Libr-critique

24 août 2017

[News] Libr-news

En cette reprise, quelques Libr-événements pour finir l’été comme il se doit : RV à la GAD de Marseille, avec notamment Liliane Giraudon ; à la Librairie Charybde, avec Antoine Mouton ; au Centre Pompidou pour le festival Extra !…

â–º Du 24 au 27 août 2017 :

â–º Jeudi 31 août à 19H30, Librairie Charybde (129, rue de Charenton 75012 Paris) : rencontre avec Antoine Mouton pour son dernier livre Imitation de la vie (Christian Bourgois).

â–º Du 6 au 10 septembre 2017, FESTIVAL DES LITTÉRATURES HORS DU LIVRE / 6 septembre, en ouverture du festival, remise du PRIX LITTÉRAIRE 
BERNARD HEIDSIECK – CENTRE POMPIDOU


Le Centre Pompidou crée le festival Extra !, festival des littératures hors du livre, ainsi qu’un prix littéraire inédit. Avec ce nouveau rendez-vous, le Centre Pompidou souhaite mettre en lumière les formes variées que prend aujourd’hui la littérature affranchie du livre.

Au 20e siècle, du mouvement Dada au poète Bernard Heidsieck, les avant-gardes littéraires ont voulu échapper aux contraintes du livre et ont promu de nouvelles formes de poésie ; sonore, visuelle, bruitiste…
 Dès 1977, le Centre Pompidou a été un lieu d’accueil et de soutien à la « poésie debout » et au « hors-livre » comme disait Bernard Heidsieck. Extra ! célèbre ces autres formes de la littérature à travers plusieurs événements.

Au programme : des performances d’écrivains (Emmanuelle Pireyre, Laura Vazquez et Arno Calleja, Hugues Jallon),  des spectacles avec le comédien Laurent Poitrenaux et la maîtresse de cérémonie Catherine Robbe-Grillet, un showcase avec le rappeur Elom 20ce, des conversations théoriques proposées par l’universitaire Lionel Ruffel à l’initiative de Radio Brouhaha (avec Elitza Gueorguieva, Roger Chartier, François Bon) pour explorer, en trois temps, la turbulente histoire de la littérature récente. L’art contemporain est présent avec Martine Aballéa qui réalise la scénographie d’ Extra !, au Forum -1, transformé en un espace de rencontres littéraires, verdoyant, intitulé « Le Salon dans la Vallée ». L’artiste Laure Prouvost inaugure le festival avec une performance narrative, et Julien Bismuth vient chaque jour écrire une page de texte, projetée au mur. Des projections de films documentaires et de films d’artistes font écho à l’histoire et au présent des littératures hors du livre.

Extra ! imagine pour les enfants une programmation hors livres, à mi-chemin entre lecture d’albums, karaoké et jeu vidéo, en partenariat avec le Salon du Livre Jeunesse de Montreuil.
En lien avec la Librairie Flammarion du Centre Pompidou, Extra ! s’inscrit également dans la rentrée littéraire en invitant des écrivains : Celia Houdart, Antoine Boute, Yannick Haenel, impliqués dans les formes du hors-livre. Un club de lecteurs ouvert au public se réunit pour commenter les livres de la rentrée littéraire, le temps d’un « Apostrophe dans ma cuisine » en référence à l’émission de Bernard Pivot.

Equipe de programmation : Jean-Max Colard, Aurélie Olivier, William Chamay, Aurélie Djian, Magali Nachtergael

26 février 2017

[News] News du dimanche

En ce dernier dimanche de février, cap vers le printemps : deux RV à la Maison de la Poésie Paris, un à Marseille pour des lectures à ne pas manquer ; enfin, trois jours à Nantes pour réfléchir sur un monde sans travail…

â–º Vendredi 3 mars à 19H, Maison de la poésie Paris : Revue de(s) génération(s), avec Michaël Batalla, Jean-Christophe Bailly et Stéphane Bouquet – soirée animée par Philippe Roux

