Libr-critique

15 octobre 2016

[Libr-retour] Claude Ber et Adrienne Arth, Paysages de cerveau, par Matthieu Gosztola

Claude Ber et Adrienne Arth, Paysages de cerveau, Fidel Anthelme X, collection « La Motesta », 2015.

 

« Le propre du regard, écrit Starobinski dans sa préface à L’œil vivant, c’est de n’être jamais saturé. Il ne l’est jamais par la contemplation d’une œuvre particulière ni par l’inépuisable variété des mondes picturaux existants ». Et Starobinski ajoute : « Voir offre tout l’espace au désir, mais voir ne suffit pas au désir. » « C’est que le regard n’est pas seulement désir de voir, commente Laurent Jenny, désir déjà insaturable en soi, il est aussi désir de retenir, de fixer dans une parole, ce qui ne va pas sans renoncement à la pure visibilité ». Car le regard n’est pas seulement vision. Starobinski nous rappelle que son étymologie le situe d’abord « du côté de l’attente, du souci, de l’égard et de la sauvegarde ».

C’est ce à quoi s’emploient Claude Ber et Adrienne Arth dans Paysages de cerveau.

chaque minute égrène son mantra de gestes quotidiens
– leur feuilleté de pages pliées –
et la surface blanche du lait uniformément blanc
d’une beauté mystérieuse
Mondrian dans la tasse

à travers les murs les volets clos les saules devinés
la cabane du bout du pré sous la hauteur exagérée du cèdre
et une perspective arrière indéfinie
nourrie de halètements légers et d’obscurité
les yeux fixent au fond de leurs globes
un paysage de cerveau

substance neigeuse elle aussi
confuse déroutante
qu’on ne peut ni vraiment voir ni vraiment oublier
que j’entends battre aux mots
avec le jour
à la porte

Ni le piqué précis d’un rafale sur le pont d’un porte avion ni le trait tremblé prouvant qu’il s’agit d’un relevé de tension, d’une topographie d’avant que les mots, ne cernent la sensation, mais ils ont en commun une définition du réel analogue, dont je sens l’aiguille sur ma peau.
C’est cette écriture entêtante tatouant de son piqueté toute chose et mon propre corps que j’écoute exister

surprenant le cœur battre les narines respirer […]

Comme le dit Starobinski à propos du peintre Ostovani, « l’attraction visuelle est doublée d’une attention motrice ». Claude Ber et Adrienne Arth ont, dans la lignée de Starobinski, fait leurs « les propositions de Merleau-Ponty pour qui le spectateur d’un tableau le voit d’abord "avec son corps" et l’éprouve posturalement en une forme de précompréhension. Car il s’agit déjà d’un acheminement vers la signification ». En effet, à plusieurs reprises, Starobinski se réfère, pour justifier ses intuitions critiques, « à la notion d’"aperception mythique" » qu’il emprunte à Ernst Cassirer, rappelant que « c’est là "l’activité première de la conscience […] pour qui le monde immédiatement perçu est une physionomie, une face chargée d’expression". Et il ajoute : "Le sens expressif adhère à la perception même, dans laquelle il se trouve saisi et "éprouvé" immédiatement  » (Laurent Jenny).
Claude Ber et Adrienne Arth font résonner singulièrement ce sens expressif.

Et si les photographies ― par exemple ― de l’ouvrage Méditerranée : d’une terre l’autre (Éditions de l’Amandier, collection Photo-Graphie, 2007) sont des photographies de circonstance (elles ont été prises lors des tournées du spectacle « Méditerranées », créé, joué et chanté par Adrienne Arth sous le nom de scène Frédérique Wolf-Michaux de 2000 à 2005), « il faut prendre ici le mot "circonstance" dans son acception la moins convenue, la plus vive et la plus provocante » (nous empruntons cette formulation à Laurent Jenny). « Chaque fois, il s’est agi, dans l’actualité d’une rencontre, de répondre à la sommation d’un événement, à une convocation impérieuse du regard par la force d’une œuvre […]. »
En définitive, c’est l’art de voir que conjugue bellement Adrienne Arth. Et cet art de voir, pour être parfaitement compris, peut être rapproché de celui du cinéaste Antonioni, tel qu’analysé par Alain Bonfand dans Le cinéma saturé, Essai sur les relations de la peinture et des images en mouvement  : « L’art de voir ne procède pas de la maîtrise, fût-elle absolue, d’une technique ou d’un savoir-faire, mais d’un perpétuel apprentissage de la vision qui, lorsqu’elle est sidérée par ce qu’elle voit, sait le viser et l’atteindre à son tour pour le rendre visible. Quand Antonioni dit que faire un film est pour lui vivre, il propose et s’impose cet état de vigilance, d’attention et de veille où le visible, tout le visible, "parce qu’il chante", est une proie. »

