Libr-critique

1 octobre 2007

[Interview] rencontre avec Christophe Bruneel

christophe-bruneel.jpg Petit entretien dans l’atelier de Christophe Bruneel, à Courtrai en Belgique, une des deux oreilles des éditions l’Ane qui butine, qu’il dirige avec Anne Letoré. Faiseur d’objets étranges qui réinventent l’idée et les formes du livre, tailleur de cuirs, sculpteur de pages, poète, il nous parle de son travail d’éditeur, mais aussi de créateur. Nous vous conseillons particulièrement leur dernière collection, Pamphlets, petits livres cousus à la main, à 8 euros, dont la couverture est une linogravure originale de Christoph Bruneel, on retrouve des textes étonnants, de la poésie au manifeste, d’auteurs comme Charles Pennequin, Thierry Rat, Yann Kerninon, Lucien Buel, Jérôme Bertin, Antoine Boute …

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26 avril 2007

[Livre] Raison basse, anthologie coor. par François et Mathias Richard

raison_basse.jpgRaison basse, coll., éditions Caméras Animales, 254 p. ISBN : 2-9520493-5-1, 16 €.
[site des éditions]
[commander le livre]
avec : Nikola Akileus, Manuel Aubert, Ariane Bart, Philippe Boisnard, Khalil Boughali, Lucille Calmel, Pierre Charbonneau, Raphaël Charpentié, Sylvain Courtoux, Elie Delamare-Deboutteville, Pierre Escot, Fapeyla, Guillaume Fayard, Daniel Giraud, H.C. Jones, Ly Thanh Tiên, Gilles Maté, Joachim Montessuis, neR, Didier Ober, Charles Pennequin, Tristan Ranx, Maurice Regnaut, François Richard, Mathias Richard, S/U/N, Stéphanie Sautenet, Christophe Siébert, Charles Simon, Denis Soubieux, Thierry Théolier

4ème de couverture :
Anthologie déviante
Raison basse est un syntexte*, une compilation de shoots de pensée soigneusement sélectionnés, et assemblés en un vortexte filmique protéiforme.
Amoncellement, jonction, grouillement de Déviants, anthologie ultra-subjective (incomplète), Raison basse est un plan ne correspondant pas aux chapelles existantes de la littérature. Il réunit 30 auteurs très différents (net-écriture, lettrisme, hyperlittéralité, beat generation, « classiques », et surtout : inclassables), dans un effort de cristallisation du meilleur des écritures contemporaines, de rassemblement des forces éparses de la poésie, de la littérature, d’en accorder les singularités ; dans un effort de recomposer une avant-garde, ou, du moins, de recomposer, de proposer, ce qui peut-être aujourd’hui manque le plus : un nous.

Mort, ou dissolution et évolution, des genres connus
Issu d’une passion et d’un rejet absolus, Raison basse participe d’un terreau pour une création et pensée libres, dégagées du formatage de genres littéraires périmés depuis longtemps.
Aux racines des courts-circuits, l’écriture rampe. Caméras Animales privilégie la notion d’écriture à la notion de genre, et par Raison basse souhaite définitivement entériner la mort de genres littéraires périmés depuis longtemps.

Pour une littérature mutantiste
Caméras Animales est une cellule de recherche sur les devenirs-multiples de l’écriture.
Raison basse explore la lycanthropie, le mutantisme à l’Å“uvre dans l’écriture, sa reptation-alien, sa capacité à évoluer dans tous les sens par torsions et bonds psychiques. Chacune des pages de ce livre est issue d’une singularité à vif qui s’engouffre dans la brèche d’une forme, d’une pensée, d’une perspective, d’une ligne de traversée, dont elle pousse et exploite les possibilités au maximum. Nous militons pour les émotions étranges, la psychodiversité. Pas d’esthétique uniformisée mais des singularités qui plongent au fond de leurs logiques dissemblables (dont l’aventure, la prise de risque, elle, est commune). La révolte, le saut, ne se trouvent pas dans une Révolution momentanément impossible, reportée sine die par l’hostilité du monde, mais dans des faisceaux de mutations audacieuses, désespérées et fécondes.

Bref, pour qui sait dé-lire, ceci est à vocation explose-tête ultime.

Cam_An 2007

[* ou syn-t.ext, ou syn-t.exp, ou syn-t.exe, ou syntex]

Premières impressions :
Les éditions Cameras Animales ont montré depuis leur création, à quel point, loin de toute littérature facile, de fast-reading, ou de publication d’easy-writing, ils s’attachaient à chercher, publier et défendre des littératures minoritaires, littératures parallèles. Cette exigence ne provenant aucunement d’une lubie, mais étant liée au parcours des deux éditeurs, car en effet avant de devenir éditeurs, Mathias Richard et François Richard sont d’abord écrivains, oeuvrant en liaison avec les expériences littéraires qui s’échappent de l’édition conventionnelle. On peut ici rappeler l’exigence du travail de Français Richard, exigence qu’il m’a été offert d’apercevoir dès les années 2000-2001, à partir de manuscrits qu’il m’a permis de lire, exigence qui a abouti à la publication chez Voixéditions de Vie sans mort, texte portant en lui la prolifération d’une pensée en crise tétanique d’existence.
Avec Raison basse, ils poursuivent en un certain sens le travail commencé avec la publication de Crevard baise Sollers de Thierry Théolier, livre auquel j’avais consacré une chronique vidéo [ici]. Avec le livre de Thth, ils indiquaient comment à partir d’un flux de listes de diffusion, de textes écrits sur blog ou sites, pouvait se créer un univers littéraire particulier proposant de nouvelles problématiques tant au niveau de l’écriture que de la lecture. Avec Raison basse, d’emblée, ils l’expriment, nous faisons face à un syntexte « compilation de shoots de pensée » qu’ils saisissent dans des flux de productions divers : aussi bien à partir de listes de diffusions [cu_cu_clan, compost] que de manuscrits non publiés, que d’expériences littéraires publiées sur site.
Le but d’un tel ouvrage, s’il est bien de créer une forme dynamique évolutive qui traverse l’ensemble du livre, toutefois, il tend aussi, et surtout à montrer les possibles mutations de la pensée/écriture en contact du monde, en contact d’autrui, en contact avec elle-même. Au lieu de tendre vers la réduction des possibles selon les normes de la communication et de ses principes historico-culturelles et économiques, cette anthologie propose des gestes de pensée qui, s’ils ne prétendent pour eux-mêmes à aucune authenticité, cependant se proposent comme des expériences possibles de la pensée, bien souvent évacuées d’emblée des milieux éditoriaux, et donc de la visibilité.
[Cette présentation générale sera suivie d’une chronique et d’un entretien avec les deux éditeurs.]

