Premier soir de la manifestation Raoul Hausmann. Et après ?, mercredi 17 octobre, vernissage de l’exposition de Jean-François Demeure, premier interview : Emmanuel Rabu. Dans ce court entretien, est interrogée la question du transgenre et de la poésie en relation à son livre Tryphon Tournesol et Isidore Isou [durée 7 mn].
18 octobre 2007
[Hausmann. Et après ?] Interview d’Emmanuel Rabu : transgenre et poéticité
1 octobre 2007
[Interview] rencontre avec Christophe Bruneel
Petit entretien dans l’atelier de Christophe Bruneel, à Courtrai en Belgique, une des deux oreilles des éditions l’Ane qui butine, qu’il dirige avec Anne Letoré. Faiseur d’objets étranges qui réinventent l’idée et les formes du livre, tailleur de cuirs, sculpteur de pages, poète, il nous parle de son travail d’éditeur, mais aussi de créateur. Nous vous conseillons particulièrement leur dernière collection, Pamphlets, petits livres cousus à la main, à 8 euros, dont la couverture est une linogravure originale de Christoph Bruneel, on retrouve des textes étonnants, de la poésie au manifeste, d’auteurs comme Charles Pennequin, Thierry Rat, Yann Kerninon, Lucien Buel, Jérôme Bertin, Antoine Boute …
30 septembre 2007
[Interview vidéo] William Guyot des éditions Hermaphrodite
Cet interview aurait du avoir lieu lors de l’émission News de la Blogosphère n°4, en direct de Nancy. Faute de hotspot, nous diffusons cet entretien ce dimanche [30-09-07], en parallèle de l’émission que nous faisons.
Nous parlons avec William Guyot tout d’abord de la création de la maison d’éditions en rapport avec leur revue, puis sur l’économie alternative possibe pour rendre viable économiquement un tel projet. C’est en ce sens que William Guyot présente Le Cartel diffusion (cartel.eu) structure qui relie quatre maisons d’éditions : La maison close, Le mort qui trompe, Maelström et Hermaphrodite.
14 septembre 2007
[Entretien] Léo Scheer
[Entretien qui a été réalisé fin aout, début septembre. Cet entretien permet d’éclairer le parcours de Léo Scheer et d’apercevoir les enjeux qui sont les siens à travers les éditions qui portent son nom. Site des éditions]
1. Vous avez fait des études de sociologie (doctorat en 1972), et quand on observe votre parcours, vous vous êtes spécialisé dans la question des médias aussi bien professionnellement (groupe Havas, développement du projet canal+ et TV6 entre autres), qu’au niveau de vos propres recherches qui apparaissent dans vos essais (La démocratie virtuelle, ed Flammarion 1994, Pour en finir avec la société de l’information ed. sens & Tonka 1998 entre autres). En quel sens cet axe de recherche relié à la sociologie et aux médias ont-ils préparé, sous-tendu, initié, la création des éditions Léo Scheer (2000) ? Qu’est-ce qui a déclenché pour vous cette nécessité d’en venir à l’édition et de sortir des médias télévisuels auxquels vous avez à de nombreuses reprises participé, par exemple en produisant pendant 2 ans l’émission Haute Curiosité en collaboration avec Nathalie Rheims ?
[Léo Scheer] Pour comprendre mon entrée en édition en 2000 il faut remonter plus loin. Quand je suis nommé Directeur du développement du Groupe Havas en 81, j’ai 33 ans et je travaille déjà depuis 12 ans dans la fonction publique. Durant cette période très riche des années 70 j’ai dirigé un programme de recherche en sciences humaines qui a été le point de départ de ce qui m’a conduit à l’édition. En 69, avec ma licence de sociologie je suis entré comme chargé de mission au Commissariat Général du Plan. Une des retombée du rapide passage de Chaban Delmas à Matignon et de son projet de « Nouvelle Société » a été de dégager des fonds importants pour financer la recherche et aider les grands corps de l’état à s’adapter à l’évolution de la société. J’avais obtenu une dérogation à la Sorbonne pour que Gilles Deleuze, qui enseignait à Vincenne, soit mon directeur de thèse. Avec lui, je découvrais les activités du Cerfi animé par Felix Guattari qui regroupait une centaine de chercheurs. Durant cette dizaine d’années j’ai financé des groupes tels que le Cerfi et d’autres mouvances des penseurs qui ont marqué cette époque, Foucault, Lyotard, Baudrillard etc. Mon rôle était d’être un intermédiaire entre ces mouvements de pensée et tout ce qui pouvait leur permettre de s’encrer dans la réalité, soit par l’action de l’état (J’enseignais à l’époque à l’ENA,à Polytechnique et à l’Ecole des Ponts et chaussées, et j’animais des séminaires pour les grands corps), soit par une diffusion plus large, ce qui m’a conduit à aider l’édition de leurs ouvrages et à fréquenter des éditeurs comme Actes Sud ou Galilée.
