DATABAZ – Centre d’art expérimental. CONCERT NOISE AND POETRY : AKS + Mathias Beyler + Aymeric Hainaux + Julien Ottavi + Joachim Montessuis (musique bruististe / noise / électronique / poésie sonore. Vendredi 26 novembre – 20h30 – entrée : 5 euros // 3 euros adhérents (Databaz – 100, rue du Gond – 16000 Angoulême).
18 novembre 2010
[News] Concert NOISE AND POETRY
29 août 2010
[News] News du dimanche
Rentrée-littéraire, Rentrée-politique… Et si de toute urgence on cherchait une sortie ? – à sortir du jeu spéculaire-spéculatif ?
Dans la quinzaine à venir, LIBR-CRITIQUE vous propose comme qui dirait quelques lignes de fuite… Ce soir : Spécial PRIGENT, Pleins feux sur Lucien SUEL et La Reprise de DATABAZ… /FT/
28 décembre 2009
[video] Conception, hp-process + Julien Blaine
La performance Conception[poésie action numérique]>a été créée par hp-process et Julien Blaine, pour le festival acces(s)[Pau – novembre 2008], puis présentée au MAC de Marseille en juin 2009. Cette captation a été faite par Giney Ayme lors du festival les Instants Vidéos [La Cartonnerie-Marseille-novembre 2009]
(more…)
9 juin 2009
[performances] Musée d’Art Contemporain de Marseille et Centre Bellegarde de Toulouse
[+] Dans le cadre de l’exposition de Julien Blaine “Au MAC un TRI”, libr-critique sera associé : entretien avec Julien Blaine, film sur sa performance quotidienne dans le Musée, et vidéos des performances programmées dans le cadre de cette exposition au Musée d’Art Contemporain. Vous pourrez retrouver dès le 10 juin, deux performances de Poésie Action NUmérique de hp process (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier), dont l’une avec Julien Blaine.
7 janvier 2009
[Revue chronique] Mobile 01 / in between
mobile, album / international, 01 / in between, ed. Montagne Froide en partenariat avec le centre d’art mobile. ISSN en cours. Dif. Presses du Réel. 10 €.
7 décembre 2008
[News] News du dimanche
News du dimanche : sur le web : à propos d’Ici-là de publie.net, humeurs à propos de la littérature en format numérique et de la trivialité quantitative des argumentaires.
6 mai 2008
[Video] Les 10 ans de OUSTE Ã la galerie N’a qu’1 oeil [1/2]
Ouste cette année a 10 ans, et la revue dirigée par Hervé Brunaux a fêté cela, comme nous l’avions annoncé à Bordeaux à la galerie N’a qu’1 oeil. Avant de suivre en quasi-direct Expoésie à Périgueux grâce à libr-critique, fin juin, début juillet, nous vous proposons, en deux publications, une partie de cette soirée bordelaise, qui fut chaleureuse. Dans cette première video, vous pourrez voir une lecture d’Hortense Gauthier, d’Hervé Brunaux et de Fabrice Caravaca qui dirige Le dernier Télégramme.
5 octobre 2007
[Recherche]Forum SGDL : L’avenir et le contenu de l’oeuvre de création par l’écrit [II/ Médium et modalité de diffusion]
Dans la première partie de ses analyses [en vue du forum de la SGDL du 8 octobre], j’ai tenté, brièvement, de mettre en évidence 1/ en quel sens le rapport à l’écriture repose pour une part sur la modalité du lecteur, et 2/ quelle pouvait être la variation intentionnelle de la lecture en rapport aux nouvelles modalités de diffusion.
Dans cette seconde partie de réflexion, je vais tenter de cerner plus spécifiquement les modalités d’écriture en relation aux modalités techniques de support de l’écrit et de dégager en cela certains principes typologiques de création/diffusion de l’écrit. Ma troisième partie portera sur les expériences novatrices d’écriture et en quel sens la médiation technologique du web et plus largement du numérique ouvre des possibilités d’écriture encore très peu exploitées au niveau du web-littéraire français.
Ici s’engage davantage la question de l’avenir de l’écrit, l’avenir de ses contenus.
Comme je le précisais d’emblée en me référent aux feuilletons dans les journaux, qui ont eu une grande importance, l’écriture ne se donne pas essentiellement comme s’il y avait une vérité de l’écriture métaphysiquement déterminée qu’il fallait alors incarner, mais toujours historiquement selon des conditions qui tiennent aussi bien à la langue (sa variation historique, ses mutations) qu’aux strates sociales où sont produits les textes (éducation de l’écrivant, etc), qu’aux supports de sa diffusion… L’écriture est en ce sens impure toujours engendrée selon des conditions qui lui sont extérieures. Ce constat n’est pas nouveau, Platon dans la 3ème partie du Phèdre, consacrée à la naissance de l’écriture liée à Theuth, amorçait cette question. De même que stratégiquement, sachant cette impureté et le relativisme de toute écriture en rapport au temps, il prenait garde de séparer ce qui a lieu dans le dialogue du dialogue lui-même : non pas artifice littéraire, mais le dialogue indirecte (transmission d’un dialogue toujours déjà passé) est relié à la relativité de l’écriture et à sa situation historique.
Ainsi, face aux alarmistes, face à ceux qui clament haut et fort que la littérature est en péril, que le livre serait la proie des maux les plus graves, à savoir de l’emprise sur l’individu des dimensions web (tel encore dernièrement Beigbéder comme l’explique parfaitement Maud Piontek sur son très bon blog), il est nécessaire de prendre une certaine forme de recul, pour saisir sans a priori ce qu’implique le web, de part sa technologie, au niveau de l’écriture.
Tout d’abord, comme je l’avais analysé il y a déjà quelques années dans une conférence faite à St Etienne lors du colloque E-formes à l’invitation d’Alexandra Saemmer, il est nécessaire d’examiner ce support au niveau ontologique, et de le comparer à ce que représente le livre, pour saisir précisément en quel sens se produit 1/ une logique de déplacement de l’espace d’écriture, nécessité par des conditions économiques, 2/ se constitue la possibilité de nouveaux types d’écriture spécifiquement liés au net.
