Libr-critique

20 septembre 2007

[livre-chronique] éc’rire, au moment où, de Franck Doyen

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 17:07

fdoyen.jpgFranck Doyen, éc’rire, au moment où, éditions Atelier de l’Agneau, 96 p., ISBN 978-2-930188-36-2, 13 euros. Site des éditions : http://at-agneau.fr/

Un deuxième livre de Franck Doyen, poète « travailleur du lalangues » comme il se définit lui-même, animateur de la revue 22(Montée) des Poètes, édité par l’Atelier de l’Agneau dans un format original, à l’italienne, avec des spirales en guise de reliure, un deuxième livre, une suite, un développement de sa Lettre à ma première bosse au éditions PROPOS/2.

C’est un texte poétique, bien plus dense et profond que le précédent qu’il nous livre ici, une sorte de théorie pratique de l’écriture, divisé en quatres « moments » dont le dernier se veut « définitif« , qui développe dans un rire grinçant et affolé la question de l’écriture, de son inutilité et de sa dérisoire nécessité, de la joie et l’excitation qu’elle procure, tout comme de l’effondrement et la faille qu’elle ouvre en soi irrémédiablement en permanence. Mais loin d’être une réflexion autotélique et narcissique sur le travail d’écriture, loin d’être un texte qui se referme sur lui-même, comme le sont de nombreux textes qui parlent avec complaisance et prétention de cette fâcheuse manie de « tripoter la virgule », Franck Doyen se livre à une réflexion poétique furieusement drôle sur la langue, de cette furie du langage qui s’empare du crâne et du corps, transforme la vie et rend plutôt fou. Mais le rire présent dans ce texte est constamment renversé par l’autre face de Janus, au rictus angoissé, et l’on est pris en même temps dans des oscillations joyeuses et désespérées, d’un désespoir tenace, vaillant et acéré. Le rire étant aussi ce qui permet de ne pas tomber dans un pathos, il est ce qui vrille et fait rebondir, ce qui empêche l’épanchement.
« au moment d’écriture le sentier se rappelle à vous comme une vieille douleur longtemps oubliée qui revient maintenant que voulez-vous c’est l’âge mon bon ami et l’écrire n’arrange pas vraiment si vous empêche d’y penser sérieusement malgré tout vous pourriez éviter aux autres vos petites histoires vous lassez l’auditoire vous trafiquerez votre écriture au gré de la stabilité des plaques »

C’est un livre physique, un livre de combat, qui rend compte du combat que l’on mène contre soi-même dans l’écriture, et surtout comment l’on se débat, avec soi-même et avec le langage. Que faire avec tous ces mots, comment en faire quelque chose qui ne soit pas seulement la trace de notre propre désastre, comment ne pas se vautrer dans le déversement de soi-même ? Car une des questions du livre est bien de savoir ce qui permet de se tenir dans l’écriture, d’aller jusqu’à l’os, de se débrasser de sa couenne …
Et c’est par une langue orale et sonore que Franck Doyen répond à cette question, une langue sans ponctuation, rythmée par des ellipses, des sauts, de côté, en avant, des trépignements, des balbutiements, des accélérations … ; langue aussi trés visuelle, dont le traitement graphique marque la multiplicité des voix, leurs intensités et leurs tonalités, l’auteur se dédoublant, se regardant à distance, du coin de l’oeil, et riant de lui-même, de sa psychologie, se moquant de l’état dans lequel le met l’écriture, de l’état dans lequel il doit se mettre pour écrire, …
Cette exploration des méandres de l’écriture, de la spirale dans laquelle elle enferme le sujet, le dépossède de lui-même et du monde, n’est pas une plongée dans les affres de l’écrivain maudit, posture moquée joyeusement, mais au contraire une tentative de se sortir de l’écriture, par l’écriture elle-même pourtant, qui est à la fois désacralisée tout en possédant une importance vitale. L’auteur sait bien que l’écriture ne le sauvera de rien, « au moment d’écrire mettre à plat que l’écrire rend l’écriture inutile et feriez mieux de vous laver les mains de tout cela aucun secours ». « au moment de l’écrire chercher déséspérement l’accroche la prise pas trop friable qui supportera votre poids et son balancement votre mauvaise humeur chronique et dominicale votre goût pour les gâteaux détiétiques au sésame au moment se tenir éveillé plutôt se dire cela oui plutôt se dire cela que se répéter que chercher ce qui vous tient ainsi vous retient dans cet état à croire que »
Alors pourquoi persister ? Parce que l’acte d’écrire, « l’écrire », est à la fois ce qui permet de se tenir debout, dans le monde et les choses, et ce qui crée le désordre, l’instable, la pourriture, et donc la vie.
« Ã©crire jusqu’à écrire pour ne pas trahir ce que vous savez indénaiblement de vous »/ « croire éternellement avoir des choses à dire et qui plus est des mots pour cela alors qu’au fond on pourrait laisser les chaussettes sécher même de l’archi-duchesse écrire jusqu’au moment de rupture d’avec soi-même jusqu’au moment extrême d’incompréhension »

