Libr-critique

5 juin 2017

[News] Libr-poésie

Sans vous y perdre et sans être exhaustif, faites votre Marché de la poésie : avec Anne Savelli, Suzanne Doppelt, Philippe Jaffeux, Guillaume Basquin, Daniel Pozner, Juliette Mezinc, Frank Smith… les éditions Al dante, de l’Attente, Castor Astral… Et n’oubliez pas la Nuit remue #11 !

 

Jeudi 8 juin à 19H, Bibliothèques de Montreuil (14, Bd Rouget de Lisle – 93) : Anne Savelli, Décor Daguerre

Paris, les années 70, la vie quotidienne et la vie d’artiste… Bienvenue à la bibliothèque Robert Desnos pour découvrir Décor Daguerre d’Anne Savelli, livre inspiré en partie par le documentaire d’Agnès Varda Daguerréoypes, dont nous verrons quelques extraits, ainsi qu’un passage de Stella, film de Sylvie Verheyde.

 

Samedi 10 juin, rencontre avec Suzanne DOPPELT :

Du 7 au 11 juin, Marché de la poésie, place St Sulpice à Paris : mercredi 7 juin de 14h à 21h30 ; jeudi 8, vendredi 9 et samedi 10 juin, de 11H30 à 21H30 ; dimanche 11 juin de 11h30 à 20h.

Éditions Al dante, de l’Attente, Nous : stand 110/112

Éditions du Castor Astral : stand 400

Éditions L’Atelier de l’Agneau (et revue L’Intranquille) : stand 614. La Passe du vent : stand 423 (Katia Bouchoueva, Laurent Fourcaut..) ; association Entrevues : stand 700 (avec la présence de François Rannou pour sa revue Babel heureuse).

Vendredi 9 juin, de 16 à 18H stand 202 : Philippe Jaffeux signera et dédicacera à 16 heures son dernier ouvrage de théâtre expérimental, DEUX, qui sort le 10 juin chez Tinbad.
A 17 heures, au même endroit (stand 202, celui des éditions de Corlevour), Guillaume Basquin signera son (L)IVRE DE PAPIER, paru l’an dernier.

► À l’occasion de la parution de son dernier livre, À la lurelure, rencontre avec Daniel Pozner pour une séance de signatures au Stand de Propos 2 Éditions (508-512) : samedi 10 juin 2017 à 16h au Marché de la poésie, place Saint-Sulpice, Paris.

► Samedi 10 juin, de 18 à 20H : RV avec Juliette Mezenc pour une séance de signatures (Laissez-passer)…

  La Nuit Remue #11, samedi 10 juin à 18h30,

Bibliothèque Marguerite Audoux, 10 rue Portefoin, Paris 75003 
Accès : Métro : Temple, République, Arts et Métiers  [
La Nuit remue 11 a été imaginée par Emmanuèle Jawad et Marie de Quatrebarbes, avec l’aide amicale de Mathieu Brosseau.]

Programme

18h30 Accueil du public

19h00 Premier round :

Stéphane Bouquet
Frédérique Iledefonse 
Emmanuel Laugier
Vannina Maestri
Jennifer k Dick
Franck Leibovici

20h00 – 20h30 Pause

 

20h30 Deuxième round :

Philippe Jaffeux
Emilie Notéris
Olivier Quintyn
Hortense Gauthier
Florence Pazzottu
Benoit Casas

21h30 Fin des réjouissances.

Samedi 10 juin à Pantin, 15H30 : Frank Smith, Le Film des visages

ÉCRANS LIBRES
Les Écrans Libres donnent la parole à des cinéastes lors d’une séance qui leur est intégralement dédiée. Frank Smith est écrivain/poète, réalisateur et vidéaste. Il a publié une douzaine de livres, dont Guantanamo, sacré meilleur livre de poésie de l’année par The Huffington Post aux États-Unis. Il réalise également des « films-poésies ». Il est représenté par la Galerie Analix Forever à Genève.

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LE FILM DES VISAGES
Frank Smith – France, 2016, 50’
En s’appuyant sur une manifestation qui s’est tenue
à Alexandrie en juin 2010 pour protester contre le
régime du président Moubarak et la mort du jeune
militant Khaled Saeed, Frank Smith mène une réflexion
sur les visages de la révolte. En dépassant la dualité
entre foule et individu, Le Film des visages traque les
gestes d’un nouveau peuple en mouvement, et sonde
le visage comme surface sensible insurrectionnelle.
Une expérience dédiée à Chantal Akerman.

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PLUS D’INFOS : bit.ly/2rGwcyr
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INFOS PRATIQUES
Ciné 104
104 avenue Jean Lolive
93500 Pantin

Métro ligne 5 – Église de Pantin
Bus lignes 249, 170, 61
Station Vélib’ devant le cinéma

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TARIFS
Entrée : 5 €
Tarif réduit : 3,5 €
Pass festival : 15 €

1 juin 2017

[News] Colloque international Emmanuel Hocquard : la poésie mode d’emploi

Jusque samedi 3 juin, un véritable événement se tiendra à la Maison de la recherche de Paris-Sorbonne : un colloque international sur l’œuvre d’un des grands poètes actuels, Emmanuel Hocquard.

Colloque international, 1er-3 juin 2017
Maison de la recherche de Paris-Sorbonne
28 rue Serpente, Paris 6ème

En 1978, la collection P.O.L. des éditions Hachette s’ouvre avec deux livres : Je me souviens de Georges Perec et Album d’images de la villa Harris d’Emmanuel Hocquard. Si le premier de ces auteurs fait aujourd’hui figure de classique du XXe siècle, le second a joué un rôle de premier plan dans la poésie française depuis les années 1970, et sa présence est aujourd’hui attestée par la réédition en poche des Elégies à l’occasion des cinquante ans de la collection Poésie/Gallimard, suivant de peu la reprise d’Un privé à Tanger dans la collection Points/Seuil. Au moment où l’œuvre poétique et théorique de Hocquard acquiert une visibilité éditoriale, ce colloque en se donnant pour objet l’ensemble des activités du poète, entend en faire valoir l’importance et le situer dans une histoire dont il fut l’un des principaux acteurs.

Hocquard est auteur d’une écriture poétique où se manifeste l’ambition d’une redéfinition radicale, doublée d’une écriture en prose qui déjoue les catégories de genre autant qu’elle joue avec elles (et qui donc a peu à voir avec ce que les avant-gardes contemporaines appelaient « texte »). Poèmes, propositions critiques, fictions théoriques, fictions d’apparence romanesque, apparaissent dans une multiplicité de formats que détermine le mouvement de l’invention. Élaborer pour soi une écriture à laquelle on donnerait ses propres règles, a été l’enjeu majeur de son travail ; le titre d’un des livres de poésie, Un test de solitude, donne la mesure du risque encouru. L’œuvre d’Emmanuel Hocquard, souvent réduite à une idée ou saisie par à travers des rapprochements hâtifs, appelle une lecture ouverte et attentive : c’est la visée principale du colloque.

Cependant, la solitude n’a pas été la condition du poète au cours des années où s’est développé son travail. Hocquard apparaît au contraire comme une figure caractéristique du poète contemporain, intervenant dans un monde ouvert et décentré. Ses livres ont paru dans une maison emblématique de la modernité, P.O.L., dont il a contribué à construire l’image en même temps qu’il bénéficiait de cette image. Reprenant un usage des avant-gardes américaines, il a lui-même créé et animé une maison d’édition artisanale, Orange export Ltd. (1969-1986), où il a publié les poètes de la « modernité négative ». Il a été créateur de la première série de lectures publiques de poésie à l’A.R.C., institution liée au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris (1977-1991) ; organisateur de séminaires de traduction collective à la fondation Royaumont (1985-2000) ; traducteur ; anthologiste ; fondateur de l’association « Un Bureau sur l’Atlantique » qui depuis 1989 contribue à la diffusion de la poésie américaine contemporaine en langue française. Il a souvent travaillé en collaboration (avec Raquel Lévy, Claude-Royet Journoud, Olivier Cadiot, Alexandre Delay, Juliette Valéry…) et beaucoup œuvré à créer un contexte de travail favorable pour toute une communauté.

C’est à la fois ce travail de poète et ce travail de manifestation de la poésie, des années 1970 à nos jours, qui portent le nom d’Emmanuel Hocquard, et que ce colloque se propose de donner à voir.

Organisateurs : Michel Murat (université Paris-Sorbonne), Abigail Lang (université Paris-Diderot), Jean-François Puff (université Jean Monnet – Saint-Étienne), Nathalie Koble (ENS).

PROGRAMME

Jeudi 1er juin
Matinée : présidence Michel Murat
(Vues d’ensemble)
9h30 Stéphane Baquey (Université Aix-Marseille) : La table d’Emmanuel Hocquard
10h15 : Gilles Tiberghien (Université Paris-I) : Planque et filature en poésie
10h45 : discussion et pause
11h15 : David Lespiau : « Les Cours de PISE » : Emmanuel Hocquard à l’Ecole des Beaux-Arts Bordeaux
11h45 : Philippe Charron : La pratique idiote d’Emmanuel Hocquard

Après-midi : présidence Dominique Rabaté
(Aspects du collectif)
14h00 : Élodie Bouygues (Université de Franche-Comté) : Orange Export Ltd : Hocquard éditeur
14h30 : Abigail Lang (Université Paris Diderot) : Les communautés poétiques
15h00 : discussion et pause
15h30 : Pascal Poyet : Un terrain qui n’appartient pas. Sur la traduction.
16h00 : Pascalle Monnier : Emmanuel Hocquard, une histoire impassible
16h30 : discussion et pause
17h00 : Anne Portugal : Les deux côtés de ma virgule
17h30 : Olivier Cadiot : Travailler avec Hocquard

Vendredi 2 juin
Matinée : présidence Jean-François Puff
(Lieux et espaces de l’œuvre)
9h30 : Jean-Marie Gleize : À propos du Commanditaire
10h00 : Jean-Charles Depaule (CNRS) : Hocquard, à propos d’espace
10h30 : discussion et pause
11h00 : Emmanuel Rubio (Université Paris-X) : Littérature, architecture
11h30 : Yasser Elhariry (Dartmouth University) : Hocquard et la Méditerranée. Sur l’idée de « détroit »
12h00 : Flora Isidore (Paris-Diderot) : Habiter l’inhabituel : construction d’une solitude

Après-midi : présidence Nathalie Koble
(Lumière et arts)
14h00 : Xavier Person : Vertige de la transparence
14h30 : Damien Blanchard (Université Paris Diderot) : La luminosité des surfaces
15h00 : discussion et pause
15h30 : Luigi Magno (Université Roma-III) : Le dispositif photographique
16h00 : Zsofia Szatmari (Paris-VIII et Université Eötvös Loránd) : Une poétique du film ?
16h30 : discussion et pause
17h00 : Pierre Alferi : Mon anthologie personnelle
17h30 : Cole Swensen et Nathalie Koble : Lire, traduire

