Libr-critique

14 février 2008

[Livre + chronique] Nathalie Quintane, Grand ensemble

  Nathalie Quintane, Grand ensemble (concernant une ancienne colonie), P.O.L, 2008, 165 pages, 16 € ISBN : 978-2-84682-217-6

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24 janvier 2008

[Livre + chronique] Nos visages-flash ultimes, La Rédaction

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  La Rédaction, Nos visages-flash ultimes, ed. Al dante/Transbordeurs, 292 p. ISBN: 978-2-84957-114-9. Prix 17 €.

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2 janvier 2008

[Chronique] Claude Royet-Journoud, Théorie des prépositions

Claude Royet-Journoud, Théorie des prépositions, P.O.L, 2007, 80 pages, 11 € ISBN : 978-2-84682-200-8 // [site des éditions]

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26 décembre 2007

[Livre] L’ombre des mots qui n’ont pas d’ombre de Jean-Paul Chague

Jean-Paul Chague, L’ombre des mots qui n’ont pas d’ombre, ed. de L’attente/Contre-Pied, 90 p. // ISBN : 978-2-914688-64-2 // Prix : 7€ 60 // [site de l’éditeur]

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13 décembre 2007

[Livre-CD] Conte de F___ de Thomas Braichet

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  Thomas Braichet, Conte de F____ ,  avec un CD-audio, éditions POL, 77 p. // ISBN : 978-2-84682-161-2 // Prix : 18 €. [site de l’éditeur]

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15 novembre 2007

[Livre + chronique] Emmanuel Adely, J’achète

Emmanuel Adely, J’achète, ed. Inventaire/Invention, 103 p.
ISBN : 978-2-914412-64-3 // prix : 7,50 €.
[site de Inventaire/Invention]

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10 novembre 2007

[Livre] Un bâton de Pascal Leclercq

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  Pascal Leclercq, Un bâton, iconographie & environnement sonore : Jacques Vitali, éditions La Dragonne, 75 p. + 1 CD.
ISBN: 978-2-913465-54-1 // Prix 18 €
[site des éditions]

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9 novembre 2007

[Livre + chronique] abâdon de Michèle Dujardin

  Michèle Dujardin, Abadôn, éditions Seuil, collection Déplacements, 110 p.
ISBN : 978-2-02-096072-4 // Prix : 14 €

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7 novembre 2007

[Livre] Blanc de Ramon Dachs

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  Ramon Dachs, Blanc, Topoèmologie, éditions Le clou dans le fer, collection expériences poétiques. non paginé (98 p.).
ISBN : 978-2-9526347-5-5. // Prix : 11 €.
[site des éditions]

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2 novembre 2007

[Livre + chronique] Holocauste de Charles Reznikoff

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charles reznikoff Charles Reznikoff, Holocause, Prétexte éditeur,  173 p.
Traduit de l’américain et préfacé par Auxeméry. Suivi d’un entretien avec Charles Reznikoff
ISBN : 978-2-912146-24-3 // Prix : 12 €.
[site des éditions]

4ème de couverture :
"Quand les portes de derrière furent ouvertes,
ceux qui étaient à l’intérieur se tenaient droit comme des statues :
ils n’avaient pas eu la place de tomber
ni même de plier.
Parmi les morts, on vit des familles
qui se tenaient par la main,
les mains serrées si fortement
que ceux qui sortaient les morts
avaient du mal à les séparer."

Paru aux États-Unis en 1975, Holocauste a été composé à partir d’archives du Procès des Criminels devant le tribunal Militaire de Nuremberg et des enregistrements du procès d’Eichmann à Jérusalem.

"Un poète pourrait difficilement se rendre plus invisible que ne le fait Reznikoff. Pour trouver une telle approche du réel, il faudrait remonter aux grands prosateurs du début du siècle. Comme dans Tchekov ou dans les premières oeuvres de Joyce, l’ambition est de permettre aux événements de parler par eux-mêmes."
Paul Auster, in L’Art de la faim.

Extrait :
L’état doit prendre en charge ceux qui n’ont jamais eu — ou n’ont plus
le droit de vivre dans l’état,
et l’état a le devoir de se servir de leur force tant qu’elle dure
pour le bien de l’état.
Ils doivent être nourris, abrités et traités de telle sorte
qu’on les utilise autant que possible
aux moindres frais possibles.

Demandez autant de travail possible aux jeunes et aux forts
dans les camps de concentration — ou à l’usine ou aux champs — et donnez aussi peu que possible — en vêtements ou en nourriture.
Que meurent aussi ceux qui ne peuvent pas travailler vite
ou s’ils ne veulent pas travailler
qu’on les pende
et qu’on les laisse se balancer
pour que les autres les voient.

