Libr-critique

22 juin 2009

[vidéo-interview] Entretien avec Julien Blaine à propos de son exposition au MAC (part 1)

  Dans le cadre de son exposition Julien Blaine au MAC un TRI, Libr-critique est allé interviewer l’un des pionniers de la poésie action. Avec lui on découvrira tout à la fois son exposition et certains enjeux aussi bien historiques que politiques, liés à la poésie visive ou poésie concrète.

21 mai 2009

[Entretiens] avec Nicolas Baudouin

Filed under: entretiens,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 12:55

   Nicolas Baudouin est au carrefour entre écriture, photographie numérique et e-poetry. Son travail que l’on peut retrouver sur son site, interroge la question des traces, aussi bien la carte postale, que la photographie, que le souvenir, que l’architecture, que la dimension du web. Afin de mieux comprendre sa démarche, nous lui avons posé quelques questions. [Prochain entretien avec Fanette Melliez, à propos de son travail graphique lié à l’écriture].

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4 novembre 2008

[création] Partitures de Giovanni Fontana

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 10:03

  [Nous présentons trois partitures de Giovanni Fontana, poète/performer intermédia, qui explore les potentialités du poétique à travers les codes et les dispositifs électroniques . En supplément de ces trois créations, nous avons posé des questions sur ce travail à son auteur qui permettent de mieux comprendre les enjeux synesthétiques de celles-ci. Lire ausi ce PDF mis en ligne par l’association Féroce Marquise pour le Festival Expoésie].

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27 mai 2008

[Livre] Raymond Federman, À la queue leu leu / The line

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , , , , , — Fabrice Thumerel @ 8:14

  Raymond Federman, À la queue leu leu / The line, adapté et traduit par Stéphane Rouzé, éditions Cadex, 2008, 18 € ISBN : 978-2-913388-66-6. Voir le site de l’éditeur : http://www.cadex-editions.net

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11 février 2007

[Manifesten] la société mobile, de Laurence Denimal

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , , — Hortense Gauthier @ 14:06

denimal.jpgDu 1er au 3 février 2007, dans la galerie Lavitrine à Limoges, durant le festival Manifesten, Laurence Denimal a tenu, assise derrière son ordinateur et son imprimante, une drôle de boutique. Installation/performance, la société mobile est une revue unique en son genre et vraiment pertinente, crée par cette plasticienne en 2005 ; elle est fondée sur l’interactivité et la fluidité, car c’est au lecteur/acheteur de composer son propre sommaire avec les textes qu’il a choisi. Elle est aussi une extension du travail d’archivage et de recension que poursuit Laurence Denimal à travers son propre projet artistique le Joubor, journal de bord qui décrit toutes ses actions dans une journée selon un système de codification trés précis (vous pouvez voir un extrait de ce travail publié dans la revue Talkie-Walkie n°2).
Comme vous pouvez le voir sur la vidéo, la société mobile est une sorte de magasins de texte, de multiples d’artistes et d’écrivains, et même de travaux originaux, une agence qui diffuse des travaux hybrides et qui constitue peu à peu une banque de données, une revue ambulante et modulable, une petite entreprise artistique qui essaye d’expérimenter d’autres modes de publication et de diffusion pour divers travaux poétiques…

On peut se procurer dans cette échoppe des textes de La Rédaction, Philippe Boisnard, Franck Leibovici, Frédéric Acquaviva, Christophe Manon, Marius Guérin, Vannina Maestri, Jacques Sivan, Jean-Michel Espitallier, Jérôme Bertin, Sylvain Courtoux, Yves Buraud, Charles Pennequin & Cécile Richard, Bernard Heidsieck, Maria Faustino, Josée Lapeyrère, et Laurence Denimal.

La société mobile est visible jusqu’au 6 mars à la galerie Lavitrine, 4 rue Raspail à Limoges. La suite du festival Manifesten sera les lectures de Jacques Sivan, Vannina Maestri, Bernard Heidsieck et Jérôme Game le 6 mars dans cette même galerie.

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23 décembre 2006

[Texte] Bon de Vannina Maestri

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 9:36

[Au vue de la qualité de mise en page des textes de Vannina Maestri, nous avons avons pris le parti de les mettre en image, et non en texte. Cela permet de respecter le travail de spatialisation de ses assemblages. Pour voir les montages, cliquez sur l’image, elles s’afficheront grâce à la technologie light-box]

