Libr-critique

7 août 2015

[Livres – news] Libr-vacance (2)

Après une Spéciale Libr-vacance, notre Libr-sélection (Bergen, Verheggen, G. Mar, Guesdon, Parlant, Gare Maritime 2015)… De quoi attendre fin août la reprise de Libr-critique. (Vous pouvez également remonter les pages LC et vous servir du moteur de recherche en haut à droite : vous attendent près de 2000 posts !).

 

Spéciale Libr-vacance

â–º Marie-Christine Masset (poète, membre du conseil de rédaction de la revue Phoenix cahiers littéraires internationaux ; collaboratrice de Libr-critique) :

♦ Du 2 au 5 juillet a participé à la deuxième édition du Festival C’Mouvoir dans le Cantal. A découvert avec bonheur le poète Antoine Mouton et écouté Raphaël Monticelli. Est en train de travailler à la traduction d’un recueil de poésie aborigène.

Lectures Libr-juillet :
Osiris 80, Contemporary Poetry/ Poésie Contemporaine (106 Meadow Lane Greenfield Massachusetts 01301 USA)
Estuaire, numéro 161 (Outremont Québec)
Contre-Allées, 35/36
Les Cahiers du Sens, n°25 : Le Feu
Ce qui est écrit change à chaque instant, anthologie quarante ans de poésie, Le Castor Astral
Elise Turcotte, Dark Menagerie, Guernica Editions
Tim Winton, Eyrie
Antoine Mouton : Les Chevals morts, Les Effarées
Raphaël Monticelli : Les mers intérieures, Motus

Relectures prévues :
William Faulkner, Lumière d’Août, Folio
Angèle Paoli : Les Feuillets de la Minotaure, Editions de Corlevour/Revue Terres de Femmes
Tim Winton : Cloudstreet, Pinguin Books

â–º Corinne Lovera Vitali, poète qui participe ponctuellement à LC (prochaine contribution : "Monsieur Rabbit"), va publier à la rentrée : Absence des cowboys, dessins de Stéphane Korvin, Ripopée ; "Apnée" aux éditions Contre-Mur.

 

Libr-sélection /FT/

â–º Véronique BERGEN, Le Cri de la poupée, Al dante, Marseille, été 2015, 248 pages, 17 €, ISBN : 978-2-84761-742-9.

Après Edie. La Danse d’Icare, épopée trash de 2013 consacrée à Edie Sedgwick (1943-1971) – l’actrice et mannequin qui a représenté "la Marilyn Monroe de la contre-culture", celle dont l’"état naturel, c’est le manque" – et la biofiction portant justement sur MM (Marylin. Naissance, année zéro, 2014), toutes deux parues chez Al dante, voici une tout aussi sidérante anti-narration, au centre de laquelle gît la femme-marionnette Unica Zürn, artiste et écrivaine allemande (1916-1970) qui s’est défenestrée après un destin tragique fait de "résidus de fragmentations atomiques".

Rappelons l’enjeu de ce type de texte : "passer le matériau brut de vies au travers du prisme de la fiction […] redonner vie, couleurs, voix, étoffe à des personnes réelles coulées dans les eaux de l’imaginaire ne va pas sans le souci de laisser intacte leur part d’ombre" (Edie). C’est ici à travers le regard d’entomologiste de sa rivale Christa (anagramme de "Trichas"), qui fut également la maîtresse de Hans Bellmer, que, à coups de mots-torpilles et de bégaiements syntaxiques – caractéristiques de l’écriture-crachat -, prennent vie les schizogrammes de celle qui n’a pu "ni vivre ni mourir sans bourreau".

Après ce troisième volume de la série, nul doute que Véronique Bergen fait déjà partie des voix actuelles les plus singulières.

 

â–º Jean-Pierre VERHEGGEN, Ça n’langage que moi, Gallimard, printemps 2015, 128 pages, 13,90 €, ISBN : 978-2-07-014924-7.

De quoi ci-gît-il ?
En retraite, ce docteur horroris causa du langagement envisage avec "humort" ses activités de septuagénaire, avec "conjugaison gaga" et craductions latines à la Prigent, et même sa façon de quitter cette terre complètement "calembourré" pour mériter un "monument funérire"… Ce qui ne l’empêche pas de s’en prendre avec verve aux snobinards, aux ultra-contemporains, à "Madame Supermarché", ou encore aux technophiles – "télédéchargeurs précoces"… C’est dire que, pour notre plus grand plaisir, nous assistons une fois de plus à un carnaval des mots (mots-valises, calembours et à-peu-près, etc.).

 

â–º G. MAR, Nocturama, textes-rêves & hypnagogies, Toulouse, Le Grand Os, coll. "poc !", hiver 2014-2015, 96 pages, 12 €, ISBN : 978-2-912528-21-6.

Les meilleurs passages de ce livre qu’il faut absolument découvrir ne résident pas tant dans l’inventivité surréaliste que dans les jeux avec le temps et les codes : l’agencement répétitif va jusqu’à alterner réel et virtuel, la narration étant informée par le jeu électronique. Entre deux mondes, les lecteurs ébahis peuvent contempler leur devenir, le parcage de l’humanité : "Le parc a pour objectif de préserver cette forme ancienne de l’humanité et l’offrir en spectacle à nos contemporains afin d’en entretenir la mémoire vivante […] le Monde Nouveau est là qui nous attend avec ses promesses d’harmonie sociale […] une forme très futuriste (postmoderne) de zoo humain…" (p. 25-26).

 

â–º Maël GUESDON, Voire, Corti, hiver 2014-2015, 88 pages, 14 €, ISBN : 978-2-7143-1143-6.

Pour Maël Guesdon, jeune poète de 28 ans, la poésie n’est ni dans le voir, ni dans le savoir, mais dans l’insu, le voire. À même les choses. Et même sans figures – littérale. "Soumise aux choses inanimées", elle "défait le lien de vivre et raconter". D’où sa poétique : "coupes où le flux n’a pas de reprise". Le texte présente ici un type d’illisibilité particulier lié à l’indétermination pronominale et énonciative, aux apocopes et juxtapositions syntaxiques…

 

â–º Pierre PARLANT, Exposer l’inobservable, Contre-Pied, coll. "Autres & Pareils", hiver 2014-15, 32 pages, 4 €, ISBN : 978-2-916252-46-9.

Examinant le travail du "bricoleur-artiste-photographe" Denis Bernard, Pierre Parlant est frappé par sa façon paradoxale d’"exposer l’inobservable" : ses recherches expérimentales visent à rien moins qu’à montrer l’au-delà du voir, ce qui échappe à l’œil en tant qu’organe, mais non en tant qu’éclaireur de l’imagination. Car "l’œil, sitôt ouvert, est un faiseur d’intrigue."

 

â–º Gare maritime, anthologie écrite et sonore de poésie contemporaine, Maison de la poésie de Nantes, été 2015, 108 pages + CD, 17 €.