14 avril 2007

[News] Charles Pennequin sur France Culture

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pennequin.gifCharles Pennequin, sera sur France Culture le mardi 17 avril de 21h à 22h (Perspectives contemporaines; réalisation : Pierre Willer).
« Dichte », comme Dichter en allemand (poète), nom donné à un poème improvisé que Charles Pennequin va composer avec des musiciens, au cours l’émission : à partir d’une trame, la manipulation électronique, des instruments de musique, la voix de l’auteur en direct vont fabriquer un objet singulier et improvisé. Il est possible de voir une improvisation sur « Dichte » [ici] qui a eu lieu lors de Lire en fête 2006, à Arras.
Présentation sur France-culture :

« Il s’agit en quelque sorte d’un poème d’amour constitué de plusieurs poèmes ayant plus ou moins pour thème la relation amoureuse, la relation à l’autre, et qui pourront se décliner de différentes manières, par la voix parlée, le chant, le cri, ou sous la forme de lettres d’amour (une longue lettre improvisée dans le train). Ces poèmes diront surtout la difficulté de sortir de soi pour aller à l’autre, la difficulté de se penser, ils poseront la question de sortir de son propre corps, comment quitter la physique par le chant. En fait le poète interroge le poème, la poésie, le fait de dire à la voix nue ou dans les micros, d’improviser. »
« Dichte » est un poème sonore, poème sonore veut dire poème qui s’entend, c’est-à-dire poème qui est dans l’air qui circule, poème sonore à la guitare ou dans l’air et dans la voix qui circule, la voix qui sort dans l’air avec la guitare, la guitare qui sort des poèmes qui sont sonores, c’est-à-dire que la voix se mêle à l’air, c’est-à-dire que la guitare veut sortir de sa langue, c’est-à-dire que l’air rentre et que la physique n’est plus un problème. » Charles Pennequin

23 mars 2007

[Livre] Lambiner de Charles Pennequin

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 18:18

pennequintelegramme203.jpgCharles Pennequin, Lambiner, éditions Le dernier Télégramme, 15 p. isbn:2-9524151-7-X, 5 €.
[site de l’éditeur]
Extrait :
moi je fais de la merde / moi je fais des poèmes / les poèmes sont merdiques / les miens sont dans la merde / on n’a pas l’intention de relever le défi / on n’a pas l’intention de faire monter la sauce / moi mes poèmes font monter quelque chose / c’est chose merdique / il faut le dire / la pensée est merdique / il faudrait l’avouer / soyons honnêtes / ce que je fais c’est entièrement recouvert / entièrement et honnêtement / il faut l’admettre / la poésie a un petit quelque chose en elle qui la rend quelque part un peu recouvert / et qui demande à sortir / demande à se voir / à se sentir / à s’affronter / à se battre / à se coaguler / à se perforer / performer / pour finir en flaque / en grosse flaque toute mélangée de corps / toute mélangée d’affects et de sueurs de corps / une flaque d’huile de corps / une boue / une grosse mare boueuse qui sent fort la merde

Premières impressions :
Ce texte entre en écho avec Poubelle la vie que nous avions publié sur Libr-critique. Il s’agit d’un texte poético-théorique, à savoir qui dans le flux de la langue poétique observe l’apparition de la langue poétique elle-même, ses conditions. Les conditions ne sont pas internes à la langue seulement, ni non plus internes au seul sujet [c’est pour cela qu’il ne peut y avoir de réduction de l’écriture de Pennequin aus seuls motifs psychologiques] mais les conditions sont celles qui apparaissent dans le rapport de tension, entre le contexte époqual de l’Occident et ce corps-là, ce corps qui n’est pas seulement biologique, mais qui est celui synthétique de la langue-corps. C’est en ce sens que d’emblée, tournant autour de [c/s]es conditions, il peut exprimer que « la poésie (la mienne ou celle de quelques autres) se fait en milieu naturel »./PB/

21 mars 2007

[Recherche] Poésie de face sans fond : quelle fut la prétention faciale ?

Tarkos, photographie d'Olivier Roller (2000)[Je donne à lire ici un chapitre extrait de Meccano, sans mode d’emploi, [essai sur la poésie contemporaine qui aurait dû paraître chez Al dante] qui tente de mettre en évidence ce qu’est la facialisme, et en ce sens ce qu’a, ce qui a, travaillé l’écriture de Tarkos. Cet article entre en écho avec celui que j’avais consacré à Tarkos, dans le numéro d’Action poétique qui avait été publié en 2005 après sa mort. Alors que le débat sur Libr-critique est ouvert à propos d’Arno Calleja, il me semble pertinent de faire lire cette brève recherche. J’ai retiré un certain nombre de notes qui étaient inutiles.]

La poésie faciale n’aura été, en définitive, présentée que dans une seule et unique revue : Facial, revue qui n’eut, de plus, qu’un seul et unique numéro. Quelque soit ensuite la volonté de Pennequin de renouer avec ce qui s’est donné intuitivement avec celle-ci, toutes les autres tentatives semblent maladroites, avortées [1], manquant tout simplement ce qui fut annoncé dans ce seul et unique numéro ayant eu la prétention de marquer un « mouvement littéraire » [2]. La poésie faciale serait alors peut-être de l’ordre d’un échec, d’un de ces nombreux mouvements qui naissant et meurent rapidement, que cela soit faute d’énergie, des relations humaines mouvementées ou tout simplement et plus essentiellement de l’impossibilité réelle de la logique de mouvement.
C’est dans ces limites que je vais tenter de mettre en évidence ce que furent les recherches facialistes et en quel sens, cette littérature s’est en quelque sorte échappée de la logique de négativité liée à la modernité, pour se poser en rapport avec une poétique ne se définissant que selon la circulation horizontale de la langue.