vannina1.jpgvannina3.jpgvannina2.jpg

4 décembre 2006

[revues] La revue Livraison

Malgré son ambiance plutôt morne et son ronron poussiéreux (triste absence de Al Dante, Boxon estropié, car Gilles Cabut était grippé et Georges Hassoméris absent, résurrection de Nioques cadavre plutôt fantomatique que phénix, nouvelles jeunes revues déjà vieilles et peu sexy…heureusement qu’il y avait la joyeuse folie d’un Franck doyen et de 22(M)dp, ainsi que l’enthousiasme de Giney Aime et d’Incidences), nous avons découvert lors du Salon des revues trois revues stimulantes, qui existent déjà depuis quelque temps mais mieux vaut les découvrir tard que jamais : MU, Action Restreinte et Livraison. Nous parlerons tout d’abord de cette dernière, publiée par Rhinocéros, dirigée par Nicolas Simonin, (qui dirige aussi la structure de diffusion R-diffusion), et plus particulièrement du dernier numéro, le n°7, coordonnée par Manuel Daull et Chloé Tercé.

Livraison, revue d’art contemporain, n’est pas une revue littéraire, mais une revue d’art et d’écritures, de très belle facture, couverture glacée, 190 pages, sans être un objet lourd, mais au contraire souple, à l’intérieur en couleur, au graphisme épuré, efficace, et tout est bilingue anglais-français. Chaque numéro de la revue est thématique, et ce numéro 7 parle de « bribes / ratures / fragments ».
« « Notre situation postmoderne est caractérisée par la fragmentation ».
On peut regretter la fin des certitudes produites par des grands récits, des identités stables, des formes totales. On peut aussi faire le pari inverse : lâcher les gros mots et les métathéories globales — parce qu’elles sont inadéquates — et utiliser les fragments comme lieux pour des bribes de sens, pour de modestes tentatives d’empêcher la reconstruction des tentations totalitaires. »
Voilà comment débute cette revue. En effet, pas de défense d’une théorie unifiée et unifiante ni d’une pratique, ni d’une école chez Livraison, mais véritablement exploration transmédia d’un thème et confrontation des différentes pratiques de créations actuelles. On retrouve donc à l’intérieur artistes plasticiens, architectes, écrivains, musiciens, graphistes, photographes, ainsi qu’une pluralité de pratiques et de créations. Chaque participant a peu de pages, les travaux sont assez courts, et semblent fonctionner comme des fragments, des traces des œuvres des participants. Malgré les différences importantes entre les médias utilisés et les réalisations, cette multiplicité de pratiques est pourtant très cohérente, le thème est exploré de toute part, jamais de façon démonstrative ou illustrative, mais bien problématique ; et il est intéressant de voir les convergences et les divergences sur le sujet entre les artistes. Le rapport aux médias est intéressant, car il y a un véritable brouillage des genres et des appartenances, la question ne se pose alors plus, et l’exploration de la thématique en sort renforcer. Des architectes font de la photo, des plasticiens de l’écriture, des écrivains des oeuvres visuelles…
Le thème donne donc lieu à des travaux d’écriture sans pour autant être strictement littéraires, et à des travaux plastiques qui questionnent l’écriture. Le texte de Frédéric Dumont, « Condensations pour n décimales de PI [fragment.1.] », est en fait plusieurs blocs de chiffres dans lesquels on distingue à l’intérieur des fragments de phrases. Langage émergeant de l’informulée abstraction, suite de nombres elle-même fragment d’une suite infinie, qui est pris dans ce magma numéraire, pour un faire un matériau poétique au même titre que les lettres. Questionnement du rapport entre structure du langage, de l’écriture et celle du monde, de l’espace, de la matière, que l’on retrouve dans son petit livre Monde. On pense alors au travail d’Espitallier dans son Théorème. Le texte de Manuel Daull, dans une veine/verve proche de celle de Pennequin dans la première partie, est très différent dans la seconde, il crée une déstructuration du prénom John (renvoyant à Steinbeck, Cassavetes, Cage…), par une fragmentation rythmique du texte, comme ayant subi un bug informatique ou ayant été scandé mécaniquement pour en faire une sorte de partition qui appellerait une expérience sonore.
On trouve ensuite encore deux autres textes qui puisent chez les poètes contemporains, celui d’Emmanuel Adely, qui fait un agenda de ses achats avec prix, dates, lieux, dans une logique très proche de celle de Anne-James Chaton, et celui de Jean-Louis Py, qui entoure et barre des phrases dans un texte préexistant, technique du cut bien connue, que pratique notamment de la même façon depuis longtemps Lucien Suel dans ses « poèmes express ». Hugo Pernet donne un texte sibyllin, seuls quelques mots et traits sur des pages d’autant plus blanches et silencieuses, travail énigmatique, qu’il faudrait développer pour en comprendre la cohérence. Seul le texte de Christophe Grossi, poème assez lyrique et narratif sur le corps, se détache des autres travaux littéraires par son classicisme.
Moins littéraires, et plus tournés vers l’interrogation de l’écriture, il y a le texte de Christophe Fourvel qui fait un « portrait de femme magnifique », celui de « Magdalena, dans la Dolce Vita », description romanesque de cette femme fascinante selon une formule assez facile, alors que le texte de Vivien Philizot, « Iconographie de Steven Seagal », lui aussi dans l’écart-rapport entre littérature et cinéma, est plus drôle et intéressant. Il y a aussi des fac similés de listes de courses de Hervé Roelants, ready made du quotidien, jolie visuellement, illustrant bien le thème, mais que dire d’autre ? et les écritures-dessins de Matthieu Messagier sur la notion de rature, sujet mieux exploré chez Charles Mazé, qui nous montre des extraits, des fragments de ses « exTraits », tracés produits par des machines qu’il a lui-même conçu pour produire des dessins aléatoires en grands formats, sorte de sismographies, presque musicale dans leur mouvement, qui semblent retranscrire de multiples vibrations ou intensités, on pense à Michaux mais à un Michaux mécanisé.
Pour les travaux plus plastiques ou autres, il faut souligner les « captures » de Toeplitz, partition pour ses créations sonores et chorégraphiques qui sont de véritables poèmes visuels, graphiques, dommage que les reproductions soient si petites. Ou encore la très belle suite photographique de Thierry Genin, qui a photographié toujours de la même façon les activités de jardinage sur son balcon de son voisin d’en face, durant toute une saison, ce qui produit une sorte de BD muette, mais dans laquelle on peut lire toute une histoire…

