Libr-critique

5 mars 2014

[Livres] Libr-kaléidoscope (1)

Le principe du Libr-kaléidoscope est de présenter une sélection des nombreux ouvrages reçus – qu’ils fassent ensuite ou non l’objet d’une chronique à part. Dans cette première livraison du premier trimestre 2014 : Claude Favre, A.R.N. agencement répétitif névralgique_ voyou ; Bruno Fern, Reverbs ; Eric Clémens, D’après la poésie d’amour ; Eugène Nicole, Le Démon rassembleur ; Patrice Robin, Une place au milieu du monde.

 

â–º Claude Favre, A.R.N. agencement répétitif névralgique_ voyou, éditions de la Revue des Ressources, février 2014, 146 pages, 10 euros, ISBN : 978-2-919128-07-5.

Parce qu’"il faut attaquer la poésie", Claude Favre nous offre ses "mésécritures crincrin".
Parce que "le réel n’a pas de régimes régiments de vérité" et que "c’est comme ça la grammaire ça échappe, toujours", la poésie est.

Elle est au galop, dans les étourdissements, les éblouissements, les assourdissements… dans des précipités de langues de guingois qui défient la raison comme la grammaire… Allez, pour le plaisir : "_ d’aller en déchié serait-ce progrès & contestable dans l’ordre de la connaissance & à grandes plongées s’esquiver léger léger" (p. 83).

[Ce volume reprend A.R.N. – que nous avons eu le bonheur de publier dans le dossier Claude Favre en 2013 – et Interdiction absolue de toucher les filles même tombées à terre, développe Comme quoi un mot est un galop et propose Précipités].

 

â–º Bruno Fern, Reverbs, phrases simples, éditions Nous, février 2014, 144 pages, 14 euros, ISBN : 978-2-913549-93-7.

Pour l’auteur, "voici un livre qui tente (au moins) de résister à lui-même".

On peut prendre comme fil rouge théorique les 26 citations intégrées dans le texte en italiques, parmi lesquelles les plus révélatrices que voici : "Il faut passer du raisonnement à la résonance" (Patrick Beurard-Valdoye) ; "En vérité, il n’y a pas de prose" (Stéphane Mallarmé) ; "Parler double le monde" (Paul Celan) ; "Je parle sous moi" (Tristan Corbière) ; "De sa lutte avec la langue, le poète, finalement, sort complètement épuisé" (Geoffrey Hill) ; "Le discours publicitaire est devenu le maître des discours" (Dominique Quessada)…

La force de ce livre qu’il faudrait remettre dans toutes les mains dès le collège réside dans la portée poétique et sociale d’énoncés qui semblent au premier abord ressortir à la sphère grammaticale. Bruno Fern y interroge la charge sémantique, consonnantique et symbolique des mots : en ce temps d’hypercommunication, rompre l’accoutumance, c’est sans aucun doute nous ouvrir à l’ouïssance (Prigent), en nous rendant attentifs à la "biographie du mot" (Zanzotto), à sa polyphonie, aux contraintes et aux ambiguïtés liées à ses éléments constitutifs ou au contexte ("contenir peut s’employer dans des sens différents. / Ex. : la police contient la foule des manifestants" ; "En réalité, il n’y a pas de source véritablement authentifiée" ; "Une simple inversion de lettres joue un rôle" ; "Les mots déportent – mais attention à ne pas se méprendre sur ce dernier verbe" ; « "Possède", c’est beaucoup s’avancer » ; "Contre les murs (du verbe contrer)"…) ; aux effets d’un zeugme ("A ceux qui font l’actualité et l’impossible pour écourter") ou d’autres procédés ("Le regard phrase le passage clique en un éclair" – translation et personnification) ; à l’incongru et au loufoque nés de subtils télescopages ("L’accès aux sous-vêtements est strictement réglementé" ; "L’écriture oublie parfois de mettre son clignotant" ; "(Soyez prudents en descendant du livre)" ; "L’identification des corps est un souci majeur leur traçabilité" ; "Il trouve le sommeil en un clic" ; "L’obscurité est en accès libre"…) ; en revivifiant ou dénonçant les clichés et idées reçues ("Il y a du lancer puis du retour à l’envoyeur" ; "Nous sommes responsables mais pas coupables. / Nous sommes témoins mais pas responsables. / Nous sommes spectateurs mais pas témoins"…).

 

â–º Eric Clémens, D’après la poésie d’amour, dessins d’Anne Leloup, L’Âne qui butine, 2014, 132 pages, 22 euros, ISBN : 978-2-919712-06-9.

De r’tour, l’auteur de Opéra des Xris et de Mythe le rythme. De la dénature des choses – ancien de TXT né la même année que Christian Prigent.

Pour nous déparler du jeu de la mourre, avec clin d’œil appuyé à l’époque avant-gardiste ("carnaval d’éros et coup de dés").

Dans ce volume soigné et élégant – made in L’Âne qui butine ! -, vous attendent cure d’idiotie carnavalesque, évidement formel et psychologique, jeux de langue et de formes… un véritable dé-lyre ("dé sans chanté") ! Et un zeste de philosophie zamoureuse : le texte s’inscrit d’après et parfois près de la poésie d’amour.

Extrait : "Salut Eros / philosophique / au vulgaire plein de santé

          Carnaval caché / de ton théâtre / le goût des loups / aux yeux éclairs / de chairs / nos dés jetés / aux corps- / à-corps" (p. 17).

 

â–º Eugène Nicole, Le Démon rassembleur, P.O.L, février 2014, 224 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-8180-1992-4.

"Tout se polarise et fait récit, soudain" (Pascal Quignard).

Présentation éditoriale. À partir de titres d’ouvrages sortis de l’imagination de son ami Manlio, et de quelques autres qui se sont jadis imposés à lui dans l’heure de midi, Borman, le capitaine du Pyjama, écrit des histoires. Peut-être veut-il ainsi oublier l’interminable et futile croisière que programme d’un lieu inconnu son patron, l’énigmatique Jean Bellair, représenté sur le paquebot par son seul pyjama qu’installe chaque soir dans une cabine différente une jeune fille tirée au sort dans un groupe de lingères expressément embauchées pour ce service ? Il est vrai que, dans la cabine 21, réside Madame Adélaïde, l’épouse de Jean Bellair, qui ne semble plus avoir toute sa tête, et que la 12, toujours fermée, abrite les Archives pour servir à l’histoire du Bureau des Objets trouvés à l’Opéra-Comique.