Topos
Le nom l’indique, la poésie faciale détermine un topos, la question de l’espace même du poétique, de la langue, de sa surface. En conclusion de la revue, est énoncé le fait que la poésie faciale est une poésie à une face, à savoir une poésie sans arrière pensée, sans profondeur, tout en aplat de langue. 1er constat : si en effet c’est une poésie sans arrière pensée, pensant dans la mobilité des seuls mots en présence, cela pose la question d’une possible stratégie de mouvement.
Mais cet aplat de langue, de la langue à plat, aplatie sans pourtant être affadie, n’est qu’un des versants. L’autre facialité, en jeu, est celle de l’existence et du monde. Le monde est considéré comme surface sans épaisseur, comme lieu de la décharge immédiate et totale des choses. Poétique qui relie à la fois une question linguistique et de l’autre une question ontologique.
Ceci ressort parfaitement de la déclaration initiale de la revue : « brut et non épais le poème à plat exactement étalé sous les yeux dans toute sa longueur y s’embarrasse pas d’intérieur » [Facial, p.5]. En frottement au monde, la poésie faciale ne s’élabore pas comme plongée dans les obscurités du monde, vers un ou des fondements en retrait, mais traite la réalité phénoménale du monde en tant que bouillonnement, en tant que variation en surface de causalités à définir linguistiquement. [Généalogiquement, même si les auteurs dont il est question ici ne les avaient pas forcément découverts, il y a un trait partant de Stein en passant par Beckett.] Et ceci sans détour, sans que se creuse des plis où s’enfleraient, se dilateraient la possibilité d’un récit, ou encore s’amplifierait la présence chargée des choses [3]. Pennequin le rappelait lorsqu’il donnait la ligne d’horizon du blog facial : « Facial parle de la poésie qui a une face la poésie à une face est une poésie qui ne fait pas de détours il ne sert à rien de faire un détour si on veut perdre la face c’est pour ça qu’il existe une poésie de face à une face dite facial pour perdre la face sans faire de détours ». Le topos de cette poésie, son lieu de porosité au monde n’est pas dans l’épaisseur des choses, comme si elles portaient en elles une épaisseur substantielle à retrouver, comme s’il y avait certaines vérités à en énoncer, mais il est de l’ordre du superf[i/a]ci[e/a]l.Dire qu’il n’y a pas d’intériorité à trouver cependant ne signifie pas que la parole n’ait pas une source propre au sujet. En effet les poésies faciales loin de se constituer comme une littérature où il y aurait neutralisation de la subjectivité écrivante — comme c’est le cas souvent dans les littératures cognitives qui interrogent l’époque post-moderne — se construisent autour de la chambre d’échos de la réception singulière du monde de chacun des écrivants. À noter : la prépondérance de la monologie, de la position centrale du regardant-parlant hyper-subjectivé. L’exploration du topos n’est pas objectivante, mais hyper-subjectivée dans une position proche de l’idiotie de chacun des poètes. Le topos est le lieu d’une dissection de ses logiques selon l’arbitraire de la perception idiote.
Proche de l’idiotie au sens où ils expriment chacun à leur manière des logiques de connexion au monde où se révèle un permanent étonnement, une sorte de précipitation naïve, voire proche de la folie. « L’idiot est sérieux. Le simplet simplet. Le carré carré. On ne sort pas de là. Rien à trouver en dehors de là » [Facial, p.6]. Le sujet s’exprimant, ne tente pas ainsi de parvenir à une vérité qui lui serait fondamentale, mais de tourner au carré son rapport au monde, au carré, à savoir rigoureusement, le plus sérieusement du monde. Le carré implique une quadrature rigoureuse, dissécant chaque phénomène, monrant un archi-visible totalement inaperçu. Que l’on considère le rapport à la chaussure de Nathalie Quintane. Ce rapport n’est pas issu d’une neutralisation/abstraction de la subjectivité, mais d’une connection hyperdensifiée à l’objet chaussure de la part du sujet. D’une intériorisation de l’objet en tant qu’objet de langage, posé dans un ordre de causalité propre à la subjectivité écrivante qui perçoit. Cela ressort de même du simple titre Remarques. La remarque n’est pas seulement la marque, mais l’effort tendu d’un sujet à propos de la marque, de ce qui vient l’impressionner, l’imprimer, l’impacter.
Le sujet n’est pas absent, n’est pas construit, n’est pas en souvenir, mais en quelque sorte en parage du titre de Pierre Alferi, il se tient dans le chemin naturel d’un frayage de la réalité. S’il est combattif, pour poursuivre le rapprochement, sa lutte est d’abord et avant tout linguistique, de l’ordre d’une langue à l’œuvre qui désoeuvre le topos rencontré par une refonte des causalités et des contenus. Cette poésie percevante déconstruit la réalité, en immobilise certains effets, en monrent d’autres, et tout ceci sans an avoir l’air, selon la voix d’idiotie singulière.
Dans le signe =, Tarkos tente d’articuler cette question du sujet et de sa conscience du monde, articuler, à savoir définir que la conscience éveillée n’est autre, par ses manipulations du sens/flux que l’articulation du monde. Tel qu’il l’énonce : a/ la conscience est tout d’abord impactée par ce qui vient la toucher (« Une chose sensible au hasard flottant directionne l’entendement ») ; b/ il y a saisie, conscience de cet impactage (« il y a toujours sa captation ») ; c/ ce qui vient impacter et qui est saisi, en tant que hasard flottant, va être tactilement modeler, expérimenter par la conscience, comme si elle possédait d’abord et avant tout comme propriété une plasticité de devenir, et non pas la staticité d’être (« ça a une forme bouleversée monstrueuse modifiée modifiable modelée caoutchouc » [Le signe =, p.83]).
Cette hyper-subjectivation du sujet implique donc une hyper-subjectivation du monde et des choses. Tholomé lors d’un entretien définit bien ce processus de caisse de résonance du sujet avec à ce qui l’entoure, le sujet rencontre dans le quotidien des masses verbales, et donc « le texte est donc comme une réaction à cette « masse ». Comme ce qui frappe est souvent plus entendu que lu, l’écriture et la composition visent à intensifier cela en singeant les manières de parler, en les exagérant. Déformation qui va jusqu’à la caricature parfois. Ou la grimace. De là, l’usage du mauvais parler. Mauvais usage des pronoms. Usage plus qu’indéterminé des structures des phrases, etc. Répétitions abusives et n’ayant aucun sens. Comme dans la vie réelle, en fait. » [Entretien avec Jan Baetens, Romaneske, 1999]
Ainsi, l’idiotès du facialisme ne rejoint pas l’idolectal de l’illisibilité moderne, mais est l’hyper-sujet de surface d’un rapport de dérapage au monde et aux choses.