Ainsi, si les travaux littéraires ne sont pas très étonnants, ils n’en sont pas moins de qualité, et l’ensemble de la revue est vraiment très bien élaboré et intéressant ; les pratiques plastiques, littéraires, visuelles, se répondent, s’interrogent, et on en arrive presque à se dire qu’il y a plus de littérature dans certaines propositions plastiques ou visuelles que dans des travaux poétiques de certains revues littéraires.
Livraison est véritablement une revue transdisciplinaire, qui relie et confronte de façon très stimulante des travaux hétérogènes sans être dans la dispersion ou la juxtaposition, ou comment la différence et le fragmentaire crée néanmoins de la cohérence et du continu.

NB sur Rhinoceros :

En cette période de reconfiguration des structures éditoriales et des espaces de production artistique, il nous paraît intéressant de parler de la structure Rhinoceros, basée à Strasbourg, association artistique qui organise, met en relation, diffuse des travaux et pratiques d’arts contemporains, mais qui est aussi ouverte aux nouvelles écritures.
Leurs activités, qui ont débuté en 1996 par des expositions dans un atelier, sont l’organisation d’events, de rencontres, de conférence, d’expositions, mais aussi l’édition. Ils publient la revue Livraison, ainsi que des livres et ouvrages d’art, des catalogues réfléchis d’expositions, comme Trouée, perforations, laps de Dominique De Beir + Eric Suchère (2004), des badges créer par des artistes (projet PIN-UP~badges by artists). On peut noter chez eux ce souci de trouver pour chaque œuvre, objet, idée un vecteur spécifique de présentation, d’exposition, de diffusion et « de créer à chaque fois une économie nécessaire à [nos] actions » disent-ils dans un entretien pour le Matricule des Anges.
Comme il est écrit sur leur site, « il n’y a pas d’artistes labellisés rhinoceros, aucune écurie de galerie stable, pas de galerie d’artistes, juste une histoire de réactions en chaîne – que des praticiens ou des acteurs, ou des amateurs du monde de l’art, de passage en quelque sorte, dans un temps et une rencontre donnés. Il n’y a pas de définition possible de rhinoceros si ce n’est la liste des gens qui y participent d’une manière ou d’une autre de façon durable ou pas, même si l’on peut parler de structure d’art associative qui cherche à adapter constamment ses réflexions et ses supports d’apparition en fonction d’un propos – qui crée chaque fois l’économie nécessaire à ses actions autant que leur diffusion, une structure qui cherche à être d’utilité publique, je crois, indéfinie tout simplement »
Cette structure ouverte qui privilégie l’hétérogénéité des croisements à la défense d’une ligne nous semble intéressante ici car elle met en relation la littérature, avec d’autres formes d’écritures, plastiques, vidéos, etc… qui viennent des arts contemporains, et car elle réfléchit à l’économie particulière qu’il faut développer pour défendre de façon pertinente et efficace tel ou tel type d’objet dans l’état actuel

Nous parlerons aussi bientôt des éditions ère et PPT, qui nous semble être dans cette même dynamique de création et de réflexion sur la littérature/l’art, ses supports, et ses vecteurs de diffusion et de circulation.