C’est là que j’ai commencé à m’intéresser à l’édition dans la mesure où mon métier consistait, d’une certaine façon à financer des à -valoir pour des publications futures. J’ai gardé de cette période des relations et des amitiés (par exemple Baudrillard ou Lyotard) qui m’ont accompagnées durant la période 80/90 ou j’étais dans des fonctions d’entreprise. J’ai toujours continué à animer des groupes de réflexion qui débouchaient souvent sur des publications. (Par exemple ce séminaire à la Maison Européenne de la Photographie avec Pierre Klossowski autour de la Monnaie Vivante et avec Baudrillard sur L’échange impossible.)
D’autre part mes activités chez Havas ne sont connues que pour l’audiovisuel (cf. Canal+) alors qu’en fait j’avais élaboré un plan de développement qui concernait bien d’autres domaines comme la CEP, qui pendant cette période a racheté Nathan et Larousse, point de départ de ce qui deviendra le groupe d’édition Vivendi. Mais il me faudrait trop de place pour expliquer tout ça, mais pour résumer, c’est plutôt l’audiovisuel qui est un détour dans mon itinéraire, né sous l’impulsion des recherches que je menais avec mon ami Yves Stourdzé sur la dérégulation des télécom, l’édition et la recherche étant mes axes professionnels permanents.
2. Quel constat faîtes-vous sur le monde médiatique actuel ? En quel sens sa logique de constitution (multipolaire, mais pourtant hyper-homogénéisé quant à certains de ses formats) s’oppose-t-elle aux exigences d’une certaine forme d’hétérogénéité et de singularité expérimentale liée à la littérature ? Je pense que nous avons connu une première période de la vie du monde médiatique que je qualifie de « Mcluhanienne » parce que son analyse y est opérationnelle (le médium c’est le message, média froids/média chauds etc.).
[LS] L’homogénéisation dont vous parlez est le fruit de cette relative disparition du message et de son mode de prolifération dans ce système. Les journaux, la radio, la télévision, dans leurs relations avec les productions de messages (textes, musiques, images) et des industries qui les accompagnent : édition, disque, cinéma etc., ont fonctionné pendant un siècle dans un système mcluhanien qui tendait à les vider de leur message au profit de la mise en circulation optimum.
L’arrivée d’internet bouleverse complètement ce système, puisque ce nouveau média devient l’infrastructure sur laquelle se construit la nouvelle économie, et où le message devient la matière première.
Ainsi, pour ce qui vous intéresse de près, c’est à dire les « singularité expérimentales liées à la littérature » cela change tout, car vous avez la possibilité de court-circuiter l’ensemble du dispositif de distribution et de circulation qui maintenait les anciennes avant-gardes dans un ghetto. On le voit depuis pas mal d’années dans le domaine de la musique dont la vie a été réactivée par Internet tandis que les structures anciennes de distribution étaient en train de mourir. Mais le message est plus ou moins soluble dans le Net avec, par ordre de rigidité croissante: la musique, l’image et enfin, le texte.
3. Si en effet, comme vous le précisez, le message au sens de Mc Luhan a été dissous par la structure techno-capitaliste de l’information (au sens de Lucien Sfez, à savoir par le caractère de redondance propre au dispositif informatif qui ne cherche pas d’abord à diffuser un contenu, mais à se constituer comme sa propre forme diffusée ), en quel sens avez-vous initié les Éditions Léo Scheer ? Quelle en est la visée, du point de vue justement du « message », face à un monde éditorial qui est en voie d’ultra-polarisation capitaliste (comme nous le voyons par le rachat des maisons d’éditions par 3 acteurs majeurs) ?
[LS] En 1993 j’ai participé à la Mission des Autoroutes de l’Information avec Gérard Théry au terme de laquelle nous avons remis un rapport au Premier Ministre de l’époque, pour lui proposer une politique ambitieuse dans ce domaine. Nous n’avons pas été suivis, et je me suis rendu compte au moment de la publication de « La Démocratie Virtuelle », l’année d’après, à quel point cet enjeu n’était pas compris. Durant les six années qui ont suivi, ça ne s’est pas arrangé, car je travaillais avec l’Aérospatiale, sur les nouveaux services Internet à haut débit par satellite. Là , il s’agissait d’imaginer ce que seraient les industries du disque, du cinéma, de la télévision etc. à l’horizon 2020/2030. C’est durant cette période que je me suis penché sur la prospective du secteur de l’édition et de la distribution du livre. Le livre m’est apparu comme un refuge, un îlot de civilisation, dans l’océan numérique.
En même temps j’avais l’intuition que l’Internet -nouvelle génération- devait créer une véritable opportunité pour la distribution du livre tel qu’il nous intéresse. Je crois que c’est à ce moment là que j’ai eu envie de passer aux travaux pratiques et de créer ma propre maison d’édition. Je pense que votre vision de l’ultra-polarisation capitaliste qui lamine les « messages » est un peu simpliste. Mettre sur le compte du capitalisme triomphant l’appauvrissement de la pensée ou de la création me semble être un bon prétexte cache misère. Tout ce que je connais de grand, dans ce domaine, s’est fait en dehors ou malgré des lois du marché.
