En fin de semaine, on ne manquera pas de se rendre à ce RV alternatif où l’on retrouvera des éditeurs/lieux de publication que nous apprécions/défendons : entre autres, Atelier de l’Agneau, éditions de l’Attente, CIPM, MaelstrÖm, Tinbad, Tituli…
UN NOUVEAU SALON DU LIVRE, salon « off Versailles », de l’autre LIVRE
Fondée en 2002, l’association l’autre LIVRE donne depuis 2008, un rendez-vous incontournable d’échanges entre et avec les éditeurs indépendants – plus de 200 en 2018 – : sur leur situation, celle du livre, de la lecture et de la marchandisation des biens culturels, le salon de l’autre LIVRE d’automne. Il s’installe pour 3 jours aux Blancs Manteaux en plein cœur du Marais, à Paris. C’est un lieu stratégique pour défendre toutes ces maisons indépendantes et une réelle possibilité de rencontrer de nouveaux lecteurs et alerter les citoyens sur la situation du livre et son rôle dans le débat d’idée et le lien social.
Il devenait urgent, afin de satisfaire un plus grand nombre d’adhérents, de proposer un second salon dans l’année. Ce sera l’autre salon, dont la toute première édition se déroulera sur trois jours, les 16, 17 et 18 mars 2018 au sein d’un autre haut lieu parisien, le mythique palais de la Femme, 94 rue Charonne, 11°, qui appartient à l’Armée du Salut.
Il tombe par hasard en même temps que le salon du livre de la porte de Versailles LIVREPARIS et fait figure de « off » avec entrée gratuite. Il n’a pas pour but d’alimenter par ses recettes les fonds de pensions américains… Son intention est bien de lier les auteurs, les éditeurs et leur public sans passer par une ringarde foire aux best-sellers alimentée par des coups de promotion exorbitants, où se bouscule un public anesthésié, inconscient des difficultés de l’édition indépendante, poussé à faire des queues de plusieurs heures pour un autographe du Prix Machin — l’un de ces Prix qu’entre Vrais Pros de l’édition on se repasse d’année en année, en bons copains qui savent se partager « le gâteau » et tous ses avantages.
A l’autre LIVRE, les lecteurs viendront parler directement avec éditeurs (dont belges et suisses) et auteurs, découvriront des genres souvent abandonnés par médias et librairies comme la poésie, les livres d’artistes, la véritable édition de création. Ouverture : vendredi 16 de 14h à 20h Samedi 17 de 11h à 20h Dimanche de 11h à 20h entrée gratuite SITE www.lautrelivre.fr.
Une librairie est ouverte depuis plus de deux ans au 13 rue de l’école polytechnique 5° (sauf w.end)
Le poète insupportable rassemble 24 anecdotes prélevées dans le milieu poétique. Elles en mettent ainsi en évidence certains caractères propres, ouvrant, par ce répertoire, à la réflexion critique et à une perspective théorique. Christophe Hanna, dans une préface éclairante intitulée Logique de l’anecdote, définit notamment l’anecdote sous l’angle d’un « rituel de reconnaissance ». Il relève la rigueur de la démarche de Cyrille Martinez dans son travail (« faits auxquels il a lui-même assisté ou dont il a été un des protagonistes »). Une première version de ce texte a été publiée en 2016 (éditions D-Fiction). Si la circulation des anecdotes permet une « reconnaissance entre pairs », les procédés mis en place dans le traitement poétique des anecdotes et les opérations effectuées sur le matériau même des anecdotes renvoient à des pratiques et des processus de littérarisation (ainsi procédé d’anonymation). On notera la présence d’une des anecdotes (« erreur sur la biographie »), d’un livre à l’autre, celle-ci faisant poème dans le dernier livre également de Patrick Beurard-Valdoye (Le vocaluscrit section Le métier
de poète). La mise en circulation des anecdotes s’opère ainsi en marge des lectures publiques jusqu’aux livres eux-mêmes de façon transversale. Plusieurs publications récentes ouvrent à une dimension réflexive et critique du milieu poétique, dans des approches néanmoins très différentes : analyse des rapports de la culture, d’un milieu poétique en particulier avec les lieux de pouvoir et un système de domination, dans un rapport de classes (La domestication de l’art de Laurent Cauwet), critique acerbe des conditions matérielles dans les manifestations poétiques et lectures publiques (Le vocaluscrit dans sa seconde section). Dans La domestication de l’art, la culture, en tant qu’entreprise, se trouve redéfinie prioritairement sous l’angle de la coercition. Le questionnement concernant le statut du poète traverse les livres et l’actualité d’un milieu poétique. L’approche sociale et politique rejoint les préoccupations et les enjeux d’une reconnaissance.