Cependant, chez Franck Doyen, la poésie ne vaut pas plus qu’un bon concert, ou que le jardinage , « n’est pas plus confiture que l’abricot la pêche le melon ou la framboise ». L’écriture est constamment prise au coeur de la vie, recouverte et déterrée par elle, emmêlée dans toutes sortes de faits et gestes quotidiens, et en même temps c’est elle qui semble aussi couper la vie d’elle-même, la séparer en son milieu, elle en est un versant, sur lequel l’auteur ne sait pas s’il doit se laisser tomber, car qui sait s’il pourra ensuite remonter pour repasser sur celui de la vie. La grande question se pose alors : comment être dans l’écriture et dans la vie ?
En étant dans l’instant, et dans le faire, « Ã©crire, ce « moment où ». En effet, il s’agit plutôt dans ce livre de l’acte d’écrire que l’écriture en tant que telle, comme le dit le titre, et comme il est répété tout le long du livre (« au moment d’écrire » est la phrase qui ouvre presque un paragraphe sur deux), dans quel état est-on lorsqu’on écrit, quel est ce geste, qu’est-ce que cela engage-t-il physiquement, dans le corps, dans l’être ? Comment écrire transforme le corps, la chair, les os ? comment cela transforme-t-il notre position dans le monde ?
« au moment d’écriture gratter la surface de la tête enlever délicatement le dessus de la peau du charnier si peu sous vos pieds soulever des pans entiers d’endémies et d’arbres couchés sur l’écriture c’est pour cela que vous continuez »
« au moment d’écriture tout arrêter se dire que le jour succède au jour et que chaque centimètre d’os le sait que chaque centimètre de peau se ressere déjà se replie comme au froid »
L’écriture est ce geste qui vous fait devenir « dromadaire », « pour la bosse qui vous pousse dans le dos à force de repliure au-dessus des feuilles », c’est ce geste qui vous fend, vous altère, vous décompose en morceaux …
Cette exploration du moment de l’écriture, de ce geste constamment répété, comme un geste sportif ou comme le geste du jardinier, qui ne peut se tenir que dans un perpétuel recommencement, ouvre sur la question de l’immanence dans laquelle l’écriture peut nous faire être. L’écriture pour Franck Doyen serait donc ce moment vibrant, en déséquilibre constant, qui nous ferait nous tenir vivant, palpitant au coeur même de la décomposition qu’elle produit en nous, mais la pourriture étant aussi ferment de vie, c’est dans la destruction même que l’écriture produit que l’on survit.
« cela devrait vous suffire cela devrait si l’écrire pouvait apaiser quoique ce soit se saurait écriture et pourriture donc revenir à cela sans détour mais traverser le propos avec des effets de crépi et petits mouchetés verts et petits mouchetés jaunes et petits mouchetés d’un autre vert vous enfoncer dans la perte ».

17 septembre 2007

[Livre/chronique] Vincent Tholomé, The John Cage experiences

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 14:34

tholome_cage.jpg Vincent Tholomé, The John Cage experiences, 8 solos, duos ou trios (avec choses), éditions Le clou dans le fer, 54 p. ISBN : 978-2-9526347-3-1, 11 €.

4ème de couverture :
tholome.jpg Le point de départ : l’envie de tenter une expérience. Écrire un texte – un seul – où le hasard interviendra non comme thème mais comme élément structurant, nécessaire à la composition. Tout y sera tiré au sort : le nombre de phrases, ce dont elles parlent, etc. Puis : on se prendra au jeu. On écrira un autre récit. Puis un autre.
On se dira, mais oui, tout ça peut faire un ensemble. On complètera les choses. On tirera encore au sort le nombre de textes qui composeront l’ensemble. On retouchera à peine. Et puis voilà : 8 solos, duos ou trios. 8 textes à lire chez soi, pour soi, ou à porter en scène. En une fois. Par petits bouts. Seul, à deux, à trois.
Comme on voudra.

Chronique :
En 1952, lorsque John Cage,fait interpréter par David Tudor la pièce 4’33 », il lui donne trois instructions strictes à respecter, en tant que mise en jeu du silence qui permettra de faire surgir le hasard des croisements sonores de la salle. Tel qu’il le précise :  » Composer, signifie seulement suggérer à l’interprète la possibilité objectivement réelle d’une action, c’est-à-dire ouvrir un espace de jeu ». Ce qu’introduit Cage dès le début des années 1950, et ceci suite à l’ouverture au YI KING permis par Daisetz Teitaro Suzuki, c’est la possibilité d’introduire du hasard maîtrisé dans la musique, de déterminer certaines ouvertures à la contingence grâce à des possibilités d’action que doivent accomplir un ou plusieurs intervenants. C’est ce qu’il fit avec Imaginary Landscape 4, mettant en oeuvre le jeu de 24 exécutants devant faire varier le son de douze postes de radio.
Le texte de Vincent Tholomé, le deuxième qu’il publie aux éditions Le clou dans le fer, reprend le même mode de création, le croisant avec la vie de John Cage. Ainsi, chacune des 8 parties du texte a pour leïtmotiv une action que doit faire le musicien ou un équivalent. Ici on retrouve la logique même des annotations de Cage : « L’Å“uvre peut cependant être exécutée par n’importe quel instrumentiste ou combinaison d’instrumentistes et sur n’importe quelle durée. »
Toutefois, plus que cela, si on fait attention aux indications que donnent en 4ème de couverture Vincent Tholomé, il ne s’agit pas seulement d’une représentation du travail de Cage, mais il s’agit aussi de reproduire, littérairement et donc littéralement, l’expérience du hasard agencé que faisait Cage dans ses créations. Lorsque l’on lit cette suite, si on peut être pris par la rythmique du texte, il est important de voir que les agencements verbaux au niveau des phrases sont liés à une forme de composition aléatoire due au hasard :
« Joyeusement au salon. Ne remarque. Debout. Debout. À droite de merce c. L’ami fidèle. John Cage a une bouteille à la main. Et. Disons. Il marque comme un. Oui. Certains. Temps d’arrêt. Tant. Tout à coup. Quelque chose. À tout le moins. À tout le moins. Le frappe »
La combinatoire et les séries qui s’enchaînent tout au long des 8 textes obéissent à des coupures qui sont alors liées à un découpage, tirage, emboîtement, qui déterminent le processus textuel.
Cette contrainte, loin de fermer le texte, par le hasard qui opère en elle, le libère et lui donne sa nature propre, les phrases venant claquer, devenant par moment même des percussions. La musicalité réelle de cette suite en 8 mouvements de Tholomé obéit alors tout à la fois, au processus intentionnel de phrases choisies, et à la contingence des hasards.
Cette logique d’écriture permet à Vincent Tholomé d’écrire sur John Cage et plus particulièrement sur l’année 1935 en tant qu’année d’ouverture aux expériences musicales pour ce dernier. Les 8 textes sont en quelque sortes 8 stations progressives qui se succèdent dans le temps et qui font écho aux élaborations formelles et musicales du musicien et ceci à partir de son existence : le désert d’Arizona, la chambre d’hôtel avec la future mme cage, le magasin acmé, où John Cage expérimente le silence, « passant sa langue au trou noir » et inaugurant ainsi sa nature profonde, les forêts du Minnesota, et l’expérience de la radio, et d’un air de Louis Amstrong, le corset de mme cage et l’expérience du miroir dans un nouvel appartement où ils ont emménagé, une visite chez le médecin, où il découvre par la combinatoire des chaises, des patients qui attendent et des journaux disposés sur la table d’attente, « les possibilités musicales » liées à un tel dispositif, un geste déplacé, lors d’un apéritif avec merce c., trois instructions à suivre à la lettre, qui lui font expérimenter avec une camionnette les futurs dispositifs de compositions musicales, notamment les trois instructions qu’il donnera à Tudor pour 4’33 ».