Approche de l’objectivisime de Reznikoff :
Tel que l’énonce parfaitement dès sa préface Auxeméry, Charles Reznikoff, avec George Oppen, Carl Rakozi et Louis Zukofsky, sont les créateurs du groupe des poètes "objectivistes".
Holocauste, comme Testimony The United States 1885-1890, sont des oeuvres emblématiques de cette recherche poétique.
Au début des années 1980, alors que le révisionnisme avait droit de citer en France, notamment parl’intermédiaire de Faurisson, et de son école d’hyper-critique, Jean-François Lyotard, s’attacha à comprendre ce que pouvait être le témoignage, et plus exactement quelle était la possibilité de témoigner de ce qui avait lieu en tant que Shoah. Le différend, qu’il écrivit alors, tentait de faire la distinction entre le litige, où les deux protagonistes peuvent s’exprimer, s’expliquer, se contre-dire et le différend, cas, où la victime, n’a plus aucun moyen de témoigner, au sens où, quoi qu’elle dise, elle ne sera pas écoutée, elle ne sera pas crue [cf. à ce sujet Naufragés, rescapés de Primo-Lévi]. Un différend est ce cas précis où, une victime ne peut plus être entendue. Cas où la voix se tait, s’effondre dans son énonciation. Nous le savons, au milieu des années 1980, si Claude Lanzmann, réalise Shoah, c’est en liaison à cette question, et à l’entente de ce qui a eu lieu. Car ce qu’il met en évidence, c’est que la possibilité de saisir la Shoah, ne peut passer ni par le silence, ni par la représentation, ou sur-détermination de la représentation. On se souvient de sa critique de La liste de Schindler de Spielberg.
Comment entendre la victime de la Shoah, dès lors que nous ne pouvons plus, sous peine de masquer sa parole ou la victime elle-même, être dans la représentation ? Pour quelle raison, la représentation est-elle mise à distance ?

La représentation, si elle touche, notamment quant aux questions de souffrance, c’est qu’elle construit la possibilité d’un affect lié à elle-même, à sa manière d’interpréter ce qu’elle donne à lire ou à voir. En ce sens, dans une perspective critique, plutôt platonicienne, il est évident, que la représentation ne donne pas accès véritablement à la chose, mais à son simulacre. Il  y a confusion entre ce qui est vu, et ce à quoi renvoie ce qui est vu. Ce qui m’affecte n’est ps de prime abord ce à quoi renvoie ce qui est vu, mais ce qui est vu en tant que création. Si La vie est belle de Benigni a fonctionné, c’est que cette histoire reposait sur l’enfant, et sur la compassion de l’enfant. Ce qui domine dans la représentation tient donc aux affects liés à ce qui est propre à la représentation. La Shoah, pouvant même devenir seulement contextuelle, pouvant être neutralisée par la représentation. <br />Pourquoi le témoin de la Shoah se tait, tel que l’analyse Lyotard, c’est parce que justement, il ne peut dire ce qui ne sera jamais adéquatement tenu dans le dire. Son silence enveloppe un dire qui le dépasse.

C’est pourquoi, contre une certaine forme de catharsis par l’émotion, et donc contre une certaine forme de surpuissance tragique liée à une poétique de l’affect, Reznikoff prône un travail d’effacement de l’affect et de mise en dispositif objective du dire à partir de la trace du témoignage. Il rappelle cela au tout début de son entretien avec Auxemery, en citant une introduction d’A.C. Graham à un vieux texte chinois datantde 1000 ans : "la poésie présente l’objet afin de susciter la sensation. Elle doit être très précise sur l’objet et réticente à l’émotion".
L’objectivisme poétique n’a pas recourt à l’empathie par l’émotion, par la construction d’un imaginaire prompt à déclencher le sentiment, mais il se constitue dans la précision de l’objet, son élaboration formelle.
Le travail de Reznikoff est en ce sens une forme de collage, de mise en relation de fragments disjoints de témoignages, de déclarations selon une logique de recontextualistaiondéplacement.
La recontextualisation des fragments, des traces ets double : 1/ elle tient à la fois au déplacement opéré d’un genre textuel à un autre. Nous passons de l’histoire et des archives, donc du document, au texte littéraire, au texte poétique. 2/ il ne s’agit pas d’aligner seulement des fragments, mais il y a une élaboration formelle (visible par la versification) qui donne un rythme, un enchaînement à ces fragments : "je crois qu’il faut nommer, nommer, toujours nommer — et nommer de telle sorte que naisse un rythme, puisque la musique fait partie du sens".
Ce n’est pas la représentation qui affecte, donc la création d’une image, mais le travail de combinaison, de mise en relation des éléments documentaires qui préexistent.
Toutefois, et ce point ici est important, face à une certaine illusion d’en finir avec le sujet — comme si … — l’objectivisme n’est pas la négation de la subjectivité, mais la subjectivité au lieu de pointer en direction d’elle-même et donc de donner sa représentation, ne donne que ce qui objectivment l’a marqué :