« La revue de(s)générations est un affront ouvert à trente ans de crispations réactionnaires. Cet affront n’a pas de légitimité, il est une logique. Nous contribuerons à l’entretenir, en interrogeant le politique, le poétique, l’esthétique : leurs modernités. Aller là où il y a frictions, ambiguïtés, écarts. Dégager, par-delà le cynisme et le nihilisme de cette période qui nous a voulus tristes, des puissances d’agir. »

Voilà l’engagement posé en 2005 lors de la création de la revue par Philippe Roux, historien des idées, enseignant à l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne et coordonnateur de recherches au Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne. Parmi les auteurs plus ou moins réguliers de la revue, citons Alain Badiou, Alain Brossat, Marie-José Mondzain, Éric Hazan, Giorgio Agamben, Jean-Christophe Bailly, Jacques Rancière, Jean-Luc Nancy, Georges Didi-Huberman…

À lire – la revue de(s)générations est éditée chez Jean-Pierre Huguet éditions.

â–º Mardi 7 mars à 19H, Maison de la poésie Paris : Colette Fellous & Arthur Dreyfus, soirée animée par Sylvie Tanette

Dans la nuit qui suit l’attentat sur la plage de Sousse le 26 juin 2015, une femme écrit, face à la mer : «Il faut que je raconte avant demain, que je témoigne, très vite, ce livre sera mon nocturne, puis je rendrai les clefs, je partirai.» Par la voix de sa narratrice, Colette Fellous raconte l’histoire de son père et l’histoire de ce village de Tunisie qu’elle va devoir abandonner dans cette terrifiante année 2015, aux couleurs nouvelles du XXIe siècle.

« Plusieurs secondes ont passé, durant lesquelles Bernard s’est efforcé d’ordonner les mots qu’il venait d’entendre, et qui s’enchevêtraient dans son esprit : Sousse, la Tunisie, un attentat, ce matin, Véronique – tout cela n’avait aucun sens, Monsieur, vous m’entendez ? Qu’est-ce qui est arrivé à ma femme ? » Sans Véronique est le troisième de roman d’Arthur Dreyfus.

À partir du drame tunisien, Colette Fellous et Arthur Dreyfus évoquent le temps de “ l’après attentat ”. Comment faire pour continuer ? Que faire de l’absence ?

À lire – Colette Fellous, Pièces détachées, Gallimard, 2017   /   Arthur Dreyfus, Sans Véronique, Gallimard, 2017.

 

â–º Samedi 11 mars à 17H, Transitlibrairie à Marseille (45, Bd de la Libération) : Lectures

Présentation de l’ouvrage La porte rouge coédition Fidel Anthelme x L’Antre Lieux. Préfacé par Julien Blaine et Anne Vuagnoux. Lectures de Liliane Giraudon, Sarah Kéryna et Frédérique Guétat-Liviani. 

â–º Du 24 au 26 mars, Quai Ferdinand Favre à Nantes : La fin du travail ?

Trois journées de philosophie organisées par Philosophia, en partenariat avec le Lieu unique et le soutien de la Ville de Nantes, de la Région Pays de la Loire et du département de Loire atlantique (Entrée libre et gratuite).
http://philosophia.fr/activites-rencontres/rds-les-rencontres-de-sophie/la-fin-du-travail-2017

La fin du travail ?

L’apparition et l’installation, semble-t-il durable, d’un chômage de masse lié à la révolution informatique puis numérique optimisant la productivité, mais aussi les profits d’actionnaires oisifs, a brutalement remis à l’ordre du jour la question de « la fin du travail », en en renversant la signification même. À l’espoir de l’avènement d’une société « post-moderne » des loisirs, censée permettre aux hommes de jouir sans entraves des bienfaits du progrès technique et social, s’est substitué le désespoir de la perte d’un emploi qui demeure encore aujourd’hui, pour le plus grand nombre, le seul moyen de gagner sa vie, voire de lui donner un sens (une fin, un but). Alors même que les nouvelles conditions techniques mais aussi sociales du travail engendrent de nouvelles souffrances qui le font à nouveau considérer comme une aliénation plutôt que l’émancipation promise par les idéologies progressistes modernes.