1 décembre 2006

[Texte] Jacques Sivan, 4 extraits de Smilijake

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , — rédaction @ 6:35

Quatre extraits de Similijake, travail que poursuit Jacques Sivan et qui pose la question de la narrativité tout à la fois d’un point de vue médiumique [variation des éléments convoqués pour constituer l’écriture] que du point de vue de ce que l’on nomme un schéma narratif, au sens de l’éclatement de la linéarité et de son ouverture en des couches d’écriture qui peuvent se juxtaposer, se croiser, se télescoper. [Pour bien voir les visuels, il faut cliquer dessus, ils apparaîtront distinctement à l’écran grâce à l’option lightbox]

similijake_4.jpgsimilijake_3.jpgsimilijake_2.jpgsimilijake_1.jpg

10 octobre 2006

[Livre] La Formule, de Stéphane Benault et Lucien Suel

Filed under: Livres reçus,UNE — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 5:53

[Ce petit livre fait partie de la présentation de livre rare que nous souhaitons faire connaître. Pour voir en grand les images du livre, cliquer dessus]

cliquer sur l'imageLa Formule est un livre d’artiste dont les textes sont de Lucien Suel et la mise en page et les dessins de Stéphane Benault. Il a été tiré à 100 exemplaires signés par les auteurs et 10 exemplaires Hors-Commerce numérotés de 1 à 10.

Tout d’abord soulignons le travail remarquable de composition du livre : il se construit à partir aussi bien de calques et de transparence, d’une carte postale imprimée blanc sur blanc, d’impessions vernies. La plastique du livre est ainsi surprenante à chaque page. Chaque double page est ainsi d’abord l’ouverture plastique de la relation entre les deux auteurs.

cliquer sur l'imageEnsuite La formule est cette ouverture physique et mathématique aux transformations de matière. Alchimie des mutations, des variations organiques et analogiques. La formule est ce qui relie les êtres et les choses dans un mouvement constant de liaison :

« 2 + 1 + 1 + 1 + 3 = 1 »

C’est ce qui fait apparaître la formule l’individuation des choses et des êtres :

« La formule individu brillait magnifiquement dans le noir »

cliQUER SUR L'IMAGE La formule : 23 € port compris. A commander aux éditions Hubert-Berline Vortex : hubeps[at]hotmail.com. Mais aussi à la Station Underground d’Emerveillement littéraire : 7 place de la Tiremande, 62960, Ligny Lez Aire. Ou encore ainsi que les autres livres de Lucien Suel à la Galerie « L’espace du dedans » : 28 rue de Gand, Lille.

8 octobre 2006

[video] Loïc Robin, Saint-Malo

Filed under: UNE,videopodcast — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 13:08

Suite à l’entretien que nous avons eu avec Loïc Robin, nous mettons en ligne un extrait de son CD-rom Eaux fortes : Saint-Malo.

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21 septembre 2006

[entretien] Loïc Robin avec Philippe Boisnard

Filed under: entretiens — Étiquettes : , , , — Philippe Boisnard @ 3:42

Cet entretien s’est décidé suite à l’envoi par Loïc Robin de son Cd-rom Eaux Fortes. Ayant trouvé sa démarche intéressante, celle-ci allant je crois dans le sens d’une interrogation tant linguistique qu’esthétique de ce qui se produit avec certaines nouvelles poésies, je lui ai proposé de répondre à mes questions.

Début de l’entretien :

Philippe Boisnard : Tout d’abord, avant de parler de ton CD-Rom, d’où provient pour toi l’intérêt pour le verbi-visuel ?
Loïc Robin : Le verbi-visuel, c’est quand même l’histoire de la poésie. Il faut la connaître et la regarder pour la comprendre. C’est une question d’héritage. Après, il y a le goût pour les arts visuels et en particulier pour l’art conceptuel. L’image comme « représentation visuelle d’une idée » : cette expression me convient, enfin, je veux dire que j’essaie d’utiliser l’image comme cela.
Et puis le verbi-visuel, c’est avant tout les inscriptions, les affiches, les publicités, les panneaux, tous ces mots qui, dans l’espace public, sont devenus les véritables objets de nos sensations. La relation au paysage fait office d’exception. En exagérant un peu, on peut dire que le reste de la perception est régie par la langue. La langue se regarde elle-même.

