surveillance en bermuda d’agents de Cuba; hiver : surveillance en anorak d’agents croates. Comme une image satellite leur présence est une preuve suffisante dans la lutte du bien contre le mal où chacun pense être le bien, où le chef de serre vis galvanise ses hommes, n’hésite pas à en faire des tonnes pour faire passer la pilule. Il a carte blanche; devra montrer patte identique. Il ne révèle pas son identité à homme qui ne lui révèle pas son identité, et lire quelques lignes le met en danger. Membres reliés constituent le corps d’élite (agents fondus dans le décor, disparaissant une fois leur tâche effectuée). Informateur a été retrouvé mort dans les toilettes de l’aéroport (balle est dans son camp; en plein front). Endroit grouille d’espions et d’agents secrets qui prennent des photos et tout ce qui peut servir le service et le propos des pros dans le réseau des maux (avec 1 mal nécessaire : le permis de tuer). Sera neutralisé le pas futé futur tué qui, nouveau dans le sévices, combattait sans répit les ennemis de la liberté, à l’aide d’1 parapluie conçu en Bulgarie. Corps disparaît dans le décor où, pour code à récupérer, agent fut envoyé. Terrain est piégé; agent de terrain aussi. Sur son 31 glissait 1 38 à sa cheville. La vie de l’infiltré ne tenait qu’à 1 fil. Les meilleures couvertures peuvent aisément et rapidement se transformer en coquets linceuls. Agent de renseignement, qui saigne et ment (ment tout le temps), à présent pour toujours dormant a 2 trous rouges au côté droit. N’a pas agit selon les ordres de son gouvernement qui, aux ordres des dirigeants, ment. Est à présent dans son cercueil, prêt à être rapatrié, à passer une frontière bien gardée (évacuation des corps étrangers n’est pas sans danger). Face à pas sages, secrets d’état gèrent la situation, leurres tournent dans les méandres de la narration-camouflage avec une identité de fiction pour perturber l’action des hommes du service du même nom. Ils aiment gravir Echelon par Echelon, localiser les pions, dévoiler l’étendue des ramifications, avaler une fameuse gorgée de poison. Torture par injection entraîne digressions et tout fusionne dans la confusion (vigiepiratedelair). Dès l’aube, à l’heure où l’avion survole l’Ukraine : épier sur Terre des Hommes de bonne volonté. Agents maussades sont dans la panade suite à ordres de missions d’1 beau parleur via 1 haut parleur. Il faudra pratiquer SAS (Séduction Avec Sexe); le vrai, le faux, trier; car mieux vaut prévenir que gémir. Tradition de la torture a la dent dure et décor est planté comme couteau dans le dos. Au nord : 1 corrompu (du cul – comme technique d’approche – s’est avéré efficace); au sud : des SCUD. Armes de destruction massive sont justifications pour nids de vipères de la nation qui reconstruisent des vies (vidéos de contrôle n’enregistrent pas changements de rôles à sang pour sang). CIA – pas de quoi s’en faire – vient de les réduire définitivement au silence. Quand bien même, d’1 coup de pétard sera dessoudé dans son falzar, heureux qui, dans les coulisses, aura bien manipulé. Dans la machinerie : des ratés. Plusieurs affaires sont liées. Demain, sera américain, cubain ou syrien (si papiers sont bien imités). Peu de temps pour les civilités. Seule certitude : 1 haut personnage est impliqué. Dégradation de situation et graduation dans l’action. L’analyste tente de démasquer la taupe, avance en terrain miné. Son gilet, pare balles qui lui étaient destinées. À l’aide de son Walther PPK pas désespéré pourra être réglé sans devoir faire appel à capsule caché dans dent vidée. Devenu persona non grata auprès de la Compagnie, peut se gratter pour sortir du guêpier dans lequel il s’est fourré dans les corridors du pouvoir qui ne dort jamais. Entre leurs mains l’agent de terrain n’est rien; parcourait le monde pour défendre une certaine idée de la démocratie, pour détruire les biens d’autrui. Vient d’être exécutué par aérosol combiné à briquet entre les mains expertes d’espion anglais très très en thé thé (qui finira étranglé au lacet). Imprudent sont démasqués mais sages sont codés. Dans la montée du danger, improviser est de mise (en pli secret, document est envoyé). Cible est verrouillée : agent va dérouiller, tomber sur 1 os ou pour la patrie. Vont tirer les premiers, ces messieurs de Langley. Arsenal est planqué. Maison est encerclée. 1 fusil, 1 agent (tout 2 à lunettes) sont arrivés. L’agent ne fait le bonheur. Nom de la mission : sniper bleu. Avec une balle dans la tête c’est net; pour dévoiler l’identité c’est niet. En raison d’une porte dérobée, démantèlement sera incomplet. Barbouzes sont dans la bouse, recoupent de l’informe (action circule tout le long). Néanmoins tout message est susceptible d’altération et tous les moyens sont bons pour la mission (cercueil à double-fond, soupe de poison…). Dans cette miction, les hommes de la NSA rêvent de jouer les gros bras, se font un devoir de voir ce que les autres ne voient pas. Mais l’ange de la mort passe et l’Agence tasse et l’Agence ment. Dans tous les cas le département des tas d’informations niera avoir eu connaissance de leurres-vagissements. Ce ne serait pas la première fois que la CIA préparerait 1 coup d’état (Cuba ne l’oublie pas). DGSE qui arrive là-bas ?

