Libr-critique

14 avril 2007

[News] Charles Pennequin sur France Culture

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pennequin.gifCharles Pennequin, sera sur France Culture le mardi 17 avril de 21h à 22h (Perspectives contemporaines; réalisation : Pierre Willer).
« Dichte », comme Dichter en allemand (poète), nom donné à un poème improvisé que Charles Pennequin va composer avec des musiciens, au cours l’émission : à partir d’une trame, la manipulation électronique, des instruments de musique, la voix de l’auteur en direct vont fabriquer un objet singulier et improvisé. Il est possible de voir une improvisation sur « Dichte » [ici] qui a eu lieu lors de Lire en fête 2006, à Arras.
Présentation sur France-culture :

« Il s’agit en quelque sorte d’un poème d’amour constitué de plusieurs poèmes ayant plus ou moins pour thème la relation amoureuse, la relation à l’autre, et qui pourront se décliner de différentes manières, par la voix parlée, le chant, le cri, ou sous la forme de lettres d’amour (une longue lettre improvisée dans le train). Ces poèmes diront surtout la difficulté de sortir de soi pour aller à l’autre, la difficulté de se penser, ils poseront la question de sortir de son propre corps, comment quitter la physique par le chant. En fait le poète interroge le poème, la poésie, le fait de dire à la voix nue ou dans les micros, d’improviser. »
« Dichte » est un poème sonore, poème sonore veut dire poème qui s’entend, c’est-à-dire poème qui est dans l’air qui circule, poème sonore à la guitare ou dans l’air et dans la voix qui circule, la voix qui sort dans l’air avec la guitare, la guitare qui sort des poèmes qui sont sonores, c’est-à-dire que la voix se mêle à l’air, c’est-à-dire que la guitare veut sortir de sa langue, c’est-à-dire que l’air rentre et que la physique n’est plus un problème. » Charles Pennequin

11 avril 2007

[Livre] Delenda Ouest, de Joseph Mouton

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mouton_delenda.jpgJoseph Mouton, Delenda Ouest, suivi de Doubler la langue, Comment motoriser l’âme (un peu) et continuer la poésie du coup de Patrice Maniglier. éditions Les petits matins, ISBN : 978-2-915-87928-5, 12 €.
4ème de couverture :
Le mardi 14 septembre 2004. Nice sous la pluie. Tonnerre au moment où j’écris la phrase précédente sur l’écran.
Écran : la caméra zoome sur une fenêtre quelconque du cinquantième étage du building de la MOUTON-GOLDWYN-MEYER […]

[…] Excuse-moi, John, mais je pense que tu es complètement à côté de la plaque. L’OUEST, c’est nous. L’OUEST, c’est comment on s’est fait baiser la gueule le 11 septembre; et DELENDA, c’est le slogan de Bin Laen et d’Al Qaida : il faut détruire l’Occident, il faut détruire l’Occident, il faut détruire l’Occident. Tu nous compliques la vie avec tes énigmes à la noix, comme quoi on ne saurait pas bien ce que ça veut dire. Non, c’est limpide, John, c’est très simple : Markus Retz veut que nous fassions un film sur la volonté terroriste de détruire l’Occient…

Joseph Mouton est né en 1954 à Aix-en-Provence. Il est ancien élève de l’école normale supérieure et depuis 1987, enseigne l’esthétique à la Villa Arson à Nice.

Postface de Patrice Maniglier, philosophe.