Ce texte de Vincent Tholomé, une expérience littéraire originale à découvrir, permet de s’introduire d’une nouvelle manière dans la logique de création musicale de Cage.

10 septembre 2007

[Livre] Christophe Manon, L’IDIEU

Filed under: chroniques,Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 8:00

manon-idieu2.jpg Christophe Manon, L’IDIEU, éditions IKKO, 60 p.
ISBN : 978-2-916011-11-0, 12 €. [site]
4ème de couverture :
Je travaille à : l’avènement hasardeux et précaire de possibles insoupçonnés à : l’émergence de possibilités inouïes. Toutes les vieilles connaissances je les chiffonne en : une boule de papier mâché. Il m’arrive même de penser que d’une manière générale là où il y a : un et encore : un il y a aussi : trois et cinq et sept et l’infini. Ma joie est : grande. En marchant à mes côté elle bouscule : les imbéciles et leur saisit : le cou par : les narines. Et dire que récemment j’étais très fier : de mon crâne humainen le comparant : à l’arête ossifiée et : aux dents féroces : d’un gorille.

manon-idieu.jpgPremières impressions
Avec ce livre, Christophe Manon approfondit l’ontologie qui était apparue dès ses premiers textes, Totems Intérieurs ou encore Ruminations. D’allure tout à la fois mystérieux, débordant d’énergie, et avec un certain lyrisme, L’IDIEU se présente comme un hymne à la vie : « J’aspire: la vie/j’avale: lavie/je l’absorbe/je la dévore » (p.14). Ce livre met s’il met en critique le rythme humain du monde, « La terre s’aplatit pour être : moins visible (…) La ruine a envahi : la Terre : c’est fait » (p.32), il dépasse néanmoins le constat du nihilisme par sa langue vibrante et son hymne à l’infini qui brille, obscur, dans le corps de l’homme.
Comme je le montrerai dans ma critique (13 septembre), ce trajet poétique de Christophe Manon croise la route des mystiques de Plotin à Angélus Silésius en passant par Giordano Bruno qui signe l’exergue de son livre./PB/

7 septembre 2007

[CD + livre] Julien Blaine au Blockhaus DY 10

blaine_dy.jpgJulien Blaine au Blockhaus DY 10, Nantes le 16 mai 2001, avec Julien Blaine, Sylvain Courtoux, Basile Ferriot, Carine Léquyer, Emmanuel Rabu et Phil Tremble, éditions Dernier Télégramme, livret de 26 p. CD de 34 mn.
ISBN : 978-2-917136-00-3. 12 €.
[site des éditions]

Présentation :
Ce CD et sa participation sur livret sont issus d’un enregistrement public. Il a eu lieu au moment de la pleine effervescence du Bunker DY 10 à Nantes où se concentraient plusieurs associations. Durant ces années, Emmanuel Rabu organisait de nombreuses rencontres et soirées de poésie. Cet enregistrement est le fruit de l’une d’elle. Dans celui-ci dont nous donnons un court extrait [début de la partition], nous entendons Julien Blaine dans un contexte sonore expérimental, résultat de l’entrecroisement de plusieurs pratiques. Si nous connaissons sa liaison au travail de contre-basse de Joëlle Léandre, ici c’est une autre dimension qui s’ouvre grâce aux croisements sonores de la harpe préparée (Carine Léquyer), des percussions (Basile Ferriot), de l’ARP odyssee (Sylvain Courtoux), de voix (Emmanuel Rabu) et du mixage opéré par Phil Tremble.
Ce CD montre en quel sens la poésie contemporaine est reliée aussi aux recherches expérimentales de la musique contemporaine ou de la musique concrète. Ceci nous permet de rappeler que le premier morceau donné à entendre par Xenakis et Varèse lors de l’exposition universelle de 1958, s’appelait Poème électronique. On retrouve ici des liaisons évidentes lorsque l’on considère le fourmillement sonore du synthétiseur ARP de Sylvain Courtoux.
Ici,en ce sens, loin d’entendre seulement un accompagnement sonore, ce qui malheureusement est trop souvent le cas dans le rapport musique/poésie, il y a un double espace d’écriture/modulation de médiums qui se répondent et s’inter-pénètrent pour constituer une seule réalité sonore où chaque élément a une place essentielle./PB/