Samedi 3 juin
Matinée : présidence Abigail Lang
(Usages, formes, matériaux)
9h30 : Michel Murat (Université Paris-Sorbonne) : L’usage des formes
10h00 : Marie-Jeanne Zenetti (Université Lyon-II) : Le travail du document
10h30 : discussion et pause
11h00 : Benoît Auclerc (Université Jean Moulin – Lyon-III) : Politiques du littéral
11h30 : Jean-François Puff (Université Jean Monnet – Saint-Étienne) : « Cave canem ». L’œuvre et son dehors
12h00 : discussion et conclusion du colloque

Michel Murat (mmurat@wanadoo.fr)
Abigail Lang (abigail.lang@wanadoo.fr)
Jean-François Puff (jean-francois.puff@wanadoo.fr )
Nathalie Koble (nathalie.koble@ens.fr)

7 mai 2017

[News] News du dimanche

En cette soirée de non-événement électoral, si vous voulez changer votre monde de façon originale, faites-le avec de véritables novateurs… Vos RV de mai, donc : exposition à DATABAZ (Angoulême) ; soirée littéraire à Paris autour de Laure Gauthier ; rencontre à Paris avec Suzanne Doppelt ; Benoît Toqué et Antoine Boute à Bruxelles ; exposition Thomas Déjeammes à Tarbes…

 

DATABAZ (100, rue du Gond à Angoulême), exposition du 10 mai au 15 juin 2017 : PARTIES DE L’OPERA, une création d’Olivier Crépin – avec les étudiants de l’ÉESI Antoine Arrinda, Etienne Baron, Mado Chadebec, Marlene C.Kim, Anais Combreau, Roman Lacassagne, Gabriel Louf, Dalia Mansier, Leo Magrangeas, Kane Mooney, Xéni Morgun, Emilie Rolquin, André Valente, Calvin Vigneau, Yunman Zhang

Vernissage le 10 mai 2017 à 18h à DATABAZ

Création transmedia réalisée avec les étudiants de l’EESI dans le cadre d’une résidence partagée EESI / DATABAZ.



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Dans le cadre de sa résidence à l’EESI et à DATABAZ, Olivier Crepin a réalisé deux pièces spécifiques. Elles se situent dans la prolongation de la réflexion qu’il mène sur les formes contemporaines de la bande dessinée – aussi bien en tant que jeune chercheur au sein du Laboratoire d’excellence en Arts (Labex Arts H2H) que dans sa pratique d’auteur et d’éditeur au sein des éditions Rutabaga.

“L’œuvre proposée revisite l’univers des échecs, et trouve des points d’ancrages forts notamment dans la célèbre partie en 17 coups dite « partie de l’Opéra » mais également dans La vie, mode d’emploi de Georges Perec, récit sous contrainte mimant le déplacement de la pièce du cavalier aux échecs ainsi que dans les récits explorant le courant de conscience tels que Ulysse de James Joyce, ou encore Le bruit et la fureur de William Faulkner. L’une de ces pièces, exploitant le support papier de grand format, interroge l’implication du lecteur et les modalités de la bande dessinée exposée. L’autre pièce, au format numérique, lui répond et étend l’univers proposé par la première en nécessitant l’action du spectateur. Il s’agit donc d’une œuvre transmédiatique dont chacune des pièces peut être également perçue comme une œuvre autonome.

L’attention du lecteur-spectateur, ou plus exactement la réflexion sur les degrés d’attention et d’implication dans l’œuvre est au centre de cette création. Thématiquement d’abord , puisque le récit ne se créé vraiment que lorsque l’attention des deux joueurs – personnages principaux du récit – quitte la partie et se reporte tant sur leurs mondes intérieurs que sur leur environnement. Dans le dispositif de l’exposition ensuite, puisqu’il est possible pour chacune des deux pièces d’être survolée, et de n’être le résultat que d’une lecture fragmentaire – le dispositif, morcelé, est spécifiquement conçu pour ça – comme d’être l’objet d’une lecture approfondie des multiples couches attentionnelles qui composent le récit. La lecture numérique proposée ici est d’ailleurs d’emblée présentée comme réceptive si le lecteur-spectateur n’emprunte pas les chemins de traverse mais reste sur la piste principale. Cette réflexion sur l’attention est en effet essentielle car elle est au cœur des deux dispositifs constituants l’oeuvre : le dispositif transmédiatique qui est un dispositif né comme système de captation de l’attention dans un contexte de surproduction et le dispositif de la bande dessinée conçue spécifiquement comme bande dessinée exposée , et non pour être lue au format livre.

Les conditions spécifiques de la résidence et l’implication forte dans l’oeuvre d’un petit groupe d’étudiants très motivés ont permis par ailleurs de faire évoluer le projet dans une seconde direction qui me paraissait fondamentale lorsque l’on parle de récit transmédiatique, ou de coordination d’univers : la notion de dilution de l’auctorialité. Ainsi à partir d’une trame scénaristique construite préalablement s’est noué un véritable dialogue narratif et graphique avec les étudiants impliqués, modifiant en profondeur certains aspects du récit. Ce questionnement crucial est visible d’emblée, puisque l’oeuvre fait le choix d’une polygraphie forte, et de ruptures narratives importantes , renforçant ainsi l’ambiguité entre œuvre unique et récits multiples.” /Olivier Crépin/

Jeudi 11 mai à 20H, centre tchèque de Paris (18, rue Bonaparte 75006) : Recherches, fantaisies et gloses : mouvements dans la pensée musicale. Concert soirée littéraire / organisée en collaboration avec le festival aCROSS.
Programme:

Jean Dussek : La mort de Marie-Antoinette
avec Christophe d’Alessandro, clavicorde

Laure Gauthier : Kas­par de pierre
par Olivier Besson et Benjamin Guillot, comédiens, et
Martin Laliberté, dispositif électronique

François Couperin : 6 pièces de clavecin (La Mont­flambert, Les ombres errantes, l’adolescente, l’âme en peine, le rossignol en amour, la régente)

Interprètes :

Olivier Innocenti, bandonéon
Josquin des Prés : Ave Maria
Diego Ortiz : Ricercari
Jean-Luc Tamby, luth
Christophe d’Alessandro, cla­vicorde

Vendredi 12 mai à 19H RENCONTRE AVEC SUZANNE DOPPELT à l’occasion de la parution de Vak spectra (P.O.L, 11 mai en librairie) – encore un grand Doppelt !

À LA LIBRAIRIE MICHELE IGNAZI

17, RUE DE JOUY

75004 PARIS

01 42 71 17 00


Vendredi 19 mai à 18H30, ISELP Bruxelles (31, Bd de Waterloo)

Performance ENTARTÊTE par Benoît Toqué +
"Lecture Extracosmique, no stress" d’Antoine Boute

>>>>> ENTARTÊTE par Benoît Toqué

" La première fois que je lis l’expression « art dégénéré » écrite en allemand, c’est dans Europeana. Une brève histoire du XXe siècle, de l’écrivain tchèque Patrik Ouředník. En allemand, ça s’écrit entartete kunst. Dans entartete, je lis entarter et tête, ce qui est logique : entarter quelqu’un, c’est lui envoyer une tarte à la crème en pleine tête, la lui étaler sur la face. Je pense à Noël Godin. Je pense à son double fictionnel André Petrescu, l’entarteur du Cosmopolis de Don DeLillo, et à l’adaptation qu’en a faite David Cronenberg pour le cinéma. Je pense à La bataille du siècle, un film de Clyde Bruckman avec Laurel et Hardy. À l’enfritage du premier ministre belge Charles Michel par les Liliths. À l’attaque aux confettis du directeur de la banque centrale européenne Mario Draghi par Josephine Witt. Laurel et Hardy me renvoient quant à eux au duo d’artistes EVA & ADELE , je trouve qu’ils ont comme un air de famille avec les jumelles allemandes. J’achète quelques choux de Bruxelles, je les dispose méthodiquement sur une table, ça forme une histoire. Un enfant débarque, il porte une toge, avec son bâton il dévaste mon château de sable."

Dans le cadre de SYNC! Part 2 HANNAH HOFFMANN par Clovis XV

– Vendredi 19 mai 18h30 > 21h
– L’entrée à un événement (rencontre, projection,…) ou à l’exposition donne accès à toutes les activités liées à SYNC!
– 1,25 €* / 2 €** / 5 € (* Article 27, ** Étudiants)
– Gratuité : Membres, demandeurs d’emploi, < 18 ans, ICOM, IKT

Du 19 au 25 mai, exposition à ne pas manquer de Thomas Déjeammes, l’auteur de la série "DREAMDRUM" sur Libr-critique :



1 mai 2017

[News] Libr-News

En ce 1er Mai, accordons-nous un temps de Libr-réflexion… Et notons des RV stimulants : à Bruxelles autour de la pop culture ; à Paris, avec P. Bouvet et S. Bourmeau ; à Apt, avec J.-M. Gleize ; à la Maison de la poésie Paris, avec F. Matton ; à Caen pour le festival Ici poésie…

Libr-carnet critique /Fabrice Thumerel/

♦ En ce 1er mai, on méditera l’article de Nicolas Roméas, "Bref résumé de la situation (contagion de la maladie psychosociale)".

♦ Larmes des Marie en ce jour de Muguet
                Demos gratos
Fi des grigris républicains
des flonflons et des clochettes
fini de conter fleurette à Marianne
À bas bandeaux et bandits !

♦ En ces temps d’eaux troubles, l’avenir est aux malins ! (1) Rien d’étonnant, donc, à ce que tous les candidats à la présidentielle s’autoproclament anti-système

♦ Que penser d’une République dans laquelle les journalistes qualifient de "battles" aussi bien les matchs de foot que les débats politiques ? D’une République dans laquelle des escrocs peuvent être plébiscités par des citoyens qui confondent cécité et nécessité ? D’une République dans laquelle ces citoyens ont le choix entre la dictature économique et la dictature totale (autoritariste, moraliste… et économique !) ? Car le lepénisme père & fille est à la fois un capitalisme et un nationalisme extrêmes et réactionnaires.
Comme souvent, le désarroi peut pousser un troupeau à se jeter dans la gueule du loup…

♦ Le moralisme anti-FN n’est pas de mise : seules la réflexion et l’action d’un NOUS à refonder sont de nature à endiguer les racines du mal social.

♦ La violence anti-FN n’est pas de mise : elle ne fait que renforcer la violence de l’ordre dominant.

♦ Si le choix du candidat le moins extrême s’impose, il ne permet pas pour autant de faire l’économie d’une réflexion et d’une action cruciales.

♦ Le capitalisme étant entré dans la phase critique de la crise systémique, il ne faut pas compter sur la classe politique pour y remédier. Soit les peuples pèsent de tout leur poids et inventent d’ingénieux moyens d’action, soit l’Ordre néolibéral – celui de la Goldman Sachs et consorts – trouvera comme issue un pouvoir extrême-droitiste.
Sans vertu, il n’y a pas de démocratie, affirmait déjà Montesquieu.

(1) Clin d’œil à Bel-Ami de Maupassant.