N’est-il pas urgent, alors, de s’interroger non seulement sur les formes actuelles d’un travail en pleine mutation technique et sociale mais aussi sur son essence et sa fin, c’est-à-dire sa finalité pour l’existence humaine ? Ne peut-on envisager, à la fois, de lui redonner un sens émancipateur et de ne plus en faire dépendre complètement la vie des hommes, de ceux qui ont encore un emploi comme de ceux qui n’en ont plus ? Que penser (parmi bien d’autres mesures possibles) d’une allocation de ressource universelle sans condition d’emploi mais qui pourrait être la condition d’un travail choisi et non plus subi ? Sauf à continuer de produire la déshumanisation du monde du travail (et bien au-delà) et donc à engendrer, à terme, la relégation puis la sécession des classes laborieuses (toujours plus nombreuses malgré leur invisibilisation médiatique), du fait de politiques économiques à court terme toujours plus dangereuses et donc potentiellement ruineuses pour la société, voire l’humanité, tout entières.

PROGRAMME :

Vendredi 24.03
14.30-15.30 Conférence inaugurale, Qu’est-ce que le travail ?, Jean-Luc Nativelle
16.00-17.00 Conférence Philo/Ciné, Le travail du cinéma, Hugo Clémot
16.00-17.00 Cabinet de l’historien, Karl Marx par Franck Fischbach
17.30-18.30 Cabinet de l’historien, Hannah Arendt par Olivier Dekens
17.30-19.30 Deux courtes conférences suivies d’un débat, Quelle fin du travail ?, Emmanuel Renault/ Vincent Valentin
20.30-22.00 Conférence, Le travail nous dépossède-t-il de nous-même ?, Danièle Linhart

Samedi 25.03
14:00-19:30 Abécédaire, série de 13 courtes conférences (A-M), voir programme ci-dessous
14.30-15.30 Conférence, Refaire travail : le pari de l’autonomie, Michel Lallement
15.00-16.30 Atelier enfants, Edwige Chirouter
16.00-17.00 Conférence, Travail et pouvoir d’agir, Yves Clot
18.00-19.00 Conférence, La révolution numérique du travail – aspects technologiques, Olivier Landau
18.30-19.30 Cabinet de l’historien, Simone Weil par Nadia Taïbi
20.30-22.00 Entretien, Écrire le travail aujourd’hui, Corinne Grenouillet

Dimanche 26.03
11.30-12.45 Débat, Deux visions du travail (syndicaliste/ chef d’entreprise) Dominique Goubault/
14:00-19:30 Abécédaire, série de 13 courtes conférences (N-Z), voir programme ci-dessous
15.00-17.30 Deux courtes conférences suivies d’un débat, L’avenir du travail, Raphaël Liogier /Jacques Le Goff
17.00-18.00 Cabinet de l’historien, Max Scheler par Patrick Lang
18.00-19.30 Conférence de clôture, Quel avenir pour le travail ?, Dominique Méda

Programme des conférences de l’Abécédaire :
Samedi 25 mars 2017
14h00 A Aliénation Yvon Quiniou
14h25 B Burn out Armelle Grenouilloux
14h50 C Cure Christophe Meignant
15h15 D Deuil Nathalie Labrousse
15h40 E Entropie Michel Elie Martin
16h05 F Fainéantise Jean-Claude Dumoncel
16h30 G Gouvernementalité Guillaume Fauvel
16h55 H Harcèlement Adrien Bordais
17h20 I Intermittent Julie Cloarec-Michaud
17h45 J Jouir (Peine à …) Dominique Pécaud
18h10 K Khomry Raphaël Edelman
18h35 L Loisir Jacques Ricot
19h00 M Main (Tour de …) Jean-Luc Nativelle