1/ Ontologiquement, il y a une différence stricte entre la médiation technologique du web et le livre ou la page matérielle. Le support web n’est pas une page matérielle, à savoir lorsque l’on regarde l’écran, et que l’on voit s’afficher un texte, ce texte, en-dehors du geste intentionnel de le faire apparaître, n’existe pas en tant que tel, il n’est qu’un ensemble de codes programmés qui en puissance peut s’actualiser ainsi sur mon écran. Ce code du texte est la traduction numérique du langage naturel. Le code n’est pas lu par le lecteur, mais il reste en retrait, pouvant être activé de tout autre lieu et produire indéfiniment ce même texte dans des géolocalisations distantes, des moments distincts. Alors que le livre que j’ai face moi, est un étant, il est déterminé matériellement, la matrice qui a servi à le composer (imprimerie) n’opère plus quand je le lis. Quand je pose le livre, si certes il n’est plus qu’un tas de papier et d’encre demandant l’actualisation d’une intentionnalité lisant, il n’en reste pas moins pour moi un livre, là , matériellement présent, ne s’absentant pas, ne disparaissant pas.
La logique du livre obéit à la logique du médium. Un livre peut se composer de plusieurs médiums d’ailleurs, mais ils sont associés, et parfois seulement juxtaposés. Si je peux associer et fondre l’image au texte, je ne peux que juxtaposer le son ou la vidéo au livre et ceci en incluant d’une manière ou d’une autre un autre médium : une rondelle de plastique.
1.1/ La logique de la médiation technologique du web se compose tout autrement : le médium n’est autre que le code numérique, à savoir ce qui est le résultat du programme. Ce code est homogène quelque soit les contenus. Ce qui est remarquable quand on commence à s’intéresser au code, c’est que l’on peut produire aussi bien du son que de l’image, que du texte [l’image que je donne ici à côté de ce texte, est issue d’une programmation en pure-data [performace [bod code project]] : la programmation génère du son + de l’image en 3D + du texte, en dépliant une structure filaire schématique]. Ainsi, on ne juxtapose pas des contenus, mais on déplie et on organise un espace virtuel. Virtuel au sens strict, à savoir qui est en puissance d’être actualisé, mais qui n’est pas actualisé. De fait ce qui obéissait à des médiums spécifiques appartient à un médium global. Par conséquent la différence qui s’actualise à l’oeil, est surtout le résultat pour nous d’une liaison analogique à des expériences de médiums spécifiques, alors que, comme je l’avais démontré lors d’un conférence au Collège International de philosophie, il s’agit surtout d’abstract.
La différence médiumnique est un trompe l’oeil au sens platonicien du terme [ref. République X, sur la hiérarchie des imitations]. Je crois voir de la vidéo, alors que fondamentalement ce n’est que du code informatique diffusé par paquet au même titre que le texte, le son, les images non animées.
2/ Cette analyse ontologique a des conséquences précises au niveau du rapport économique que l’on entretient à l’écrit.
Le médium papier obéit du fait même de sa matérialité à des coûts de production qui sont liés aussi bien à la stricte matérialité, qu’à la production de chaque livre, qu’à sa diffusion (répartition dans l’espace géographique). Si on fait une matrice pour tous les exemplaires d’un livre (ce que l’on nomme le flashage) toutefois, chaque exemplaire devra être produit et ensuite diffusé, c’est-à -dire acheminé selon une répartition géolocale (l’exemplaire implique un coût propre en tant qu’unité produite). Depuis Adam Smith, on connaît le fonctionnement de ce type d’économie et en quel sens il n’est pas possible de diminuer indéfiniment les coûts d’une telle production. Un tel mécanisme lié à la matérialité a permis l’instauration d’une certaine forme de hiérarchisation aussi bien des maisons d’édition que des auteurs.
Sans même parler de qualité de maisons d’édition, ce qui me paraît souvent obscur en ces temps-ci, le désir de l’auteur (à savoir la maison d’éditions désirée) est souvent celle qui a une des meilleures diffusions au niveau géographique, médiatique, etc… A savoir celle qui peut assumer un coût important dans la production/diffusion et permettre potentiellement de toucher le plus de personne.
En ce sens, les petits éditeurs, qui sont nombreux en France, telles les éditions Hermaphrodite qui ont publié mon roman Pan Cake, sont immédiatement limités quant à leur possibilité de production/diffusion, quelque soit leur volonté. La limite est d’abord ontologique du fait de la matérialité de la chose, et consécutivement économique.
4 avril 2007
[Audio] E_E : poésie sonique
E_E [Electronic Elephant], composé dorénavant d’Hortense Gauthier à la voix, de Valentin Duhamel à la guitare et d’AKS pour le retraitement live du son sur lap-top, développe un travail de poésie électro-trans-rock. Ils seront le 5 avril en concert à l’Université d’Arras, à 18 H, au Dôme. Ils explorent, au carrefour de la musique improvisée, de l’électro-acoustique live et de la poésie sonore, la possibilité de la création organique de paysages mentaux.
Nous mettons en extrait, deux morceaux, [geologic], et [thy rope of sand].
1er morceau : [geologic]
2nd morceau : [thy rope of sand]
21 mars 2007
[réponse] Sur Arno Calleja
Suite à l’article sur le n°6 de la revue le Quartanier, et à la note sur le travail de Arno Calleja, les réactions furent rapides, énervées, pleines d’injures pour certaines, et de mécompréhension pour d’autres, je vais donc essayer d’éclaircir le propos tenu dans cette chronique. Ce petit article devait être une simple réponse aux commentaires de Antoine Hummel et Ludovic Bablon, mais se faisant au fur et à mesure de son écriture plus longue et plus précise, j’ai pensé qu’il pourrait être publié ici.
Si je peux reconnaître ma critique rapide, et peu argumentée, à propos de Calleja, elle n’est pourtant ni un dédaigneux revers de la main, ni un a priori, ni le signe d’une lecture rapide de cet auteur, elle est plutôt la manifestation d’un certain agacement et même d’une certaine colère face à son travail, que je connais bien le suivant déjà depuis trois ans environ (à travers des textes sur le net, revues, livres, lectures…). Elle se voulait aussi un petit coup de pied alors qu’il est de bon ton de dire les choses entre soi, plutôt que d’affirmer clairement des partis pris, afin d’ouvrir le dialogue, et pourquoi pas la polémique, à propos de ses textes et des questions qu’ils soulèvent, les réactions d’ailleurs n’ont pas tardé. ( y compris de l’intéressé qui m’a écrit une très belle lettre à laquelle j’ai répondu, lettre qui engage un dialogue justement et qui n’est pas simple invective et insulte, contrairement à d’autres mails et commentaires reçus).
