Libr-critique

1 juillet 2015

[Texte] Mathias Richard, prenssée #b

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Nous sommes très heureux d’accueillir une nouvelle série de syntextes, "prenssées" – signées Mathias Richard, qui prépare une suite au Manifeste du mutantisme. Mathias Richard : celui que les poètes mêmes ont détourné de la poésie…

 

Je suis attaché à une certaine forme de déception.

 

avec l’âge, on apprend que l’on peut continuer à être déçu,

de façon perpétuellement renouvelée

 

le monde est toujours un peu plus décevant qu’on imagine

Le monde déplace sans cesse la notion de déception

 

Je suis attaché à une certaine exigence de la déception.

 

 

Tout le monde a quelqu’un à qui parler, sauf moi.

Tout le monde a quelque chose à faire, sauf moi.

Tout le monde a quelqu’un à qui parler, sauf moi.

Tout le monde a quelque chose à faire, sauf moi.

Sauve-moi.

Sauve-moi.

 

ça va…

pas très bien

Moi chuis pas du genre à rencontrer des gens.

j’aime pas quand toi plus triste que moi

je suis là moi, tu sais

Je t’appelle pour t’appeler et donc je t’appelle.

ça me fait bien

C’est pas pas grand chose.

C’est pas pas cher.

C’est pas si faux.

ça me fait bien

j’ai chaud, j’ai froid

je sais pas où je va

je ne comprends rien mais je te salue

 

j’ai pas le wifi dans ma tête

 

j’ai planté mes ennuis dans la terre

et ça a poussé

 

y a des singes qui nous homment

 

Merci Dieu, à + !

13 juin 2015

[Texte] Mathias Richard, prenssée #a

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Nous sommes très heureux d’accueillir une nouvelle série de syntextes, "prenssées" – signées Mathias Richard, qui prépare une suite au Manifeste du mutantisme. Mathias Richard : celui que les poètes mêmes ont détourné de la poésie…

 

 Point de départ : ouvrir une brèche. Où l’ouvrir ? N’importe où.

 

un jour je me suis réveillée | hack : OK |

et j’étais là | mi-femme, mi-MST | des roses rouges dans la cuvette des toilettes | au terminus de cette ligne (la ligne de bus n°40) appelé "La Solitude" | sans tatouages, sans piercings : feuille blanche, tableau noir (veux pas me figer) | sculpture vivante sonore | la musique est le sexe du son : j’a musique place sexe | masques anti-pollution : rupture de stock | Tous les sous-titres sont mélangés. | Le muscle, la tête, le cœur.

Se concentrer sur.

Mettre la main dessus.

Y penser.

| Ceux qui sont jeunes, avec le temps deviennent de plus en plus jeunes. | Et si on tombait dans une minute de plusieurs années ? | Séjourner dans l’espace déforme le cœur des astronautes. | on a 4 paupières, 2 en haut et 2 en bas | Ta chatte est googlée dans 15 langues. | L’Inde reconnaît les dauphins comme "personnes non humaines". | Un cerveau ça ne sert pas à penser, ça sert à agir. | l’information double tous les 9 mois ! | Convertir un fichier à l’Islam | Notre résolution donne naissance à la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation. | C’est tellement cool que c’en est incompatible avec la vie. | Je connais par cœur les horaires des cimetières. | Où sortir ? Où rentrer ? |

Tu n’as aucune idée de la souffrance à l’intérieur de moi. | Où sortir ? Où rentrer ? | De ma difficulté à rester entier sans m’effondrer. | Où sortir ? Où rentrer ? | J’ai raté ma journée avant même de l’avoir commencée. | Où sortir ? Où rentrer ? | Professeur d’expression interdite | Où sortir ? Où rentrer ? | in : Centre de Détention Multifonctions des Résidus Urbains | Où sortir ? Où rentrer ? | in : poésie body musique (POETRY BODY MUSIC) : PBM |

Où sortir ?

Où rentrer ?

Les choses, ça se passe dans des lieux. Ce qui n’est pas toujours vrai d’ailleurs.

Où sortir ?

Où rentrer ?

Tu sais ce qui m’a détourné de la poésie ? Les poètes. | Vous aviez de grands projets pour votre vie ? Laissez tomber. | Mes cauchemars sont pires que les vôtres. | elle m’exhorte : "parle d’autre chose que ce que tu n’arrives pas à dire !" | attache mon cerveau à un lance-pierre et balance

pfffffiouh

 

l’après-midi d’une foune

 

pays-visagiste

 

Morsures enragées de crânes… traînant leurs lambeaux telles des comètes. | C’est bon comme des bonbons sans paupières. | n°1 dans vos pensées | voyage dans le temps : montres interdites | 2012 : introduction du "like" sur Facebook _ 2022 : guerre civile | faire des publicités pour des emplacements publicitaires, c’est un bon créneau | Musique du salon au jardin, Le barbecue sans fumée, Épilation définitive : comment choisir ? | Il existe de plus en plus de mots compris dans une majorité de langues du fait des voyages et des loisirs : plus de 400 mots dans 20 langues. Taxi, OK, aéroport, whisky, soda, caméra, banque, télévision, musique, sport, dollar, passeport… | lire tous les livres

pour en écrire un seul

qui les détruit tous

31 mai 2015

[News] News du dimanche

Ce soir, à l’orée du mois de juin – toujours chargé !-, encore des RV passionnants : à Marseille (soirée CIPM + Montévidéo + PLEXUS Rouge) ; à Paris, la NUIT REMUE 9 !

 

â–º  Samedi 6 juin 2015, 17H30-23H30, Montévidéo à Marseille : LISTES, INVENTAIRES, ÉNUMÉRATIONS (sur un proposition de Jean-Michel Espitallier).

18h00
Avec : Anne-James Chaton, Jean-Michel Espitallier, Jérôme Game, Michèle Métail, Black Sifichi, Frédérique Soumagne, Laura Vazquez.

La liste, l’inventaire, l’énumération sont partout dans la littérature depuis ses origines mêmes (de la Bible à l’Illiade, de François Villon à François Rabelais, et, dans la littérature contemporaine, de Georges Perec à Valère Novarina, etc.). Si la plupart des écrivains s’y sont adonnés, ici ou là, en douce ou comme principe même de leur œuvre, le travail critique et de réflexion commence à peine à être entrepris.

Il s’agira de révéler ce qui s’affirme manifestement comme une forme à part entière, à côté du vers ou la prose. Et aussi, de ne pas gâcher son plaisir en venant écouter ce que Roland Barthes appelait « l’infinie compossibilité ».

INFOS PRATIQUES
Tarif unique 5 € (+ adhésion)
Renseignements et réservations au 04.91.37.97.35.
Ouverture du bar et restauration à partir de 17:30.

Cette soirée sera précédée d’une autre rencontre au cipM le vendredi 5 juin à 19h00 avec Jean-Michel Espitallier, Boris Donné, Michèle Métail, Bernard Sève, Henri Lefebvre.

 

â–º Samedi 13 juin, de 20H à 23H, Bibliothèque Marguerite Audoux (10, rue Portefoin 75003 Paris), LA Nuit REMUE 9, avec : Amandine André, Camille Bloomfield et Lily Robert Foley, Oscarine Bosquet, Jean-Philippe Cazier, Eric Chauvier, Suzanne Doppelt, Frédéric Forte, Emmanèle Jawad, Koffi Kwahulé, Andrea Inglese, Michelle Noteboom, Sylvain Prudhomme, Charles Robinson et Violette Pouzet, Sébastien Rongier. [Organisation : Marie de Quatrebarbes et Lucie Taïeb]

 

â–º Samedi 13 juin à 17H, PLEXUS Rouge #4 : From Berlin to Marseille.

Dans le cadre des 48h chrono, spécial Berlin, RedPlexus propose une soirée de performances allers-retours From Berlin To Marseille.

Pendant 4 heures des performers berlinois et marseillais investissent les espaces de travail de RedPlexus et proposent une traversée du mur performative et sonore.

Un voyage où le temps s’étire, entre des performers qui explorent les limites de leurs corps et d’autres celles de leur voix, limites de ce qui est permis ou toléré.

Ce Plexus Rouge est le fruit d’une résidence de 3 jours où les artistes ont pu croiser leurs projets, les confronter aux espaces de la Friche et expérimenter différentes manières de passer de l’autre côté du mur.

Artistes invités : From berlin: Frederic Krauke, Beate Linne.
FROM MARSEILLE: Pierre Guéry-Auteur Performeur, Mathias Richard, Collectif Ornic’art.

À partir de 18h, Ornic’art propose une quête de son double berlinois via un Speed Dating sous les néons.

Tout au long de la soirée : Prise de vue(s) entre deux miroirs et installation photographique La vie est Yes de Jany Jérémie.

Une proposition de RedPlexus avec le soutien de la Friche
Belle de mai et du Goethe Institut.

Informations pratiques:
De 17h à 21h
Atelier de RedPlexus
Magasins, Niveaux 1, Friche de La Belle de Mai
Gratuit

21 février 2015

[Texte] Mathias Richard, R.o.s.e

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Avec cet agencement répétitif, Mathias Richard revisite le topos poétique par excellence… [Mathias Richard sera ce soir à DATA, 19H-22H : 44, rue des Bons Enfants à Marseille]

 

J’aime une rose. Elle mange des roses, elle fume des roses, elle se lave avec des roses, sa peau est couverte de roses, ses cheveux sentent différentes roses, elle chante des roses, quand elle chante des roses sortent de sa bouche, sa voix caresse le monde de roses.

Avec elle on fait l’amour parmi les roses, on se baigne de roses, on rit rose, on broie du rose, on brûle des roses, on éternue des roses, on a des roses dans les yeux, dans le blanc de l’œil, et dans le dos, et sous les pieds, et dans les mains, les lits explosent de roses, et les rues, les édredons, les enfants sont roses, ou presque, les paupières se closent, on sourit avec des langues roses derrière les bouches closes, tout se surexpose, la Terre est blanche comme une rose, sur tout le corps on a des pétales que l’on effeuille et que l’on sent, respire, renifle, partage, toute la peau est composée de pétales blancs, rouges, roses, même noirs, on les partage, on les lèche, on les mordille, partout sont des roses qui sont des sexes, la Terre est un sexe, la Terre est rouge comme une rose.

Faire l’amour avec une rose, parmi les roses, qui se lave avec des roses, parmi des cascades de roses, qui rit des roses, qui chante des roses. Des roses sortent de sa bouche et de sa voix. Avec elle on se met au rose, on crie des roses, on brûle des roses, on broie du rose, on parle de roses, on écrit des livres sur les roses, on élève des roses, on réfléchit rose, on caca rose, on voit la rose en vie, on a des sexes roses qui écrivent des mots roses, on rosit, on s’enrose, on ose, on a des rêves-sexes, des réflexes roses.

Je connais une rose. Avec elle, on rit rose, on jouit rose, on brûle des roses, on broie du rose, on voit la rose en vie. Avec elle, la Terre est rouge comme une rose.