Libr-événements

►  SYNC! Part 2
➨ HANNAH HOFFMAN par Clovis XV
Du 2.05 au 22.05
Activation Vendredi 5.05 / 18h30-21h
+ Performance Clément Delhomme

➨ Pour la deuxième partie de SYNC!, Clovis XV propose un univers lié au monde de la pop culture. Fiction Pop est à l’origine une édition réalisée par Anastasia Bay et Clément Delhomme. Ces deux artistes ont invité des plasticiens, écrivains ou performeurs à imaginer un univers de papier commun mais purement fictif autour de la figure d’Hannah Hoffman. Un moyen de montrer ce qu’incarne pour le collectif, la notion d’idole. Concept où chacun projette ses envies comme ses névroses. Cette invitation à un imaginaire collectif fera surgir des thèmes qui gravitent autour de la culture pop : la musique, le fanatisme, le féminisme ou encore les psychotropes,…

➨ Cette édition servira de point de départ à la mise en espace d’une exposition activée lors de 3 soirées performatives prenant corps hors de la publication. De plus, une invitation sera faite à d’autres types de communautés rassemblées autour d’une passion commune (archers, joueurs,…) d’amener des indices de leur présence, voire de leur effervescence, au sein des espaces de l’ISELP transformés pour l’occasion en lendemain de meeting ou de messe évangéliste…. à suivre donc !

➨ Clovis XV est un espace dédié à l’art contemporain, ouvert en novembre 2014 à Bruxelles par Anastasia Bay et Julien Saudubray, issus du collectif IDIOM, sur un modèle de galerie non-profit. Ce lieu donne carte blanche à des artistes et commissaires d’expositions afin de découvrir la jeune création actuelle dans des expositions individuelles ou collectives.

➨ Vendredi 12 mai / 18h30: Performance 这是中国 de aalliicceelleessccaannnnee&ssoonniiaaddeerrzzyyppoollsskkii

➨Vendredi 19 mai / 18h30: Performances Antoine Boute et Benoît Toqué

Plus d’infos:
http://bit.ly/2qimmPE
➨ iselp.be
clovisXV.com

Vendredi 5 mai à 19H, Maison de la poésie Paris : Archéologie des médias, Patrick Bouvet & Sylvain Bourmeau ; musique : Térence Meunier.

Avec sa Petite histoire du spectacle industriel, Patrick Bouvet immerge le lecteur au cœur d’une expérience sensorielle singulière : emprunter un roller coaster littéraire pour vivre à vive allure l’implacable avancée des techniques médiatico-politiques, de l’invention de la guillotine aux expositions de Jeff Koons, en passant par la rencontre entre Disney et l’inventeur des V2.

Avec son Bâtonnage, Sylvain Bourmeau tente de faire advenir la poésie à travers ce que Mallarmé considérait comme son envers : « l’universel reportage ». Geste littéraire mais aussi regard critique porté sur l’évolution d’un l’espace public désormais saturé d’informations. L’un comme l’autre procèdent d’une forme poétique d’archéologie des médias.

À lire – Patrick Bouvet, Petite histoire du spectacle industriel, éd. de l’Olivier, 2017 – Sylvain Bourmeau, Bâtonnage, Stock, 2017.

 

Ve 5 mai, de 20H à 23H, Apt : Soirée Cris poétiques, avec Sacha Steurer & Jean-Marie Gleize.

Lectures de Sacha Steurer et de Jean-Marie Gleize, avec une video-projection conçue et réalisée par Giney Ayme. Soirée présentée par Jean de Breyne et Florence Pazzottu. Un partenariat Vélo-Théâtre, l’Ollave et Alt(r)a Voce. Tarif unique 5 euros. Restauration sur place. Réservations au 04 90 04 85 25 ou velos@velotheatre.com. Le Vélo Théâtre Pépinière d’entreprises Route de Buoux 84400 Apt

Ci-dessous le visuel de Giney Aymé, extrait de L’Histoire de la poussière, livre d’artiste constitué uniquement d’originaux et de manuscrits. Ce vendredi, Giney Aymé va projeter une vidéo à l’aveugle, découvrant en même temps que le public la voix de Jean-Marie Gleize.

 ► Jeudi 18 mai à 19H, François Matton à la Maison de la poésie Paris
François Matton – Exercices de poésie pratique
Rencontre avec l’auteur & lecture par Pierre Baux

« Votre existence manque cruellement de poésie. Ce n’est plus tenable, il est urgent de vous ressaisir. Pour cela, suivez le guide. » Avec ses délicieux Exercices de poésie pratique, François Matton déconcerte en proposant au lecteur de se prêter à de véritables expériences, minimes mais bouleversantes : par exemple retourner le sens ordinaire de la perception, se désidentifier de son corps, disparaître un instant, ronronner d’aise sans plus penser à rien, revenir à notre béatitude première, prendre un bain de présence et devenir l’océan. Avec la même distance amusée que dans ses précédents livres dessinés, il nous invite à « devenir le maître du monde, sa source enchantée, le poète des poètes ».
Le comédien Pierre Baux se fera pour l’occasion professeur-gourou et lira plusieurs de ces exercices de poésie pratique, que François Matton commentera en les reliant à sa pratique si singulière de l’observation et du dessin. Ne vous laissez pas faire : « il est plus que temps de reprendre place dans une vie poétique digne de votre excellence » !

À lire – François Matton, Exercices de poésie pratique, Editions POL, 2017.
À voir – Des aquarelles de François Matton réalisées durant une résidence à Québec seront exposées pendant le mois de mai à la Maison de la Poésie – Scène littéraire.

tarif : 5 € / adhérent : 0 €

Les samedi 13 et dimanche 14 mai, Festival Ici poésie à Caen

 

13 avril 2017

[Chronique] François Matton, Exercices de poésie pratique, par Jean-Paul Gavard-Perret

François Matton, Exercices de poésie pratique, P.O.L, mars 2017, 128 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-4244-1.

Dans son avant-propos à son livre, François Matton semble caresser le lecteur dans le sens du poil : « Chaque jour vous faites ce qui doit être fait, et dans l’ensemble vous le faites plutôt bien »… Néanmoins, en dépit de nos bons offices  il se permet un bémol : « Quelque chose d’essentiel semble manquer pour faire de votre vie au devoir accompli une vie heureuse. Ce quelque chose, vous le pressentez comme un supplément d’âme, un luxe, une dépense d’un ordre supérieur ». Ce vide à combler s’appelle l’« aspiration à l’expérience poétique ». Mais l’auteur de préciser qu’après cette dénomination heureuse demeure l’essentiel : « régler la question des moyens ». D’autant que dans notre quotidien il reste peu de place à une telle fantaisie, fût-elle existentielle. Existe toujours quelque chose de plus « utile » à faire. La notion de « Dépense » chère à Bataille est remplacée par d’autres gaspillages. La voix sourde qui appelle est donc remplacée par celle plus lancinante de la honte et de la peur qui le plus souvent ne se quittent pas.

L’auteur nous rappelle que nous ne sommes pas forcément roi nu ou mendiant réclamant à lui-même son droit de vivre. Il nous rappelle à nous tendre non une sébile mais les bras avec autant de drôlerie que de sagesse. Manière de  rappeler non seulement « qu’il y a des poètes partout » selon la vieille formule post-68, mais qu’il n’appartient qu’à nous de le devenir. Pas besoin pour cela d’aller aux ateliers d’écriture que l’auteur anime près de l’Océan ou ailleurs. Pas besoin d’écrire forcément des poèmes qui manquent à notre cœur ou notre corps. La poésie passe certes par les mots, mais autant par un savoir-être et le sentiment de se sentir – dit l’auteur – « cool et léger » partout avec les autres comme devant ces vignettes de B.D. qui « forment un délectable coq-à-l’âne plein d’ellipses. »

Au besoin l’auteur décline son alphabet personnel, non seulement par des mots mais aussi par un fourmillement de petits dessins accumulés de manière semi-aléatoire. Ce qui ne l’empêche pas lui-même et dans sa vie d’être pris, voire épris des vicissitudes coutumières, mais tout autant de remercier la providence même lorsqu’elle est peu amène. L’auteur apprend à travers son exemple de ne pas en faire une choucroute. « Plutôt que de perdre du temps à ressasser le pour et le contre » de certains refus, il préfère méditer plutôt que médire. En prenant bien sûr la posture adéquate, ce qui lui permet d’effacer la spéculation spécieuse qu’entretiennent certains écrivains entre vivre, être et exister – entre immanence, métaphysique et sortie de soi.  Pour sa part il préfère : voir, entendre, ressentir « sans la nécessité d’un sujet voyant, écoutant, ressentant ».

Tout le livre file ce qui est moins métaphore que chemin. Histoire d’éviter la transe hypnotique que la saturation des informations produit. Il n’existe donc pas entre soi et soi un « moi » qui embarrasse. Manière de devenir sinon un pur esprit du moins l’être chez qui la « pensée moi » se lâche d’elle-même. Loin des cocorigito, l’auteur nous donne donc la marche son ;  un livre qui devient Bible, Talmud, Capital d’un new-age ni mystique ni matérialiste.

30 mars 2017

[Livre-chronique] Ecritures du vide : 1. Maud Basan, Tout l’été, par Fabrice Thumerel

Trois textes récents, qui se présentent sous des formes variées, font du vide le noyau de l’écriture : avant de nous consacrer à ceux de Jérôme Bertin et de Patrick Varetz, commençons par celui de Maud Basan, qui constitue son deuxième livre. En route pour le vide : psychique, métaphysique, social, scriptural…

Présentation éditoriale

Une femme, une femme seule au long de tout un été parle. Elle parle pour conjurer la solitude, elle parle pour ne pas devenir folle, ne pas disparaître. Pour continuer. Des souvenirs, des espoirs, des regrets. Du désespoir. Mais aussi du bavardage et de l’ivresse à parler, parler dans un mouvement qui se nourrit de lui-même et suggère une invention infinie, une liberté sans limite : « Tu voyagerais dans des pays nouveaux, inexplorés, tu parlerais les langues. Tu voyagerais en haute mer, tu franchirais à pied les cols enneigés et venteux. Tu endurerais la route interminable, les nuits sans sommeil. Tu connaîtrais le temps suspendu, la parenthèse ouatée des voyages en train, en avion, moment de rémission, suspens de tout et attente de tout, un espace pour rassembler ses forces avant l’inconnu, comme ces vieux avions qui faisaient autrefois le point fixe, moteurs à fond, toutes tôles vibrantes, avant de s’élancer de tout leur poids pour décoller, se soulever dans les airs. »
Comme un patchwork littéraire, ce livre est composé de fragments qui peu à peu s’organisent à travers leurs récurrences, des correspondances, des échos, des appels. Des genres s’y entrecroisent (journal, lettres, récits, fictions), ainsi que des textes écrits sous de féroces contraintes oulipiennes (notamment la contrainte du prisonnier), des tonalités s’y mesurent, de l’humour au lyrisme, de la mélancolie à la gaieté, pour mieux montrer cette pulsion vitale du dire à tout prix, dire le malheur, la tristesse, la solitude mais aussi la vie imbattable.

Maud Basan, Tout l’été, P.O.L, mars 2017, 220 pages, 12 €, ISBN : 978-2-8180-4168-0.

 

Chronique : To do or not to do… /FT/

"Attendre que ça finisse, est-ce que ce serait ça l’histoire ?" (p. 101).