7 septembre 2007

[CD + livre] Julien Blaine au Blockhaus DY 10

blaine_dy.jpgJulien Blaine au Blockhaus DY 10, Nantes le 16 mai 2001, avec Julien Blaine, Sylvain Courtoux, Basile Ferriot, Carine Léquyer, Emmanuel Rabu et Phil Tremble, éditions Dernier Télégramme, livret de 26 p. CD de 34 mn.
ISBN : 978-2-917136-00-3. 12 €.
[site des éditions]

Présentation :
Ce CD et sa participation sur livret sont issus d’un enregistrement public. Il a eu lieu au moment de la pleine effervescence du Bunker DY 10 à Nantes où se concentraient plusieurs associations. Durant ces années, Emmanuel Rabu organisait de nombreuses rencontres et soirées de poésie. Cet enregistrement est le fruit de l’une d’elle. Dans celui-ci dont nous donnons un court extrait [début de la partition], nous entendons Julien Blaine dans un contexte sonore expérimental, résultat de l’entrecroisement de plusieurs pratiques. Si nous connaissons sa liaison au travail de contre-basse de Joëlle Léandre, ici c’est une autre dimension qui s’ouvre grâce aux croisements sonores de la harpe préparée (Carine Léquyer), des percussions (Basile Ferriot), de l’ARP odyssee (Sylvain Courtoux), de voix (Emmanuel Rabu) et du mixage opéré par Phil Tremble.
Ce CD montre en quel sens la poésie contemporaine est reliée aussi aux recherches expérimentales de la musique contemporaine ou de la musique concrète. Ceci nous permet de rappeler que le premier morceau donné à entendre par Xenakis et Varèse lors de l’exposition universelle de 1958, s’appelait Poème électronique. On retrouve ici des liaisons évidentes lorsque l’on considère le fourmillement sonore du synthétiseur ARP de Sylvain Courtoux.
Ici,en ce sens, loin d’entendre seulement un accompagnement sonore, ce qui malheureusement est trop souvent le cas dans le rapport musique/poésie, il y a un double espace d’écriture/modulation de médiums qui se répondent et s’inter-pénètrent pour constituer une seule réalité sonore où chaque élément a une place essentielle./PB/

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[revue] Livraison#8 : Traduire

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livraison_8.jpgLivraison#8, été 2007, revue d’art contemporain bilingue, éditions rhinocéros, directeur de publication Nicolas Simonin, coordination du numéro par Roelants et Stephen Wright. 190 p.
ISBN 978-2-913803-25-1, 13 €.
[site]
Présentation du numéro :
Dans ce numéro, on retrouve un sommaire international très large avec des artistes qui ont aussi bien une assez large audience, que des intervenants extérieurs au monde de l’art, tel un mathématicien. Par ordre alphabétique : Didier Garcia, Oscarine Bosquet, Tony Chakar, Vuc Cosic, Carina Diepens, Gaetan Doremus, International Errorists, Jakup Ferri, Stephen Gill, Ghislaine Glasson Deschaumes, rada Ivecovic, Emily Jacir, Hashem el Madani, Jonathan Monk, Malik Nejmi, Antoinette Ohannessian, Jocelyn Robert, Klaus Scherubel, Sabica Senez, Mladen Stilinovic Stephen Wright.

Le numéro Traduire, comme l’a parfaitement exprimé Annick Rivoire dans un article publié sur poptronics, est une revue que l’on ne traverse pas rapidement, tant le thème est exploré, traduit, repris, déplacé, réapproprié. Les propositions sont très nombreuses comme nous l’avons dit lors de l’émission en direct du 2 septembre, et comme nous tenterons de l’exprimer dans la chronique que nous publierons le 16 septembre. Mais d’ores et déjà certains travaux ont retenu notre attention : Stephen Gill et et ses Billboard series, Antoinette Ohannessian & Didier Barbier et leurs énoncés formulés, le travail de compilation graphique de Sabica Senez ou bien encore Vuc Cosic et ses ASCII MOES.
Vous pouvez vous reporter aussi à la présentation de chaque oeuvre en PDF donnée par la revue Livraison./PB/

6 septembre 2007

[Dossier] Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (2)

ernauxentr.gif Seconde partie du dossier Annie Ernaux. Succédant à l’extrait de son journal, un entretien exclusif avec Fabrice Thumerel. Ce dossier fait suite à la réédition du livre Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux [bon de commande]
☛ ÉTATS CRITIQUES / ÉCRITS CRITIQUES. ENTRETIEN AVEC ANNIE ERNAUX.
(Propos recueillis par Fabrice THUMEREL)

ae.jpgSuite à la réédition de ce premier colloque international, intitulé Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (Artois Presses Université, 2004), j’ai d’abord envie de revenir sur ton rapport à la critique. D’une part, si je mets en regard certaines phrases de Se perdre (2001), de L’Écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet (2003) et de la préface à ce volume, il apparaît que tu n’accordes de pouvoir heuristique qu’à l’écriture de l’écrivain, les travaux critiques n’ayant de plus aucune prise sur ta pratique autosociobiographique ; d’autre part, toi qui as toujours manifesté un vif intérêt pour les publications critiques, qu’elles portent ou non sur ton oeuvre, tu déclares avoir beaucoup appris lors de ce colloque, certaines interprétations ayant même touché « la vérité de l’écriture ».
En somme, est-ce à dire que la réception de ton oeuvre n’affecte en rien le projet en cours ? que la critique te porte plus qu’elle ne te transporte ? Parce qu’intransitive, l’écriture critique n’est-elle porteuse d’aucune vérité sur le monde au travers et au delà du monde même de l’écrivain ?
Plus précisément ici, en quoi ce volume a-t-il changé ton propre rapport à l’oeuvre ? Selon toi, a-t-il modifié la réception critique de l’oeuvre ?