Premières impressions :
Dans l’entraînement, publié en 2004, aux éditions Le mot et le reste, Joseph Mouton faisait se succéder, selon un enchaînement ininterrompu, des pratiques de langue, comme autant d’exercices portant sur langue, la pliant et la dépliant, faisant se succéder un réel fait de fragments, de scènes séparées, de morceaux de réels accolés. En 2005, publiant Le projet Somb-héros aux éditions VOIX, paraissait le journal d’un projet celui de Sombr-héros, portant sur 1993-1994, où il mettait en évidence non seulement les procédures de création, mais aussi le jugement sur ces procédures, amenant à donner comme oeuvre son montage, l’immanence linguistiquement incarnée de la fabrication de l’oeuvre. Dans Delenda Ouest, on retrouve ces deux perspectives, à la fois enchaînement ininterrompu, à la première personne, passant d’un thème à l’autre, d’un évènement à un autre, et à la fois journal de la fabrication de son propre travail, ici de l’émergence de la langue autour de l’écriture d’un scénario, de ce qui associe, dissocie, de ce qui s’y imbrique. De fait comme il le dit lui-même, sans doute avec tout cela « il s’agit du chantier de moi » dit-il « vous verrez cela peut aller de n’importe quoi à pas grand chose ». Tel que y insiste Patrice Maniglier : « telle est l’oeuvre même de Joseph Mouton, cette chose un peu monstrueuse, ni produit ni processus, ni réelle ni potentielle, ni machine ni spectacle […] fabriquer le produit de telle sorte qu’il expose avant tout le procès de sa production, mais sans le séparer de son résultat ».

9 avril 2007

[Recherche] Poésie et vérité, Jean-Claude Pinson

pinson.jpgPoésie et vérité
(Concept et métaphore dans la poésie contemporaine)
[Jean-Claude Pinson est Maître de conférence à l’Université de Nantes ]
[télécharger le PDF]
Parce que son médium est le langage au sens propre, c’est bien, comparativement aux autres arts, dans la poésie, dans son « discours », que concept et métaphore sembleraient devoir se rencontrer en un sens lui aussi propre (et non pas figuré). Ils apparaissent pourtant aujourd’hui plutôt comme deux écueils majeurs du « jeu de langage » (plutôt que « discours ») de la poésie : le concept (le discours conceptuel), parce qu’il déporte le poème du côté de la « poisse du sens », alors que la poésie aspire, comme la peinture moderne, à devenir « composition picturale pure » ; la métaphore, parce qu’elle participe de l’illusion métaphysique – parce qu’aussi elle contribue à la « vieillerie poétique » quand vient à s’user l’imagerie surréaliste.
Pas plus que n’importe quel autre « jeu de langage », la poésie n’échappe à la variabilité historique. Parmi d’autres traits, on peut dire que c’est en se dégageant de l’emprise du concept et du discours, en se « poétisant » pleinement, en se dépouillant de ce qui venait altérer sa « pureté », qu’elle se constitue comme moderne : on se souviendra ici de la remarque fameuse de Mallarmé à Degas : « ce n’est pas avec des idées mais avec des mots qu’on écrit de la poésie ». Il se peut qu’elle soit aujourd’hui au commencement d’une nouvelle époque. Il se peut même que le regain de vitalité dont témoigne son activité multiforme soit l’indice de ce que véritablement elle recommence. Mais si elle le fait, c’est assurément autrement, parce que, dans ce recommencement, comme le note Jean-Luc Nancy, elle semble paradoxalement se « dépoétiser ». Or, cette tendance à la « dépoétisation » prend tout particulièrement la forme, dans la poésie telle qu’elle s’écrit et se réfléchit aujourd’hui, d’un renoncement à la métaphore au profit d’un régime de langue qui privilégie les formes diverses de la littéralité.