 

"Par le terme "objectiviste", je pense que l’on veut parler d’un auteur qui ne décrit pas directement ses émotions mais ce qu’il voit et ce qu’il entend, qui s’en tient presque au témoignage de tribunal"

Le sujet hante bien évidemment le texte, mais il n’est plus premier quant à l’expression, ce qui ressort du lyrisme, ou bien encore de toute la tradition post-surréaliste où ce qui domine est la part inconsciente des associations du sujet, mais il n’est plus que plaque logo-graphique où l’évènement se fait impression, et qu’il redonne selon une transformation formelle des liaison. Le sujet est surface sensible, il est lieu de recombinaison, mais il s’efface quant à son ressenti, pour laisser la place à ce qui l’impacte. Il est un récepteur-transformateur.

Cette poésie est en ce sens bien évidemment à relier à la question du document. Tel que l’analysait parfaitement Derrida, le témoignage est toujours cet entrelacement de l’objectif et du subjectif. Alors que le poème lyrique, par la surdimension des éléments produits par le sujet, renvoie à la subjectivité, dans laquelle s’effondre toute objectivité du monde (c’ets pourquoi il ne peut y avoir sérieusement de poésie réellement politique liée au lyrisme contrairement à ce qui s’est constitué depuis deux siècles) , la poésie objective, telle qu’elle est créée par Reznikoff fonctionne à partir du document, à savoir de l’objet. L’objet linguistique du poème est un document, qui porte en lui plusieurs déterminations. Poésie ambigüe et forcément critique par rapport à la poésie. Car de telles poésies posent la question même de leur nature. Ne s’agirait-il pas d’un témoignage sur le témoignage ?

31 octobre 2007

[Livre + chronique] Sombre Ducasse de Lucien Suel

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band-suel-ducasse.jpg Lucien Suel, Sombre Ducasse, éditions Le Mort qui trompe, 71 p.
ISBN: 978-2-9165020-3-8. Prix: 8 € 50.
[site de l’éditeur]

suel_sombre.jpg4ème de couverture :
Poète ordinaire né en 1948 à Guarbecq, Lucien Suel a contribué à faire connaître en France les écrivains de la Beat Generation (Ginsberg, Bukowski, Burroughs…) qu’il a traduit et édité dans la revue The Starscrewer, avant de fonder La Moue de veau, magazine dada punk, et d’animer la Station Underground d’Emerveillement Littéraire, sa maison d’édition.

Ses oeuvres poétiques couvrent un large registre : mailing art, cut-up, collage, caviardage, performances scéniques avec le groupe de rock Pötchuck et au sein du duo Cheval23.

Sombre Ducasse regroupe plusieurs textes écrits entre 1958 et 1986 et parus dans différents revues.

Extrait :

Téléphone longue distance appareils télégraphiques télétypes émetteurs de télévision ont cessé de fonctionner. Un million de télégrammes de voeux n’ont pu être transmis. Tornade électrique.

La méthode à contention souple a livré les hernieux à la torture dans des lieux d’aisance. L’athlétisme de guerre a ce privilège de travailler dans les meilleurs atmosphères morales et c’est ici qu’intervient l’un des progrès sans doute le plus fantastique de ce temps.

C’est la guerre. Rien ne nous empêche d’abaisser des barrières qui ne se justifient plus, de faire appel aux sciences humaines qui ont fait leurs preuves en d’autres domaines.

C’est la guerre. C’est la guerre. C’est la guerre.

