Libr-critique

8 mai 2007

[revue] La mer gelée n°4

cover4.jpgRevue La mer gelée, création et critique (revue bilingue franco-allemande)
n°4. PERDRE ! 153 pages. 10 euros. ISSN : 1772-0613
www.lamergelee.com – redaction@lamergelee.com

Sommaire :

– Johannes Jansen : Dans le passage (extrait), Traduction : Alban Lefranc
– Jean-Pierre Faye : Bataille : le très sombre noyau
– Monika Rinck : Summer of loss, Traduction : Alban Lefranc / Aurélie Maurin
– Alain Denault : Faire l’économie de…
– François Athané : Ni justice ni juge
– Odile Kennel : Maison mien chantier / Penser sauge et toi / Questions sur le coq de bruyère, Traduction : Olivier Le Lay
– Serge Pey : La langue arrachée
– Ron Winkler : configuration pluie / éponges / nuages, Traduction : Olivier Le Lay
– Alban Lefranc : Jimmy
– Arno Calleja : La ligne
– Anne Monfort : Rien ne fait mal
– Daniela Dröscher : Lune/ mienne/ près de moi, Traduction : Alban Lefranc

# Michael Kutsche : dessins
# Catherina Deinhardt : mise en page

Editorial :

« PERDRE !

où le lecteur attentif découvrira :

Que la sauge ne sait pas comment elle s’appelle

Qu’un chien à qui l’on injecte du sang de chien fatigué devient lui-même fatigué

Que la mort est de la vie portée à ébullition

Qu’il est une viande à boucherie

Qu’il faut s’imaginer une corrida à soi tout seul

Que lorsqu’il lit un texte, il lit sur une langue arrachée

Qu’une communauté secrète et furtive maintient le monde à température supportable

Qu’on ne sait pas ce que peut un corps

Qu’une progression facheuse des prévisibles augmente le monde inhumainement

Que des poissons peuvent être une réunion de poings serrés

Que le deuil du malheur est une bon garant de la norme

Que la structure sociale est le résultat de la convulsion sociale »

Premières impressions :

C’est avec un trés grand plaisir que nous découvrons cette trés belle revue de littérature contemporaine bilingue, chose rare, qui se présente comme « une entreprise de démolition » dirigée par Alban Lefranc (Berlin / Paris), Anthony Morosoli (Paris), Daniela Dröscher (Berlin), Aurélie Maurin (Berlin) qui paraît deux fois par an des deux côtés du Rhin depuis 2004. Une ligne trés exigeante sur le plan littéraire autant que politique, pour une exploration pointue de cette injonction « perdre! », cri à rebours de l’idéologie dominante de la réussite et de l’acquisition. On y trouve aussi bien des textes de fictions que articles théoriques, ainsi que de la poésie, les auteurs français et allemands sont en majorité de jeunes écrivains, mais on retrouve aussi des auteurs reconnus comme Jean-Pierre Faye, ou Serge Pey. Nous ferons une chronique plus approfondie de cette revue qui mérite le détour et surtout une lecture attentive.

3 mai 2007

[livre] Lettre à la première bosse, de Franck Doyen

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , — Hortense Gauthier @ 18:45

doyen211.jpgLettre à la première bosse, de Franck Doyen. Editions PROPOS/2, coll. propos à demi. ISBN : 978-2-912144-43-0. 9 euros. 73 pages. Couverture de Claude Yvroud.
4ème de couverture :
DECOR
:

marseile + hôpital + chambre + lit + murs (quatre ou cinq) + fenêtre (une) + blanc + draps + coussin + douleur à la jambe disparue + corbeille + panier + vitres sales + rues bruyantes + architecture assez bordélique ma foi + frites et khébabs + vision apocalyptique d’une prostituée nue courant dans une impasse + pneu + carrelage + carénage + bleu pâle + mistral + tians sales traînant distraitement sur le sol + gabians criards + fenêtre + lit + chambre + hôpital + marseille

Premières impressions :
C’est avec un grand plaisir que nous découvrons le premier livre de Franck Doyen, directeur de la revue 22(M)dp, organisateur de lectures et « activiste de ce lalangues qui nous travaille à notre insu travaille à notre issue ».

Ce petit livre de poésie est composé de 15 lettres qu’un « hypothétique aventurier » écrit à son seul et unique ami, un dromadaire, sur un lit d’hôpital pendant que sa jambe se gangrène. Face ce pourrissement et cette tétanie du corps répond une langue en lutte avec la matière morte, pour créer une langue qui se fait chair vivante, palpitante, crissante, rythmée par un cynisme joyeux. L’écriture ici permet de faire danser la chair, de la revivifier, à travers une poésie physique et légère qui joue avec l’absurde, dont le rire grotesque et halluciné brave les logiques mortifères qui enferment le corps.

« illougan cher illougan
mon corps
bancalé
bancalé trop bien trop
un demi-morceau
et portion de
RE peau muscle nerfs os qui
tout à l’éffrite qui
plus est
tellement moins
bref bref bref
: social : mon corps bancalé »

5 avril 2007

[revue] Le flux des mots

flux_des_motsle flux des mots – adresse : 26, rue de Belleville – 75020 Paris – 01 47 97 87 04 – leflux.desmots@orange.fr
[site de la revue]
n°1 : Bertrand Limbour – n°2 : Jérôme Mauche – n°3 : Sophie Coiffier. ISSN : 1952-8280. 5 euros le numéro.