26 septembre 2016

[Texte] Matthieu Gosztola, De courant (6/8)

Voici huit nouvelles cascades poétiques dans la nouvelle série que nous a proposée Mathieu Gosztola – que nous remercions encore. [ Lire "De courant 5"]

 

pants du sommeil reprend ses

esprits les derniers cris devant

les coupures sont le concentré

de tous les mots d’une vie à

 

vivre on se dissimule le torse

dans la moindre parole la course

fait de chaque peur une peur intime

on gardera cette intimité pour le

 

*

 

toujours provisoire

de la vie restante

mes souvenirs ne murmurent

contre personne sinon mou

 

rir nous simplifierait je

me répète les

paroles accom

modantes de l’oubli

 

*

 

j’ai fait tremblant

de dire les rêves me

laissent chagrin ou absent

des rêves

 

c’est un détail

mais je disparais et me laisse mollir

par la fatigue

les appauvrissements

 

*

 

des pensées claires ce que

j’appelle

les souvenirs se mettre

dans les mots ensemble

 

je fais tremblant de me perdre

dans un chagrin plus grand

que le chagrin

dans chaque mot je mini

9 septembre 2016

[Texte] Matthieu Gosztola, De courant (5/8)

Voici huit nouvelles cascades poétiques dans la nouvelle série que nous a proposée Mathieu Gosztola – que nous remercions encore. [ Lire "De courant 4"]

 

du tapage dans le

silence à chaque fois

qu’une pensée me rem

place la mort va très

 

bien je me montre un peu sau

vage avec les souvenirs m’entre-

tuent au cœur chaque jour

est un jour de colère on

 

*

 

discute de la faute dans

nos plus risquées prières

mon visage pourrit dans

mes pensées et j’échoue

 

à en faire un nouveau en cati

mini on propose

le lit nuptial à ce qui reste

de la mort on n’ose pas

 

*

 

suffisamment se cha

mailler avec

la mémoire accomplit

mes souillures

 

les oublis sont des paroles

trop brèves dans la mémoire

même les oublis se trouvent

marqués je me courbe dans

 

*

 

l’attente de mon regard

sur les choses qui ne sont pas

abîmantes je me sens étranger

jusque dans l’oubli aucun sou

 

venir n’est en mesure de me

perdre je suis travaillé par les

pensées le désespoir à chaque

pas hors des spasmes envelop

30 août 2016

[Texte] Matthieu Gosztola, De courant (4/8)

Voici huit nouvelles cascades poétiques dans la nouvelle série que nous a proposée Mathieu Gosztola – que nous remercions encore. [ Lire "De courant 3"]

 

issue la mort na

turelle se fait nuptiale

la mémoire se promet

définitive vivre est trop

 

souffrant mais mourir

serait un ou

i donné aux tueurs

comment esquiver la

 

*

 

course il n’y avait

plus rien à croire dans

la défriche des jours

j’ai mes regards

 

avec moi pour ac

cabler les visages je

me suis laissé comme

possible à l’intérieur

 

*

 

de mes prières je ne m’

étais jamais proposé l’

abandon de l’espoir

le calme couram

 

ment conjugué en pensées m’

ignore dans le

rêve la vie se fausse

et c’est joué

 

*

 

pousser l’oubli à sortir

qui va aux mots mes

gestes presque doux

n’ont plus le frein

 

sur la peur les dos

devant qui

[…]

me reviennent dans

mes rêves il y a

19 juillet 2016

[Texte] Matthieu Gosztola, De courant (3/8)

Cette nouvelle série, proposée par Matthieu Gosztola que nous remercions, nous accompagnera jusque fin août. Cette troisième partie de "De courant" nous entraîne dans huit nouvelles cascades poétiques, avec moult catastrophes lexicales et phoniques… [Lire la 2e livraison]

aisément mes
         pensées m’ont
                     fait contourner le
                               calme sans

impatience à
         chaque pensée
                   l’espoir nous
                             moque