Liée à la programmation des diverses manifestations que cette institution a organisées en 2014, cette publication nous offre un bon cru 2015 : en plus de lieux poétiques cruciaux (Le Bleu du Ciel, Héros-Limite, Plaine Page, La Barque, la revue Espace(s)), sont présentés par d’autres auteurs – avec extraits textuels et sonores -, entre autres, quelques-unes des voix poétiques actuelles des plus singulières, dont Libr-critique vous entretient régulièrement (Valère Novarina, Patrick Beurard-Valdoye, Claude Favre, Mathias Richard, Philippe Jaffeux, Marie de Quatrebarbes…).

27 décembre 2014

[Chronique] Véronique Bergen, MM… Marilyn au Miroir

Entre ciel et gouffre… tel est le grand écart que nous fait accomplir cette biofiction sidérante, ubrique et lubrique.

Véronique Bergen, Marilyn, naissance année zéro, Al dante, automne 2014, 296 pages, 17 €, ISBN : 978-2-84761-763-4.

"La vie n’est qu’une question de portes à franchir" (p. 9).

MM… comme Marilyn au Miroir – où elle se construit en baby doll, en "bimbo sexy"… MM, comme Martin Mortensen, le mari-de-sa-mère-qui-n’est-pas-son-père… MM, comme Maladie Mentale… Diagnostrique de la célèbre Anna Freud : grossesse extra-utérine d’une mère psychotique associée à la mort et à l’analité (MM : Marilyn au Mèroir) / "fille de personne" en perpétuelle quête du père… « "Nymphomane, exhibitionniste, besoin pathologique de séduire" » (80) / « "Faux self, ego à renforcer, compulsion sexuelle consécutive à des abus précoces, à des viols" » (81)… Qui es-tu Marilyn ? Une "femme-enfant troublée", "un poids mort qui danse au bord du gouffre" (105)… une "star de plastique et de vomi" (123), "une obsédée du côlon" (235)… "je suis une fente qui s’ouvre à tous vents car je suis fissurée de naissance" (171)…

Après Edie. La Danse d’Icare, épopée trash consacrée à Edie Sedgwick (1943-1971), l’actrice et mannequin qui a représenté "la Marilyn Monroe de la contre-culture", celle dont l’"état naturel, c’est le manque", voici une autre biofiction pour constituer un diptyque. (Rappelons l’enjeu de ce type de texte : "passer le matériau brut de vies au travers du prisme de la fiction […] redonner vie, couleurs, voix, étoffe à des personnes réelles coulées dans les eaux de l’imaginaire ne va pas sans le souci de laisser intacte leur part d’ombre"). Edie/Marilyn ombre et lumière, Eros et Thanatos…

En sept temps forts ("L’Enfance", "Le Temps Marilyn", "Daddy", "Blondeur", "Les Chiffres", "MM", "Le Gouffre"), ce récit caractérisé par sa polyphonie et son éclatement spatio-temporel évoque avec brio le destin tragique de la Blonde mythique. Espace tragique : "C’est comme ça qu’il faut vivre, en s’auto-abolissant, réclusion à perpète dans une caboche qui fuit de partout" (46)… Temps tragique : compte à rebours depuis la naissance ; compte à rebours jusqu’à la mort… Dans les nombreuses sections – datées de 1933 à 1975 -, sur fond de star system et d’intrigues politico-mafieuses (Century Fox, Cosa Nostra, clan Kennedy, FBI…), s’entremêlent de multiples voix (avec un dialogue intérieur poignant entre la star et la fille bègue qu’elle est toujours au fond d’elle-même – Norma Jeane) qu’orchestre un phrasé vertigineux que l’on pourrait appeler érotopoétique. Parmi les scènes éréthismiques, on retiendra celle, sadique et perverse – ressortissant à la fois au satanique et au divin -, où Sam Giancana, le boss de Cosa Nostra, torture un homme dont le seul tort a été de culbuter MM.

"Tout ce que touche Marilyn finit dans sa bouche" (79)… L’oralité caractérise MM comme le style même du texte : avides, nous dévorons une écriture orgiaque et compulsive, une écriture de l’excès qui nous électrise – qui, comme le cinéma, "libère les fauves qui sommeillent, […] ouvre les boîtes crâniennes, descelle les boîtes de Pandore qui déversent un mélange de guimauve et de venin" (19). Une écriture de la mutation : grammaticale (translations : s’apocalypser, marilynmonroeiser, normajeaner, pulcineller…) ; phonique/sémantique (calembour : "elle a oublié le langage des hommes sweet hommes" – 148)…

9 novembre 2014

[News] News du dimanche

Avant que de revenir en début de semaine sur l’événement autour de DOC(K)S, ce soir nos Libr-brèves : Poésie action en Avignon, l’Autre Salon, NEXT Festival, Citéphilo, RV avec les éditions Contre-mur…

 

 â–º Véronique Bergen est nominée pour le prix Rossel 2014, suite à la publication de sa biofiction Marilyn, naissance année zéro (Al dante) – que nous venons de saluer cette semaine.

â–º Jusqu’au 26 novembre à Lille et environs, Citéphilo : "De quel droit ?" (programme : ici).

â–º Du 14 au 29 novembre 2014, sur la métropole lilloise : Next Festival.

â–º POÉSIE ACTION EN AVIGNON avec Al dante (autour de Doc(k)s morceaux choisis, 1976-1989)

novembre 13 @ 18 h 00 mindécembre 20 @ 19 h 00 min

Navigation de l’événement

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9782847617726Expositions / rencontres / performances /lectures

— Jeudi 13 novembre
• 18h > La poésie à outrance
une introduction à la poésie élémentaire de Julien Blaine avec Jean-Charles Agboton-Jumeau
• 19h > L’ambiguïté est belle
Exposition de Julien Blaine
vernissage + Déclara©tion de Julien Blaine
• 20h > Interventions performatives de
Laura Vazquez
A.c. Hello
+ performance sonore de Sylvain Courtoux
• de 18h à minuit > « Temps/travail »
performance de Fabienne Letang

— Vendredi 14 novembre
• 19h > Lectures de
Yannick Torlini
Liliane Giraudon 
Amandine André

— Jeudi 20 novembre :
• 19h > Avava-ovava*
Rencontre avec le collectif La Voix des Rroms
sur le thème Violences contre les Rroms : résistances d’hier et d’aujourd’hui,
autour du livre Avava-ovava, (Al Dante 2014) en présence des auteurs Saïmir MileAnina CiuciuPierre Chopinaud, Lise Foisneau et Valentin Merlin.
+ Débat suivi d’un apéro festif au son
de DJ Rrom & Roll.