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3 septembre 2007

[Livre] La musique de P.N.A Handschin

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handschin.jpgP.N.A Handschin, La musique, éditions Inventaire/Invention, 91 p. ISBN : 978-2-914412-62-9, 7,5 €.
4ème de couverture :
[Un chiffon est frotté contre la caisse de résonance d’un violon et celle du ukulélé]
« Tout l’univers », c’est sous ce nom que l’oeuvre de P.N.A Handschin se constitue, livre après livre. Déserts (POL, 2003), L’Aurore (POL, 2005) et L’Éclipse (MIX, 2007) en sont les trois premiers volets, La Musique, le quatrième.

Premières impressions :
Un long poème en forme de suite musicale, composé de 2 mouvements, qui fonctionne sur la logique « bout de ficelle, selle de cheval, cheval de course » pour nous emporter dans 2 grandes ph(r)ases sans ponctuation. Nous sommes emportés dans un rythme effréné où les références musicales de la pop culture aussi bien que de la musique classique se mêlent aux bruits du monde, de la nature, de l’actualité, des villes, pour former une symphonie discordante et tourbillonnante qui se fait l’écho du brouhaha absurde de notre temps. Tonitruant. /PB & HG/.

1 septembre 2007

[Livre] Propositions d’activité de Xavier Person

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personprop.jpgXavier Person, Propositions d’activités, Le bleu du ciel, 86 p., ISBN : 978-2-915232-40-0, 13 €.
4ème de couverture :
S’aimer dans l’ascenseur, laisser courir la révolution, ne pas se reconnaître dans un rêve, éternuer dans une cage, remonter le courant, fabriquer du brouillard ou un lac, se mettre à chanter, stopper une vague dans son élan, passer à la télé, chercher à te plaire, continuer après la fin, etc.

Premières impressions :
Comme Jérôme Mauche, ou d’autres, ce que tente ici Xavier Person, c’est de se tenir dans un ensemble de possibles, dit par la langue, qui déroge aux possibles cadastrés par le langage communicationnel. Les propositions d’activité sont d’abord celles de la langue, de son opacité par le dire, de son déport vis-à-vis des agencements signifiants. Il y a une forme d’effet de littoralité du dire, qui touche, il me semble souvent, au mouvement de l’écume. Toutefois, à l’opposé de la 4ème de couverture qui semble indiquer que l’ensemble de l’ouvrage se compose de ces propositions (sur le principe de la liste), il est nécessaire de les chercher dans les blocs textes, de mener une forme d’enquête pour les débusquer. Les éditions Le bleu du ciel confirment ici leur ligne éditoriale. /PB/

Lire, en attendant notre chronique, le bel article de François Bon, mettant en lumière la manière dont sont construites ces propositions d’activité [lire]

20 juin 2007

[Livre] Chair Jaune De Raymond Federman, craductions de Pierre Le Pillouër

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federman-lepillouer.jpgRaymond Federman, Chair jaune, craductions de Pierre Le Pillouër.
éditions Le Bleu du Ciel, 56 p., ISBN : 978-915232-42-4, 10 Euros.
[site de l’éditeur]
4ème de couverture :
Souvenez-vous, lecteurs : avant la parution de ce bref volume, les traducteurs les plus éminents suaient sur leurs brouillons des jours durant. La quadrature qui les tenait enfermés n’avait pas encore été résolue par Pierre Le Pillouër. Désormais, on peut à la fois passer, dans une même traduction, sens et son. Prenant à la foi littéralement et (psych)analytiquement les poèmes graves et gais de Raymond Federman, Le Pillouër bouleverse l’acte de traduire sans pour autant dynamiter le traduit. Baltasar Gracian proposait en son temps, un modèle baroque de citation du texte classique : on pouvait résumer, rajouter un mot ou (pourquoi pas) une phrase.
C’est ici un modèle baroque de « craduction » qu’on voit à l’oeuvre.
Un précis d’humour aussi.
Nathalie Quintane.
[Lire la chronique]

12 mai 2007

[Livre] Cargo culte de Emmanuel Rabu

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rabu_cargo216.jpgEmmanuel Rabu, Cargo Culte, ed. Le dernier télégramme, 29 p. ISBN : 978-2-9524151-9-4, 9 €
[site du dernier télégramme]
Extrait :
En 1989 dans une interview sur RFI Serge Gainsbourg explique que le modèle dont il s’est inspiré pour écrire l’histoire de Melody Nelson est La Vénus au miroir de VELASQUEZ.