Ce sont souvent les médiocres qui se réfugient derrière cette excuse, en essayant de se persuader et de convaincre les autres que le marché les empêche de penser ou de créer. Un grand livre peut sortir à 100 exemplaires, il finira toujours par s’imposer, même si la concentration capitaliste a produit 3 groupes d’édition dominant. C’est justement cette porosité du système dans laquelle vient s’insinuer le réseau numérique. Créer une maison d’édition est un acte souverain, peut-être un des derniers possibles. Je ne vois pas en quoi les groupes Hachette ou Editis peuvent être un obstacle. Que les libraires aient besoin de gagner leur vie en vendant des best-sellers ne les empêche pas, s’ils se passionnent pour d’autres livres, de les aider à se vendre aussi. C’est le rôle des éditeurs de leur transmettre cette passion. Les années 70 n’étaient pas moins capitalistes que la période actuelle et l’édition n’était pas moins concentrée, si Deleuze, Foucault, Derrida, Lyotard, Baudrillard etc…ont écrit, à cette époque là , des livres importants, si les vingt années qui ont suivi ressemblent à une traversée du désert pour la pensée en France, c’est certainement pour d’autres raisons qu’une soi-disant dictature du marché.
J’ai créé ma maison d’édition en 2000 parce que j’ai eu le sentiment qu’il y avait une véritable régénération de la création et de la pensée.
4. Consécutivement, comment avez-vous créé La Fédération et la Fédération-Diffusion et comment avez-vous choisi les éditions qui y ont été liées, celles-ci témoignant quand on es observe de parcours singuliers, que cela soit Al dante, Lignes, Farrago, Comp’act, Via Valeriano (si je me trompe sur certaines maisons d’éditions, rectifiez surtout) ? Etait-ce dans une logique de résistance et de création d’un plan parallèle de création-diffusion ?
[LS] Non. Ce n’était pas une logique de résistance. Les Éditions de Minuit ont été lancées dans une logique de résistance qui avait un sens à l’époque.
En 2000 ce n’était pas l’enjeu, je parlerais plutôt d’une logique de renaissance. L’enjeu, pour moi, ce n’est pas la Fédération, qui n’est qu’une métaphore de la résistance, l’enjeu, pour moi, ce sont les Éditions Léo Scheer comme signe d’une nouvelle dynamique. Ceux qui m’ont accompagné durant cette première période sont les héritiers de divers courants intellectuels et artistiques du passé. Ce que nous avons réalisé avec Michel Surya, Jean-Paul Curnier, Laurent Cauwet etc… est, me semble-t-il, remarquable, il suffit de regarder le catalogue de prés de 500 titres publiés en six ans, pour mesurer le phénomène surprenant qui s’est produit là . J’ai créé la Fédération-Diffusion pour permettre à ces titres d’exister dans les librairies. Aucun réseau de diffusion existant ne pouvait réaliser ce miracle, il a fallu le créer. Mais à partir du moment où cette première phase avait réussi, il fallait passer à la seconde, sortir de la transition, passer à de nouvelles générations d’auteurs, de créateurs, d’éditeurs, renforcer le dispositif de vente, affiner la pointe. C’est ce que nous sommes en train de faire avec Florent Georgesco, Laure Limongi, Mathieu Terence, Catherine Malabou, Mark Alizart etc… Pour moi, « Fresh Théorie » a plus de sens aujourd’hui que « Lignes » qui me semble d’arrière garde, empêtré dans la glue idéologique, « LaureLi » est plus pertinent pour l’avenir que « Al Dante » qui tourne en rond, bref, en tournant la page, j’ai le sentiment d’aller dans le sens de ma recherche de renaissance. Je pense qu’entre les années 70 et aujourd’hui, il y a une génération sacrifiée, qui n’a pas su rebondir.
5. Comment jugez-vous rétrospectivement cette expérience ? Pensez- vous que cela était possible au vue de la transformation (saturation et hégémonie capitalistique des circuits de diffusion) du monde littéraire ?
[LS] Votre question relève du contre-sens. D’abord, ce n’est pas une expérience, c’est une étape concrète obligatoire. Je n’ai rien expérimenté. J’ai juste doté un ensemble éditorial d’une force de vente dédiée pour faire vivre une marque. Ce n’est pas de la révolution culturelle, c’est du management et de la gestion commerciale. Pour moi, ça a marché (cf notre catalogue.) et si vous regardez notre structure actuelle et ce que nous publions, vous découvrirez que nous n’avons rien abandonné de nos objectifs. Il faut une vingtaine d’années pour construire une maison d’édition.
6. Si vous précisez, avec justesse il me semble, qu’internet est la possibilité d’une forme de surgissement d’une hétérogénéité de plus en plus effacée dans les circuits commerciaux traditionnels, est-ce que ce que vous aviez imaginé ne devrait pas rencontré de plus en plus ce type de dimension et de développement ?
[LS] C’est pour moi une évidence et notre site va dans cette direction. Si je m’étais entouré de gens plus jeunes, la Fédération, aujourd’hui, fonctionnerait sur le Net, mais essayez d’expliquer ça à Claude Galli. J’ai créé notre site en 2000, mais cela ne les a pas intéressé, en fait, ils ne comprenaient pas, et ceux, comme Chloé Delaume, qui comprenaient un peu, n’y voyaient qu’un outil de pouvoir personnel et de règlement de compte. Mais aujourd’hui, la question ne se pose même plus, notre développement se confond avec celui d’Internet, mais aussi avec le renforcement des librairies de premier niveau. C’est la nouvelle équation que nous devons résoudre.