— Jeudi 4 décembre
• 19h > Plan de situation #7 : Consolat-Mirabeau
Un conte documentaire de Till Roeskens.
« Nous mettrons quelques chaises en cercle, et je vous raconterai ce que j’ai vu et entendu là-bas, dans ce petit coin du grand nord de Marseille. Je prendrai un bout de craie et tracerai sur le sol une carte des espaces fragmentés que j’ai parcourus deux années durant, du port jusqu’au sommet de la colline. Je vous dirai les êtres que j’ai croisés là et ce qu’ils m’ont confié de leurs vies mouvementées ».
+ Présentation de son livre À propos de quelques points dans l’espace (Al Dante, 2014)

— Vendredi 5 décembre
• 19h > La peau sur la table, lecture de Jérôme Bertin
suivi de lectures performées de
Stéphane Nowak Papantoniou
Anne Kawala

Détails

Début :
13 novembre 2014 18 h 00 min
Fin :
20 décembre 2014 19 h 00 min

Lieu

Centre européen de poésie
Téléphone :
04 90 82 90 66
4-6 rue Figuière, Avignon, 84000 France
Site Web : http://www.poesieavignon.eu/

 

â–º L’Association L’Autre Livre vous offre, du 14 au 16 novembre 2014 à l’Espace Blancs Manteaux (48, rue Vieille du Temple 75014), la possibilité de découvrir plus de 2000 livres, qui font rarement les têtes de gondole, quelque 400 auteurs de 160 maisons d’édition dont de nombreux éditeurs de province, mais aussi belges, suisses ou canadiens (entre autres, vous y retrouverez les éditions Al dante).

 

â–º Samedi 15 novembre 2014, 19H-21H, soirée proposée par les éditions Contre-mur, Librairie Le Lièvre de mars (21, rue des trois mages à Marseille) : lancement des inventifs posters signés Alain Cressan, Du jeu dans la lecture (version cartographiée) et Pierre Ménard, Les Accolades.

6 novembre 2014

[Livres – news] Spéciale Al dante

Samedi à La Ciotat, RV avec deux écrivains originaux (Bergen, Bertin) qui attestent, s’il en était encore besoin, de la richesse du catalogue Al dante ; on découvrira leurs derniers livres parus : Marilyn, année zéro ; La Peau sur la table / Autoportrait. [Attention, la rencontre de ce soir au Monte-en-l’air est annulée]

 Le rendez-vous

 â–º Samedi 8 novembre à 18H, La Boutique à La Ciotat (8, rue des Frères Blanchard) : rencontres avec les auteur-e-s Véronique Bergen et Jérôme Bertin, qui liront des extraits de leurs derniers ouvrages, parus aux éditions Al Dante.

La peau sur la table de Jérôme Bertin
http://al-dante.org/shop-4/jerome-bertin/la-peau-sur-la-table-suivi-de-autoportrait/

Marilyn, naissance année zéro de Véronique Bergen.
http://al-dante.org/shop-4/veronique-bergen/marilyn-naissance-annee-zero/

 

 

Présentation des livres

â–º  Véronique Bergen, Marilyn, naissance année zéro, Al dante, automne 2014, 296 pages, 17 €, ISBN : 978-2-84761-763-4.

"La vie n’est qu’une question de portes à franchir" (p. 9).

MM… comme Marilyn au Miroir – où elle se construit en "bimbo sexy"… MM, comme Martin Mortensen, le mari-de-sa-mère-qui-n’est-pas-son-père… MM, comme Maladie Mentale… Diagnostrique de la célèbre Anna Freud : grossesse extra-utérine d’une mère psychotique associée à la mort et à l’analité / "fille de personne" en perpétuelle quête du père… « "Nymphomane, exhibitionniste, besoin pathologique de séduire" » (80) / « "Faux self, ego à renforcer, compulsion sexuelle consécutive à des abus précoces, à des viols" » (81)… Qui es-tu Marilyn ? Une "femme-enfant troublée", "un poids mort qui danse au bord du gouffre" (105)… une "star de plastique et de vomi" (123)… "je suis une fente qui s’ouvre à tous vents car je suis fissurée de naissance" (171)…

Après Edie. La Danse d’Icare, épopée trash consacrée à Edie Sedgwick (1943-1971), l’actrice et mannequin qui a représenté "la Marilyn Monroe de la contre-culture", celle dont l’"état naturel, c’est le manque", voici une autre biofiction pour constituer un diptyque. (Rappelons l’enjeu de ce type de texte : "passer le matériau brut de vies au travers du prisme de la fiction […] redonner vie, couleurs, voix, étoffe à des personnes réelles coulées dans les eaux de l’imaginaire ne va pas sans le souci de laisser intacte leur part d’ombre"). Edie/Marilyn ombre et lumière, Eros et Thanatos…

En sept temps forts ("L’Enfance", "Le Temps Marilyn", "Daddy", "Blondeur", "Les Chiffres", "MM", "Le Gouffre"), ce récit caractérisé par sa polyphonie et son éclatement spatio-temporel évoque avec brio le destin tragique de la Blonde mythique : dans les nombreuses sections – datées de 1933 à 1975 -, sur fond de star system et d’intrigues politico-mafieuses (Century Fox, Cosa Nostra, clan Kennedy, FBI…), s’entremêlent de multiples voix (avec un dialogue intérieur poignant entre la star et la fille bègue qu’elle est toujours au fond d’elle-même – Norma Jeane) qu’orchestre un phrasé vertigineux que l’on pourrait appeler érotopoétique.

 

â–º Jérôme Bertin, La Peau sur la table, suivi de Autoportrait, Al dante, septembre 2014, 80 pages, 11 €, ISBN : 978-2-84761-762-7.

Georges Hyvernaud n’avait plus que la peau et les os… Jérôme Bertin, lui, pour dresser son autoportrait, met la peau sur la table, façon pèse-nerfs. Et il est vrai qu’il est fort énervé, celui qui entend "réaffirmer le lien entre littérature et politique" (p. 37), et qui "a un faible pour les fables par balles" (50) : après avoir confié qu’il "rêve d’un livre arme" (36), il lui faut "écrire avec du sang" (55), une "tempête de mots 16 mm", "mettre le poème à feu et à sang" (57)… Et il est vrai que d’emblée plane l’ombre d’Artaud le Momo : "ARTAUD AVAIT RAISON. C’est le monde qui est devenu un anormal. Le ricanement bébête comme éthique. Le cynisme c’est le rire du fort".

Face à ce monde devenu fou, l’écrivain recycle et détourne lieux communs et clichés, mots cultes et mots cuculs, les grands mots et démons de la littérature : ainsi avons-nous affaire, avec La Peau sur la table et Autoportrait, à "une espèce de cut up d’un monologue intérieur" (44). L’écriture sismographique de Jérôme Bertin propose un phrasé qui multiplie les télescopages et dérapages phoniques/sémantiques : Les chefs de sévices les présidents fromage… L’enfer du cac la sodomie talc… Les trafics d’orgasmes rapportent gros… La polio médite… Un dernier pour la déroute… Silicone balai dans le cul…

 

 

2 novembre 2014

[News] News du dimanche

En ce deuxième dimanche très critique (semaine dernière : réflexion sur art et argent, création et fondations ; cet après-midi : Libr-humeur de Bernard Desportes sur l’exception inculturelle française), juste après notre rubrique "Autour de Christian Prigent", voici notre sélections de RV incontournables, nos Libr-événements de la semaine : soirée Al dante au Monte-en-l’air ; 11e festival Poésie Marseille ; Bergen et Bertin (Al dante) à La Ciotat.