[lire la suite]

31 mai 2006

[création] [Travail Hygiène propreté] Cuhel

Filed under: créations — Étiquettes : , , — rédaction @ 13:43

[création visuelle de Cuhel]

TRAVAIL-HYGIENE-PROPRETE

23 février 2006

Sac rat con : Cuhel

Filed under: créations — Étiquettes : , , — rédaction @ 13:38

travail de poésie visuelle de Cuhel

[suite]

19 octobre 2005

[chronique] Les cahiers de la 5ème feuille de Julien Blaine

Filed under: chroniques — Étiquettes : , , , , , , , — Philippe Boisnard @ 17:35

Traces de langage
Brisset est l’un de ceux qui a poussé la recherche de l’origine humaine dans le langage vers ses plus profonds paroxysmes linguistiques. Ainsi, lorsque l’on considère Les origines humaines, immédiatement, il nous prend à parti, dans le parti pris de la langue, indiquant que son horizon n’est autre que de donner une science permettant de sonder l’émergence de l’homme-animal ou de l’homme esprit. C’est par la recherche des archi-traces dans le langage qu’il sonde la composition des mots, qu’il les détache de ce que l’on croit connaître et que l’on découvre une autre histoire que celle de notre origine : « Les cris de la grenouille sont l’origine du langage humain. Lorsqu’elles chantent en réunion, c’est de loin un brouhaha de foule humaine. Leur langage actuel ne peut d’ailleurs que donner une idée imparfaite de ce qu’il était, alors que l’esprit qui anime toute l’humanité se mouvait sur la surface des eaux et était concentré sur ces animaux » (Jean-Pierre Brisset, Les origines humaines, p.123). Certes, comme le note à juste titre Christian Prigent dans sa préface, c’est dans l’arbitraire des signes et des analogies, dans le recours hyperbolique au calembour « qui est une méthode, une ressource savante, l’outil philologique par excellence, (…) la divine puissance génético-linguistique » , que Brisset accomplit ce retour. Toutefois, s’installant dans l’ordre généalogique, il exprime là la manière dont le jeu des mots, le jeu des associations se construit, parce qu’un vide s’est installé dans la connaissance, celui de l’énigme de l’architrace. Et c’est sans doute ici l’un des secrets de la poïésie du langage, que les agencements se nouent autour d’un trou, du creux de son origine toujours absente et désirée, imprésentable et tout à la fois entêtante, comme vérité ontologique de l’homme. L’origine du langage, certes, est l’œuvre même d’une illusion transcendantale, toutefois, elle n’en est pas moins prégnante au niveau intentionnel, du fait de l’impossibilité d’en effacer la force questionnante. Cette absence de l’origine, consubstantielle au langage lui-même, à sa mise en question (du Cratyle platonicien à la Différence heideggerienne), non seulement s’est constituée comme thème poétique (la question de l’inspiration, des origines des mots), mais a poussé à une scientificité poétique.
Dans ses différentes compositions verbivisuelles, Julien Blaine semble n’avoir de cesse de poursuivre, selon une scientificité poétique, cette question de la trace. Trace de quoi ? Trace de monde, des choses, de leur inscription dans le tissu du monde, trace de la formulation des mots, formant strates, renvois, jonctions, échos, parfois distorsions. Trace d’une origine de la langue mais pas en dehors d’un texte, ou d’un livre, mais dans le livre du monde, dans sa chair matérielle. La trace pour Julien Blaine n’est pas ainsi d’abord et avant tout dans l’ordre linguistique mais, au sens aristotélicien, dans la poïésis fondamentale de la nature et de l’inscription humaine au cœur de celle-ci.
Il n’est pas alors étonnant que peu à peu ses déambulations, tout au long du monde et des langages humains, l’aient placé dans l’horizon d’une origine de la langue, de la recherche d’une archi-trace de sa survenue : « ces cahiers sont le reflet, les textes et les images, les signes, les =E9tudes, les recherches d’un travail que j’ai commenc=E9 il y a longtemps sur l’=E9criture originelle ». Les cahiers de la 5ème feuille, ainsi prennent leur consistance dans la perspective d’une mise à nue de la langue et de son inscription originaire (1). Mise à nu pour qu’à même les agglomérats de signes, vienne se signer sa proto-empreinte, sa source, qui fut d’abord pour Blaine inscrite dans des moulages aurignaciens de vulve (2).
C’est à partir de la forme de la feuille : œil, plume, surface, que s’établit Les cahiers de la 5ème feuille : trouver à même les choses, le punctum caelum autour duquel la langue s’est faite. La feuille se présentant comme ce point aveugle, ce à partir de quoi et pour quoi les mots se marquent.