*

la peur prend ma vie
          sans faiblir
                     nos souvenirs
                               de nouveau très pré

occupants ne peuvent en
           visager aucun partage
                      dans les mots
                                le lisse de la

*

peau se lasse dans la mort
           le craquement des nour
                      ris
                                 sons se parler d’ou

bli pousse les gens de côté
          il y a la vie la peur
                   est tenaillante
                              ça dépend de la pous

*

sée dans les mots les
           souvenirs passent in
                      commodés dans la vie les
                                souvenirs n’offrent

pas de disputes d’héritage
           plusieurs poussées de mots
                      en graines je reste
                                malgré tout sans

13 juillet 2016

[Texte] Matthieu Gosztola, De courant (2/8)

Cette nouvelle série, proposée par Matthieu Gosztola que nous remercions, nous accompagnera jusque fin août. Cette deuxième partie de "De courant" nous entraîne dans huit nouvelles cascades poétiques…

de tous les rires et sourires

que je gardais pour l’après

je me montre bagarreur

avec mes souvenirs

 

je ne crains rien

car chaque chose

est un presque-fantôme

mais se souvenir c’est

 

*

 

mettre dans le cœur

des paroles risquantes

je balbutie mes rêves voilà

ce que parler veut

 

dire nos pensées ne disent rien

de valable le plus souvent l’envie

de mourir me con

tourne les visages a

 

*

 

vancent avec toutes les précisions

boueuses en trombe j’ai

jeté tous mes regards les

mots se cognent et

 

offrent une grande més

entente le

temps qu’il faut bien grap

piller avec ses activités

 

*

 

de rien se présente in

consolable vivre

cherche querelle

avec les pensées

 

aucune pensée ne me

contourne la moindre

pensée se montre

éreintante

9 juillet 2016

[Texte] Matthieu Gosztola, De courant 1

Cette nouvelle série, proposée par Matthieu Gosztola que nous remercions, nous accompagnera jusque fin août. La première partie de "De courant" nous entraîne dans huit cascades poétiques…

ils faisaient comme si

on était à déchiqueter

avec des ahanements

de circonstance est

 

bousculée la mémoire

des choses observables et des

choses qui ne le sont qu’

après les larmes je suis redéfini dans la parole rentrée

 

*

 

la vie elle me contente

même quand rien n’est

propre à contenter on

prend chacun toute la

 

crainte à son compte

comment partager

la nuit des marais nous fait

des rumeurs

 

*

 

qui ne sont pas celles

du rêve peut-on en

réchapper quand

chaque journée

 

les grimaces de

douleur sont les pires

les sentiments d’indifférence

sont bousculés

 

*

 

chaque nouveau jour est un

jour dernier je ne trouve rien

dans l’ordre des réponses on

ne pensait pas que la vie serait

 

une ligne presque effacée sur la

piste des chasseurs j’es

père la vieillesse et ses minutes d’oubli

à prendre je me démunis

12 septembre 2014

[Création] Matthieu Gosztola, POINT NOIR (Débris de tuer – recherches préliminaires)

C’est avec un grand plaisir que, après Vivre III, nous publions une autre série de toiles-textes signée Matthieu Gosztola.

 

 

 

6 février 2014

[Création] Matthieu Gosztola, Vivre III

Second volet consacré à Matthieu Gosztola cette semaine : après la chronique sur son livre Alfred Jarry, voici la fin de la série intitulée Vivre. Vivre III, donc, "où – d’après l’auteur – l’écriture-palimpseste interroge encore plus vivement, via notamment le détour par la carte bleue, si l’on peut dire, notre survie dans le monde capitaliste". [Vivre II]

 

4 février 2014

[Chronique] Matthieu Gosztola, Alfred Jarry. Critique et sciences à l’aube du XXe siècle

En cette fin de siècle scientiste, quoi de plus subversif que d’annexer les sciences dans un projet littéraire ?

Matthieu Gosztola, Alfred Jarry. Critique littéraire et sciences à l’aube du XXe siècle, éditions du Cygne, automne 2013, 184 pages, 18 €, ISBN : 978-2-84924-331-2.