 

avec elle

on se rase rose, on se rise rose, on se rouge rose,

avec elle on saute de pétale en pétale, on s’effeuille, on se file,

on s’enfile, on s’affole, s’essouffle, se souffle, se caresse,

on se baise, s’arrose, se love, s’enlève, s’olive, s’

on s’

on ssssssssss’

on sent

on sexe

on sixe

on soze

on saoûl

on sou

on sou

on suze

on sensasose

on sensachose

on sent ces choses

partout

de la mose

de la mouse

de louse

de milouse

de l’ose

de l’expose

de la sexpose

de la susurexpose

close n’ose se la chose

 

et

 

je vois rose

 

et

 

on crie rose

(on se câline de roses

on se chatouille avec des roses)

 

et

 

on boit des vins roses

on file rose

on panthère rose

on barbe rose

 

et

 

on chie rose

on voit rose

on crie rose

 

Avec elle on marche dans la rue, et la ville est une rose. On se fait des clins de rose. Même, on pleure rose.

Avec elle on crie des roses, on pleure plein de roses, on frit des roses, on grille des roses, on fait des pots aux roses, on croque des roses. On en crache, on en souffle, on les vaporise, on les déglutit ; le vent nous caresse de pétales, on les boit, avec joie ;

On désire, avec plaisir ; on sirote, des roses. On les mâche, on les digère, on les chie ; on les jouit, on les prie, on les crisse,

 

Je connais une fille, elle s’appelle Rose.

Dans un monde on l’on écorche des roses, où l’on étripe des roses, où l’on pend des roses, moi j’oseaime une rose dont je me couvre et que je couvre, qui m’arrose et que j’arrose, qui me boit et que je bois, qui me mâche et que je mâche, qui me mâchouille et que je mâchouille, on se terre, se terreau, on se roule, on s’engraisse, on se soleille, et ça brûle et ça pique et ça rit et ça sent bon : ça chose…

 

 

 

 

23 janvier 2015

[Texte] Mathias Richard, Rien ne nous empêchera d’être malheureux…

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Signe des temps ou le propre de la condition humaine… la litanie de Mathias Richard : "Rien ne nous empêchera d’être malheureux"…

 

Rien ne nous empêchera d’être malheureux.

Pas les filles, pas les garçons, pas la famille, pas les amis

Rien ne nous empêchera d’être malheureux.

Pas l’alcool, pas les drogues, pas la musique, pas le sexe

Rien ne nous empêchera d’être malheureux.

Pas la fête, pas la religion, pas le loto, pas la télé

Rien ne nous empêchera d’être malheureux.

Pas internet, pas les animaux, pas le travail, pas les vacances

Rien ne nous empêchera d’être malheureux.

Pas les médicaments, pas le sommeil, pas la bouffe, pas l’ascèse

Rien ne nous empêchera d’être malheureux.

Pas le soleil, ou la lune

Pas les garçons, ou les filles

Ni les hommes ou les femmes

Pas les bières ou les joints

Pas les amis ou la famille

Pas les amours, les amourettes, ou les flirts

Pas le succès, les applaudissements, les baisers passionnés

Ni le sommeil ou la musique

Pas l’art ou le sport

Pas la paix ou la guerre

Pas la politique ou la religion

Pas les films ou les rêves

Pas la vie ou la mort

Pas l’amour ou l’amitié

Ni même les rires, les chansons, les frites, les cadeaux

Rien ne nous empêchera d’être malheureux.

Pas les bites, les anus, les vagins

Ou les bouches ou les caresses ou les strings

Pas les saints, pas les miracles, pas les lendemains,

Pas les sourires, pas les paroles, pas les marches

Rien ne nous

Pas les liens, pas les biens, pas les riens

Rien ne nous empêchera

Pas les nuits, les jours, les baignades, les escalades, les montagnes, les couillonnades, les nages, les baises, les shoots, les livres, les ordis, les carottes, les bouillons, les crevettes, le chocolat, le prozac, les jeux, les dieux, les tarés, les infirmiers, les danses, les chants, les enfants, les parents, les frères, les sœurs, les téléphones, les sites de cul, Penthouse, Newlook, Playboy, les anges de la téléréalité, Loana, Sabrina et Nabila, Boy Georges, Georges Michael, Michael Jackson, Jackson Pollock, Never Mind The Bollocks, les loques, la laque, les flaques, les flics, le fric, les frocs, les docks, les bocks, les clopes, le rock, Beethoven, Tchaïkovski, la luge, les banques, les manifestations, les sittings, les émeutes, les Flower Power, les poires, les histoires, les gares, les avions, les grands-mères, les prédictions, les espoirs, les déserts, les voitures, les motos, les vélos, les foutoirs, les délices, les glisses, les vices, les lices, les mystères, les guerres, les terres, les mers, rien.

Les planètes, l’espace intersidéral, la cryogénisation, les gens bien, rien.

Les fusées, les téléchargements de conscience, les robots, l’intelligence artificielle, rien.

Rien ne nous empêchera d’être malheureux.

Pas même le bonheur !

Pas même le malheur.

Pas même le bonheur.

Pas même le malheur.

30 novembre 2014

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de novembre, avant nos Libr-événements (soirée Sade à la Maison de la Poésie Paris ; mercredi Montévidéo avec Mathias Richard ; 4 ans de MaelstrÖm ; soirée DATABAZ), notre première sélection (Libr-3) des livres reçus dont nous n’avons pas encore parlé mais qui vont faire l’objet d’un article complet – livres à ne pas manquer de lire/offrir en cette fin d’année (Doppelt, Doubrovsky et Volodine).

 

Libr-3 /FT/

â–º Suzanne DOPPELT, Amusements mécaniques, P.O.L, novembre 2014, 80 pages, 8,50 €, ISBN : 978-2-8180-2133-0.

"La réalité serait-elle, dans son essence, obsessionnelle ?" (Witold Gombrowicz)

Libido mechanica : "un petit ballet mécanique sauve de la mélancolie, par des gestes et des pas assortis, un amusant vertige".

Avec Suzanne Doppelt, la poésie est affaire de mécanique : opérant un perpétuel va-et-vient entre micro- et macrocosme, sa poétique chaosmique rend compte de la mécanique cosmique avec un brio qui vous ravit. Combinant texte et image, elle nous offre de subtils mobiles poétiques. De la caldérisation de la poésie : perpetuum mobile

Avec Suzanne Doppelt, le poète ne nous met pas tant la puce à l’oreille que la mouche à l’œil – et cette vision panoramique/kaléidoscopique nous plonge dans le vertige. Mieux, la poésie est ici perçue comme "chemin sonore où l’œil rivalise avec l’oreille". Comme mimèsis tympanisée, donc.

 

â–º Serge DOUBROVSKY, Le Monstre, tapuscrit originel inédit, introduction et entretien par Isabelle Grell, Grasset, automne 2014, 1696 pages, 36 €, ISBN : 978-2-246-85168-4.

C’est le genre de livre dont on ne peut parler tout de suite, du moins si l’on veut souscrire à la déontologie critique : pensez donc, la Recherche de Serge Doubrovsky, le livre d’une vie, un tapuscrit originel qui comptait 2599 feuillets avant de devenir Fils (1977) par la force des choses, Gallimard ayant refusé ce monstre-là. Écrit entre 1969 et 1976, ce flux de conscience dédié à celle qui est sa substance – sa mère – est régi par le martèlement de la machine – dactylométré, en somme.

Cette somme monstrueuse est en fait la première autofiction : "Fiction d’événements et de faits strictement réels ; si l’on veut, autofiction, d’avoir confié le langage d’une aventure à l’aventure du langage, hors sagesse et hors syntaxe du roman, traditionnel ou nouveau". Ce qui intéresse les chercheurs de l’Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM), Isabelle Grell en tête : "un autofictionneur rédige-t-il ses textes autrement qu’un autobiographe ?" Mais surtout, allons à la question essentielle : pourquoi lire Le Monstre en plus de Fils ? Laissons la généticienne conclure : "Relu à la lumière des avant-textes, Fils refuse encore plus qu’avant d’être institué en une configuration de sens fini".

 

â–º Antoine VOLODINE, Terminus radieux, Seuil, coll. "Fiction & Cie", été 2014, 624 pages, 22 €, ISBN : 978-2-02-113904-4.

Excellente nouvelle que ce prix Médicis attribué à celui qui, depuis une trentaine d’années, nous imprègne de sa "pâte onirique" (p. 300).

Cette somme quadripartite dont l’anti-titre est évidemment révélateur s’inscrit dans la lignée des dystopies qui ont pour toile de fond le totalitarisme soviétique. Et bien entendu, cette polyphonie à la typographie singulière cligne malicieusement du côté du post-exotisme : "Si un écrivain post-exotique avait assisté à la scène, il l’aurait certainement décrite selon les techniques du réalisme socialiste magique, avec les envolées lyriques, les gouttes de sueur et l’exaltation prolétarienne qui font partie du genre. On aurait eu droit à de l’épopée propagandiste et à des réflexions sur l’endurance de l’individu au service du collectif" (382)…

 

Libr-événements

â–º Mardi 2 décembre à 19H, Maison de la Poésie Paris : Lettres à Sade – Réunies et présentées par Catriona Seth (Lettres de Jean Allouch, Antoni Casas Ros, René de Ceccatty, Noëlle Châtelet, Anne Coudreuse, Catherine Cusset, Sébastien Doubinsky, Alain Fleischer, Nathalie Heinich, Pierre Jourde, Leslie Kaplan, Hadrien Laroche, Hervé Loichemol, François Ost, Christian Prigent, François Priser, Lydia Vazquez).

 

â–º Mercredi 3 décembre à 20H30, soirée Montévidéo (3, impasse Montévidéo 13006 Marseille) : Nicolas Debade & Mathias Richard PERFORMANCE (musique & texte) – 20h30

Ce Mercredi de Montévidéo propose une rencontre entre le poéte-performeur Mathias Richard et le musicien Nicolas Debade. Chacun présente un solo de son travail, puis les deux se rejoignent pour un duo autour du texte « Kairos ».

INFOS PRATIQUES :
Tarif unique : 3€
Ouverture du bar et restauration sur place dès 19h30.
www.montevideo-marseille.com
Réservations : 04.91.37.97.35

â–º 4e anniversaire de la boutique librairie maelstrÖm 4 1 4 (364, chemin de Wavre à Etterbeek – Belgique) : les 6 et 7 décembre 2014.

Deux jours de rencontres, lectures, musiques, performances en pleine convivialité.

AU PROGRAMME :

SAMEDI 6 DÉCEMBRE à partir de 18H30
Performance d’ouverture de Vincent Tholomé avec David Giannoni et un texte écrit par Laurence Vielle pour l’anniversaire de la Boutique.
Vernissage de l’exposition « Œil pour Œil » de photos de Milady Renoir (Expo visible jusqu’au 18.01.15)
Présentation des nouvelles parutions des éditions maelstrÖm en présence des auteurs :
« Poche de noir », roman de Gérard Mans ; « Le Cavalier » de Martin Ryelandt ; « Nous nous ressemblons tant », récit de Jean-Pierre Orban ; « Bombe voyage, Bombe voyage », poésies de CeeJay ; « Dernières nouvelles de la mort », nouvelles de Nicolas Marchant ; « Je suis un héros », poésie de Fabien Dariel…
Micro-Ouvert

DIMANCHE 7 DÉCEMBRE à partir de 16H30
Présentation et lectures de la Maison de la poésie de Tinqueux (Reims, France) et de sa nouvelle collection de poésie pour enfants par Mateja Bizjak Petit et Pierre Soletti…
Thé avec les auteurs des nouveautés de la collection Bruxelles se Conte des éditions maelstrÖm : « Le bal des décapités » de Dominique Brynaert ; « Trip Tram » de Kate Milie ; « L’étrange estaminet » de Dominique Leruth ; « Nouvelles pour nouveaux-nés » de Célestin de Meeûs…
Remise du Prix Gros Sel 2014

Entrée gratuite et vin chaud à volonté.