Toutefois, alors que Ponge par exemple rejette toutes les choses dans une dichotomie totale des mots et des choses comme il l’indique dans La rage de l’expression, là pas du tout : empiètement, tissage, composition, entrelacs matériel. Blaine se pose au lieu de porosité entre les signes du langage et les signes du monde. Et cela comme un seul et unique lieu. Pour Ponge, « Les choses et les poèmes sont inconciliables » , toute chose ne pouvant être exposée que dans l’enchevêtrement même du logos, car face au monde, le poète doit les refaire « dans le logos à partir des matériaux du logos, c’est-à-dire de la parole » (p.10). Au contraire pour Blaine, il semblerait que le logos ne soit qu’une strate particulière de signes, strate parmi d’autres strates. C’est pourquoi rencontrant la feuille, ce n’est pas un mot qu’il tente de cerner, ce n’est pas selon une scientificité de son épuisement définitionnel logologique ou seulement phonologique (ce qui serait le cas si on réduisait ce poète à n’être qu’un poète sonore, malentendu trop courant malheureusement), mais il suit, poursuit, traque et expose son motif, son empreinte à partir d’un autre tissu, celui des œuvres humaines et des œuvres naturelles entremêlées.
Les cahiers de la 5ème feuille n°3, se présentent ainsi comme les traces d’une enquête. Ils rassemblent non des preuves mais des témoignages. Comme pour Brisset, ou Ponge, la scientificité poïétique est celle de la généalogie, de la structuration singulière d’une descendance à la mesure d’une interprétation, et non pas l’élaboration objective et neutralisante d’une volonté de vérité. La scientificité poétique, comme chez ces deux-là, n’est pas établie en parallèle ou à côté de la pratique poétique, mais en son cœur, la théorie ou le métapoétique ne pouvant être détaché du travail poétique en acte (3). Toutefois, alors que chez Brisset comme chez Ponge le souci théorique qui se tisse dans le travail poétique porte notamment et surtout sur la langue, chez Blaine, ce souci oscille de la langue à son propre parcours de chercheur. Le métapoétique tient à l’ensemble des indications qui constitue son enquête à travers le monde et les choses. Corps à corps entre langues et choses, sa poéticité tisse un réseau de signifiances entre des signes appartenant à des dimensions hétérogènes, et non a priori linguistiques. Sa poésie ne s’échappe pas de l’impureté du monde, mais elle s’en emplit, elle en compile les échos, suivant le regard du poète, elle se donne relative, littéralement chose parmi les choses, ou signe parmi les signes : chaque texte, chaque recueil est toujours relatif aux éléments qui sont rencontrés, aux événements qui se dressent tout au long de la déambulation physique de Blaine tout autour du monde (que cela soit des œuvres, des événements historiques, des pistes généalogiques, etc…) (4).
Tout commence à Medelin, dans ce cahier de la 5ème feuille, par un trajet-témoignage et se boucle autour d’autres témoignages : lettres d’amis qui lui sont écrites et qui expriment cette origine ou obsession de la feuille/vulve.
Mais si la feuille est bien le signe qui fait un clin d’œil, qui est bouche horizontale (lèvre/œil) et bouche verticale (vulve), c’est qu’elle n’est pas que surface, mais qu’elle est fondamentalement aussi profondeur, appel, lieu retiré de l’inscription. Car écrire exige que le lieu qui s’ouvre à l’écriture (la feuille) soit aussi retrait, afin qu’il permette l’inscription. Or, la feuille, allongée, est corrélativement aussi pour l’homme, non pas seulement œil, mais vulve gonflée, à la fente qui vient découper en deux les deux lobes de chair (les paupières closes, l’œil est dans l’obscurité de la vulve). Courbet ne s’y serait pas trompé. Lacan non plus recouvrant cette Origine du monde d’un paysage peint par Masson. Vulve mystérieuse, origine du monde, la vulve a la forme de la feuille, elle en est l’incarnation, l’incantation, elle est la trace concrète de sa profondeur. Et pour cela appelle l’œil. Et pour cela appelle le stylet de l’écriture, l’amorce phallique de la pénétration de ses profondeurs, comme on peut le voir avec les photographies pp.56-60. Ces cahiers de la 5ème feuille déterminent le lieu où langages et choses se donnent en tant qu’étant de même nature. Il y a donc des niveaux ontologiques à voir et à agencer. Certes, il y a la scène de notre langage (et de ses déclinaisons), mais cette scène est originellement issue d’une scène moins perceptible, qui d’aucune manière n’est en-deçà, ou au-delà, mais bien plus à côté de ce que nous avons coutume d’observer. Cette scène qui est toujours déjà là, qui s’efface pour que les signes se dispensent, est celle du monde. C’est pour cette raison, que selon Blaine, s’il y a bien l’écriture de la main (signes et pictogramme qu’il utilise souvent depuis quelques années, aussi bien dans ses textes ou préface) il y a aussi les signes d’autres écritures. Celles des branches, des coquillages, des photographies, des arbres, pour exemple : « Ecriture et ecfruiture » (5).
Or pour témoigner de cela, il est évident, que Blaine poursuit l’horizon ouvert aussi bien par les premières expériences de spatialisation des futuristes que les approches concrètes de la langue chose des concrétistes. Même s’il en poursuit et en rompt certains paradigmes. En effet l’écriture verbale ou mathématique, au lieu justement de postuler un topos autonome, se laisse investir, à foison, par les autres signes (photographie, empreintes, photocopies, etc…). Il ne s’agit aucunement là d’une illustration, mais d’une polymatérialité de l’écriture. Faire surgir l’archi-trace pour Blaine, c’est alors en revenir à un archaïsmes des signes.
« A propos
De la viande
Des muqueuses
Des fossiles et par conséquent
De la photographie
Ou de la photogravure » (6)