Dimanche 26 mars 2017
14h00 N Numérisation Murielle Durand-Garnier
14h25 P Performance André Guigot
14h50 O Open space François Leroux
15h15 Q Quatrain Franck Robert
15h40 R Retraite Evelyne Guillemeau
16h05 S Social (Lien …) Camille Dreyfus Le Foyer
16h30 T Table de travail Jean-François Crépel
16h55 U Ubérisation Nadia Taïbi
17h20 V Valeur Jean-Marie Frey
17h45 W Walden Gabrielle Marion Ledru
18h10 X Xristos tou agrou Philippe Cormier
18h35 Y Yakafokon Pascal Taranto
19h00 Z ZoGa Sylvain Portier

Télécharger le programme des Rencontres de Sophie 2017 : https://issuu.com/lieuunique/docs/lesrencontresdesophie2017
En savori plus :
http://www.philosophia.fr/

26 mai 2016

[Entretien] Valeur du politique, politique des valeurs. Entretien avec Sylvain Courtoux (Critique et création 3, par Emmanuèle Jawad)

C’est avec un immense plaisir que nous publions ce troisième entretien avec Sylvain COURTOUX, qui vient enrichir les précédents grâce à la problématique retenue par Emmanuèle Jawad. [Lire le dernier]

La seule chose dont on est sûr,
c’est que l’on perd toujours à la fin.

Jérôme Bertin

Emmanuèle Jawad : Le travail sur le sample qui prélève des énoncés dans le flux des textes contemporains et les agence dans un montage à la fois serré et fluide semble contenir dans les choix opérés et le montage de ces échantillonnages une dimension critique. La technique des samples ne participe-t-elle pas ainsi au sein du travail de création d’une recherche critique ? Les pratiques d’écritures « inventives » ne se développent-elles pas dans et par le geste critique ?

 

Sylvain Courtoux : Est-ce que l’échantillonnage à lui seul, comme sampler une liste de noms de rues dans un plan, suffit-il à lui seul pour placer un point de vue critique sur le monde ? Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre positivement à cette question… Cela dépend de deux choses : ce que l’on échantillonne et comment on le « monte ». Pour moi « sampler », plagier, ne se dépare pas d’un travail de montage… C’est la totalité du geste qui en fait un instrument critique. Plus votre visée discursive. Cela peut sembler paradoxal mais le sample m’intéresse moins pour sa visée plasticienne que pour ce qu’il « m’aide » à (pouvoir) dire… J’ai l’habitude de me dire, d’après Frédéric Lordon, qu’un texte, c’est d’un côté les « structures », et, de l’autre, les « affects » : les structures – ce qu’est ontologiquement un sample (l’Autre qui nous structure, fait de nous ce que l’on est…), les affects – ce qui me pousse à utiliser ce sample-là. Le sample, l’échantillon ne me sert que pour autant qu’il dit mieux mon « je » que "je" ne pourrai jamais le faire… Les pratiques d’aujourd’hui qui m’intéressent le plus ont toutes à faire et à voir avec la théorie ou/et la critique. Je ne peux même pas concevoir, pour n’importe quel type d’écrivain, que l’on puisse ne pas s’intéresser au politique, au social, à la théorie littéraire, etc. L’« art pour l’art », qui, soit dit en passant, est toujours défendu par tout un pan des poésies plutôt lyriques (mais aussi par des « modernes » et des « contemporains »), est, en ce sens, une ineptie… Non seulement une défaite de la pensée, mais une méconnaissance, une in-connaissance sciemment revendiquée des enjeux (culturels, sociaux, politiques, économiques, symboliques) de la pratique scripturale. Les avant-gardes comme Dada, ou plus tard les Lettristes, ou la triade Tel Quel-Change-TXT avaient bien compris cela. La présence de discours « spéculatif » ne vient pas asseoir l’activité créatrice mais en est la concomitance même. Je sais qu’une œuvre « intéressante », de mon point de vue, ne peut se passer de théorie, ne peut pas se passer de réfléchir à la fois sur sa propre pratique, sur celle des autres, et sur le « pourquoi » et le « comment » de ce que nous faisons face au réel. Le « sample » est un marchepied parfait pour le méta-littéraire et la théorie littéraire ou philosophique. C’est parce que je sample que la théorie ne peut que me sauter constamment à la figure (si le sample est du côté de la « structure », qu’est-ce cela qui nous structure, et si nous sommes bien dans un « monde toujours-déjà légendé » comme dit Prigent, et si nous sommes bien façonnés par les multiples discours qui nous entourent, comment on fait pour s’en extirper, qu’est-ce que la « novation », qu’est-ce qu’un « sujet », … Vous voyez ! Les questions théoriques, philosophiques, ne peuvent que s’enchaîner à la vitesse du clavier…). Par ailleurs, il y a une forme de « responsabilité » de l’écrivain à laquelle je crois ; à ajouter au reste. La justesse de l’adresse.