Tout d’abord, dans ma chronique du Quartanier n°6, je n’ai jamais parlé ni utilisé les critères de « nouveauté » et de « modernité », qui d’ailleurs n’est pas simplement un vieux concept, mais un concept classique qu’il ne faut cesser d’interroger, et qui n’en finit pas d’être interrogé lui-même par les travaux littéraires en train de s’écrire …
(NB : par ailleurs, oui, quand j’ai découvert Tarkos, je me suis dit que je n’avais jamais entendu ni lu un truc pareil, oui c’était nouveau, et je pense que le travail de Tarkos est vraiment inédit, « jamais dit », je ne trouve rien qui lui ressemble, et cet inédit est tellement fort dans son cas, que le critère de nouveauté peut être un critère, même s’il n’est pas le seul, de qualité.)
Cependant, je ne juge pas Calleja à l’aune de ces concepts, mais je ne peux pas non plus le lire détaché de toute relation dans le champ littéraire, de toute histoire, de toute généalogie, et il se trouve qu’avant lui il y a eu Tarkos, et Pennequin (qui est toujours là lui) __ la proximité avec ces auteurs est flagrante, je ne vois même pas comment cela pourrait être autrement, ne pas le reconnaître serait de la malhonnêteté et de la mauvaise foi. Par contre, je reconnais n’avoir fait qu’affirmer ce fait sans l’argumenter, ce que je vais donc faire :
En effet, Calleja n’est pas un « plagiaire », le terme ne convient pas (je ne l’ai d’ailleurs pas employé), mais la proximité entre Pennequin et Tarkos et lui me semble indéniable, donc de quelle proximité s’agit-il ?
Des travaux qui sont proches de ceux de Pennequin et Tarkos, il y en a beaucoup, poursuivre les pistes, les interrogations, les formes qu’ont lancées ces deux auteurs, pourquoi pas, il peut y avoir des choses intéressantes …
Mais dans le cas de Calleja, une chose me gêne profondément : c’est une proximité qui veut se masquer elle-même, qui ne reconnaît pas la généalogie dans laquelle elle se situe, je ne trouve pas cela correct (aucune morale là -dedans, même si je ne trouve pas d’autre mot), vis-à -vis de Tarkos, qui est mort, et qui ne peut plus rien dire. Je pense que c’est un auteur majeur, dont la reconnaissance n’est pas encore assez solide et établie, il est donc encore facile de le recouvrir par d’autres travaux qui sont dans la reprise et la continuation de son travail. Déjà des gens rencontrés m’ont dit « ah alala que c’est bien Calleja » et ils n’avaient pas lu Tarkos, je trouve ça intolérable, comme si on enterrait une deuxième fois Tarkos, peut-être mon côté historienne que d’être comme ça préoccupée par la mémoire, mais je pense que c’est important …
2ème chose : la proximité d’entretient Calleja avec Tarkos et Pennequin est une proximité qui me semble en deçà des possibilités qu’ont ouvertes Tarkos et Pennequin dans la langue.
Car Calleja est dans la reprise d’une forme, (et oui on peut parler d’une forme, comme on parle de forme en peinture, en cinéma, en musique, etc…toute création est faites d’idée(s), de matière(s) et de forme(s)), d’une mécanique, d’un rythme, d’une construction qui est parfois plus celle de Tarkos, parfois plus celle de Pennequin __ forme qu’il n’arrive pas à renouveler, et dans laquelle, toute la singularité de son écriture, toutes les pistes et idées personnelles qu’il ouvre (car oui il y a des choses intéressantes dans ses textes) ne peuvent véritablement se déployer tellement elles sont prises dans et recouvertes par cette forme. Ainsi tout ce qui pourrait se jouer vraiment dans son texte est déjoué par cette forme, à mon sens.
En effet, les formes, les mécaniques, les logiques respectives de Pennequin et Tarkos sont tellement singulières, tellement définies, dessinées, abouties, qu’il est à mon sens très difficile de les reprendre ; mais elles sont en apparence tellement simples, élémentaires (tout en étant aussi complexes quant aux éléments qu’elles mettent en jeu et dans la manière de les agencer) qu’il peut sembler très facile de se les réapproprier.
La question qui se pose alors est : le travail de Pennequin et Tarkos peut-il trouver des successeurs qui parviennent à le reprendre tout en le renouvelant ? peuvent-ils laisser des enfants qui ne soient pas de mauvais ersatz ? je ne pense pas, mais j’attends que l’on me prouve le contraire, que ce soit de façon théorique ou pratique.
Ainsi, Calleja me semble échouer dans la reprise des langues de ces deux auteurs auxquels il reprend de nombreux éléments et caractéristiques, et n’être que dans une duplication qui rate, en plus, ce qui est en jeu dans le travail de Tarkos, c’est-à -dire cet étirement, cet étalement de la langue, d’où ce mot de facial, sans profondeur, simplement en surface, poésie de l’horizontalité, dont les seules profondeurs ou perspectives sont des jeux de géométrie produits par les agencements particuliers qu’il fait de la grammaire et du sens. Chez Calleja il y a, dans la petite mécanique de syllogismes finement huilés mais trés rhétorique, les profondeurs d’un sujet qui tourne autour de son propre abîme, et qui réintroduit de la verticalité, d’où la mise en échec de la grammaire de son écriture, qui paraît alors d’autant plus comme un emprunt.
Là où la rumination schizophrénique de Pennequin ouvre sur une multiplicité de voix et d’énoncés du monde qui le traverse de toute part, là où sa langue macératrice et ravageuse est un forage qui détruit, déjoue l’ego, Calleja rate ce forage de lui-même (contrairement à ce qu’il écrit – texte « poésie crisique » dans la revue Los flamencos no comen p.48) en maintenant un sujet unifié, enfermé dans une rumination de lui-même, qui ne fait que répandre et déverser sa psychologie dans un fleuve, un ruisseau, un égout, ou dans ce qu’il appelle « une psychidité », de psyché et liquidité (cf. texte dans le pdf Reprise 4 des Cahiers de Benjy).