Néanmoins, loin de convier à un retour aux origines, qui appellerait à rompre avec notre époque et ses potentialités techniques, comme certains poètes peuvent l’énoncer, Blaine se lie d’autant plus à la technologie. Nous retrouvons là l’une des composantes majeures des recherches littéraires au XXème siècle. Loin de rejeter l’apport de la prothèse technique, comme illégitime, altération, falsification du travail de scripturalité, tout à l’inverse la technique peut ouvrir certaines des possibilités de l’écriture. « A chaque impression correspond une forme. 1/ la lettre gravée 2/ tracée 3/écrite 4/ imprimée. (…) Pour l’offset et le papier humide ce serait par le calligramme et la poésie dite visuelle ou visive (la poésie concrète appartient encore à la typographie). Hui pour les programmes informatiques, j’avance avec ça ». « Nous avons enfin avec ces nouvelles machines, trouvé les résidus qui mêlent sans distinction l’image et le texte. Ce résidu n’est ni vers ni icône il est verssicône » . Recherchez l’écriture originaire n’implique pas alors de renoncer aux techniques. Ces dernières étant aussi inscrites dans la ligne généalogique de cette origine, en tant qu’elles sont les sites possibles de son actualisation en tant que trace en retrait dans les traces qui nous sont présentées. L’origine n’est pas ailleurs que dans la trace qui se forme, elle en est l’épicentre en creux, le recto nécessaire à toute donation de signes. La technique est alors un des lieux de l’ouverture à cette origine. Déjà, les 13427 poèmes métaphysiques exprimaient cela. La métaphysique n’est pas un au-delà, arrière monde d’écriture, mais c’est l’ouverture à une autre logique que celle de la physique de la science. Un autre cosmos, avec d’autres lignes de cohérence. Méta, comme en deçà de la séparation dont témoigne Foucault, dans Les mots et les choses, entre le langage et le site du monde. Mais cet en deçà n’est pas ailleurs, il est toujours déjà présent. A l’œuvre, mais voilé par la surdétermination du regard. Comme étaient voilés pour celui qui ne savait pas voir les réseaux de renvoi entre les choses et les mots (7).
Ainsi, Blaine ne parle pas du monde, il ne vient pas le représenter, mais il se laisse en être la présentification, il recueille dans le livre ses signes, ses traces, celles insignes de cette écriture originelle dérobée.
C’est pour cela qu’il y a toujours de l’effacement dans l’écriture. L’effacement commence par celui de la feuille. Et dès lors écrire demande de faire ressurgir l’effacé de toute écriture, le livre en tant que lieu même de l’événement du signe, son impression, constitutif de l’effacement de l’archi-trace. Le livre qui nous fait face — celui de Blaine — n’est plus ainsi neutralisé par le sens, mais il est volume où doivent se sédimenter les traces qui surgissent sur un autre livre, celui du monde. Tout à la fois, il démêle les niveaux d’inscription de l’écriture et les réagence, leur redonne l’ordre de leu enchevêtrement ontologique. Celui qui écrit n’est plus sujet, mais il est membrane qui est impactée, modifiée, modelée par le monde, par ses déplacements en ses flux et courants. « Tandis que je bouge ma pensée se modifie, se démode, se modèle L’autre qui bouge me fait remuer et mon jugement s’adapte ». L’écriture se découvre être les traces singulières de leur impact sur un être. Sur sa peau. « la peau c’est le parchemin » et comme il l’écrit : « je livre le livre c’est ma peau » .
Cette inscription est celle singulière, d’une trajectoire à la fois dans l’espace et dans le temps. La poésie de Blaine se dresse dans l’immanence d’une existence et de ses déambulations. Elle est déambulatoire, sans cesse relancée par ce qu’elle rencontre en tant que signes. Et c’est là toute la difficulté pour le lecteur d’appréhender ce geste, de comprendre ce qu’il met en jeu, ce qu’il immisce en nous, pouvant très vite — comme bon nombre — être classé comme poésie-bibelot, comme creuset de tout et de n’importe quoi. Or c’est là que l’on passe à côté non seulement de la force de construction du livre, mais en plus à côté justement de cette volonté de poésie totale en horizon de l’archi-trace du langage du monde. Nous-mêmes devons, à l’inverse, rencontrer ce livre comme signe du monde que nous nous réapproprions. Julien Blaine non seulement sait comment sa peau, par la transmission, va être transformée, mais en plus il invite à cette transformation. Il invite à ce que nous-mêmes nous découvrions notre être-livre, « Livrez-vous / Ce livre est vous » : « Que votre maison n’affiche sur ses murs que des pages de livre agrandies : les pages de votre choix celles qui vous ont marqué. Ainsi le texte imprimé (marqué) sur la page du livre vous a marqué (imprimé), vous aussi, et vous êtes devenu, vous aussi, livre, ce livre, l’un de vos livres, ces livres, ce fragment de livre, ces fragments de livre » (p.48)