N.B.C NATIONAL BROADCASTING CORPORATION

Notes de lectures :
Dire tout d’abord que Sombre Ducasse est une réédition du texte publié en 1988 à la Station Underground d’Emerveillement Littéraire, qui était épuisé depuis de nombreuses années.
Ce rassemblement de textes de Lucien Suel n’est pas donné selon un ordre chronologique, car de fait, il ne s’agissait pas pour lui de seulement les réunir, mais bien de créer une forme dynamique textuelle, créant sa propre unité. Commençant par Intromission (1985), enchaînant sur Nous n’avons rien à perdre, nous n’avons rien à gagner (1979), immédiatement un sens est esquissé, sens qui va se tisser dans des approches spécifiques, selon le travail littéraire à chaque fois exploré. Certes, mais quel sens ?
Celui d’une forme d’intensité de l’existence venant briser l’ensemble des déterminations qui vient l’oppresser. Ce sens est celui d’une forme de libération qui s’arrache du monde tel qu’il est déterminé par l’économie pour créer sa propre économie : celle des mots, du rythme poétique souvent relié à la versification Beat. Le chapitre 10 témoigne parfaitement de cette lutte contre les pouvoirs hégémoniques qui contrôlent la société. Ces pouvoirs, il les synthétise sous l’expression de C.I.A : Centre International des Agonies, pour qui « il faut que le Pays reste vivant actif et productif », soumis aux valeurs d’égalité : celles qui initient la mécanique de productivité. C.I.A. qui prône en fait cet autre slogan que l’on retrouve au chapitre 12 : « Oui au combat contre la vie Halte à la vie »
Si on trouve une diversité d’expériences littéraires (cut-up, mixage, collage citationnel, etc) reste que de nombreux textes se sourcent dans la poésie qui intéressait Lucien Suel durant les années 70, à savoir celle de la Beat. Langage très rythmé, aux inventions d’image constantes, qui vise souvent à établir par sa truculence verbale une critique de la société en son devenir.
Ce livre est donc appel à la vie, appel certes explicitement formulé, mais appel aussi de par sa langue, de par les effets escomptés par la langue et le rythme. Car, ici, il ne faut pas oublier la proximité de Lucien Suel avec la musique et le rock, comme il le disait lors de l’entretien vidéo que nous avions fait avec lui. La rythmique, voire la musicalité, n’est pas seulement support, mais est aussi le vecteur de cette libération.
Sombre Ducasse se donne à lire en ce sens tout à la fois comme une mise en évidence sombre du monde dans lequel nous existons, mais aussi selon une forme de rire qui s’émancipe de cette chape. Poésie punk rock – car « punk is dead, et ta soeur » ! -, ce geste jubilatoire du poète ordinaire, du poète du jardin ouvrier, en ravira, je le sais, plus d’un à la lecture, tant en cette période, sa parole trouve encore sa place.

26 octobre 2007

[Livre & chronique] Demeure le corps de Philippe Rahmy

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band-rahmy.jpg Philippe Rahmy, Demeure le corps, Cheyne éditeur, collection Grand Fonds, 62 p.
ISBN : 978-2-84116-121-8 // Prix : 14€50.
[Découvert tout d’abord par remue.net, Demeure le corps est un livre bouleversant]

4ème de couverture :
Dans ce deuxième livre, Philippe Rahmy reste fidèle à son entreprise d’écrivain : questionner son corps malade dont l’aventure, loin d’être close sur elle-même, n’est pas sans lien avec les tumultes du monde.

Apre et cruel, sont « chant d’exécration », qui renonce à toute espèce de compassion comme aussi bien à toute complaisance à souffrir, atteint ici, tant la parole dit juste depuis sa violence même, à une densité poétique bouleverse et comble le lecteur.

Lisant ce livre, on se dit que si la littérature était toujours aussi libre, autant détachée du souci de paraître, il y aurait moins de raison de désespérer de l’homme et de la souffrance.

J.M B.

rahmy.jpgExtrait :
Le corps est l’orifice naturel du malheur

je n’espère plus quitter cet hôpital, à moins que le soignant qui me chérit le plus ne me brise encore le bassin en me frappant du sien; on ne viole pas deux fois un enfant de verre sans éveiller de soupçons

je choisis la question pour demeure

la joie est condamnée, elle qui ne souffre pas; l’agonie suit une pente folle; sa plainte enfouit au fond de toi la note aigüe de la naissance; et le trèfle recouvre l’espace que tu laisses vacant

le corps voudrait se rendre invisible au crépuscule qui l’entraîne; mais l’heure n’est pas venue; est-ce le sentiment d’avoir remporté une victoire, ou d’avoir eu de la chance, qui me fait alors sourire et lever une paume vers l’ampoule

Notes de lectures :
J’ai découvert Philippe Rahmy par ses textes sur remue.net. Ils m’ont surpris tant par leur violence, que par leur non complaisance vis-à-vis de la violence. Des textes violents, sur le corps, le sexe, il y en a pléthore, toutefois, ce qui caractérise son travail n’est pas la fascination, mais une forme de minutie du phrasé, enveloppant la violence, la décrivant minutieusement, comme s’il s’agissait d’un phénomène déterminé à décomposer. Cette première impression, très positive, ne connaissant pas l’auteur, s’est affirmée à la vue de son travail vidéo qui est visible sur le même site : Demeure le corps, qui est un vidéo-livre de 12 mn.
Le livre publié par Cheyne éditeur, s’il croise ce travail vidéo, en est cependant distinct. La seule voix qui sera entendue est celle de notre lecture, qui est tout à la fois appelée à s’approprier ce qui est dit à la première personne, et en est exclue, radicalement exclue du fait de l’impossible passage, du point de vue du vécu, entre celui qui a écrit je et celui qui lit en revêtant ce je.