Dans ce roman où il est tant question de titres, le démon rassembleur figure-t-il la force cohésive qui doit tant bien que mal faire tenir ensemble tant de personnages (humains ou non), d’objets hétéroclites et de mondes possibles ? Ce serait en somme Borman au travail. À moins que ce ne soit Borman lui-même (auteur, narrateur et personnage) qu’ait inventé, pour ainsi dire en amont du récit, le démon rassembleur – si, par exemple, le texte qu’on va lire était la fusion d’une série de nouvelles déjà écrites ?

Premières impressions. Belle construction/réflexion narrative, avec des miroitements du côté du Nouveau Roman et de l’Oulipo. Mais rien de bien nouveau sous le soleil du roman.

Extrait : "Plusieurs fins sont possibles. Je penche pour une forme théâtrale, ou cinématographique. J’envisage un grandiose tableau final que la linéarité du récit serait bien en peine de produire, quelque chose qui ressemblerait au dernier travelling de Citizen Kane…" (p. 189).

 

â–º Patrice Robin, Une place au milieu du monde, P.O.L, mars 2014, 128 pages, 8 euros, ISBN : 978-2-8180-2048-7.

Présentation éditoriale. À la Fabrique, Pierre, écrivain, tente, avec quelques autres, éducateurs et enseignants, de donner une place au milieu du monde à des adolescents en grande difficulté scolaire et sociale. Parfois avec succès : Lissah venue d’Afrique après la mort de ses parents et réussissant à trouver du travail, Djamil remis sur le chemin des études via des cours par correspondance. Parfois en y échouant totalement : Franck gagné par les idées d’extrême droite ou Aude tentant de se suicider. C’est dans l’approfondissement de cet engagement, à La Fabrique et ailleurs, que Pierre trouvera, lui aussi, au fil des années, sa place au milieu du monde.

Premières impressions. Dans le sillage d’Annie Ernaux, Patrice Robin poursuit son exploration parmi ceux qui n’ont pas/ ne se sentent pas à leur place dans le monde social. Ce sixième opus nous fait découvrir la Fabrique : l’atelier d’écriture est sans doute aujourd’hui un lieu d’accueil préférable à cet autre atelier qu’est celui de l’usine. [Dernier livre : Le Voyage à Blue Gap, 2011].

9 janvier 2014

[Texte] Sébastien Ecorce, Traversée Claude Favre [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois – 3]

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C’est le propre des œuvres puissantes que de susciter l’écriture : en témoigne ce texte extraordinaire de Sébastien Ecorce à partir de l’œuvre entière de Claude Favre. [Lire le volet précédent du Dossier]

 

Sonde distale : cette tête dans la langue cervelet, milieu luminescences à découper l’espace – la région de l’os, tout un entour, verbe est défectif si l’aspiration n’est pas : à charge conjuguée : lire nerfs : portée si tire mal : c’est déflagration que le monde ne se limite pas à : clôture la mandibule dont la contrainte à rebours marque toujours fougue puis douceur : l’organe au seuil : la machine des tolérabilités : la fréquentation des paradoxes, avancées et retours : ondes, ordres et corpuscules : éclats , choses, raccrocs, états de ne pas posséder, désaltèrent : à moins que ce ne soit la science d’une fluidité dans la concrétion : l’explosante fixe : des voix triviales : sous lacets : nid végétatif : cercles génératifs : translatent bruit des loges symétriques décalées : les seuils limites : franchir lange germinative ça dure à son désert, même si relèvements, les enveloppes cellules ou couches, groupes cycliques, l’éloignement : la fréquence virale : à charge constante : un répons : un chemin ou relèvement d’origine : un angle d’incidence : une paroi, un voile, l’avancée transparente d’une trouée : une pression de phalanges, une pression de famille pour chaque déformation, espace pointé : les ailes aux bords durs, fraiseuse la main quand la tension : courbure dans la distance de voisinage : en déduire centre : localement : contenu : les fresques cunéiformes_

Les extrémités fixées_

L’espace des danseuses ou des _codicilles_

Pharmacocinétique : charbonise : la pré-image : temps de dés-impression qu’on avance dans les temps de : modularité : si l’acte ne règle plus la mise en avant d’un idéal : une application continue : non pas : de relations d’équivalence mais de voisinage : espace quotient : par arcs : fixons un chemin : une rétraction pour chaque classe_

 

 

On dira meute : on dira cohorte des groupes : on dira : diction : on dira : simplement : que tout revêtement admet une section contractile : on dira : code de négativité : on dira : la prévalence du vivant : on dira enfance complète les phrases : on dira : tout introuvable qu’il soit, le manque dans sa dissymétrie est créateur d’ondes de chocs : on dira longue traque : on dira longue traîne à l’oreille captive : on dira : archipel axiomatise à l’absence de milieu : on dira : creuset : on dira sillons : on dira : courant ça apparaît où : tropes à éprouver : la densité du s’approcher. On dira : étire l’énonciation factuelle, ce qui rend vrai sous déploie_

On dira : le commencement d’une structure, le froissement entre les images. Des opérations s’éloignent, booléennes naturelles. On dira : absorbe : ne te lâche pas un seul instant. On dira : ne pas s’y attendre. Que l’origine n’est qu’une raison parmi d’autres. Que la logique de Langue est un déplacement de double cavalier. Que le principe de contradiction est justement là pour nous ébranler. Que la conductivité du vivant ne peut être comprise entre les lois de_

 

Que la diction soit : chute_

Que la diction soit : suspension_

Que la diction soit : dissective matérialisée_

 

Et sa grammaire : trouble de la clarté_

Et sa grammaire : trouble de la mixtion_

Et sa grammaire : phacochère de la ligne_pompe_coupée_

On dira : on dira : c’est l’acte de remonter au dire qui fait le beau : ses espèces_

 