« je suis en train de me singulariser, je ne parle jamais de moi au pluriel, parce que je n’en suis pas encore là , j’en suis encore au singulier, à chaque fois qu’on dit je c’est toujours singulier, pour plusieurs je, on ne met pas de s à je non plus, bien qu’il s’agisse du pluriel » (Hargne)
« j’me sauve par moi. au trou de moi. le trou c’est moi. c’est moi qui sent pas bon. je sens moi. que j’ai une fuite. ma salive coule à l’égout. à l’ego d’moi-même. j’me sauve au ruisseau. par l’ruisseau d’ego. je coule le moi. dans la salive. pour qu’il se sauve. » (texte sur Inventaire/Invention, Cheval)
Calleja se cogne frontalement au monde, il se pense lui-même face au monde et aux choses, là où Pennequin n’est qu’une éponge traversée de part en part, là où Tarkos est immergé, dissolu dans les éléments du monde et dans le langage.
Là où la poésie de Tarkos est une poésie des choses du monde, une poésie d’objets, bâton, caisse, bidon, merde, terre, oiseau, air, argent, etc … la poésie de Calleja parle seulement de lui, et ce n’est pas parce qu’il prend la voix d’une femme dans plusieurs de ses textes (dans la revue le Qr, ou dans son texte sur remue.net « Légen ») que ce n’est pas toujours lui, ou un sujet … d’ailleurs il le dit « Je suis moi-même mon autre c’est totalement identifié. » Alors que l’on ne me refasse pas le coup de la différence entre l’auteur et le narrateur, on n’est plus à l’école.
Cet affrontement face au monde se traduit par une position peu originale et assez basique dans son expression__ à savoir une critique de la dévastation sociale par le Capital (cf. le texte de la revue Qr, le texte sur remue.net)__ et donc par des figures binaires récurrentes : « légen riches et légen pauvres », la parole libre et la « parole d’esclave », les maîtres et les opprimés (cf. texte sur remue .net) ,
Et cette position a son pendant dans l’écriture : Calleja ne rentre pas dans l’écriture, dans la langue, mais ne cesse de tourner autour, de la poursuivre. Contrairement à ce qu’il dit à la fin d’un texte Hargne : « je suis dans la langue », si il y était peut-être n’aurait-il pas besoin de le dire ? mais accordons-lui le fait qu’il y soit s’il le dit, je dirais alors qu’il n’est non pas dans la langue, mais dans les mots, pris dans les mots, empêtré dedans, à tel point qu’il ne parvient pas à toucher l’écriture. Il poursuit les conditions de possibilités du surgissement de l’écriture (la pauvreté, la maladie, la crise, la vitesse, la lutte contre l’aliénation, ect…), il parle de l’écriture, il est dans un vouloir de l’écriture avec ses « je veux », « il faut » mais il n’est pas dans l’écriture, comme le sont Tarkos ou Pennequin :
cf. texte Cheval, « je veux être dans la vitesse » « je veux que personne n’arrête ma vitesse. je veux pas qu’elle s’arrête la vitesse. on arrête pas la vitesse. tout est vitesse. rien ne s’arrête. dedans rien ne s’arrête. »,
« il y a encore du travail à faire, il faut être, il faut être dans la philosophie, être dans la parole, le soir on continue une parole qui n’est pas la même parole que la parole du jour au travail, le travail est la parole qui ne travaille pas, le travail se fait la journée, la journée c’est esclave que je suis la journée, et le soir je dois trouver une autre parole, une parole qui n’est plus une parole d’esclave, mais qui est une parole du soir, du libre soir de soi, »
On peut se rendre compte de cela dans une lecture de Calleja à Montévidéo en 2006, il parle de la respiration, du souffle, il parle de cela, mais sans y être. Alors que dans une lecture de Tarkos sur le site des éditions Cactus, (cliquer sur CD, expressif le petit bidon, puis sur « le bonhomme de merde »), on entend Tarkos respirer de façon forte et régulière, il respire, il respire, puis il dit « je gonfle », et continue de respirer, respirer …
C’est là toute la différence entre Tarkos et Calleja, le premier n’a pas besoin de dire, de parler de, il est dans le souffle, dans la respiration, alors que le second ne fait que tourner autour en en parlant …
Il faut aussi aller regarder une lecture de Tarkos au CEP à Lyon (surtout la lecture 2, en bas de page) __ et là , on voit bien que Calleja reprend complètement la façon de lire, de dire, entre l’improvisation et l’explication, de Tarkos, tout en reprenant des questions de Pennequin comme par exemple, l’idée selon laquelle c’est pas moi qui parle, c’est la parole qui parle toute seule, c’est la parole qui parle en moi , quand il dit : « je souffle avec des mots dedans » « c’est pas moi qui est mis des mots dans le souffle », « les mots viennent dedans, s’inscrutent », « c’est eux qui ont quelque chose à dire, moi rien ».
On retrouve aussi cette reprise de l’idée de Pennequin notamment (car on pourrait faire encore de très nombreuses comparaisons, entre Pennequin et Calleja, ce ne sont pas exemples qui manquent) dans un texte publié sur le blog Les Cahiers de Benjy, dans le pdf Reprise 1 : « i paraît que j’ai rien à dire. me dit la parole. i paraît que t’as rien à dire. me dit la parole. i paraît que t’as rien à faire. me dit l’être. je dis à la parole que je criture l’être. elle me dit ah bon. je dis à l’être que je me laisse parler. »
« Criture est une nouvelle langue dans le français. Criture s’écoule quand ça lui vient, car criture n’est assujetie a rien. Criture parle pour criture, et pour personne d’autre. Criture n’est assujetie, criture n’est aliénée qu’à elle-même. Criture est à la langue ce que bougnoule est au français. »
Avec son concept assez flou et vague de « criture », qui fait surtout penser à la trace scribouillarde d’un malade de l’écriture, on peut aussi se demander si Calleja n’essaye pas d’inventer un concept opératoire de son travail, comme Tarkos a pu le faire avec « pâte-mot », qui était une idée bien plus complexe et intéressante me semble-t-il.