« Le scénar de Melody Nelson ? Je pourrai dire que c’est La Vénus au miroir du Titien. Il a mis en scène La Vénus au miroir, on lui voit son cul mais on ne voit pas sa gueule. Et, on lui voit sa gueule parce qu’elle tiet un miroir. Ça c’est un grand chef opérateur et un grand metteur en scène qui a fait cela. Donc c’était Lolita. Je cherchais la Lolta de mes instincts, je ne dirais pas physiques mais fantasmagoriques, instinctuels. La petite Lolita qui sait finaliser dans l’amour, dans sa beauté, dans sa jeunesse. Je fais s’éteinre Melody dans un crash d’avion. Melody, où es-tu Melody ? »

Impressions :
roussel.jpg Ce petit texte d’Emmanuel Rabu s’inscrit dans la lignée de son Tryphon Tournesol et Isidor Isou [présentation générale, chronique], il pourrait même en être une des clés explicatives. En effet, Cargo culte, s’il met en perspective selon un cheminement chronologique l’élaboration de Melody Nelson, entre autres, il est surtout une mise en évidence d’une élaboration poétique liée à Raymond Roussel. En ce sens, il correspondrait à ce qu’énonce d’emblée Roussel dans Comment j’ai écrit certains de mes lives : « Ce procédé, il me semble qu’il est de mon devoir de le révéler, car j’ai l’impression que des écrivains de l’avenir pourraient peut-être l’exploiter avec fruit. » Le travail de Rabu prenant appui sur la logique de l’holorime de Roussel, la déplace pour comprendre en quel sens la conjonction entre d’un côté La Vénus au miroir de Velasquez et de l’autre Eleanor Velasco Thornton, donne Melody Nelson de Serge Gainsbourg. Il s’agit ainsi dans Cargo culte de montrer deux cheminements parallèles avec leurs ramifications historiques et de saisir de quelle manière ces deux cheminements sont reliés selon la logique rousselienne : comme deux ph(r)ases quasi similaires qui inaugurent et achèvent un conte, mais qui pourtant sont différentes dans leur signification. S’éclaire ici la couverture énigmatique du livre : un cable RCA Left/Right.
Si ce texte d’Emmanuel Rabu, comme pour son précédent livre, obéit à une économie minimale de l’écriture — ce qui définit sa propre spécificité et qualité — reste cependant, qu’en tant que livre il est dommage qu’il soit si onéreux. En effet, le prix de 9 € semble cher pour ce livre, qui est très court [à peine 16 pages, où souvent il n’y a qu’une phrase ou deux.] /PB/

3 mai 2007

[livre] Lettre à la première bosse, de Franck Doyen

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — Hortense Gauthier @ 18:45

doyen211.jpgLettre à la première bosse, de Franck Doyen. Editions PROPOS/2, coll. propos à demi. ISBN : 978-2-912144-43-0. 9 euros. 73 pages. Couverture de Claude Yvroud.
4ème de couverture :
DECOR
:

marseile + hôpital + chambre + lit + murs (quatre ou cinq) + fenêtre (une) + blanc + draps + coussin + douleur à la jambe disparue + corbeille + panier + vitres sales + rues bruyantes + architecture assez bordélique ma foi + frites et khébabs + vision apocalyptique d’une prostituée nue courant dans une impasse + pneu + carrelage + carénage + bleu pâle + mistral + tians sales traînant distraitement sur le sol + gabians criards + fenêtre + lit + chambre + hôpital + marseille

Premières impressions :
C’est avec un grand plaisir que nous découvrons le premier livre de Franck Doyen, directeur de la revue 22(M)dp, organisateur de lectures et « activiste de ce lalangues qui nous travaille à notre insu travaille à notre issue ».

Ce petit livre de poésie est composé de 15 lettres qu’un « hypothétique aventurier » écrit à son seul et unique ami, un dromadaire, sur un lit d’hôpital pendant que sa jambe se gangrène. Face ce pourrissement et cette tétanie du corps répond une langue en lutte avec la matière morte, pour créer une langue qui se fait chair vivante, palpitante, crissante, rythmée par un cynisme joyeux. L’écriture ici permet de faire danser la chair, de la revivifier, à travers une poésie physique et légère qui joue avec l’absurde, dont le rire grotesque et halluciné brave les logiques mortifères qui enferment le corps.

« illougan cher illougan
mon corps
bancalé
bancalé trop bien trop
un demi-morceau
et portion de
RE peau muscle nerfs os qui
tout à l’éffrite qui
plus est
tellement moins
bref bref bref
: social : mon corps bancalé »

30 avril 2007

[Livre] La vérité, jusqu’à la faute de Jean-Paul Michel

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jp_michel.jpgJean-Paul Michel, La vérité, jusqu’à la faute, ed. Verticales, 117 p. ISBN : 978-2-07-078345-8, 12,5 €.
[site de l’éditeur]
4ème de couverture :
S’il était donné à l’auteur de former un voeu pour ces pages, ce serait qu’elles rendent un peu la surprise des vérités vécues, sans autre soucié que de concision et d’intensité.
Jean-Paul Michel est né en 1948. Fondateur et directeur des éditions William Blake & Co, il est l’auteur de plusieurs volumes de poésie. La vérité, jusqu’à la faute marque chez lui un passage nouveau à la prose.