Les revues qui pensent leur format se faisant rare, il faut donc parler de la petite revue le flux des mots, « petit objet mais une grande page », dirigée par Bertrand Limbour.
Au recto de cette grande feuille de 63 cm sur 41 pliée à la verticale, à la trés belle impression offset sur papier bouffant velours, le travail d’un auteur invité, et au recto, de courts textes d’autres auteurs. Cette revue-affiche est une revue de poésie contemporaine, qui défend « l’alphabet », la langue, donc pas d’image, même si le travail poétique des auteurs publiés est plutôt trés visuel.
Le n°2 est consacré à Jérôme Mauche, son « Tortue Magazine » est un texte recouvert de ratures et gribouillis qui en gênent la visibilité et en coupent la lisibilité, texte raturé, biffé, plié par les plis du pliage, qui se cache et se découvre dans les entrelacs de lignes, pour interroger justement l’entremêlement des trajectoires individuelles et leur visibilité. Le texte est en effet une froide succession de petits trajets d’individus pris dans leurs occupations sociales, familiales, profesionnelles : « Au termes de ses heures l’employe quitte l’établissement, il explique a la fille qui le remplace les premiers manipulations a effectuer avant de prendre son poste et si possible avec un maximum de précautions, il arrive devant sa voiture dont la portiere arriere a ete fracturee, sur le parebrise un mot anonyme lui declare qu’on t’aime et un numero de telephone qui lui dit non, le soir son epouse lui propose d’aller chez des amis […] ». Ces petites histoires sont de fragments prélévés dans un plus grand ensemble selon la logique du copier/coller, et retranscrite tel quel, brut, avec un clavier américain d’où l’absence d’accent, explique Bertrand Limbour dans une petite pré- ou post-face au texte : « Et pourquoi ne pas regarde Tortue Magazine comme la représentation d’une violente mutation des usages de la langue et du langage générés parla multitudes des moyens de communication ? »Le n°3, offre sa page à Sophie Coiffier, plasticienne et écrivain, pour Plates-bandes, un poème visuel et presque sonore dans sa dimension onomatopéïque. « Plates-bandes c’est la coexistence de plusieurs univers dans un seul espace, la coexistence de plusieurs types de langage, de codes autour de nous, le paradoxe d’une certaine tendance à l’unifomisation des désirs à l’intérieur d’une société qui semble pouvoir réaliser Babal dans le même temps ». En ouvrant la page, des pronoms personnels nous sautent aux yeux, surgissent presque de façon orale, et semble parler à travers la graphie dynamique et mouvante du texte, pour raconter des fragments d’histoires. « Sophie Coiffier intéressée par le travail des acteurs nous invite à regarder ces pronoms personnels comme des coquilles vides, tels des acteurs qui se se doivent d’embrasser es personnages romanesques, leur donnant vie en les jouant ». Mulplicité des voix pour un petit théâtre poétique et une danse lettriste au recto, mais on trouve aussi au verso cette dimension ludique de l’éclatement de la langue avec les textes de Estelle Bénazet, Frédéric Blanc-Règne, Yves Bressandre, Maulice Calême, Claude Chuzel, Bertrand Limbour, Saïd Nourine et Ferdinand Tache.
Nous attendons donc avec impatience le n°4 de cette revue joyeuse et légère, qui sera consacré à Frédéric Dumond.

21 mars 2007

[réponse] Sur Arno Calleja

Filed under: News,recherches,UNE — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 3:05

Suite à l’article sur le n°6 de la revue le Quartanier, et à la note sur le travail de Arno Calleja, les réactions furent rapides, énervées, pleines d’injures pour certaines, et de mécompréhension pour d’autres, je vais donc essayer d’éclaircir le propos tenu dans cette chronique. Ce petit article devait être une simple réponse aux commentaires de Antoine Hummel et Ludovic Bablon, mais se faisant au fur et à mesure de son écriture plus longue et plus précise, j’ai pensé qu’il pourrait être publié ici.

Si je peux reconnaître ma critique rapide, et peu argumentée, à propos de Calleja, elle n’est pourtant ni un dédaigneux revers de la main, ni un a priori, ni le signe d’une lecture rapide de cet auteur, elle est plutôt la manifestation d’un certain agacement et même d’une certaine colère face à son travail, que je connais bien le suivant déjà depuis trois ans environ (à travers des textes sur le net, revues, livres, lectures…). Elle se voulait aussi un petit coup de pied alors qu’il est de bon ton de dire les choses entre soi, plutôt que d’affirmer clairement des partis pris, afin d’ouvrir le dialogue, et pourquoi pas la polémique, à propos de ses textes et des questions qu’ils soulèvent, les réactions d’ailleurs n’ont pas tardé. ( y compris de l’intéressé qui m’a écrit une très belle lettre à laquelle j’ai répondu, lettre qui engage un dialogue justement et qui n’est pas simple invective et insulte, contrairement à d’autres mails et commentaires reçus).

Tout d’abord, dans ma chronique du Quartanier n°6, je n’ai jamais parlé ni utilisé les critères de « nouveauté » et de « modernité », qui d’ailleurs n’est pas simplement un vieux concept, mais un concept classique qu’il ne faut cesser d’interroger, et qui n’en finit pas d’être interrogé lui-même par les travaux littéraires en train de s’écrire …
(NB : par ailleurs, oui, quand j’ai découvert Tarkos, je me suis dit que je n’avais jamais entendu ni lu un truc pareil, oui c’était nouveau, et je pense que le travail de Tarkos est vraiment inédit, « jamais dit », je ne trouve rien qui lui ressemble, et cet inédit est tellement fort dans son cas, que le critère de nouveauté peut être un critère, même s’il n’est pas le seul, de qualité.)
Cependant, je ne juge pas Calleja à l’aune de ces concepts, mais je ne peux pas non plus le lire détaché de toute relation dans le champ littéraire, de toute histoire, de toute généalogie, et il se trouve qu’avant lui il y a eu Tarkos, et Pennequin (qui est toujours là lui) __ la proximité avec ces auteurs est flagrante, je ne vois même pas comment cela pourrait être autrement, ne pas le reconnaître serait de la malhonnêteté et de la mauvaise foi. Par contre, je reconnais n’avoir fait qu’affirmer ce fait sans l’argumenter, ce que je vais donc faire :