Contact et infos : 02/230.40.07
maelstrom414@maelstromreevolution.org

 

â–º Soirée DATABAZ (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : 100, rue du Gond à Angoulême) : Performance [La Violoniste]

Samedi 13 décembre _ 20h30 _ entrée : 3 euros

| Cyborg post-porn | BDSM body noise | Gender hacking |

Dans un mélange de surréalisme cyberpunk et de pratiques sexuelles non-conventionnelles, les personnages de cette performance transforment leurs corps en instruments sexo-sonores par le biais de prothèses électroniques connectées à leur chair avec des techniques BDSM. L’ensemble du son de cette pièce est généré en direct par le contact entre les corps.

https://vimeo.com/89096909

Body Noise | Gender Bending | Cyborg Synesthesia

Dimanche 14 décembre _ Workshop [Le corps comme instrument sonore post-gender]

Ce workshop est basé sur la construction d’un dispositif électronique nommé [BodyNoise Amp]. Ce dispositif permet de transformer l’activité électrique corporelle en son par le contact entre plusieurs corps. Après la construction du dispositif, nous élaborerons une petite prothèse destinée à fixer le dispositif au corps. Et finalement, nous jouerons et expérimenterons avec les possibilités de synesthésie tact/son que permet le [BN A], et la déconstruction perceptive et identitaire qu’elle génère.

le 14 décembre _ 11h _ 18h

_ Ouvert à tous _ inscription : centre.databaz@gmail.com

26 octobre 2014

[News] News du dimanche

Cette fin d’octobre est marquée par la polémique qui clive le champ artistique : art/argent, art/pouvoirs, création/fondations (Vuitton, Cartier, Ricard, etc.), liberté créatrice/sponsoring… Après un billet en UNE qui pose quelques questions et analyses, nos Libr-événements : exposition "Présents" à Bordeaux ; RV Asile 404 à Marseille ; HP process à La Rochelle ; Thomas Déjeammes à Bordeaux ; 4e édition de la Zone d’Autonomie Littéraire à Montpellier.

 

UNE : L’art n’est-il qu’un produit de luxe ? [voir la pétition]

Suite à la pétition initialement parue sur Mediapart et relayée par Sitaudis – pétition qu’ont signée plusieurs auteurs liés, entre autres, à Libr-critique -, la polémique enfle sur les réseaux sociaux, bon nombre d’artistes et de poètes se sentant visés… Et de contre-attaquer : en un temps de cynisme et d’opportunisme, à bas les moralistes ! d’ailleurs, n’y a-t-il pas des brebis galeuses parmi les signataires ? des sans-gêne qui profitent des subsides de l’état ! vive l’autonomie sacrée de ces sans-grade que sont les artistes ! vive leur mission sacrée de combat, quel que soit le lieu… Cette polémique qui rappelle celle qui avait opposé Christian Prigent aux poètes de la nouvelle génération groupés autour de Java est vive pour des raisons éclatantes : elle touche aux nouvelles pratiques du milieu, aux rapports à l’argent, aux pouvoirs…

Le débat porte en fait sur les actuelles contradictions du champ artistique tout entier comme du sous-champ poétique en particulier.

L’inauguration en grande pompe de la fondation Louis Vuitton ne fait que mettre en évidence le rôle que joue désormais le mécénat privé dans un champ qui, subissant par ailleurs l’emprise des médias, est en voie d’hétéronomisation – comme le soulignait Pierre Bourdieu dès les années 90. En cette période de crise où, pour les artistes et les poètes qui ne peuvent bénéficier d’un emploi sécurisé et d’un salaire suffisant, les subventions et les sources de revenus se font plus rares, assurément la seule planche de salut semble être celle que lui tendent des fondations comme Vuitton, Cartier ou Ricard. There is no alternative – paraît-il…

Toutefois, cette option n’est pas sans poser problème : non seulement un tel soutien influe indirectement sur la production artistique, mais surtout il obéit à une stratégie visant à subordonner l’art au champ du pouvoir économique. (Dépendre des institutions n’a plus le même impact aujourd’hui : le propre de la démocratie n’est-il pas de favoriser la pluralité artistique ?). Si la contradiction a toujours caractérisé la position des artistes, écrivains et intellectuels, il en est une qui n’est pas tenable aujourd’hui : peut-on se prétendre subversif quand on est recyclé/digéré par le Marché ? peut-on se prétendre d’extrême-gauche/révolté/rebelle quand on est de fait au service des dominants ? À cet égard, sont emblématiques les prises de position de Christophe Fiat, qui oppose l’écrivain libéral à l’écrivain subventionné, valorisant le premier selon une logique révolutionnaire-conservatrice reniant les conquêtes de la modernité. Mais faisons fi des certitudes pour nous poser une question essentielle, à laquelle il y a sans doute de multiples réponses : quel artiste/poète réussit vraiment à subvertir les canaux "offerts" par les puissances d’argent ?

Fabrice Thumerel

 Libr-événements

â–º L’exposition "Présents" a lieu à Rezdechaussée jusqu’au 23 novembre (Bordeaux) : elle accueille les pièces d’une vingtaine d’artistes. Réflexion sur l’œuvre et ses filiations, les interférences en art. Cette proposition fait écho à un quartier historique de Bordeaux ouvert sur les échanges et de tradition antiquaire, aujourd’hui en pleine mutation.
Le temps de quelques semaines, l’espace de Rezdechaussée organise une pluralité de pièces hétérogènes, en privilégiant l’éclectisme, l’accumulation et l’équivoque. De la « mise en réserve » à la « libération » des pièces, de petits arrangements témoigneront des relations poétiques, narratives, fétichistes, quelquefois humoristiques que nous entretenons avec les objets.
 
Avec les pièces de William Acin /Emmanuel Aragon / Bruno Baratier / Lucie Bayens / Cécile Bobinnec / Thomas Déjeammes / Virginie Delannoy / Patrice de Santa Coloma / Patrick Hospital / Judit Kurtág / Véronique Lamare /Emmanuelle Leblanc / Christophe Massé / Bruce Milpied / Franck Noël / Krunoslav Ptičar / Nathalie Ranson / Michèle Rossignol/ Stéphanie Tréma / Vincent Vallade.
Avec la participation des antiquaires de la rue Notre-Dame à Bordeaux, Pol Hervé Guirriec, Le Village Notre-Dame, Antiquités Pipat, et de la Librairie La Machine à Lire, place du Parlement à Bordeaux.

Installation sonore de Kraums Notho : samedi 15 novembre à 17h30 et 18h 30
Ouvert du mercredi au dimanche, de 13 à 19 h
Nocturnes tous les jeudis , vendredi 14 et samedi 15 jusqu’à 21 h
Rezdechaussée,
Lieu d’intention artistique, 66 rue Notre-Dame Bordeaux
en savoir plus : ici 

â–º Mardi 28 octobre à 20h30, Asile 404 (135, rue d’Aubagne à Marseille – 13006) : MAKHNO (rock psyké éléctique) et Mathias Richard.

â–º Du 4 au 15 novembre 2014 à La Rochelle (10 bis rue Amelot) : TRANSLATION. À travers une installation interactive et des photographies numériques, HP Process développe un projet intermédia sur la vitesse, l’espace-temps et les effets de la mobilité sur la perception.

Des dizaines de travellings de paysages filmés lors de voyages sont agencés dans une scénographie immersive, telle une spirale aux dimensions mouvantes, où la géographie est éclatée en de multiples calques. C’est par sa dérive, ses mouvements et son immobilité de l’espace que le spectateur va générer aussi bien le son que les mouvements des vidéos. Celles-ci se transforment et se dégradent selon des logiques de dilatation, d’expansion, de compression des couleurs et des pixels, de fourmillements de lignes et de points. Le spectateur interagit aussi avec des données liées aux transports (horaires, distances, gares, aéroports…) et recompose une poésie mobile des flux contemporains. L’installation est ainsi une plongée dans les vibrations de la vitesse et dans les diffractions temporelles et spatiales produites par les déplacements, les connexions, les translations. Elle invite à inventer de nouvelles trajectoires et met en relief les paradoxes de l’hyper-mobilité contemporaine.

Les photographies sont des images capturées dans le flux numérique de la vidéo générative. Les paysages ainsi saisis déploient leur épaisseur, donnant à voir la matière spatiale et temporelle de l’instant diffracté et compacté par la mémoire. Chaque photographie est unique car produite par les variations infinies du programme.

TRANSLATION, projet de "live cinema" infini, tente de traduire l’empreinte visuelle et sonore que laissent les voyages dans la rétine et la mémoire, en explorant la matérialité du numérique. A travers un jeu sur la lumière, les pixels et les couleurs, l’œuvre tend vers une déconstruction et une abstraction de la géographie, selon une esthétique hallucinatoire et hypnotique. C’est une expérience cinétique et sensible du paysage, qui devient un espace mental où territoires, mémoire et données s’agencent pour ouvrir à de nouvelles perceptions.

Ce projet a bénéficié d’une bourse de création de la DRAC Poitou-Charentes et du soutien de AADN (Lyon), dans le cadre des résidences VIDEOPHONIC.

……………………..……………………..…..

HP PROCESS est un duo composé de Philippe Boisnard & Hortense Gauthier. Depuis 2006, ils développent des créations intermédias, performances poétiques numériques, installations interactives, vidéos, photos, créations sonores. La poésie, dans ses dimensions textuelles et numériques, mais aussi visuelles et sonores, est au coeur de leur démarche. Entre déconstruction du langage, jeux typographiques et récupération de données, ils inventent des dispositifs d’écriture interactifs, participatifs ou performatifs, qui mettent en jeu réseau, technologies mobiles et territoires. Ils définissent leur démarche par le concept PAN (POÉSIE ACTION NUMÉRIQUE), à travers lequel ils interrogent le rapport entre corps, langage, espaces et technologie.

Présents pendant la durée de l’exposition, des visites de groupes, enrichies de rencontres/conférences seront mises en place avec eux.

http://www.carre-amelot.net/expositions/index.php?fract=translation

 â–º Vendredi 7 novembre à 11H : Thomas Déjeammes expose sous la tente (lieu indépendant pour l’art : 28, rue Bouquière à Bordeaux).

Introduction à l’exposition de Thomas Déjeammes.

Un jour j’ai aperçu quelques morceaux de photographies déchirées. Ici à Bordeaux nous sommes dans un petit monde et chacun possède son petit monde aussi. Les choses qui s’amoncèlent et celles qui se volatilisent. Un jour j’ai trouvé dans un tiroir des bouts de moi par dizaines, coupés des autres bouts du monde. Je me suis pensé qu’un jour il devrait se trouver un temps pour rassembler ce temps: celui qui était perdu, ma vie, et celui qui devait faire greffe pour qu’elle se passe avec d’autres vies. Le temps a passé. J’ai rassemblé toutes autres choses que des photographies. Il devait y avoir de la chair, de la passion, des rêves et quelques autres fragments de cellules poreuses à accompagner vers l’exit ou le révélateur.