Premières impressions :
Il y a de cela quelques mois, j’avais présenté : “Pour moi dit-il, hélas j’écris avec des ciseaux” Via di levare, entretiens de Michaël Sebban [ici] en montrant en quel sens il y avait une opération poétique précise dans le travail de Jean-Paul Michel [ici]. La vérité, jusqu’à la faute, revient largement sur le rapport de Jean-Paul Michel à la poésie et l’art. Il s’agit de montrer, de quelle manière pour lui, l’écriture et l’art se rapprochent d’un acte de foi, qui implique nécessairement de faire surgir pour ressentir une forme de vérité et de beauté, le négatif, le mal, la catastrophe : « Les artistes déforment leur visage pour toucher. Ce sacrilège est nécessaire ».
La faute comme nécessité pour s’ouvrir à ce qui dépasse l’homme, le Destin, ce que l’on pourrait appeler « Divin » sans que cela soit réductible d’aucune façon à la religion, mais « Divin » au sens de cela qui ne fait plus signe par exemple chez Hölderlin, dans la dernière version de Patmos. Jean-Paul Michel, à partir de ses annotations en prose, témoignent ainsi intimement de ce travail sur soi de l’écriture comme ouverture à ce qui déborde, comme trace aussi de cela qui déborde en soi, car « l’écriture n’est pas là pour dire. Elle est là pour être ». Il montre comment, une forme de pureté est liée à l’écriture, une forme de sainteté, mais au sens bataillien d’une sainteté qui traverse l’opacité la plus noire du réel et de soi : « L’abjection n’est connue que des saints » « La sainteté ne peut naître que d’une relation limite à l’horreur ».
Un livre très fort sur l’expérience poétique des limites./PB/

26 avril 2007

[Livre] Raison basse, anthologie coor. par François et Mathias Richard

raison_basse.jpgRaison basse, coll., éditions Caméras Animales, 254 p. ISBN : 2-9520493-5-1, 16 €.
[site des éditions]
[commander le livre]
avec : Nikola Akileus, Manuel Aubert, Ariane Bart, Philippe Boisnard, Khalil Boughali, Lucille Calmel, Pierre Charbonneau, Raphaël Charpentié, Sylvain Courtoux, Elie Delamare-Deboutteville, Pierre Escot, Fapeyla, Guillaume Fayard, Daniel Giraud, H.C. Jones, Ly Thanh Tiên, Gilles Maté, Joachim Montessuis, neR, Didier Ober, Charles Pennequin, Tristan Ranx, Maurice Regnaut, François Richard, Mathias Richard, S/U/N, Stéphanie Sautenet, Christophe Siébert, Charles Simon, Denis Soubieux, Thierry Théolier

4ème de couverture :
Anthologie déviante
Raison basse est un syntexte*, une compilation de shoots de pensée soigneusement sélectionnés, et assemblés en un vortexte filmique protéiforme.
Amoncellement, jonction, grouillement de Déviants, anthologie ultra-subjective (incomplète), Raison basse est un plan ne correspondant pas aux chapelles existantes de la littérature. Il réunit 30 auteurs très différents (net-écriture, lettrisme, hyperlittéralité, beat generation, « classiques », et surtout : inclassables), dans un effort de cristallisation du meilleur des écritures contemporaines, de rassemblement des forces éparses de la poésie, de la littérature, d’en accorder les singularités ; dans un effort de recomposer une avant-garde, ou, du moins, de recomposer, de proposer, ce qui peut-être aujourd’hui manque le plus : un nous.

Mort, ou dissolution et évolution, des genres connus
Issu d’une passion et d’un rejet absolus, Raison basse participe d’un terreau pour une création et pensée libres, dégagées du formatage de genres littéraires périmés depuis longtemps.
Aux racines des courts-circuits, l’écriture rampe. Caméras Animales privilégie la notion d’écriture à la notion de genre, et par Raison basse souhaite définitivement entériner la mort de genres littéraires périmés depuis longtemps.

Pour une littérature mutantiste
Caméras Animales est une cellule de recherche sur les devenirs-multiples de l’écriture.
Raison basse explore la lycanthropie, le mutantisme à l’Å“uvre dans l’écriture, sa reptation-alien, sa capacité à évoluer dans tous les sens par torsions et bonds psychiques. Chacune des pages de ce livre est issue d’une singularité à vif qui s’engouffre dans la brèche d’une forme, d’une pensée, d’une perspective, d’une ligne de traversée, dont elle pousse et exploite les possibilités au maximum. Nous militons pour les émotions étranges, la psychodiversité. Pas d’esthétique uniformisée mais des singularités qui plongent au fond de leurs logiques dissemblables (dont l’aventure, la prise de risque, elle, est commune). La révolte, le saut, ne se trouvent pas dans une Révolution momentanément impossible, reportée sine die par l’hostilité du monde, mais dans des faisceaux de mutations audacieuses, désespérées et fécondes.

Bref, pour qui sait dé-lire, ceci est à vocation explose-tête ultime.

Cam_An 2007

[* ou syn-t.ext, ou syn-t.exp, ou syn-t.exe, ou syntex]

Premières impressions :
Les éditions Cameras Animales ont montré depuis leur création, à quel point, loin de toute littérature facile, de fast-reading, ou de publication d’easy-writing, ils s’attachaient à chercher, publier et défendre des littératures minoritaires, littératures parallèles. Cette exigence ne provenant aucunement d’une lubie, mais étant liée au parcours des deux éditeurs, car en effet avant de devenir éditeurs, Mathias Richard et François Richard sont d’abord écrivains, oeuvrant en liaison avec les expériences littéraires qui s’échappent de l’édition conventionnelle. On peut ici rappeler l’exigence du travail de Français Richard, exigence qu’il m’a été offert d’apercevoir dès les années 2000-2001, à partir de manuscrits qu’il m’a permis de lire, exigence qui a abouti à la publication chez Voixéditions de Vie sans mort, texte portant en lui la prolifération d’une pensée en crise tétanique d’existence.
Avec Raison basse, ils poursuivent en un certain sens le travail commencé avec la publication de Crevard baise Sollers de Thierry Théolier, livre auquel j’avais consacré une chronique vidéo [ici]. Avec le livre de Thth, ils indiquaient comment à partir d’un flux de listes de diffusion, de textes écrits sur blog ou sites, pouvait se créer un univers littéraire particulier proposant de nouvelles problématiques tant au niveau de l’écriture que de la lecture. Avec Raison basse, d’emblée, ils l’expriment, nous faisons face à un syntexte « compilation de shoots de pensée » qu’ils saisissent dans des flux de productions divers : aussi bien à partir de listes de diffusions [cu_cu_clan, compost] que de manuscrits non publiés, que d’expériences littéraires publiées sur site.
Le but d’un tel ouvrage, s’il est bien de créer une forme dynamique évolutive qui traverse l’ensemble du livre, toutefois, il tend aussi, et surtout à montrer les possibles mutations de la pensée/écriture en contact du monde, en contact d’autrui, en contact avec elle-même. Au lieu de tendre vers la réduction des possibles selon les normes de la communication et de ses principes historico-culturelles et économiques, cette anthologie propose des gestes de pensée qui, s’ils ne prétendent pour eux-mêmes à aucune authenticité, cependant se proposent comme des expériences possibles de la pensée, bien souvent évacuées d’emblée des milieux éditoriaux, et donc de la visibilité.
[Cette présentation générale sera suivie d’une chronique et d’un entretien avec les deux éditeurs.]