L’existence et le parti pris de sa « part maudite »
Le moderne désenchantement du monde (l’Entzauberung de Max Weber) signifie pour l’humanité la fin d’un (hypothétique) âge poétique (mythique, fabuleux, religieux) et le règne sans partage du Logos au détriment du Muthos. Le premier romantisme allemand, en cherchant les voies d’un réenchantement, allume néanmoins un contre-feu où la poésie (la littérature) se voit conférer une place éminente. Et ce contre-feu sera d’autant plus durable que le devenir-science de la Raison triomphante conduit au positivisme le plus borné, en même temps que son devenir-monde donne lieu, comme le montrera Adorno, à une dialectique où sont tour à tour démentis les idéaux issus du siècle des Lumières.
C’est dans tel contexte, celui donc du positivisme, que se répand la critique du concept, jugé mortifère, et que le philosophe est perçu avant tout, selon le mot d’Anatole France, comme un « poète triste ». Ce moment correspond grosso modo à ce qu’Alain Badiou a appelé « l’âge des poètes » (de Hölderlin, « vigie anticipante », à Celan). Il a pour contrepoint une critique récurrente du système hégélien, menée, selon des modalités multiples (d’Adorno à Bataille), au nom d’une existence dont il rendrait impossible qu’elle soit portée au langage en sa réalité toujours singulière. L’argument de cette critique pourrait être, quant au langage, ainsi reconstitué : d’une part toute diction est déjà « malédiction », dire boiteux, dans la mesure où tout langage est « cimetière des intuitions » (Nietzsche) et du même coup suppressio veri (Adorno) ; mais d’autre part le concept redouble cette malédiction (le malheur du langage de n’être ni adamique ni johannique), dans la mesure où, par principe, dans son usage philosophique, il tourne le dos à la réalité simplement particulière. Non seulement, dira en substance Adorno, il ne saisit, ne transit plus rien (au sens fort, spéculatif, du begreifen hégélien), mais il manque et mutile le réel, sa contingence irréductible.
On retrouve plus près de nous une semblable critique de la rationalité philosophique chez deux auteurs, Georges Bataille et Yves Bonnefoy, qui ont en commun d’avoir forgé leur pensée propre au double contact du surréalisme et de l’hégélianisme (dans la version du moins qu’en a fournie Kojève) et de sa critique. Mais si l’un et l’autre opposent bien l’existence au concept, c’est pour en tirer des « poéthiques » bien différentes. Pour Bataille, s’il y a une insuffisance du concept et de la raison, c’est d’abord au regard d’une « part maudite » de l’existence dont la raison signifie l’« annulation » et que l’homme ne peut atteindre qu’à travers une « expérience intérieure » qui est « voyage au bout du possible », égarement du côté du non-sens et de l’idiotie. Dans cette perspective, Bataille oppose à la voie tautologique du système, qui toujours rapporte l’inconnu au connu, celle, hétérologique, extatique, « nesciente », de la poésie qui, elle, fait « incessamment glisser la vie dans le sens contraire, allant du connu à l’inconnu ». Par là elle rejoint la mystique pour s’affronter à l’extrême et à l’impossible, un « impossible » que Bataille oppose à la science et au « monde réel de l’utilité ». Mais c’est une mystique athéologique, non « confessionnelle », une mystique « noire » où la poésie (la poésie « véritable ») est d’abord un autre nom pour la perte de soi dans un « impossible », auquel on ne peut accéder qu’au moyen de ces opérations « souveraines » (i. e. échappant à la logique de l’utilité) que sont aussi bien l’expérience de l’horreur que celle de la « fureur voluptueuse ».

6 avril 2007

[Livre] Slogans de Maria Soudaïeva

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soudaievaMaria Soudaïeva, Slogans, ed. L’olivier, traduction et préface d’Antoine Volodine, 108 p. ISBN: 2-87929-455-X, 15 €.
[commander via la petite librairie de F. Bon]
4ème de couverture :
Maria Soudaïeva décrit un monde soumis au chaos et à la plus extrême violence. D’où viennent les voix barbares dont elle reproduit prières, slogans, appels, exhortations ? Les enjeux et les objectifs indiqués ont peu à voir avec la culture humaine; les conflits évoqués par les combattantes mettent en péril des civilisations inconnues; les techniques de combat impliquent des adversaires à la morphologie monstrueuse…

Une fois admise cette plongée dans l’indéfinissable, on est saisi par le caractère familier des sentiments et des gestes que le livre met en scène. Soudain plus rien n’est ni étrange ni étranger. Car c’est bien à nous que s’adressent ces murmures et ces cris qui parlent de peur et de solitude, de guerres et de souffrances insupportables, de mort, mais aussi de beauté et d’espoir, allant avec constance vers l’ultime slogan : « les mauvais jours finiront! »

Maria Soudaïeva est née en 1954 à Vladivostok. Elle a vécu en Corée et en Chine, mais surtout au Vietnam. Elle a composé des poèmes et un roman, et, en compagnie de son frère Ivan Soudaïev, elle a fondé après la fin de l’URSS un éphémère groupe anarchiste. Elle s’est donnée la mort en février 2003.