 

Autour de Christian Prigent

 Sur l’actualité de Christian Prigent, documents et travaux divers : RV sur le blog Autour de Christian Prigent.

Christian Prigent à Berlin. Le samedi 27 Novembre 2014, 20h. A propos de la traduction en allemand de L’Âme (POL, 2000), lecture et discussion. A «lettretage», Mehringdamm 61, D-10965-BERLIN. Contact : Katharina Deloglu, 0151-59 17 26 50. Voir http://comment.lettretage.de/category/christian-prigent

 
Christian Prigent à Nantes. Le mardi 16 Décembre, 20 h 30.  Grand-mère Quéquette, Demain je meurs, Les Enfances Chino. Lecture-rencontre organisée par le CAP (Culture, Art, Psychanalyse). Salle Vasse, 18 rue Colbert, 44000-Nantes. Contact : CAP Nantes, 06 10 28 64 88. 
 

* La mise en ligne de la collection intégrale des TXT est entreprise par José Lesueur sur son blog Cantos Propaganda : vous pouvez déjà découvrir les cinq premiers numéros dans leur intégralité.

* À paraître le 14 novembre : Christian Prigent, La Langue et ses monstres (nouvelle édition, P.O.L : 11 textes relus + 9 textes en plus).

 

Libr-événements

 â–º Le jeudi 6 novembre, 18H30 à la librairie du Monte-en-l’air (2, rue de la Mare Paris 20e ; tél. : 01 40 33 04 54), rencontre avec Véronique Bergen, Jérôme Bertin et Yannick Torlini.
Ils liront des extraits de leurs derniers ouvrages parus aux Editions Al Dante :
– "Marilyn, naissance année zéro" (Véronique Bergen) ;
– "La peau sur la table" (Jérôme Bertin) ;
– "Nous avons marché" (Yannick Torlini).
… mais également des extraits de travaux en cours…

 

â–º POÉSIE MARSEILLE 2014, 11e Festival de poésie et de performances

6 AU 9 NOVEMBRE 2014

[mac] Musée d’Art Contemporain, Galerie Jean-François Meyer, Librairie Histoire de l’Œil, Librairie l’Odeur du Temps

Entrée libre

LES INTERVENANTS

Internationaux

Antoine Boute (Belgique), J.M Calleja (Catalogne), Uri Hollander (Israël), Rita Marhaug (Norvège), Carpanin Marimotou (Réunion)

Nationaux

Julien d’Abrigeon, Jean-Marie Gleize, Pierre Tilman, Sarah Trouche, Louise Vanardois

Marseillais

Nadine Agostini, Julien Blaine, Michèle Métail, Florence Pazzottu, Pierre le Pillouër

 

PROGRAMME

JEUDI 6 NOVEMBRE 19h

Librairie L’Odeur du Temps

Jean-Marie Gleize / Pierre le Pillouër / Louise Vanardois

 

VENDREDI 7 NOVEMBRE 19h

Librairie Histoire de l’Œil

Antoine Boute / Uri Hollander / Rita Marhaug / Carpanin Marimotou

 

SAMEDI 8 NOVEMBRE 19h

[MAC] Musée d’Art Contemporain

Julien d’Abrigeon / Julien Blaine / J.M Calleja / Sarah Trouche

 

DIMANCHE 9 NOVEMBRE 19h

Galerie Jean-François Meyer

Exposition : « Les mots sont » par Pierre Tilman.

Nadine Agostini / Michèle Métail / Florence Pazzottu / Pierre Tilman

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Plus d’infos

www.poesie-marseille.net

04 91 33 95 01

â–º Samedi 8 novembre à 18H, La Boutique à La Ciotat (8, rue des Frères Blanchard) : rencontres avec les auteur-e-s Véronique Bergen et Jérôme Bertin, qui liront des extraits de leurs derniers ouvrages, parus aux éditions Al Dante.


La peau sur la table de Jérôme Bertin
http://al-dante.org/shop-4/jerome-bertin/la-peau-sur-la-table-suivi-de-autoportrait/

Marilyn, naissance année zéro de Véronique Bergen.
http://al-dante.org/shop-4/veronique-bergen/marilyn-naissance-annee-zero/

 

7 septembre 2014

[News] News du dimanche

Avant de découvrir deux Libr-événements importants en cette reprise (festival Relectures 15 et INTON’ACTION 4), notre programme à venir…

 

À venir en UNE

â–º Spécial Al dante, spécial POL…

â–º Chroniques sur Serge Doubrovsky, Le Monstre ; Jérôme Bertin, La Peau sur la table/Autoportrait ; Véronique Bergen, Marilyn, naissance année zéro ; Jacques Sivan & Charles Pennequin, Alias Jacques Bonhomme ; Yannick Torlini, Camar(a)de ; Elisabeth Filhol, Bois II ; Isabelle Grell, volume "128" Nathan sur l’autofiction…

â–º Grand entretien avec Sylvain COURTOUX…

â–º Créations de Yves Justamante, Matthieu Gosztola, Daniel Cabanis, Gilles Grangier…

Libr-événements

 â–º Du 22 septembre au 5 octobre 2014, RELECTURES 15, c’est 21 manifestations en entrée libre sur 15 jours… rassemblant 22 artistes…

Alexis Fichet, Nicolas Richard, Matthieu Dibelius, Jean-Paul Curnier, Céline Ahond, Maïder Fortuné, Vanessa Place, Frank Smith, Marc Perrin, Luce Goutelle, Charlotte Imbault, Guillaume Désanges, Ives Robert, Fantazio, Till Roeskens, Nathalie Quintane, Violaine Lochu, Gwenola Wagon, Hélène Cœur, Souleymane Mbodj, Emmanuel Adely, David Haddad

dans 7 structures de Seine-Saint-Denis et du Nord-est parisien…
l’Espace Khiasma (93), la Médiathèque Marguerite Duras (Paris 20e), le 116 (93), le Musée Commun (Paris 20e), la Maison des Fougères (Paris 20e), le Pavillon Carré de Baudouin (Paris 20e), Lilas en Scène (93)

une programmation jeunesse…
Jean-Paul Curnier, Souleymane Mbodj, carte blanche à l’association Belleville en Vue(s)

3 tables rondes…

Poétiques du témoignage
avec Frank Smith, Fiona McMahon et Geneviève Cohen-Cheminet

Big Data : construire du sens à l’échelle « n = tous » (politique et esthétique)
avec Frank Smith, Xavier de La Porte (sous réserve), Gwenola Wagon

Documenter la performance / Performer le document
discussion entre Guillaume Désanges et Olivier Marboeuf

et un salon des éditeurs !