Car pâte-mot n’était justement pas pour Tarkos une langue différente de la langue commune, il travaillait avec cette pâte-mot commune, à tous, avec cette langue banale que nous partageons, et il y avait là une dimension politique intéressante. La poésie de Tarkos ne s’extrait pas de la langue commune, elle est faite de celle-ci, donc il maintient ce commun, pour en souligner les fonctionnements, les absurdités mais aussi pour nous indiquer tout ce qu’il est possible de faire avec, pour le réanimer autrement, de façon vivante, pour lui donner de nouvelles intensités, dans une lecture que j’ai entendu de lui, il parlait de cette idée « d’intensification du texte».
Alors que la criture de Calleja (cf. citation ci dessus) se pense comme une langue étrangère dans le français, et comme une langue pauvre, une langue du pauvre, une langue pour les pauvres __ mais en fait cette langue n’est qu’un idiome singulier, qui ne vaut que pour lui-même, qui ne peut ni être partagé, ni créer du commun, elle lui appartient trop, et d’ailleurs il le dit lui-même, « Criture parle pour criture, et pour personne d’autre. », il reste donc enfermé dans sa criture, impartageable, incommunicable, sa criture tautologique, qui ne parle qu’à lui, à travers laquelle il se parle à lui-même et non aux autres.
Par ailleurs, on peut encore souligner une proximité avec Tarkos, à travers cette question d’une langue pauvre, simple, “prolétaireâ€, et les implications politiques qu’elle contient. Tarkos et Molnar avaient réfléchi à cela à travers la revue Poézi Prolétèr de façon plus fine et plus intéressante à mon sens que ne le fait Calleja.
Chez Calleja, il y a aussi, derrière une naïveté factice, artificielle, une tentation philosophique, une tentative de faire une poésie philosophante, qui pense et qui se pense elle-même, il élabore une sorte d’art (faussement) brut qui philosophe, il y a déjà là une contradiction __ on retrouve d’ailleurs de nombreuses références à Heidegger, à Aristote … (cf. texte dans le pdf Reprise 1 des Cahiers de Benjy : « l’être et la parole sont un couple divorcé, et moi je suis l’enfant séparé », cela signifierait-il que Calleja ne parvient à être ni dans l’être ni dans la parole en même temps, c’est peut-être pour cela qu’il n’est pas dans l’écriture … ?)
Alors que Tarkos parvient à créer de véritables outils de pensée dans sa poésie, ainsi que des objets de pensée quand il parle d’un bidon, d’une caisse, de l’argent, et en créant des situations cognitives perturbantes, il interroge de façon très vive à mon avis la philosophie, mais sans faire le philosophe, sans être dans une poésie pensante, qui se veut un pensée, il interroge vivement le langage, mais à l’intérieur du langage lui-même, il questionne la parole depuis la parole, c’est pourquoi ses lectures étaient si fortes. Chez Calleja, il y une interrogation de la pensée et du langage de l’extérieur, il tourne autour, s’y frotte, s’y cogne, violemment (et cela peut produire des choses intéressantes) mais il n’y entre jamais véritablement ; on sent ainsi beaucoup trop les lectures philosophiques qui transpirent dans son écriture … Comme le disait si bien Bernard Desportes, il faut apprendre à désapprendre pour pouvoir entrer vraiment dans l’écriture …
Enfin, pour reprendre la distinction entre les trois rapports à la vérité qu’opère C. Hanna dans un article en hommage à Tarkos sur le Web de l’Humanité , on peut vite se rendre compte en relisant le travail de Calleja qu’il est en fait dans un rapport classique à la vérité, celui que C. Hanna appelle “métaphysiqueâ€, et selon lequel la poésie est un outil critique de dévoilement de la vérité du réel, et de celle du sujet face à celui-ci.
C’est à cela que je voulais faire référence en disant « une posture classique de l’écrivain maudit », et non pas “romantiqueâ€, comme l’ont mal lu certains.
La poésie de Calleja repose sur la croyance que les conditions de possibilité d’une poésie vivante, sa poésie, sa langue “prolétaireâ€, c’est la pauvreté (cf. texte dans la revue le Qr), la hargne, la souffrance (la crise, la poésie crisique «c’est dans la crise qu’on travaille. on n’est travaillé par la crise. c’est dans la crise qu’on travaille la parole. »
« la parole crisique fait du corps une chose qui questionne librement. la parole crisique fait du corps une chose libre ».
Ainsi finalement la poésie crisique, la poésie qui se fait dans la crise, a une vertu thérapeutique qui libère le corps et l’esprit de l’aliénation, on est finalement entre l’art brut et l’écriture automatique (car quand Calleja dit qu’il faut laisser la parole parler, se déverser, sans réfléchir, il réhabilite d’une certaine façon un automatisme de l’écriture), et on sait à quelles illusions et impasses à la fois politiques et littéraires mène cette conception de l’écriture. Car la crise, oui la crise, mais n’est pas Artaud qui veut…
Mais peut-être que tout cela n’est pas très important compte tenu de ce que peut écrire Calleja :
« je ne parle pas du résultat je parle du geste ce qui est intéressant c’est le geste, le résultat c’est pas intéressant, le résultat toumonde a des résultats des bons et des mauvais résultats des résultats qui plaisent ou des résultats qui ne plaisent pas mais un geste peu de gens sont dans un geste, un geste est une manière de faire qui est une manière de vivre, un geste de criture fais vivre un texte »
Ainsi, si le résultat n’est pas important, mais que seul compte le geste, alors laissons Calleja faire des gestes de criture, laissons le brasser de l’air et des mots, allons relire Tarkos, et continuons à lire Pennequin .
17 février 2007
[Chroniques] Des vidéo-poésies au Point sur le i – Frédéric Dumond et Olivier Gallon
Il faut tout d’abord saluer le travail de Giney Ayme, conducteur d’Incidences, qui a monté une collection multimédia « le point sur le i« , un des seuls labels en France — avec son@rt de Jacques Donguy — de vidéo-poésie, qui publie des travaux croisant l’écriture et la vidéo, l’écriture et l’art numérique. Actuellement sort le 9ème DVD, « Portrait de Richard« , excellent portrait de l’écrivain Richard Morgiève réalisé par Nicolas Barrié. Mais nous allons d’abord présenté ici les n°7 et 8, sortis fin 2006.