– Cela ne m’apparaît pas contradictoire de dire que j’ai beaucoup appris lors du colloque, mais que les travaux critiques, même ceux qui touchent profondément à la « vérité » de mon écriture – peut-être ceux-là plus que d’autres d’ailleurs -, n’ont aucune prise sur ma façon d’écrire. Tout ce qui est mis au jour sur mes textes, sur le processus d’écriture, les interprétations, au fur et à mesure que je l’entends, le découvre, je le vois tantôt comme un agrandissement de mon travail tantôt comme une effraction (heureuse). Mais comment écrire en ayant à l’esprit la somme des interprétations et des regards sur mes textes, ma démarche ? C’est une vision insensée, horrible même. Je suis amnésique de tout ce qui a été découvert sur mes thèmes, la visée de mon écriture, etc., quand je suis dans le livre à faire. Peut-être suis-je effectivement en train d’accomplir des intuitions critiques, de donner raison une nouvelle fois à une interprétation qui a été faite sur ma démarche, mais je n’en suis pas consciente et il ne me servirait à rien de l’être : il y a comme une impossibilité d’ajuster l’idée, le désir que j’ai d’un texte à faire, d’une forme, à des connaissances « antérieures ». Je ressens toujours avec force la phrase de Flaubert, chaque oeuvre porte en elle sa poétique qu’il faut trouver, et je ne peux pas plus la trouver dans mes livres derrière moi que dans les éclairages sur eux.

Cela dit, la critique – je parle évidemment de celle qui est pratiquée par toi et les intervenants du colloque – a un rôle important dans la perception que j’ai de mon travail, de ses dimensions, de sa situation, et lorsque j’ai à en parler, il m’arrive de reprendre, d’utiliser, ce que la critique m’a appris. Ainsi, j’explique ce que j’ai voulu faire dans La Honte, L’Événement ou Passion simple par exemple, en ajoutant certaines des significations que la critique a découvertes. L’enrichissement de mes textes par la critique, au travers du dialogue que j’entretiens avec elle, est quelque chose que j’éprouve de plus en plus. Qui me donne plus de force et de liberté.

Il m’est difficile de définir mon rapport à ce que j’écris, que je vois comme des livres séparés les uns des autres par les années, par les choses de ma vie. Les deux jours du colloque, ce volume qui rassemble ce qui y a été dit, « solidifie » en une totalité, en « oeuvre », l’ensemble disjoint de mes textes. Une totalité traversée de lignes, de sens multiples. Je pense que la réception critique de mon travail sera modifiée justement dans la mesure où celui-ci apparaît comme tel, à la fois un et complexe, et non plus réductible, par exemple, à la littérature de confession ou à l’autofiction.

Je voudrais revenir sur un point important : en ne reconnaissant pas à la critique le pouvoir d’agir sur ma pratique d’écriture, je ne lui dénie pas, loin de là, un rôle dans l’évolution de la littérature, non plus qu’un pouvoir heuristique. Non seulement elle est créatrice de sens, mais aussi de formes – ce serait un long sujet à développer, je citerai seulement l’exemple désormais célèbre de Doubrovsky relevant un défi de Philippe Lejeune -, et, au-delà, elle participe, toutefois différemment de l’oeuvre première, d’une transformation du monde par son langage et ses outils d’analyse. Si je me retourne sur mon parcours d’écriture, je constate une action globale, diffuse, de la critique, mais je dirais que celle-ci agit d’autant plus sur moi que je n’en suis pas l’objet…

– Depuis cet ouvrage collectif, quels sont les essais ou articles qui t’ont marquée ?

tjae.jpg– Je n’ai pas connaissance de tout ce qui a été publié depuis ce volume-ci. Dans ce que j’ai lu, j’ai tendance à me souvenir de ce qui m’a donné une émotion, un remuement de choses affectives. En font partie, par exemple, ce qu’a écrit Pierre-Louis Fort dans Ma mère, la morte (Imago, 2007) et Dominique Barbéris dans la revue Tra-jectoires (n° 3, juin 2006) sur la parataxe dans La Place.

[Chronique] Propositions d’activité de Xavier Person

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , — Philippe Boisnard @ 7:46

personchronacti.gif Les propositions d’activité de Xavier Person se constituent comme une mise en relation de propositions dans le cadre dynamique de la construction de la langue. Avec raison Guillaume Fayard dans sa chronique sur sitaudis se réfère à Jérôme Mauche. En effet comme dans Fenêtre Portes et façades par exemple, nous découvrons une série de 80 blocs textes successifs qui ne sont aucunement des micro-narrations, mais qui sont des agglomérats de relations où prévaut l’accidentalité de liaisons linguistiques plutôt que la linéarité descriptive ou bien le fil narratif. Tel qu’il l’énonce d’emblée, Chaque situation joue “l’accident expérimental”.