Et puis un jour j’ai aperçu des photographies de Thomas Déjeammes et je me suis pensé tout de suite qu’elles ressemblaient forcément à mes rêves. Pas aux beaux que je ne fais pas, mais à ceux qui sont la Tentative. Alors j’ai aimé ce travail violemment, comme si je me mettais à nu. Dans ce que nous pouvons tous lire pour comprendre nos vies d’un coup, il y a des bouts des uns et des autres. Je crois que c’était cela. La Vie. La mienne.
Je vais aller plus loin si je peux dans cette déchirure apercevoir la découpe sur sa tranche et vous parler plus tard de ce Travail.
Christophe Massé.

â–º 22 novembre 2014, salle Pétrarque à Montpellier, de 14H30 à 23H, 4e édition Zone d’Activité Littéraire ; contact : 06 61 11 05 05 (R. Vischi) / asso.squeeze@gmail.com

INTERVENTIONS SCÉNIQUES :                                   IMPLANTATION LITTÉRAIRE :



TEXTE EN COURS – Retour sur soi                                       Librairie SCRUPULE

LA RAFFINERIE – Lecture échographique                             Éditions AL DANTE

JORDI CARDONER – Contes déjantés                                   Éditions LUNATIQUE

JÉRÔME BERTIN – Lecture                                                    Éditions CAMERAS ANIMALES

SYLVAIN COURTOUX – Lecture sonore                               Éditions L’ARACHNOÏDE

PAUL SUNDERLAND – Lecture undercroûte                        Revue NAWAK

MICHEL CLOUP – Concert solo                                             Série Z existentielle – C. SIÉBERT

MATHIAS RICHARD – Poésie performance                          Galerie LE MAT

BLEU SILEX – Blues urbain

OLIVIER BKZ – Automne amoureux à Pandémonium

RITTA BADDOURA – Poésie performance

ORION SCOHY – Contre-performance littéraire

ZISSIS THE BEAST – Punkab névro-poésie

27 septembre 2014

[News] Automnales : deux rendez-vous majeurs

Libr-automnales : deux rendez-vous majeurs, l’un ce soir à Marseille, GRANDES MANOEUVES ; l’autre à Angoulême du 2 au 4 octobre, INTON’ACTION 4.

 

â–º Samedi 27 septembre 2014 à 21H, Asile 404 à Marseille : soirée Lecture performative, musique, projection. Avec : Antoine Boute – Mathias Richard – Stéphane Nowak et le son de Alex Riva.



♦ ANTOINE BOUTE
http://antoineboute.blogspot.fr/

> Lecture/perf poésie contemporaine
> Diffusion du film : EXAMEN DE PÂQUES (Martine Doyen & Antoine Boute, 2012 – 40mn.)

« Antoine Boute est l’un des représentants les plus emblématiques de la poésie expérimentale en Belgique. Son œuvre, plurielle, se caractérise par une singularité forte, une identité tout à la fois propre et hybride, mutante, inquiétante, excitante. Philosophe, écrivain, poète sonore, pornolettriste, prophète conceptuel et naturaliste, il s’adonne également à la poésie graphique, à l’écriture collective, aux pratiques collaboratives, et est organisateur d’évènements.

Spéculateur hors pair, Boute est l’auteur d’un livre dont le concept est d’être "100% tout public, complètement ergonomique à la pensée de toute sorte de gens". L’enjeu est de "donner à fond dans l’accessibilité radicale", de "tout bonnement exploser philosophie, poésie et art conceptuel par le biais de la masse hétérogène de nos amis lecteurs tous publics". Chez lui, les démarcations entre fiction et réalité, musique et langage sont incertaines. Sa poésie s’invente dans la dissolution des frontières, se libérant de la page imprimée. Incarnée, elle aboutit dans certains cas à la productions de véritables "situations", au sein desquelles l’action première (l’intervention, l’amorce) doit avoir valeur de déclencheur ou de foyer autour ou à partir duquel s’organisent idées, actions, gestes, initiatives et histoires. Par là il travaille à l’intrusion subreptice de l’art dans l’espace de l’agir social, donnant corps aux notions de participation, de relationnel, de contextualité, de pragmatisme. Auteur de plusieurs livres, il est un performeur prolifique et collabore à de nombreux projets, tant poétiques que musicaux, multimédias, ou vidéographiques. »

♦ MATHIAS RICHARD
> "Lectures plus ou moins diverses"

♦ STÉPHANE NOWAK
> Lecture d’un extrait de « Nos secrets sont poétiques »

Stéphane Nowak Papantoniou est écrivain, lecteur, chercheur. Son travail d’investigation poétique porte sur l’erreur et l’expiration du sujet.
Dernier livre publié: Glôôsse (al dante, 2014)

MUSIQUE : ALEX RIVA
> Solo expérimental de flûte à bec

â–º INTON’ACTION #4 _ Rencontres internationales de poésie et performances (Philippe Boisnard et Hortense Gauthier : DATABAZ, 100 rue du Gond à Angoulême)

du 2 au 4 octobre 2014  ///// jeudi 2 octobre _ 20h30 _ DATABAZ Searching for Elias, documentaire sur Elias Pozornsky, artiste polonais présenté par Pierre-Yohan Suc et Magali Pobel (Cie Androphyne) ///// vendredi 4 octobre _ 20h30 _ DATABAZ

Pour la 4e année, DATABAZ poursuit son exploration au fil de l’expérimentation et de l’intermédia, en vous vous invitant à découvrir selon des angularités multiples les pratiques artistiques contemporaines qui dessinent les contours en mouvement de la performance actuelle.

 

     Performance, cet art de l’éphémère, du temps dans le corps, de la voix dans l’espace, de la voix à travers le corps, du corps à travers les objets, de l’espace du temps, qui ouvre des territoires en mutation et interroge sans cesses les limites.  Performance, cette nécessité du geste et de l’acte, pour « s’en sortir sans sortir », déjouer les catégories et se tenir dans le risque d’une adresse qui défait les / la représentation(s) …

    INTON’ACTION, c’est des artistes et poètes qui ont développé en tout sens et densément depuis de longues années cet art de l’action, mais aussi des performeurs plus jeunes, en recherche, … c’est des artistes venus d’Irak, de Grèce, du Chili, des Pays-Bas qui ont incorporé la France et l’Europe mais aussi des artistes français ayant parcouru l’Afrique, le Japon, l’Amérique du Nord, ….
   INTON’ACTION, c’est des artistes qui ne cesse de s’aventurer hors de leurs frontières, et éclatent les cadres, qui font de la peinture pour interroger la philosophie de l’art, qui attaquent la poésie par le son, qui interrogent la présence à distance, qui épousent les écrans pour créer une parole en trois dimensions, qui donnent chair et vie aux objets, qui marchent comme on danse, qui se travestissent pour mieux se révéler …

 

   INTON’ACTION, c’est une traversée du temps et des espaces, avec une projection du documentaire Searching for Elias, en hommage à l’artiste polonais Elias Pozornsky, et deux soirées performatives à Databaz, mais aussi des actions dans l’espace public, en irruption, en improvisation, avec la participation du public …
 

So go into action !
 

avec

Elias Pozornski / Martin Bakero / Joel Hubaut  / Ali Al-Fatlawi et Abdallah Shmelawi / Marguerite Bobey  Démosthène Agrafiotis / Annie Abrahams / Christine Quoiraud /
 Thierry Lagalla / Pierre-Yohan Suc & Magali Pobel (Androphyne) / Sandrine Rodrigues

 

///// JEUDI 2 OCTOBRE _ 20H30 _ DATABAZ

Searching for Elias, documentaire sur Elias Pozornski, artiste polonais présenté par Pierre-Yohan Suc et Magali Pobel (Cie Androphyne)

Elias Pozornski, né en 1928 à Varsovie, est un artiste polonais qui a produit de nombreuses performances, happenings et installations, dans un ensemble artistique très engagé politiquement. Proche du mouvement Fluxus, il rêve dans les années 60-70, avec son ami Harald Szeemann, d’une permanente redéfinition du format de l’exposition pour en finir définitivement avec le “chef-d’oeuvre”. Atteint d’une maladie dégénérative des yeux, il cesse son activité artistique à la fin des années 70.

Lorsque Pierre-Johann Suc et Magali Pobel rencontrent son oeuvre en 2008 par hasard à Cracovie, Pozornski est quasiment aveugle, solitaire et secret. Ensemble, en 2013 à Lublin, ils travaillent sur son concept de cécité volontaire. “Ceci n’est pas une performance” est né, mais Pozornski ne verra pas aboutir ce projet chorégraphique commun car il décède le 22 septembre 2013. Pressentant cette éventualité, Elias leur avait transmis un protocole sous forme de notes, afin qu’ils puissent terminer la pièce.

Même s’ il joue de cette forme, le film “Searching for Elias” n’est pas un hommage. C’ est un catalogue raisonné et vivant d’un homme qui a toujours refusé les –ismes, une performance où danse et arts plastiques ne font plus qu’un.

A l’issu de la projection, une rencontre avec Pierre-Yohan Suc et Magali Pobel vous permettra d’échanger sur cet artiste trop méconnu.

Et le samedi 3 octobre, venez découvrir et participer à l’action dansée dans l’espace public Ceci n’est pas une performance, menée par Pierre-Yohan Suc et Magali Pobel place du Champ de Mars.

………………………………………………………………………………
ANDROPHYNE // Objet chorégraphique non identifié ( Hossegor – France)

Pierre-Johann SUC et Magali POBEL, formés au Centre National de Danse Contemporaine d’ANGERS, imaginent leurs premières pièces en 2000. Touche-à-tout insatiables, ils se placent rarement à l’endroit où on les attend. Qualifiées de pluridisciplinaire, leurs créations – plus “cadrées” qu’écrites – reposent autant sur la performance, la musique, le théâtre, les arts plastiques, que sur la danse. Ainsi, leur approche est à l’image de leurs pratiques : multiple et ludique.

www.androphyne.com

VIDEO « Ceci n’est pas une performance »  http://www.youtube.com/watch?v=7vGvvInbzcs

Fondation Pozornski   http://www.pozornski-fundacja-sztuki.pl/english/media/

Article « Junkpage »( nov 2013)

///// VENDREDI 3 OCTOBRE _ 20H30 _ DATABAZ

Martin Bakero (Chili / France)

Joel Hubaut  (France)

Ali Al-Fatlawi et Abdallah Shmelawi (Irak / Suisse)

Marguerite Bobey  (France)

///// SAMEDI 3 OCTOBRE

11h-13h _ performances place des Halles et autour de la mairie avec Ali Al-Fatlawi et Abdallah Shmelawi, Marguerite Bobey,  Démosthène Agrafiotis, Annie Abrahams, Thierry Lagalla …

16h _ Ceci n’est pas une performance, action participative menée par Pierre-Yohan Suc & Magali Pobel (Androphyne)

Rdv place du Champ de Mars  // inscription : centre.databaz@gmail.com

20h30 _ DATABAZ

Démosthène Agrafiotis  (Grèce)

Annie Abrahams (France / Pays-Bas)

Christine Quoiraud (France)

Thierry Lagalla (France)

 Entrée : 3/5 euros chaque soirée  // Pass trois soirs 10 euros

21 septembre 2014

[News] News du dimanche

Après avoir appris par cœur la chanson circonstanciée de Mathias Richard et pris note de "LC mode d’emploi", vos Libr-événements présentés dans le détail : RV à la Bibliothèque Marguerite Audoux (Paris) avec les revues La Tête et les Cornes et larevue* ; Vincent Tholomé à Bruxelles ; Hors lits 14 à Marseille ; à Paris, Doubrovsky et Quélen/Waldman ; Daniel Cabanis à Ivry sur Seine.