Voici, dans un superbe livre grand format aux couleurs vives, un agencement répétitif critique (ARC) qui explore avec fracas (splAtch !) et tout en glissements phonétiques et sémantiques les chutes et bévues de notre monde immondialisé. Tandis que nous tripaliumons, d’autres gèrent les flux et pratiquent "le terrorisme du flouze"… Ainsi sommes-nous emportés par la tempête TINA : "tina c’est l’argent roi pour les puissants de ce monde / tina c’est la production de richesses par les pauvres pour les riches /tina c’est un programme où la misère le chômage sont nécessaires"…
Selon Emmanuèle Jawad, la poésie doit faire le mur… pour mieux voir – dans la mesure et la démesure… Depuis Faire le mur, précisément, et aussi Plans d’ensemble, volumes parus en 2015, elle allie poétique et politique : montages et télescopages dénoncent une société de flux qui n’est libérale que pour les capitaux ; pour les dominés et déclassés, ce ne sont que murs, barrières et frontières… Son écriture insidieusement objective est un dispositif poétique érigé contre un dispositif politique : "dispositif de filtre restrictif permis / de circulations reconduites de biens et / de personnes barrière sécuritaire barrière / électronique mur-béton barrière de sable / fossés d’eau sel obstacle barrière mur" (p. 36)…



Se défendre. Une philosophie de la violence est un livre publié chez 
transformer le monde, alors, loin d’être seulement en rapport d’interaction, d’interdépendance ou de ressemblance, l’art, la foi et le politique sont une même dynamique, une unique réalité vivante.