7. Résoudre cette équation, dont vous parlez, cela passe-t-il — entre autres — par la création de LéoscheerTV ? Qu’envisagez-vous à travers cette initiative et comment pensez-vous développer ce projet ? Corrélativement, pourriez vous précisé, quel est – selon vous – l’impact de l’image et e la vidéo par rapport à la littérature, sachant que si certains par exemples y son très réfractaires (comme sitaudis de Pierre Lepillouer qui ne supporte pas le format vidéo) d’autres comme nous sur libr-critique avons toujours associé la textualité et la vidéo ?
[LS] Le projet de “leoscheerTV†peut, en effet, nous aider à résoudre l’équation. Le milieu de l’édition fait actuellement le constat de la perte d’influence du media télévision sur la vente des livres. Depuis la disparition des “grandes messes†comme “Bouillon de culture†de Bernard Pivot, rien ne va plus de ce côté là . Il existe une opportunité de “faire de la télé†autrement sur le web pour les livres. Je vais prendre un exemple concret pour que ce soit compréhensible. Vous avez retransmis, ce matin, 2 septembre 2007 à 11h un “live†d’une heure avec Hortense Gauthier. L’idée de leoscheerTV est de reprendre en “syndication†un direct comme celui ci. Je vous propose d’ailleurs de le faire concrètement pour votre prochain “liveâ€. Dans ce concept, il y aurait d’autres sites qui participeraient à la discussion, chacun étant l’équivalent d’une caméra dans les émissions en direct de la télévision. C’est cette nouvelle forme de syndication que j’aimerais développer.
12 septembre 2007
[Entretien écrit] Eric Arlix à propos des éditions è®e
Eric Arlix est écrivainil a publié [Et Hop] en 2002 et [Mise à jour] en 2003 aux éditions aldante et [le monde jou]en 2005 aux éditions verticales , il dirige les éditions è®e qu’il a créées et la collection Et hop aux éditions IMHO.
[HG] De quoi est né ton désir d’édition, ton désir d’éditeur ? Quelle envie, quel impératif, quelle nécessité t’a poussé à te lancer dans cette aventure ?
[EA] C’est juste contextuel, une sorte d’occasion, une envie et un désir aussi évidemment de voir en librairie les bons livres et pas que les mauvais. Je n’ai pas une vision professionnelle et carriéristes du métier d’auteur ou d’éditeur que j’exerce en ce moment, je suis avant tout artiste, un chercheur qui utilise des outils d’agencements de symboles pour lire, critiquer, découvrir le monde.
[HG] Qu’entends-tu par ce tire ère ? une réflexion sur l’époque, une manière de positionner dans le contemporain et en même temps dans un temps long ?
[EA] Oui c’est ça.
[HG] Le r entouré, est-ce une façon de créer non seulement un titre, mais un label, une marque ? Mais c’est aussi une façon de souligner l‘importance de la question économique, en faisant un clin d’œil à la logique marchande qui est censée fonder toute entreprise commerciale, et éditoriale ?
[EA] Trouver un titre ce n’est pas simple, oui c’est une marque, un label, une entité intellectuelle et commerciale, une manière d’assumer l’aspect commercial mais avec une certaine éthique.
[HG] Comment envisages-tu ce rapport entre l’économie et le littéraire dans le contexte actuel de l’édition, mais aussi de façon plus générale ? Il me semble que tu as trouvé une formule intéressante au niveau des supports de publication, à la fois papier et numérique, à la fois sur CD et DVD, mais aussi sur le net, avec bientôt des podcasts et des mp3 à télécharger sur le site, que représente pour toi ce rapport à l’économie matérielle de la création et des supports de diffusion ?
[EA] La marchandisation de la culture entamée au début des années 1980 est maintenant totalement opérationnelle. Seule l’activité hyper rentable et commerciale est tolérée dans l’édition aujourd’hui. Les gros éditeurs ne font de « l’expé » ou de la « littérature contemporaine critique » que s’ils ont des financements du CNL ou si ces livres ne dépassent pas 1% de leur catalogue. Pour internet ou d’autres supports (matériels ou immatériels) l’édition française est carrément moyen-âgeuse et totalement réactionnaire, les grands éditeurs ne peuvent tolérer plus de 3 lignes d’extraits de leurs livres sur leur site alors des fichiers numériques gratuits ça les faits bondir. Un grand éditeur de « gauche » (d’une certaine gauche) me disait récemment qu’un papier dans Elle est un pur bonheur pour un éditeur, ça en dit long sur le niveau de désenchantement d’une profession qui est passé d’Intellectuel à Épicier. S’intéresser à l’art c’est forcément partager des idées, d’une manière ou d’une autre, et le « payant » et le « gratuit » ne s’oppose pas, ils sont hyper complémentaires, peu de personnes le comprennent actuellement, qu’elles soient grosses ou petites, les communautés artistiques restent sectaires, corporatistes et prétentieuses.
[HG] La question du numérique semble en effet incontournable, quelles en sont les implications, les enjeux à la fois économiques, littéraires et politiques ?
[EA] Sans même parler des enjeux économiques, littéraires et politiques, je dirais qu’il s’agit juste de bon sens, d’une cascade d’évidences, partager des données quoi de plus évident ?