En effet, Calleja n’est pas un « plagiaire », le terme ne convient pas (je ne l’ai d’ailleurs pas employé), mais la proximité entre Pennequin et Tarkos et lui me semble indéniable, donc de quelle proximité s’agit-il ?
Des travaux qui sont proches de ceux de Pennequin et Tarkos, il y en a beaucoup, poursuivre les pistes, les interrogations, les formes qu’ont lancées ces deux auteurs, pourquoi pas, il peut y avoir des choses intéressantes …
Mais dans le cas de Calleja, une chose me gêne profondément : c’est une proximité qui veut se masquer elle-même, qui ne reconnaît pas la généalogie dans laquelle elle se situe, je ne trouve pas cela correct (aucune morale là-dedans, même si je ne trouve pas d’autre mot), vis-à-vis de Tarkos, qui est mort, et qui ne peut plus rien dire. Je pense que c’est un auteur majeur, dont la reconnaissance n’est pas encore assez solide et établie, il est donc encore facile de le recouvrir par d’autres travaux qui sont dans la reprise et la continuation de son travail. Déjà des gens rencontrés m’ont dit « ah alala que c’est bien Calleja » et ils n’avaient pas lu Tarkos, je trouve ça intolérable, comme si on enterrait une deuxième fois Tarkos, peut-être mon côté historienne que d’être comme ça préoccupée par la mémoire, mais je pense que c’est important …
2ème chose : la proximité d’entretient Calleja avec Tarkos et Pennequin est une proximité qui me semble en deçà des possibilités qu’ont ouvertes Tarkos et Pennequin dans la langue.
Car Calleja est dans la reprise d’une forme, (et oui on peut parler d’une forme, comme on parle de forme en peinture, en cinéma, en musique, etc…toute création est faites d’idée(s), de matière(s) et de forme(s)), d’une mécanique, d’un rythme, d’une construction qui est parfois plus celle de Tarkos, parfois plus celle de Pennequin __ forme qu’il n’arrive pas à renouveler, et dans laquelle, toute la singularité de son écriture, toutes les pistes et idées personnelles qu’il ouvre (car oui il y a des choses intéressantes dans ses textes) ne peuvent véritablement se déployer tellement elles sont prises dans et recouvertes par cette forme. Ainsi tout ce qui pourrait se jouer vraiment dans son texte est déjoué par cette forme, à mon sens.
En effet, les formes, les mécaniques, les logiques respectives de Pennequin et Tarkos sont tellement singulières, tellement définies, dessinées, abouties, qu’il est à mon sens très difficile de les reprendre ; mais elles sont en apparence tellement simples, élémentaires (tout en étant aussi complexes quant aux éléments qu’elles mettent en jeu et dans la manière de les agencer) qu’il peut sembler très facile de se les réapproprier.
La question qui se pose alors est : le travail de Pennequin et Tarkos peut-il trouver des successeurs qui parviennent à le reprendre tout en le renouvelant ? peuvent-ils laisser des enfants qui ne soient pas de mauvais ersatz ? je ne pense pas, mais j’attends que l’on me prouve le contraire, que ce soit de façon théorique ou pratique.
Ainsi, Calleja me semble échouer dans la reprise des langues de ces deux auteurs auxquels il reprend de nombreux éléments et caractéristiques, et n’être que dans une duplication qui rate, en plus, ce qui est en jeu dans le travail de Tarkos, c’est-à-dire cet étirement, cet étalement de la langue, d’où ce mot de facial, sans profondeur, simplement en surface, poésie de l’horizontalité, dont les seules profondeurs ou perspectives sont des jeux de géométrie produits par les agencements particuliers qu’il fait de la grammaire et du sens. Chez Calleja il y a, dans la petite mécanique de syllogismes finement huilés mais trés rhétorique, les profondeurs d’un sujet qui tourne autour de son propre abîme, et qui réintroduit de la verticalité, d’où la mise en échec de la grammaire de son écriture, qui paraît alors d’autant plus comme un emprunt.
Là où la rumination schizophrénique de Pennequin ouvre sur une multiplicité de voix et d’énoncés du monde qui le traverse de toute part, là où sa langue macératrice et ravageuse est un forage qui détruit, déjoue l’ego, Calleja rate ce forage de lui-même (contrairement à ce qu’il écrit – texte « poésie crisique » dans la revue Los flamencos no comen p.48) en maintenant un sujet unifié, enfermé dans une rumination de lui-même, qui ne fait que répandre et déverser sa psychologie dans un fleuve, un ruisseau, un égout, ou dans ce qu’il appelle « une psychidité », de psyché et liquidité (cf. texte dans le pdf Reprise 4 des Cahiers de Benjy).
« je suis en train de me singulariser, je ne parle jamais de moi au pluriel, parce que je n’en suis pas encore là, j’en suis encore au singulier, à chaque fois qu’on dit je c’est toujours singulier, pour plusieurs je, on ne met pas de s à je non plus, bien qu’il s’agisse du pluriel » (Hargne)
« j’me sauve par moi. au trou de moi. le trou c’est moi. c’est moi qui sent pas bon. je sens moi. que j’ai une fuite. ma salive coule à l’égout. à l’ego d’moi-même. j’me sauve au ruisseau. par l’ruisseau d’ego. je coule le moi. dans la salive. pour qu’il se sauve. » (texte sur Inventaire/Invention, Cheval)

Calleja se cogne frontalement au monde, il se pense lui-même face au monde et aux choses, là où Pennequin n’est qu’une éponge traversée de part en part, là où Tarkos est immergé, dissolu dans les éléments du monde et dans le langage.
Là où la poésie de Tarkos est une poésie des choses du monde, une poésie d’objets, bâton, caisse, bidon, merde, terre, oiseau, air, argent, etc … la poésie de Calleja parle seulement de lui, et ce n’est pas parce qu’il prend la voix d’une femme dans plusieurs de ses textes (dans la revue le Qr, ou dans son texte sur remue.net « Légen ») que ce n’est pas toujours lui, ou un sujet … d’ailleurs il le dit « Je suis moi-même mon autre c’est totalement identifié. » Alors que l’on ne me refasse pas le coup de la différence entre l’auteur et le narrateur, on n’est plus à l’école.
Cet affrontement face au monde se traduit par une position peu originale et assez basique dans son expression__ à savoir une critique de la dévastation sociale par le Capital (cf. le texte de la revue Qr, le texte sur remue.net)__ et donc par des figures binaires récurrentes : « légen riches et légen pauvres », la parole libre et la « parole d’esclave », les maîtres et les opprimés (cf. texte sur remue .net) ,
Et cette position a son pendant dans l’écriture : Calleja ne rentre pas dans l’écriture, dans la langue, mais ne cesse de tourner autour, de la poursuivre. Contrairement à ce qu’il dit à la fin d’un texte Hargne : « je suis dans la langue », si il y était peut-être n’aurait-il pas besoin de le dire ? mais accordons-lui le fait qu’il y soit s’il le dit, je dirais alors qu’il n’est non pas dans la langue, mais dans les mots, pris dans les mots, empêtré dedans, à tel point qu’il ne parvient pas à toucher l’écriture. Il poursuit les conditions de possibilités du surgissement de l’écriture (la pauvreté, la maladie, la crise, la vitesse, la lutte contre l’aliénation, ect…), il parle de l’écriture, il est dans un vouloir de l’écriture avec ses « je veux », « il faut » mais il n’est pas dans l’écriture, comme le sont Tarkos ou Pennequin :
cf. texte Cheval, « je veux être dans la vitesse » « je veux que personne n’arrête ma vitesse. je veux pas qu’elle s’arrête la vitesse. on arrête pas la vitesse. tout est vitesse. rien ne s’arrête. dedans rien ne s’arrête. »,
« il y a encore du travail à faire, il faut être, il faut être dans la philosophie, être dans la parole, le soir on continue une parole qui n’est pas la même parole que la parole du jour au travail, le travail est la parole qui ne travaille pas, le travail se fait la journée, la journée c’est esclave que je suis la journée, et le soir je dois trouver une autre parole, une parole qui n’est plus une parole d’esclave, mais qui est une parole du soir, du libre soir de soi, »

On peut se rendre compte de cela dans une lecture de Calleja à Montévidéo en 2006, il parle de la respiration, du souffle, il parle de cela, mais sans y être. Alors que dans une lecture de Tarkos sur le site des éditions Cactus, (cliquer sur CD, expressif le petit bidon, puis sur « le bonhomme de merde »), on entend Tarkos respirer de façon forte et régulière, il respire, il respire, puis il dit « je gonfle », et continue de respirer, respirer …
C’est là toute la différence entre Tarkos et Calleja, le premier n’a pas besoin de dire, de parler de, il est dans le souffle, dans la respiration, alors que le second ne fait que tourner autour en en parlant …