 

EJ : La dimension critique au sein de votre travail de création semble se référer conjointement à la technique donc même du sample (le travail de montage élaboré sur la réappropriation de références) et à un regard politique (porté sur le milieu poétique lui même et dans une position d’avant-garde). La critique prend-elle en charge des affinités ou des liens qui pourraient être à la fois d’ordre individuel, intellectuel et littéraire, ou doit-elle s’en écarter dans une visée descriptive ? La dimension politique de votre travail n’est-elle pas ce qui fait le lien entre critique, théorie et pratique ?

 

SC : Il ne peut jamais y avoir d’analytique pur, tout est axiologique, tout discours, même s’il se veut le plus « neutre » possible, descriptif comme vous dites, est toujours chargé d’affects et de jugements de valeurs. On n’y échappe pas. Il y a toujours du « normatif » quelque part, même quand c’est, dans un livre de sociologie, sous des couches de précautions oratoires ou sur une tentative de désamorçage des problèmes liée au « normatif ». Quand je lis un livre de philosophie ou de sociologie, je préfère toujours quand l’auteur est en accord (même précaire + dissonant) avec ses arrière-pensées. C’est le B.A.ba de la sincérité pour moi. Après, c’est une question de positionnement. Car si la question est la lutte des points de vue et donc des valeurs liées à ces points de vue (comme il y a lutte des classes), c’est le positionnement de votre travail, au sein du champ poétique, positionnement autant artistique qu’esthétique, qui importe. Et ce positionnement est autant choisi que subi, pourrait-on dire. « Subi », car on est tous le jeu d’influences et de ce que notre socialisation a fait de nous (par le biais des capitaux : économiques, culturels, sociaux) ; « choisi » car c’est à partir de cette « donne » de départ que nous mettons en œuvre les valeurs artistiques, esthétiques, philosophiques, que nous mettons en jeu dans nos œuvres. Valeurs et « influences », affects et structures, est ce qui fait le lien entre l’individuel, le littéraire, le socio-politique. Et nous revenons au « tout axiologique » du début… Question de valeurs et donc de positionnement sur un échiquier de luttes. Les valeurs que je défends ne me sont aucunement personnelles : l’autobiographie et la question du champ littéraire, le montage, le travail de sample, l’expérimentation visuelle – c’est sans doute par ce mélange, qu’on pourra dire énergumène, ou en tout cas peu usité dans le champ littéraire (quelques-uns m’ont précédé, d’une façon ou d’une autre, appuyant sur un point ou sur un autre, Michel Leiris, le Michel Vachey de Toil, Manuel Joseph, Jean-Marie Gleize, Kathy Acker, Raymond Federman, le Michel Deguy du Comité, Chloé Delaume) que la dimension politique affleure ou déborde… Ou plutôt disons qu’elle est présente deux fois, l’une à cause de ce mix, l’autre grâce à mon "habitus" de rebelle… Car, certes, le positionnement implique des valeurs (certaines plutôt que d’autres), mais on ne joue ces valeurs au maximum que si on est prêt à se battre contre celles que nous trouvons dangereuses et putassières…

 