Premières impressions :
Découvert grâce à François Bon et sa note sur l’atelier d’écriture qu’il a organisé à partir du thème du slogan [lire ici]. Immédiatement eu envie de lire ce livre publié en 2004 aux éditions L’Olivier, un an après le suicide de Maria Soudaiëva, mais aussi celui de Hubert Lucot [Grands mots d’ordre et petites phrases], que j’espère pouvoir prochainement vous faire découvrir. SlogansRoutines est atypique, comme j’y reviens dans ma chronique en le faisant entrer en écho avec de Nicolas Tardy, que nous avions présenté [ici]. Slogans n’est pas seulement une suite d’invectives, mais comme Antoine Volodine l’explique parfaitement dans sa préface, de cette suite, de cette liste où le politique est surréalistiquement joué en liaison à la mort, et ceci dès les premières pages avec la liste des appels à son propre meurtre de Natacha Amayoq, se construit peu à peu, non seulement un monde, mais aussi une forme de devenir de ce monde, et ceci à travers de toponymes ou des patronymes, à partir d’éléments d’action, ou bien moments hallucinés, comme cette « aube crépusculaire ». En bref, avant d’écrire plus longuement sur ce livre stupéfiant, et tout à la fois très accessible, un livre à vraiment découvrir.

[Livre] Chloé Delaume, La Dernière Fille avant la guerre

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — Fabrice Thumerel @ 12:17

delaume2.jpgChloé Delaume, La Dernière Fille avant la guerre, éditions naïve, coll. « sessions », 2007, 117 pages, 12 € ISBN : 978-2-35021-099-5
Quatrième de couverture
Août 1983 j’entends, je me lève et je marche. C’est l’appel de l’Aventurier. Je suis si désolée, Chloé. Vraiment si désolée que ce soit la vérité. Mon corps avant ma tête, le corps avant la tête, pour moi ça c’est passé comme ça, le réveil. J’ai compris que j’étais vivante puisque j’éprouvais du désir. Moi aussi j’aurais préféré que ce soit la faute à Wagner, manque de pot, c’est tombé sur Nicola Sirkis.

Chloé Delaume redonne vie à Anne, l’ancien moi du dedans, celui d’avant la destruction du dossier Indochine (1995), celui qui fut fan du groupe dans les années 80 et même après, quand il passa au purgatoire. Oscillant entre je et elle, barbotant dans le jus de mémoire, Chloé Delaume restitue cette folie obsessionnelle qui lui a fait traverser l’adolescence un casque vissé sur les oreilles.
Sans se départir de la puissance poétique qui caractérise son écriture, poursuivant ses interrogations sur le personnage de fiction, elle raconte avec humour ce que c’est qu’être une fan revendiquée, puis cachée (forcément) d’Indochine.

Premières impressions

Depuis la toute fin du siècle dernier, dans ses récits comme sur son site www.chloedelaume.net, Chloé Delaume (née en 1973) ne cesse de faire d’elle-même la matière de son écriture. « Déjections égotiques » ? Certainement pas ici. Plutôt une écriture du dédoublement, qui oscille entre « je », « tu » et « elle », pour explorer le syndrome du fan. Une écriture ludique et métaphorique, toujours inventive, qui ne peut manquer de séduire, voire de fasciner le lecteur. /FT/

5 avril 2007

[revue] Le flux des mots

flux_des_motsle flux des mots – adresse : 26, rue de Belleville – 75020 Paris – 01 47 97 87 04 – leflux.desmots@orange.fr
[site de la revue]
n°1 : Bertrand Limbour – n°2 : Jérôme Mauche – n°3 : Sophie Coiffier. ISSN : 1952-8280. 5 euros le numéro.