21 avril 2007

[Livre] Karaokétêtés par les pieds, André Gache

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gache213.jpgAndré Gache, Karaokétêtés par les pieds, Voix éditions, collection vents contraires, 79 p. ISBN : 2-914640-68-4, 12 €.
4ème de couverture :
Ce livre est un quadrimoteur à faire démarrer tous ensemble, mais voilà. Comment, serait très exactement la question que poserait l’axe du premier (moteur) par quoi tout commence, ou rien n’est fini.

On y traverse à hauteur de terre, voire de boue, un monde des êtres et de situations tellement loufoques, hilarants, terribles et infâmes qu’il faut bien être quatre moteurs pour avancer, c’est-à-dire creuser.

Depuis un démiurge mieux sétonnant d’avoir créé tant d’étages à Manhattan et dans laquelle il traîne ses loques, jusqu’au train de l’amour lancé à fond de bielle à travers des marguerites au regard bovin, en passant par l’abject discours trompeur des puissants, la course est folle d’une folie en définitive sauvée par le langage. Qui jouit, lui ; pas-de-porte vers la parole, c’est-à-dire vers l’homme

Premières impressions :
C’est d’abord toujours une joie de présenter un titre publié par Voix éditions, du fait de la grande qualité du travail d’édition, travail qui s’il a trouvé parfois son paroxysme au niveau graphique avec Pierre Tilman, ou bien encore Joseph Mouton, ici est très bien réalisé graphiquement, la page étant dynamisée par un équilibre savant des polices, des empattements, des tailles et des dispositions. De ce point de vue, Voix éditions, avec quelques rares autres comme les éditions de L’Attente notamment avec Frédéric Léal, accomplissent un très beau travail pour des poésies qui exigent ce type de variation.
Nous voici donc face au titre d’André Gache, et je dis bien, face au titre, car la première impression vient bien du titre et de ce qu’il enveloppe : jeu de mots, télescopage sonore et constitution d’un nouveau signifiant. Le titre est symbole de l’ensemble du texte : l’ensemble se produit dans les glissements de calembours, de dilatations sonores ou graphiques, de télescopages de termes ou de thèmes hétérogènes, tel par exemple l’une des dernières parties du livre le bkptmsqrncvlhdzf de la moue, où se juxtaposent métaphorisation locomotive de l’amour et du désir, et paragraphe sur le désir et la sexualité.
André Gache nous aura prévenu en fait, ce qu’il pense en tant que poésie, tien à cette persistance du poète à être « dans la langue » à « l’étirer » au point que « j’létrons en lannières à angles aigusons j’la découplons j’l’a polissons pas j’la mâcha j’la rutmina j’la déglutinabula j’l’explosa j’a ria »…

23 mars 2007

[Livre] Lambiner de Charles Pennequin

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pennequintelegramme203.jpgCharles Pennequin, Lambiner, éditions Le dernier Télégramme, 15 p. isbn:2-9524151-7-X, 5 €.
[site de l’éditeur]
Extrait :
moi je fais de la merde / moi je fais des poèmes / les poèmes sont merdiques / les miens sont dans la merde / on n’a pas l’intention de relever le défi / on n’a pas l’intention de faire monter la sauce / moi mes poèmes font monter quelque chose / c’est chose merdique / il faut le dire / la pensée est merdique / il faudrait l’avouer / soyons honnêtes / ce que je fais c’est entièrement recouvert / entièrement et honnêtement / il faut l’admettre / la poésie a un petit quelque chose en elle qui la rend quelque part un peu recouvert / et qui demande à sortir / demande à se voir / à se sentir / à s’affronter / à se battre / à se coaguler / à se perforer / performer / pour finir en flaque / en grosse flaque toute mélangée de corps / toute mélangée d’affects et de sueurs de corps / une flaque d’huile de corps / une boue / une grosse mare boueuse qui sent fort la merde

Premières impressions :
Ce texte entre en écho avec Poubelle la vie que nous avions publié sur Libr-critique. Il s’agit d’un texte poético-théorique, à savoir qui dans le flux de la langue poétique observe l’apparition de la langue poétique elle-même, ses conditions. Les conditions ne sont pas internes à la langue seulement, ni non plus internes au seul sujet [c’est pour cela qu’il ne peut y avoir de réduction de l’écriture de Pennequin aus seuls motifs psychologiques] mais les conditions sont celles qui apparaissent dans le rapport de tension, entre le contexte époqual de l’Occident et ce corps-là, ce corps qui n’est pas seulement biologique, mais qui est celui synthétique de la langue-corps. C’est en ce sens que d’emblée, tournant autour de [c/s]es conditions, il peut exprimer que « la poésie (la mienne ou celle de quelques autres) se fait en milieu naturel »./PB/