Salon de (re)lectures avec les éditions : Les petits matins, Al Dante, Ère, Les inaperçus, Lignes, La Fabrique, Argol, Plaine Page, L’attente, Questions Théoriques, Le Bleu du ciel, Les Prairies ordinaires, Inculte, Amsterdam, Verticales, Argol, Autrement, Galilée, Seuil, La Différence, Bazar, Hapax, Nous, Le Mot et le Reste… — et les revues : Vacarme, NioquesMultitudesLe chant du monstreThéâtre publicCassandreDissonancesLignesLe Passant OrdinaireCe qui SecretArmée NoireLa Femelle du RequinNuméro ZéroBoxonContre-AlléeFrictions

Une manifestation produite par Khiasma
Programmation :
 Olivier Marboeuf et Sébastien Zaegel
Coordination : Sébastien Zaegel / pole.litterature@khiasma.net / 09 80 36 02 03
Contact presse : Amandine André / relectures@khiasma.net

 

â–º INTON’ACTION #4 _ Rencontres internationales de poésie et performances (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : DATABAZ, 100 rue du Gond à Angoulême)

du 2 au 4 octobre 2014  ///// jeudi 2 octobre _ 20h30 _ DATABAZ Searching for Elias, documentaire sur Elias Pozornsky, artiste polonais présenté par Pierre-Yohan Suc et Magali Pobel (Cie Androphyne) ///// vendredi 4 octobre _ 20h30 _ DATABAZ

Martin Bakero (Chili / France)

Joel Hubaut  (France)

Ali Al-Fatlawi et Abdallah Shmelawi (Irak / Suisse)

Marguerite Bobey  (France)

///// samedi 3 octobre _ 11h-13h _ performances place des Halles et autour de la mairie 16h _ Ceci n’est pas une performance, action participative inscription 20h30 _ DATABAZ

Demosthène Agrafiotis  (Grèce)

Annie Abrahams (France / Pays-Bas)

Christine Quoiraud (France)

Thierry Lagalla (France)

 Entrée : 5 euros chaque soirée  // Pass trois soirs 10 euros

3 octobre 2013

[Chronique] Véronique Bergen, Edie. La Danse d’Icare

Au moment où Véronique Bergen intervient dans le nouveau lieu d’Al dante (cet après-midi, à 16H et à 19H : Manifesten, 59 rue Thiers à Marseille), revenons plus précisément sur un livre qui, n’hésitons pas à le signaler d’ores et déjà, marquera l’année 2013.

 

Véronique Bergen, Edie. La danse d’Icare, Al dante, septembre 2013, 288 pages, 20 €, ISBN : 978-2-84761-789-4.

"En toute situation, le salut vient par la voie du haut, Dédale te l’a appris, Icare" (p. 97).

"J’ai toujours pensé que pour échapper au règne des hommes, il me suffirait de danser à un mètre du sol" (84).

"Je danse à l’extérieur de moi, je danse afin que le cycle de destruction et de régénération de mon monde ne s’arrête pas" (118).

"S’il existe un dieu de la défonce et de la baise, il aurait dû canoniser Edie" (123).

 

« "T’enfiler des tordus et des tordues, des comprimés, de la vodka, tu n’as pas trouvé mieux pour traverser la vie, Edie ?" Quand ma toupie moralise, je l’enveloppe dans un foulard pour la faire taire et je lui crie que la vie ne traverse pas Bobby, Minty, Edie mais qu’elle les expulse » (255)…

Edie Sedgwick (1943-1971), c’est l’actrice et mannequin (Vogue, Life…) qui a représenté "la Marilyn Monroe de la contre-culture" (79)… la figure emblématique des années folles made in USA, du chaos no-artistique des années 60, d’un monde qui s’abîme dans une fête à perpétuité… Edie, c’est la maîtresse de Bob Dylan, la Muse d’Andy Warhol, la fée de la Factory… celle dont l’"état naturel, c’est le manque", qui dit je mais "a perdu l’usage de la première personne du singulier"… celle dont la lignée est tragique : "Certains Sedgwick ne peuvent pas attendre que la mort les prenne" (72) ; "je descends d’une cataracte de psychotiques qui baisent comme ils respirent" (221)…

Dans son post-scriptum, l’auteure explicite l’enjeu de sa biofiction trash : "passer le matériau brut de vies au travers du prisme de la fiction […] redonner vie, couleurs, voix, étoffe à des personnes réelles coulées dans les eaux de l’imaginaire ne va pas sans le souci de laisser intacte leur part d’ombre" (269).

Edie ombre et lumière, Eros et Thanatos…

Vampirisée par un père fantasmé ("kidnapping mental" de Fuzzy), celle qui voit la mort dans son prénom ("die"/Edie) se gave de sexe et de drogue… se scarifie mais ne se clarifie pas… devient "danseuse hors père"… parle, parle et reparle… délivrant au passage une satire humoristique de ceux dont les traitements sont inhumains (les électrochocs en particulier) : « Les psychiatres sont de piètres linguistes. J’ai beau leur crier "la copule s’accorde avec un sujet ravalé au rang de complément d’objet", ils tirebouchonnent dans Œdipe en boîte de conserve, de préférence de soupe Campbell » (12) ; une réflexion philosophique : "la beauté n’est rien d’autre qu’une puissance magique qui monte de l’intérieur du corps et traverse la peau" (79) ; ou même une prédiction : "Dans quelques années, tout le monde aura son kit portatif pour s’auto-électronarcoser" (249)…

Vous ne pouvez pas ne pas lire cette incroyable épopée fantasmagorique sur une figure mythique morte tragiquement d’une overdose à vingt-huit ans. Vingt-huit chapitres, donc, alternant dialogues plus ou moins fantaisistes et récit à la première personne – récit "dépersonnalisé" tant la parole se fait parfois délirante. C’est en effet à un véritable Bing Bang érotopoétique que nous assistons… Des temps : "Bob, mon père m’a fait vivre à l’impératif et me baisait à l’infinitif présent, à cause de ça j’ai perdu mon participe futur, le radical des verbes irréguliers, il me les fourrait dans la bouche dès le déjeuner, papa idolâtre tant la grammaire qu’il va mourir sans faute d’accord" (185) ; des signifiés et des signifiants : « Mon père m’a programmée à devenir son cendrier spermatique, la conversion digitale de son logiciel culminait dans le planning "coups et gifles" » (183)… Dans cet autre extrait, notons le tohu-bohu des signifiés et des références légendaires : "Quand papa bombarde maman de neutrons, elle se transforme en Madame Pluto, la découverte de la fission nucléaire, les don juan l’ont faite avant les scientifiques, rien qu’à ouvrir sa braguette, Fuzzy provoque une réaction en chaîne et libère une énergie colossale" (168)… À psyché instable, style tumultueux dominé par la métaphore filée et, en particulier, par la translation (passage d’une catégorie grammaticale à une autre) : "je babylone dans le sperme", "il me stromboliait par derrière", "Fuzzy titaniqua Salt et Pepper", "stéthoscoper", "nuptialise", "son instrument d’exception que je stradivarius de mon doigt virtuose", "le dard de Fuzzy qui me navaja le corps", "elle pavlovera", "Mon humour le charlie chapline à l’envers"…

29 septembre 2013

[News] News du dimanche

Prometteur, ce mois d’octobre qui s’ouvre, avec notamment ces deux livres qui paraissent en librairie jeudi 3 : L’Enfant de Raymond Bellour (P.O.L) et Vladimir Pozner se souvient (Lux éditions). Côté Libr-événements : rencontre avec David Graeber sur la dette (Paris) ; la révélation Véronique Bergen à la Librairie L’Odeur du Temps (Marseille) et, avec Jean-Marc Rouillan, à Manifesten (nouveau lieu d’Al dante à Marseille) ; Jacques Jouet au Petit Palais (Paris) ; rencontre avec P-U Barranque et L. Jarfer sur Guy Debord à Bordeaux ; RV avec Jérôme Bertin et Stéphane Nowak Papantoniou à La Ciotat.