Il faut aussi aller regarder une lecture de Tarkos au CEP à Lyon (surtout la lecture 2, en bas de page) __ et là, on voit bien que Calleja reprend complètement la façon de lire, de dire, entre l’improvisation et l’explication, de Tarkos, tout en reprenant des questions de Pennequin comme par exemple, l’idée selon laquelle c’est pas moi qui parle, c’est la parole qui parle toute seule, c’est la parole qui parle en moi , quand il dit : « je souffle avec des mots dedans » « c’est pas moi qui est mis des mots dans le souffle », « les mots viennent dedans, s’inscrutent », « c’est eux qui ont quelque chose à dire, moi rien ».
On retrouve aussi cette reprise de l’idée de Pennequin notamment (car on pourrait faire encore de très nombreuses comparaisons, entre Pennequin et Calleja, ce ne sont pas exemples qui manquent) dans un texte publié sur le blog Les Cahiers de Benjy, dans le pdf Reprise 1 : « i paraît que j’ai rien à dire. me dit la parole. i paraît que t’as rien à dire. me dit la parole. i paraît que t’as rien à faire. me dit l’être. je dis à la parole que je criture l’être. elle me dit ah bon. je dis à l’être que je me laisse parler. »

« Criture est une nouvelle langue dans le français. Criture s’écoule quand ça lui vient, car criture n’est assujetie a rien. Criture parle pour criture, et pour personne d’autre. Criture n’est assujetie, criture n’est aliénée qu’à elle-même. Criture est à la langue ce que bougnoule est au français. »
Avec son concept assez flou et vague de « criture », qui fait surtout penser à la trace scribouillarde d’un malade de l’écriture, on peut aussi se demander si Calleja n’essaye pas d’inventer un concept opératoire de son travail, comme Tarkos a pu le faire avec « pâte-mot », qui était une idée bien plus complexe et intéressante me semble-t-il.
Car pâte-mot n’était justement pas pour Tarkos une langue différente de la langue commune, il travaillait avec cette pâte-mot commune, à tous, avec cette langue banale que nous partageons, et il y avait là une dimension politique intéressante. La poésie de Tarkos ne s’extrait pas de la langue commune, elle est faite de celle-ci, donc il maintient ce commun, pour en souligner les fonctionnements, les absurdités mais aussi pour nous indiquer tout ce qu’il est possible de faire avec, pour le réanimer autrement, de façon vivante, pour lui donner de nouvelles intensités, dans une lecture que j’ai entendu de lui, il parlait de cette idée « d’intensification du texte».
Alors que la criture de Calleja (cf. citation ci dessus) se pense comme une langue étrangère dans le français, et comme une langue pauvre, une langue du pauvre, une langue pour les pauvres __ mais en fait cette langue n’est qu’un idiome singulier, qui ne vaut que pour lui-même, qui ne peut ni être partagé, ni créer du commun, elle lui appartient trop, et d’ailleurs il le dit lui-même, « Criture parle pour criture, et pour personne d’autre. », il reste donc enfermé dans sa criture, impartageable, incommunicable, sa criture tautologique, qui ne parle qu’à lui, à travers laquelle il se parle à lui-même et non aux autres.
Par ailleurs, on peut encore souligner une proximité avec Tarkos, à travers cette question d’une langue pauvre, simple, “prolétaire”, et les implications politiques qu’elle contient. Tarkos et Molnar avaient réfléchi à cela à travers la revue Poézi Prolétèr de façon plus fine et plus intéressante à mon sens que ne le fait Calleja.

Chez Calleja, il y a aussi, derrière une naïveté factice, artificielle, une tentation philosophique, une tentative de faire une poésie philosophante, qui pense et qui se pense elle-même, il élabore une sorte d’art (faussement) brut qui philosophe, il y a déjà là une contradiction __ on retrouve d’ailleurs de nombreuses références à Heidegger, à Aristote … (cf. texte dans le pdf Reprise 1 des Cahiers de Benjy : « l’être et la parole sont un couple divorcé, et moi je suis l’enfant séparé », cela signifierait-il que Calleja ne parvient à être ni dans l’être ni dans la parole en même temps, c’est peut-être pour cela qu’il n’est pas dans l’écriture … ?)
Alors que Tarkos parvient à créer de véritables outils de pensée dans sa poésie, ainsi que des objets de pensée quand il parle d’un bidon, d’une caisse, de l’argent, et en créant des situations cognitives perturbantes, il interroge de façon très vive à mon avis la philosophie, mais sans faire le philosophe, sans être dans une poésie pensante, qui se veut un pensée, il interroge vivement le langage, mais à l’intérieur du langage lui-même, il questionne la parole depuis la parole, c’est pourquoi ses lectures étaient si fortes. Chez Calleja, il y une interrogation de la pensée et du langage de l’extérieur, il tourne autour, s’y frotte, s’y cogne, violemment (et cela peut produire des choses intéressantes) mais il n’y entre jamais véritablement ; on sent ainsi beaucoup trop les lectures philosophiques qui transpirent dans son écriture … Comme le disait si bien Bernard Desportes, il faut apprendre à désapprendre pour pouvoir entrer vraiment dans l’écriture …

Enfin, pour reprendre la distinction entre les trois rapports à la vérité qu’opère C. Hanna dans un article en hommage à Tarkos sur le Web de l’Humanité , on peut vite se rendre compte en relisant le travail de Calleja qu’il est en fait dans un rapport classique à la vérité, celui que C. Hanna appelle “métaphysique”, et selon lequel la poésie est un outil critique de dévoilement de la vérité du réel, et de celle du sujet face à celui-ci.
C’est à cela que je voulais faire référence en disant « une posture classique de l’écrivain maudit », et non pas “romantique”, comme l’ont mal lu certains.
La poésie de Calleja repose sur la croyance que les conditions de possibilité d’une poésie vivante, sa poésie, sa langue “prolétaire”, c’est la pauvreté (cf. texte dans la revue le Qr), la hargne, la souffrance (la crise, la poésie crisique «c’est dans la crise qu’on travaille. on n’est travaillé par la crise. c’est dans la crise qu’on travaille la parole. »
« la parole crisique fait du corps une chose qui questionne librement. la parole crisique fait du corps une chose libre ».
Ainsi finalement la poésie crisique, la poésie qui se fait dans la crise, a une vertu thérapeutique qui libère le corps et l’esprit de l’aliénation, on est finalement entre l’art brut et l’écriture automatique (car quand Calleja dit qu’il faut laisser la parole parler, se déverser, sans réfléchir, il réhabilite d’une certaine façon un automatisme de l’écriture), et on sait à quelles illusions et impasses à la fois politiques et littéraires mène cette conception de l’écriture. Car la crise, oui la crise, mais n’est pas Artaud qui veut…

Mais peut-être que tout cela n’est pas très important compte tenu de ce que peut écrire Calleja :
« je ne parle pas du résultat je parle du geste ce qui est intéressant c’est le geste, le résultat c’est pas intéressant, le résultat toumonde a des résultats des bons et des mauvais résultats des résultats qui plaisent ou des résultats qui ne plaisent pas mais un geste peu de gens sont dans un geste, un geste est une manière de faire qui est une manière de vivre, un geste de criture fais vivre un texte »
Ainsi, si le résultat n’est pas important, mais que seul compte le geste, alors laissons Calleja faire des gestes de criture, laissons le brasser de l’air et des mots, allons relire Tarkos, et continuons à lire Pennequin .