[HG] Comment pourrais-tu définir la ligne éditoriale de è®e ? Tu publies à la fois des écrivains, des universitaires, des chercheurs, des artistes… croiser, confronter des disciplines, des horizons de réflexions hétérogènes, c’est pour toi une façon de s’attaquer au réel par tous ses côtés ?
[EA] Oui. La ligne éditoriale est généraliste mais chaque projet est sélectionné pour son aspect critique ou inattendu ou décalé. Nous nous intéressons par exemple aux révoltes ouvrières mais il n’y avait aucun intérêt à publier le 48eme livre sur les Canuts, par contre il n’existait aucun livre en français sur les Luddites il semblait donc indispensable d’en publier un. Oui è®e à pour ambition d’être un outil au croisement de plusieurs disciplines, d’horizons de réflexions hétérogènes. Outil parce que nous attendons des auteurs qui travaillent avec nous qu’il s’appuie sur è®e pour travailler et non qu’ils attendent de nous une simple commercialisation de leurs projets. C’est pour cela que certaines collaborations s’arrêtent vite alors que d’autres continuent.
[HG] Mais c’est aussi une façon de décloisonner la pensée, et de créer un espace de réflexion ouvert, qui ne se situe pas dans les arènes officielles, médiatiques, universitaires, etc… ?
[EA] Oui.
[HG] Tu as crée une collection « chercheurs d’ère » de recherche en philosophie et en sciences sociales, animée par Vincent BOURDEAU, François JARRIGE et Julien VINCENT, que signifie pour toi le fait de s’emparer de ce champ, ou de pénétrer dans ce champ de la recherche, bien trop confinée à des spécialistes, à des cénacles ? Pourrais-tu nous présenter ces trois animateurs ?
[EA] Des milliers de livres passionnant en sciences humaines et sociales sont publiés chaque année à travers le monde et la France est un pays totalement à la ramasse incapable de traduire ce flux, juste les quelques stars incontournables. Ces trois jeunes chercheurs (histoire et philosophie politique) lisent ces livres, voyagent, collaborent et vont « profiter de l’outil è®e » pour publier de 2 à 4 livres par an et une bulletin numérique assurant un travail de veille en sciences humaines et sociales.
[HG] Les genres et les formats sont variés, fictions, essais, narration collective, revue, projets multimédias, et cinématographiques, DVD, créations sonores, è®e est à la fois dans une dynamique transdisciplinaire, tout en étant très pointue dans ses choix, comment parviens-tu à être dans cette ouverture en même temps que dans cette exigence ? Comment sélectionnes-tu les travaux ? Qu’est-ce qui fait le lien pour toi entre tous les créateurs, penseurs, écrivains que tu soutiens ?
[EA] Il n’y a pas de « casting » ou de plan précis mais une situation générale de la marchandisation de la culture qui exclue les projets les plus critiques ou atypiques des circuits de diffusion et de commercialisation. Dans ce contexte improbable et « totalitaire » ou les « marques » dictent leurs lois mieux vaut savoir ce que l’on fait vraiment. Pour è®e il n’y a pas pour l’instant de « manifeste », de lignes clairement définies, juste l’envie de maintenir un outil critique en état de marche au milieu des ruines (de l’art, du monde). Un outil qui se perfectionne et dont les utilisateurs amènent de nouveaux schémas à redéployer.
[HG] Une œuvre d’art, un texte littéraire, un texte philosophique ou de sciences humaines sont tous au même titre des vecteurs d’investigation du réel qu’il faut rassembler, confronter pour pouvoir être vraiment en prise avec l’époque ?
[EA] Oui
6 septembre 2007
[Dossier] Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (2)
Seconde partie du dossier Annie Ernaux. Succédant à l’extrait de son journal, un entretien exclusif avec Fabrice Thumerel. Ce dossier fait suite à la réédition du livre Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux [bon de commande]
☛ ÉTATS CRITIQUES / ÉCRITS CRITIQUES. ENTRETIEN AVEC ANNIE ERNAUX.
(Propos recueillis par Fabrice THUMEREL)
Suite à la réédition de ce premier colloque international, intitulé Annie Ernaux : une oeuvre de l’entre-deux (Artois Presses Université, 2004), j’ai d’abord envie de revenir sur ton rapport à la critique. D’une part, si je mets en regard certaines phrases de Se perdre (2001), de L’Écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet (2003) et de la préface à ce volume, il apparaît que tu n’accordes de pouvoir heuristique qu’à l’écriture de l’écrivain, les travaux critiques n’ayant de plus aucune prise sur ta pratique autosociobiographique ; d’autre part, toi qui as toujours manifesté un vif intérêt pour les publications critiques, qu’elles portent ou non sur ton oeuvre, tu déclares avoir beaucoup appris lors de ce colloque, certaines interprétations ayant même touché « la vérité de l’écriture ».
En somme, est-ce à dire que la réception de ton oeuvre n’affecte en rien le projet en cours ? que la critique te porte plus qu’elle ne te transporte ? Parce qu’intransitive, l’écriture critique n’est-elle porteuse d’aucune vérité sur le monde au travers et au delà du monde même de l’écrivain ?