On dira : on dira : ou pas : granulaire : coordonnées mobiles à dire vrai : épaisseur chromatique : on dira : on dira : ou pas : marche légère : dans l’épaisseur des scènes : on dira : on dira : ou pas : outil ou rupture des pentes à commettre la chose : on dira : on dira : ou pas : une belle attaque fait danser la volonté aux bords : on dira : on dira : ou pas : le contournant est un vide nécessaire pour décrire la logique : on dira on dira : ou pas : haute cargaison dans la fonction étymologique à n dimensions : on dira : on dira : ou pas : passeurs dans la déformation du dur : on dira : on dira ou pas : l’homme ou la femme nous ne savons pas ce que c’ est : on dira : on dira : ou pas : l’androcentrisme est une grammaire flottante à saisir les glissements : on dira : on dira : ou pas : une main d’écriture qui ne se donne pas à voir : on dira : on dira : ou pas : que toute antériorité est un jeu à l’altérité non marquée : on dira : on dira ou pas : cette force délocalisante et délocalisable cette tâche de pensée : on dira : on dira : ou pas : un fait langagier érigé en lois de nature : on dira : on dira : ou pas : logique oppositive qui marque mémoire et affects : on dira : on dira : ou pas : vers la génitalité ou l’indétermination : on dira : on dira : ou pas : la dispersion est un type de recueil dans la quête étymologique : on dira : on dira : ou pas : le spectral est un corps en contact : on dira : on dira : ou pas : pathologise le standardisé ou le chat est glissé sous l’effusif gris rouge : on dira : on dira : ou pas : prédire le concert ce n’était pas contre toi : on dira : on dira : ou pas : le monde fixe ce que la langue ne peut réduire à son paquet d’ondes : on dira : on dira : ou pas : le bon sens s’insurge fable particule : on dira : on dira : ou pas : stupeur nous désintègre et comment comprendre ce qui nous impose : on dira : on dira : ou pas : les idées les trajectoires les cacher dans ce courant si elle n’avait pas un soi : observé : on dira : on dira : ou pas : l’application des corps solides intercepte une ombre projective au langage : on dira : on dira : ça suffoque à la pompe mais ça tire du braquet : un obstacle dans le réel nous continuera : on dira : on dira : ou pas : la note en base connaissance est une propriété supraconductrice : on dira : on dira : ou pas : machiner c’est compliqué quand ça convulse des hauts plateaux : on dira : on dira : ou pas : la prédiction du réel qui se heurte à l’obstacle : on dira : on dira : ou pas : il y a comme une anomalie cognitive à chercher à répondre : on dira : on dira : ou pas : généalogie de recours qui s’éloigne à mesure de l’enfoncement : on dira : on dira : ou pas : l’impulsion ne répond pas mais travaille y chemine au cœur la fixité : on dira : on dira : ou pas : il n’y a pas de rhétorique mais une dynamique entre les signes : on dira : on dira : ou pas : l’image nous la pensions oubliée dans le contenu moteur : on dira : on dira : ou pas : reste de nos croyances un rituel temporalisé : on dira : on dira : ou pas : visée à l’origine ne s’attache pas à éclaircir : on dira : on dira : ou pas : opère en chaque fibre, un laisser-voir sans être-visible :

 

Reste le mot bat pouls tête à langue : connexe par : arcs

Une réunion d’ouverts : trivialisants_

_groupe_fondamental_

Sabots : chemins fermés_coupent chaque orbite

La projection : le passage sous_est un point :

Et un seul _

La promesse composée à la source_au but_

On peut donc former_ me faire un effort : comme ça me revient _l’induit

Commencez donc les actions_diagonales

Les cales canoniques _finir est déjà bien _en fond de boucles_

Un point de base opère naturellement sans_stabilisateurs

C’était après : avant : l’anachronisme : du finir comme_traction _entraîne douleurs

De lacets est un groupe de clarté pour la loi de_juxtaposition

Tracés fins livre son_tribunal à ruer son rejet des cordes simples

Claque sabot c’est taire de langue monodique : la même composition_ ses groupes _un chemin dans parts : infinis de couverts_

L’incidence qui ne se montre_manifeste_perfuse_

_Cycles : surjectifs_

L’action est _codée par l’effacement entre : ouvrir l’esprit conjuguer un faux_en général

Etais dedans : la boucle : une matrice préserve _l’évidence des retrouvailles

Tiré d’œil : exactitude à ces nœuds : laissés invariants :

_Monogène_ : homotope à l’identité_trouble

Trans-forme : une anomalie du genre : calcul simple : une mise à découvert_

Alors note_

Par proximité_abusive grammaire _degré de construction _sous espace –

De leviers catatoniques sur son siège de téléologie

Croisade : ou croiseur : dissidence : dans le manuel du _marteau d’où découle_

Entre enfoui et perdu : un couple de relations _ conservé_dans les applications

Le relèvement de son image un point ou son_représentant_ d’extraire l’écoute

Ne fait pas intervenir le choix_replié sur le monde _sa route

Associe l’unique : se prolonger : le risque : des effets retards

De retour comme : fonction instrumentale : le possible détaché

Spatialiser ce_comme_ ou ce _peut-être_ou_pas au-delà_

Faire entendre que son propre instrument : raréfie : l’effet de moins

On écrira du contexte que la possibilité se développe : elle-même

A réintroduire de l’observation au sens large : c’est modifier puis :

Observer : expérimenter : poussée s’attarde sur cet examen

Qu’une possibilité se développe d’elle-même dans l’ambiguïté

Temps d’action expérimentation pour modèle l’expression d’un

Tout rate est une possibilité qui agit sur elle-même une

Considération du soi-disant : se prolonger à l’origine des

Suppositions : ne faisons pas d’abstraction trop facile si ne :

S’incarne contre le silence à chaque fois on pense_ on dessine_

On peint_ on décrit l’expérimentation au lieu de l’effectuer on la

Fait dans la pensée cette immersion à défaut de la faire : une

Expérience dans la pensée que nous sommes représentés : une

Modification en risque possible de l’immersion pure un régime

De véridicité : c’est évident : on vous tâte la croyance la bonne

Expression par détours : peines : régressions : le monde se replie_ observer_

Les effets ou les conséquences : n’est pas l’exactitude pour tout être parlant

Le genre anatomique : ou destin : je ne suis que dans l’approche du milieu

Du contre-courant entre mondes des fidélités entre espèces et triage cristallisé

Produit commun est une ambiguïté à trois termes : couple

Extensif_ par le dépassement de formes de vies viables_

Train de naîtres_hybrides_et couche d’ozone_

Trait distinctif : écocentrique : mensonge : sa fiction : ça soustrait_

_Non_

_Ça_tombe à corps : honorer les palombes_ou_les morts_

C’est cumulatif au pouls rapide_

Saut d’une valeur intrinsèque : grammaire : cabre toujours : on fait des principes du genre : enfants