15 mars 2007

[vidéo] exposition LO MOTH – Alors parmi cette armée baisera le nécrophorus

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , — Hortense Gauthier @ 7:36

alors.jpgJusqu’au 3 mars 2007, à la galerie Chappe (4, rue André Barsacq à Paris – 18e), empressez-vous d’aller découvrir une partie du trés beau et étrange travail de Magali Daniaux et Cédric Pigot ou LO MOTH ou Timothy Schulz et Bruno Leary, artistes au-delà des genres et des disciplines, qui développent depuis 2002 le projet « Drohobycz », une fiction enigmatique et expérimentale, au sens où elle se veut être une véritable expèrience et expérimentation mentale, sensorielle, mystique. Cet univers narratif et poétique, entre « ExistenZ », Bilal, Tarkoski, ou Bruno Schulz, est un espace matériel et immatériel, ouvert et mouvant, qui se déploie à travers le dessin, le son, la sculpture, l’installation, la vidéo, le web (Lo Moth), la poésie (cf. texte-supplément dans la revue Talkie-Walkie) …
« Alors parmi cette armée baisera le nécrophorus », derrrière cette sentence bizarre, on découvre tout d’abord un oppressant « murmure » (nom de l’insatallation) : une pièce remplie de 300 monochromes noirs de 20 x 20 cm, sur chacun, des petites incisions régulières qui semblent établir un code, former une sorte d’écriture au sens caché. Qu’est-ce que ces incisions, dont la rythmique a été tirée aux dés par les auteurs, dessinent-elles sur cette surface murale en jeu d’échec ? Ont-elles une signification ésotérique, ou ne sont-elles que des interstices de lumière, perçant l’opacité noire, qui laisseraient à peine échapper un souffle ? Les interprétations peuvent être nombreuses, et ce travail radical et austère, qui pourrait sembler proche de l’art conceptuel, excite l’imagination, procure un intense ressenti, un inquiétant effet vibratoire se dégage de cet ensemble noir et produit même une sorte de malaise, sensations rares en art contemporain, qui considère trop souvent avec défiance ce qui touche à l’imaginaire et à l’émotionnel. En effet, il y a dans les pièces de Pigot et Daniaux une prégnance de la matière, et un jeu sur l’ambiguité et avec le spectateur, entre envoûtement et répulsion, immersion et étrangeté, ils nous poussent à des seuils-limites de la perception et de la compréhension rationnelle. Surtout lorsque l’on rentre dans la seconde pièce et qu’au milieu d’une odeur doucereuse et animale (parfum crée par les artistes), on trouve plantées dans un bloc cristal de sel des chaînes et deux poignets de cuir, bijou-sculpture pour une torture jouissive ? rocher de Sysiphe pour un érotisme du supplice ? là encore un magnétisme puissant empli l’atmosphère, habité par sept dessins de Cédric Pigot, indescriptible magma organique et machinique, et que je ne définirais pas plus, il faut aller les voir …

Mais au-delà de la force plastique de ces travaux, c’est la façon dont Pigot et Daniaux construisent et décontruisent cet espace fictionnel « Drohobyzc » qui est fascinant, comment ils réunissent, en archéologues du futur, indices et hypothèses de cette histoire utopique et cauchemardesque. Ils nous en présentent ici seulement des traces, des fragments, et nous invitent à participer en construisant aussi nous-mêmes ce que pourrait être une expérience …
Lire le texte de présentation de l’exposition, écrit par Philippe Boisnard

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28 février 2007

[revues] La revue Le Quartanier n°6

La revue que publient les éditions le Quartanier est dirigée par Eric de la Rochellière et Guillaume Fayard, entre Montréal et Marseille, elle tisse des liens entre des auteurs du continent européen et du continent américains, quasiment tous nés dans les années 1970, et nous donne d’intéressantes découvertes. De la poésie assez classique à la prose, en passant par de la fiction, de la narration poétique ou par des poésies plus expérimentales, les travaux sont divers, trans-genres, et assemblée dans la revue, cette variété des formes contribue à brouiller encore plus les définitions que l’on pourrait tenter de faire de la poésie de tous ces jeunes auteurs.
[Chaque numéro contient aussi des notices bibliographiques sur les auteurs et un cahier critique assez épais, qui donne à lire de petites chroniques de poésie, mais aussi de romans, de cinéma et de revue, les rédacteurs sont Guillaume Fayard, Hélène Frédérick, Daniel Canty, Alban Lefranc, Xavier Person, Anne Malaprade, tous ayant une activité critique importante par ailleurs…]
On peut cependant remarquer à la lecture de ces deux numéros, qu’au-delà de la diversité formelle, c’est plutôt à une poésie du sujet que l’on a affaire, que celui-ci se débatte avec un réel absurde, insaisissable, problématique, ou qu’il cherche dans la langue une matière pour le construire et l’agencer afin de pouvoir s’y positionner, les textes sont nombreux à être de petits ateliers subjectifs. Ligne moderne donc dans cette revue, mais sans la dimension politique, et posture assez classique, même si quelques textes proposent des positionnements dans la langue plus complexes et novateurs, dans une logique plus active et ludique, la revue Le Quartanier est-t-elle une revue qui rejoue et creuse la modernité ou ouvre-t-elle de nouvelles perspectives ?

Le n°6, paru en automne 2006, est une livraison diversifiée, bien montée, finement agencée, dense, il y a de quoi lire, de jeunes auteurs essentiellement (et tant mieux), donc allons voir de plus prés.
Il y a, du côté de la narration, une histoire de dépucelage et d’errance nostalgico-nihiliste par Antoine Bréa, chronique anecdotique et désabusée d’une teinte un peu adolescente. Teinte que l’on retrouve aussi dans le texte de Julien de Kerviler « éloge de la solitude après la pluie » (quel titre ! il faut oser…), qui décrit, en 49 paragraphes, sur un mode journal intime, dans une prose épurée, martelant un « tu » qui ne fait pourtant que souligner un « je » qui s’épanche avec beaucoup de pathos, les affres de sentiments (surtout amoureux) en Chine.
Par contre, le périple narratif de Samuel Lequette, entre Les fleurs bleues et Jacques le Fataliste version canine, est vraiment très drôle et enthousiasmant, c’est une petite épopée poétique absurde au rythme enlevé et trépidant, dans lequel le narrateur s’amuse à embarquer et à malmener un lecteur de papier, dommage que cela soit si court …
Même enthousiasme pour le texte Matthieu Larnaudie, « Placebo Consortium » qui se détache du peloton, avec là aussi une incursion/excursion effrénée dans le langage mais celui du monde actuel ; road-movie objectiviste dans le réel contemporain et ses codes langagiers, qui se déroule tel un décor derrière les vitres d’une voiture lancée sur les autoroutes de l’information, processus de fabrication d’une fiction qui recycle sur un mode samplé les multiples énoncés qui constituent le système communicationnel actuel auxquels se mêlent les hypothèses d’une histoire d’amour ainsi que la grammaire de l’informatique, le voyage est haletant.
Enfin, Ludovic Bablon nous donne à lire un extrait d’un roman en chantier, texte à la narration fragmentée par divers prismes de vision, récit étrange et délirant autour d’un personnage maladif et schizophrénique, entre solitude sexuelle et parano microbienne, qui s’agite dans des visions pas toujours très compréhensibles. Si les pistes proposées sont intéressantes, cela reste encore peu abouti au niveau de la langue, et pourrait être poussé plus loin, à suivre donc …