Plus précisément ici, en quoi ce volume a-t-il changé ton propre rapport à l’oeuvre ? Selon toi, a-t-il modifié la réception critique de l’oeuvre ?
– Cela ne m’apparaît pas contradictoire de dire que j’ai beaucoup appris lors du colloque, mais que les travaux critiques, même ceux qui touchent profondément à la « vérité » de mon écriture – peut-être ceux-là plus que d’autres d’ailleurs -, n’ont aucune prise sur ma façon d’écrire. Tout ce qui est mis au jour sur mes textes, sur le processus d’écriture, les interprétations, au fur et à mesure que je l’entends, le découvre, je le vois tantôt comme un agrandissement de mon travail tantôt comme une effraction (heureuse). Mais comment écrire en ayant à l’esprit la somme des interprétations et des regards sur mes textes, ma démarche ? C’est une vision insensée, horrible même. Je suis amnésique de tout ce qui a été découvert sur mes thèmes, la visée de mon écriture, etc., quand je suis dans le livre à faire. Peut-être suis-je effectivement en train d’accomplir des intuitions critiques, de donner raison une nouvelle fois à une interprétation qui a été faite sur ma démarche, mais je n’en suis pas consciente et il ne me servirait à rien de l’être : il y a comme une impossibilité d’ajuster l’idée, le désir que j’ai d’un texte à faire, d’une forme, à des connaissances « antérieures ». Je ressens toujours avec force la phrase de Flaubert, chaque oeuvre porte en elle sa poétique qu’il faut trouver, et je ne peux pas plus la trouver dans mes livres derrière moi que dans les éclairages sur eux.
Cela dit, la critique – je parle évidemment de celle qui est pratiquée par toi et les intervenants du colloque – a un rôle important dans la perception que j’ai de mon travail, de ses dimensions, de sa situation, et lorsque j’ai à en parler, il m’arrive de reprendre, d’utiliser, ce que la critique m’a appris. Ainsi, j’explique ce que j’ai voulu faire dans La Honte, L’Événement ou Passion simple par exemple, en ajoutant certaines des significations que la critique a découvertes. L’enrichissement de mes textes par la critique, au travers du dialogue que j’entretiens avec elle, est quelque chose que j’éprouve de plus en plus. Qui me donne plus de force et de liberté.
Il m’est difficile de définir mon rapport à ce que j’écris, que je vois comme des livres séparés les uns des autres par les années, par les choses de ma vie. Les deux jours du colloque, ce volume qui rassemble ce qui y a été dit, « solidifie » en une totalité, en « oeuvre », l’ensemble disjoint de mes textes. Une totalité traversée de lignes, de sens multiples. Je pense que la réception critique de mon travail sera modifiée justement dans la mesure où celui-ci apparaît comme tel, à la fois un et complexe, et non plus réductible, par exemple, à la littérature de confession ou à l’autofiction.
Je voudrais revenir sur un point important : en ne reconnaissant pas à la critique le pouvoir d’agir sur ma pratique d’écriture, je ne lui dénie pas, loin de là , un rôle dans l’évolution de la littérature, non plus qu’un pouvoir heuristique. Non seulement elle est créatrice de sens, mais aussi de formes – ce serait un long sujet à développer, je citerai seulement l’exemple désormais célèbre de Doubrovsky relevant un défi de Philippe Lejeune -, et, au-delà , elle participe, toutefois différemment de l’oeuvre première, d’une transformation du monde par son langage et ses outils d’analyse. Si je me retourne sur mon parcours d’écriture, je constate une action globale, diffuse, de la critique, mais je dirais que celle-ci agit d’autant plus sur moi que je n’en suis pas l’objet…
– Depuis cet ouvrage collectif, quels sont les essais ou articles qui t’ont marquée ?
– Je n’ai pas connaissance de tout ce qui a été publié depuis ce volume-ci. Dans ce que j’ai lu, j’ai tendance à me souvenir de ce qui m’a donné une émotion, un remuement de choses affectives. En font partie, par exemple, ce qu’a écrit Pierre-Louis Fort dans Ma mère, la morte (Imago, 2007) et Dominique Barbéris dans la revue Tra-jectoires (n° 3, juin 2006) sur la parataxe dans La Place.
5 septembre 2007
[Interview vidéo] Lucien Suel
Interview de Lucien Suel, réalisée le 15 juin 2007, à La Tirmande, dans le Pas-de-Calais. Dans cet entretien, Lucien Suel explique tout à la fois son travail d’écriture et ses références, qu’elles soient littéraires ou musicales. Lucien Suel fait partie des explorateurs de langue, et ceci non pas seulement selon son propre travail, qui s’accomplit depuis plus de 30 ans, mais aussi selon son rapport aux autres : que cela soit sa réception des écrivains de la Beat, ou que cela soit par exemple la publication au milieu des années 90 du Train de Christophe Tarkos. [durée 20 mn]
4 septembre 2007
[entretien vidéo] Julien Blaine – 2nde partie
Cet entretien vidéo a été réalisé à Périgueux le 1er juillet 2007, lors du festival Expoésie. Il est le second ld’une série d’entretien que nous souhaitons réaliser avec Julien Blaine, afin de mieux cerner non seulement son parcours poétique, ce qui est l’objet de ce premier entretien, mais aussi son rapport aux différentes traditions de poésie qui existent dans le monde. Ce qu’il a pu découvrir grâce aux multiples voyages qu’il a accomplis et grâce à la revue DOC(K)S.