Le n°7 est une oeuvre de Frédéric Dumond (texte) et de Mathieu Foulet (animation), ce travail de poésie cinétique, qui utilise les potentialités de l’animation numérique, prend la forme d’une galaxie de lettres en suspension qui, telles des atomes, se regroupent pour former un fragment de phrase puis se dispersent en éclatement, pour former peu à peu dans ce mouvement de contractation/dispersion tout en fourmillement un texte en mouvement perpétuel. Des descriptions de processus, d’événements, de transformations de choses du monde, à moins que ce soit des traces clignotantes et mobiles de phénomènes mentaux, sensoriels, ou physiques, sont ici donnés à voir dans leur apparition même au creux du langage, dans l’immanence de « l’inframince » pour reprendre ce que dit Ph. Boisnard sur la quatrième de couverture. Se tisse alors toute une architecture fluide et en perpétuel reconfiguration qui tente de montrer, de rendre visible au sein de la matérialité du langage ce que pourrait être une dynamique poétique de pensée et d’apparition des choses au monde dans une temporalité ouverte … Mais on regrettera peut-être que ce travail, qui contient de nombreuses potentialités poétiques et plastiques non exploitées, n’aille pas plus loin, autant dans sa durée que dans sa forme …
Le DVD n°8, celui d’Olivier Gallon, écrivain et réalisateur, est plutôt décevant. « Pensée ajoutée à l’air » alterne la captation d’une jeune femme dans un cimetière en contre champ de la pierre tombale de Joseph Brodsky, quelques phrases d’aprés ce poète apparaissent de temps en temps sur les images. C’est « une digression sur l’air », ou tentative de saisissement de l’insaisissable, à savoir l’absence, la mort, l’autre incarné dans une jeune femme ; un jardin, une femme, un poète mort, cela fait beaucoup de clichés, qui, même finement agencés et transposés en vidéo, n’en sont pas moins des poncifs de la poésie qui renouvellent en rien l’expérience poétique que l’on pourrait attendre dans une vidéo-poésie.
Sur la deuxième vidéo, en plan fixe, une fenêtre ouverte sur la mer, de jour, puis d’un seul coup le noir, entre les portes de la fenêtre, le gouffre noir de la nuit, puis à nouveau le jour, alternance qui pourrait nous faire basculer dans une dimension irréelle, la fenêtre comme espace mental de rêverie, ouverture onirique… mais la « vision » (comme il est dit sur la présentation du DVD) qui survient, sorte de flamme qui traverse la fenêtre, puis halo vert d’une lumière, ne parvient pas à nous emmener plus loin que le cliché de la fenêtre comme interface bi-dimensionnel entre l’extérieur et l’intérieur. De plus, se rajoute à ce lyrisme de l’image deux phrases en transparence sur la mer (« on dirait que c’est toi à l’intérieur que tu filmes », ce qui nous donne tout de suite la clé de la vidéo) et dans le ciel (« pas là pour la pluie », là on comprend moins), procédé qui décidément ne fonctionne vraiment pas, la vidéo-poésie ce n’est pas des phrases qui surtitrent des images.
On se dit alors qu’Olivier Gallon est un vidéaste qui cherche à travailler sur la durée des images, à explorer la question du temps, mais la question du temps n’est justement pas seulement une question de durée et de fixité du plan, ni encore moins un plan de la mer. Le temps, ce n’est pas une simple étendue de durée, mais plutôt stratification, labyrinthe, circonvolutions, mouvements, dimensions qu’explorent des cinéastes comme Kiarostami, ou des vidéastes, ou des artistes numériques qui travaillent sur l’aléatoire (cf. Chatonsky, ou le DVD aléatoire de Ph. Boisnard, Data History.X). Chez Olivier Gallon, point d’épaisseur du temps, mais plutôt flottement, et esthétisation du vide, en effet, ça s’appelle « une vidéo pour rien » …
Ainsi, s’il y a vidéo-poésie, c’est bien plus chez Frédéric Dumond et son travail dans la matière visuelle et dynamique du langage, face auquel, malgré sa lenteur et sa dimension minimale, on ne s’ennuit pas une seconde, car le déroulement du temps apparait dans ses circonvolutions pleines de phénomènes et d’événements. Tandis que chez Olivier Gallon, le temps suspendu n’ouvre sur rien d’autre que sur lui-même, nous plongeant trés rapidement dans l’ennui …
9 février 2007
[Vlog] Charles Pennequin et HP-Process # Festival Muzzix#7 [9]
Le 19 Janvier 2007 a eu lieu à La Malterie [Lille] la soirée “sound is poetry / poetry is music” organisée par Trame Ouest dans le cadre du festival Muzzix #7. En attendant de poursuivre la mise en ligne du Festival Manifesten#1, nous mettons en ligne toutes les interventions sonores. Peuvent déjà être vues : [+] Sylvain Nicolino et Laurent Roux /La femelle du Requin/ [voir]. [+] Sylvain Courtoux et Emmanuel Rabu [voir +]. [+] Cut up conspiracy [S. Courtoux et J. Bertin] [voir +]. [+] Emmanuel Rabu [voir +]. [+] Yvan Etienne et Brice Jeannin [voir +]. [+] HP Process /H. Gauthier et P. Boisnard/ [bod project] [voir +]. [+] Michel Giroud et P. Boisnard /trompette amplifiée/[voir +]. Neuvième intervention de la soirée : Charles Pennequin et HP Process _ je suis un homme
29 janvier 2007
[Revue] n°47-48 22 (MdP) : poésieencours
Comme nous l’avions dit, au mois d’aout [ici], le festival de Lodève, en 2006, a vu une très belle expérience se faire : le off organisé par 22 (Montée) des poètes et la galerie art en cours, à savoir respectivement Franck Doyen et Sofia Burns/Karim Blanc. Pour marquer ce moment, Franck Doyen vient de consacrer un double numérode 22 (M)DP poésieencours, qui témoigne de cette semaine de lectures quotidiennes dans cette galerie de Lodève, devenue pour cette occasion un véritable laboratoire de poésies contemporaines, où de très nombreuses rencontres entre auteurs ont eu lieu.