Débris de remarques
La quatrième de couverture met en évidence des activités. Toute à l’infinitif. Or, force est de constater, que derrière le formalisme de ces activités ainsi énoncées, listées, le livre de Xavier Person ne se présente pas du tout comme une forme de liste. Alors que par exemple les routines de Nicolas Tardy jouaient sur la liste, ici nullement. De même nous sommes loin de la composition, remarquable il faut encore le dire, de Jérôme Mauche dans Superadobe, édité chez le même éditeur, le bleu du ciel, composition qui se montrait comme une succession de gestes d’auto-équilibre existentiel de protagonistes potentiels. Les activités, énoncées en 4ème de couverture sont éparpillées dans l’ensemble du texte. Ces activités ne sont pas le sujet essentiel du texte, et en ce sens celui-ci ne tourne pas autour de la question programmatique de l’action et de ses modalités. L’activité qui est ici pensée est surtout celle de la langue et de ses possibles : télescopages, segmentations, biffurcations, rectifications, dérives, etc…
Ce qui est ainsi visé c’est une sorte de défossilisation de la communication langagière. Sortir des règles établies pour retrouver les traces de l’activité de la langue, à savoir de la pensée rencontrant le réel. Est établie une forme de critique, indirecte de la standardisation de la communication et des hommes :
“Plus trace de la moindre trace ? Désertification progressive, lieux de stockage sur routes, pôle logistique conséquent” (p.78)
Au lieu de cet évidemment de l’expérience du monde et du réel par la recherche du plan cadastré de la langue communicationnelle empêchant toute liaison aux choses et aux êtres, ces propositions d’activité ouvrent sur de micro-indices, de brefs détails qui sont comme autant d’expériences de pensée/langage à effectuer afin de s’ouvrir autrement au réel. “Renouer le dialogue à partir de pour ainsi dire rien du tout, chercher à dire autre chose, non sans lyrisme vous place au coeur des choses” (p.63)

Écumes
Cette poésie est celle de l’écume au sens où a pu déterminé dans Sphères III ce concept Peter Sloterdijk. Tel que ce dernier la détermine, loin de n’être que “tromperie” “une humeur”, un “gaz paludéen”, elle est déterminée par “l’aphrologie – du grec aphros, l’écume -” comme “la théorie des systèmes affectés d’une cofragilité”. Système où ce qui compte n’est pas la captation, la solidité, mais l’éphémère d’un équilibre produit par le mouvement, le moment où dans la rencontre se compose un précipité fugace.
Chaque phrase est de cette nature : fragile, suspendue dans sa présence, posée comme sa propre finalité, rencontre la langue avec une pensée. Donc sur un plan d’immance, selon une ligne de fuite. C’est ce qu’explique Xavier Person lorsqu’il écrit : “La récurrence des chutes le plus souvent nous ravit, s’éclaircissent des pensées rendues à elles-mêmes, qui pouvant s’effacer posent la question de comment continuer si celle-ci, cette pensée, était la dernière, comment avancer sans à un moment s’y résoudre, à cette avancée vers son dénouement” (p.79).
Chaque phrase est comme une écume, les phrases ne sont que parce qu’elles sont dans une dynamique, une avancée, elles ne sont pas selon l’immobilité du sens, mais selon le flux : “Exercice d’équilibre, voire d’équilibrisme, l’attente de l’arrêt complet est pour le véhicule le prétexte à continuer d’avancer” (p.28).
La logique de composition, comme le rappelle François Bon dans son article Xavier Person : personne n’en sortira vivant, semble bien confirmer cette désignation de l’écume. Ce livre est composé du flux de ce que Xavier Person note, « bouts de phrase recopiés en réunion… », de bouts de phrase qui lors des réunions se déversent et forment ce précipité d’écriture.
Ainsi, le lecteur qui cherche la cohérence d’une avancée linéaire ou dialectique ne peut être que perdu dans cette suite non pas tant de bloc-textes — car ici la forme apparaît comme un artifice sans importance il me semble — mais de phrases qui chacune en elle-même trouve son propre équilibre précaire par rapport à l’ensemble, sa propre cohérence, sans supposer les liaisons nécessaires, quant à sa signifiance, aux autres phrases. Par ces débris de remarques, insiste conséquemment une critique de l’unité de la représentation, en faveur d’une pensée du multiple. “S’édulcore la réalité à partir de certains détails qui la constituent” (p.41).
Le lecteur ne doit pas chercher à se repérer mais accepter une forme de dérive. On retrouve ici un thème nietzschéen, s’il en est un : la question du sol et de l’assolement, la question de la mer. “Savoir nager seul le saut dans le torrent nous l’apprend” écrit Nietzsche dans une de ses notes, et c’est bien ce à quoi semble inviter Xavier Person, mettant en perspective le caractère symptomatique de la recherche de sol : “On s’inquiète au fond de surnager, on tente de vivre sur des rivages, là où le sol s’incline pour former le bord des choses” (p.63) or, il s’agit “pour nager” de retrouver “la mer libre” (p.85). Ce thème de la mer est récurrent tout au long du livre, et, pourrait-on, il s’agit bien de cela à quoi Xavier Person nous invite : se laisser aller à la dérive de nos pensées à travers l’existence, se mettre en situation de rêve (autre thème qui traverse l’ensemble du livre).

En définitive, si d’emblée ces propositions d’activité peuvent désarçonner par une certaine forme d’hermétisme voire de maniérisme, elles manifestent cependant une grande cohérence et révèlent tout au long de leur lecture maintes surprises et plaisirs pour l’esprit qui s’abandonne à l’aventure de l’éphémère du sens.

5 septembre 2007

[Interview vidéo] Lucien Suel

Filed under: entretiens,UNE,videopodcast — Étiquettes : , — rédaction @ 10:00

suel3.gif Interview de Lucien Suel, réalisée le 15 juin 2007, à La Tirmande, dans le Pas-de-Calais. Dans cet entretien, Lucien Suel explique tout à la fois son travail d’écriture et ses références, qu’elles soient littéraires ou musicales. Lucien Suel fait partie des explorateurs de langue, et ceci non pas seulement selon son propre travail, qui s’accomplit depuis plus de 30 ans, mais aussi selon son rapport aux autres : que cela soit sa réception des écrivains de la Beat, ou que cela soit par exemple la publication au milieu des années 90 du Train de Christophe Tarkos. [durée 20 mn]

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[Dossier] Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (1)

ernauxtexte.gif À l’occasion de la réédition de Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux, ouvrage collectif paru en décembre 2004 – suite au premier colloque international sur cette oeuvre -, on trouvera ici, avant même la présentation de ce volume, les compléments bibliographiques et un article d’Isabelle Roussel sur L’Usage de la photo (troisième partie du Dossier), un extrait inédit du Journal d’Annie Ernaux (première partie), suivi d’un entretien avec l’auteure, « Ã‰tats critiques/écrits critiques » (seconde partie).