Du côté poésie, Benoit Caudoux donne une suite, pas très cohérente et inégale, de bribes et fragments de pensées ; subjectivité qui se débat avec ses situations et perceptions, poésie du sujet en prise, face, contre, toujours en difficulté avec le réel, et ses impératifs, avec le temps et ses espaces enfermant ou précipitant dans le vide, des propositions intéressantes (les murs qui nous traversent, l’explosion de soi, «il faut se ramasser, décroître, se réduire : descendre et reculer de partout, au même rythme, pour arriver au Centre. » « Il faut que la conscience se place, comme la voix, à l’aplomb de son vide. Sans quoi elle étouffe » __ on pense notamment à Michaux __ mais des poses et des lourdeurs aussi…
Dans le texte d’André Gache, « Cosmogonie », le corps et les éléments du monde se mêlent dans une inter-pénétration amoureuse, de la peau aux pieds, en passant par les oreilles, la bouche, la poitrine, la matière-langage se fait corps de façon musicale et métaphorique.
« le corps s’impose epi d’erm’ ite na pas cours il court autour de lui-même mouvement vrillique et vers l’autre de partout corps »
« marcher sous le ciel qui soutient les pas en les courbant vers la nuit »
Cette prose qui, à première vue, peut sembler assez moderne et déconstruite révèle en fait rapidement une poésie lyrique assez classique, où émotions et images prennent le dessus ; il en ait de même pour la poésie condensée et presque versifiée de Gilles Toog. Il y aussi une « Musique New-Yorkaise » de Christan Zorka, poésie polyphonique où s’égrènent en éclatement des bribes d’une ville, et un « Onratorio » d’Hervé Bouchard, prose au lyrisme épique et un peu ampoulé et incantatoire, qui raconte l’errance onirique en auto-stop de drôles de damnés …
Enfin, on ne parlera de Arno Calleja que pour dire (il le faut bien quand même) qu’il continue à faire du sous-Tarkos et du sous-Pennequin (soupir) au niveau de la forme, et que dans le fond, il ne fait que défendre une posture classique de l’écrivain maudit notamment à travers la dichotomie stupide qu’il fait entre « légen » riches et ceux qui sont pauvres, dont l’écriture est plus pure que celles des gens riches, qui sont méchants par ce que ce sont de sales bourgeois, ah lalala …

À la fin de la lecture de ce numéro, on peut être dubitatif, les propositions d’écritures sont intéressantes, les textes plutôt bons, le travail honnête et sérieux, c’est bien et puis ? On se dit que tout cela est en fait trop lisse, trop propre, que la légèreté et l’humour manquent, ainsi qu’une certaine radicalité ou affirmation dans les partis pris. Tout se tient trop bien, c’est fin, intelligent, parfois charmant, mais un peu figé, mou, et finalement, et c’est dommage, presque ennuyeux.
Les écritures de cette jeune génération de poètes (et de prosateurs ou romanciers, on ne sait pas bien et tant mieux pour les genres) sont assez maniéristes, très tournées vers la subjectivité et ses émois, l’expression des émotions y trouve une place importante, dimension plutôt absente et même combattu en poésie contemporaine, et un rapport politique semble assez absent. De nombreux textes (Gache, Toog, Caudoux, Bablon, Kerviler, Calleja, Bouchard …), malgré des effets d’expérimentations plus que de véritable expériences poétiques de la langue, traduisent des modalités poétiques assez classiques, même si elles sont singulières.
On retiendra donc essentiellement Lequette et Larnaudie pour leur prose narrative trépidante qui intègre des expérimentations poétiques à l’intérieur de leur fiction, ou qui parviennent à développer une véritable architecture narrative avec des éléments poétiques, au lieu d’en rester à de simples exercices expérimentaux …

Bientôt la chronique du n°7 de la revue Le Quartanier …

17 février 2007

[Chroniques] Des vidéo-poésies au Point sur le i – Frédéric Dumond et Olivier Gallon

Filed under: chroniques,UNE — Étiquettes : , , , , , — Hortense Gauthier @ 19:09

Il faut tout d’abord saluer le travail de Giney Ayme, conducteur d’Incidences, qui a monté une collection multimédia « le point sur le i« , un des seuls labels en France — avec son@rt de Jacques Donguy — de vidéo-poésie, qui publie des travaux croisant l’écriture et la vidéo, l’écriture et l’art numérique. Actuellement sort le 9ème DVD, « Portrait de Richard« , excellent portrait de l’écrivain Richard Morgiève réalisé par Nicolas Barrié. Mais nous allons d’abord présenté ici les n°7 et 8, sortis fin 2006.