Anodin
La poésie faciale est d’abord et avant tout une poésie de l’idiotès donc, de la posture sans recul face au monde, où le monde s’articule dans sa crudité absurde. S’il y a décrochement du langage communicationnel intramondain, ce n’est aucunement pour consttruire une autre langue, un idiolect singulier qui pourrait atteindre un réel voilé, mais c’est pour en sentir les articulations biaisées, les aléas obligés qui pourtant ne font pas sens, pour en noter, parfois quasi-scrupuleusement, d’une manière carrée, comme chez Quintane ou bien Tarkos, les zones d’opacité de surface.
Tension entre le prédit et le dire, entre ce qu’il convient de dire et ce qui pourrrait peut-être se dire. Tarkos énonce parfaitement cela dans le champ/contre-champ de deux de ces carrés : il met en opposition le falloir de la langue communicationelle et le pouvoir de la langue de l’idiot face au monde : « je n’aime pas que cela se dise ainsi. Je n’aime pas qu’il faille le dire ainsi. Je n’aime pas que cela ait été dit qu’en le disant ainsi. Je n’aime pas le fait qu’il faille le dire ainsi pour l’avoir dit » // « je ne sais pas si ça peut se dire ainsi, je ne sais pas si ça peut se penser, je ne sais pas s’il est juste de penser ainsi » [Ma langue, I. Carrés, respectivement p.24 et p.25. La question de la possibilité du dire est une des lignes directrices de la lecture de ce premier tome de Ma langue].
Il s’agit de faire face au monde dans sa phénoménalité anodine, selon une certaine forme d’étonnement. Ainsi, si on peut penser pour une part à L’art poetic’ de Cadiot, qui les précède de plus de dix ans, ce ne sont pas les mêmes enjeux qui se jouent dans le rapport à l’anodin. Pour Cadiot, dès ce livre, ce qui est visé tient surtout à la question de la verbalité et de ses enjeux, de la manière dont se distribue et se constitue le langage. Son objet n’est alors autre que la trivialité communicationnelle, ou bien encore ce qui définit une règle de style. C’est en ce sens que sa dernière partie, Davy Crockett ou Billy le kid auront toujours du courage , n’interroge rien d’autre que le genre littéraire même du roman d’aventure et se propose ludiquement d’en démonter les rouages. La littérature faciale, si elle plonge dans les masses verbales du quotidien, c’est en tant que celles-ci déterminent des ordres de connections au réel, des ordres relationnels aux personnes, des vécus de sens d’une subjectivité. Dans les Remarques de Quintane ou dans ses Chaussures, aucun sujet proprement littéraire, seulement une saisie de ce qui entoure et qui reste inaperçu, surface des choses et surface du langage. Dans chacun de ces livres, Quintane, met en évidence des traits phénoménaux ininterrogés, passés sous silence, non pas volontairement, mais parce qu’inapparent. Parce qu’il semble inutile de les mentionner, marce que le regard dressé du regardeur régulier est dans l’incapacité de se connecter ainsi à ce qui lui fait face. Poésie faciale = poésie idiote = poésie d’un rapport singulier à la platitude de l’apparence = poésie voyante en touché superficiel de choses .
Tarkos énonce aussi cela, disant que cela ne se « trouve pas dans le vide, se trouve par terre, sur la table, sur le mur, sur les genoux, sur le rebord du fauteuil, sur la planche de tilleul, sur le marbre, sur le banc de bois ». Cela : la langue qui se fait flux. Tholomé, de même n’énonce rien d’autre : ce qui l’impacte : « une voix, le texte d’une affiche ou d’une publicité, ce que dit un père à sa fille, une bribe de conversation. N’importe quoi en fait ». Pennequin, idem, comme je l’ai déjà analysé à plusieurs reprises, est traversé, transpercé à longueur de temps par cet anodin qui se révèle dramatiquement existentiel pour la conscience.
L’anodin, la silencieuse masse matérielle de ce qui fait monde est le lieu à partir duquel s’écrit la poésie faciale. Elle a évacué les instances métaphysiques, d’une certaine manière la question du sujet, le posant dans son idiotie étonnée, qui fissure l’insignifiance de la conception du monde. De même qu’elle se détourne de tout rapport savant à la langue et à la culture, au profit d’interrogations sur les causalités qui lient les choses .
Dans son texte home made, Tholomé insiste sur cette caractéristique de l’anodin propre au poétique : « cher ami à partir de 1998 il se fait que vincent tholomé entama le long processus des poèmes faits maison poèmes composés à partir des matériaux qu’il trouva chez lui et que jusqu’alors il avait négligé alors que toutes ces choses lettres papiers peints (…) toutes ces choses là il les avait chez lui et constituaient qu’il en ait consciencee ou non le substrat même de l’activité mentale de vincent tholomé » [Facial, p.73]. Tel qu’il l’écrit l’anodin, l’accessoire, ce qui n’est pas en rapport d’essence avec la conscience, est pourtant la matière même de la conscience, ce qui la constitue. La poésie de l’anodin n’implique pas un désépaississement du monde, mais un rapport accru à sa matérialité de fait, à ses articulations données, sans que soit réinjecté l’idéalisme d’une subjectivité qui voudrait en trouver un sens caché.

Sans fond et langue : la poésie est la trace d’un dérapage
Si la facialité tient bien de cet anodin, elle est aussi attachée à la logique de flux des mots, comme j’ai commencé à le dire.
Ce ne sont pas des mots employés que la poésie faciale trouve sa consistance car si la langue de Tarkos est poétique, « elle ne s’agence pas par l’accumulation de poids de plus en plus lourds d’un appareillage de torchis, de briques, de pierres et de parpaings »[Ma langue, I, p.7].
Le facialisme est d’abord l’ouverture à un dérapage tant logiques que linguistique.
Ces dérapages, on les conçoit selon l’ordre des remarques, des jonctions, des précipitations des liaisons logiques. Déraper signifie être emporté par la masse en mouvement, celle-ci laissant une trace (de pneu ?) dans son effort d’arrêt, ou dans la rectification de son mouvement. Le dérapage pose toujours la question d’un se laisser emporter, d’un se laisser entraîner, tracter, déporter par une masse quelconque. Ici en l’occurrence la masse des mots et de leur liaison.
Si on considère le texte de Tholomé ou de Tarkos dans la revue Facial, ils traduisent bien cette idée du dérapage, du jeu de déplacement selon la masse mobile du langage. La question de ce dérapage de la langue obéit au fait que la langue ne se construit pas par points, par étapes, mais selon un processus d’empiettements constants des mots les uns par rapport aux autres.