Présentation éditoriale. À la fin du XIXe siècle, les sciences sont partout. Jusque dans la philosophie, dans ses différents courants. Il n’est que de se reporter au positivisme et au scientisme, alors tout-puissants. Même les pensées idéalistes ou religieuses empruntent au discours scientifique, dans la multiplicité de brochures qui paraissent alors, une partie de sa rhétorique, fût-elle alors transformée pour les besoins de la cause : convaincre les lecteurs du bien-fondé des théories – souvent farfelues – qui y sont exposées.
Mais, à cette époque, que peut la littérature, elle, face aux sciences ? Question que sont amenés à se poser, à un niveau ou à un autre, tous les écrivains ou presque de cette période, Paul Valéry en tête.
Quand on est écrivain mais aussi critique littéraire, une autre question alors logiquement se pose : comment rendre compte d’ouvrages scientifiques dans une revue littéraire ? Cette question, Alfred Jarry se l’est ardemment posée, en la mettant en acte, singulièrement, et ce continûment, ayant été l’un des membres les plus actifs de La Revue blanche.
Mais il n’a pas été le seul, loin de là, à se passionner pour l’irruption des sciences dans le champ littéraire.
Comme ce livre s’attache à le montrer, divers auteurs à l’aube du XXe siècle ont pu faire se rejoindre science et littérature, en cherchant à ce que l’une et l’autre grandissent de cette rencontre, en augmentant considérablement leur pouvoir d’évocation, et ce sans rien perdre de leur propre singularité – cette singularité qui définit chacune consubstantiellement, dans son champ propre.

Chronique

"Cet emploi d’expressions techniques et de phrases vides d’apparence scientifique
est particulier à beaucoup d’écrivains dégénérés modernes et à leurs imitateurs"
(Max Nordau, Dégénérescence, 1894).

"Dans quelques siècles […] il n’y aura plus aucune littérature, ni de prose ni de vers,
et la pensée s’exprimera selon une formule nette, sèche, purement algébrique"
(Remy de Gourmont, Les Chevaux de Diomède, 1897).

Ayant vécu sa formation en un temps où régnaient le scientisme et le positivisme, le jeune Alfred Jarry est habité par une "tentation scientifique constante" (Patrick Besnier, 2005), persuadé que la connaissance scientifique comme pouvoir d’informer le monde constitue pour l’homme une source d’émancipation. En témoigne, sitôt ses études terminées, son goût pour les ouvrages scientifiques ardus, voire hermétiques, dont il rend compte dans la célèbre Revue Blanche : contrairement aux autres chroniqueurs non spécialisés, le fameux auteur d’Ubu roi adopte résolument une posture de savant. (Est surtout examinée ici, comme exemple emblématique, la recension des Éléments d’économie politique pure, de Léon Walras, datant de 1901). Cette curiosité encyclopédique s’explique par un élitisme avant-gardiste : laissant les manuels de vulgarisation aux hordes républicaines, Jarry s’attaque aux hautes productions de l’esprit rationnel, fasciné par la beauté inhérente à l’obscurité scientifique.

L’auteur de cet essai stimulant distingue chez l’écrivain deux types d’appropriation de la connaissance scientifique : l’intégration du savoir dans l’œuvre (qu’on pourrait appeler fonction mathésique : cf. Messaline et Le Surmâle) ; la fictionnalisation du savoir même, comme dans Gestes et opinions du docteur Faustroll pataphysicien, "roman néo-scientifique"… Dans ce dernier cas, dominent les visées humoristique ou grotesque, mais également poétique : le discours scientifique est annexé pour renforcer les effets d’étrangeté. Jarry apparaît ici comme un curieux amateur de sciences, cultivant l’illogisme et la combinaison paradoxale des contraires (vrai/faux, bien/mal, présent/passé, etc.), et réfutant l’idée même de progrès.

Quoique mal organisé (deux parties très inégales, sans subdivision ni principe ordonnateur clair), cet essai vaut pour ses analyses du travail critique de Jarry – sa façon de se distinguer dans l’espace critique des revues littéraires contemporaines – et de ses rapports à Valéry comme à certains grands noms des sciences humaines de l’époque (Haeckel, Fechner, Spencer, Ribot, etc.).