« je te hais de préférer ma souffrance à la tienne »

Lire, c’est répéter à distance, à la fois pris par l’enchainement des phrases, leur juxtaposition, leur brièveté, et rejeté par celles-ci.
Demeure le corps, s’inscrit dans un double jeu : la demeure du corps est vécue en tant que le corps demeure, insiste dans sa durée, dans sa présence de souffrance.
Ce chant est l’expérience de cette souffrance, expérience du corps et de la langue qui s’affronte à celle-ci. Cette expérience est faite sans pathos. Je me souviens, il y a quelques années, devant modérer une des premières intervention d’Alexandre Jolien en France, de la saine cruauté qui ressortait de ses paroles, lorsqu’il nous parlait du Métier d’homme. Handicapé depuis sa naissance : il portait avec lui, non pas la demande d’un regard de pitié, mais bien la force d’une conscience aiguë sur sa propre monstruosité.
Philippe Rahmy, de même, refusant toute forme de pitié, plonge dans l’inconnaissance de la douleur, pour parler de ce qu’elle apprend comme vie.

« Je ne tiens pour vrai que ce qui me mutile »
« la douleur est un savoir à l’usage du corps »

Ainsi s’il écrit au tout début que « la douleur n’apprend rien », c’est qu’il refuse la connaissance évidente de la douleur : la compassion, la mise à distance, le larmoiement. La douleur est savoir du corps qui se fait langue, de la souffrance qui ne se distingue plus de la langue.

« je ne fais aucune différence entre lui et mes mots »

Ce chant — qui est aussi une forme de confession de sa propre intimité — par ce refus de la pitié, affronte le mal avec lucidité, sachant que toute résistance serait vaine. Écrire pour vivre et lutter mais simultanément rejeter la lutte et la plainte comme tromperies de la conscience. C’est que le mal est inguérissable.

« j’écris autant contre ce qui m’anéantit que pour faire taire la voix qui résiste à cet anéantissement »

Ce chant est témoignage, témoignage de la permanence du corps, à savoir de la maladie. Car en effet, si Canguilhem explique bien dans le Normal et le pathologique que la santé est le silence des organes, Philippe Rahmy s’affrontant au dysfonctionnement total de son organisme du fait de sa maladie, se tient comme l’épicentre d’un brouhaha permanent du corps.
Ici c’est un corps qui se présente, et non pas la représentation d’un corps.
Ici c’est le corps qui écrit, et nous ne sommes pas face au simulacre d’une écriture qui mime les perturbations du corps.
Ces remarques sont très importantes, car elles permettent de mieux saisir son écriture : nulle fioriture, peu métaphorique, plutôt économe, sèche par moment, cruellement lisible en chacun de ses aspects. Il n’y a pas de jeu, car pour jouer il faut être autre par rapport à celui que l’on joue. Philippe Rahmy n’est pas autre, il est ce corps.

« le corps est l’orifice naturel du malheur »

[+] Lire aussi la chronique de Jean-Louis Kuffer sur son blog

12 octobre 2007

[Livre] La loi des rendements décroissants de Jérôme Mauche

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band-mauche.jpg Jérôme Mauche, La loi des rendements décroissants, éditions Seuil, coll. déplacements, 191 p.
ISBN : 978-2-02-093179-3 // Prix : 16 €.
[Site de la collection]

mauche-deplacement.jpg4ème de couverture :
Il y aurait d’un côté l’entreprise, les chiffres, l’ordre, et de l’autre les poètes, la littérature, les raconteurs d’histoires.
C’est là pourtant que Jérôme Mauche établit son travail de langue. Une subversion douce, une mise à nu qui s’amuse. Tout ce qui est cité ici et renversé, l’économie politique, les notes de service, les micro-anecdotes, du quotidien de l’entreprise, est ressaisi dans l’interrogation de la langue sur les choses, le monde, la vie des hommes.
Les 202 fragments s’enchaînent par ordre de taille croissante, comme un défi. Placer tout cela joyeusement sur une table d’autopsie, la com’, Internet, la sécurité sociale et charger la barque, si poésie s’ensuit.