  • 1. ce qui suppose qu’aucune chose qui est inscrite dans la langue ne puisse avoir un terme.
  • 2. ce qui suppose que le langage est, au sens de Derrida, travaillé par une différance.Le dérapage de ces langues amène à penser qu’il n’y a pas de réelles unités organiques aussi bien dans les mots que dans ce qui est dit. Il y a toujours un différentiel qui hante les expressions, qui poussent à briser la dîte en l’amenant à son déport dans un perpétuel à-dire. Derrida, dans Positions, expliquait que la différance, ne renvoie aucunement bien évidemment à une réalité substantielle extérieure. Mais qu’elle désigne dans le langage le jeu essentiel de différentiels, faisant que toute énonciation se donne selon les conditions même de son manque, de ce qui lui est extérieur, en tant que conditions intérieures de son énonciation. La différance « est une structure et un mouvemennt du jeu systématique des différences, des traces de différences, de l’intervalle par lequel les éléments sont reliés les uns aux autres, sans quoi les termes pleins ne signifieraient rien, ne fonctionneraient pas ».Poésie faciale = poésie de merde
    Poésie de l’anodin, à une seule face, celle d’une langue en dérapage, langue flux, langue résiduelle du corps en espace de monde, cette poésie a été appelée par Tarkos : poésie de merde. Mais en quel sens, car d’emblée est précisé que « la poésie de merde n’est pas la poésie de merde comme on l’entend » [Facial, p.104] . Tarkos, dans Signe =, définissait en 1999 ce qu’était la merde en rapport à la langue, au sens où pour lui s’établit une nécessaire relation . « La merde est la seule chose qui est produite avec les paroles qui vient du ventre, qui vient de l’intérieur et qui est personnel » [Signe = , p.49]. La merde n’est pas ontologiquement négative, mais elle est la trace œuvrée du corps, elle est déterminée positivement ontologiquement. La merde est le travail d’une digestion, de décomposition, recomposition lente et continue, qui n’arrête pas de s’agglutiner, de se recomposer/éjecter du sujet au même titre que la parole. Dans ce processus physiologique personnel, ce qui doit être compris, c’est que pour faire de la merde, il faut avoir absorbé. L’absorption, comme je l’ai indiquée au niveau du langage, tient à l’emplissement constant des énoncés intramondains. Tient au fait qu’il n’y ait aussi de choses que dans le langage et sa saisie en mouvement.
    Lorsque Tarkos définit le pâte-mot, il se réfère surtout au travail de broyage, et aux liaisons compotées entre les éléments broyés. Le broyé et l’aggloméré redoublent ce que j’ai déjà énoncé sur le topos de surface et l’anodin : par rapport à la chose « il n’en va pas de son apparence intérieure » + « il n’y a pas de loi, les lois ne sont pas en cohérence, les lois sont molles » = « le pâte-mot est la substance »[Signe = , p.32-33] . Véritable épistémologie du langage, Tarkos, ici, indique que le réel n’est de l’ordre que de cette pâte-flux de mots, et que s’y tenir, ne tient qu’au déport constant de cette dissolution des fausses unités organiques données aux choses et à leur ressaisissement dans la fluctuation des assemblages de la langue.L’impossible pérénité : l’idiotie ne se copie pas
    Alors que la poésie faciale a une existence mort-née en tant que mouvement — puisque ce qu’elle implique est contradictoire avec l’idée même de mouvement littéraire — bien que dans la pratique elle soit toujours en Å“uvre chez des poètes comme Pennequin, elle a marqué, et semble avoir fait des adeptes. Langue idiote que chacun pour soi, on entend, qui se décline et dérape selon les circonstances, en quelque sorte, l’idiotès hante, et hante ainsi aussi la voix singulière de Tarkos, ou de Pennequin. Toutefois, chez ceux qui tentent de pratiquer une écriture facialiste, il ne semble pas que cela soit de même nature. Qu’il y ait le même travail en Å“uvre, il suffit de regarder le travail par exemple d’Arno Calleja, qui a participé très activement à la création du blog de merde avec Pennequin.
    Lorsque l’on lit les textes de Calleja, il est bien évident, que formellement, cela semble se donner facialement : flux ininterrompu, glissement constant des motifs, réduction du langage à des séquences mastiquées, pensée crisique du surgissement du poème. Toutefois, la ressemblance s’arrête-là, du fait que chez cet auteur, l’ontologie de la langue appartient davantage à celle d’une modernité inquiète par le sujet et sa réification, qu’au chantier mis en Å“uvre par les facialistes. Nous avons vu que la facialité tenait à un rapport personnel et singulier à la langue, qui refuse justement l’intériorisation, à savoir qui ne repose pas sur l’axe vertical d’un sujet intérieur qui s’exprime, mais qui se compose horizontalement sans identité selon l’ordre des glissements linguistiques. Le sujet facial, n’est pas habité par une intériorité, n’est pas en proie à des contradictions psychanalytiquement déterminables, mais est dans un multiple machinique de soi qui se compose/décompose linguistiquement [en ce sens Jacques Sivan serait certainement plus proche du facialisme que beaucoup qui pensent en être proches par la mimétique de la langue]. Cette singularisation, où s’élabore la poésie de merde est en ce sens, hétérogène à toute forme de substantialisation de la langue comme réalité ontologique autonome. De même, elle ne se pose pas dans la logique du trou, mais de la surface, du déplacement. Sa négativité est celle de l’effet opérée sur des structures établies et non pas en tant que cause [sujet, ou bien réalité].
    Or quand on considère ce qu’énonce par exemple Calleja, on fait face à une substantialisation de la langue et régulièrement à une mise en perspective du trou.

    [1]Pennequin, en 2004-2005 a tenté de réactiver le champ de la poésie facial en créant sur internet le « blog de merde », en liaison avec Arnaud Calleja. Or, s’il a pu y avoir des textualités qui s’en sont rapprochées, à commencer par celle de Pennequin et de Calleja, ce blog retranscrivait bien d’autres formes de textualité, ce qui ne permit aucunement de comprendre ce qu’était l’angularité de l’approche poétique du facialisme.
    [2] Sur la couverture, en effet, nous pouvons lire : mouvement littéraire. Il s’agira bien évidemment dans cet article d’interroger la possible constitution d’un tel mouvement. Était-il possible de le constituer, est-ce qu’une telle volonté n’était pas tenue en échec à partir de la compréhension de la langue véhiculée dans cet horizon poétique ?
    [3] Ce que l’on pourrait trouver en quelque sorte chez des écrivains contemporains comme Hubert Lucot ou bien Didier Garcia. En effet, chez Lucot, par exemple dans Langst, l’écriture n’arrête pas de s’amplifier, et ceci depuis le grand graphe qu’il a accompli au début des années 70. Le récit, impossible en sa structure, se tisse par la jonction, autour de chaque motif, de la diversité des temporalités relatives aux motifs lui-même. Le flux de présence est sans cesse coupé, déporté, relié à des fondements qui en sont les soubassements, vers des remarques qui le rectifient, et ceci au rythme d’un jeu de ponctuations, de retours, de remarques, par ce qu’il enveloppe, comme s’il était nécessaire pour chaque énoncé d’envelopper et d’exprimer avec lui la totalité du champ à dire, du champ du dire qui le concerne. L’épaississement alors du phrasé, qui a influencé Didier Garcia, et que l’on constate dans Fragments pour l’aimée, ne vient pas d’un dérapage de surface mais d’un engrossement intérieur de la phrase par le jeu des résonances propres à la mémoire et la pensée de celui qui écrit.

  • 9 février 2007

    [Vlog] Charles Pennequin et HP-Process # Festival Muzzix#7 [9]

    Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 18:01

    pennequinhp.gifLe 19 Janvier 2007 a eu lieu à La Malterie [Lille] la soirée “sound is poetry / poetry is music” organisée par Trame Ouest dans le cadre du festival Muzzix #7. En attendant de poursuivre la mise en ligne du Festival Manifesten#1, nous mettons en ligne toutes les interventions sonores. Peuvent déjà être vues : [+] Sylvain Nicolino et Laurent Roux /La femelle du Requin/ [voir]. [+] Sylvain Courtoux et Emmanuel Rabu [voir +]. [+] Cut up conspiracy [S. Courtoux et J. Bertin] [voir +]. [+] Emmanuel Rabu [voir +]. [+] Yvan Etienne et Brice Jeannin [voir +]. [+] HP Process /H. Gauthier et P. Boisnard/ [bod project] [voir +]. [+] Michel Giroud et P. Boisnard /trompette amplifiée/[voir +]. Neuvième intervention de la soirée : Charles Pennequin et HP Process _ je suis un homme

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    3 février 2007

    [Manifesten] Conférences – action / théories / pratiques [3ème vidéo : Blaine + Pennequin + Frontier]

    Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 18:49

    image-48.pngSuite des conférences. Conférences présentées, celles de Julien Blaine, de Charles Pennequin et d’Alain Frontier.

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    1 février 2007

    [Manifesten] 2nde vidéo : lectures & performances

    image-48.pngCette 2nde vidéo, redonne dans leur ordre de passage, les interventions de la 1ère soirée du festival Manifesten#1. Cette soirée a eu lieu au café du théâtre de l’union et a été organisée par Le dernier télégramme.
    édith azam + the cut up conspiracy (Sylvain Courtoux & Jérôme Bertin) + Julien Blaine + Charles Pennequin + Asymétrie.