EJ : L’émission radio POETES/VESTIAIRES dresse un panorama de la Nouvelle Poésie Française que vous situez entre 1989 et 2004-2008. Vous en formulez ainsi les caractéristiques : travail sur la frontière poésie/ non poésie, réappropriation de la Pop culture (BD, musique, cinéma), plasticité des textes (dimension visuelle/conceptuelle avec rôle des logiciels informatiques dans le travail de création), ancrage performatif, influence de la musique (notamment électronique), filiation avec le cut-up. Si certains travaux poétiques semblent relever transversalement de plusieurs de ces caractéristiques (ainsi votre propre travail, ou celui encore de Sandra Moussempès associant références au cinéma et ancrage performatif notamment, ou le travail de Jérôme Game), comment inscrivez-vous au regard de ces marquages caractéristiques de la Nouvelle Poésie Française les travaux poétiques des années plus récentes (2008-2016) ? Quels axes actuellement privilégiés (performatif, plastique, etc.) dans votre propre travail et dans ce que vous percevez des travaux poétiques d’aujourd’hui ?

 

SC : Nous sommes dans un « trou » qui a dû ressembler pour pas mal d’auteurs expérimentaux des années 70 au « trou » des années 80. C’est ce que je ressens en tout cas. La révolution symbolique de la NPF est passé… Certes, institutionnellement (éditorialement), nous en sentons encore les à-coups, et il y a une grande partie du public qui en est encore à découvrir ses auteurs, mais artistiquement, je trouve qu’il n’y a pas encore de relève, aussi importante symboliquement et démographiquement (puisque c’est aussi bêtement une question démographique)… Nous sommes bien peu en 2016 … Même s’il y a des « jeunes » dont j’aime et dont j’ai envie de suivre le travail futur, comme Marie de Quatrebarbes, Amandine André, Emmanuel Reymond, Caroline Zekri (dans le Nioques 15), Elodie Petit, Justin Delareux, Noémie Lothe (dans le Nioques 15), le travail sonore/musical de Thomas Dejeammes, par exemple. Ce que je vois tout de même, c’est l’arrivée d’un certain paradigme « contemporain » dans les poésies expérimentales. Je dois cette sorte d’« analyse » (un peu sauvage) à Nathalie Heinich (dans Le paradigme de l’art contemporain, Gallimard, 2014) qui, elle, parle d’un paradigme « contemporain » dans le champ des arts plastiques, mais je pense que maintenant il commence à pointer son nez dans les pratiques d’écritures… Paradigme né certes à la faveur de la NPF mais qui re-questionne plus radicalement peut-être le rapport clé de la tradition avant-gardiste : la question art/non-art, dans un jeu constant de subversion de l’acte d’écriture au nom d’une dé-définition de cette acte d’écriture… C’est le sens du travail récent d’un Christophe Hanna, par exemple, qui m’influence beaucoup (même si je reste plus « moderne » que lui)… Mais on trouvait déjà des prémices de ce questionnement chez Vanina Maestri, Manuel Joseph, Jacques-Henri Michot, Nathalie Quintane, ou Jean-Michel Espitallier – tous ceux qui déjà travaillaient sur l’échantillon et dans une certaine envie de dépersonnaliser le sujet de l’écriture… On voit aussi ça dans le renouveau de la thématique du « ready-made » chez Gaëlle Théval, l’arrivée de ce concept de « factographies » créée par Marie-Jeanne Zenetti, comme dans le domaine du roman, la reconnaissance importante dont commence à jouir, chez le grand-public, l’œuvre de Annie Ernaux, ou dans le domaine poétique, l’œuvre de quelqu’un comme Jean-Marie Gleize, le fait (enfin) que le Pragmatisme philosophique (à travers les notions de « document » et d’« enquête ») se fasse de plus en plus commun dans les milieux expérimentaux (remplaçant peu ou prou le « deleuzisme » qui était à la mode à la fin des années 90)… Tout cela est le signe que ça théorise encore, même si par ailleurs nous sommes dans un « trou » qui a des allures de champ de mines … Même si, l’ultime limite (paradoxale) de l’incursion de ce paradigme « contemporain » dans le champ poétique reste le mur de l’« objet-livre » (dans l’art « contemporain », l’œuvre ne réside quasiment plus dans l’objet, alors que dans le cas de l’écriture, impossible de se départir du texte) et reste aussi le mur du « nom de l’auteur »… Tout cela mériterait sans doute d’être détaillé ou d’être, plus avant, analysé, je ne fais ici qu’un rapide état des lieux…

 

EJ : La question du politique présente ou non au sein des pratiques d’écritures, des ouvrages théoriques (vous évoquez J.-M. Gleize …), des lieux également où la poésie se rend visible, la question de l’engagement plus ou moins prégnante selon les périodes, pourrait-elle contribuer d’une façon ou d’une autre à combler cet écart (« trou ») que vous notez présent depuis la Nouvelle Poésie Française des années 1989-2004/2008 ?