1 septembre 2007
[entretien vidéo] Julien Blaine – 1ère partie
Cet entretien vidéo a été réalisé à Périgueux le 1er juillet 2007, lors du festival EXPOESIEVous pouvez le découvrir en cliquant sur l’onglet à votre droite.. Il est le premier d’une série d’entretien que nous souhaitons réaliser avec Julien Blaine, afin de mieux cerner non seulement son parcours poétique, ce qui est l’objet de ce premier entretien, mais aussi son rapport aux différentes traditions de poésie qui existent dans le monde. Ce qu’il a pu découvrir grâce aux multiples voyages qu’il a accomplis et grâce à la revue DOC(K)S. Première partieSeconde partie diffusée le 4 septembre
4 juillet 2007
[Expoésie] Démosthène Agrafiotis, interview et performance
Rencontre avec Démosthène Agrafiotis, poète et performer grec, mais aussi sociologue et scientifique, qui nous parle de son travail (vidéo 1), et de la relation entre art et science (vidéo 2) ; dans cette deuxième partie, l’interview s’est transformé en une discussion entre Michel Giroud et Démosthène Agrafiotis.
La 3ème vidéo : performance de Démosthène Agrafiotis, durant le Salon des revues de création du festival Expoésie, sur la place St Louis de Périgueux le 29 juillet 2007.
1 juillet 2007
[Expoésie] Interview de Katalin Molnar
Katalin Molnar revient dans cet interview sur la performance qu’elle a réalisée à Périgueux dans le cadre d’Expoésie [ici]. Elle explique la relation entre son travail de performance et les analyse de Noam Chomsky, liée à la grammaire générative.
7 juin 2007
[ENTRETIEN] Mathias & François Richard, à propos de Raison Basse
[Mathias et François Richard dirigent la maison d’édition Caméras Animales, dont nous avons déjà parlé à propos du livre de Thierry Théolier Crevard baise Sollers. Ils viennent de publier Raison basse, que nous avons déjà présenté sur Libr-critique [ici]. Cet entretien tente de montrer certains enjeux littéraires et critiques de ce livre collectif [30 auteurs], qui entrecroise une diversité d’expériences littéraires.]
1/ De quelle manière vous est venue l’idée d’explorer les variations possibles de l’écriture en rapport aux variations psychiques humaines ?
François : Je crois qu’il y a deux niveaux de réponse : par rapport à la création des éditions Caméras Animales, et par rapport à la nouveauté en particulier, Raison basse.
Pour la création des éditions, je ne sais pas si on peut appeler « une idée » quelque chose d’aussi viscéral. C’était une envie qui ressemblait fort à un besoin. Quelque chose qui semble être arrivé dans l’ordre des choses. En 2003 cela faisait des années que Mathias et moi, après avoir pris des chemins de traverse différents à partir de l’adolescence, cheminions parallèlement dans les recoins sombres de la vie créative du pays, du côté des musiciens et du côté de ceux qui écrivent. C’était aussi bien sûr les années d’initiation, et les années où nous sommes chacun rentrés dans nos voix d’écriture propres (la mienne, au début, était influencée par celle de Mathias, que je suivais lointainement, qui me fit entrer dans l’immensité de l’univers lecteur), des voix qui pour nous deux avaient le point commun d’être très sismogrammiques, très différentes tant d’aspects mais tendant toutes deux spontanément vers une pulsation des entrailles, tractile et ductile en séquences inconnues, laquelle nous est apparue a posteriori, intuitivement, comme la marque d’une voix de vérité nue transconsciente. Impossible de dialectiser davantage quelles traces sont d’elle et quelles traces ne sont pas d’elle, ce que nous savons, c’est que lorsque nous la rencontrons nous la reconnaissons, nous nous reconnaissons sous d’autres visages. Sa particularité est d’être insituable, de se développer sous tous les modes connus et possibles. Elle est l’adn de l’intensité térébrante, de la mise en abyme soudaine du corpus.
Notre projet d’éditions, c’est de montrer la pluralité et la dissemblance apparente des corps porteurs de cette trace, et de dégager en même temps l’essence magmatique commune.
Le projet de Raison basse, c’est de condenser le projet des éditions en un seul livre, une conjugaison à tous les corps, à tous les états et humeurs de son infrascience, « vision de paysage de voix en reliefs, prises d’airs et plongées en profondeur, en fondu-enchaîné ».
Mathias : L’espèce humaine a exploré les terres, les mers, le ciel, et attendant de pouvoir mieux explorer le cosmos (comme beaucoup j’attends de pouvoir voyager dans l’espace), nous explorons les pensées, les subjectivités. C’est notre « Go, West ! » intérieur, notre bois sacré, notre mystère à percer et notre « toujours plus loin ».
Pour paraphraser Punish Yourself, si l’avant-garde est morte alors nous sommes les zombies ! D’ailleurs certains, comme Charles Pennequin, explorent brillamment l’écriture-zombie.
Et qui dit zombie dit vaudou.