Les revues qui pensent leur format se faisant rare, il faut donc parler de la petite revue le flux des mots, « petit objet mais une grande page », dirigée par Bertrand Limbour.
Au recto de cette grande feuille de 63 cm sur 41 pliée à la verticale, à la trés belle impression offset sur papier bouffant velours, le travail d’un auteur invité, et au recto, de courts textes d’autres auteurs. Cette revue-affiche est une revue de poésie contemporaine, qui défend « l’alphabet », la langue, donc pas d’image, même si le travail poétique des auteurs publiés est plutôt trés visuel.
Le n°2 est consacré à Jérôme Mauche, son « Tortue Magazine » est un texte recouvert de ratures et gribouillis qui en gênent la visibilité et en coupent la lisibilité, texte raturé, biffé, plié par les plis du pliage, qui se cache et se découvre dans les entrelacs de lignes, pour interroger justement l’entremêlement des trajectoires individuelles et leur visibilité. Le texte est en effet une froide succession de petits trajets d’individus pris dans leurs occupations sociales, familiales, profesionnelles : « Au termes de ses heures l’employe quitte l’établissement, il explique a la fille qui le remplace les premiers manipulations a effectuer avant de prendre son poste et si possible avec un maximum de précautions, il arrive devant sa voiture dont la portiere arriere a ete fracturee, sur le parebrise un mot anonyme lui declare qu’on t’aime et un numero de telephone qui lui dit non, le soir son epouse lui propose d’aller chez des amis […] ». Ces petites histoires sont de fragments prélévés dans un plus grand ensemble selon la logique du copier/coller, et retranscrite tel quel, brut, avec un clavier américain d’où l’absence d’accent, explique Bertrand Limbour dans une petite pré- ou post-face au texte : « Et pourquoi ne pas regarde Tortue Magazine comme la représentation d’une violente mutation des usages de la langue et du langage générés parla multitudes des moyens de communication ? »Le n°3, offre sa page à Sophie Coiffier, plasticienne et écrivain, pour Plates-bandes, un poème visuel et presque sonore dans sa dimension onomatopéïque. « Plates-bandes c’est la coexistence de plusieurs univers dans un seul espace, la coexistence de plusieurs types de langage, de codes autour de nous, le paradoxe d’une certaine tendance à l’unifomisation des désirs à l’intérieur d’une société qui semble pouvoir réaliser Babal dans le même temps ». En ouvrant la page, des pronoms personnels nous sautent aux yeux, surgissent presque de façon orale, et semble parler à travers la graphie dynamique et mouvante du texte, pour raconter des fragments d’histoires. « Sophie Coiffier intéressée par le travail des acteurs nous invite à regarder ces pronoms personnels comme des coquilles vides, tels des acteurs qui se se doivent d’embrasser es personnages romanesques, leur donnant vie en les jouant ». Mulplicité des voix pour un petit théâtre poétique et une danse lettriste au recto, mais on trouve aussi au verso cette dimension ludique de l’éclatement de la langue avec les textes de Estelle Bénazet, Frédéric Blanc-Règne, Yves Bressandre, Maulice Calême, Claude Chuzel, Bertrand Limbour, Saïd Nourine et Ferdinand Tache.
Nous attendons donc avec impatience le n°4 de cette revue joyeuse et légère, qui sera consacré à Frédéric Dumond.

4 avril 2007

[livre] Contre l’art global, pour un art sans identité, de Jean-Claude Moineau

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arton140.jpgContre l’art global, pour un art sans identité, de Jean-Claude Moineau. Editions è®e. mars 2007. 192 pages. 16 euros. ISBN : 978-2-915453-36-2.
site des éditions
4ème de couverture : « L’art global n’est pas tant un art intégral qu’un art intégralement intégré, ayant -après l’échec de ce qu’il pouvait encore y avoir de velléité critique dans le postmodernisme et le constat que toute visée critique se trouve inexorablement absorbée par ceci même dont elle entend faire la critique- abandonné toute dimension critique qui supposerait un ailleurs, s’appliquant sans relâche à faire passer dorénavant toute ambition critique pour réactive.

Tout au plus, quitte à se confiner dans un rôle d’animation culturelle, d’entertainment, et à se diluer dans l’industrie du spectacle, l’art global, comme avant lui l’art total, aimerait-il pouvoir illusoirement réenchanter un monde désenchanté, un monde que l’actuelle globalisation -dont il est partie constituante- désenchante pourtant toujours davantage. »

Jean-Claude Moineau a développé, dans les années 1960, de nombreuses activités artistiques et « méta-artistiques » tournées notamment vers l’art processuel, le livre d’artiste, la poésie visuelle, l’event, la performance, le mail art, « l’art au-delà de l’art ». Puis, comme tant d’autres, dans le contexte post-soixante-huit, il a interrompu toute activité artistique.