Plus que jamais, le nouveau LC entend sans exclusive (les talents ne s’expriment exclusivement ni dans les livres, ni sur internet) vous proposer et analyser des expériences d’écriture exigeantes, voire expérimentales, dans les domaines du numérique comme dans ceux des sciences humaines (écritures expérimentales transgénériques, littératures libres et critiques, philosophie, sociologie). /FT/

Livres de la semaine

â–º Raymond Bellour, L’Enfant, P.O.L, en librairie le 3 octobre 2013, 102 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-1948-1.

"L’enfant, le mot suffit."

problématique"L’enfant est frappé par la maladie d’enfance."

"Où l’enfant, qui l’enfant, pour se précipiter comme un insecte sur la nostalgie du vivant ?"

"L’enfant attire l’enfant. C’est sa loi d’être. Se vautrer dans une identité. Il se dévore d’intérieurs. L’enfant roule sa boule et lance tant de pseudopodes."

Créature improbable et paradoxale… mystique, fantastique, énigmatique, problématique… comme le poète, l’enfant vit dans les plis. Et Raymond Bellour – spécialiste de Michaux, de psychanalyse et cinéma – de déplier sa matière multicolore et illimitée.

 

â–º Vladimir Pozner se souvient, texte établi par André et Daniel Pozner, Lux éditions, en librairie le 3 octobre 2013, 256 pages, 18 €, ISBN : 978-2-89596-162-8.

Présentation éditoriale. Vladimir Pozner se souvient de sa mère et de Alexandre Blok, Brecht, Chklovski, J.-R. Bloch, Oppenheimer, Dashiell Hammett, Vsévolod Ivanov, Pasternak, Isaac Babel, Hanns Eisler, Chagall, Fernand Léger, Joris Ivens, Buñuel, Elsa Triolet, Chaplin, Picasso… chez Lux, l’éditeur qui a déjà remis sous les projecteurs Les Etats-Désunis de Pozner en 2009.
 
Romancier à Paris, poète en Russie, scénariste à Hollywood, grand reporter un peu partout, Vladimir Pozner a traversé le XXe siècle au gré des événements, des travaux et des jours. Il a connu des écrivains, des cinéastes, des peintres, des musiciens, des savants, des comédiens, qui ont instillé dans le monde une bonne part du génie de l’époque. A leur sujet, il n’écrivait guère, pas plus que sur lui-même. Puis un beau jour, il s’est mis à rédiger un livre sur quelques-uns des amis qui ont joué un rôle clé dans sa vie. Pour la plupart, vous les connaissez, les autres vous les découvrirez, ils sont du même tonneau. Avec la discrétion qui lui est coutumière et la magie des mots, Pozner les fait vivre sous nos yeux. Ce faisant, il trace un autoportrait qui ne ressemble à aucun autre.

Libr-événements

â–º Lundi 30 septembre 2013 à 19H, Maison de la Poésie Paris (Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris). En finir avec la dette : rencontre-débat avec David Graeber, l’auteur de Dette : 5000 ans d’histoire.

â–º Mercredi 2 octobre 2013 à 18H, lecture de Véronique Bergen à la Librairie L’Odeur du Temps (35, rue Pavillon 13001 Marseille) : Edie. La Danse d’Icare. Ce livre est pour LC l’une des révélations de l’année.

« Je balance au magnéto que je suis la septième sur huit enfants, la pénultième, que cela fait plus de deux décennies que je cherche la position érotique dont je suis le fruit. Comment mon père prenait-il ma mère ce 20 juillet 1942 ? Suis-je le produit d’une banale copulation, d’un quick sex sur la plage ? Ai-je été conçue dans la classique position du missionnaire ? Je sais que je suis l’enfant de l’été, que le soir où le sperme psychotique de Fuzzy a fait bingo, les terres de Santa Barbara brûlaient… »

Véronique Bergen

Ce récit publié chez Al Dante en septembre 2013 raconte l’épopée, courte et dense, de la vie d’Edie Sedgwick, reine des nuits new-yorkaises et princesse de la Factory, connue comme égérie d’Andy Warhol, compagne de Bob Dylan et mannequin des magazines « Vogue » et « Life »… C’est également le roman en creux d’une Amérique malade et criminelle.

â–º Mercredi 2 octobre, de 13H à 14H30, Petit Palais (Avenue Winston Churchill 75008 Paris), dans le cadre des rencontres mensuelles au Petit Palais (« Entendez voir : la littérature est-elle soluble dans la télévision ? »), JACQUES JOUET propose et commente une sélection d’extraits d’archives consacrées à LOUIS ARAGON.

â–º MANIFESTEN, le nouveau lieu des éditions Al dante (comme ce lieu magique fonctionne selon le principe de la coopérative, vous pouvez envoyer vos dons : 59, rue Thiers 13001 Marseille).

Jeudi 3 octobre 2013 à 16H. Entretien avec Véronique Bergen à propos de l’ouvrage Le Corps glorieux de la Top-modèle aux Éditions Lignes

La mode a fait de l’inauthentique l’espace de ses expérimentations. Lorsqu’ils véhiculent les codes de la frivolité, créateurs et top-modèles le font en conscience, et se posent en sujets d’énonciation à part entière. L’examen du « phénomène de mode » fait apparaître la relation étroite qu’il entretient avec les motifs fondamentaux de la représentation occidentale : un platonisme « hétérodoxe » et une « inversion paradoxale de l’incarnation », entendue en son sens religieux.

Il n’y a pas d’objet qui ne se retourne sur son questionneur. Par cette volte-face, il révèle que, sous son étiquetage en catégorie d’objet, il dispose d’une puissance subjective. Ainsi en est-il de la mode. Quand la philosophie s’empare de phénomènes contemporains tels que la mode, le rock, les jeux vidéos, le porno, elle encourt le danger de devenir une sorte de pensée appliquée à des matériaux qui lui sont hétérogènes et de faire de ce sur quoi elle se penche un objet d’investigation qu’elle arraisonne sous ses schèmes. Ne pas limiter la mode à ce qu’elle donne à réfléchir, à conceptualiser à la philosophie revient à la questionner à partir de la façon dont elle se met en place et opère : activant des invariants symboliques qui nous interrogent en retour, la mode et plus spécifiquement les top-modèles redessinent le champ des pratiques sociales et des pensées.