Le n°7 est une oeuvre de Frédéric Dumond (texte) et de Mathieu Foulet (animation), ce travail de poésie cinétique, qui utilise les potentialités de l’animation numérique, prend la forme d’une galaxie de lettres en suspension qui, telles des atomes, se regroupent pour former un fragment de phrase puis se dispersent en éclatement, pour former peu à peu dans ce mouvement de contractation/dispersion tout en fourmillement un texte en mouvement perpétuel. Des descriptions de processus, d’événements, de transformations de choses du monde, à moins que ce soit des traces clignotantes et mobiles de phénomènes mentaux, sensoriels, ou physiques, sont ici donnés à voir dans leur apparition même au creux du langage, dans l’immanence de « l’inframince » pour reprendre ce que dit Ph. Boisnard sur la quatrième de couverture. Se tisse alors toute une architecture fluide et en perpétuel reconfiguration qui tente de montrer, de rendre visible au sein de la matérialité du langage ce que pourrait être une dynamique poétique de pensée et d’apparition des choses au monde dans une temporalité ouverte … Mais on regrettera peut-être que ce travail, qui contient de nombreuses potentialités poétiques et plastiques non exploitées, n’aille pas plus loin, autant dans sa durée que dans sa forme …
Le DVD n°8, celui d’Olivier Gallon, écrivain et réalisateur, est plutôt décevant. « Pensée ajoutée à l’air » alterne la captation d’une jeune femme dans un cimetière en contre champ de la pierre tombale de Joseph Brodsky, quelques phrases d’aprés ce poète apparaissent de temps en temps sur les images. C’est « une digression sur l’air », ou tentative de saisissement de l’insaisissable, à savoir l’absence, la mort, l’autre incarné dans une jeune femme ; un jardin, une femme, un poète mort, cela fait beaucoup de clichés, qui, même finement agencés et transposés en vidéo, n’en sont pas moins des poncifs de la poésie qui renouvellent en rien l’expérience poétique que l’on pourrait attendre dans une vidéo-poésie.
Sur la deuxième vidéo, en plan fixe, une fenêtre ouverte sur la mer, de jour, puis d’un seul coup le noir, entre les portes de la fenêtre, le gouffre noir de la nuit, puis à nouveau le jour, alternance qui pourrait nous faire basculer dans une dimension irréelle, la fenêtre comme espace mental de rêverie, ouverture onirique… mais la « vision » (comme il est dit sur la présentation du DVD) qui survient, sorte de flamme qui traverse la fenêtre, puis halo vert d’une lumière, ne parvient pas à nous emmener plus loin que le cliché de la fenêtre comme interface bi-dimensionnel entre l’extérieur et l’intérieur. De plus, se rajoute à ce lyrisme de l’image deux phrases en transparence sur la mer (« on dirait que c’est toi à l’intérieur que tu filmes », ce qui nous donne tout de suite la clé de la vidéo) et dans le ciel (« pas là pour la pluie », là on comprend moins), procédé qui décidément ne fonctionne vraiment pas, la vidéo-poésie ce n’est pas des phrases qui surtitrent des images.
On se dit alors qu’Olivier Gallon est un vidéaste qui cherche à travailler sur la durée des images, à explorer la question du temps, mais la question du temps n’est justement pas seulement une question de durée et de fixité du plan, ni encore moins un plan de la mer. Le temps, ce n’est pas une simple étendue de durée, mais plutôt stratification, labyrinthe, circonvolutions, mouvements, dimensions qu’explorent des cinéastes comme Kiarostami, ou des vidéastes, ou des artistes numériques qui travaillent sur l’aléatoire (cf. Chatonsky, ou le DVD aléatoire de Ph. Boisnard, Data History.X). Chez Olivier Gallon, point d’épaisseur du temps, mais plutôt flottement, et esthétisation du vide, en effet, ça s’appelle « une vidéo pour rien » …

Ainsi, s’il y a vidéo-poésie, c’est bien plus chez Frédéric Dumond et son travail dans la matière visuelle et dynamique du langage, face auquel, malgré sa lenteur et sa dimension minimale, on ne s’ennuit pas une seconde, car le déroulement du temps apparait dans ses circonvolutions pleines de phénomènes et d’événements. Tandis que chez Olivier Gallon, le temps suspendu n’ouvre sur rien d’autre que sur lui-même, nous plongeant trés rapidement dans l’ennui …

11 février 2007

[Manifesten] la société mobile, de Laurence Denimal

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — Hortense Gauthier @ 14:06

denimal.jpgDu 1er au 3 février 2007, dans la galerie Lavitrine à Limoges, durant le festival Manifesten, Laurence Denimal a tenu, assise derrière son ordinateur et son imprimante, une drôle de boutique. Installation/performance, la société mobile est une revue unique en son genre et vraiment pertinente, crée par cette plasticienne en 2005 ; elle est fondée sur l’interactivité et la fluidité, car c’est au lecteur/acheteur de composer son propre sommaire avec les textes qu’il a choisi. Elle est aussi une extension du travail d’archivage et de recension que poursuit Laurence Denimal à travers son propre projet artistique le Joubor, journal de bord qui décrit toutes ses actions dans une journée selon un système de codification trés précis (vous pouvez voir un extrait de ce travail publié dans la revue Talkie-Walkie n°2).
Comme vous pouvez le voir sur la vidéo, la société mobile est une sorte de magasins de texte, de multiples d’artistes et d’écrivains, et même de travaux originaux, une agence qui diffuse des travaux hybrides et qui constitue peu à peu une banque de données, une revue ambulante et modulable, une petite entreprise artistique qui essaye d’expérimenter d’autres modes de publication et de diffusion pour divers travaux poétiques…

On peut se procurer dans cette échoppe des textes de La Rédaction, Philippe Boisnard, Franck Leibovici, Frédéric Acquaviva, Christophe Manon, Marius Guérin, Vannina Maestri, Jacques Sivan, Jean-Michel Espitallier, Jérôme Bertin, Sylvain Courtoux, Yves Buraud, Charles Pennequin & Cécile Richard, Bernard Heidsieck, Maria Faustino, Josée Lapeyrère, et Laurence Denimal.

La société mobile est visible jusqu’au 6 mars à la galerie Lavitrine, 4 rue Raspail à Limoges. La suite du festival Manifesten sera les lectures de Jacques Sivan, Vannina Maestri, Bernard Heidsieck et Jérôme Game le 6 mars dans cette même galerie.

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6 février 2007

[NEWS] Tarkos dans le titre, un atelier de création radiophonique de David Christoffel