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    18 janvier 2007

    [NEWS] « Poetry is sound / sound is poetry » sur Radio Campus Lille : écouter l’émission

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    Hortense Gauthier présentait le 17 janvier sur Radio-Campus Lille
    dans l’émission de René Lavergne la soirée « Poetry is sound / sound is poetry ».

    Programme de la soirée :
    # Michel Giroud El Coyote + Philippe Boisnard – sonnerie électronique [trompette + laptop]
    # Yvan Etienne & Brice Jeannin – elecronic live
    # Franck Laroze – polemikx [vidéo-lecture // réalisation vidéo Philippe Boisnard]
    # HP Process [Hortense Gauthier + AKS] – bod#1 [vidéo performance]
    # La femelle du Requin – poésie d’ascenseur
    # The Cut’up Conspiracy [Sylvain Courtoux & Jérôme Bertin] – punk noise post-digital
    # Charles Pennequin + HP Process – poésie sonore
    # Antoine Boute & Hughes Warin – viande au plancher
    # Electronic_Elephant [Valentin Duhamel + AKS] – guitare improvisée + laptop
    # Cédric Pigot [lo moth] – live sound

    16 décembre 2006

    [Livre] En tous lieux nulle part ici [une anthologie], Henri Deluy

    En tous lieux nulle part ici [une anthologie], de Henri Deluy, éditions Le bleu du ciel, collection biennale internationake des Poètes en Val-de-Marne, 270 p. ISBN: 2-915232-32-6. 22 €.

    biennale148.jpg4ème de couverture :
    La huitième Biennale des poètes en Val-de-Marne s’est déroulée du 16 au 27 novembre dans de nombreuses villes de ce département de la région parisienne, mais aussi à Paris, à Marseille, à Nantes, à Strasbourg, à Bagnolet (en Seine-Saint Denis).
    Nous présentons, dans cette anthologie, des poèmes pour la plupart inédits, de tous les poètes, d’ici et d’ailleurs, de la Russie, à l’Iran, de l’Angleterre à l’Islande, de la Palestine au Pérou, de la Pologne au Vietnam… dans la diversité des personnalités et des écritures, dans la différence des générations et des pratiques de la traduction.
    Pour aimer et comprendre.
    H.D

    Premières Impressions :
    C’était la dernière Biennale des Poètes en Val-de-Marne qu’Henri Deluy dirigeait. Il a laissé la main, comme il l’a lui-même dit à Jean-Pierre Balpe, qui a par ailleurs présenté la dernière soirée de lectures, qui étaient consacrée aux nouvelles formes poétiques émergeantes, avec entre autres Laure Limongi, Philippe Boisnard, Emmanuel Rabu, Mathilde Ribaut et Patrick Dubost. Cette biennale comme il ‘explique parfaitement, plus que de seulement montrer et donner à entendre des poètes, réunis pendant quelques jours des poètes du monde entier, et permet entre eux des échanges féconds.
    Avec cette publication, il permet aux lecteurs, et à ceux qui n’étaient pas présents pendant cet événement de découvrir, certes sans la voix, les textes de chacun des intervenants.
    C’est en ce sens que l’on pourra lire l’étrange texte d’Emmanuel Rabu, extrait de +/-, où s’interpénètre bio-technologie et culture cyberpunk,
    ou encore le Bic & Bouc de Charles Pennequin, qui nous plonge immédiatement dans sa langue en apnée à travers la question de notre devenir, de notre devenu, de notre devenir en revenu, de notre devenir sans revenu,
    ou bien aussi le texte de Jean-Michel Espitallier, 58 propositions sur la vie et sur la mort, qui travaille comme ce fut le cas avec Logo-mecanicus, l’absurdité rhétorique de séquences logiques en ligne de fuite,
    ou bien encore, la surréalité de Tango-Nuit de Patrick Dubost, si imagée, nous tirant dans les dédales temporelles de contes absurdes : « Ce que je va je vais vous dire / maintenant / a été enregistré / demain. / Demain je vous parle / d’une ville dont j’ignore tout. »

    14 novembre 2006

    [Texte] Poubelle la vie de Charles Pennequin

    Filed under: créations,recherches,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 18:58

    [Ce texte de Charles Pennequin met en perspective son geste d’écriturepennequin.gif, l’écriture de soi, soi comme auteur de soi au travers, au-dedans de la langue. Ce texte entre en écho avec le dossier Pennequin de la revue Fusées n°10. Ici, Pennequin affirme ce qu’est l’écrivain selon son propre rapport à l’écriture. Nulle forme interrogative, mais le flux monologué de sa voix si caractéristique.]

    POUBELLE LA VIE

    La baise. Parlons de la baise. La bonne vraie baise. La vraie la bonne l’ouverte. Une bonne ouverte. Une ouverture. Parlons baisons. Parlons de la vraie baise. Celle qui nous tient. Celle qui nous fait avoir. Celle qui nous fait être. Celle qui nous soutient nous tient. Tiens tiens. Celle qui nous noue. La vraie. La vraie nouée en nous. Une vraie bonne et baisante baise. Oui. Un nœud. Oui, parlons-en. En chœur. En troupeau. En bêlant dans le beau troupeau. Bêlons la baise dedans. Et cherchons-là. Longtemps le troupeau reste. Longtemps le troupeau noué. Le troupeau nous. Longtemps le troupeau immobile. Cherchant. Ne cherchant pas. Baisant. Ne baisant pas. Longtemps le troupeau imbaisable. Longtemps le troupeau vidé de sa baise. C’est son essence la baise. Mais il baise pas. Il attend de foutre. Oui, foutre pour lui c’est baiser. Mais il sait que non. Il sait que baiser c’est différend du foutre. Le foutre sait. Et le troupeau avec. Le troupeau sait la baise et le foutre. Il sait que c’est deux choses. Il sait le foutre c’est cafouiller. Il sait le foutre c’est être en brouille. Il sait brouiller le foutre. Il sait le foutre c’est troupeauter. Il sait le foutre entroupeautant ses phrases. Il sait le foutre c’est carrément se la carrer. On carre du foutre où ça aurait pu penser. Baiser penser pour lui c’est idem. C’est la pensée qui fout la baise. C’est la pensée qui zone dedans. En foutant toute envie de baise. De vraie foutrée. Il sait le troupeau mort la vraie foutrée c’est en finir. Finir pour une bonne fois la baise. Et pas de bonne action. De bon coup pensé dans biquette. Ou dans le bouc. Le bouc prendra biquette. Il prend sa corne. Le bouc pense à biquette. Mais le bouc est corné. Cornard de lui. Cornard de sa petite cornée. Pas encore né. Petite trouée de lui-même. Petite foutrée. Foulée. Petite foule faite. Petit troupeau à foutre mais sans se fouler. Que la biquette lui a collé. Que la biquette collera. Et le troupeau avec. Troupeau de biques et de boucs moutonnant à l’envie. Troupeau de morts encollés à l’idée de baise. Mais on baise pas l’envie. On fait que niquer. On nique l’envie qui s’offre à nous. La nique offerte. Ristourne. L’envie tristoune de nique sur un plateau. Les plateaux tournent. Et les troupeaux avec. Tous les troupeaux finiront par tourner. Et les petits plateaux petites enjambées au-dessus des phrases. Petites politesses à la biquette. Petites courbettes à la pensée. Petites branlettes au bouc. Petits torticolis. Petits bouquets tordus. Petits colis. Coulées petites. Toutes petites claques et fessées toutes petites. Petites fesses et puis petites trouées. Petites queues bien rentrées. Stoïques. Petites quéquettes restées stoïques. Stoïcité du troupeau sur un plateau tournant. Alors que pendant ce temps le ciel la roche et l’herbe demandent la baise. Pendant ce temps le naturel t’emmerde. Pendant ce temps le retour au galop la petite pente à être continue de nous emmerder. Et qu’il va falloir cracher au bassinet. Qu’il va falloir en finir avec l’herbe le naturel le galop et cracher. Eructer, s’hargner et s’encrever. S’encrever d’un coup. D’une traite.