(1) Cette recherche dénote le fait que Blaine éprouve une résistance quant à cette saisie de la langue originaire. Toutefois cette résistance, n’est pas de l’ordre du retrait et du trou pensé par Prigent. Chez Blaine, schématiquement, il faut distinguer : l’origine originante qui s’origine dans chaque moment de notre humanité et de l’autre côté la donation originaire (chez les aurignaciens) de cette origine, la première origination qui passe par la représentation de la vulve, et la question du voir

(2) Cahier de la 5ème feuille n°1 : « ce travail des années que j’en rêvais / je rêvais de m’y mettre, depuis que j’avais vu dans les vitrines du musée de Périgueux les moulages (Ô ! le mot adéquat) de quelques vulves aurignaciennes de l’abri Blanchard » (p .14)

(3) C’est là, comme Jean-Marie Gleize l’a parfaitement indiqué, une des constantes des poésies modernes. Nous retrouvons cette imbrication nécessaire chez plusieurs autres auteurs : de ceux qui sont impliqués dans la modernité à ceux qui sont sur le seuil de la postmodernité. Prétexte, Hors-série, n°9, 1998 :« la poésie dit ce qu’elle dit en le disant, ne dit riend ‘autre, le dit littéralement : non paraphrasable, voire, c’est encore pire, non interprétable (…) la poésie dit ce qu’elle dit en se disant (fait ce qu’elle dit et dit ce qu’elle fait)). Réflexivité et littéralité ont quelque chose à voir. Littéralement, c’est-à-dire explicitement ».

(4) C’est ce que dit Blaine dès les première pages du Sorcier de V.a : « continue mon travail,le récit de ce travail… accaparé par lui, c’est ce que je croise dans mes voyages, ce qui survient (qui n’arrête pas de venir…) qui continue, qui pour-suit (du verbe suivre et du verbe être) ce récit et fabrique ce travail » p.19. mis en insert dans le Cahier de la 5ème feuile n°1.

(5) Ici cela entre en écho avec ses recherches sur la magie et les sorciers, notamment ce qu’il peut énoncer à partir de la Pythie du temple de Delphes, dans Du sorcier de V.a : « Les signes sont toujours / là. / Tous. / Tu verras ceux dont tu as besoin, si tu es attentif / en fonction de ce que tu es » (p.98). Ces signes sont ceux déposés dans la nature et qui sont langage. C’est pourquoi quelques pages plus loin, définissant son écriture, il peut dire : « Que ma langue soit agile et docile / comme l’écureuil familier / comme la fouine de Vendée / comme l’outre femelle / comme le poulpe de Bestouans », ici ces deux qualités relient divers régimes de signes : celui de la langue de Blaine, mais aussi celui de chacun des animaux. Leur existence est signe, articulation de sens : « Rien de surnaturel dans tout ça / bien au contraire / de la nature à l’état brut / de la nature enfin dévoilée » (p.100)

(6) Cahier de la 5ème feuille n°3, pp.54-sq. De ce fait, il est possible de dire que les signes/le langage donné par les hommes est la manière naturelle pour l’homme de laisser des traces. Nul privilège ontologique du langage par rapport aux autres signes..

(7) Julien Blaine pose avec ses poèmes métaphysiques les bases de la poésie élémentaire : « Simplement pour dire / qu’en ouvrant l’œil / Simplement pour dire / qu’en ouvrant l’œil / Vous verrez des Poèmes Métaphysiques / – au quotidien _ partout : / dans les trains, les aéroports, dans les hôpitaux, dans les forêts, sur les routes… dans les notices, les modes d’emploi, les posologies, les plans, les lexiques, les cartes, les guides… » Apparaît de toute évidence, que cette énumération ouverte, brise toutes les dichotomies entre les mots et les choses, les choses comme les mots, les lieux comme les textes devenant source de poèmes métaphysiques. Les lettres elles-mêmes. « Tout fait poésie car tout fait langue » (Frontier).

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