En ces temps hypermodernes, l’aire du vide s’élargit exponentiellement : vide des êtres comme du monde mondialisé. Pour être devenu rare, le silence n’en est pas moins écrasant : celui de l’été, "saison violente" (22), est particulièrement oppressant. Entre un passé désormais interdit et un avenir problématique, non sans humour la narratrice Olga se heurte au temps dont la présence est insaisissable : "Je ne suis pas Pénélope, non plus Shahrâzâd, j’essaie seulement de prendre la mesure du temps, d’en trouver l’échelle, d’en saisir quelque chose. De saisir le temps qui est là, qu’on dirait immobile, et le temps qui arrive juste après, tout le temps qui vient, dont on ne sait pas la limite" (63). Et d’affronter le vide abyssal, celui de la solitude qui peut vous pousser à l’anéantissement. Conjuguer sa vie/son vide est une façon de les conjurer : "Avoir été, avoir eu, / a été, a eu, / est allée, est arrivée, est devenue" (125). Dans une perspective beckettienne, il n’y a pas d’autre issue que d’"attendre que ça finisse" : pas d’autre vie, pas d’autre histoire possible. Entre grammaire du verbe, TDL (To Do List), lettre d’adieu à ses proches et journal existentiel s’inscrit une écriture du vide sidérante. Sans oublier un discours macaronique destiné à la faire sortir de sa prison : "moi ninon vais vous causer en morse ou en russe, en araméen ancien, en romain suranné, en coréen, en saxon, en américain commun, comme serai à même, comme vous me suivrez" (29) ; "ô vos omnes, vous mes mêmes, si vous ne venez, au moins vous ouïrez mon ire, vous messieurs, mes women, mes cocos […]" (107)…

Que faire alors ? Écrire un roman ? "Un roman, c’est déjà fait, ça sert à quoi, il y en a tant, pourquoi passer tant de temps avec ça" (68). Au reste, non, la vie n’est pas un roman : "Alors, il ne se passera jamais rien ? […] Ne verra-t-on survenir soudain un nouveau personnage qui pourrait relancer l’affaire, apporter un peu de fraîcheur, de mystère ou suspense ?" (111). L’amour ? "De toute façon regardez, les couples, même les plus fameux, ça tourne mal, ça tourne au tragique" (36)… L’aventure ? Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Et le romanesque ? D’où le choix d’Olga de s’irréaliser dans un ailleurs utopique/eschatologique : "Tu serais libre, tu vivrais de rien […]. Tu voyagerais dans des pays nouveaux, inexplorés, tu parlerais les langues" (79 et 81) ; "Tu vivrais parmi les sauvages, les derniers habitants de la jungle amazonienne […]" (100) ; "Tu serais la dernière habitante de la planète" (157)…

1 mars 2017

[Libr-retour] Albane Prouvost, Meurs ressuscite (P.O.L), par Marie-Christine Masset

Albane Prouvost, Meurs ressuscite, P.O.L, 2015, 63 pages, 10 euros, ISBN : 978-2-8180-3625-9.

Meurs ressuscite est un recueil (chant) à double tranchant. L’enjeu est manifeste. Il s’agit de rompre la glace, de recouvrer la paix, de panser les blessures. Vaincre la séparation ou sombrer ad vitam æternam. La poète n’énonce pas sa quête, elle se mue en elle comme une étrange bête à laquelle rien n’échappe. La voix est calme, le tempo doux, parfois saccadé, répétitif comme une litanie dont il ne resterait que quelques mots ou passages fragmentés.

Le monde se transforme, se dilue dans un réel où s’accrochent pommiers et sorbiers, éléments vitaux extirpés à force de poésie des profondeurs abyssales à peine recouvertes de glace : en train de supplier sous la glace les pommiers// un pommier me manque/un pommier me manque terriblement. Le lieu du chagrin, de l’absence innommable est cette peau froide qui isole la poète de toutes étreintes. Elle ne semble pas lutter et pourtant, le sorbier rouge apparaît, double d’elle-même, de ses blessures (de celles des autres) et de sa soif de guérison. Le rouge se répand dans les mots, petites gouttes de sang nourrissant le monde sensible tu peux secourir tes sorbiers rouges si tu veux.

Pommiers, sorbiers, renard, cerisiers, glace, forteresse, neige, glace, résistent les uns aux autres mais se confondent aussi par le miracle (mirage ?) de la voix et du rythme des vers. La densité de meurs ressuscite n’atteindrait pas un tel degré si la poète manquait de lucidité. En effet, Prouvost parvient à faire disparaître toute unicité : ainsi un pommier aurait pu dire par exemple je suis de la neige sauvage, mettant en scène (et en jeu) une des fonctions de la poésie, en finir avec l’arbitraire du signe. Elle écrit cependant, sans laisser  sourdre la moindre déception : un jeune renard n’est pas un glacier. Il y a de l’Alda Merini dans cette voix pourtant douce à l’extrême, la poète ne s’interdit rien : la neige est une bonne forteresse mais c’est un guépard. meurs ressuscite sont liés, titre résonnant comme une injonction, un soupir ou un cri de soulagement car tel est le pouvoir de cette écriture : lier les possibles tout en brouillant avec subtilité et maîtrise les pistes où chacun finit (à son insu) par choisir son paysage, celui-ci hautement poétique.

5 février 2017

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche de février, pleins feux sur Valère NOVARINA, regard sur le n° 56 de La Revue des revues et Libr-brèves (Varetz, Vazquez/Allonneau, Appel de Chamoiseau)…

UNE : Pleins feux sur Valère NOVARINA

► En ce mois de février va bientôt paraître La Voie négative aux éditions P.O.L (288 pages, 13 €).

Présentation éditoriale :

Valère Novarina a effectué deux séjours en Haïti pour préparer et jouer sa mise en scène de L’Acte inconnu (P.O.L 2007). Il relate cette expérience dans une première partie de Voie négative intitulée Ecrit dans l’air. Il y est question du travail avec les acteurs, de théâtre et de peinture, de l’accord profond qui s’est produit lors des répétitions et du travail plastique. C’est un texte joyeux. La deuxième partie du livre, son deuxième acte, Voie négative, donne son titre au livre, donc. Elle développe cette idée de plus en plus ferme chez Valère Novarina que ‘l’esprit respire’. Et s’il respire, c’est parce qu’il renverse, parce qu’il passe par ce que l’auteur appelle le niement (quelque chose comme une négation positive, dialectique). Le lien entre la pensé et la respiration, Valère Novarina le ressent très concrètement. Pour lui, il saute aux yeux, lorsque l’on regarde de près travailler les acteurs, la respiration animale préfigure la pensée, l’annonce. La troisième partie s’intitule Désoubli. C’est un texte qui parle de la présence mystérieuse en nous de toutes les langues, la langue maternelle bien sûr, mais aussi d’autres langues, insolites, secrètes, apparemment mortes, vivant toujours au fond de nous… Valère Novarina tourne ici autour de l’idée que le langage est un fluide, une onde, une ondulation, un geste dans l’air, une eau…Chaque « parlant » porte en lui un peu de la mémoire de toutes les langues. La quatrième et dernière partie du livre, Entrée perpétuelle est une métamorphose, un déguisement, une autre version, en tout cas un regard nouveau sur la mystérieuse machinerie organique du Vivier des noms (P.O.L 2015). C’est une réduction – ou plutôt un précipité du livre (au sens chimique) – une nouvelle entrée, sous sa forme active, agissante. Et sa version nouvelle pour la scène.

PEINTURES ET DESSINS : Disparaître sous toutes les formes : exposition Valère Novarina aux Sables d’Olonne, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix

Du 5 février au 28 mai 2017 – Les Sables d’Olonne, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix

Valère Novarina peint, écrit, dessine et met en scène : le geste, le mouvement sont au centre de sa création. Selon lui, « l’organe de la pensée, c’est la main ». Il travaille l’espace comme de la matière et les couleurs comme du langage. Son théâtre cherche à rendre la parole saisissable et visible par son déploiement dans l’espace. Il manie depuis le début des années 1970 une langue vitale, éruptive et fiévreuse : elle parle de l’homme, qui hante son univers, prolifère, s’incarne en 2587 personnages dans son chef d’œuvre, Le Drame de la vie (1984). Par la plume, l’artiste appelle, dénomme, esquisse quelques silhouettes — ou creuse des corps ; il poursuit ses expériences d’inquiétude rythmique : renversements des sons des couleurs et des mots. Autant d’épreuves ; de variations d’un texte à l’autre, jusqu’à son tout récent opus, Le Vivier des noms, présenté en 2015 au Festival d’Avignon.
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On range volontiers Valère Novarina parmi les artistes inclassables, sans doute parce qu’il progresse à contre-courant, non seulement à l’écart des autres mais aussi au-delà de soi. Il se reconnaît pourtant quelques affinités électives, avec Jean Dubuffet, Louis Soutter, Pierre Lucerné ou Antonin Artaud, peintres et poètes, écrivains ou dessinateurs tout comme lui, ou avec ces artistes qui, sous la bannière de l’art brut, font de leur œuvre nécessité et souffle de vie. Alors oui, l’homme, son verbe, sa vie, motivent l’oeuvre de Valère Novarina. Mais il les prend bel et bien à l’envers, à rebours, à la recherche d’un autre langage, de formes inconnues, qui n’appartiennent à personne, et surtout pas à

leur auteur, mais s’échappent et saisissent. Ainsi Valère Novarina pratique-t-il un art paradoxal et tendu, qui fait rimer engagement et dessaisissement, organisation et précipitation, un art du geste, qui ne s’arrête pas à une discipline mais les convoque toutes et les fait circuler, de l’espace sans dimension de la scène au blanc de la toile ou du papier. Et au centre, donc, reste l’homme, sa main, son corps, sa voix, que Novarina traverse, égare ou dirige dans son théâtre de « vrai sang » où une kyrielle de personnages, féroces ou cocasses, compose et se décompose comme autant d’apparitions et de métamorphoses d’une humanité captive et se délivrant : « Allez annoncer partout que l’homme n’a pas encore été capturé ! ».
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Exposition proposée en partenariat avec Le grand R, scène nationale de La Roche-sur-Yon.
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Visites guidées de l’exposition les 19 février, 12 mars, 16 avril et 14 mai à 15h

Musée de l’abbaye sainte-croix
Ville des sables d’olonne
Rue de Verdun
85100 Les Sables d’ Olonne

Périodes scolaires
Du mardi au vendredi de 14h à 18h
Le week-end de 11h à 13h et de 14h à 18h

AUTOUR DE L’EXPOSITION

♦ Le jeudi 30 mars à 18h30

Conférence de Marion Chénetier-Alev, maître de conférences en études théâtrales – Université François Rabelais – Tours : « Nous n’avons pas de figure du tout » : les correspondances de Jean Dubuffet et Valère Novarina



♦ Le 20 mai à partir de 19h30
, à l’occasion de La Nuit des musées

Paysages parlés, suite pour voix (Agnès Sourdillon, comédienne) et cordes (Mathias Lévy, violon improvisé), sur des textes de Valère Novarina

♦ Visites guidées les 19 février, 12 mars, 16 avril et 14 mai à 15h

Parution du Cahier de l’Abbaye Sainte-Croix n° 133

Vacances scolaires (Toutes zones)
Tous les jours de 11h à 13h et de 14h à 18h (sauf les lundis)
Plus d’informations : http://www.lemasc.fr/masc/

La Revue des revues /Fabrice Thumerel/

La Revue des revues, Paris, Entrevues, n° 56, 907702-71-3.