Recueillir les énoncés que la mode produit, les croiser avec une mise en perspective philo­sophique, c’est garder à l’esprit qu’elle se pose à part entière comme sujet d’énonciation. Cette optique implique que la prégnance, la diffusion de la mode dans le tout du social, sa récente montée en puissance importe moins que ce qu’elle met en jeu au niveau de la pensée. D’autres ont montré combien elle est devenue une clé de voûte des sociétés contemporaines, comment ses principes organisateurs (le changement, l’éphémère, la séduction, le simulacre) régissent la vie collective moderne.

Est acté le fait que la mode n’est plus confinée dans la sphère de la parure, du stylisme mais qu’elle dicte une manière d’être au monde. Sa position de plaque tournante en tant que matrice du social a été reconnue et abondamment étudiée. Résultat ou revers, ombre portée de cette approche, les enjeux de pensée qu’elle performe et donne à voir ont été soit déniés, forclos, soit dédaignés et passés sous silence. Dégager en quoi elle rejoue, déplace, subvertit des schèmes fondateurs, c’est prendre acte des modalités par laquelle la pensée habite cet espace « fashion » qu’elle a trop longtemps pourfendu sous l’accusation de superficialité. Depuis Paul Valéry et sa réactivation deleuzienne, l’on sait désormais que « le plus profond, c’est la peau », ou, comme l’écrivait Hoffmansthal, qu’« il faut dissimuler la profondeur. Où ? À la surface ». Dans un croisé des feux, la mode irradie les topoï conceptuels qui sont les siens tandis que la philosophie s’y éclaire par ce détour. Sous la forme d’un paradoxe, un dispositif qui ne vit qu’à se déclasser – la mode étant cela même qui ne cesse de se démoder – gagne à se voir abordé sous l’angle de ses opérateurs transhistoriques, de ses invariants.

19H : Véronique Bergen (Edie. La Danse d’Icare) – Jean-Marc Rouillan (Le Tricard).

Où il sera question de censure de la mémoire politique
Où il sera question du réel et de la fiction
Où il sera question de la révolution
Où il sera question de tenir ensemble art et politique, artistes et ouvriers, pour une révolution possible .
Où il sera question de la "figure", en politique et dans la littérature
Où il sera question du lien entre fiction et processus révolutionnaire. Fiction et révolution. fiction et politique.
Où …

â–º Jeudi 3 octobre à 18H30, Machine à lire (8, place du Parlement à Bordeaux) : rencontre avec Pierre-Ulysse Barranque et Laurent Jarfer autour de l’ouvrage collectif dont ils ont dirigé la publication : In situs, Théorie, Spectacle et Cinéma chez Guy Debord et Raoul Vaneigem (Gruppen éditions).

â–º Dimanche 6 octobre 2013 à 12H : Jérôme Bertin et Stéphane Nowak Papantoniou (lectures & performances) au Cercle de la Renaissance (Bar de la Renaissance, 10 avenue du Maréchal Galliéni 13600 La Ciotat).

22 septembre 2013

[News] News du dimanche

En cet avant-dernier dimanche de septembre, deux livres reçus de premier plan : Véronique Bergen, Edie. La Danse d’Icare (Al dante) et Edouard Levé, Autoportrait (POL). Des Libr-événements majeurs : Festival d’automne à Paris ; rencontre autour de François Rannou à Quimper ; rencontre avec Serge Pey à Toulouse ; rencontre avec Suzanne Doppelt et Daniel Loayza à Paris ; INTON’ACTION #3 à DATABAZ (Angoulême) ; 23e salon de la revue à Paris. /FT/

Livres reçus

â–º Véronique Bergen, Edie. La danse d’Icare, Al dante, septembre 2013, 288 pages, 20 €, ISBN : 978-2-84761-789-4.

"J’ai toujours pensé que pour échapper au règne des hommes, il me suffirait de danser à un mètre du sol" (p. 84).

Vampirisée par un père fantasmé (Fuzzy), celle qui voit la mort dans son prénom ("die"/Edie) se gave de sexe et de drogue… se scarifie mais ne se clarifie pas… devient "danseuse hors père"… parle, parle et reparle… Eros et Thanatos, bios et graphein…

Vous ne pouvez pas ne pas lire cette incroyable biofiction trash sur une actrice et mannequin morte tragiquement d’une overdose à vingt-huit ans (Edie Sedgwick : 1943-1971). Vingt-huit chapitres, donc, alternant dialogues plus ou moins fantaisistes et récit à la première personne – récit "dépersonnalisé" tant la parole se fait parfois délirante : c’est à un véritable Bing Bang – des temps comme des signifiés et des signifiants – que nous assistons… À psyché instable, style tumultueux dominé en particulier par la translation (passage d’une catégorie grammaticale à une autre : "je babylone", "il me stromboliait", "Fuzzy titaniqua Salt et Pepper", "elle pavlovera", "stéthoscoper"…

â–º Edouard Levé, Autoportrait, P.O.L, 2005 ; rééd. septembre 2013, #formatpoche, 96 pages, 5 €, ISBN : 978-2-8180-1939-9.

Excellente idée que cette réédition soignée – et à prix réduit – d’un autoportrait un peu paradoxal : n’ayant lu dans sa vie que quatre biographies, Edouard Levé semble préférer le j’aime/je n’aime pas de Roland Barthes à l’autobiographie traditionnelle ("Décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps que la vivre"). À un début saisissant par sa condensation dramatique ("Adolescent, je croyais que La Vie mode d’emploi m’aiderait à vivre, et Suicide mode d’emploi à mourir") succède une accumulation de propositions qui se télescopent sans logique apparente : souvenirs personnels, lectures, considérations physiques, politiques, écologiques… linguistiques : « Je n’utilise pas les expressions suivantes : "Ça me parle", "À plus", "Il y a du désir", "Ça le fait", "C’est tip-top". »

♦ [Lire la présentation éditoriale de 2005]

♦ [Lire/écouter des extraits]

â–º La Revue des revues, Association Ent’revues, Paris, n° 50, automne 2013, 144 pages, 15,50 €, ISBN : 978-2-907702-62-1.

Pour le 23e Salon de la revue (cf. ci-dessous), paraît le 50e numéro de la revue qui, par delà les disciplines, considère la revue comme une forme à part entière. Entre autres, on notera le dialogue avec Jacqueline de Roux qui revient sur l’aventure des Cahiers de l’Herne (1960-1972) ; on s’arrêtera sur les vingt ans de la revue Art présence (fondée en 1992)… Y sont recensées par ailleurs les nouvelles revues présentées ici même au début de l’été : Aka et K.O.S.H.K.O.N.O.N.G.

♦ [Découvrir le sommaire complet, lire les résumés et certaines chroniques dans leur intégralité – et donc la fin de la mienne sur K.O.S.H.K.O.N.O.N.G.]