☛ ANNIE ERNAUX, JOURNAL 2005 (extraits)

Vendredi 6 Mai
Retrouvé cette phrase écrite je ne sais quand (2000, apparemment) : « ma soeur est morte, elle était plus vivante que moi ». La part de l’exagération rhétorique. À côté une phrase de ma mère, récurrente, « Tout ce qui vit est beau ». Marquée par ce vitalisme, bien sûr. Et là, j’ai peur de mourir dans l’opération à venir, faire une thrombose, une hémorragie cérébrale à cause de ma chute sur la tête de l’an dernier, du traitement à l’EPO.
Hier soir, j’ai constaté avec stupeur que j’avais des centaines et des centaines, quelques milliers sans doute, de pages de notes, de paragraphes, de débuts, accumulés depuis 31 ans, sans m’en rendre compte. Il s’agit toujours d’accorder une forme à quelque chose de ma (la) vie.

Samedi 14 Mai
Un homme révolté c’est un homme qui dit « non ». Il veut dire que les choses ont trop duré, qu’il n’ira pas au delà. C’est le début du livre de Camus, L’Homme révolté. C’est ça le non au referendum. Non au mépris des populations, non à l’insolente richesse des patrons, à la faconde politique, médiatique, à ce monde qui se croit si invulnérable, si malin, qui n’imagine pas qu’on voit, depuis les quais bondés du métro et du RER, depuis les agences de l’ANPE, des caisses de supermarché qu’il se fout de la gueule des gens, les fait pleurer au tsunami et verser des dons, aujourd’hui inutilisés. Mais incertitude sur la capacité de dire non des gens, que la campagne éhontée en faveur du oui a pu ébranler. Voix chevrotante de l’abbé Pierre pour inciter à voter oui, pensé à celle de Pétain en 40 et aux commentaires plus tard des parents, « ils » sont allés chercher ce vieux maréchal gâteux !

Mercredi 25
18 heures 30. Conférence au Théâtre 95, alors que j’ai sommeil, le moral est au plus bas, que mes idées sont floues (antibios à hautes doses contre l’infection dentaire). Deux heures horribles à traverser. Comment les gens peuvent-ils aller à des conférences ? Moi ça m’ennuie tellement ! Savoir, savoir, évidemment. Je tombe sur une émission de Télérama, « Sept jours à vivre ». Peut-être n’ai-je aussi que 7 jours à vivre. Je n’arrive pas à échapper à cette impression que cette opération n’est pas utile et même que je peux, sinon y passer sur le champ, du moins en sortir plus mal qu’avant.

Lundi 30 Mai
Le non l’a emporté. Hier matin je n’y croyais pas en allant voter à Cergy, devant l’attitude triomphante de certains électeurs. D’ailleurs Cergy n’a pas eu une majorité de non. Cinquante-cinq pour cent de non : le « c’est assez, vous cesserez de nous raconter des histoires ». L’Europe c’était une belle idée, ainsi parle une étudiante dans Le Monde. Mais l’idée est impuissante devant les contraintes du réel, de « la vie qu’on vit ».
Extrêmement agaçant de constater qu’après ce vote sans ambiguïté les politiques et surtout les médias continuent de culpabiliser les gens, de les prendre pour des irresponsables, des masochistes. Toujours la même hauteur, la même condescendance. On reproche aux individus d’avoir conscience de leur situation.

Mardi 31 Mai
17 heures 40. Cochin, ter. Chambre 235. Cette fois la fenêtre donne sur la cour, côté entrée. Je vois l’horloge. Une femme – je crois – clopine dans le couloir. Demain, vivante ou morte. Où ces choses-là sont-elles « Ã©crites » ? Ou non écrites, plus sûrement.
Marc m’a accompagnée. D’un hôpital l’autre, janvier 2003 – mai 2005. Belle histoire.
J’ai sommeil, pas encore peur. Pourquoi les infirmières crient-elles comme des sourdes ?

Samedi 4 juin
10 heures 20. Le corps a été passé à la torsion, la scie, le ruissellement de sang et me voici quatre jours après, bandée, alitée, à devoir faire pour la troisième fois le parcours de la marche à réapprendre. La chambre est calme, donne sur la partie ancienne de Cochin et un immeuble des années 50, utilisé tard le soir. Au fond, Saint-Jacques-du-haut-Pas. Hier, je regarde l’émission, « Mères-Filles, ça fait toujours des histoires », j’ai un choc en me voyant aussi ridée, filmée de près, très maquillée, lourdement. Je suis découragée d’être aussi marquée. C’était en octobre, ensuite, je serais plus jeune, mieux coiffée, dans les émissions sur L’Usage de la photo.
Je viens de faire quelques pas avec la kiné, ma jambe n’est pas trop lourde, ni trop longue (pas assez ?). Retournée au fauteuil, tout tourne, j’ai mal au coeur.
M. rentré à Trouville. Il me dit que, le jour de mon opération – quatre heures + quatre de réveil – il a eu le sentiment qu’il allait perdre la dernière personne qu’il ait au monde.