 

SC : Vous avez raison de parler de la question de l’engagement… Puisque c’est bien de cela dont il s’agit. Je trouve que le « créer, c’est résister » de Deleuze a fait beaucoup de mal à l’engagement critique explicite. Car si toute œuvre est une résistance, alors pourquoi ne pas bénir directement le plus putassier des romans ou des positionnements artistiques, puisque à ce régime-là, on sera toujours (dans le) politique !? 90% de ce qui se publie sous le nom de poésie aujourd’hui n’a rien à voir avec une critique du monde explicite. Et, à cause de ce « trou », on ne peut plus se permettre de louvoyer avec le système. Il faut explicitement revendiquer nos valeurs. Prenons un poète comme Anne-James Chaton qui appartient de plein fouet au paradigme « contemporain » dont je parlais ci-dessus1 : effacement de la notion d’auteur, renoncement à l’expressivité, écriture qui n’aurait pu exister sans les logiciels de traitement de texte, prédominance du « conceptuel », eh bien je peux dire que c’est parce que son travail a fini par nier toute expression, qu’il peut aujourd’hui frayer, sans que ça lui pose de problèmes de conscience, avec le pire du capitalisme le plus outrancier représenté par LVMH, le « leader mondial des produits de luxe », faisant ainsi (je reprends la critique de Pierre Alféri) de la « poésie contemporaine » un produit de luxe pour dominants. L’assomption de sa « critique » des signes du capitalisme (dans les Evénements) dans un dispositif formel plastique a, avec le temps et la notoriété aidant, tout simplement produit un désengagement face à la question du réel : à force de critique « effacée » ou au « second degré », ne reste évidemment plus qu’un simulacre de critique. Je n’attaque évidemment pas le paradigme « contemporain » en tant que tel puisque je fais partie, par mes « outils », de ce paradigme-là, et qu’à l’inverse des poètes très « contemporains » comme Christophe Hanna, Manuel Joseph, Jacques-Henri Michot, Olivier Quintyn, Emmanuel Rabu, Stéphanie Eligert, Nathalie Quintane, Pierre Alféri, Stéphane Bérard, eux, sont explicitement politiques et n’ont pas peur de dire quelles sont leurs options. Disons que c’est le « formalisme », allié à la dissolution de toute expression et donc de toute sincérité, du paradigme « contemporain », qui est ici le problème : certains auteurs en viennent simplement à oublier qu’ils sont dans un « réel » qui demande in fine de prendre position, surtout si on vient des « marges » de ce réel comme Chaton. Quand je revendique la notion de « post-poésie » dans Consume Rouge, je revendique un expérimentalisme qui n’oublie pas l’expression et la mimesis (c’est ma différence avec la critériologie gleizienne, même si chez moi ça se joue avec les phrases, les propositions, les énoncés plagiés dans le texte des autres). Au moins, le paradigme « contemporain » a eu quelque chose de bon dans sa "volonté" de « dé-subjectivisation » : déplacer le regard des gens non plus seulement sur l’œuvre, mais sur la personne même de l’auteur, dans un genre de paradoxe dont est friand l’histoire de l’art, c’est maintenant l’attitude entière, complète, de l’artiste qui fait œuvre, et non plus uniquement et/ou intrinsèquement l’œuvre en elle-même. Dans un même geste, ça donne, au pire, le triomphe du « nom » de l’artiste sur son œuvre, et tout ce que le show-business médiatique peut impliquer : autour du « nom de l’auteur » comme « marque », mais, au mieux, ça nous permet de nous interroger sur une trajectoire et le positionnement conséquent ou non, « éthique » ou non, cohérent au regard de ce que nous dit l’œuvre ou non, de l’artiste…