    Oui il faudrait baiser avec des mots. Avec des tentatives. Baiser la tentative. Des tentatives de mots. Baiser ça. Et le reste. Tout reste à baiser. Ça nous reste sur les bras. Des heures durant. Baisement. Des heures durant : baise-m’en, m’en une, puis deux, puis trois. Baise-m’en bien quatre vraiment. Et dans baisement il y a baise. Et dans vraiment il y a vrai. Et dans les deux il y a ment. Il y a toujours la baise vraie qui nous ment. Et elle nous ment par deux. Elle dit je t’offre à me baiser vraiment. Elle dit je t’offre une toute vraie baise bonnement. Elle dit ça tout bonnement. Tout en baisant. Elle multiplie le ment. L’aimant. Et puis elle te dit va t’en. Va te faire foutre avec ton troupeau de ment. T’as jamais vu l’amour. T’as toujours vu qu’un trou. T’as toujours vu que du satisfecit. T’as toujours vu qu’un fessier satisfait. Satisfait de fait ci puis de fait ça. De fesses assises. Un cul ouvert assis. Comme une approbation. Un calcul. Une solution alternative. T’as toujours vu qu’un cul dans l’amour. Un bouchon. Et tu trempais dedans. Le bouchon enfonçait ton idée. Et pour l’idée c’était un cul imprenable. C’était prenant. T’as toujours été pris dans le vertige prenant de l’imprenable. Alors t’as pris. Et t’es revenu. Revenu d’avoir cru prendre. Alors que t’imprenais. Et tu t’es rassis sur tes fesses. T’as rassis tes fesses sur ton envie de vrai cul. C’était pas un vrai cul. Mais c’était une envie. C’était l’envie potable du cul. Le cul potable tu t’es rassis dessus. Et t’as continuer à vivre. C’est-à-dire à te trouer le cul d’envie sans vivre. A te rasseoir le cul sur tes envies. T’as continuer comme ça longtemps. Potablement longtemps.

    23 octobre 2006

    [Lecture video] lecture de Boisnard et Pennequin : l’articulation (lire en fête 2006)

    Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 7:48

    >> [Lire en fête 2006 : lectures de la soirée pour les 10 ans de Fusées qui a eu lieu à Arras. En attendant de finir le montage de la lecture/performance d’Antoine Boute, nous donnons à voir la lecture de L’articulation (texte de Philippe Boisnard). L’articulation est une lecture que Philippe Boisnard fait régulièrement depuis 2002 avec Charles Pennequin, mais aussi avec Julien Blaine (Lodève 2006). Cette soirée a été permise grâce au soutien du CNL, de la DRAC Nord/Pas-de-Calais, du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais et de la mairie d’Arras. Nous remercions l’office culturel pour son accueil].

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    22 octobre 2006

    [livre] Les doigts, de Charles Pennequin (éditions Ragage)

    Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , — rédaction @ 8:14

    >> Les doigts de Charles Pennequin, éditions Ragage, collection Écrin, ISBN : 2-915460-27-2, 44 p. 10 €.
    [site éditeur] / adresse de commande : Ragage éditeur, 12, rue Chartran, Neuilly, 92200.

    Extrait :

    Chant du 1

    je n’ai pas de doigts. le doigt est la pensée. je n’ai pas la pensée du doigt. le doigt en moi pense autrement. il pense à l’autrement moi. autrement que le moi qui pense sans ses doigts. le moi autrement doigt pense aussi sans eux. ou alors il pense, mais il pense contre. il est contre les doigts qui ont voulu pousser de la pensée dedans, qui ont voulu faire de moi un entassé de première main. un moi moignon de lui et de sa pensée autrement main.

    Premières impressions :

    Nous découvrons avec plaisir un nouvel éditeur. Hortense Gauthier reviendra plus longuement sur ces éditions, en parlannt aussi bien de leur revue, que du livre de Christophe Manon qui vient d’être publié [Constellations]. Les premiers titres contemporains sont alléchants, en effet, on y retrouve Anne van der Linden aussi en livre d’art.

    pennequin_doigts116.jpgCe petit livre de Charles Pennequin se tient dans la continuité de sa recherche : exploration de la construction de soi du point de vue organico-psychologique, et ceci selon la question de l’inchoativité de la pensée et de sa mise en jeu comme trou temporel. Dès lors, si tel que le déclarait Aristote, dans son Traité des parties des animaux, « ce n’est pas parce que l’homme a une main qu’il est intelligent, mais c’est parce qu’il est le plus intelligent des animaux qu’il a une main » et si notre intelligence est ce résultat d’un dialogue intérieur sourd, lourd, empêtré du poids du passé, alors devient évident que les doigts sont les bouts extrêmes de ce dialogue, ces bouts d’où les morts en dialogue en nous parlent, d’où les morts se donnent à penser par l’acte de mouvement des doigts.

    « ce n’est pas moi les doigts sont les morts tout au bout qui m’écrivent » (p.9)
    « (ce sont les morts qui écrivent / dans mes doigts… » (p.38)

    Ce livre est comme une approche obsédante de ces appendices qui tentaculaires, nous lient à l’espace, à l’air, aux être et aux choses. Les doigts sont le seuil où se croisent pour l’homme l’intérieur et l’extérieur, et ceci du fait d’une tuchè, bien plus intensivement que par les yeux très souvent :

    « les doigts sont les trous où passent l’être »

    Les doigts, ainsi, sont une nouvelle angularité de cette symptomatologie que Pennequin a commencé depuis des années, symptomatologie d’une vie née à la mort, d’une vie qui endure tout à la fois son élan irréversible de vie, de sortie du trou, et qui irrémédiablement est aspirée par la pensée du dedans du trou, pensée du dedans, du trou, qui ne laisse pas la vie à la vie, mais qui la noud sans cesse au pourrissement de sa donation.