Quel est le point commun entre ces revues : Les Cancans (1830-1832), Le Monte-Cristo (1857-1860), L’Escarmouche (1893-1894), Perhindérion (1896), Le Sonnet (1897-1898), Le Sourire (1899-1900), Le Bloc (1901-1902), Le Poil civil (1915), Les Pavés de Paris (1938-1940), La Condition humaine. Calendrier des jours de honte, ou encore Le Petit Poète illustré (depuis 2000) ? Ce sont des revues d’un seul, revues uninominales ou encore revues personnelles : respectivement signées par Bérard, Alexandre Dumas, Georges Darien, Alfred Jarry, Charles Guérin, Paul Gauguin, Georges Clémenceau, Tristan Bernard, Emmanuel Berl, Roger Nimier et Jacques Réda. Dans son passionnant article (p. 46 à 105 !) qui ne recense que les publications sans aides majeures (sont donc ignorées The Mask de Craig ou Les Cahiers de la Quinzaine de Péguy), Éric Dussert analyse les motivations des auteurs : élaboration d’un outil stratégique ou satirique, création de formes, passion de l’information… Avant de distinguer divers types : les marginaux, les indifférents au pouvoir ou à l’actualité, les rétifs, les joueurs…
Dans cette même riche livraison, notons l’article de Fanny Lorent sur l’hétérogène revue Poétique, du trio initial (Cixous, Genette et Hamon) à nos jours.

Libr-brèves

Jeudi 9 février 2017 à 19H, Librairie Le Bateau Livre (154, rue Gambetta à Lille), rencontre avec Patrick VARETZ autour de son dernier livre Sous vide, qui paraît le jour même chez P.O.L (soirée animée par Patrice Robin).

► À écouter : Laura Vazquez – Simon Allonneau : "Ça va".

► À lire : Patrick Chamoiseau, "Frères migrants. Déclaration des poètes".

29 janvier 2017

[News] News du dimanche

Dernières NEWS de janvier, déjà tournées vers février : pleins feux sur ESPITALLIER ; on se met "sous vide" en attendant le prochain roman de Patrick Varetz ; soirée OB/SCÈNE à Databaz (Angoulême)…

 

Pleins feux sur Jean-Michel ESPITALLIER : sur Les Archives du présent, découvrez l’entretien + vidéo…

Et le 16 février, on attend avec impatience la réédition du Syd Barrett (Le Mot et autres choses).

 

► Le 9 février prochain, on se rue en librairie : un nouveau Varetz, ça ne se manque pas ! On retrouvera un narrateur beckettien, fils de Violette, sa pauvre mère, et de Daniel, son salaud de père… Un antihéros hanté par le vide…

Patrick VARETZ, Sous vide, P.O.L, février 2017, 216 pages, 15 €.

Présentation éditoriale. Il ne supporte pas de vivre seul, alors il l’appelle, et elle s’empresse d’accourir. Ils font l’amour, elle s’installe chez lui. Cela pourrait s’apparenter à un roman sentimental, sauf que le livre s’ouvre – sans jamais se refermer – sur la vacuité de toute vie.

« L’amour. Je crois que cette ombre, sans forme, travaille sans relâche à creuser le vide sous mon existence. Cela s’apparente à un tiraillement sourd, et parfois à une gêne dans la gorge et derrière les yeux, une faim impossible à rassasier. Ce n’est jamais dirigé contre quelqu’un en particulier. C’est là, qui m’oblige à saisir l’opportunité qui se présente, à accepter n’importe quoi, par peur toujours de voir la situation empirer jusqu’à l’inacceptable. »

 

Samedi 4 février à 20H30, soirée OB/SCÈNE à DATABAZ (100, rue du Gond à Angoulême : Philippe Boisnard et Hortense Gauthier).

Pour 2017, DATABAZ accueille une série de soirées OB/SCENE, concerts organisés par un jeune collectif défricheur de sons.
Ces soirées proposent des musiques empruntant des voies parallèles, peu présentes sur les scènes dominantes, des expériences sonores multiples et éclectiques, à suivre !

1ère soirée de l’année : DJELYBAND, concert de musique guinéenne, qui mélange traditionnel, afrobeat et afrojazz …

Entrée : 5 euros

7 janvier 2017

[Livre – chronique] Valérie Mréjen, Troisième personne, par Jean-Paul Gavard-Perret

Valérie Mréjen, Troisième personne, éditions P.O.L, en librairie depuis le 3 janvier, 144 pages, 10 €, ISBN : 978-2-8180-4158-1.

Présentation éditoriale

On était deux, on devient trois, ce n’est pas rien… Valérie Mréjen décrit et essaie de comprendre ce bouleversement dans la vie quotidienne, mais aussi dans la perception que l’on a du monde. C’est un regard surpris, perplexe qu’elle porte sur l’enfant qui survient et, du coup, sur ce qui l’entoure : les gens comme les choses, les comportements. Tout en s’autorisant des décrochages et des digressions le texte, comme d’habitude écrit dans la plus grande simplicité et la plus belle plasticité, suit les premières années de l’enfant et ce dès la sortie de la clinique, avec immédiatement, alors que le taxi ramène chez eux la mère, le père et l’enfant, un regard très étonnant parce que très étonné sur les rues, les immeubles, les passants, les gens, les mêmes et pourtant si différents d’avant. Il est plein d’anecdotes et de moments révélateurs, de réflexions. Il est écrit dans la plus grande sidération puis une curiosité qui ne se dément jamais à l’égard de cette énigme, un enfant.
Valérie Mréjen a publié Forêt noire en 2012. Elle est aussi artiste et cinéaste.

 

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

La littérature peut parfois non repartir de l’enfance mais de l’enfant. Celui qui pourra faire dire à Valérie Mréjen « C’est là que j’ai vécu » – comme écrivait Duras. Dès lors la littérature devient un « roman » particulier sans dialogue de cire mais de circonstances. Et pas n’importe lesquelles, et l’écriture en offre des sortes de réponses "militantes".

L’enfant réapprend à ouvrir les yeux, à cesser de se taire. Par sa présence il ne s’agit plus de se contenter de jouir dans l’inconfort, la rareté ou la solitude mais dans la traversée lorsque le "je" devient à la fois l’autre et le même qui oblige à prendre des allers sans retours.

L’œuvre n’est plus coupée du monde. Certes, celle de Valérie Mréjen ne l’a jamais été, mais elle trouve soudain une autre profondeur ; car il ne s’agit plus de vivre comme le reste d’une peuplade perdue dans un temps "pur". Tout petit Moïse doit être sauvé des eaux. C’est le « luxe » à lui offrir d’autant que sa présence décale la loi des prêtres, des rabbins, des mâles, des re-pères. Le corps parle soudain  une langue étrangère qui est pourtant la plus proche : celle de  la langue "maternelle".

Valérie Mréjen devient la dupe consentante du non-dupe. Ça a un nom. C’est l’existence. Mais cela mérite une écriture aussi convaincante que celle d’un tel livre dépouillé et dont les éléments créent une sorte de spirale. Il devient l’histoire de la vraie "folie" : celle de la sagesse qui contrarie le vide par celui qui fait bien plus que le combler. L’enfant imprime à la littérature une sorte de lucidité que peut-être seule une femme est capable d’exprimer et qui justifierait l’existence d’une littérature féminine.

L’auteure y refuse l’anecdotique, elle le remplace par une succession d’images de l’indicible. L’enfant devient  la source de la résistance à toute instrumentalisation du logos. Valérie Mréjen sait qu’une telle présence crée une légitimité particulière à la littérature : celle de la  profondeur, et de l’ouverture.

19 décembre 2016

[Livres] Libr-kaléidoscope de fin d’année (2)

En ce moment où ce n’est tout de même pas encore totalement has been d’offrir des livres, Libr-retour sur des œuvres remarquables que nous n’avons pas encore eu le temps, hélas, de recenser – ou que nous n’avons pu que signaler… Et comme ces deux dernières années ont été foisonnantes, nous vous offrons plusieurs livraisons d’invitations au voyage livresque (ordre chronologique). Voici la deuxième : lire la première.

► Emmanuèle JAWAD, Plans d’ensemble, PROPOS2ÉDITIONS, printemps 2015, 76 pages, 13 €, ISBN : 978-2-912144-95-9.

D’emblée, le texte affirme ce qu’il est : "l’épuisement d’un lieu par ajouts, superpositions de fragments". Le creuset textuel est agencement de plusieurs lieux (Berlin, Leipzig, Dresde, Prague), de photographies et de références filmiques (Jim Jarmusch, Alfred Hitchcock), de micro-récits autour de la figure centrale d’Anna… Hantés par Berlin Alexanderplatz et Anna Karénine, oscillant entre Histoire et histoires, les poèmes de 13 vers nous saisissent dans ce qu’il faut bien appeler leur fascinant objectivisme.

 

► David SILLANOLI, Courir après Ouma Kapal, Al dante, automne 2015, 216 pages, 17 €, ISBN : 978-2-84761-743-6.

Voici un livre que l’auteur a écrit comme il lit : à saute-moutons, en toute désinvolture. Un "roman d’aventure sf gothique et un peu gore" (p. 83) écrit depuis le monde des fantômes. Où l’on fait la connaissance de la Ferance, qui "joue un rôle important dans l’histoire mondiale post-régé par l’influence de sa culture et de ses valeurs démocratiques, racistes et gastronomiques" (35).

 

► Charles PENNEQUIN, Les Exozomes, P.O.L, mars 2016, 224 pages, 13 €, ISBN : 978-2-8180-3866-6.

"la poésie est une épingle à nourrice sur la bedaine de l’humanité" (70).

"le nouveau, c’est pas forcément du côté des forces de l’art, si l’art
sert au pouvoir et aux politiques. si l’art est une façon d’écraser l’autre" (201).

Quoi de neuneuf du côté des zumins ? Il y a de l’autre dans les autres comme dans moi… Les exozautres comme les exo-moi sont des exozomes "nourris aux certitudes"… Chacun en prend pour son grade : "combien de lecteurs-crapauds se pensent près de tel auteur ? combien sont-ils comme ça à penser que c’est eux qui ont ainsi pensé, alors qu’ils n’ont rien pensé du tout ?" (46)… Et de l’autre côté, ce n’est guère mieux : "écrivain est un gros mot. écrivain c’est déjà se la péter un peu cénacle" (165)… Il faut lire ce roman-poème plein de foulosophie carnavalesque sur "la race humaine" et son histoire…

 

► Frank SMITH, Le Film des visages, éditions Plaine page, coll. "Connexions", printemps 2016, 112 pages, 10 €, ISBN : 978-2-910775-92-6.

qu’est-ce enfin
que de
"donner la parole
à la minorité en nous-mêmes" ? (p. 60).