Notes de lecture :
Tout nouveau, puisque venant juste de sortir, ce titre est le troisième de la collection déplacements, initiée par François Bon aux éditions Seuil. Pour lire une présentation de la perspective de cette collection, je renvoie à ce qu’il écrit sur le tiers-livre.
Nouveau livre de Jérôme Mauche. Ce texte pourrait en quelque sorte, être considéré en écho, ou bien encore comme une forme de verso de ce qui avait été entrepris dans Superadobe, que j’avais énormément apprécié.
Superadobe, texte construit sur des micro-narrations, donnait à suivre des micro-gestes de survie, des êtres qui pris dans des situations, cherchent une forme d’équilibre, certes précaire parfois, mais leur offrant la possibilité de se tenir en vie, de retrouver un sens d’existence. Superadobe, titre emprunté au vocabulaire de l’économie alternative, décrivait ainsi des gestes de résistance, souvent insignifiants, souvent imperceptibles, mais nécessaires et essentiels pour chaque individu. Ce livre au bleu du ciel, faisait déjà suite en quelque sorte à Électuaires du discount, qui déployait dans chaque partie, une forme de thérapeutique linguistique, poétique.
Verso ?
Verso, du fait qu’il ne s’agit plus ici de la constitution de singularités, mais de l’observation, par micro-déplacements (et ici ce titre résonne très bien avec le titre même de la collection) du plan général où l’aliénation de l’homme est entreprise : pas tant le travail comme réalité empirique, mais les énoncés constitutifs de l’idéologie du travail, les énoncés qui structurent la conscience et qui l’établissent dans son rapport à l’entreprise, au marché, aux désirs qui ne peuvent se réaliser que par cette entremise.
Verso, au sens où, comme l’auteur l’explicite en post-face, ce texte se donne à lire comme une forme de contre-littérature, ou plutôt, comme cela se dessine une sur-littérature, « qui ne sera pas le contraire de ce qui s’écrit, mais s’écrira tout contre ».
Ce tout contre se définit en tant que possibilité de dilater certains interstices des discours d’entreprise, économiques, afin de « rendre suspects le vocabulaire, la chose désignée, le geste de la désignation ».
Littérature critique, mais non pas dans la forme de la représentation, et dans l’écart de la langue, c’est-à-dire selon la construction d’un idiolecte, mais selon une forme de dialectique négative qui opère la langue même qui est à critiquer, qui l’investit, la gangrène, la fait décroître quant à ses possibilités d’aliénation.
Le titre déjà explicite cela : un rendement décroissant.

[Présentation sur remue.net par Philippe Rahmy]

10 octobre 2007

[Livre + chronique] Le spectre des armatures de Pierre Ménard

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band-menard.jpg Pierre Ménard, Le spectre des armatures, ed. Le Quartanier, coll. Phacochères, 31 p.
ISBN : 978-2-923400-20-4 // Prix : 6 €.
[site des éditions Le Quartanier]

menard.jpg4ème de couverture :
C’est une question de tour de main. Je ne peux m’empêcher de venir ici, d’aller là, j’ai oublié d’ailleurs le froid et l’humidité ces dernières semaines. Je parle comme une paysanne qui est sombre, duveteuse, tachetée, striée d’or. Comme une aile de papillon. Je sais ce que vous voulez dire. Il n’y a que cela. Je sais ce que vous voulez dire. Il n’y a que cela. Les chemins désertés. Le soleil s’est caché, le vrai ciel est gris. Les ombres terribles au milieu de ce qu’elles ont été. Le vide inhumain de la forêt désaffectée. D’ailleurs on ne revient que très tard. Traverser la rue dans un état incertain de chagrin aboutit beaucoup plus loin. Les incidents sont juxtaposés en une interminable série. On commence à construire. Le monde verdoie au milieu de la ville grisâtre, presque devant chaque porte, comme un défilé pratiqué par un tailleur d’images gothiques à même la pierre.
Né en 1969, Pierre Ménard vit à Paris. Écrivain et bibliothécaire, il a publié des textes dans les revues Nouveaux délits, la Planète des signes, BoXon, Doc(k)s, Le Quartanier et Hypercourt. Sur internet, il anime depuis 2004 le wiki d’écriture Marelle : zone d’activités poétiques et tient un bloc-notes sur son site liminaire.