Ce numéro de 22 (M)DP, n’est pas seulement la réunion de textes, mais il redonne aussi la joie créatrice qui caractérisa ces instants. C’est pourquoi ce numéro est vraiment incontournable.
22 (Montée) des Poètes, n°47/48 : poésieencours, 126 pages en deux livrets accompagnés d’un DVD de Claude Yvroud, ISSN: 0292-0794. 10 €
commande : Franck Doyen / la tuilerie, 69860 Ouroux / revue.22mdp[@]wanadoo.fr
Sommaire :
Livret 1 : Editoto de Franck Doyen, Questions pour un poète de Claude Yvroud, Combinations d’Hortense Gauthier, Coupe Gorge et À l’orée des villes de Sébastien Lespinasse, Barnaba [extrait] de Marie Delvigne, Bouche cousue d’Edith Azam, Corpus Delicti de Claude Favre et le DVD « Lodève 2006 » de Claude Yvroud.
Livret 2 : Entre(2)tiens avec Franck Doyen, Capital-Hôpital de Christian Malaurie, Ultimatum de A_K_S [Agence_Konflict_SysTM], Humaine et corrigée de Rachel Defay-Liautard, Ma vie d’après (chantier) d’André Gache, Wasschwing maschwing et zoofolies (air pariétal) de Stéphane Deloy.
22 janvier 2007
[Vlog] HP Process [bod-code project] // Festival MuzziX #7 [2]
Le 19 Janvier 2007 a eu lieu à La Malterie [Lille] la soirée « sound is poetry / poetry is music » organisée par l’association Trame Ouest dans le cadre du festival Muzzix #7. Nous allons mettre en ligne toutes les interventions sonores. Deuxième performance de la soirée : HP Process présente [bod-code project]. Texte et voix d’Hortense Gauthier, vidéo et amplification sonore par Philippe Boisnard au laptop.

4 décembre 2006
[revues] La revue Livraison
Malgré son ambiance plutôt morne et son ronron poussiéreux (triste absence de Al Dante, Boxon estropié, car Gilles Cabut était grippé et Georges Hassoméris absent, résurrection de Nioques cadavre plutôt fantomatique que phénix, nouvelles jeunes revues déjà vieilles et peu sexy…heureusement qu’il y avait la joyeuse folie d’un Franck doyen et de 22(M)dp, ainsi que l’enthousiasme de Giney Aime et d’Incidences), nous avons découvert lors du Salon des revues trois revues stimulantes, qui existent déjà depuis quelque temps mais mieux vaut les découvrir tard que jamais : MU, Action Restreinte et Livraison. Nous parlerons tout d’abord de cette dernière, publiée par Rhinocéros, dirigée par Nicolas Simonin, (qui dirige aussi la structure de diffusion R-diffusion), et plus particulièrement du dernier numéro, le n°7, coordonnée par Manuel Daull et Chloé Tercé.
Livraison, revue d’art contemporain, n’est pas une revue littéraire, mais une revue d’art et d’écritures, de très belle facture, couverture glacée, 190 pages, sans être un objet lourd, mais au contraire souple, à l’intérieur en couleur, au graphisme épuré, efficace, et tout est bilingue anglais-français. Chaque numéro de la revue est thématique, et ce numéro 7 parle de « bribes / ratures / fragments ».
« « Notre situation postmoderne est caractérisée par la fragmentation ».
On peut regretter la fin des certitudes produites par des grands récits, des identités stables, des formes totales. On peut aussi faire le pari inverse : lâcher les gros mots et les métathéories globales — parce qu’elles sont inadéquates — et utiliser les fragments comme lieux pour des bribes de sens, pour de modestes tentatives d’empêcher la reconstruction des tentations totalitaires. »
Voilà comment débute cette revue. En effet, pas de défense d’une théorie unifiée et unifiante ni d’une pratique, ni d’une école chez Livraison, mais véritablement exploration transmédia d’un thème et confrontation des différentes pratiques de créations actuelles. On retrouve donc à l’intérieur artistes plasticiens, architectes, écrivains, musiciens, graphistes, photographes, ainsi qu’une pluralité de pratiques et de créations. Chaque participant a peu de pages, les travaux sont assez courts, et semblent fonctionner comme des fragments, des traces des œuvres des participants. Malgré les différences importantes entre les médias utilisés et les réalisations, cette multiplicité de pratiques est pourtant très cohérente, le thème est exploré de toute part, jamais de façon démonstrative ou illustrative, mais bien problématique ; et il est intéressant de voir les convergences et les divergences sur le sujet entre les artistes. Le rapport aux médias est intéressant, car il y a un véritable brouillage des genres et des appartenances, la question ne se pose alors plus, et l’exploration de la thématique en sort renforcer. Des architectes font de la photo, des plasticiens de l’écriture, des écrivains des oeuvres visuelles…
Le thème donne donc lieu à des travaux d’écriture sans pour autant être strictement littéraires, et à des travaux plastiques qui questionnent l’écriture. Le texte de Frédéric Dumont, « Condensations pour n décimales de PI [fragment.1.] », est en fait plusieurs blocs de chiffres dans lesquels on distingue à l’intérieur des fragments de phrases. Langage émergeant de l’informulée abstraction, suite de nombres elle-même fragment d’une suite infinie, qui est pris dans ce magma numéraire, pour un faire un matériau poétique au même titre que les lettres. Questionnement du rapport entre structure du langage, de l’écriture et celle du monde, de l’espace, de la matière, que l’on retrouve dans son petit livre Monde. On pense alors au travail d’Espitallier dans son Théorème. Le texte de Manuel Daull, dans une veine/verve proche de celle de Pennequin dans la première partie, est très différent dans la seconde, il crée une déstructuration du prénom John (renvoyant à Steinbeck, Cassavetes, Cage…), par une fragmentation rythmique du texte, comme ayant subi un bug informatique ou ayant été scandé mécaniquement pour en faire une sorte de partition qui appellerait une expérience sonore.