Archaïque d’une vision déluge : biocentrique et reprendre ce naturel courant

Repérer n’est à confondre avec la loi naturelle de l’intérêt qui pense

_méthodologie_

Le dépassement de cette tension : composante perfusive_

Langue dedans : râle routeurs_loge filaire_

Intégrative émancipée : un régime d’incivilité_ 

La douleur des visages : le fait de chercher_causes_ à égale distance_

Le mot reste : un impensé : sauf conduit : large avenue _ est un milieu de vie_multifactoriel_frappant_

Le milieu de vie rapproche des causes_ civilistes et des croyances subtiles_

Le moteur raté l’objection classique des petits ménages du passé

Je vis_

Je vis_

Je vis_

La peste fait la mauvaise : folle court_circum_fission générale_

La vie est dehors est une grammaire qui me_tombe_scissipare_

La vie me tombe _droite_ dans les bois_l’enfance étrange_on avance_

Ecouter : ferrage_jointure_foutraque du_perfusif

Formes de vies_façon éclairée_et animée_propulse_

Tête_dehors dans la construction_

Dans les restes_ un mur touche les bouts : vocaliques :

Fragmentation un tissus de liens _ en sous-sol_

D’amorces que je désigne : fusille croyance faible : de réalités comme énoncés_

Monisme : mon œil_pavillone_caboche_plaques duales_

Des plombs ou des mines des conduites dénoncées comme des contours

De trop : de : courant : pas assez : cheval : son tirant : suite :

D’enquête : bords : bruitisme des parois indexicales_filets_

Voyage a valeur d’esquisse irréductible _ouvre l’esprit à la pensée si_

_Fête-vous grave_

24 novembre 2013

[News] News du dimanche

Ce soir, une UNE exceptionnelle, avec un texte de Claude Favre en écho à celui de Fred Griot paru dimanche dernier, "Je ne me tairai plus". Suivent des Libr-événements à noter : Lionel Marchetti à Metz ; Pascal Bavencove, Jérôme Leroy, Gérard Streiff et Fabrice Thumerel à Lille ; Laurent Grisel à Fontenay-sous-Bois.

 

UNE : Claude Favre, "Je ne me suis jamais tue", en écho au texte de Fred Griot

Je ne me suis jamais tue, combattant dès l’enfance et l’adolescence les peurs qui mènent les hommes, qui les font se regrouper en se pensant forts à humilier, nier, faire souffrir un autre, tête de turc on disait, c’était souvent vouloir faire mal. J’ai croisé, côtoyé au sein de foyers dits d’accueil de jeunes gens sensibles, parfois courageux, parfois lâches,  qui deviendront légionnaires, ou nazillons, des adolescentes parfois gaies, parfois cruelles, jalouses de tout qui ne pensaient qu’à être mères, des adultes menés par les trouilles, la peur surtout d’être libre, le besoin apeuré de confort, la peur de vivre, de mourir, de laisser sa place aux autres, et me suis battue à en recevoir des coups, à voler de la nourriture pour des petites camarades terrorisées et finir à la cave, souillée, à faire l’objet d’un viol collectif de "représailles", à ne jamais me taire devant la moindre injustice, qu’elle me concerne ou pas, c’est-à-dire à faire que mes actes soient en conformité avec mes paroles, sinon nos exaltations ne sont que pommade pour belles âmes. Je n’ai pour ma part plus d’âme, juste un corps foutu, et grand merci une grande gueule qui demande solennellement, afin que nous puissions oser faire des enfants, soi-même ne pas rejeter l’autre parce qu’il y a désaccord, incompréhension, fatigue, ne pas nier l’existence de quelqu’un (je l’ai vécu à ma petite échelle par rapport à l’histoire sans nom des terreurs, exterminations, ce n’est rien à côté, incomparable, juste pour moi un rappel jour et nuit d’un devoir de justice, en étant rejetée, battue, oubliée, affamée, humiliée, violentée, déshumanisée  puis plus tard niée dans mon travail pour m’escrimer bien sûr maladroitement à dire ce que je fais et faire ce que je dis. J’ai trouvé dans le monde poétique les mêmes sentiments malsains, peurs, jalousies, mesquineries, méchancetés, lâchetés, prétentions, et négation de l’autre (dans sa forme seulement amorcée mais…), aussi solennellement je demande pour avoir encore envie de faire partie de l’humanité, pour pouvoir croire en ces mots que nous disons tous en ces heures malsaines, que nous nous tendions la main, Fred, sans justifications, sans reproches, peut-être même avec le sourire, pour ne pas commencer nous-mêmes par exclure, au-delà des mots d’altérité, d’empathie, sans prétendre recoudre le tissu déchiré de l’amitié, juste par humanité. J’ai longtemps pensé ne pas faire partie de l’humanité, tu le sais mieux que personne, et je te prie de m’excuser de te l’avoir dit mais je te l’ai dit parce que tu disais être ma famille, et j’excuse tout pareil ton attitude. Je connais par mon histoire personnelle, et aussi familiale, ce qu’est résister, survivre, réchapper à l’horreur, résister à en mourir s’il le faut à ce qui ose sans scrupules se vomir à nouveau aujourd’hui. Je préfère m’exclure volontairement de notre mauvaise humanité que d’y contribuer même petitement. Bonjour Fred, je continuerai à te lire, à soutenir ton travail comme je l’ai toujours fait. Nous ne sommes plus amis, nous ne nous comprenons pas toujours, mais nous sommes tous les deux des frères humains. Bonjour et belle vie à toi.

Libr-événements

â–º Vendredi 29 novembre 2013 à 20H, Librairie Geronimo, 2 Rue Ambroise Thomas, 57000 Metz.