Notes de lecture : 
D’emblée, commencer la lecture du Spectre des armatures, cela demande de s’interrompre. S’interrompre, car avant même la première des sept parties de ce petit recueil, une définition apparaît. Ayant toujours été sensible aux définitions, elle ne peut passer inaperçue à mes yeux. Elle énonce ce qu’est objectivement le spectre des armatures : « un défaut d’aspect de la peau d’un béton, dû à la présence d’armatures trop proches de la surface, ou à leur mise en vibration. Ce phénomène se traduit par le dessin visible des armatures sous le béton ».
Définition précise, qui donne immédiatement à voir de quoi il s’agit. L’espace urbain s’étant construit depuis un siècle avec le béton armé. Immédiatement donnant cette définition, qui vient rompre l’engagement poétique d’un titre qui pouvait être mystérieux, pourtant il ouvre un espace poétique qui entre en résonance avec la page de droite : un titre -> « JE METS EN MÉMOIRE ».
L’association apparaît d’emblée. Entre sensibilité de l’existence  — qui se structure sur une mémoire enfouie, « si reculée, plus irréelle encore que les projections de la lanterne magique » —  et ces traces vibratoires de la rouille, de l’oxydation des armatures, qui dessinent spectralement à la surface du béton. L’association : un rapport. Cette dureté de l’existence en présence qui laisse apparaître à la lisière de sa peau, la multiplicité des souvenirs qui la constituent et la soutiennent.
Car il semblerait bien que tout se joue par ces traces de vie d’avant le présent, par ces traces qui ne cessent de refluer des profondeurs pour marquer chaque instant présent de leur marque tangible.
« Comprendre les tableaux de la mémoire ».
Face à une oeuvre de Nicolas Poussin, on observe facilement les gestes de repentir, le jus de fond, les aplats qui ont permis la structuration de ce présent visible, mais vibratoire par le jeu de transparence des couches.
Ce que montre Pierre Ménard, ce qu’il présentifie, dans l’imparfait de la conjugaison, c’est cette âpre présence en soi de ce qui fût, en tant qu’armatures de ce qui est : cette présence d’écriture, là, qui ne peut se dire que dans la série de ce qui fût vécu.
C’est bien là une des questions de notre être, de sa possible position de sujet, de son énonciation en tant qu’individuel. Nous ne sommes pas d’abord parce que nous sommes ouverts à un futur [thèse heideggerienne], mais nous sommes parce qu’en nous se sont sédimentées, affectivement, intimement, singulièrement, des traces et qu’elles emplissent notre horizon de provenance.
Proust en a donné le paradigme par le titre même de son oeuvre : La recherche du temps perdu. Un baiser tant attendu en début de premier tome.
Mais ce n’est pas de cette recherche qu’il s’agit ici, mais bien plus de celle de recoler un recto et un verso entre celui qui écrit là, et celui dont on parle dans le texte [« il »] : « entre lui et l’instant présent, pensant à tous les événements ».
« Des années passées non séparées de nous, obligé de redescendre pour le réapprendre, dans cette évaluation, ce passé indéfiniment déroulé ».
Livre sensible, aux phrases discrètes et poétiques, parfois énigmatiques, un petit livre à méditer pour ouvrir nos propres existence aux spectres de leurs armatures.

4 octobre 2007

[Livre] Esteria de François Richard

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bandrichard.jpg François Richard, Esteria, ed. Le grand souffle, coll. Atom poésie. 181 p.
ISBN : 9782-916492-17-9. Prix : 14,8 €
[site des éditions]

richard-couve.jpg4ème de couverture :
« Je suis guitariste. La musique est la vibration primordiale. Après sept ans d’anorexie, la vie s’est insurgée dans ma vie. Tout s’est accéléré en des jours étranges. Des lignes de vitesse, des intensités ont traversé l’espace nouveau de mon être. La vie, la parole, petite sueur vibrant, toujours témoin du premier instant. Puissante musique intérieure enceinte, orage électrique, boréal, Esteria : une chanson pour la parole. »

Il y a dans l’écriture de François Richard, qui a déjà publié Vie sans mort, le signe mystérieux d’un poète futur d’aujourd’hui, l’intuition ardente d’une jeunesse qui fait advenir un autre monde du son dans le langage humain. C’est pourquoi Esteria inaugure la collection ATOM du Grand souffle.