Contrairement, cependant, à beaucoup d’autres qui n’ont pas tardé à reprendre le chemin d’activité arttistiques, J.C. Moineau s’est toujours, depuis, refusé à reprendre, comme si de rien n’était, son activité artistique antérieure. Ce qui ne l’a toutefois pas empêché de continuer à être attentif à l’actualité de l’art et aux apories dans lesquelles celui-ci se débattait. Ce en quoi la démarche de J.C. Moineau est restée, malgré tout, « méta-artistique », au sens de « ce qui traite (de façon critique) de l’art ».

Depuis 1969, il enseigne la théorie de l’art à l’Université de Paris 8 tout en adoptant une « attitude » au sens au Michel Foucault parle d' »attitude de modernité ») à la fois prospective et critique sur l’art en train de se faire.

1ères impressions : Aprés L’art dans l’indifférence de l’art aux éditions PPT, (lire la note), J.C. Moineau poursuit dans cet essai dense et précis sa réflexion sur l’effacement de l’art et de ses critères de déterminations à l’ère de la globalisation, et sur les implications esthétiques et politiques de ces transformations liée à la post-modernité. Dans une perspective critique, il croise la sociologie, la philosophie, l’esthétique, pour interroger, dans une succession d’articles, les questions du réseau et du marché de l’art, du statut de l’auteur, du don, des usages sociaux et politiques de l’art et pour donner des propositions en faveur d’une réinvention de l’art qui en passerait par le développement d’un « art sans identité ».

[Audio] E_E : poésie sonique

micro.jpgE_E [Electronic Elephant], composé dorénavant d’Hortense Gauthier à la voix, de Valentin Duhamel à la guitare et d’AKS pour le retraitement live du son sur lap-top, développe un travail de poésie électro-trans-rock. Ils seront le 5 avril en concert à l’Université d’Arras, à 18 H, au Dôme. Ils explorent, au carrefour de la musique improvisée, de l’électro-acoustique live et de la poésie sonore, la possibilité de la création organique de paysages mentaux.
Nous mettons en extrait, deux morceaux, [geologic], et [thy rope of sand].
1er morceau : [geologic]

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2nd morceau : [thy rope of sand]

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3 avril 2007

[Vlog] Interview de Jonas Magnusson co-responsable de la revue poétique suédoise OEI

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magnusson.gifC’était lors de son dernier passage à Paris que nous avons rencontré Jonas Magnusson, grâce à Jacques Sivan et Vannina Maestri. Jonas Magnusson co-dirige la revue OEI, sorte de pavé de 700 pages pour le numéro qu’il nous a offert où sont aussi bien des poètes que des plasticiens qui ont un rapport à la poésie ou au langage. Nous reviendrons prochainement dans une chronique sur ce numéro.

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2 avril 2007

[Chronique] Un accident de la matière et du langage (à propos d’E. Rabu)

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 18:31

rabu_1.jpg
[lire la présentation générale du livre]
Dans Ev-Zone, publié en 2002 aux éditions Derrière la salle de bain, Emmanuel Rabu, construisait le flux poétique, non pas selon la logique intentionnelle de la continuité, ou bien selon une logique phénoménale du réel [mimésis de la brisure et du fragment], mais selon un leïtmotiv obsédant : « un accident de la matière et du langage ». Cette Ev-Zone se présentait comme accidentalité du rapport matière/langage, non pas représentation de l’accident, mais présence même du texte en tant qu’accident issu de la mécanique liée à la corporéité humaine. Un texte n’est texte que selon l’accidentalité organique qui apparaît corporellement par les traces du langage.
Avec Tryphon Tournesol et Isidore Isou, selon un certain prolongement de cette logique, il montre en quel sens dans le jeu de miroir entre ces deux figures, l’une fictionnelle et l’autre réelle, de même un « sujet expérimental échappe au contrôle », et dès lors crée une forme d’interférence, de perturbation, qui par contamination généralisée du plan où il apparaît, remet en jeu l’ensemble de celui-ci, impliquant une réarticulation générale des liaisons qui le constituent.