 

Performance de Lionel Marchetti à la librairie Geronimo (Metz). – partenariat avec l’association Fragment – Metz.
tél : 03 87 74 48 01
entrée libre
LIONEL MARCHETTI
Lionel Marchetti textes, voix, revox

Lionel Marchetti dont on connait le travail de compositeur de musique concrète, d’improvisateur musicien et d’écrivain essayiste sur l’art des sons, écrit depuis toujours des poèmes même si très peu sont édités sur papier à ce jour (cf. revue en ligne lampetempete.fr pour des versions en édition numérique). Après avoir écrit de longs recueils comme Les fleurs tombent ou encore Cahier Japonais, il travaille actuellement à un Livre des falaises (journal du musicien), recueil d’une centaine de poèmes tirés tant de ses carnets et journaux que de ses pérégrinations lors de ses tournées musicales.
Quelques fragments du Livre des falaises seront lus ce soir et mis en son sous forme d’une performance live électronique et acoustique.
Photographe : Alexandra Lebon
POEMA est impulsé par Sandrine Gironde.
Coordination : Sandrine Gironde (Cie l’escalier), Marie-Noëlle Brun (Cie Vents d’Est), Anne-Margrit Leclerc (Compagnie du Jarnisy).
Chargé de mission Médiathèques et BDP : Franck Doyen
Gestion de la communication Internet : Yannick Torlini
Contacts : S.Gironde – 06 63 14 52 70 / cieescalier@free.fr
Site internet : cie-lescalier.com

â–º Rencontres Écrits du peuples, écrits du Nord

L’association Espace Marx organise le samedi 30 novembre les Rencontres "ECRITS DU PEUPLE – ECRITS DU NORD", au 6 bis rue Roger Salengro à Hellemmes (accès Métro : Ligne 1 – Station Marbrerie)

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Au programme : Lecture, Ecriture, Création littéraire d’inspiration sociale.
Avec la participation de romanciers, nouvellistes, essayistes, poètes, chercheurs universitaires, et autres "passeurs-médiateurs" de l’écrit

– 10h-10h30 : Ouverture des rencontres par Jacques Roillet, président d’Espace Marx et allocution de Jérôme Leroy, écrivain, parrain de l’événement.
– 10h30-12h30 : rencontre-débat, "Quel travail !? Les représentations du travail en France dans les récits contemporains".
Avec Fabrice Thumerel, Université d’Artois (Arras), spécialiste en sociologie de la littérature contemporaine.

Que les représentations du monde du travail dans la littérature française soient historiquement et politiquement marquées ne sauraient étonner. Ainsi l’effacement progressif, au cours du XX° siècle, de la centralité d’une classe ouvrière organisée et solidaire, identifiée comme telle dans la vie sociale, est allé de pair avec la reconquête par les acteurs d’un capitalisme managérial, quelle que soit sa crise, d’une hégémonie idéologique dont les termes "concurrence", "compétitivité", "efficacité", "performance" sont devenus les maîtres mots. Si les acteurs anciens du travail sont peu à peu devenus invisibles, la question du travail reste une donnée sociale, économique et politique majeure. "Rien d’étonnant" donc, selon Fabrice Thumerel, "à ce que l’on puisse déceler une homologie entre, d’une part, les mutations économiques et socioculturelles, et, d’autre part, les nouvelles formes d’écriture du travail", quels que soient par ailleurs les labels choisis pour en rendre compte.

– 12h30-13h15 : Poursuite de la discussion avec les intervenants et auteurs. Dédicaces.
– 13h15-14h30 : Pause-repas.
– 14h30-16h30 : Table ronde "Les passeurs de parole et médiateurs de l’écrit – Richesse et diversité des expériences de terrain", animée par Ricardo Montserrat, écrivain et auteur dramatique, et Laurence Mauriaucourt, journaliste à L’Humanité, avec la participation d’associations d’éducation populaire et de solidarité, d’animateurs d’ateliers d’expression orale et écrite…
– 16h30-17h: Pause dédicaces.
– 17h-19h: Débat "Le Roman noir – littérature de contrebande et de subversion ?"
Avec Gérard Streiff, auteur de "polars" et Jérôme Leroy, écrivain, animé par Pierre Gauyat, auteur de "Jean Meckert, du roman prolétarien au roman noir contemporain" (Encrage, 2013), et Pascal Bavencove, écrivain et militant syndical.

â–º La médiathèque Louis Aragon organise plusieurs événements autour de Charlotte Delbo, en coopération avec le collectif d’artistes La Fonderie. C’est dans ce cadre que Laurent Grisel est invité à faire une lecture samedi 30 novembre (Médiathèque Louis Aragon 2, avenue Rabelais 94120 Fontenay-sous-Bois).

La lecture commence à 15h00. Venez un peu avant ; vous aurez ainsi le temps de voir plusieurs grandes toiles de Judith Wolfe accrochées dans la médiathèque.

12 novembre 2013

[Chronique] Claude Favre, Vrac conversations, par Jean-Nicolas Clamanges [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois – 2]

Suite au long poème inédit de Claude Favre publié en huit livraisons ("ARN_Agencement Répétitif Névralgique_voyou"), le dossier se poursuit avec ce texte fantasque de Jean-Nicolas Clamanges, qui n’en est pas ici à sa première chronique sur l’auteure.

Claude Favre, Vrac conversations, éditions de l’Attente, 2013, 50 pages, 8 €, ISBN : 978-2-36242-038-2.

 

Déjà vu sur Poezibao, c’est devenu un livre de notes de lecture comme on n’en écrivit jamais tant c’est écrit dans la langue que s’est faite Claude Favre et qui là donc récrit tout le noté du lu pour un livre sans doute pas si vite écrit que c’est dit. Le fil de lire s’enroule en cocon de vent dans les rangées de la bibliothèque vide où résonne le seul nom qui jamais ne manque à l’appel du silence, mais ça vente. Y pourrir dans les lettres tombées du grand livre de l’air, cercueil à l’ébène tranché : oui, la baleine de Melville nage harponnée sur la mer démontée où la lectrice farfouille son libellus en compagnie de Raymond Lulle tandis qu’à l’horizon d’encre flashent et reflashent les foudres claires de la langue. Le jour pourri à l’œuf de cane déballe des pages et des pages de horions à la tête des bambins souffreteux qui peinent dans les abysses du grand foutoir dantesque où danse la rimbambelle des bons amis très bien cultivés : Maurice Alarmé et Stéphane de Scève s’embrassent sur la bouche tandis que sous le laurier de Virgile, en dessous du volcan, coule le peu profond ruisseau de bourbon que tant aima Malcom – mais lequel ? L’homme pour qui jamais ne passe le temps poursuit la femme de la douleur au point de rebroussement de la courbe d’un style – mais quel ?