 

UNE : chanson de Mathias Richard à entonner au boulot, dans la rue, dans les administrations, les médias, à l’Élysée…

L’État veut faire des économies,
L’Unédic veut faire des économies
EDF veut faire des économies
Les entreprises veulent faire des économies
Pôle Emploi veut faire des économies
JE VEUX FAIRE DES ECONOMIES
JE VEUX FAIRE DES ECONOMIES

Agence immo veut faire des économies
Ministère veut faire des économies
Quick Assurance veut faire des économies
Optic Center veut faire des économies
GDF, Auchan et la Mairie veulent faire des économies
JE VEUX FAIRE DES ECONOMIES
JE VEUX FAIRE DES ECONOMIES
JE VEUX FAIRE DES ECONOMIES
JE VEUX FAIRE DES ECONOMIES

 

LIBR-CRITIQUE mode d’emploi

â–º Libr-critique.com est un site qui se concentre sur les rapports entre littérature et sciences humaines, sur les écritures expérimentales actuelles ; plusieurs fois par semaine, vous sont proposées par des auteurs exigeants des chroniques et réflexions diverses, des créations et infos. Il n’a donc pas vocation à être éclectique, ni même à être exhaustif. [Notes autoréflexives sur la situation de LC]

â–º Parmi les works in progress en cours : Libr-@ction ; dossier sur la subversion ; "Manières de critiquer : le roman contemporain"…

â–º Chiffres : près de 1700 posts en 9 ans environ ; plus de 20 000 visiteurs uniques/mois ; le nombre de vues affiché par post remonte à septembre 2013, date de la refonte du site par Philippe Boisnard.

â–º Ne pas oublier d’utiliser la barre du haut (rubriques), en plus du moteur de recherche interne (en haut à droite).

 Libr-événements

â–º Jeudi 25 septembre à 19H, Bibliothèque Marguerite Audoux (10, rue Portefoin 75 003 Paris) : lancement de la revue La Tête et les Cornes.

"La parole doit traverser. Pour simplement s’envoler ou advenir. C’est pour cela qu’on la cherche jusqu’au bégaiement" (C. Sagot Duvauroux).

Dans ce numéro, entre autres : un extrait de Marc Perrin, "Spinoza in China", un entretien de poétique avec Caroline Sagot Duvauroux (l’étranger, acédie et lyrisme, etc.), une anthologie de poésie contemporaine coréenne…

La Tête et les Cornes, z : éditions, été 2014, 72 pages, 12 €, ISBN : 978-2-37128-008-3.

 

â–º C’est la 67ème saison des Midis de la Poésie (Bruxelles) : reprise, mardi 30 septembre, de 12h40 à 13h30, aux Musées royaux des Beaux-Arts, petit auditorium, rue de la régence n°3.

En compagnie du poète et performeur Vincent Tholomé, dans le rôle de conférencier, et Laurence Vielle, dans le rôle de lectrice pour illustrer ses propos.

Cette année, William S. Burroughs aurait eu 100 ans. Occasion rêvée de revenir sur un auteur qui, avec le temps, est devenu culte. Mais qui le lit encore ? Qui ouvre encore, de nos jours, un livre de Burroughs et le lit entièrement ? Il est possible de trouver sur le net un nombre invraisemblable d’anecdotes sur sa vie. Il est possible également d’y consulter de nombreuses vidéos où l’on voit, par exemple, l’auteur dégainer sa célèbre canne-épée, l’auteur fumer comme un pompier, l’auteur manipuler ses armes à feu. Des photos circulent également où on voit l’auteur entouré de personnalités célèbres, ses amis de la Beat Generation, musiciens et chanteurs rock, d’Iggy Pop à Patty Smith, en passant par Tom Waits. On pourrait discourir longtemps sur l’influence de Burroughs. Retracer comment, au fil du temps, il est devenu « quelqu’un qui compte ». Un « people », comme on dit de nos jours. On pourrait, a contrario, s’interroger tout aussi longuement sur le fait de savoir si, oui ou non, Burroughs est un auteur surfait, est un auteur important. Cela n’aurait que peu d’intérêt. Raterait l’essentiel. Ce serait oublier qu’au-delà des anecdotes et des chromos, Burroughs est avant tout un écrivain. C’est-à-dire quelqu’un qui écrit. Cette année, il aurait eu 100 ans. Occasion rêvée d’ouvrir quelques pistes, de replonger dans son écriture. De revenir sur ses enjeux. Sur la logique narrative singulière que ses textes instaurent. Sur la disponibilité d’esprit qu’ils requièrent et les raisons pour lesquelles, un jour, un homme, un écrivain, a décidé d’écrire des textes réputés illisibles plutôt que de se conformer au modèle narratif dominant. Deux ou trois réflexions, donc, pour tracer quelques pistes, pointer quelques balises possibles pour qui veut, aujourd’hui, rentrer dans l’une des oeuvres les plus singulière du XXième siècle.

 

â–º Mercredi 1er et jeudi 2 octobre 2014 : HORS LITS 14 MARSEILLE
"…nous exerçons nos désirs là où nous sommes…"



Depuis 2005, les soirées du réseau "Hors Lits" s’inscrivent dans une démarche sensible de réécrire l’intime en ouvrant des espaces alternatifs entre artistes, habitants et spectateurs. Ces événements, proposés en appartements se développent et s’exportent dans plusieurs villes (Montpellier, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Rennes, Vevey, Barcelone, Beziers, Aix en Provence, Nantes, Nîmes, Paris, Bruxelles..) sous formes de "rhizomes d’artistes" rassemblés autour d’un concept commun : un parcours citadin guidé durant lequel les participants visitent 4 lieux de vies habités chacun par un acte artistique de 20 minutes.

Les 1 & 2 octobre, dans les huit salles, les petits groupes de spectateurs découvriront selon un double parcours proposé : Mathias Richard, Muerto Coco, Lauren Rodz, Vincent Lajus, Leonardo Montecchia, Lolita Morales, Trio Haïku, Elsa Decaudin, Élodie Rougeot, Lisa Reboulleau, Aliette Cosset…

Réservation indispensable et urgente (nombre de places réduit) : horslits.marseille@gmail.com

 

â–º Paris, jeudi 2 octobre à 19H30 : Quélen et Waldman.

â–º Vendredi 3 octobre à 19H30, Bibliothèque Marguerite Audoux (10, rue Portefoin 75003 Paris) : rencontre autour de larevue * 2014.

Dans ce numéro annuel, entre autres : textes de Dominique Quélen, Philippe Boutibonnes ; dessins drolatiques de Petr Herel ; "cases tête" de Typhaine Garnier… Ne manquez pas les curieux télescopages isotopiques de Jean-Patrice Courtois, provoqués par des échanges de propriétés : "Bientôt une population de composés chimiques habitera les glaces non éternelles en résidence principale […]"… "Seuls les atomes peuvent relever d’une politique de l’immortalité"… Pour notre plus grand plaisir, le catastrophisme surmoderne n’empêche pas l’humour d’affleurer : "Longtemps la chimie s’est couchée de bonne heure"… /FT/

larevue*, revue dirigée par Mathieu Nuss et Bruno Fern, été 2014, Julien Nègre éditeur, 140 pages, 15 €, ISSN : 2268-6320.

â–º Samedi 4 octobre à 19H, Maison de la Poésie Paris (Passage Molière : 157, rue Saint-Martin 75003 Paris) : à l’occasion de la parution très attendue du Monstre (Grasset, fin septembre 2014), causerie entre Serge Doubrovsky et Isabelle Grell autour de l’écriture du Je et de l’autre.

Présentation éditoriale. Ce "roman" est , par son contenu, son volume et sa forme, un ouvrage si extravagant, si unique en on genre, qu’il convient d’en rappeler brièvement la généalogie.
 Au début des années 1970,  Serge Doubrovsky commença la rédaction d’un ouvrage monumental qui, selon son auteur, devait jeter les bases théoriques de ce qui sera plus tard défini comme « autofiction ». Une fois achevé, ce manuscrit comptait près de 3000 pages et aucun éditeur ne consentit à le publier en l’état. Une partie, réaménagée, réduite à 450 pages, de ce livre parut néanmoins en 1977, sous le titre de Fils, après quoi son auteur dispersa aux quatre coins du monde le manuscrit non publié.
Isabelle Grell, chercheuse et spécialiste de l’œuvre de Serge Doubrovsky, entreprit de rassembler pieusement ces pages, de recomposer le tapuscrit originel qui, augmenté d’une double préface, est publié ici. L’aspect torrentueux de ce "texte retrouvé" rendait délicate une publication classique: Grasset a donc choisi de reproduire ce manuscrit, tel quel, et ce parti-pris éditorial a semblé d’autant plus légitime qu’il est en affinité avec le projet littéraire de Serge Doubrovsky.
 Voici donc, à l’état brut, un texte craché, originel, véhément –  rigoureusement fidèle aux stratégies de l’autofiction.

â–º Ivry sur Seine, les 4 et 5 octobre : expo Daniel Cabanis.

22 juillet 2014

[Création] Mathias Richard, LALIBARTA

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , , — rédaction @ 20:42

Avant la parution chez Al dante de son prochain livre, l’auteur du Manifeste et du blog mutantistes nous livre un texte d’une rare puissance d’attraction/destruction. [Lire/voir la dernière contribution de Mathias Richard à Libr-critique]

 

 

20 juin 2014

[Création] Mathias Richard, Amatemp30 [This is the end]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , — rédaction @ 10:14

Dans la remarquable série "Amatemp", voici un nouveau syntexte de Mathias Richard, qui vient d’achever la suite du Manifeste mutantiste. [blog Mutantisme ; lire/voir le précédent syntexte de la série]

 

 




24 mai 2014

[Création] Mathias Richard, Poéscience dans la préhistoire électronique

L’avenir sera assurément mutantiste… Nous remercions Mathias Richard – dont nous avons mis en ligne bon nombre de créations et réflexions – de nous avoir donné à publier en avant-première un extrait du livre collectif à venir, qui fait suite à Mutantisme 1.1 : Mutantisme : PATCH 1.2.

 

Le poète dans la technique

 

Tout comme le transhumanisme, le mutantisme a un fort rapport avec la technologie, avec la science, et leurs prospectives, mais (contrairement au transhumanisme) ce n’est pas du techno-enthousiasme béat, plutôt de la Realpolitik car une grande partie de la vérité de l’époque (du changement d’épistémè qui lui correspond) s’y trouve.

La science est une drogue mentale. L’environnement techno-scientifique agit comme un shoot sur le cerveau et fait rêver, créer, écrire, penser sous d’autres angles.