Un sujet expérimental exige une focale expérimentale
Lorsque l’on lit certaines critiques qui viennent d’être écrites à propos du livre d’E. Rabu, ce qui revient c’est le caractère « limité » de son approche [chronic’art n°34], ou bien encore selon Guillaume Fayard, sur sitaudis, un résultat déceptif, manquant en quelque sorte d’ampleur. Certes, il serait inconséquent de dire que ce livre se donne comme exhaustif, comme une étude pouvant donner matière à articuler l’ensemble des problématiques touchant aussi bien Tryphon Tournesol qu’Isidore Isou (je reviendrai en conclusion sur ce dernier). Toutefois, est-ce que cette angularité, impliquant la déception, est pertinente. Pour reprendre, un geste épistémologique classique depuis Freud, analysant son angle d’attaque de la psyché, il ne faut pas juger ou préjuger de la qualité et de la pertinence d’une oeuvre selon des conditions d’approche qui lui sont extérieures, mais selon la spécificité de l’objet recherché. Or, ce que je pense, c’est qu’aucune de ces critiques, qui peuvent être par ailleurs de qualité, ne réussit à penser ce qui est véritablement en jeu dans ce livre. L’enjeu de ce texte ne s’est pas construit d’abord à partir de ces deux protagonistes [TT & II], mais ces deux protagonistes font apparaître pour E. Rabu, une question qu’il pose auparavant, que j’ai commencé à faire apparaître en introduction : celle de l’accidentalité dans le temps, de la perturbation d’une structure organique par l’apparition d’une forme d’hétérogénéité. Cette mise en perspective est cela même qui permet, je crois, de comprendre le terme de post-poésie, non pas seulement dépassement des cadres strictes des genres, ce qui est exploré par les écritures questionnant le cadre post-moderne de cette époque, mais écriture qui s’engage comme examen quasi clinique de fonctionnements organiques divers, en tant que condition de possibilité de l’émergence de la création.

L’aventure Tintin est un corps organique comme les autres
Si l’on veut saisir certains enjeux du livre d’E Rabu, il faut tout d’abord comprendre que l’ensemble de son travail met en lumière les aventures de Tintin comme un organisme déterminé, qui a son propre fonctionnement, sa logique de constitution. Certes, on pourra l’analyser par d’autres voies : morale, sexuelle, psychanalytique. Mais ici ce ne sera pas le cas, il s’agira de voir bien plus une présence cancérigène, qui s’introduisant sous les traits d’un pré-personnage (Aristide Filoselle), va devenir un élément reconfigurateur de l’ensemble de ce corps. De même, Isidore Isou, se doit-il d’être analysé, comme une forme hétérogène dans l’ensemble de la littérature contemporaine.
Le travail de précision d’E. Rabu est donc celui descriptif et clinique de la notation de cette apparition dans l’organisme/corpus des aventures de Tintin.
C’est sans doute là la grande originalité du texte d’E. Rabu : considérer une oeuvre comme un corps organique qui dans son développement obéit à des mutations accidentelles, qui sont produites par des productions cellulaires internes. Quand on observe sa manière de décrire la présence de Tryphon, ce trait est remarquable. il compte les vignettes [p.22 par exemple], il montre des typologies des fonctionnements narratifs au niveau des annotations temporelles [pp.53-54], il décrit précisément les topologies de chaque aventure engendrée par Tryphon Tournesol [p.30-32].