"La poésie rythme l’action" (p. 20). Quelle action ? Celle d’un peuple tout entier, lors du printemps égyptien, un peuple qui s’ouvre les possibles. Même si "le processus échoue toujours sur la terre" (45), il reste toujours "le visage réfléchissant des peuples" (62)…

TOUT VISAGE
EST
UNE POLITIQUE (81).

Cet Agencement Répétitif Névralgique (ARN) qui zoome sur les visages rythme le souffle épique/lyrique/pathétique d’un peuple en devenir. Et NOUS sommes avec eux !

 

► Laura VAZQUEZ, Oui, éditions Plaine page, coll. ‘Les Oublies", printemps 2016, 82 pages, 5 €, ISBN : 978-2-910775-95-7.

"Ma poésie ne décrit pas les impressions" (p. 40).

Que voit-on de la vie "à travers une vitre" ? Un trou ? Un mur ?

"Je suis une bête dans l’histoire", dit-elle…

Dans cet Agencement Répétitif Déréalisant (ARD), tout tombe, y compris sous le sens – ou hors du sens d’ailleurs. Inexorable chute universelle.

Tempus fugit.

 

► Thomas Déjeammes, Et faire à partir de l’explosion, Plaine page, coll. "Les Oublies", printemps 2016, dépliant, 5 €, ISBN : 978-2-910775-94-0.

Tu te lèves, le haut se déplie.
Tu lis dans le tournoiement de l’explosion.

"le monde n’a pas changé le 11 septembre 2001 Olga
le monde t’a changée chaque jour
dans ta répétition et ta reprise
pour toujours beau pour toujours bleu tu penses Olga
non
ton monde n’a pas changé le 11 septembre Olga".

Et de lien en lien tu passes d’une performo(t)sonance à une autre de Kraums Notho : vimeo.com/165849032, https://vimeo.com/165850553

 

► Christophe MANON, Au nord du futur, NOUS, été 2016, 112 pages, 15 €, ISBN : 978-2-370840-35-6.

"ÉTRANGERS DANS LA LANGUE écartelés
entre deux siècles les pieds au nord du futur nous savons
le goût du désastre où quelque chose de stellaire a disparu" (p. 19)…

Cette nouvelle utopographie est écrite au futur antérieur par et pour un NOUS – l’emploi de cette personne étant chose devenue suffisamment rare pour qu’on la signale. Et la constante invention verbale et/ou graphique nous emporte…

11 décembre 2016

[Livres] Libr-kaléidoscope de fin d’année (1)

En ce moment où ce n’est tout de même pas encore totalement has been d’offrir des livres, Libr-retour sur des œuvres remarquables que nous n’avons pas eu le temps, hélas, de recenser – ou que nous n’avons pu que signaler… Et comme ces deux dernières années ont été foisonnantes, nous vous offrons plusieurs livraisons d’invitations au voyage livresque (ordre chronologique).

► Laure GAUTHIER, La Cité dolente, éditions Châtelet-Voltaire, Cirey-sur-Blaise (52), printemps 2015, 72 pages, 8 €, ISBN : 979-1-09019-832-6.

"J’admire le poète qui
agonise en quelques mots, hors de soi, à sec.
Toujours sur les rails d’à côté, crève en mode travelling permanent" (p. 29).

 

Entre prose et poésie, ce texte constitué d’éléments syncopés ou montés que regroupent sept chants (en plus de l’"avant-dernier" qui clôt le recueil) fait évidemment écho à la Divine comédie de Dante pour nous plonger dans notre propre enfer – celui de notre labyrinthe intérieur comme celui d’un monde spectaculaire dans lequel "tuer en période de soldes coûte moins cher" (38)…

 

► Béatrice JOYEUX-PRUNEL, Les Avant-Gardes artistiques : 1848-1918. Une histoire transnationale, Gallimard, "Folio/Histoire (inédit)", hiver 2015-2016, 976 pages, dossier iconographique central de 22 illustrations, 9,70 €, ISBN : 978-2-07-034274-7.

Partant de la définition sociologique de l’avant-garde comme positionnement de rupture afin d’imposer à un champ conflictuel ses valeurs d’"originalité", de "jeunesse", d’"indépendance" et de "rejet du public", Béatrice Joyeux-Prunel – qui a également participé au volume collectif sur la vie intellectuelle en France (cf. ci-dessous) – montre comment cette tendance moderniste s’est émancipée du champ politique pour gagner en visibilité et triompher dans l’ensemble de l’espace social. L’intérêt de cette somme est de combiner les perspectives diachronique et synchronique, synthétique et analytique, pour rendre compte à l’échelle internationale des avatars d’une mouvance polymorphe. En particulier, l’auteure excelle dans l’analyse des crises (celles du post-impressionnisme, de la Belle-Époque, ou encore liée à la montée des nationalismes) et des stratégies (par exemple, Odilon Redon conquiert sa notoriété par un double excentrement, international et littéraire – grâce à ses illustrations de nombreux livres).

 

► Christophe CARPENTIER, Le Mur de Planck, P.O.L, tome I, janvier 2016, 576 pages, 22,90 €, ISBN : 978-2-8180-3746-1.

Vous prendrez bien des nouvelles des Terriens, des pauvres humains ? Ces "acteurs du Sordide", qui vivent dans un monde où "Internet est un formidable amplificateur de la bêtise humaine", vont être purifiés grâce/à cause de Particules Baryoniques, atomes dispersés devenus pensants… Ce roman critique qui ressortit aussi bien à l’apologue plein d’humour qu’au roman SF nous fait franchir cette barrière théorique qui nous sépare de l’originel : le mur de Planck… Suite en janvier prochain, qui verra la parution du tome II !

 

► Annie ERNAUX, Mémoire de fille, Gallimard, mars 2016, 151 pages, 15 €, ISBN : 978-2-07-014597-3.

"Faire de l’écriture une entreprise intenable" (p. 38).

"Et qu’en est-il de la honte d’avoir été amoureuse folle d’un homme,
de l’avoir attendu derrière une porte qu’il n’a pas ouverte,
d’avoir été traitée de siphonnée et de putain sur les bords ?" (p. 110).

À quoi ressemble Annie jeune fille ? Sûrement pas à la Brigitte, jeune fille, héroïne vertueuse qui ouvre la série moralisatrice que publia Berthe Bernage de 1928 à sa mort en 1972 : jeune fille volage et aliénée, frigide et fragile, perdue et désespérée… Celle qui n’est jamais sortie de son trou a besoin de trou(v)er son être : il n’y a pour elle de transcendance que dans l’extase, c’est-à-dire dans l’évidement de soi. Cette expérience de dépossession de soi qui oscille entre Eros et Thanatos est tellement intense que sa mise au jour par l’écriture a pris plus de vingt ans (on en trouve des traces dans les manuscrits dès la fin 1993) : "C’est le texte toujours manquant. Toujours remis. Le trou inqualifiable" (p. 17).

 

► Julien d’ABRIGEON, Sombre aux abords, Quidam éditeur, septembre 2016, 148 pages, 15 €, ISBN : 978-2-37491-052-9.

"C’est la loi du travail, la vie qui travaille" (p. 105).

En dix chants regroupés en deux parties ("face à" / "beside"), ce livre de prose et de poésie explore les possibles narratifs/sociologiques d’un panel de jeunes gens : "Sales sols stériles", "En gueulant comme Adam engueulant Caïn", "Quelque chose dans la nuit", "Candice, sa chambre", "Rodéos" ; "La promesse d’une terre", "Cimenterie", "Flambent les rues", "À l’épreuve la nuit", "Sombre aux abords de la ville". À cette organisation structurelle et textuelle empruntée à l’album Darkness on The Edge of Town, de Bruce Springsteen, s’ajoutent de multiples clins d’œil artistiques qui font de Sombre aux abords un texte-carrefour multitonal qui fait écho à d’autres époques pour sonder le quotidien désenchanté de la génération qui arrive à l’âge adulte.

 

► Christophe Charle et Laurent Jeanpierre dir., La Vie intellectuelle en France, Seuil, septembre 2016 ; volume I : Des lendemains de la Révolution à 1914, 660 pages, 38 € / vol. II : De 1914 à nos jours, 918 pages, 40 €.

Voici enfin une histoire de la vie intellectuelle en France qui ne se réduit ni à une suite de monographies, ni à une simple histoire de la littérature et des idées franco-française : sans viser l’exhaustivité, mais en étant toutefois fort complète, cette somme polyphonique de quelque 1600 pages pour deux siècles aborde de façon structurée les arts, les sciences et sciences humaines, la vie sociale et politique, dans des synthèses bien informées – qui évitent les formules simplistes et essentialistes comme "L’ère de …", "Naissance de l’intellectuel", etc. – et des encadrés analytiques passionnants ("La Querelle des machines", "Le Rire moderne", "La Bohème, mythe et réalités", "Les Revues dans la vie intellectuelle", "Université et domination masculine, un combat fin de siècle", "Le Motif de la crise de civilisation dans l’entre-deux-guerres", "Mesurer l’intelligence", "Les Tendances utopiques des avant-gardes modernistes", "Une nouvelle Europe des intellectuels dans l’entre-deux-guerres ?", "La Critique des technosciences", « La "Nouvelle Droite" », "Penser les cultures populaires"…).

 

► François MITTERRAND, Journal pour Anne 1964-1970, Gallimard, octobre 2016, 494 pages, 45 €, ISBN : 978-2-07-019723-1.

Indépendamment de la nostalgie qui pourrait s’emparer des 50-80 ans ou de tout citoyen face à la médiocrité des hommes politiques actuels – emblématique de l’époque, assurément ! -, ce Journal pour Anne qui nous livre un autre aspect de l’ancien président (Mitterrand en collagiste lyrique !) est un passionnant voyage dans la France gaullienne, dans la vie sociale, politique et culturelle des années 64-70. Et comme l’édition est des plus soignées (c’est bel et bien un beau et grand livre illustré que l’on offre en période de fêtes), notre lecture n’en est que plus savoureuse.

 

4 décembre 2016

[Chronique] La Conscience d’Hubert Lucot, par Fabrice Thumerel

Moins dense que Le Noyau de toute chose (2010) ou Je vais, je vis (2013), La Conscience vaut néanmoins le détour.

Hubert Lucot, La Conscience, P.O.L, novembre 2016, 410 pages, 22 €, ISBN : 978-2-8180-4095-9.

"Mon corps est-il tout ce qui me reste ? La conscience d’être est mon plus grand bonheur" (Je vais, je vis, p. 133).

Depuis Je vais, je vis, Hubert Lucot continue de transformer en conscience le maximum d’expérience possible, suscitant l’identification de nombreux lecteurs : "des étrangers me montrent avec naturel que mille instants de ma conscience sont en eux" (p. 10). Réflexivité scripturale oblige, on apprend que l’auteur de cette somme en treize chapitres – entamée le 12/11/2013, c’est-à-dire juste après la parution de Je vais, je vis – apprécie "le système de nœuds à l’œuvre dans La Conscience" : "Les longues phrases de Phanées finissant en juin-août 1976 et du Centre de la France (1989-2006) forçaient. Maintenant la vérité prime – sans que j’exclue le mensonge romanesque" (158-59). Combinant comme d’habitude journal intellectuel et journal existentiel, La Conscience est la chronique parfois touchante des amitiés et des maladies – qui affectent ses proches comme lui-même -, toujours hantée par la figure de l’inoubliable A.M.