Lundi 6 juin
14 heures 15. Je viens de voyager dans les souterrains de l’hôpital pour aller passer une écho-Doppler, du pavillon Ollier au pavillon Achard. Je songeais à Metropolis : circulent par ici les gens de l’ombre, femmes de ménage, hommes d’entretien (un fenwick arrêté bouchait le passage, empêchant de passer mon chariot), soignants. Mais sans doute pas les médecins. Tags plein les murs, sous les tuyaux parcourant les allées, graffiti obscènes, « tobe dure », sexes masculins à profusion, un bizarre « forza Italia », des revendications pour le travail, l’augmentation de personnel. Dans l’ascenseur, une femme de ménage forte en gueule dit qu’ils feront bientôt des clones d’eux, le personnel d’en bas. Mon sentiment se ravive d’être à la veille d’une révolution ou du fascisme (ou la première plus le second, avec Sarko). Je ne suis pas sûre que la révolution soit bonne pour la condition des femmes.
Au doppler je manque m’évanouir de chaleur et de soif. Une aide-soignante noire, volumineuse, propulse mon chariot en parlant toute seule : « je compte mes jours, je compte mes jours », de vacances ou de RTT vraisemblablement.

Mardi 5 Juillet – La Châtaigneraie
Avoir le nez sur les choses les plus infimes, les détails de la vie pour vivre, je retrouve cela de mon enfance, pendant les vacances d’été, où je n’avais rien mais rien à faire, et pas assez de livres. Se laver, ranger méthodiquement les affaires, lavoter des pulls, slips, ranger les lettres, les journaux, les livres lus, dans le sac pour le week-end. J’imagine que la vieillesse (ou le handicap) rejoint l’enfance dans un présent infini. Cinq semaines que je suis en situation « hospitalière ».

Jeudi 7 Juillet
Attentats à Londres, dont un à Edgware-Road, aussi à Russell’s Square, là où nous étions chez Lyn, en juin 2003. Balaient les ridicules commentaires, bouffis de triomphalisme chauvin, sur la défaite de la France qui a vu passer sous son nez les JO de 2012. Pas la France, seulement les Chirac, Delanoé, les journalistes en meute comme d’habitude.
Je suis assommée, répugnée, par tout ce que j’entends de xénophobie, plus ou moins d’antisémitisme, ici, à table, hier dans le VSL (un chauffeur Black et un Tunisien, très charmants au demeurant). Les temps sont mûrs en France pour un régime facho, mais pas forcément. Grande confusion actuellement, situation « pré-« , mais pré- quoi ?

Lundi 5 Septembre
Image troublante : jeudi dernier, à Trouville, une jeune femme musulmane (voile) tenant par la main un homme (son mari évidemment) s’avançait doucement dans la mer, toute habillée. Sa jupe peu à peu effacée, puis la veste, il n’y a plus eu que sa tête voilée au-dessus des vagues, près de son compagnon – qui portait seulement un pantalon retroussé à mi-jambes. C’est une image que je n’avais jamais vue réellement. À la fois beau, tellement biblique, et effrayant. Imaginer ici, cet endroit, dans 100 ans – ou 50 – toutes les femmes d’aujourd’hui en deux pièces, seins nus pour un quart, se baignant en robes longues et voiles, comme la normalité. La même normalité qui me fait bronzer jambes exposées, dos nu, soutif dégrafé. Cette impossibilité de me la représenter.
Déferlante Houellebecq. Je ne l’achèterai pas. J’ai besoin d’un regard qui veuille comprendre le monde, non l’insulter.

Dimanche 6 Novembre
10 ème nuit d’événements en banlieue parisienne, des grandes villes, Evreux, etc. 1200 voitures brûlées cette nuit. Cela aurait dû arriver plus tôt, la « racaille » selon Sarkozy se comporte comme ce qu’on croit qu’ils sont, eux, les enfants des « quartiers » précédemment « cités », sans avenir ou presque. Les barbares. Crainte de la réaction, la France de la peur, toujours, Flaubert vomissant la Commune, mais c’est G. Sand et Hugo qui ont raison sur la durée. Je me réjouis formidablement de ce qui est arrivé, ceux qu’on a humiliés, rendus sauvages, renvoient la violence qu’on leur a faite. Ni Arlette ni Besancenot ne causent, déjà dans les élections sans doute.

Mercredi 9 Novembre
Couvre-feu, état d’urgence, comme en avril 55 pendant les « Ã©vénements », en Algérie, non en France. On ne saurait mieux indiquer que « ces gens-là » ne sont pas de vrais Français, ces petits-enfants de ceux dont les Français ne voulaient pas l’indépendance. Il est évident, de toute façon, que pour la majorité des Français ce sont des inférieurs, sinon des sauvages – 73 % approuvent l’état d’urgence. D. idem, tourne vraiment à la réac, s’en prend à la gauche, plutôt réservée ici en l’occurrence. Quand va-t-elle dire, avouer, clairement qu’elle soutient la politique de droite, sans doute lorsque Sarkozy sera au pouvoir. Sous le prétexte, presque avoué, plutôt Sarko que Le Pen, plus « moderne » et présentable, moins viscéral, non antisémite en effet. Aussi dangereux. Chirac est un zombie depuis les élections de fin mai.

Lundi 14 Novembre
Plus de calme en banlieue. Jusqu’à la prochaine fois. Semaine à venir sans travail jusqu’à samedi, M. ici. Vieille histoire. S’il n’était pas dans ma vie, je souffrirais comme une chienne. Il y est et la perspective de ne pas écrire durant cinq jours me désespère.