Trois livres parus à peu d’intervalle : un épais volume, une plaquette haute, un livre-objet. De « IL » en « nous » deux personnages en quête d’auteur croisent décroisent un écrivain prolifique, « protéiforme », happant l’émulation de ses lecteurs. « Les inachèvements inacceptables de son inaction inavouables inaugurent l’inamovibilité » d’un, apophatique qui démontre sinon l’existence de Dieu celle de son suppôt, sautant l’obstacle de l’automaticité de la négation de clocher en clocher d’un steeple-chase alternatif, d’antiphrase en paraphrase, de triple à quintuple dérobade. Son nuancier de l’être épris de glissements, pris de convulsions, une colossale performance le laboure en boustrophe. À preuve par neuf fois 26 tours une somme de soustractions épouse épuise la matière critique d’une prodigalité nerveuse. Nul commentaire ne l’épaississant assez pour défaire le nœud gordien dont nous nargue la tranche, son exhaustivité devançant les objections en y abondant, au gré de la dissociation libre, de la contrainte assistée par ordinateur – nous nous le rappelons et il voyage, rimbaldien Génie qui abolit, surmultiplie le mallarméen « hazart ».
instar – rajoutée aux Diaboliques de Barbey d’Aurevilly cette hypertrophie de l’intelligence, cette « mise en abyme d’un vide tautologique » dont l’auteur est le critique et la plaie, la victime et le dérouleur d’un supplice savant. Aux contraintes de temps et de lieu, à la déclamation cornélienne un classique contemporain substitue celles de l’abstrait récurrent. « Les mots qui ouvrent sa bouche savent pourquoi nous sommes enfermés dans une langue qui nous ignore », le pasticheur allonge d’une rasade d’eau claire un vin de grande garde.
Quand ellipse, hyperbole, parabole, les trois sections coniques ont leur répondant littéraire, la spirale manque à l’appel, laissant pendre dans le vide de métaphore ses anneaux rouillés – Jaffeux en 26 tours de son trope favori, 26 coups de cachet tournant sur les parois d’une grotte platonicienne en trompe-l’œil magrittéen, piégeant du non-sens en ses volutes répare une lacune.
Enchâssé de vécu le temps se tient en embuscade. Serpent d’amer se profile un cargo de « bananes bonnes à bonnir », baleinier mythomane, vaisseau fantôme d’Errant. Par clair de codage comme de lune en son premier quartier, entre politesse et insolence, voire méchanceté, et dandysme élémentaire, éclectisme à nul escient, une poésie subtile, agile, égrène des anecdotes en instantané d’années. Damnées et salvatrices, si peu. Du grand train d’être une poésie délasse en de petits souliers. Railleur, peu galant, toujours prêt à actionner le siège éjectable de ses amours en feu, multipliant les variantes de faire cattleya en frisant la pornographie, en vers d’un sophistiqué prosaïsme aux antipodes de l’autofiction, en énigmes bien timbrées à mots simples que relève un frémissement érudit, lyre basse flamberge en dedans – Decourt fait exception dans le paysage de la poésie contemporaine, son style calibré reconnaissable entre mille. Tout en rejets d’enjambements tournant court, jeune (encore) fauve s’ébrouant à la ligne (de flottaison), à la différence d’Oscar Wilde qui choisissait soigneusement ses roses, il porte un cargo à la boutonnière. Ce style, dont il est rare de qualifier un rhapsode, relâche sa tension dans le dernier poème, « berceuse » ironique rimant têtu.


De "Proses du fils" à "Dans son regard aux lèvres rouges", Yves Charnet n’a cessé de mettre en mots une autobiographie lacunaire, hantée par l’absence du père, dont chaque livre assemble les bribes. Cette autofiction de soi s’écrit en prose, faute de mieux, dans le parrainage de la poésie dont elle porte la nostalgie, dans le sillage d’un blues jazzé où le Je cherche son échappée lyrique. C’est sur ce désir de poésie et ce qu’il transforme de l’écriture autofictionnelle d’impudeur et d’aveu que portera l’entretien.
Marie de Quatrebarbes reprend les genres associés à l’enfance (conte, comptine, fable). Ils rejoignent ici des bribes narratives ayant trait parfois à des personnages du quotidien (un voisin, la boulangère) aussi bien qu’à d’autres thématiques (amour notamment). Le monde de l’enfance s’énonce dans des notations emblématiques (« boire du chocolat dans des gobelets »/ « (…) fait des bulles avec son savon, qu’elle pète »). Les énonciations se réfèrent aussi bien aux contraintes ritualisées de l’enfant (énumération des obligations, ainsi en début de texte « il faut couper les ongles/ il faut manger etc.) qu’aux transgressions enfantines (« tu lèches le canapé »).
liés) introduisant des personnages (« Salopine et Salopette » pouvant évoquer des noms de personnages de Claude Ponti, en littérature de jeunesse). Marie de Quatrebarbes multiplie les expressions familières et métaphoriques (« on s’en dit des salades »/ « éclater ma croûte de bœuf ») souvent savoureuses (« ça m’exaspère le ciboulot prêcheur » ou encore « elle est belle comme un os à moelle ») dans une recherche sonore (« ça glute à go go ») et un détournement des expressions (« fille folle, fille à lier »).
â–º Jean-Christophe BAILLY, Passer définir connecter infinir, dialogue avec Philippe Roux, éditions Argol, coll. "Les Singuliers", automne 2014, 196 pages, 29 €, ISBN : 978-2-37069-001-2.

SOLIRENNE, MédéA copyright, suivi de Hallali Guermantes, Rougier V. éditeur, Soligny la Trappe, décembre 2014, 42 pages, 13 €, ISBN : 979-10-93019-07-9.