Et qui dit vaudou dit sacré, créolisation, magie, doubles en soi, mort, vie jusque dans la mort, résistance à l’oppression par déplacement et subversion de codes inculqués, langues mêlées, recréées, rituels, transe, rétablissement impossible d’une tradition coupée (détruite) par la violence du monde (en l’occurrence la traite et l’esclavage), mais portée par la vitalité du sacré, bref, hybridation, mutation.
Qui dit zombie dit aussi machine, machinisme, robot, androïde. Et non loin du zombie gît métonymiquement la figure du vampire.
Ce n’est pas un hasard si les figures privilégiées de ce que j’appelle le « mutantisme » sont le robot, le golem, le mutant, l’androïde, le métamorphe, l’alien, l’extra-terrestre, le mal-formé, le surdoué, l’inadapté, le freak, le monstre, le super-héros/vilain, le réplicant, le cyborg, l’ordinateur, la bête, les différents règnes vivants (animal, végétal, fongique, bactériologique… bientôt informatique, peut-être), le vampire, le lycanthrope, le zombie, le caméléon, l’hybride, le frankenstein, le cobaye. Toutes formes expérimentant des sèmes différentiels, par soustraction, addition, mélange, émulsion, réaction, cristallisation de devenirs contemporains.
Au moins autant que le résultat, au moins autant que la résolution en une figure, ce qui m’intéresse est le processus, l’anomalie, le différentiel d’un point à l’autre, l’« entre » (le santre : l’antre, le ventre, l’entre et le centre) et le « vers » (nexus : l’Entre des Vers (rires)). On peut imaginer 2 directions parmi les Å“uvres mutantistes : l’œuvre hétérogène dans laquelle on voit la mutation opérer à l’intérieur de l’œuvre (Å“uvre en plusieurs temps), et l’œuvre-bloc issue de la mutation.
L’un de nos mots-clé, effectivement, est l’exploration. La volonté d’exploration du possible, de l’exprimable, du pensable, du dicible, du sensible, du pensible, du poussable, du langageable. La connaissance comme plaisir pur ; et la lectriture, la lecture-écriture, comme moyen/outil de connaissance, de voyage, de traversée. (Ces activités me font entrevoir l’étendue de l’intelligence possible, et la faiblesse de mon cerveau.) L’exploration de tous les angles possibles, la connaissance de l’humain, du non-humain, de la pensée possible, de toutes les formes de pensée possible, a toujours été un aspect de la littérature (le dérèglement de tous les sens de Rimbaud, par exemple), c’est ce qui la sauvera de tout. La littérature n’est pas qu’un générateur de fictions, d’« histoires », de scénarios, même si beaucoup la cantonnent à ça, ce qui la tue. Cette spécialisation la tue, car le cinéma (et bientôt le virtuel) fait ça mieux qu’elle, avec plus de moyens, de puissance.
Ce qui sauvera ce qu’on appelle la littérature est qu’elle peut être un relevé sismique des pensées, des états nerveux, des pulsions humaines : un moyen de connaissance. Son intérêt est autant littéraire que scientifique. Elle constitue un moyen biotechnologique de témoignage et connaissance du vivant, de la pensée humaine sous forme langage.
Issue de la théologie, la littérature devient ainsi une subdivision de la neurobiologie.
3 avril 2007
[Vlog] Interview de Jonas Magnusson co-responsable de la revue poétique suédoise OEI
C’était lors de son dernier passage à Paris que nous avons rencontré Jonas Magnusson, grâce à Jacques Sivan et Vannina Maestri. Jonas Magnusson co-dirige la revue OEI, sorte de pavé de 700 pages pour le numéro qu’il nous a offert où sont aussi bien des poètes que des plasticiens qui ont un rapport à la poésie ou au langage. Nous reviendrons prochainement dans une chronique sur ce numéro.
9 mars 2007
[Salon du livre de Tanger] 5ème jour, interview de Christian Prigent
Invité au Salon international du livre de Tanger, Christian Prigent a bien voulu répondre à quelques questions le matin même de son intervention. Notre entretien porte sur la question de la transmission des questions poétiques, et sur ce qui anime la poésie, pour finir sur la sortie en février 2007 de Demain je meurs aux éditions POL.
[Vlog] en parallèle du Salon de Tanger, rencontre avec Emmanuel Ponsart, directeur du CIPM
Au Salon International du Livre du Tanger, il y a les invités, et tous ceux qui se déplacent pour suivre cet événement. Nous y avons rencontré ainsi Emmanuel Ponsart, qui depuis 1999 a participé plusieurs fois au salon. Notre interview revient sur les créations du CIPM par rapport à Tanger, notamment la collection Import/export, mais aussi sur le lien profond qui relie E. Ponsart au Maroc.
5 mars 2007
[Salon du livre de Tanger] 4ème jour, interview de Jean-Luc Nancy
Interview de Jean-Luc Nancy, nous mettons sur libr-critique.com seulement la première partie. Vous pouvez trouver sur vlog-trotter.org la seconde et la troisième partie. Cet entretien a duré une heure, et JL Nancy revient sur la question du langage, de la poésie, et de l’altérité de l’autre.
2nde partie : [voir +]
3ème partie : [voir +]