31 décembre 2013

[News] Spéciale LC : de 2013 à 2014…

Pour ce passage entre 2013 et 2014, LC vous offre à la fois une prospective particulière (14 citations pour 2014 : avant-goût de quelques livres sélectionnés pour le début de l’année) et une petite rétrospective (les 10 posts les plus lus/vus depuis le lancement du nouveau LC en septembre)…

14 citations pour 2014

Voici un aperçu en citations des livres que nous avons lus et que nous vous recommandons pour le premier trimestre 2014.

â–º Christophe CARPENTIER, Chaosmos (P.O.L, 2 janvier : dystopie de 416 pages) :

1) "Il n’y a plus d’actifs ni de chômeurs, plus de riches ni de pauvres, plus de malades ni de bien portants, il n’y a plus qu’un peuple : celui des relais efficaces du Chaosmos" (p. 116).

â–º Jacques JOUET, Les Communistes (P.O.L, 2 janvier, 490 pages) :

2) "On parle de passéisme, dit Pavel, mais jamais d’avenirisme ou de présentéisme" (p. 255).

3) "Et si je nous déclarais cohommunistes, tu aurais encore peur du co- ?" (p. 484).

â–º Jérôme BERTIN, Le Projet Wolfli (Al dante, 15 janvier, 64 pages) :

4) "Le peuple n’aspire qu’à se faire enculer" (p. 12).

5) "L’écriture aussi est un sport de combat. Ou alors ce n’est pas de la littérature. C’est de la merde" (p. 42).

6) "Top chrono pour les moutons. Consommez consommez avant que le cancer ne vous consume. Cassez votre tirelire cochons. Vous vous serrerez la ceinture après. Crédits crédits. Une seule vie ne suffit pas pour tout acheter" (p. 48).

7) "Debout les damnés de la terre. Ils vivent à ne pas douter leurs derniers instants. La culture d’état pue la mort. Les derniers penseurs sont enfermés dans la misère. Les éditeurs, les producteurs, travaillent par leur censure et leurs choix commerciaux à la désintégration du pensé debout" (p. 49).

â–º Jérôme BERTIN, Première ligne (Al dante, 15 janvier, 40 pages) :

8) "Festin de terre. Assis sur le lit la tête entre les mains. Cracher le poème et du sang. Du sens interdit. La tête cogne contre le carrelage" (p. 15).

9) "Anus, l’origine du monde. Plus de débats mais des combats. Des décombres des cobras. À la place de la langue, uppercut. Un sein vert expression. Tu vois le sang araignée sur le sol" (p. 18).

â–º Éric CHEVILLARD, L’Autofictif en vie sous les décombres (L’Arbre vengeur, 15 janvier, 234 pages) :

10) "Il y a les écrivains qui se complaisent dans le réel, qui fourrent leurs phrases dedans, qui en rajoutent une couche ; et les écrivains qui prennent le réel dans les rets tranchants de leurs phrases afin de le retailler à leur guise" (p. 14).

11) "L’écrivain ne doit pas s’y tromper. Il travaille aujourd’hui pour les ménagères de plus de 50 ans" (p. 85).

12) "Tous les autres mots ne sont pour lui que des euphémismes hypocrites et maniérés pour dire merde" (p. 93).

â–º Marc OHO-BAMBE, Le Chant des possibles (éditions La Cheminante, mars) :

13) "Souviens toi

De ce matin-là,

Ecarlate et révolutionnaire,

Du parfum de jasmin flottant dans l’ère alors

Souviens toi mon sang,

De la promesse du jour et des slogans,

Des chants de la rue défiant le joug des tyrans

Et la morsure des fusils"

â–º Serge Doubrovsky, Le Monstre (Grasset, avril 2014) :

14) "Vous pourrez enfin découvrir ici le texte restitué dans sa première composition, toute son opulence, sa première jeunesse, sa vitalité débordante, ses rêveries nomades et sa fascinante écriture. Le Monstre vous attirera dans son labyrinthe et vous n’essaierez même pas de trouver l’issue mais vous cheminerez, comme hypnotisé, à sa rencontre. L’approche génétique de ce texte aura aussi prouvé qu’il faut en finir de vouloir donner un seul sens à une œuvre, d’en faire une donatrice de signification" (Isabelle Grell).

Les 10 posts les plus lus/vus depuis le lancement du nouveau LC en septembre 2013

LC, en 2013, c’est quelque 200 posts (si l’on tient compte de la pause estivale, cela fait une moyenne de 4,5 posts/semaine).