Mercredi 30
TGV Chambéry-Paris.
Retour d’Annecy où j’ai passé la journée. Gris, neige sur les trottoirs, le lac. Si loin du monde, à nouveau, comme il y a 40 ans, en arrivant avec Philippe, Eric, 10 mois. Etait-ce moi ? Ou bien est-ce maintenant que c’est moi ? Ce retour, et je sentais toute la vie dans son quotidien me reprendre, les courses au Carrefour-Parmelan, le CES, ma mère, la Roseraie, et plus loin, Saveco, les vieux quartiers tristes et noirs, j’étais si loin des facs – la boucherie en face de l’appart. Annecy, je ressens – re-sens – ce mot comme il était en octobre 65, le bout du monde : « s’enterrer à Annecy ». Je suis bouleversée ce soir de me ressouvenir, à cause du temps d’hiver, sans touristes, des années-là. Comme si mon corps, ma conscience, happés, repris par la ville, fonctionnaient exactement comme il y a quarante ans, que je ré-intégrais une forme perdue, conservée là. C’est seule que je voudrais reparcourir les rues d’Annecy, comme dans une réincarnation de moi-même.

[NEWS] Mort de Michel Valprémy

Filed under: chroniques,News,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 3:28

valpremy.jpg C’est par un mail des éditions Ateliers de l’Agneau, que j’ai appris douloureusement hier soir la mort de Michel Valprémy. Je ne le connaissais que très peu, seulement croisé quelques fois, quelques mots échangés, un souvenir de douceur me reste. Je mets avec cette triste nouvelle l’article que j’avais consacré en 2004 à La Mamort qu’il avait co-écrit avec Christophe Manon, publié par Les Ateliers de l’Agneau. Pour en savoir plus sur ses oeuvres, il est possible de consulter la page consacré à lui par l’arpel ou de se reporter au site Poésie élémentaire de Didier Moulinier [ici].
La Mamort
Christophe Manon et Michel valprémy

Lorsque dans les années 1925-1927, Heidegger constitue son analyse existentiale du Dasein, il explique que de la mort, du mourir, seul l’homme singulier peut en parler, possède cette puissance propre par rapport à lui-même. Car la mort est toujours la mienne, ma ma-mort, cette mienneté qui à la fois est horizon et rien (Epicure), à la fois l’extrême des possibles de l’existence et simultanément l’abîme de tout possible pour elle.
C’est ainsi, que non sans une certaine surprise, au titre de La Mamort, de ce rapport à cette fin-mienne, nous pouvons voir, dans l’une des dernières parutions des éditions Atelier de l’Agneau, non pas un auteur, mais deux, deux langues et écritures qui se lient dans cette question de la mienneté de la mort, du rapport que l’on a face à ce qui toujours présent sous la forme du revenant, cependant ne se présente jamais à soi autrement que par la distance d’un temps qui n’a de cesse de différer.
La Mamort, est écrit par Christophe Manon et Michel Valprémy. Chez le premier, que pour ma part je lis assidûment depuis quelques années, de ses premières parutions à l’Atelier de l’Agneau ou dans des revues comme Le jardin ouvrier, il est évident que la question de la mort, est prégnante. Dès Totems intérieurs, cette énigme creuse la langue, car « la nuit oui la nuit frémit dans le creux de sa bouche et dans ses artères étouffe le fluide des anges morts ». Du second, que je connais moins, ayant moins fréquenté ses textes, il est aussi certain, que cette nébuleuse du langage, de même le poursuit, peut-être avec moins de hargne dans la langue, mais non pas moins d’intensité. Il explique ainsi que c’est cette part d’ombre qui hoquette en nous face à la mort des autres. « La mort encore clignote la mort est vert acide » (Cadastre du clair/obscur, ed. Atelier de l’agneau). Deux auteurs, de générations différentes, qui en viennent à partager l’impartageable. Et c’est là le défi de ce livre la question de partager dans la langue ce qui même pour soi s’échappe et se retire, se défile face au temps, face aux traits de l’écriture.
En fait, ce qu’ils en viennent à partager n’est pas de l’ordre justement de la mort, qui est l’irréalisable pour la langue, puisque c’est justement son inter-dit, mais plus précisément, le reflet de nous-même face à la mort, ou pour reprendre davantage Blanchot que Bataille, non pas la mort, mais en quel sens l’existence se ressent dans le mourir, se constitue matérielle et vibrante dans la spectralité de ce syntagme qui la hante. « Mamort m’enrôle / Au balcon, au miroir / Cadavre pend. »
Et c’est justement là, que non seulement le dialogue est possible, mais qu’il est nécessaire, en tant que lieu même de la possibilité de poser par l’autre, mais aussi pour lui, ce que c’est que le témoignage de l’inexorable de notre propre finitude. Car c’est bien de là que partent les deux auteurs, qui se croisent d’une page à l’autre dans l’anonymat des paragraphes, oui, c’est bien de cette finitude de soi, et de la signature de celle-ci par la Mamort, que tout commence, cette présence de l’absente trouant et abrasant la langue, au point de la soumettre à ses propres extrémités au niveau de son dire : « Le corps tiré à quatre épingles, j’embrase mes solitudes, je fouille mes crépuscules. Mes ornières, je les gratte, je les respire. Des tessons grouillent dans mes silences, j’enrage ».
Le silence à cette présence d’absence de la mort, ne sont autre que ce mal-confort de la langue elle-même, irrémédiablement attirée vers le dire, et qui pourtant sans pouvoir réfréner cet appel, ne peut faire autrement que de sentir l’acidité du trou de présence qui vient éroder, laminer et soumettre à l’illusion, toute prétention d’en tenir un dire, car « Mamort se barbouille le visage de suie, remplit ses orifices de poivre, de girofle, de salpêtre et de boue ». Elle attise et démange le dire tout en le privant de sa possibilité de tenir en lui ce qu’elle est. Pour les deux auteurs, se questionner sur la Mamort, ainsi devient l’exploration du reflet de soi, de sa propre opacité d’être en liaison avec celle-ci. Se découvre alors pour eux, et ceci selon une certaine forme de nécessité à laquelle nous a sensibilisé depuis 30 ans Christian Prigent, que la Mamort loin d’être gouffre du discours (son échec), par cette étrangeté de sa présence en tant qu’absence est « mamelle » du dire, ouverture sereine du dire à ce qui se dérobe de lui tout en en étant la source scellée. Mamort, matrice, mater et amante de la langue, la langue toujours hantée par son point final, le clou qui la fixera à un terme à jamais indésirable.
De cette nécessité, Valprémy et Manon, ouvrent alors l’idiolectal d’un rapport à soi, où toute dichotomie entre soi et le monde s’effondre. Car la Mamort tire ses visages des traces de ce qu’elle a traversé sans plus y être, de ce qui pourrait être et qui ne sera jamais.
La Mamort est ouverture aux possibles qui peuvent se réaliser ou pas, aux virtualités qui pourraient s’actualiser ou pas. La Mamort est ce reflet de soi, non pas au présent, mais à venir, en réserve d’un temps à naître dans le périr. « Est-elle nuée d’abeilles au doux bourdonnement ou coquille d’huître becquetée par la poule aux aguets ? (…) est-elle charogne pourrissante où naissent des milliers d’asticots et de frelons ? ».
La Mamort n’est plus alors la seule image de moi, de cette possibilité de mes morts, ou de la mort d’autrui (comment ne pas penser à Michaux ici), mais elle s’inscrit en moi à travers les mille détails du périr qui régit la nature, de ce périr duquel je ne peux m’abstraire qui se déverse en moi par les baies éventrées d’un regard qui ne peut trouver de sommeil absolu autrement que d’accepter la Mamort. C’est pourquoi, « je tends mes ligaments au-dessus des nausées, mes pupilles, je les relie aux sommeils des larves, aux camisoles, aux effrois des troènes », c’est pourquoi par la spectralité de ma Mamort, Valprémy et Manon insistent sur le fait que nous ne faisons pas tant face aux autres morts, qu’au chant inouï de la Mamort qui nous guette et nous tenaille, forme et grêle les image au cœur de nos êtres, « dans mon crâne fleurissent les transmutations / de la crasse en varech et du fiel en joie ». Et que c’est de là que nous tirons notre vie, nos souffles.