Un exemple parmi mille autres : la Singularité Technologique, ou la théorie-prédiction de la possibilité de l’avènement d’une intelligence artificielle (IA) s’auto-reproduisant et s’auto-améliorant de plus en plus vite, reléguant en quelques années l’humanité à l’état de seconde intelligence sur la planète. Dans cette perspective, on peut voir l’humanité comme un trait d’union permettant l’avènement d’un autre type d’intelligence la dépassant.

 

(Van Gogh : "être un cheval de fiacre qui traîne voiture de gens qui vont jouir du printemps : anneau dans la chaîne des vivants, utile à des gens qu’on ne connaît pas").

 

En relation avec l’obsession de l’avènement-IA, le premier ensemble de syntextes, Réplicants, propose de décrire les pensées (scriptopsies sous formes syntextuelles) de différents types d’IA robotisées (réplicants), souvent plus humaines que les humains.

Ainsi, concernant cet exemple, la question n’est pas de savoir si la Singularité Technologique est vraie ou fausse, possible ou impossible, mais comment cette information, cette théorie, cette possibilité, nous impacte, modifie notre vision du monde, en quoi elle est fertile pour créer des formes et des idées.

 

Le mutantisme est la machine à penser et fantasmer et créer qui accompagne l’intensification de notre environnement techno-scientifique.

 

 

Religion cargorobo (roboculte)

 

Le machinisme est désormais intégré dans les consciences.

Le sacré a été transféré à la technique. Nous sommes dans le règne de la technique sacralisée. Techno-dépendants, techno-addicts. Aujourd’hui tout s’organise et s’explique par la technique.

 

L’art mutantiste est imprégné de l’imaginaire scientifique et technologique (volontairement ou non).

Il montre et opère des retours des processus technologiques et informatiques dans les comportements, la création, l’humain, le biologique.

On veut imiter avec nos corps et nos pensées les processus informatiques et technologiques, faire de l’informatique sans ordinateur.

 

Le geste mutantiste favorise les techniques "mentales" (le travail sur la pensée, la sensation, le langage) à la maîtrise d’outils software : se fabriquer des logiciels de pensée, des logiciels mentaux, des plugins d’actions et comportements.

 

De leur côté, les machines s’humanimalisent à coup de bugs et glitches.

 

Les virtuoses de la technique sont nombreux. Les mutantistes sont des êtres traversant la technique, traversés par elle, sans forcément chercher à la comprendre ou la maîtriser, sans viser à l’expertise ou à la spécialisation mais à être comme des sauvages de la religion des cargos vénérant les avions et les stations de radio et imitant les militaires et techniciens en construisant des micros en bois et des pistes d’atterrissage sur des chemins. De même nous cherchons par des actions cabalistiques à imiter les robots et les ordinateurs et les appareils et machines (pour échapper à la souffrance, à la faiblesse, conjurer le vide et nous sentir plus forts et performants, tendus entre résistance et adaptation, et nous trouvons de nouvelles idées, grésillants d’électricité).

 

Notre religion des cargos est la religion des ordis et des robots.

Le geste mutantiste utilise les outils à disposition (exemple : technologies de l’information) sans chercher à les maîtriser, mais à les traverser et à être traversé par eux et témoigner de ces frictions et traversées.

 

Entre Homme et ordi : échanges, feedback, circulation (breakdance).

Exemple : le syntexte vocal (diction, processus, sources, modes). Plus largement, la plupart (sinon la totalité) des machines mutantistes.

 

 

La science-poésie, ou poéscience

 

Après la SF ou science-fiction, il faut enrichir la palette des écrits créatifs liés à la science avec la SP, la "science-poésie", ou poéscience (poésie-science).

La mutantiste veut un geste poétique qui n’ait pas pour thème la SF mais qui soit de la SF en lui-même.

 

Poéscience : utiliser (détourner) le vocabulaire, le lexique et les codes de la science à des fins poétiques.

Poéscience : utiliser des matériaux scientifiques (discours, images, sons…) à des fins poétiques (artistiques)

 

La poéscience est la réponse des grands singes que nous sommes à l’environnement techno-scientifique, qui est pris comme sujet d’inspiration, thématiquement et dans les processus créatifs/poétiques/formels eux-mêmes.

 

 

 

31 décembre 2013

[News] Spéciale LC : de 2013 à 2014…

Pour ce passage entre 2013 et 2014, LC vous offre à la fois une prospective particulière (14 citations pour 2014 : avant-goût de quelques livres sélectionnés pour le début de l’année) et une petite rétrospective (les 10 posts les plus lus/vus depuis le lancement du nouveau LC en septembre)…

14 citations pour 2014

Voici un aperçu en citations des livres que nous avons lus et que nous vous recommandons pour le premier trimestre 2014.

â–º Christophe CARPENTIER, Chaosmos (P.O.L, 2 janvier : dystopie de 416 pages) :

1) "Il n’y a plus d’actifs ni de chômeurs, plus de riches ni de pauvres, plus de malades ni de bien portants, il n’y a plus qu’un peuple : celui des relais efficaces du Chaosmos" (p. 116).

â–º Jacques JOUET, Les Communistes (P.O.L, 2 janvier, 490 pages) :

2) "On parle de passéisme, dit Pavel, mais jamais d’avenirisme ou de présentéisme" (p. 255).

3) "Et si je nous déclarais cohommunistes, tu aurais encore peur du co- ?" (p. 484).

â–º Jérôme BERTIN, Le Projet Wolfli (Al dante, 15 janvier, 64 pages) :

4) "Le peuple n’aspire qu’à se faire enculer" (p. 12).

5) "L’écriture aussi est un sport de combat. Ou alors ce n’est pas de la littérature. C’est de la merde" (p. 42).

6) "Top chrono pour les moutons. Consommez consommez avant que le cancer ne vous consume. Cassez votre tirelire cochons. Vous vous serrerez la ceinture après. Crédits crédits. Une seule vie ne suffit pas pour tout acheter" (p. 48).

7) "Debout les damnés de la terre. Ils vivent à ne pas douter leurs derniers instants. La culture d’état pue la mort. Les derniers penseurs sont enfermés dans la misère. Les éditeurs, les producteurs, travaillent par leur censure et leurs choix commerciaux à la désintégration du pensé debout" (p. 49).

â–º Jérôme BERTIN, Première ligne (Al dante, 15 janvier, 40 pages) :

8) "Festin de terre. Assis sur le lit la tête entre les mains. Cracher le poème et du sang. Du sens interdit. La tête cogne contre le carrelage" (p. 15).

9) "Anus, l’origine du monde. Plus de débats mais des combats. Des décombres des cobras. À la place de la langue, uppercut. Un sein vert expression. Tu vois le sang araignée sur le sol" (p. 18).

â–º Éric CHEVILLARD, L’Autofictif en vie sous les décombres (L’Arbre vengeur, 15 janvier, 234 pages) :

10) "Il y a les écrivains qui se complaisent dans le réel, qui fourrent leurs phrases dedans, qui en rajoutent une couche ; et les écrivains qui prennent le réel dans les rets tranchants de leurs phrases afin de le retailler à leur guise" (p. 14).

11) "L’écrivain ne doit pas s’y tromper. Il travaille aujourd’hui pour les ménagères de plus de 50 ans" (p. 85).

12) "Tous les autres mots ne sont pour lui que des euphémismes hypocrites et maniérés pour dire merde" (p. 93).

â–º Marc OHO-BAMBE, Le Chant des possibles (éditions La Cheminante, mars) :

13) "Souviens toi

De ce matin-là,

Ecarlate et révolutionnaire,

Du parfum de jasmin flottant dans l’ère alors

Souviens toi mon sang,

De la promesse du jour et des slogans,

Des chants de la rue défiant le joug des tyrans

Et la morsure des fusils"

â–º Serge Doubrovsky, Le Monstre (Grasset, avril 2014) :

14) "Vous pourrez enfin découvrir ici le texte restitué dans sa première composition, toute son opulence, sa première jeunesse, sa vitalité débordante, ses rêveries nomades et sa fascinante écriture. Le Monstre vous attirera dans son labyrinthe et vous n’essaierez même pas de trouver l’issue mais vous cheminerez, comme hypnotisé, à sa rencontre. L’approche génétique de ce texte aura aussi prouvé qu’il faut en finir de vouloir donner un seul sens à une œuvre, d’en faire une donatrice de signification" (Isabelle Grell).

Les 10 posts les plus lus/vus depuis le lancement du nouveau LC en septembre 2013

LC, en 2013, c’est quelque 200 posts (si l’on tient compte de la pause estivale, cela fait une moyenne de 4,5 posts/semaine).

En quatre mois, vous êtes plus de 100 000 à être venus visiter les quelque 1 600 posts disponibles : les 10 les plus lus/vus (chiffres arrondis) témoignent aussi bien des goûts de lecture que des circuits de circulation et d’indexation.

â–º Chronique de Philippe Boisnard (17/05/2008) sur Ralbum (Léo Scheer) = 11 275 visites [total : + de 120 000]

â–º Emmanuel Adely, "No more reality" (création du 05/09/2009) = 4 475 [total : + de 50 000]

â–º Chronique de Fabrice Thumerel, "Richard Millet et la postlittérature" ("Manières de critiquer" / 01/04/2011) = 3 650 [total : + de 20 000]

â–º Michel Giroud, "Généalogi-z 2.1" (création du 9 décembre 2006) = 2 200 [total : + de 35 000]

â–º NEWS du dimanche 10/11/2013 (F. Thumerel) = 1 760

â–º Chronique de Périne Pichon sur La Direction des risques de Christophe Marmorat (07/11/2013) = 1 150

â–º Fabrice Thumerel, "De l’intellectuel critique" (20/01/2006 ; travail de recherche en cours de réécriture) = 775 [total : + de 15 000]

â–º Mathias Richard, « Pour un déclin du mot "roman" » ("Manières de critiquer" / 26/09/2013) = 725

â–º Matthieu Gosztola, "Vivre I" (création, 29/10/2013) = 600

â–º Thomas Déjeammes et Mathias Richard, "Dreamdrum 10 / Amatemp 28" (création, 14/09/2013) = 580

6 novembre 2013

[Texte] Mathias Richard, amatemp999 [dégénérescence totale]

Filed under: créations,UNE — Étiquettes : , , , , — rédaction @ 18:17

Voici un nouveau syntexte, écrit "au bord de la crise de nerfs" par l’auteur de Machine dans tête et du Manifeste mutantiste 1.1. [Lire le dernier amatemp]

 

 

Je sais des choses qui vous concernent | je dors pendant que je danse | © Internet | catégorie : handipoésie | Plus on vieillit, plus chaque jour devient le repère d’un deuil différent. | Vous savez qu’il existe un remède à la Personnalité et ce remède est à un clic de vous: | Chaque pas crée le suivant / je me sens fort quand je me couche | (crié) je suis intellectuel _ (crié) JE SUIS INTELLECTUEL | Papa ? Je peux t’appeler Maman avant que Papa revienne ? | on ne jouit pas par politesse | la langue est énorme dans la bouche | une langue aussi grande qu’un visage d’enfant | j’aimerais avoir un ami comme moi | l’impression de ne pas faire partie de la même espèce que les autres, d’être l’exemplaire paumé et isolé d’une autre possibilité | si tu veux partir tu peux rester | Merci de votre compréhension – ou pas. | faire des choses alors qu’on sait qu’elles ne sont pas bonnes pour soi / le savoir ; le faire | langue bite à graines vivantes | et des yeux vides poussent |

 

Pendant des années je me suis serré la ceinture, je travaillais dur, vivais mal, mangeais mal, dans des appartements minuscules, et économisais pour des jours meilleurs.