En quatre mois, vous êtes plus de 100 000 à être venus visiter les quelque 1 600 posts disponibles : les 10 les plus lus/vus (chiffres arrondis) témoignent aussi bien des goûts de lecture que des circuits de circulation et d’indexation.

â–º Chronique de Philippe Boisnard (17/05/2008) sur Ralbum (Léo Scheer) = 11 275 visites [total : + de 120 000]

â–º Emmanuel Adely, "No more reality" (création du 05/09/2009) = 4 475 [total : + de 50 000]

â–º Chronique de Fabrice Thumerel, "Richard Millet et la postlittérature" ("Manières de critiquer" / 01/04/2011) = 3 650 [total : + de 20 000]

â–º Michel Giroud, "Généalogi-z 2.1" (création du 9 décembre 2006) = 2 200 [total : + de 35 000]

â–º NEWS du dimanche 10/11/2013 (F. Thumerel) = 1 760

â–º Chronique de Périne Pichon sur La Direction des risques de Christophe Marmorat (07/11/2013) = 1 150

â–º Fabrice Thumerel, "De l’intellectuel critique" (20/01/2006 ; travail de recherche en cours de réécriture) = 775 [total : + de 15 000]

â–º Mathias Richard, « Pour un déclin du mot "roman" » ("Manières de critiquer" / 26/09/2013) = 725

â–º Matthieu Gosztola, "Vivre I" (création, 29/10/2013) = 600

â–º Thomas Déjeammes et Mathias Richard, "Dreamdrum 10 / Amatemp 28" (création, 14/09/2013) = 580

29 décembre 2013

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de l’année, plongeons-nous d’abord dans un essai qui a marqué ce dernier trimestre : le Jarry de Matthieu Gosztola, qui offre l’occasion d’étudier les relations entre critique littéraire et sciences en une fin de siècle et une "Belle Époque" des plus fascinantes. Nos Libr-événements vous proposeront ensuite vos premiers rendez-vous de 2014 (rencontre avec Jérôme Game à Paris ; soirée poétique à la Maison Victor Hugo ; soirée Manifesten autour de Franz Fanon).

UNE : Matthieu Gosztola, Alfred Jarry

Matthieu Gosztola, Alfred Jarry. Critique littéraire et sciences à l’aube du XXe siècle, éditions du Cygne, automne 2013, 184 pages, 18 €, ISBN : 978-2-84924-331-2.

Présentation éditoriale. À la fin du XIXe siècle, les sciences sont partout. Jusque dans la philosophie, dans ses différents courants. Il n’est que de se reporter au positivisme et au scientisme, alors tout-puissants. Même les pensées idéalistes ou religieuses empruntent au discours scientifique, dans la multiplicité de brochures qui paraissent alors, une partie de sa rhétorique, fût-elle alors transformée pour les besoins de la cause : convaincre les lecteurs du bien-fondé des théories – souvent farfelues – qui y sont exposées.
Mais, à cette époque, que peut la littérature, elle, face aux sciences ? Question que sont amenés à se poser, à un niveau ou à un autre, tous les écrivains ou presque de cette période, Paul Valéry en tête.
Quand on est écrivain mais aussi critique littéraire, une autre question alors logiquement se pose : comment rendre compte d’ouvrages scientifiques dans une revue littéraire ? Cette question, Alfred Jarry se l’est ardemment posée, en la mettant en acte, singulièrement, et ce continûment, ayant été l’un des membres les plus actifs de La Revue blanche.
Mais il n’a pas été le seul, loin de là, à se passionner pour l’irruption des sciences dans le champ littéraire.
Comme ce livre s’attache à le montrer, divers auteurs à l’aube du XXe siècle ont pu faire se rejoindre science et littérature, en cherchant à ce que l’une et l’autre grandissent de cette rencontre, en augmentant considérablement leur pouvoir d’évocation, et ce sans rien perdre de leur propre singularité – cette singularité qui définit chacune consubstantiellement, dans son champ propre.

Note de lecture

"Cet emploi d’expressions techniques et de phrases vides d’apparence scientifique
est particulier à beaucoup d’écrivains dégénérés modernes et à leurs imitateurs"
(Max Nordau, Dégénérescence, 1894).

"Dans quelques siècles […] il n’y aura plus aucune littérature, ni de prose ni de vers,
et la pensée s’exprimera selon une formule nette, sèche, purement algébrique"
(Remy de Gourmont, Les Chevaux de Diomède, 1897).