« Non, Mamort, peste porcine, ma scarlatine, tu n’es pas une machine à broyer les atomes et tu as beau proliférer en moi comme des métastases, tu ne peux rien contre mes ferveurs car je brûle d’un feu plus ardent que le tien »

Comme nous le constatons, loin du discours actuelle sur la mort, de ce refus du mourir (donc du vieillissement, de l’accidentalité essentielle à l’existence), loin de la sacralisation de l’immortalité sous perfusion et ordonnance, Manon et Valprémy nous ouvrent à la condition ontologique de notre humaine finitude. Leur langue, croisée, peut-être mêlée, car jamais cela n’est dit (même si une analyse stylistique quand on connaît les deux auteurs peut permettre de voir les passages écrits soit par l’un, soit par l’autre), proche de celle d’un Savitzkaya, ne tient pas alors de la peur, mais de cette angoisse féconde dont parlait Heidegger en analysant cette charnière de la mort au niveau de l’intentionnalité. Langue qui est alors déliée de la promesse aux langages communicationnels, mais qui a du accomplir une transvaluation du dire et de ses régimes symboliques pour exprimer ce qui là, au non-lieu d’une impossible ostension, a lieu. Langue organique, aux variations animalières ou végétales, langue de la matière et de la vie et non pas de l’ascèse en retrait des concepts. Langue pour dire que par la Mamort, se donne aussi l’amour, le désir, l’intensité, les tempêtes qui ravagent contrées et vie pullulante, langue qui par son abîme trouve la générosité du dire.
C’est ainsi que se révèle, cette étrange lettre ou adresse qui apparaît vers la fin du livre (pp.43-46), adresse tout à la fois douloureuse et radieuse d’amour pour celui-là qui est mort, mort-né, frère avorté, frère décimé à l’origine par la Mamort. En effet, dans ces pages, sensibles sans jamais de pathétique, sans jamais de beaux sentiments comme l’époque aime à nous les vendre, l’écriture parle de celui qui jamais ne vit le jour, qui jamais ne pu partager la vie avec celui qui écrit. Et loin de toute plainte, c’est un vrai hymne à la vie qui se tisse, Mamort, reflet des possibles de soi, qui n’auront pas eu lieu, mais « maintenant je suis calme. (…) J’ai l’amour aussi épais qu’un goitre, aussi profond qu’une grotte de houille. Petit frère, maintenant je bois à grandes gorgées le bouillon de mes vies ».
La Mamort de Christophe Manon et Michel Valprémy, est ainsi beaucoup plus qu’un simple livre de poésie, il est l’ouverture urgente à une pensée de la vie qui a réussie à quitter les illusions ontologiques de la pensée époquale de la mort. Nous aimons énormément Les ateliers de l’Agneau lorsqu’il nous donne à lire de tel livre.

[+] Voir aussi le bel hommage de Ronald Klapka sur remue.net

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