Puis un jour j’ai réalisé qu’il n’y aurait pas de jours meilleurs, mais que des jours de plus en plus durs.

Alors j’ai décidé de ne plus travailler, de ne plus économiser, et de prendre le meilleur de ce que je pouvais chaque jour, en abandonnant tout projet et en dépensant tout ce que j’ai sans regret.

 

untitled united | J’ai une carte d’interdit de tous les clubs de Marseille. | je vois tout comme si j’étais bourré, mais en permanence et sans être bourré. | Tricherie à l’envers. Faire croire que ses propres textes sont écrits par des nègres, alors qu’en fait on les écrit soi-même. | Personne ne pige rien à tout… | Tout tourne pour rien. |

et

c’est là

que

je L’ai

rencontré

dans le club des losers-tarés,

auto-intoxiqué par ses propres rejets indestructibles :

du bitume et du caca mélangés conçus avec la fonction déconstruire,

bras et jambes dégoulinant en escaliers | des lèvres en forme d’anus, blessures fraîches comme des fleurs | attrapant des coups de soleil dans le noir | buvant la tisane aux mégots | MON FILS…

mon fils

je lui dis tout

sauf

"drogué"

et "pédé"

mon fils

n’hiverne pas il éterne

mon fils

Fait Maintenant Partie de Ceux Qui Savent s’y prendre

MON FILS

n’arrive pas à s’endormir

MON FILS

n’arrive pas à s’réveiller

MON FILS

raconte des blagues aux gens pour les tuer pendant qu’ils sourient

mon fils

à présent

traduit fidèlement les mensonges des autres

 

Je vais BIEN.

Je dors BIEN.

J’aime ma VIE !

 

Le gouvernement est en fuite sur Mars. | Quand on ne sait plus où en est, quand on est en plein délire, prendre ce délire comme un état stable, puis le cartographier. | Je dors pendant que les gens vivent, m’éveille quand ils déclinent. | Le gouvernement est en fuite sur Mars. |

et c’est là

que

je L’ai

rencontrée

dans le club des louseuses-tarées,

un bouchon d’oreille dans le coeur | revendiquant son conformisme avec fureur | Aux âmes mal nées la médiocrité n’attend pas le nombre des années. | Un certain type de personne ne s’épanouit que dans la haine. | MA FILLE…

ma fille

a un superpouvoir :

transformer les mecs en toutous

ma fille

elle a

des phéromones

d’aliens

ma fille

elle a peur des corps

et elle a peur des mots

ma fille

se réveille avec des maux de tête pire qu’un cauchemar

à l’intérieur d’elle il y a un monde de souffrance

MA FILLE ne désire

que le sommeil

et l’absence de rêves

ma fille

dort quelques heures

juste après être revenue de son travail,

et elle dort deux heures avant d’y retourner,

afin de totalement isoler sa vie libre de sa vie aliénée

Elle est un puzzle quel que soit l’angle, visage/corps/pensée/vie. Connaissez-vous l’histoire de la fille-garçon-puzzle, à la personnalité fracturée, fractionnée, faite de milliers de fragments attachés : un fragment gris, un fragment vert / un bout de plastique, un bout de prairie / un tourbillon de coton, un bouton d’ordi.

 

Je suis voyante, j’ai eu un flash vous consernant.

Je vous embrasse très fort et vous dis à tout de suite.

Bien à vous,

Votre Medium

PS: je vous conseille de vous munir d’un stylo et d’une feuille, afin de pouvoir bien noter toutes mes prédictions.

 

1/ L’avenir appartient à ceux dont les ouvriers se lèvent tôt. | 2/ l’avenir envoie des ondes dans le présent | 3/ T’es manifestement un prototype _ on réussira jamais à te faire marcher. | 4/ L’anti-cryptographie est l’art de trouver le message le plus clair possible. | 5/ Tu As Reçu Un Ordre Direct Du Soleil | 6/ poème de luxe _:_ Sous la route | 7/ Pour vider un humain de son sang, faut qu’1,2 million de moustiques le piquent d’un coup. | 8/ [texte écrit les yeux fermés avec des lunettes noires] | 9/ y a un conflit entre ma santé physique et mon moral : l’augmentation de mon moral se fait au détriment de ma santé, et vice-versa | 10/ Nos plus récentes études démontrent que la lettre « W » n’a tout simplement plus sa place au sein de l’alphabet. | 11/

 

et c’est là

que

j’ai

rencontré

TA GRAND-MERE

 

et c’est là

que j’ai rencontré

TON ARRIERE-GRAND-ONCLE

 

et c’est là que j’ai rencontré

ZOBI LA MOUCHE

BABAR

GEORGES BUSH

MICHEL

TATA

& SUPERSPOUTNIK

 

 

 

26 septembre 2013

[Manières de critiquer] Mathias Richard, Pour un déclin du mot « roman »

Filed under: chroniques,manières de critiquer — Étiquettes : , , , — rédaction @ 6:26

En ce temps de "rentrée-littéraire", et donc de triomphe-du-roman, nous remercions Mathias Richard – l’auteur du Manifeste mutantiste 1.1 – de nous permettre de partager avec son site Mutantisme cette réflexion critique des plus salutaires.

Introduction

Vient un moment où certains mots ne semblent plus correspondre aux choses qu’ils désignent. C’est d’abord une impression, un mouvement instinctif, avant d’être un mouvement intellectuel, articulé.

C’est, pour moi, le cas de l’usage du mot « roman ». Ce dernier, apposé aux travaux les plus divers, semble aujourd’hui être vidé de sens. Sinon celui d’une logique de vente (rassurer le lecteur sur le potentiel de distraction de l’écrit en question), qui est certes une logique puissante et que l’on aurait tort de négliger (celle de l’argent), mais ce n’est pas une logique liée à la réalité des écrits.

Je pourrais, comme tout le monde, m’en satisfaire, m’en foutre, m’arranger avec cela comme d’un pis-aller.

Mais je trouverais plus juste 1/ de ne pas utiliser ce mot ; 2/ sinon de ne l’utiliser qu’en certains cas précis ; 3/ de créer et utiliser d’autres mots. Cela s’origine dans une recherche, celle de ne pas être pris dans le langage et la culture comme de simples passagers qui ne questionnent rien.

La littérature devrait être l’école de la liberté, sa pratique (ce qui fait qu’elle ne peut être dans une position confortable, elle doit toujours être lutte, échappement, recherche, questionnement, doute, remise en question, pied de nez, déplacement) ; or elle est constamment menacée par l’académisme et le conformisme social.

Pour moi, la lecture, l’écriture, les livres, les textes, furent une école de la liberté, de la compréhension du monde, un lieu de partage des cerveaux et sensations entre corps isolés dans l’espace et le temps, permettant de ne pas être complètement prisonnier de ses origines et déterminismes.

La littérature est une école de la liberté, une ouverture à l’autonomie de pensée, un mode de connaissance, et je suis sensible aux mots qui emprisonnent, ou détournent de, ou faussent, ce à quoi ils sont censés référer.

 

Constat : omniprésence

On constate un choix (des éditeurs, auteurs, ensuite repris (vectorisés) par les journalistes, les bibliothécaires, les professeurs, les lecteurs…) : apposer, sur les couvertures, pour des raisons extérieures à la littérature, le mot « roman » à tout et n’importe quoi.

Il s’agit d’une véritable épidémie. Le mot roman est un mème qui a réussi. En littérature, il sert de mot-valise, alibi, talisman, placebo. C’est un mot que tout le monde fait rouler dans sa bouche par imitation et pour avoir un impact social.

Remplaçons le mot « roman » par « bouloutch » :

– je suis en train d’écrire mon dernier bouloutch

– alors dans votre bouloutch

– la théorie du bouloutch

– le nouveau bouloutch

– devenirs du bouloutch

– le bouloutch en question

Etc.

On se demande si le signifié du mot « romancier » n’est pas essentiellement un « homme bourgeois en chemise et veste posant assis à la terrasse d’un café de centre-ville ».

 

Hypothèse 1 (version officielle) : le roman est un genre vaste, immense, protéiforme, indéfinissable et insaisissable.

 

Il y a une théorie, une supposition : celle que le roman serait un vaste genre protéiforme, une forme blobesque illimitée qui engloberait, absorberait, intégrerait, amalgamerait tout.

Le roman, « catégorie littéraire la plus vaste et la plus indifférenciée au point de vue du marché du livre », est une forme, un genre, qui ne peut être défini. Il tolère en son sein toutes les formes possibles, tous les discours, ignore ses propres frontières : il n’a pas de dehors.

Cet ensemble disparate résiste aux propositions synthétiques : hyperplastique, polymorphe, transformiste, omnivore, de tout pour peu que cela raconte quelque chose, c’est de tous les genres le plus flexible, le plus changeant, multiforme (il a pu prendre pour principe sa négation même, ou l’aberration volontaire de ses codes). « Le propre du grand roman moderne a été de se vouloir un genre total absorbant en lui tous les autres. » Il n’est le lieu d’aucune spécificité : aucun langage, aucun registre, aucun objet, aucune poétique ne le qualifient, n’en sont le propre. Mais tout est lui.

 

 Hypothèse 2 (version mutantiste) : le roman n’existe pas.

 

Mais alors, si le « roman » est sans contrainte, si l’on peut tout y mettre, tous les contenus… pourquoi garder ce mot ? Comment quelque chose qui est sans contrainte peut être opératoire ? Si c’est opératoire, c’est qu’il y a de la contrainte, ou au moins un cadre, des règles. Si c’est la liberté totale, il est alors bizarre de garder ce mot « roman », d’y tenir.

On en vient parfois à cet étrange argument tautologique : le roman est parce que le mot roman est. Le roman est parce que le roman est. – Un roman ? C’est un roman.

Cet « argument », assené comme une évidence indémontrable, est le signe et le vecteur d’un dressage par les mots.

Nous concluons plutôt ceci : le roman ne peut être défini, car il n’existe pas.

Le mot « roman » n’est pas opératoire pour définir, rendre compte d’une partie de la littérature placée sous cette appellation.

« Roman » est un mot-valise que l’on agite et appose à des formes diverses et qui n’ont guère en commun.

A certaines époques il a pu signifier quelque chose de précis. Ce temps-là n’est plus. Cette appellation a des justifications historique et économique mais n’a pas aujourd’hui d’existence formelle objective.

Le terme de roman devrait être remplacé par celui de livre ou de texte (à la rigueur : littérature).

 

Tenter de définir le roman relève de la théologie ; cela revient à discuter du sexe des anges.

Il suffit de lire les ouvrages qui lui sont consacrés. Des milliers de pages et pas une seule définition claire.

Balayons certains arguments : le multifocal, la polyphonie et le rapport au « réel » ne sont pas une spécificité du « roman ». Le théâtre, la poésie, le document, l’essai, peuvent tout autant avoir ces caractéristiques.

Tout mettre sous le nom de roman est juste une vieille habitude.

Cette appellation est principalement un argument de vente. Sur les couvertures, la mention générique « roman » est une simple convention éditoriale et commerciale.