Ayant vécu sa formation en un temps où régnaient le scientisme et le positivisme, le jeune Alfred Jarry est habité par une "tentation scientifique constante" (Patrick Besnier, 2005), persuadé que la connaissance scientifique comme pouvoir d’informer le monde constitue pour l’homme une source d’émancipation. En témoigne, sitôt ses études terminées, son goût pour les ouvrages scientifiques ardus, voire hermétiques, dont il rend compte dans la célèbre Revue Blanche : contrairement aux autres chroniqueurs non spécialisés, le fameux auteur d’Ubu roi adopte résolument une posture de savant. (Est surtout examinée ici, comme exemple emblématique, la recension des Éléments d’économie politique pure, de Léon Walras, datant de 1901). Cette curiosité encyclopédique s’explique par un élitisme avant-gardiste : laissant les manuels de vulgarisation aux hordes républicaines, Jarry s’attaque aux hautes productions de l’esprit rationnel, fasciné par la beauté inhérente à l’obscurité scientifique.

L’auteur de cet essai stimulant distingue chez l’écrivain deux types d’appropriation de la connaissance scientifique : l’intégration du savoir dans l’œuvre (qu’on pourrait appeler fonction mathésique : cf. Messaline et Le Surmâle) ; la fictionnalisation du savoir même, comme dans Gestes et opinions du docteur Faustroll pataphysicien, "roman néo-scientifique"… Dans ce dernier cas, dominent les visées humoristique ou grotesque, mais également poétique : le discours scientifique est annexé pour renforcer les effets d’étrangeté. Jarry apparaît ici comme un curieux amateur de sciences, cultivant l’illogisme et la combinaison paradoxale des contraires (vrai/faux, bien/mal, présent/passé, etc.), et réfutant l’idée même de progrès.

Quoique mal organisé (deux parties très inégales, sans subdivision ni principe ordonnateur clair), cet essai vaut pour ses analyses du travail critique de Jarry – sa façon de se distinguer dans l’espace critique des revues littéraires contemporaines – et de ses rapports à Valéry comme à certains grands noms des sciences humaines de l’époque (Haeckel, Fechner, Spencer, Ribot, etc.).

Libr-événements

â–º Vendredi 3 janvier 2014 à 19H30, Texture Librairie (94, avenue Jean Jaurès 75 019 Paris), rencontre avec Jérôme Game pour son DQ/HK, que nous avons salué dimanche dernier.

DQ/HK ou deux livres en un, comme un double-album de poésie sonore donnant à lire et entendre HK Live !, pièce radiophonique sur Hong Kong, et Fabuler, dit-il, pièce entre littérature et création sonore autour du Quichotte, réalisée avec le musicien Olivier Lamarche. Deux pièces rassemblées par une visée esthétique commune, telles les faces A et B d’une même méthode: rencontres, voyages, captations, travail en studio, montage de sons et d’images, il s’agit toujours d’écrire à même les choses, à même le document, dans le son et à travers l’image. Traversée d’une ville, saisie par les signes sonores et visuels qu’elle émet; traversée d’un monument littéraire, via l’économie narrative, cinématographique ou touristique à laquelle il donne lieu.
Remarquable préface de Jean-Michel Espitallier.
CD 1 : Fabuler, dit-il (46 min)
Texte et voix : Jérôme Game
Musique et réalisation sonore : Olivier Lamarche
CD 2 : HK Live ! (39 min)
Texte, montage : Jérôme Game
Voix : Caroline Dubois, Jérôme Game, François Sabourin
Réalisation : Marie-Laure Ciboulet
Production : les ACR, France Culture
Extrait :
On voit les choses cadrées, un peu de verdure à l’écran. / Les palmiers le ciel bleu la nuit étoilée, il fait chaud, y a du monde en terrasse. / Mais je comprends pas où tu veux en venir là, je comprends pas ce que tu dis où tu veux en venir, tu veux t’en aller tu veux partir? où tu vas monte le son, monte pas le son comme ça on s’entend plus, regarde la route où tu vas? / Tu peux pas tout laisser derrière toi comme ça, tu peux pas tout le temps tu laisses tout derrière toi tu laisses tout derrière toi c’est c’est quoi ces montagnes? tu peux monter la radio mets plus fort, mets plus fort.