Mais par ailleurs, on y trouve des "coups de reins douloureux et libérateurs devant le motif" (28), des saillies socialement éclairantes, comme cet aphorisme : "JE NE VIS PAS DANS UN PAYS ÉTRANGER MAIS DANS UN PAYS D’ÉTRANGERS LES UNS AUX AUTRES" (385). Des contextualisations/historicisations épiphaniques sur Charlie Hebdo, l’absurdité de notre politique (étrangère), etc. Un exemple : "L’Égypte, qui a besoin de nos Rafale, attaque les djihadistes que nos frappes contre Kadhafi ont libérés en Libye, les collatéraux trinquent. Cette intervention renforcera le soutien des Libyens aux islamistes, le soutien ses Égyptiens aux Frères musulmans persécutés en Égypte" (270).

Cependant, dans le chapitre "Heil Charlie", la mécanique textuelle dérape… Si Lucot a raison de pointer la dérive sécuritaire et les excès qui ont suivi l’attentat de Charlie Hebdo, il dépasse néanmoins lui-même les limites : "Libération : NOUS SOMMES UN PEUPLE, qui attend son Führer" (250) ; "Les charlistes torturent les enfants, et ils tuent" (suite à la répression d’une émeute au Niger) ; "NOUS SOMMES CHARLIE. Le passage totalitaire du je au NOUS m’apartheide" (toujours à la page 251)… Outre les exagération et généralisation abusives, on soulignera l’agent catalyseur de cet hybris : le mépris intellectualiste du NOUS, assimilé à une régression "unanimiste". La question se pose alors : sans être-avec, peut-on se dire de gauche ? C’est précisément ce NOUS de gauche qu’exalte Pierre Le Pillouër, dans "Je suis un autre" – publié sur Libr-critique, et non sur le blog de Libération comme l’indique curieusement la page 260. Et Hubert Lucot de faire un mauvais procès à son ami, ancien de TXT où il a été accueilli, à partir de phrases tronquées extraites d’un texte qu’il ne s’est pas donné la peine de lire comme il se doit. Si tel était le cas, il n’aurait pu qu’approuver une telle défense de l’altérité ; quant à ce NOUS qui inclut "le peuple de France", sans doute est-il étranger à celui qui ne peut s’empêcher de considérer la foule avec un regard plein de suspicion.

Heureusement, les hallucirêves et les hallucimots sont là pour nous faire oublier ce moment d’égarement : "Un long autobus à soufflet tourne à 90% et monte sur le trottoir devant moi, rappelant à l’éveillé l’accident qui aurait pu le mutiler rue du Chemin-Vert dans Sonatines de deuil" (151) ; à l’évocation de la station Chemin-Vert, justement, succède l’hallucimot posistome (380)… Heureusement, l’œuvre y est remise en perspective. Par l’auteur lui-même, qui, dès 1955, a pris acte de la mort du roman pour se consacrer au roman de son écriture : "Pendant trente-cinq ans, de Phanées au Noyau de toute chose (2010), l’emportement produisit-il une échappée hors du langage courant, qui à la fin me ramène à lui, plus fort que moi ?" (148-49). Lui fait écho Didier Garcia, cité par le lucide Lucot : si, dans Le Noyau de toute chose, il restait 78 pages du Lucot styliste, Sonatines de deuil l’a privé de "la singularité d’écriture" qui l’a enchanté pendant vingt ans (302-303)… La Conscience ne peut que confirmer ce constat.

30 octobre 2016

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche d’octobre, tout d’abord, notre Libr-agenda (Philippe Boisnard et Jean-Michel Espitallier), puis nos Libr-événements : RV avec AnnaO / Jacques Jouet & Mia You (Ivy writers) à Paris, à la fondation Vasarely d’Aix pour de drôles de drones… On terminera par un aperçu de ce qui vous attend sur LC en cette riche fin d’année…

Libr-agenda

Philippe BOISNARD :

_ 2 novembre : performance de poésie numérique à l’école des Beaux arts de Montpellier : nouveau projet solo : poetry grows (ENSBAMA).
_ 3 novembre : conférence Université de Montpellier dans le cadre des Rencontres sur la poésie numérique : 4ème manifeste de la PAN (Poésie Action Numérique).
_ 9 novembre : vernissage du nouveau phAUTOmaton @ L’Espace Mendes France (Lieu Multiple) de Poitiers et l’EESI. (nouveau dispositif), en partenariat avec le festival acces)s(#16.
_ 14 novembre : vernissage de Paysage de la Catastrophe (After Fukushima) (création avec Jacques Urbanska et Philippe Franck) @ Ars Numérica (Bruxelles-Belgique)

Jean-Michel ESPITALLIER :

•• 3 novembre (Festival Ritournelles, Bordeaux)
• 14h30. Archives Bordeaux Métropole. Table ronde « archives et création », avec Emmanuelle Pagano, Emmanuelle Pireyre, Philippe Artières, Didier Arnaudet, François Bon, Jean-Michel Espitallier.
• 20h30. Oara Scène Aquitaine. Création de « France romans » (Argol Éditions) par Cécile Delacherie (jeu, voix), Sébastien Sampietro (jeu, voix) et Franck Tallon (création image et son).
•• 4 novembre, 19h. CIPM, Marseille. Rencontre et lecture autour de Tanger (avec Eric Audinet et Pierre Parlant).
•• 8-10 novembre, Mac/Val, Vitry/Seine. Résidence de création, projet Has Been, avec Valeria Giuga et Roméo Agid (compagnie Labkine). Autour de l’expo de Jean-Luc Verna.
•• 17 novembre 14h. « Sur la poésie action ». Début d’un séminaire-atelier au lycée autogéré de Paris.
•• 27 novembre, Neuchâtel (CH), fondation Durenmatt. Rencontre et discussion autour de l’exposition de Jean-christophe Norman.

Libr-événements

Le lundi 7 novembre 2016 à 18H, La Passerelle.2 vous invite à venir célébrer l’accrochage de l’œuvre peint « She was a Princess »*, qui sera accompagné d’un concert live de L’IMPOSSIBLE (guest : AnnaO)
+ ambiance musicale et tubes fluorescents – Eric Michel.

* Anne-Olivia Belzidsky, « She was a Princess », Peinture sur toile 160cm / 160cm – encre de chine, céramique à froid, feuille d’or et d’argent au bord du visible,
rose fluo, pigment pur en poudre – bleu de cobalt véritable, technique mixte
+ présentation de 4 bébés-toiles 9,5×15, technique mixte


She was a Princess / Painting remix
La Passerelle.2
52 rue Popincourt
75011 Paris

Du 11 au 13 novembre, à la fondation VASARELY d’Aix-en-Provence : Drones – Images à risques ?
Coproduit par Colette Tron : http://www.alphabetville.org/, Benoît Labourdette: http://www.benoitlabourdette.com/, et l’office http://loffice.coop/

Les drones, machines de "vision embarquée", sont en train de se répandre de façon massive et modifient insidieusement nos représentations du monde.
Pour essayer de comprendre ensemble de quoi ils sont faits, voici des « rencontres apprenantes » sous forme d’ateliers, échanges, pratiques, questions et théories. Jeu de guerre ? Pilote automatique ? Réalité virtuelle ?
Les 11, 12 et 13 novembre, seront expérimentés les enjeux des ces machines-images, avec pour objectif la production de formes conceptuelles et pratiques pour en faire usage dans nos quotidiens, nos activités, nos métiers.
Un programme ouvert sous l’angle de la déconstruction, dans tous les sens du terme, afin de dépasser les idées reçues et comprendre ces fonctionnements algorithmiques : décortiquer, manipuler, raconter, monter et démonter réellement un drone, le désautomatiser, l’écouter… partager des points de vue et des images du et sur le monde.
Pour participer, ces rencontres sont à prix libre et conscient. Pré-inscription à youpi@loffice.coop.
Pour l’office cette "rencontre apprenante" est la première forme publique de "l’école flottante".
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Qu’est-ce que cette école flottante ? Un projet de l’office, né du besoin de résister à l’accélération, et en même temps, du désir de vivre intensément avec nos contemporains. Nous imaginons cette école comme une bulle, une parenthèse, un milieu propice à apprendre, à se construire un regard critique. Comment faire partie de ce monde liquide ? Être capable de surfer sur la vague avec élégance, de s’organiser collectivement pour hisser la voile ou bien de regarder la mer s’agiter de loin, bien ancrés à l’intérieur de nous-même ? C’est une question d’agilité…
L’école flottante de l’office est un dispositif ouvert auquel tous sont invités à contribuer. Toute les prochaines saisons sont encore à construire et un petit document d’invitation est en cours de rédaction.

Mardi 15 novembre 2016 à 19h30, Ivy Writers vous invite à une soirée de lectures bilingues avec les Poètes :
JACQUES JOUET (France)
et MIA YOU (USA)

15th Nov from 19h30: Ivy Writers Paris welcomes French poet Jacques Jouet alongside American poet Mia You—let us know you are coming!

MARDI le 15 novembre 2016 à 19h30
Au bar / 1er étage : Delaville Café, 34 bvd Bonne Nouvelle 75010 Paris
M° Bonne Nouvelle (ligne 8 ou 9)

Bientôt sur LC…

L’inventive biofiction de Véronique Bergen (Janis Joplin), la poésie utopographique de Christophe Manon (Vers le nord du futur), le combatif Film des visages signé Frank Smith, le symptomatique ready-made de Emmanuel Adely (Je paie), la bouleversante autopoéfiction de Corinne Lovera Vitali (Ce qu’il faut)… Blaine, Ernaux, Lucot, Mézenc, Pozner…

23 octobre 2016

[News] News du dimanche

Après un Libr-carnet critique qui revient sur le Nobel de littérature et s’interroge sur la production littéraire actuelle, pleins feux sur les parutions P.O.L et l’agenda de NOVARINA fin octobre et novembre.

Libr-carnet critique /Fabrice Thumerel/

Revenons brièvement sur les réactions propres au pôle autonome suite à l’annonce du prix Nobel de littérature, attribué à une figure du rock qui, jouant les trouble-fête, refuse toujours de souscrire au protocole académique. S’arc-boutant au credo avant-gardiste de la transdisciplinarité, bon nombre se donnent à bon compte une image d’esprit ouvert – versus les réactionnaires, ça va de soi – en posant comme une évidence ce paralogisme : les avant-gardes ont fait tomber les barrières interdisciplinaires ; Bob Dylan est un novateur dans un champ disciplinaire autre que la littérature ; donc, Bob Dylan peut être rattaché aux expérimentaux du champ littéraire, et par là même recevoir le Nobel. CQFD.

Ce Qui est une Fausse Direction : qu’une création originale puisse voir le jour en déjouant les codes et les étiquettes du champ littéraire par des emprunts à d’autres pratiques artistiques ne revient pas à préconiser que ce qui est reconnu comme valeur dans un espace particulier (la chanson, par exemple) puisse conquérir des bénéfices symboliques dans un espace occupant une position plus prestigieuse.