14 mars 2007

[Livre] Asile de Saints de Friederike Mayröcker

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mayrocker197.jpgFriedericke Mayröcker, Asile de Saints, éditions Atelier de l’agneau, 91 p., ISBN 13 : 978-2-930188-34-8, 15 €.
titre original : Heiligenanstalt, Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main, 1978, traduction Bernard Collignon.
4ème de couverture :
Chopin ses adorations haletantes, ses angoisses, la douloureuse clairvoyance de Schumann, la lucidité effarée de sa femme Clara – la roublardise de Brahms; les empêtrements douloureux, l’immense humilité du grand Bruckner, Schubert et sa pathétique légèreté, voilà ce que propose Friederike Mayröcker dans ce condensé palpitant, où les abrègements effarés de l’expression ménagent de tels espaces intérieurs, de si belles fulgurances émotionnelles, des fusions compassionnelles d’une si profonde justesse, que tous les mélomanes et autres obstinés romantiques y décèleront sans peine l’accès le plus direct aux intimités de leurs héros, révélés et saisis dans leurs éblouissements les plus sensuels, et leur quotidienneté la plus touchante.

Friederike Mayröcker, née en 1924, vit à Vienne. Les lecteurs tant en allemand qu’en français, du fait de l’intimité de l’oeuvre ont tissé un lien souvent passionné pour cette écriture dont Jean-René Lassalle avec l’atelier de l’agneau ont fait découvrir le premier livre en France : Métaux voisins.

Premières impressions :
Tout s’agence dans ce livre par touches épistolaires, par bribes, comme fragments de mélodies, jouées à plusieurs mains, de Chopin à Wojciehowski, de Brahms à Clara, de Schumann à Clara ou Brahms, fragments aussi de notes écrites de Schubert se donnant comme des climats… Écritures de fragments, faites d’inventions, de citations, de collages, de montages, comme si des croisements entres ces compositeurs, devait se composer une seule partition. Le travail de F. Mayröcker se situe dans une certaine forme de fragilité des mots, sans toutefois se départir de la violence du sens. Plus qu’un livre mettant en scène des écrivains, ce travail est celui d’une friction avec l’univers personnel donnant lieu à la musique, et ceci non pas selon une approche exégétique, mais selon le double sens d’Hermès, tout à la fois dans une herméneutique et une hermétique, faisant que toute phrases écrite, soit simultanément ouverture de sens et renfermement du sens. Alors que se joue-t-il dans dans ce texte, dans cet entrelacs ? « Superpositions de plusieurs vagues, plis sur plis », où ce sont des corps vivants, animés de passions et de doutes, de souffrances qui donnent naissance à la musique./PB/

12 mars 2007

[Livre] Patrick Bouvet, Canons

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bouvcan.jpgPatrick Bouvet, Canons, Editions de l’Olivier, 2007, 94 pages, 12 € ISBN : 978-2-87929-571-8
Quatrième de couverture
Une lectrice de magazines, une jeune starlette et une performeuse féministe : trois femmes aux prises avec les canons de la beauté. Comment s’y prendre pour exister ? Soumises ou rebelles, elles savent que l’apparence a toujours le dernier mot.

Patrick Bouvet aime les télescopages, il aime explorer les mythologies modernes, puiser dans notre fonds commun. Depuis les années 90, il a étendu à l’écriture son travail sur le sampling et le collage musical. En quatre livres (In situ, 1999; Shot, 2000; Direct, 2002; Chaos Boy, 2004), des textes poétiques, incisifs et subversifs, il s’est imposé comme l’un des « Ã©crivains-plasticiens » les plus marquants de sa génération.

11 mars 2007

[livre] Édith Azam, Létika klinik

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azam196.jpgÉdith Azam, Létika Klinik, précédé d’une préface de Claude Chambard, éditions le Dernier Télégramme, 46 p., ISBN : 2-9524151-6-1, prix 10 €.
[site de l’éditeur]
[présentation de l’auteur sur Poézibao]

Extraits :
C’est un vieux cahier d’écriture
Je le reprends pour toi.
Souvent dans ma tête : ton prénom.
Il tourne en boucle,
C’est joli,
Et le perrier, ça fait des bulles

Il y a des écureuils dans le parc,
Des écureuils,
Le temps…
J’écris,
Je lis des poèmes et…

J’essaie de réfléchir au propre.
Je réfléchis : c’est déjà ça.

Alors ce vieux cahier d’écriture,
Ces choses que je veux près de toi.
Moi j’ai la marque sur le poignet,
Ça fait comme un léger sourire.

À table personne ne parle,
À table, on ne parle pas.
Les repas à table sont glauques,
Et puis… c’est plus profond que ça –
C’est la façon de machouiller huit minutes
La boulette de viande;
C’est la tête qui tremble et puis,
Le corps entier;
C’est celui qui bégaie,
C’est l’autre qui se moque;
C’est moi… qui n’ai plus faim.
Je repars lire alors –

Je t’aime –

Les médicaments, les médicaments…
Les médicaments j’ai peur de les prendre,
Les médicaments, ça me cailloute le ventre :
Et puis pareil quand je técris : me répéter 100 fois
Ça me cailloute encore :
Le Perrier sur la table
Clic-clac qu’elles font les bulles

Premières impressions :
[lire la chronique]

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