Voici :

_Alors Rabelais engendre Novarina qui beaucoup et

d’exagères et Melville une baleinière comme quoi toute

structure est archipel faut savoir que toute l’histoire est

réelle le cul à terre chiche

Les circonstances ne sont jamais propices à l’allure Belzébuth des morves contemporaines ou non, c’est du sang partout dans les rues sous un soleil de plomb fondu, et ça se murmure comme ça :

_De bonnes langues geignent qu’il outrepasse tandis

que les massacres se perpétuent en Syrie qui nous font

tant Alice au pays des merveilles Au cœur des ténèbres

La vie est un songe Mômo Le cul de Judas Les

boutiques de canelle Woyzeck à la hauteur des

circonstances du temps et cætera

 

Terrassé le veau tendu façon boucher pendu façon pendu à la maîtresse branche de la potence où oscillent au blizzard les vers de Villon, Maïakovsky, Shakespeare, Loys de Founess, Humpty Dumpty, la moule de Nazim Hikmet et son frère, & Mandelstam la bouche terreuse & Pétrarque, qui a lu Canetti qui avait lu Vaugelas & Pichette avec Rimbaud & Leopardi pour en faire des cuts up découpés en fines lamelles de mou de veau dans un oculus où Erasme abhorrait Villon et tous les fins amis de l’homme aux rats, et même Sainte-Beuve.

& allez ! défilez la Patristique et les vieux langueurs à fière lippe : l’homme de l’Anabase & celui de l’Histoire naturelle & celui des Rubayat et ses visions de mouches & Avistote et Aricenne & Butacchi et Georges-Louis B. & le Délié de Lyon et la Chicotte du Don & le grand William et le cher Nasier & Laine de vers et Beau des reins & coetera, j’en passe & du meilleur.

Mais pas une tête molle à langue de rat, pas un(e) quatorze fois exécrable : rien que de paire à pair(e)s très biens, anciens et modernes plumeux & tapewriteux : rien à redire rien à rejeter & allez ! Bartleby ne sait plus même quoi ne pas préférer dans cette arche de Méduse bourrée de pages en partance pour le Déluge où voici, tiens ! l’homme mort dans la neige qui écrivait comme un oiseau d’humour oblique dans les nuages – colloque sentimental :

_Walser est un homme un peu comme si la définition

n’était qu’une invention pas de quoi mais si répond

Melville c’est beaucoup plus il y va à la vie Melville dit

Duras c’est beaucoup plus que la mort beaucoup plus

convulsion le cœur éclaté et qu’ils se séduisent le jeu

dépasse à la va comme même pas les objectifs initiaux

Narcisse plonge nos rivières dégorgent une baleine le

monde c’est comme ça c’est désarmant dit Marguerite

 

En résumé, le paradigme symptomal de l’inépuisable recueil de lire offre sa goutte ténébreuse à l’arc en ciel du nord pour que la suite advienne de ce qui jamais ne devait avoir de commencement.

Claude Favre qui n’écrit comme personne a aussi d’excellentes lectures.

C’est fou, c’est chic.

11 octobre 2013

[Texte – 8 et fin] Claude Favre, A.R.N._ Agencement Répétitif Névralgique_ voyou [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois]

Voici la fin de ce long poème inédit : avec Claude Favre, cueillez "les phrases dans leur remuement balancé"… [Lire la 7e livraison]

 

Elle dit c’est un nom d’absence au monde, heurtée, comme syncope et prodromes de quoi, tu vivras vite elle dit plus commentaires in petto, tombe peinte, comment je pourrai écrire son nom, pour la reconnaître et son nom étranger comment, pour mémoire, l’oubliée, hélice force motrice c’est-à-dire la vie pousse succombe, implosive, preuve de l’inexistence de dieux, réveils longs en sursauts, boucans, douleurs, ne me, que, la Syrie, où, dit-elle, en est-on

 

Elle dit le réel n’a pas de régimes régiments de vérité, c’est comme la grammaire ça échappe, toujours, à l’œuvre la faim, elle dit d’autres mots ce sont toujours d’autres mots, pour qui ne pleure pas

 

Sombre plainte de sa bouche/Je veux, elle dit, respirer, tout beau tout simple pas rien, tendre l’oreille ma parole, je veux elle dit, cueillir les phrases dans leur remuement balancé, écouter à l’envers l’expérience bisque rage apaisée, oui, dire la vie, la mort c’est encore trop pour moi je veux, elle dit répète la mort c’est encore trop pour moi, je veux je serai mon cheval devenir un cavalier

 

 

 

Ni d’ici ni d’ailleurs, elle dit la grammaire ça vous sauve la peau, d’arrache, fouette les sangs, c’est de l’air dans les poumons, descente dans les veines, quand la tête se dissocie du corps, les nuances elle dit foutues grinces, vieux guingois, intempestif galop de langues, on ne revient de certaines nuits, avant c’est aussi après l’entrée dans certaines nuits, effiler des tissus les réduire en charpies toujours c’est un verbe d’aujourd’hui, advenir elle dit, veux commencer c’est un verbe rêvant, l’évocation des morts vieille lune, parce que, revenir reviens, commencer est un verbe pour les cendres jetées du haut de la falaise, pour se jeter à l’eau

 

Comme on fait le difficile, dire, tout de même dire été trop un petit peu voyou

 

 

5 octobre 2013

[Création – série] Dreamdrum 11, Thomas Déjeammes / Claude favre

Avant même que de mettre en ligne la dernière partie du long poème inédit "A.R.N. _ Agencement Répétitif Névralgique_ voyou", parallèlement au Dossier Claude Favre, donc, voici la seconde collaboration entre l’auteure et Thomas Déjeammes [lire la première], qui a lancé le projet Dreamdrum en mars dernier. Sa photo grattée est accompagnée ici d’un texte à fleur de mots qui nous dit quelque chose d’essentiel : "trop près du corps mal à parler"… /FT/