    16 octobre 2006

    [Lecture video] Performance de Charles Pennequin (lire en fête 2006)

    Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , — rédaction @ 5:20

    >> [Nous allons mettre en ligne progressivement les lectures de la soirée pour les 10 ans de Fusées qui a eu lieu lors de Lire en fête 2006 à Arras. Une telle mise en ligne reprend la logique de la revue TRAVERS# que nous avions lancée en 2003 sur le site Trame-Ouest, et que nous avions abandonné au 4ème numéro. Première mise en ligne Charles Pennequin, suivra dans l’ordre de passage : Christian Prigent (fichier audio-7 mn), Antoine Boute et Hugues Warin (vlog-7mn), Philippe Boisnard (vlog-7mn), Thierry Rat (Vlog-7mn). Cette soirée a été permise grâce au soutien du CNL, de la DRAC Nord/Pas-de-Calais, du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais et de la mairie d’Arras. Nous remercions l’office culturel pour son accueil]

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    14 septembre 2006

    [chronique] Revue Fusées n°10 par Philippe Boisnard

    Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , , — Philippe Boisnard @ 9:42

    fusees_10.gifÀ n’en point douter, Fusées est et restera comme l’une des revues françaises de poésie contemporaine les plus importantes — avec d’autres tels DOC(K)S, JAVA, Nioques (série 2) — de la fin du XXème siècle et du début du XXIème siècle. Travail méticuleux, héritage généalogique précis, parution volumineuse et de qualité. Comme l’exprimait Hubert Lucot en préface de Fusées n°6, en effet, Fusées est une revue de Luxe, de ce luxe de l’écriture et de la transmission. Ce numéro 10 en témoigne une fois de plus, à travers ces dossiers, notamment, il me semble celui consacré d’une part à Charles Pennequin et de l’autre celui qui présente Kirili.
    Charles Pennequin, auteur immanquable dans la poésie contemporaine française, qui se pose dans une tradition moderne, tout le monde semble connaîre. Mais comment l’aborder, si comme Laure Limongi le dit justement : il se donne dans « une dispersion de l’écrit, du croisement avec des artistes », s’il s’échappe sans cesse au point de ne pouvoir être contenu dans un seul regard, au point de ne pouvoir être saisi tant il a publié de droite et de gauche, tant il s’est dispersé en lambeaux de lui-même dans d’innombrables textes et expériences in situ ? La force de ce dossier tient à la possibilité, non pas d’en faire le tour, mais par les prismes qui sont proposés, d’en saisir une dynamique à partir tout à la fois de textes peu connus, voire inconnus de nombreux lecteurs [telle la reproduction complète de Le père ce matin, paru aux éditions Carte-Blanche en 1997] et des approches succesives que d’autres auteurs ou amis, ont donné à ce dossier. C’est ainsi que l’on peut lire, une très belle approche graphique de Julien Blaine qui pose la question du corps-voix [ « Il est là penché sur son microphone (…) Les mots sont le corps, le corps congestionné, congestionné avec tous les mots qui y sont »], ou encore des textes qui tentent d’en montrer certaines facettes comme ceux de Laure Limongi, Antoine Boute ou de Huguette Hérin-Travers. C’est ainsi que l’on peut lire aussi, des textes de création qui tentent d’en indiquer des angularités relationnelles, tel cet hommage que je lui avais consacré lors de notre première rencontre en 2000, ou bien encore cette approche aspirée et haletante de Serge Pey, ou encore ce contrat de tueur à gages honoré par Julien d’Abrigeon. C’est ainsi que l’on peut voir aussi, le travail graphique de Cécile Richard et de Mathias Pérez ouvrant d’autres horizons que ceux de la seule écriture. Par cet ensemble, nous comprenons, oui, nous rencontrons en effet, cet auteur bien vivant, vivant de par les mots de sa bouche, de cette bouche surmontant le corps vivant bien vivant d’un monde d’écriture.

    Le dossier Kirili est lui aussi à ne pas manquer. Mise en lumière assez vaste (50 pages) qui tout à la fois présente des textes et une large part de photographies issues du travail de Ariane Lopez-Huici. Ce dossier montre avec pertinence en quel sens peuvent être accomplies des croisements, des échanges entre la danse, le jazz, la sculpture et la poésie. Même si on est peu sensible à ce travail plastique, ce qui ressort c’est l’énergie des rencontres entre Kirili et Cecil taylor, ou encore Archie Shepp, Roy Campbell, Leena Conquest ou Steve Lacy. Travail d’emmêlement par la danse avec entre autres Maria Mitchell, ou d’hybridations musicales comme avec Sunny Murray percutant la sculpture Solo d’Alain Kirili. En ce sens, alors que d’une certaine manière la poésie actuelle en revient au seul texte lu, à la feuille et au besoin du livre, il est clair que ces expériences permettent de comprendre en quel sens la sortie du livre et les rencontres peuvent permettre d’autres formes d’intensité.

    15 août 2006

    [revue] revue QQ n°1

    Filed under: Livres reçus — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 5:37

    Revue QQ n°1 94 pages (revue non paginée), 5 €.
    Commande : 16 boulevard de Belfort 59 000 Lille.

    4ème de couverture :
    Prétention d’édition effectuée le mardi six juin deux mille six de neuf heures à dix heures trente minutes par Ariane Bart, avec des textes écrits par Ariane Bart, Antoine Boute, Lucille Calmel et Charles Pennequin sur la liste de diffusion « cu_cu_clan »

    Impressions :
    Cela travaillait cette liste de diffusion. Depuis un certain temps se posait la question de la publication de la textualité immanente de cette liste où se déversent aussi bien les retours-détour-retors réflexifs de Lucille Calmel, les injonctions énervées de Charles Pennequin, les délires post-lettristes d’Ariane Bart ou les textualités réticulaires d’Antoine Boute. Voilà, c’est publié.
    Que peut-on lire dans cette copieuse revue ?
    Tout d’abord, un type de relations linguistiques qui est permis par le net et qui s’est ouvert par son biais. Même s’il est vrai que le texte de Thth publié par Camera Animales rend davantage cette dynamique réactive, du fait de l’inventivité idiolectale constante qui est la sienne et de la conjonction permanente à une actualité dans laquelle il est immergé. De fait, la revue QQ, peut paraître décevante de ce point de vue, même si apparaissent des passages complets d’échange web.
    Ensuite, des expériences littéraires reliées à la spécificité de chaque intervenant. C’est en ce sens que nous pouvons y lire la mystérieuse Ariane Bart, dont la textualité n’est pas sans rappeler certains textes d’Antoine Boute dans le numéro 13 de OUSTE. De là à penser qu’ils ne font qu’un, voilà un pas que je suis prêt à franchir. De même que nous pouvons y saisir à la volée les textes précipités de Pennequin.
    Dans l’ensemble cette revue, qui se place dans l’auto-dérision et qui avoue sa donation dérisoire, permet de passer un moment amusant.

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