On trouve ensuite encore deux autres textes qui puisent chez les poètes contemporains, celui d’Emmanuel Adely, qui fait un agenda de ses achats avec prix, dates, lieux, dans une logique très proche de celle de Anne-James Chaton, et celui de Jean-Louis Py, qui entoure et barre des phrases dans un texte préexistant, technique du cut bien connue, que pratique notamment de la même façon depuis longtemps Lucien Suel dans ses « poèmes express ». Hugo Pernet donne un texte sibyllin, seuls quelques mots et traits sur des pages d’autant plus blanches et silencieuses, travail énigmatique, qu’il faudrait développer pour en comprendre la cohérence. Seul le texte de Christophe Grossi, poème assez lyrique et narratif sur le corps, se détache des autres travaux littéraires par son classicisme.
Moins littéraires, et plus tournés vers l’interrogation de l’écriture, il y a le texte de Christophe Fourvel qui fait un « portrait de femme magnifique », celui de « Magdalena, dans la Dolce Vita », description romanesque de cette femme fascinante selon une formule assez facile, alors que le texte de Vivien Philizot, « Iconographie de Steven Seagal », lui aussi dans l’écart-rapport entre littérature et cinéma, est plus drôle et intéressant. Il y a aussi des fac similés de listes de courses de Hervé Roelants, ready made du quotidien, jolie visuellement, illustrant bien le thème, mais que dire d’autre ? et les écritures-dessins de Matthieu Messagier sur la notion de rature, sujet mieux exploré chez Charles Mazé, qui nous montre des extraits, des fragments de ses « exTraits », tracés produits par des machines qu’il a lui-même conçu pour produire des dessins aléatoires en grands formats, sorte de sismographies, presque musicale dans leur mouvement, qui semblent retranscrire de multiples vibrations ou intensités, on pense à Michaux mais à un Michaux mécanisé.
Pour les travaux plus plastiques ou autres, il faut souligner les « captures » de Toeplitz, partition pour ses créations sonores et chorégraphiques qui sont de véritables poèmes visuels, graphiques, dommage que les reproductions soient si petites. Ou encore la très belle suite photographique de Thierry Genin, qui a photographié toujours de la même façon les activités de jardinage sur son balcon de son voisin d’en face, durant toute une saison, ce qui produit une sorte de BD muette, mais dans laquelle on peut lire toute une histoire…
Ainsi, si les travaux littéraires ne sont pas très étonnants, ils n’en sont pas moins de qualité, et l’ensemble de la revue est vraiment très bien élaboré et intéressant ; les pratiques plastiques, littéraires, visuelles, se répondent, s’interrogent, et on en arrive presque à se dire qu’il y a plus de littérature dans certaines propositions plastiques ou visuelles que dans des travaux poétiques de certains revues littéraires.
Livraison est véritablement une revue transdisciplinaire, qui relie et confronte de façon très stimulante des travaux hétérogènes sans être dans la dispersion ou la juxtaposition, ou comment la différence et le fragmentaire crée néanmoins de la cohérence et du continu.
NB sur Rhinoceros :
En cette période de reconfiguration des structures éditoriales et des espaces de production artistique, il nous paraît intéressant de parler de la structure Rhinoceros, basée à Strasbourg, association artistique qui organise, met en relation, diffuse des travaux et pratiques d’arts contemporains, mais qui est aussi ouverte aux nouvelles écritures.
Leurs activités, qui ont débuté en 1996 par des expositions dans un atelier, sont l’organisation d’events, de rencontres, de conférence, d’expositions, mais aussi l’édition. Ils publient la revue Livraison, ainsi que des livres et ouvrages d’art, des catalogues réfléchis d’expositions, comme Trouée, perforations, laps de Dominique De Beir + Eric Suchère (2004), des badges créer par des artistes (projet PIN-UP~badges by artists). On peut noter chez eux ce souci de trouver pour chaque œuvre, objet, idée un vecteur spécifique de présentation, d’exposition, de diffusion et « de créer à chaque fois une économie nécessaire à [nos] actions » disent-ils dans un entretien pour le Matricule des Anges.
Comme il est écrit sur leur site, « il n’y a pas d’artistes labellisés rhinoceros, aucune écurie de galerie stable, pas de galerie d’artistes, juste une histoire de réactions en chaîne – que des praticiens ou des acteurs, ou des amateurs du monde de l’art, de passage en quelque sorte, dans un temps et une rencontre donnés. Il n’y a pas de définition possible de rhinoceros si ce n’est la liste des gens qui y participent d’une manière ou d’une autre de façon durable ou pas, même si l’on peut parler de structure d’art associative qui cherche à adapter constamment ses réflexions et ses supports d’apparition en fonction d’un propos – qui crée chaque fois l’économie nécessaire à ses actions autant que leur diffusion, une structure qui cherche à être d’utilité publique, je crois, indéfinie tout simplement »
Cette structure ouverte qui privilégie l’hétérogénéité des croisements à la défense d’une ligne nous semble intéressante ici car elle met en relation la littérature, avec d’autres formes d’écritures, plastiques, vidéos, etc… qui viennent des arts contemporains, et car elle réfléchit à l’économie particulière qu’il faut développer pour défendre de façon pertinente et efficace tel ou tel type d’objet dans l’état actuel
Nous parlerons aussi bientôt des éditions ère et PPT, qui nous semble être dans cette même dynamique de création et de réflexion sur la littérature/l’art, ses supports, et ses vecteurs de diffusion et de circulation.
30 novembre 2006
[audio] HP-process, voice_flux#11
HP-process développe une poésie sonore qui se construit dans un rapport entre voix et ordinateur. Tandis qu’Hortense Gauthier travaille la voix, A_K_S saisit celle-ci en live par ordinateur et retraite, retexture, découpe, sample, amplifie, expanse les ondulations sonores. Le résultat est une poésie électronique proche de la musique concrète. En relation avec des recherches développées par Joachim Montessuis et son label Erratum, cependant, il y a chez HP-process une dimension qui appartient aux recherches de la musique électro-acoustique à laquelle A_K_S a été formé originellement. Leur dernière apparition publique date de novembre 2006 au 8ème symposium de musiques et d’art numérique au CAPC de Bordeaux.