EDITIONS DE L’ATTENTE :

Depuis 1992, c’est à la littérature de création contemporaine que s’intéressent les éditions de l’Attente. À la limite de la poésie, aux approches philosophiques, aux écrits d’artistes, aux essais, aux traductions et à tout ce qui anime, questionne et aventure une langue vivante innovante qui puise son inscription dans le réel ou l’imaginaire, au-delà du formel.
http://www.editionsdelattente.com/

â–º Mardi 14 janvier, de 18 h30 à 21 h (lecture vers 19h30) : La Cime du rêve, de Victor Hugo.
 
« Tout songeur a en lui ce monde imaginaire. Cette cime du rêve est sous le crâne de tout poëte comme la montagne sous le ciel. » Cette pensée de Victor Hugo, tirée de "Promontorium somnii, II", donne son titre à l’exposition « La Cime du rêve – Les surréalistes et Victor Hugo », proposée jusqu’au 16 février à la Maison Victor Hugo.
Invités à déambuler parmi les salles thématiques – les châteaux, la nature, l’empreinte, la tache… – regroupant une cinquantaine de dessins d’Hugo et des œuvres d’Ernst, Masson, Picabia… les écrivains Suzanne Doppelt, David Christoffel et Olivier Schefer liront des textes inédits, composés spécialement à l’issue de cette visite.
 
Avant la rencontre, à 18h30, un parcours de l’exposition accompagné d’un conférencier sera proposé, dans la limite des places disponibles.
Réservation obligatoire : inga.walc-bezombes@paris.fr ou t. 01 42 72 87 14
 
Maison Victor Hugo
6, place des Vosges – Paris 4
(métro Bastille – Saint-Paul)

â–º Mardi 14 janvier 2014, Manifesten (59, rue Thiers 13 001 Marseille), le Cabinet de lecture de l’association Plis Fôs 13 vous invite à une discussion autour du livre de Frantz Fanon : Peau noire, masques blancs.

Pour en savoir plus sur Franz Fanon :
http://coutoentrelesdents.noblogs.org/post/2013/12/13/frantz-fanon-la-vie-oubliee-du-damne-de-la-terre/

Si vous désirez participer à cette discussion, il est conseillé de lire ce livre.
Il existe aux éditions du Seuil, format poche (collection Point/Seuil) pour 5,60€
Sinon, il existe gratuitement en format pdf sur le lien suivant : http://184.22.121.32/peau_noire_masques_blancs.pdf

Plis Fôs 13 : http://plisfos13.wix.com/plis-fos13

7 décembre 2013

[Création] Matthieu Gosztola, Vivre II

Vivre II fait écho aux toiles-textes de Vivre I, où se tissent des interactions entre le peint et l’écrit (huile, acrylique et feutre sur toile, 100 x 100) ; cette fois, il s’agit de toiles où le couteau sur la matière esquisse un autre geste d’écriture (quatre toiles de gauche à droite et de haut en bas + toile en arrière-plan). De Matthieu Gosztola, vient de paraître aux éditions des Vanneaux un long poème dramaturgique accompagné de dessins à l’encre : Rencontre avec Lucian Freud. (Et bientôt nous rendrons compte de son livre sur Alfred Jarry).

 

29 octobre 2013

[Création] Matthieu Gosztola, Vivre I

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 10:57

Dans ces toiles-textes (quatre de gauche à droite et de haut en bas + celle en arrière-plan) se tissent des interactions entre le peint et l’écrit (huile, acrylique et feutre sur toile, 100 x 100). De Matthieu Gosztola, vient de paraître aux éditions des Vanneaux un long poème dramaturgique accompagné de dessins à l’encre : Rencontre avec Lucian Freud.

 

24 juillet 2013

[Entretien] La mort dans la langue, dialogue entre Mathieu Brosseau et Matthieu Gosztola [Dossier Brosseau 2/3]

Plutôt que ici, mais toujours dans ça… le dialogue exceptionnel entre deux poètes de talent.

(more…)

3 février 2008

[VIDEO] Georges Guillain : directeur du Prix des découvreurs

  Interview, dans le cadre des Rencontres Boulevard Sainte-Beuve de la critique, de Georges Guillain, directeur du Prix des découvreurs, prix pour une oeuvre poétique. Cette année le prix a été décerné à Matthieu Gosztola et Ariane Dreyfus.

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