 

vieille affaire & toujours des mots ne sont pas notre

langue n’est s’ils font bricoles flottent affaires de peu

qu’importe le panache pourvu qu’on soit gagnant

dents & or & nous contents on s’en remet à eux ad

libitum qui tournent dans les bouches tristes

anxieux tout de même de peu être si peu à querelle

on sent parfois qu’il y aurait à dire à n’être que trop

près du corps mal à parler & cette langue finissante

qui n’en jamais à toujours vieille affaire

de mots plaqués à nos peurs cousues de lettres pas

assez mortes mots jusqu’au sang creusés collés raidis

aux parois pharynx palais gorge larynx fortunes

& passages obligés pour quoi lèvres tuméfiées

mots poisseux aux entournures de quelle folie

nôtre se déguiser ainsi couler couture s’arracher la

pour qu’elle aille bon vent langue adieu qui n’est

pas notre langue de quoi adieu baveuses bouches

couvées des mots toujours de toi à moi même

m’aime pareil ça amer & parfois ça démange à

lacérer toutes coutures au vent de l’air entre les

mots de l’air la langue n’existe pas plus n’existe que

peau à la fin peau qu’à jeter en dépit du bon sens

arracher peau des mots jusqu’au sang pour

mots entournures de mal phrases & emboucher

vives langues grenues comme légères & souples de

très jeunes filles qui pressent le pas & riant

27 septembre 2013

[Texte – 7] Claude Favre, A.R.N._ Agencement Répétitif Névralgique_ voyou [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois]

Voici l’avant-dernière livraison de ce long et fascinant agencement répétitif de Claude Favre, premier volet en huit extraits d’un dossier important. [Lire le 6e extrait]

 

Boîte à magie c’est merveilles, après tel trou noir tombe tombe ce serait soleil, noir, mais ruade, reins, d’insolence, paroles guingois, pas vraiment muette et avec des tas de moyens, bazar chambard et toutim tintouin, chaos, tantinet sauvage elle dit, et un rien veilles, un brin nanotechnologie, foutue boite à magie, théâtre de, mésécritures crincrin, le chemin sans retour, à dead lines, je trace elle dit me récite moteur c’est peut-être pas une question de temps, Ah ! je ne suis pas métaphysique, moi

 

Précipité départ, narrations suspensions, tête à rien corps bas l’inverse, elle dit je retiens mise à mort ma parole, me demande se quitter, verbe réflexif est-ce, donner le repos à, le voudrai simplement, me donner ma mort c’est à moi, ça plan précis violemment, je, voudrais dire, retour case ne suis, pas, que, traversée crans craintes que, par folie que, des autres, elle dit j’insiste, les mots ici et maintenant sont d’origine obscure, déceptive, brutale

 

 

 

Elle dit, la faim c’est aussi quand d’autres et se gavent et se plaignent, l’homme tout passe par la bouche, couleuvres, alouettes et mistigris, mors contre dents, piaffe et bave, à renâcles, la mort c’est quand les mots sont morts dans la bouche, quand les mots braqués étouffent à, étreignent et cognent dans le ventre, elle dit alors il est question de crispes, crampes, nœuds

 

Elle dit un mois et demi disparu de mon calendrier, bonjour février et bonne année, fouillis des parenthèses, quel chaos boîte pandore, crans à questions, jours Bosch qu’Arcimboldo, on devrait être plus que toujours seul à certains moments, elle dit je dis, dire est un verbe qui bouge, elle dit ma tête tombe peinte au sang, elle dit certains jours certaines nuits dire est un verbe macabre, elle dit certains réveils sourds à, chercher, à, en mourir, sont traversés comme des révolutions, indicibles, elle dit, indicibles

 

Elle dit dormir n’est pas toujours de tout repos, chaos, boîte à crans, dommagée par rupture, celle que fait la vie cassant, sens dessus dessous, mais vous dire ce que j’y ai entendu, elle dit, voudrais-je pourrais-je, ou l’inverse, outre tempête fracas noir de bruits boucan, il y aurait aussi à dire le silence, quel pourrait être le mot pour dire le silence, compte tenu des nœuds, la sortie de la nuit

17 septembre 2013

[Texte – 6] Claude Favre, A.R.N._ agencement répétitif névralgique_ voyou [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois]

Voici la sixième livraison sur huit de ce long agencement répétitif névralgique. [Lire la cinquième]

 

D’entre souvenir et sourire la trivialité est refusée, de l’énervement mots exhumés excavés, traque, la beauté, un mot se lance, ou se retient, un mot c’est matière et sang qui frappent mémoire, répétition contre incertitude, elle dit, doute, doute par défi, parle défie, revenir sur les lieux du crime parler c’est dire, elle dit se souvenir larcins

 

 

 

 

 

 

 

Elle dit un corps c’est un verbe qui parle travers ça au mieux gazouille merdouille, usé d’indignation râle, des fois ça rigole des fois disparaît des fois entre les mots qu’on dit, pas de quartier, un corps sera exécuté, des fois long générique, un corps horde des fois, espèce sauvage, qui résiste même la mort, un deux trois trou, un corps quand il a faim, n’a des mots que silence, ça fait du bruit un corps pour vivre a des verbes, elle voudrait dire, des pratiques de déterrement

 

Revers de paroles, c’est toujours elle dit un corps qui flanche, n’imagine pas assez la mort, un corps soumis à la pression cogne parois, craque, c’est ça qui, sans la parole il ne peut, il ne, jusque, ni juste, là aller, jusque là, elle dit les nazis obligèrent à dire des morts, hommes, qu’ils n’étaient eux, rien, marionettes poupées rien, aussi parler quand nous sommes pour, nous qui ne, pour eux, comment parler, mais, pour eux

 

Comment, pies tombes, un corps quand il dit, je ne, se souviens de, rien des mots laminés ça dégâts, nous, d’imagines, on jette sciures cendres, bois jetés, clous, on dit c’est le présent, dit-on le présent, pas dit entre la mort moi la traque, la beauté trou c’est pas dit pas dit elle dit, un corps c’est le vôtre, on a quelques problèmes mémoire, de contusions en confusions, mort encore trop pas assez celle des autres, ça on l’oublie, on dit désolé mot démotivé rien d’une désolation j’ai des soucis, pour dire je ne suis pas là, pas agir c’est difficile, les mots font-ils ce qu’ils disent toujours je n’en, suis revenue, que, parce que, fermés les yeux la mort joue juste