Tournesol est une causalité dont l’effet affecte totalement le corpus Tintin
Ce que démontre alors dans son étude clinique E. Rabu, ce sont les différents effets impliqués par le motif Tournesol. Tournesol, en tant que création d’Hergé, affecte le corpus Tintin car il affecte Hergé. Hergé est sous l’effet de Tournesol, au point qu’au niveau de l’organisme Tintin, non seulement « un sujet expérimental échappe au contrôle » mais en plus que cette échappée est d’abord vécue par Hergé lui-même, ne pouvant maîtriser l’emprise accidentelle de Tournesol sur l’ensemble. C’est ce qui ressort des analyses : il déplace les aventures, qu’il soit présent ou pas. Il est le motif qui les déclenche. Il est un « agent modificateur ». S’il y a aventure, donc ouverture, c’est parce que Tournesol est là : il est l’élément nécessaire pour que Tintin existe, pour qu’il y ait cette existence.
Mais plus que cela, cette causalité Tournesol, si elle touche Hergé, elle va contaminer non pas seulement l’existence narrative des protagonistes de ce corpus, mais la représentation même de ce monde, sa matérialité : il est la cause d’une accidentalité de la matière et du langage, qui à son contact, vont se diffracter, s’altérer, au point que c’est le style même d’Hergé qui se modifie : « sa radicalité est concrète » [p.30] -> « Tournesol destabilise pour la première et unique fois la ligne claire inventée et utilisée jusqu’alors pour retranscrire leurs Aventures » [p.45].
Ce qu’affecte Tournesol, en tant que motif esthético-cognitif pour Hergé, dépasse le cadre de la narration, c’est sa représentation même de la bande-dessinée, c’est la consistance même de sa marque, c’est la régularité de la présence de son trait. Il implique un accident de sa signature.
Un sujet expérimental échappe au contrôle = Hergé est débordé par ce qui est né là avec ce personnage; le motif Tournesol implique chez lui toujours plus, déborde jusqu’à la logique de la narrativité, au point de vouloir pour l’affaire Tournesol, modifier la logique de la couverture, en demandant à Casterman le 11 janvier 1957 que lcelle-ci « soi composée d’une découpe de plastique superposée au dessin » [p.58].

En ce sens ce livre d’E. Rabu demande à être découvert. Car, il précise, selon l’économie poétique qui est la sienne, une problématique qui dépasse largement les frontières des aventures de Tintin et donc de la présence de Tournesol. Mais c’est sans doute là qu’apparaît une légère déception : comment lire le titre de son livre, comment interpréter Isidore Isou dans le titre, au vue de son absence ? S’agirait-il seulement d’un indice ? D’une possibilité de lecture à accomplir suite aux enjeux perçus avec Tryphon Tournesol ?

[News] Le fake de remue.net pour le 1er avril

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Le 1er avril voit germer tous les ans de nombreux fakes. Hier matin, lisant comme tous les matins, les derniers postes sur netvibes, quelle surprise ce fut, en voyant la news de remue.net : son association avec Flickr.com. Le fake a été très bien préparé, puisque l’ensemble du site a basculé durant la nuit sur une nouvelle interface graphique, l’ensemble assorti d’un texte expliquant ce choix. Très bon travail de l’équipe, dont je donne ici une capture d’écran.

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Blague sans importance ? Ou bien mise en lumière d’enjeux qui peuvent être réels ? Pour saisir cela, il serait possible de lire cet article de prospective sur agoravox, écrit par Anne-Caroline Paucot. L’auteure, développant une fiction d’anticipation, explique comment, les textes littéraires vont peu à peu être seulement diffusés sur internet, gratuitement, ceci impliquant non seulement une disparition du livre-papier, mais en plus de nouvelles modalités d’exploitation des textes et des créations, qui entrent en écho avec la logique par exemple de flickr.
Ce poisson d’avril de remue.net, ou bien celui que nous avons développé [ici], interroge, on le comprend, la pérénité du livre, sa résistance sans doute à certaines logiques de commercialisation, n’en déplaise à certains qui même ici dans des commentaires, pensent que l’éditions est morte.

1 avril 2007

[Pois(s)on d’avril] Les éditions POL rachetées par AUCHAN

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pol.jpgLa nouvelle était attendue depuis la semaine dernière, les rumeurs allaient bon train, dans le monde germanogratin, la maison d’éditions POL a été revendue à AUCHAN qui veut devenir la première enseigne de grande distribution a vendre des livres contemporains. Le PDG d’AUCHAN, Vianney Mulliez, a indiqué, lors de la conférence de presse du samedi 31 mars, que ce qui a motivé son choix, ce n’est pas tant les écrivains, qui lui semblent grandement illisibles, que le logo de POL, qu’il a toujours apprécié. Il compte même réutilisé ce logo pour la grande enseigne, ce logo étant pour lui l’un des meilleurs conçus depuis fort longtemps.

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