Notes de lectures :
Tout d’abord signalons et saluons la naissance de cette collection poésie aux éditions Le grand souffle, dont nous avions parlé lors de la sortie de Avril-22 ceux qui préfèrent ne pas sous la direction d’Alain Jugnon [ici]. En ces temps de questionnements fréquents et parfois angoissés sur le devenir de l’édition, qui plus est des éditions de poésie, cette collection, montre une nouvelle fois l’intérêt pour les recherches poétiques.
Avant de parler brièvement d’Esteria, je voudrai tout d’abord exprimer le plaisir que j’ai de lire ce texte. François Richard n’est pas en effet pour moi, seulement l’éditeur dirigeant Caméras Animales en association avec son frère Mathias [cf. entretien ici]. Certes nous nous sommes revus à cette occasion. Mais la découverte de cet écrivain date de quelques années auparavant, de l’année 2000, moment où je dirigeais une petite collection de poésie pour l’association Trame-Ouest. François Richard, en cette époque-là, m’envoya plusieurs manuscrits, aux langues transgressées, aux rythmes souvent frénétiques et accidentés, en bref de qualité remarquable. Sans doute effrayé par la longueur de certains de ceux-ci, sans doute résigné à une certaine forme de lâcheté éditoriale, tout en lui répondant et en lui témoignant de mon admiration, je refusais de publier chacun de ses textes. C’est pourquoi depuis sa publication chez Richard Meyer dans la collection Vents contraires, c’est une joie de pouvoir le voir diffuser sa langue.
François Richard, indéniablement, explore une langue, ou plutôt la langue le provoque à l’écriture, car on ressent bien que c’est le flux de la langue qui le pousse, qui se propulse dans l’écriture, et ce n’est pas d’abord un choix délibéré. La langue lui souffle ainsi la parole.
Esteria pourrait être le récit de cette parole qui s’immisce dans l’existence. Esteria est le récit d’une forme de rédemption, d’une terre retrouvée après son oubli. D’emblée, il l’écrit : « Il rescapa le jour d’un poème ». Sortie d’une forme de naufrage, sans doute geste qui passe par la possibilité enfin de la parole. De dire, et tout d’abord dire son propre être, se remettre à proximité de celui-ci.
Esteria, au niveau poétique, est une composition complexe (les parties étant placées pour 2 d’entre elles (chiffre de 1 à 7, et les lettres de o à m) en ordre décroissant) où la langue si elle se laisse aller à la métaphore, pourtant ne construit pas son réel à partir de celle-ci. La beauté de la langue de François Richard ne tient pas aux déplacements opérés par la représentation métaphorique, ou bien encore aux télescopages des images, mais à sa manière de lier ce premier travail, classique, à un autre celui d’une effraction de la langue, d’une torsion, de coupures sans sutures qui viennent l’accélérer, l’accidenter, la provoquer au sens.
Il est ici nécessaire de remarquer que François Richard, avec quelques autres, rares, est un inventeur d’idiolect. Invention d’idiolect qui s’échappe pour une grande part justement des avancées de TXT et de sa succession, que l’on retrouve à travers certaines poésies carnavalesques où le calembour et les jeux de mots dominent. Tout au contraire, l’incise de et dans la langue se déploie non pas à partir de ce type de logique, mais souvent en relation avec une réflexion quasi-philosophique de la langue, qui me fait penser par moment à Derrida./Philippe Boisnard/

2 octobre 2007

[Livre] Barnaba de Marie Delvigne

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bandedelvigne.jpg Marie Delvigne, Barnaba, préface de Raymond Féderman, IDP éditeur, 20 p.
ISBN : 978-2-9153-58377
Prix : 5 €. Adresse pour commander : IDP éditeur, la tuilerie 69860 Ouroux. [site]
Extrait de la préface de Raymon Féderman :
~~que c’est beau ~~
c’est si beau qu’il ne faut pas expliquer
BARNABA
il faut seulement l’admirer
et dire merde que c’est génial!

Notes de lecture :
Marie Delvigne, dont nous avions déjà parlé à propos de son petit roman Rouge, nous donne à lire, avec ce petit livre un travail davantage poétique. Je dirai même plus davantage dynamique et bien plus maitrisé au niveau de la langue et de son style que ne l’était son premier livre, qui en certains endroits étaient convenus.
BARNABA ? BARNABA ? Qu’est-ce ? Ce féminin de Barnabé, cette mixture de Barnabé et Barbara… Et qu’est-ce que ce ni ? Ce ni, Ni NI NI, qui vient sans cesse ponctuer le texte, en faire pivoter les motifs, en permettre la ligne d’ouverture ?
Ce texte, s’il repose sur des énigmes, pour autant il n’est pas énigmatique. Marie Delvigne ne développe pas malgré l’apparence une poésie hermétique, s’enfermant dans une langue nouée qui par accumulation des vocables, peut, parfois, en devenir incompréhensibles, éreintantes inutilement. Marie Delvigne, jouant avec la signification de ce Barnaba, se joue en fait de notre compréhension, et ceci dans le flux tout d’abord, d’un abécédaire inapparent, qu’il est jubilatoire de lire, dont la langue légère est entrainante:
« Ceci n’est pas un cercle noir
Ni the ménagère de 50 ans
QUE Muet-Mute en Mutation soit trop déf à donf pour Que le
moins soit l’équivalent d’un trop vital
Oui des trous de /////mémoire de l’émoi moi re re moi morne
l’automne je sens mon corps a-tone
Nu Ni-même moi Ni m’aime moi Mi-Haine Mi-aime
QUE No man’s land
Nobody is perfect
OUI Non
dire
NON »
Rythme rapide, variation des vocables, l’ensemble de ces 20 pages témoignent d’un très beau travail poétique, même si in fine, il est évident, que nous n’avons à faire encore qu’à une des étapes du travail de ce Barnaba, ce qui ressort parfaitement de la dernière partie, plus conventionnelle tout à la fois ans sa langue et ce qu’elle énonce./Philippe Boisnard/

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