 

 

 

 

Elle dit pas rien la boîte crincrin, du fin fond kaléidoscope, science participative, déploiement quand maintenant n’est plus qu’après, somme toute vie commune, pas qu’un peu crâne d’où l’on vient, c’est qu’après, on a des mots bouches et oh la la des bouches abattoirs, on a des mots silences on n’a, n’imagine pas ce qu’un corps oublie, mélange, paralyse, il y a à, apprendre, vivre est un verbe d’écart, on n’imagine ce qu’un corps mémoire, c’est un peu curieux parfois, à déjà et plus jamais, et puis on sait plus, j’étais un corps, qu’est-ce qu’il, vous disiez

 

5 septembre 2013

[News] Libr-reprise…

De Rentrée-littéraire en Rentrée-littéraire, de non-événement en non-événement, le sentiment d’étrangeté s’accentue : à quelle réalité rattacher ce monde fantomatique de la "vie littéraire" ?

Pour avoir dès le départ refusé de s’y intégrer, Libr-critique n’en a-t-elle pas pour autant moins de réalité ? En cette Libr-reprise où le site a fait peau neuve, c’est le moment, non pas de réaffirmer une quelconque "identité" – LC existant dans l’errance et la différence, le flux, le fugitif et le fantasmatique -, mais d’expliciter ses lignes de force et de fuite : loin de se borner à proposer uniquement des critiques dites "libres" – mais en réalité dissoutes dans l’insignifiance du marketing généralisé et du Marché triomphant -, LC est un chantier polymorphe qui vise la mise en crise des pratiques et des représentations dominantes, le nomadisme esthétique – c’est-à-dire le perpétuel dépassement/déplacement des frontières normatives -, la perpétuelle quête de lieux autres (lieux livresques ou numériques, espaces improbables), la défense d’expériences résolument libres parce que critiques…

C’est ainsi que ce soir nous commençons à sonder à notre manière la série des livres de "Rentrée" retenus (Jean-Marc Rouillan, Le Tricard ; Antoine Brea, Petites vies d’écrivains du XXIe siècle), tout en clignant du côté de MANIFESTEN – nouveau lieu d’Al dante -, d’Actoral 2013 et d’un nouveau site, Littérature, etc.

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28 août 2013

[Texte – 5] Claude Favre, A.R.N._ Agencement Répétitif Névralgique_ Voyou [Dossier Claude favre ou la poésie comme langues de guingois]

Avant de poursuivre ce Dossier avec une biobibliographie et deux analyses critiques, nous reprenons la publication de ce long poème inédit dont les agencements chaotiques d’affects vous empoignent. [Lire la 4e livraison]

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21 juillet 2013

[Revues] Libr-revues de poésie : trois nouvelles venues

Profitez de cette vacance pour découvrir trois nouvelles revues de poésie : K.O.S.H.K.O.N.O.N.G (Jean Daive) ; AKA (Stéphane Korvin) ; Larevue* (Mathieu Nuss).

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11 juillet 2013

[Texte – 4] Claude Favre, A.R.N._ Agencement Répétitif Névralgique_ Voyou [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois]

La parution en juin de Vrac conversations (Editions de l’Attente), Métiers de bouche, ijkl (Ink), sans oublier ses contributions à la revue Aka et à divers sites, marque le lancement du grand dossier consacré à celle qui est tombée en langues de guingois – vlang ! Jusqu’à l’automne prochain, seront publiés une notice biobliographique, des analyses sur l’œuvre et, par fragments, un long inédit dont le titre commence par A.R.N. (Agencement Répétitif Névralgique) pour offrir un clin d’œil à l’auteur de cette appellation (Fabrice Thumerel). [Lire la troisième livraison]

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28 juin 2013

[Texte – 3] Claude Favre, A.R.N._ Agencement Répétitif Névralgique_ Voyou [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois]

La parution en juin de Vrac conversations (Editions de l’Attente), Métiers de bouche, ijkl (Ink), sans oublier ses contributions à la revue Aka et à divers sites, marque le lancement du grand dossier consacré à celle qui est tombée en langues de guingois – vlang ! Jusqu’à l’automne prochain, seront publiés une notice biobliographique, des analyses sur l’œuvre et, par fragments, un long inédit dont le titre commence par A.R.N. (Agencement Répétitif Névralgique) pour offrir un clin d’œil à l’auteur de cette appellation (Fabrice Thumerel). [Lire la deuxième livraison]

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19 juin 2013

[Texte – 2] Claude Favre, A.R.N._ Agencement Répétitif Névralgique_ Voyou [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois]

La parution en juin de Vrac conversations (Editions de l’Attente), Métiers de bouche, ijkl (Ink), sans oublier ses contributions à la revue Aka et à divers sites, marque le lancement du grand dossier consacré à celle qui est tombée en langues de guingois – vlang ! Jusqu’à l’automne prochain, seront publiés une notice biobliographique, des analyses sur l’œuvre et, par fragments, un long inédit dont le titre commence par A.R.N. (Agencement Répétitif Névralgique) pour offrir un clin d’œil à l’auteur de cette appellation (Fabrice Thumerel). [Lire la première livraison]

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5 juin 2013

[Texte] Claude Favre, A.R.N. _ Agencement Répétitif Névralgique_Voyou [Dossier : Claude Favre ou la poésie comme langues de guingois]

La parution en juin de Vrac conversations (Editions de l’Attente), Métiers de bouche, ijkl (Ink), sans oublier ses contributions à la revue Aka et à divers sites, marque le lancement du grand dossier consacré à celle qui est tombée en langues de guingois – vlang ! Jusqu’à l’automne prochain, seront publiés une notice biobliographique, des analyses sur l’œuvre et, par fragments, un long inédit dont le titre commence par A.R.N. (Agencement Répétitif Névralgique) pour offrir un clin d’œil à l’auteur de cette appellation (Fabrice Thumerel).

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10 mai 2013

[Création – série] Dreamdrum, Thomas Déjeammes / Claude Favre

Avant même que nous ne lancions le Dossier qui lui est consacré, Claude Favre nous livre l’un de ses agencements répétitifs dont elle a le secret pour accompagner la photo grattée de Thomas Déjeammes. [Lire/voir Dreamdrum 3]

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