Un bon exemple de récupération-confusion post-postmoderne ou hypermoderne, en somme.

♦♦♦♦♦

Les époques vides sont celles qui ne savent pas inventer un regard neuf, affirme Sartre dans Situations, I. Est-ce le cas aujourd’hui (c’est une vraie question, qu’on ne saurait balayer d’un revers de la main en proférant l’habituel anathème de "réactionnaire"), aujourd’hui où la codification de la fiction est des plus abouties ("polar", "SF", "heroic fantasy", etc.) ; où le label "roman" est plus que jamais la formule commerciale miracle ; où est estampillé "poésie-expérimentale" tout recyclage de matériaux divers (cut-up pour tous !) ?

Les parutions de P.O.L en novembre 2016

► Joël Baqué, La mer c’est rien du tout
Ce livre est constitué de micro-textes qui racontent l’enfance de l’auteur, sa carrière de policier, profession qu’il exerce encore aujourd’hui. Il décrit sa découverte de la littérature à partir d’un livre trouvé sur la plage où il travaillait comme maître-nageur-sauveteur des CRS. Ses souvenirs professionnels, parfois durs, souvent insolites, côtoient des constats, tendres et amusés, sur les enfants et sur nombre de situations du quotidien.
Des figures récurrentes traversent ce récit éclaté (les parents, une soeur aînée d’une rare beauté) et une même langue simple et précise, doucement ironique s’y fait entendre, lui donnant son unité et sa force. Une existence est ainsi reconstituée au fil des pages, dans un livre où l’expérience particulière rejoint le destin commun, un peu comme l’étaient les « Je me souviens » de Georges Perec.

► Hubert Lucot, La Conscience
C’est un des sales privilèges de l’âge que de voir mourir autour de soi, avant de se retrouver soi-même face à l’épreuve… Hubert Lucot n’est pas épargné et ses livres en portent la trace depuis la maladie et la mort de sa femme, AM, son inspiratrice si souvent, et de sa soeur (« Je vais, je vis »et « Sonatines de deuil »). A ces récits il ajoute des commentaires et des considérations extrêmement percutants sur le monde tel qu’il va ou plutôt ne va pas, il évoque les souvenirs des disparus ou disparaissant, et tisse ainsi une tapisserie riche, si contrastée, dont le temps est la trame. Cette fois la figure centrale de son nouveau livre qui en raconte encore une fois la maladie et la mort, c’est Thierry Fourreau, cher aux éditions P.O.L puisque lorsqu’il est mort, en mai 2015, cela faisait plus de vingt-cinq ans qu’il y travaillait.

► Nathalie Quintane, Que faire des classes moyennes ? (essai)
En 1697, John Locke avait trouvé plein de bonnes idées pour occuper les pauvres. Il les résumait dans un bref exposé : « Que faire des pauvres ? » Aujourd’hui, réduits à une foule semi-clandestine ou noyés dans la Méditerranée, les pauvres ne semblent plus être une question. D’après Nathalie Quintane, le véritable problème des sociétés modernes, ce sont les classes moyennes. Nourri par une foultitude de documentation récente disponible virtuellement ou sur du papier, adossé aux meilleurs auteurs, parfois abondamment cités (Nietzsche, Debord, Ballard, aussi bien que Lojkine, Huelin ou Brustier), Que faire des classes moyennes ? nous aide clairement à comprendre en quoi les classes moyennes concourent à l’état déplorable de la société tout entière et peut-être du monde. Obsessions éducative et résidentielle, compréhension biscornue de ce qu’est la culture (sans parler de l’art), dépolitisation endémique… comment une population aussi bizarre parvient-elle à se considérer comme normale, renvoyant dès lors les autres à l’anormalité ? Et si les classes moyennes étaient les seuls et véritables ennemis de la démocratie ?… Un texte à la fois allègre et assassin, d’autant plus allègre qu’il est assassin ; d’autant plus assassin qu’il est allègre…  

Le 28 octobre à 20H30, Nathalie Quintane sera au Vers libre (1, rue basse des Halles 44190 Clisson).

► Dominique Meens, Mes langues ocelles
Dominique Meens s’est toujours passionné pour les oiseaux (voir, entre autres, les trois tomes chez Allia, de sa très réputée « Ornithologie du promeneur »). « Mes Langues ocelles « se situe dans le sillage de cette passion. Comme l’auteur a bien dû, et pas mal, se déplacer pour les entendre, ces oiseaux, c’est un ouvrage qui se déplace beaucoup entre l’essai, le dialogue, le poème, et qui de même déplace beaucoup. On dit si bien : la question est déplacée. Et c’est encore une fois un régal d’insolence, d’érudition et de culture, de virtuosité littéraire.
Un mot de son dessin. Ce livre arrange son fil comme on faisait autrefois les pelotes de laine. Il danse en huit autour d’un vide, celui, on ne s’en étonnera pas, de ces langues
supposées. Le lecteur pourra l’augmenter de l’audition des enregistrements effectués par l’auteur et mis à sa disposition sur Internet. Emporter sa lecture dans les bois pourrait être une solution plus adéquate encore.

 

Agenda NOVARINA

Exposition Valère Novarina, du 1er au 29 octobre 2016 à la Bibliothèque universitaire de l’Université de Lorraine – Metz

…je dessine le temps, je chante en silence, je danse sans bouger, je ne sais pas où je vais, mais j’y vais […] pour m’épuiser, pour me tuer, pour mettre au travail autre chose que moi, pour aller au-delà de mes propres forces, au-delà de mon souffle, jusqu’à ce que la chose parte toute seule, sans intention, continue toute seule, jusqu’à ce que ce ne soit plus moi qui dessine, écrive, parle, peigne…

Dans le cadre des journées Langues & Langages en dialogue, organisé par les j.e.c.j.-lorraine
Plus d’informations : http://jecjlorraine.fr/

Le Vivier des noms à Marseille, les 4 et 5 novembre 2016 au Théâtre de la Joliette

texte, mise en scène et peintures de Valère Novarina

avec
Julie Kpéré
Jean-Marc Mondésir
Dominique Parent
Claire Sermonne
Agnès Sourdillon
Nicolas Struve
Ivan Hérisson
Valérie Vinci
Un musicien sur scène Christian Paccoud

Théâtre Joliette-Minoterie
2 place Henri Verneuil – 13002 Marseille
04 91 90 74 28
Plus d’informations : http://www.theatrejoliette.fr/spectacle/le-vivier-des-noms

24 mars 2016

[Livre – chronique] Marie Darrieussecq, Etre ici est une splendeur. Vie de Paula M. Becker, par Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Darrieussecq, Etre ici est une splendeur. Vie de Paula M. Becker, P.O.L, mars 2016, 160 pages, 15 €, ISBN : 978-2-8180-3906-9.

Présentation éditoriale

Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant – sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907. Paula Modersohn-Becker est une artiste allemande de la fin du XIXème siècle, peintre, célèbre en Allemagne et dans beaucoup d’autres pays au monde, mais à peu près inconnue en France bien qu’elle y ait séjourné à plusieurs reprises et fréquenté l’avant-garde artistique et littéraire de son époque. Née en 1876 et morte en 1907 des suites d’un accouchement, elle est considérée comme l’une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste allemand. La biographie que lui consacre Marie Darrieussecq (nouveau territoire pour l’auteur de "Il faut beaucoup aimer les hommes") reprend tous les éléments qui marquent la courte vie de Paula Modersohn-Becker. Mais elle les éclaire d’un jour à la fois féminin et littéraire. Elle montre, avec vivacité et empathie, la lutte de cette femme parmi les hommes et les artistes de son temps, ses amitiés (notamment avec Rainer Maria Rilke), son désir d’expression et d’indépendance sur lesquels elle insiste particulièrement. 

Chronique

Paula Modersohn-Becker a existé. Le livre de Marie Darrrieussecq le prouve. Pour autant elle fait beaucoup mieux et plus qu’une biographie de celle qui ne voulait qu’être peintre, mais qui, sous le joug de certaines obligations, perdit la vie. L’auteure a trouvé dans son modèle de multiples échos. Et après avoir écrit Clèves et Il faut beaucoup aimer les hommes, elle montre néanmoins qu’il faut d’abord s’aimer soi-même. Non que Paula Becker ne se chérissait pas, mais l’époque ne lui en laissa guère le loisir. Amie avec Rilke et – comme Virginia Woolf – elle n’aimait guère être mariée : mais sur ce plan elle fut moins gâtée que l’Anglaise. Paula aimait le riz au lait, la compote de pommes, arpenter la campagne, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, lézarder nue au soleil, lire, Paris et la France. Qui ne lui rendit pas. Peintre – une des premières artistes de l’expressionnisme allemand – célèbre en son pays et en beaucoup d’autres, elle resta à peu près inconnue en France (où on l’expose enfin) bien qu’elle y ait séjourné à plusieurs reprises et fréquenté l’avant-garde artistique et littéraire. Voulait-elle un enfant ? Cela reste douteux mais il causa (involontairement) sa perte.

Reprenant les éléments qui existent sur la vie de l’artiste, Marie Darrieussecq les réanime de sa féminité empathique et d’une écriture dynamique. Elle illustre son indépendance et ses conflits  avec les hommes et les artistes de son temps, ce qui n’était pas une sinécure pour trouver sa place dans de telles communautés  à l’aube du XXème siècle. La romancière montre combien certains êtres (pas tous heureusement) sont porteurs des « vices », non forcément personnels et sexuels, mais sociaux que la femme doit subir. Marie Darrieussecq en tire des conséquences ultimes avec élégance. Elle ne se dispense pas pour autant d’impertinence. Dévoilant les comportements égoïstes, l’amas des petites lâchetés qui font les grandes elle montre avec prestance mais sans concession l’humanité telle qu’elle est trop souvent : mesquine, pathétique.

Toujours à la limite de la description et de l’évocation, cette fausse biographie (ce qui ne l’empêche pas de frapper juste) offre un monde désenchanté et rationalisé par les mâles. Elle l’ouvre parfois à son absolue cruauté sous un marivaudage ironique mais en rien sentimentaliste. On est donc loin de ce que Nabokov nommait « romans à fossettes »…. Par cette fiction, l’auteure invente un genre psychologique particulier : à travers son personnage, elle se dessine en ce qu’elle a de plus intime, tout en évitant l’ineptie de l’autofiction.

Le roman devient insidieusement le déclencheur libre des droits que la femme ne possédait pas encore. Celle-ci dut faire parfois l’ange avant de se muer en bête. Mais il ne s’agit pas de confondre angélisme et intelligence. Darrieussecq prouve que l’amour ou ce qu’on prend pour tel demeure quelque chose d’obscur mais qui chez la femme n’a rien à voir avec une quelconque hystérie. Mieux,  il peut devenir une "contre hystérie", d’autant que la volonté de création oblige les femmes à l’exploration de leur propre étrangeté et de leur propre altérité. Avec ce livre, la fiction est donc un mode d’intervention sur le sentiment des choses. L’auteur faire sortir le noir d’une chair exilée. Et c’est une réussite.

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