Filed under: News,UNE — Étiquettes : , , , — Hortense Gauthier @ 21:50

Jusqu’à dimanche prochain, vous pouvez entendre sur le site de France Culture, émission les Ateliers de création radiophonique, ou en podcast, un trés beau travail sur Tarkos, sur sa langue, dans sa langue, sur les résonnances de cette « langue de la langue », non pas un hommage, bien une « expérimentation », une « expérience » dans la poésie de Tarkos, réalisée par David Christoffel. Une heure d’enchevêtrement de voix, celle de Tarkos, lisant ses textes ou parlant de son travail, celles d’enfants et d’adultes, découvrant les textes de Tarkos et essayant de les lire, celle d’un boulanger parlant de la fabrication du pain (on pourrait presque croire que c’est un poème de Tarkos!), celle de Christian Prigent, Jean-Marie Gleize, Ghérasim Lucas, celle du piano bondissant de David Christoffel… Cette création radiophonique est aussi dense et épaisse et proliférante que la pâte-mot de Tarkos, qui fait sonner et travailler en nous les voix et la langue qui tourne dans nos têtes, nos vies, nos corps … Comme le dit le boulanger, « la pâte (mais on pourrait dire la langue) est bien un espace vitale de fermentation ».
« Il n’y a pas d’autre langue que la langue » disait Tarkos, « on est toujours à l’intérieur », oui, ce à quoi Prigent ajoute que Tarkos « nous parle de la langue et peut-être ne nous parle que de la langue », il ferait un travail de « musculation rhétorique ». Cela ne me semble pas tout à fait juste, Tarkos ne parle pas que de la langue, il ne fait pas de la rhétorique, même musclée. Bien que sa langue soit rotative, sur elle-même et en elle-même, creusant une réflexion sur ce qu’est le langage et la communication, elle n’est pas pour autant une langue autotélique, refermée sur elle-même, enfermé dans un sujet ressassant et ruminant (comme c’est le cas de nombreux disciples de Tarkos, qui prolifèrent depuis quelque temps en ratant complétement ce qu’est l’écriture de ce dernier). C’est au contraire une langue complétement ouverte sur les choses, une langue traversée et travaillée par le monde, parle du monde, qui fait parlé le monde en l’interrogeant … une langue qui fait penser et qui produit des « formes de pensée », comme dirait Christophe Hanna (qui d’ailleurs prend comme exemple une vidéo de Tarkos, pour montrer en quoi la poésie peut produire des outils de pensée, cf. conférence à Limoges durant Manifesten).
Cet atelier de création radiophonique déploie les potentialités qu’ouvre dans la langue la poésie de Tarkos, et montre à quel point celle-ci est plus que jamais vivante, à quel point elle nous fait penser sur ce qu’est le rapport au monde et à l’autre à travers le langage. C’est intelligent, riche, plein de drôleries, quand David Christoffel par exemple téléphone à un habitant de la rue Jean-Sébastien Bach, tiré au hasard, pour lui offrir un poème de Tarkos, qu’il lui lit et dicte … Il y a aussi des moments émouvants, sans pour autant qu’il n’y ait nostalgie ou pathos, comme lorsque l’on entend hésitante la voix de Tarkos faire des additions alors que la maladie le gagnait, ou comme à la fin ce poème superbe sur l’oiseau et le froissement de l’air …

Merci à David Christoffel pour ce trés beau travail qui va, je l’espère, permettre de faire découvrir Tarkos à un plus large public ….

3 février 2007

[Manifesten] Conférences – action / théories / pratiques [2ème vidéo : Franck Leibovici]

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — Hortense Gauthier @ 18:38

image-48.pngSuite des conférences. 2nde conférence présentée, celle de Franck Leibovici, à propos du « document poétique ».

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[Manifesten] Conférences – action / théories / pratiques [1ère : Christophe Hanna]

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , — Hortense Gauthier @ 17:29

image-48.pngAprés deux jours où nous avons pu découvrir le Mail-Art, les films de Henry Hills, les travaux plastiques de Julien Blaine, La Rédaction, Franck Leibovici, et où nous avons entendu lectures et performances, le 3ème jour de Manifesten se déroula sous l’angle théorique, avec des interventions théorico-pratiques de Julien Blaine, Charles Pennequin et Alain Frontier le matin, et des conférences de Christophe Hanna, Franck Leibovici et Olivier Quintyn. Nous ne pourrons pas mettre tout de suite l’intégralité des interventions sur le site, compte tenu de leur durée, mais nous vous proposons un petit aperçu de ce qui a été dit, à travers des extraits (introduction de la conférence de Frontier, extrait de celle de Hanna, conclusion de celles de Leibovici et Quintyn …)

Il faut souligner que durant cette journée de conférences à la BFM, les questions du rapport entre poésie et action ainsi que celle de la définition d’un objet poétique ont été abordées, dans le prolongement du débat entre Philippe Boisnard, Christophe Hanna, Philippe Castellin, Alain Frontier, discussion initiée par le dernier numéro de Doc(k)s, et développé dans des articles de Philippe Boisnard (cf. article) et Philippe Castellin (cf. article). Ainsi, Alain Frontier, dans son « avertissement » (cf.vidéo), s’adresse implicitement à Hanna, Leibovici, Boisnard, et à leur conception de la poésie, qu’il attaquera ensuite dans son intervention. L’aprés-midi, Hanna, Leibovici et Quintyn, dans des interventions brillantes et solides ont chacun, à leur façon, fait part des outils conceptuels qu’ils créent pour tenter de saisir la spécificité d’un objet poétique, et plus précisément des nouveaux types d’objets poétiques qu’ils construisent (cf. « Nos visages flash-ultimes » de Hanna, « Portrait chinois » de Leibovici), élaborant ainsi une sorte de théorie pratique pour leur travaux …

Ainsi, on a pu voir s’opposer deux rapports trés différents à la création poétique et à sa définition, mais on regrettera la juxtaposition de ces deux types de discours, au lieu d’un véritable échange entre ces différents théoriciens dans une discussion. On regrettera aussi l’absence de Philippe Boisnard, dont les recherches et les créations sont en liaison avec celles de Hanna, Leibovici et Quintyn …
En tout cas, à tous ceux qui décrient le manque de débats théoriques dans la littérature, et notamment de la part d’une jeune génération, cette journée nous prouve la contraire, la vivacité et la pertinence des questionnements théoriques furent trés stimulantes, et la discussion est loin d’être terminée …

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2 février 2007

[Manifesten] 6ème vidéo : exposition de La Rédaction

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , — Hortense Gauthier @ 14:36

image-48.png1er février
vernissage de l’exposition de La Rédaction « nos visages-flash ultimes« , Galerie Olga, 9 rue Jeanty-Sarre, Limoges. L’exposition dure jusqu’au 24 février.

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[Manifesten] visite de l’exposition de Julien Blaine : L’oraltoire

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , — Hortense Gauthier @ 14:29

image-48.png1er février
5ème vidéo, visite de l’exposition consacrée à Julien Blaine L’oraloire à la Galerie Lavitrine, 4 rue Raspail, Limoges. L’exposition dure jusqu’au 6 mars.

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[Manifesten] Olivier Quintyn & Pilar Bauman, Performance sonore.

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , , — Hortense Gauthier @ 14:26

image-48.png1er février
4ème vidéo, Création sonore live d’Olivier Quintyn et de Pilar Bauman, lors de la soirée Déclaraction à la Galerie Lavitrine, 4 rue Raspail, Limoges. L’exposition dure jusqu’au 6 mars.

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[Manifesten] 3ème vidéo : Julien Blaine, lecture

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , — Hortense Gauthier @ 14:21

image-48.png1er février
3ème vidéo, lecture de Julien Blaine, lors du vernissage L’oraloire à la Galerie Lavitrine, 4 rue Raspail, Limoges. L’exposition dure jusqu’au 6 mars.

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1 février 2007

[Manifesten] 1ère vidéo : vernissage de l’exposition Mail-Art + Franck Leibovici

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , , , — Hortense Gauthier @ 17:03

image-48.png31 Janvier
Inauguration de l’exposition Mail art « affranchissements« .
Franck Leibovici « low-intensity conflicts, part.XIV. »
École Nationale Supérieure d’Art [ENSA-Limoges] – 19 avenue Martin Luther-king. Exposition jusqu’au 6 mars.

Dans cette vidéo vous pourrez voir Sylvain Courtoux, introduisant la situation de Limoges, puis une présentation de l’exposition par Julien Blaine.

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