 

Libr-événements

â–º Du 25 septembre au 21 décembre 2013, 42e édition du Festival d’automne à Paris. Côté théâtre, on ne manquera pas Richard Wilson, l’Antithéâtre de Gwenaël Morin, Marthaler… [consulter le programme]

â–º Le Vendredi 27 septembre 2013 à 18H00, à la Médiathèque de Quimper (Médiathèque des ursulines, Esplanade Julien Gracq), rencontre autour des livres de François Rannou, La Chèvre noire (éds. Publie.net / Publie.papier) et Rapt (éds. La Nerthe/La Termitière).

â–º Vendredi 27 septembre, de 18H à 20H, Librairie des Ombres Blanches (50, rue Gambetta à Toulouse), rencontre avec Serge Pey autour de son dernier livre, Tombeau pour un miaulement.

â–º Jeudi 3 octobre 2013 à 19H, Librairie Michèle Ignazi (17, rue de Jouy 75004 Paris / 01 42 71 17 00), rencontre avec Suzanne Doppelt et Daniel Loayza pour Mouche. Une anthologie littéraire (Bayard).

â–º INTON’ACTION #3 _ rencontres internationales de poésie et d’art action du 4 au 27 octobre 2013 (DATABAZ, Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : 100, rue du Gond à Angoulême)

Pour sa troisième édition, DATABAZ poursuit son exploration des territoires audacieux de l’art action et de la poésie contemporaine, du sonore au numérique, de l’électronique au plastique, la performance sera explorée dans sa diversité et sa radicalité, durant deux jours de rencontres et un mois d’exposition.

Dans le sillage du Futurisme, de Dada et de Fluxus, les dix artistes présents artistes, qu’ils viennent d’Espagne, du Mexique, d’Italie ou de France, travaillent au coeur du contemporain, pour inventer un art actuel, une poésie en acte, dans l’action, en marche. Une parole debout, dans le corps, dans la voix, dans le geste …. Une poésie du faire, du vivre, vibrante et trépidante, qui prend le risque de l’instant, du moment, du contexte, qui travaille avec ce qui est là, ici et maintenant, debout, dans l’action du présent. Un art qui prend le risque du direct là devant, sans représentation, sans protection, un dire qui se donne dans la vie, pour faire, faire résonner, palpiter, ébranler, mettre en marche, en avant !

_ vendredi 4 octobre

DATABAZ – 20h30 – entrée : 5 euros // pass 2 soirées : 8 euros

/////// Pascale Barret (Belgique), Elvira Santamaria (Mexique), Eduard Escoffet (Espagne), Charles Dreyfus (France)

De la poésie sonore de Giovanni Fontana, grand poète italien, qui fait vibrer les sons et les mots en véritable maestro, à la poésie concrète du quotidien de Cécile Richard, en passant par le corps dansant et animal de Valentine Verhaeghe, et les install’actions du duo Akenaton (Philippe Castellin et Jean Torregrossa), en prise direct avec la matière et le politique, venez partager avec nous ces moments trépidants !

_ samedi 5 octobre

Marché des Halles et ses alentours – 11h

/////// performances dans l’espace public de Giovanni Fontana, Cécile Richard, Akenaton, Valentine Verhaeghe, Elvira Santamaria, Charles Dreyfus

DATABAZ – 20H30 – entrée : 5 euros // pass 2 soirées : 8 euros

/////// Pascale Barret (Belgique), Elvira Santamaria (Mexique), Eduard Escoffet (Espagne), Charles Dreyfus (France)

Deuxième soirée des rencontre INTON’ACTION pour découvrir l’art action et la poésie contemporaine, pratiques artistiques engagées et détonnantes, qui travaillent au coeur du réel et du corps. Des performances numériques de Pascal Barret qui interroge le corps cybernétique, à la poésie sonore percutante du catalan Eduard Escoffet, en passant par l’humour post-Fluxus de Charles Dreyfus et la force esthétique radicale d’Elvira Santamaria, venez vivre cette soirée performative et perforatrice!

Exposition////vidéos, poésie sonore et visuelle, installation et documents

Cécile Richard, Giovanni Fontana, Valentine Verhaeghe, Akenaton, Pascale Barret, Elvira Santamaria, Eduard Escoffet, Charles Dreyfus

du 4 au 27 octobre // vernissage samedi 4 octobre – 18h

horaires : du mercredi au dimanche – 15h – 19h + sur rendez-vous / entrée libre

Le festival sera retransmis en direct sur Internet sur Selfworld, motel numérique grâce à Ivan Chabanaud

â–º Espace d’animation des Blancs-Manteaux (48, rue Vieille-du-Temple 75004 Paris), vendredi 11, samedi 12, dimanche 13 octobre 2013, 23e Salon de la Revue

Mnémotechniquement, c’est facile : 11-12-13/10/13 ! Donc, le Salon de la revue 2013 aura lieu les vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 octobre 2013.

Vous pouvez retrouver tous les participants
Exposants
Revues présentes
Cette liste se complètera au fur et à mesure.

Voici le programme 2013, dans une version légère
Programme en bref
et dans la version définitive, complète et détaillée ici heure par heure.

 

   

20 septembre 2013

[Agenda] ActOral 2013

Mardi prochain débute un événement majeur de la saison automnale. Du 24 septembre au 13 octobre 2013, se déroulera à Marseille la nouvelle édition du festival international des arts & des écritures contemporaines : on y retrouvera, entre autres, Edith Azam, Mustapha Benfodil, Véronique Bergen, Julien Blaine, Anne-James Chaton, Jean-Michel Espitallier, Bernard Heidsieck, Cécile Mainardi, Nathalie Quintane, Vincent Tholomé, Jean-Pierre Verheggen… [Télécharger le programme]

5 septembre 2013

[News] Libr-reprise…

De Rentrée-littéraire en Rentrée-littéraire, de non-événement en non-événement, le sentiment d’étrangeté s’accentue : à quelle réalité rattacher ce monde fantomatique de la "vie littéraire" ?

Pour avoir dès le départ refusé de s’y intégrer, Libr-critique n’en a-t-elle pas pour autant moins de réalité ? En cette Libr-reprise où le site a fait peau neuve, c’est le moment, non pas de réaffirmer une quelconque "identité" – LC existant dans l’errance et la différence, le flux, le fugitif et le fantasmatique -, mais d’expliciter ses lignes de force et de fuite : loin de se borner à proposer uniquement des critiques dites "libres" – mais en réalité dissoutes dans l’insignifiance du marketing généralisé et du Marché triomphant -, LC est un chantier polymorphe qui vise la mise en crise des pratiques et des représentations dominantes, le nomadisme esthétique – c’est-à-dire le perpétuel dépassement/déplacement des frontières normatives -, la perpétuelle quête de lieux autres (lieux livresques ou numériques, espaces improbables), la défense d’expériences résolument libres parce que critiques…

C’est ainsi que ce soir nous commençons à sonder à notre manière la série des livres de "Rentrée" retenus (Jean-Marc Rouillan, Le Tricard ; Antoine Brea, Petites vies d’écrivains du XXIe siècle), tout en clignant du côté de MANIFESTEN – nouveau lieu d’Al dante -, d’Actoral 2013 et d’un nouveau site, Littérature, etc.

(more…)

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