L’usage de ce mot apparaît souvent comme absurde, tournant à vide (vidé de sens). La standardisation de cette appellation laisse perplexe ou semble peu pertinente.

Le roman a certes une existence historique, mais n’est pas une forme pouvant être aujourd’hui définie selon une série de critères objectifs : un flux de conscience, des jeux sur le langage, une description de 100 pages sans personnage, des collages/montages de documents, tout cela est allègrement mis sous la même bannière « roman ».

La phrase du roman n’est pas différente dans ses caractéristiques de certains vers. La phrase du roman n’est pas différente en intensité de la phrase de la poésie. Et inversement. La poésie fictionne, explore, utilise toutes sortes de voix et voies.

Un certain « roman » recourt à ce que le poème traditionnellement mobilise (fragmentation, art de la coupe et du montage, souci du mètre, spatialisation du texte, surdétermination typographique, etc.), tandis qu’inversement le « poème » ne rechigne ni à la prose – chose entendue par lui depuis longtemps – ni à la narration, ni même à la construction d’intrigue.

De scénario à récit à poésie, à conte à théâtre à pensée, à essai à article à roman, à biographie à historiographie à document… : mélanges, alchimies. Des romans sont des poèmes, des essais sont des écrits mystiques, des articles de critique rock sont des épopées. Avec le « Nouveau Roman », il y eut abandon de l’intrigue, du personnage, de la psychologie, de l’omniscience. Il arrive que le texte entier d’un « roman » ne soit plus que langue et rythme, ou document, ou description, créant un rapport « désintrigué » (sans intrigue) au temps et au sens.

Le fait de déclarer aujourd’hui que le roman est en perpétuelle évolution et renaissance, indéfinissable, cannibale et multiforme, plutôt que de simplement constater qu’il n’existe objectivement pas, et que la réalité devrait être découpée autrement, témoigne d’une difficulté (peur, méfiance) des gens à penser hors des catégories qui leur sont données, à penser out of the box (hors de la boîte, hors des cases) pour reprendre l’expression anglaise.

Aujourd’hui, le roman est :

– un concept éditorial (un mot que l’on met sur des couvertures) ;

– une fiction sociale (il y aurait quelque chose que l’on appelle le "roman").

Dans la réalité, il y a des textes, avec des compositions, des structures différentes, et si l’on voulait les classer, il faudrait inventer, utiliser, des genres et des catégories différentes de celles existantes.

La littérature a craqué de partout, tout est mélangé, recomposé.

Ce n’est pas le roman, ou la poésie, qui absorberait l’autre, ou les autres genres ; c’est l’ensemble de la littérature qui a peu à peu pris ses aises, découvert sa liberté, et comme des peaux mortes les catégories qui lui étaient apposées (qui la vêtaient) sont tombées.

 

 Croisée des chemins

 

Après le design/graphisme du support/objet (forme, couverture, format, tranche, 4e de couv, couleur, image, photo, épaisseur, papier, disposition, maquette, type d’écran/affichage…), le genre est le premier échange implicite entre le texte et le lecteur.

Sur les couvertures des livres, le mot « roman » m’emmerde.

Je propose donc de changer de paradigme et de changer les mots (les appellations) pour décrire les travaux littéraires.

Si les études herméneutiques (herméneutique = art de la lecture/explication/interprétation des textes) concluent que les distinctions roman/poésie ne sont pas valides, alors il faut appliquer ces conclusions et arrêter d’utiliser ces distinctions dans l’édition, la bibliothèque, la librairie, etc., car ces catégorisations faussent et limitent la perception des œuvres, et la production d’œuvres libérées de ces délimitations artificielles.

Passé d’erreur-errance sympathique à rouleau compresseur aveugle, le mot « roman », en français, n’a pas à se coller à toute chose écrite sous prétexte qu’elle comporte des éléments narratifs.

Le champ littéraire a évolué et il ne faut pas l’enfermer dans des mots anciens et mal adaptés (des mèmes triomphants mais vidés de sens).

Le mieux à mon avis (les deux solutions me conviennent et ne sont pas incompatibles) :

1/ soit on évite de nommer un texte de création par un genre et on garde simplement la catégorie « texte » (ou « littérature ») (= table rase) ;

2/ soit on crée des nouveaux mots, genres, catégories, on redécoupe le langage pour l’enrichir (et du coup enrichir toute la réalité, puisque le langage structure notre vision du monde), y créer de nouveaux plis. (= reconstruction)

Dans le vocabulaire existant sur le sujet, seuls les mots "texte" ou "livre" signifient quelque chose

C’est à partir de la restriction à ces mots qu’il est à nouveau possible, dans un second temps, de définir des formes et des genres.

C’est le parti pris mutantiste, qui propose la table rase des genres existants, et une reconstruction à partir de cette table rase.

Cet acte tire conséquence de la littérature des siècles passés.

 

Restriction du terme

Est-il souhaitable que l’infini de la créativité soit toujours mis sous la même bannière d’un seul mot ? Nous pourrions avoir 1000 mots à la place de ce que l’on nomme « roman ».

A défaut de pouvoir détruire immédiatement ce mot (ce qui me semble bien plus simple et souhaitable, destruction que j’ai appliquée dans mon cas personnel, tant en tant qu’auteur qu’éditeur), mais pour atteindre cet objectif ultérieurement, on peut stratégiquement le réduire à son cliché et éviter, refuser de l’utiliser pour d’autres textes plus inventifs ou simplement différants.

A défaut de pouvoir se débarrasser immédiatement et totalement de ce mot (son ancrage social étant trop fort pour cela), nous proposons de circonscrire le mot « roman » à une définition stricte, et laisser les textes qui ne veulent pas être appelés « roman », les laisser libres de toute définition générique, ou créer des mots et termes et genres supplémentaires pour les formes infinies que prend l’esprit humain sous forme d’écriture.

Nous pouvons resserrer le sens du mot, réduire cette appellation standardisée à sa forme la plus standardisée et schématique.

Cette catégorie textuelle correspond alors à ce que l’on pourrait appeler l’industrie de la fiction, ou la fiction industrielle, ou encore la littérature de compétition commerciale.

Sa définition est une narration, disons de plus de 80 pages, organisée de façon claire et distrayante en chapitres mettant en scène des actions et personnages (intrigues, événements, psychologie, histoires…), construite avec un début et une fin.

Cette catégorie textuelle est un peu le spectre de ce que fut le roman triomphant au XIXe siècle.

Nous serions tentés de dire que, d’un point de vue « plaisir de consommation de fiction » / « shoots fictionnels », aujourd’hui les séries télévisées, les films, les mangas et les jeux vidéos racontent de meilleures histoires que ne le font les livres, et ils le font mieux : l’ignorer, c’est se condamner, comme nombre de romans contemporains, à ne produire que des décalques de films ou de sitcoms, des synopsis.

Il ne s’agit pas ici de nier le plaisir et l’intérêt de la fiction industrielle, mais de rappeler que cette forme dominante circonscrit en fait un tout petit champ en regard de l’étendue du possible, de l’imaginaire, de l’immensité sans limite des galaxies écrites.

 

 

Vers la machine [réinitialisation/exploration/reconstruction]

 

Si l’on enlève la fiction à la littérature (le malentendu est tel que certains ne voient la littérature que comme un réservoir à scénarios), il est intéressant de voir ce qu’il en reste : la spécificité littéraire, l’écriture, sismographie et boîte noire de la conscience humaine.

L’écriture est un instrument de recherche, un moyen d’investigation de l’esprit, de l’homme. Les textes n’ont pas de limites, ils sont à la fois philosophie, épopée, psychologie, histoire…

La littérature peut être considérée comme un outil neurobiologique et éthologique de témoignage de conscience et système nerveux des grands singes, une notation, un relevé sismique d’intensités (hautes, basses, médiums…), prenant toutes sortes de formes (et non pas trois ou quatre).

Nous tenons avec la littérature l’occasion de formuler des hypothèses divergentes, de faire des expériences, d’éprouver de nouvelles façons d’être.

Dans tous les domaines de la création, des expérimentations effacent délibérément les repères, transgressent les codes, inventent des modes hybrides d’effectuation, rénovent et amplifient leur efficace.

Beaucoup de textes tendent aujourd’hui à des formes plus proches de ce que l’art contemporain appelle installation, c’est-à-dire une juxtaposition d’éléments entre lesquels on puisse circuler, un texte préparé comme le sont les pianos, bref, une machine.

Tout comme la poésie classique a créé les rondeaux, les sonnets, les fables ou la poésie en prose, l’écriture d’aujourd’hui peut créer des formes et des formats.

Cette réinitialisation dans le champ littéraire est un schéma qui peut être appliqué à d’autres champs, en particulier le champ politique, et le champ religieux.

Les catégories actuelles n’y ont plus de signifiance.

Tout doit y être repensé, réorganisé, reconstruit.

Au lieu de reprendre des formes socialement répandues, mais en réalité périmées, j’encourage chaque écrivant à développer, créer, ses propres formats et formes.

 

***

 

– Chérie, c’est quoi une "machine mutantiste" ?

 

 

– Ce sont des outils créant des formes qui créent de nouveaux genres et catégories, mon amour.

 Tant de choses sont à renommer et repenser aujourd’hui… Les mots des siècles passés ne nous sont pas d’une très grande aide !

 

 Conclusion

 

– Mais, Monsieur Mutantiste, pourquoi est-ce tellement important pour vous cette histoire de roman ou pas roman ? On s’en fout non ? Il y a des choses plus importantes dans la vie !

– Ce n’est certes pas le seul usage de mot que je critiquerais. Il se trouve que, dans la culture française, il est exemplaire et révélateur d’une frénésie de conformisme s’emparant de formes initialement anticonformistes.

L’usage de ce mot me semble révéler une acceptation sans questionnement du monde tel qu’on nous le donne à la télévision, à l’école, l’université, à la radio, dans les journaux, dans l’édition, sur internet, dans les bibliothèques et dans tous les relais de la culture : un dressage par les mots.

L’usage des mots révèle notre pensée, et constitue un positionnement. On peut se contenter de reprendre le monde des autres. On peut tenter de le modifier et/ou de l’enrichir.

Un jeune homme ulcéré m’a dit un jour : « mais tout ça on le sait déjà ! » (il évoquait ma critique des catégories littéraires constituées) mais après m’avoir déclaré cela, j’ai constaté qu’il continuait de plus belle, au quotidien, dans ses actes, ses paroles, ses créations, à évoluer dans cette distinction poésie, roman, essai, etc. Conclusion : il ne suffit pas de « savoir » quelque chose, il faut l’appliquer dans les actes, les pensées et le langage.

Je suis persuadé si 1/ aucun genre (solution 1), ou 2/ une multitude de genres différents (solution 2) étaient indiqués sur les couvertures et circulaient dans les bouches, cela bougerait peu à peu quelque chose, tant dans la position et l’attente des lecteurs que dans le mental et la production de ceux qui écrivent.

14 septembre 2013

[Création – série] Dreamdrum 10, Thomas Déjeammes / Mathias Richard, amatemp 28

C’est avec plaisir que nous reprenons la magnifique série proposée par Thomas Déjeammes, dont la photo grattée est accompagnée ici par l’un des curieux syntextes de Mathias Richard – l’auteur très prometteur du Manifeste mutantiste et de Machine dans tête. /FT/

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