 

EJ : Dans un texte intitulé « Actions politiques/actions littéraires »2, Christophe Hanna (se référant au livre de Jacques Sivan Le bazar de l’hôtel de ville, ed. Al Dante, 2006) affirme « Quand j’essaie d’imaginer un autre espace littéraire, qui ne serait plus un lieu replié sur ses valeurs esthétiques, capable d’assujettir toute forme de fonctionnalités qui lui seraient étrangères, me vient l’image d’un BHV textuel-politique, un endroit où de nouveaux objets verbaux seraient proposés à expérimenter pour changer nos façons d’être exposés ou disposés au pouvoir. » Dans quelle mesure vous rapprochez-vous de cette conception d’« un autre espace littéraire » ?

 

SC : 1. La « prophétie » de Christophe Hanna a bien eu lieu ou plutôt on est en plein dedans, du moins dans le versant « expérimentaliste » des poésies. Ça s’appelle le paradigme « contemporain ». Le « contemporain » a tellement joué avec les frontières (entre les différents genres de l’écrit et entre les différents arts) et les cadres d’appréhension & d’appréciation qui leur sont liés, dans une mixité et une dilution, dont, du reste, je me réclame, que je ne suis pas totalement d’accord pour abandonner in fine toute « valeur esthétique » comme le dit Hanna. Je vois bien ce qu’il met "dedans" : les valeurs esthétiques traditionnelles (« classiques » ou « modernes »). Si on prend aujourd’hui la globalité de ce qui se publie sous le nom de « poésie », ce qui est donc symboliquement dominant, il a absolument raison et il faut continuer à subvertir les cadres dominants (l’histoire de l’avant-garde est aussi l’histoire de cette dilution des catégories esthétiques, artistiques). Mon commentaire de cette citation, je ne l’oublie pas, est le commentaire de quelqu’un qui essaie de penser son travail comme en connexion constante avec tout ce qui n’est pas « poésie », ou tout ce qui n’est pas « littéraire », donc, d’entrée de jeu « hannaienne » si l’on veut… Je l’ai dit plus haut, une œuvre, une trajectoire, un positionnement, c’est, de toute façon, quoi qu’on y fasse, des « valeurs ». Esthétiques, artistiques, politiques, même quand on feint de s’en écarter ou de les mettre à distance. Et même un auteur qui se voudrait hors des valeurs les plus communément admises par tel ou tel groupe serait quand même un auteur qui, de fait, défend des valeurs minoritaires. Donc autant revendiquer à plein ce que sont les valeurs à défendre (je les récapitule) : l’autobiographie, le sample, le montage, le mix entre pratique et théorie, la visée mimétique, la sincérité, l’autonomie éthique via l’hétéronomie formelle, etc. C’est pour ça que je me bats. Une grande partie de ces valeurs sont tout à fait communes et même traditionnelles, mais c’est leur métissage qui rend problématique leur ancrage générique/génétique.

 

2. Dans la seconde partie de la citation on reconnait bien le tropisme « pragmatiste » de Hanna. Que je ne peux que faire mien (rires). Ce qui m’intéresse le plus dans la philosophie de l’art pragmatique, c’est l’« intégration du contexte » de production. En cela, ça rejoint mes recherches actuelles sociobiographiques sur le champ littéraire, la façon dont « se fabrique » un poète (en l’occurrence, puisque je suis autobiographe, moi-même)… Un poète, c’est certes un texte mais c’est également tout un ensemble de médiations matérielles (capital économique) comme symboliques (capital social, capital culturel) qui permette au texte non seulement d’être « écrit », mais d’être publié, puis d’être reconnu et enfin d’être reçu – cette réception engendrant une nouvelle façon d’écrire, etc. Il ne faut pas se mentir, le projet d’un auteur, comme de n’importe quel être humain, c’est d’abord de se faire « reconnaître », et « reconnaître » par le/les groupe/s auquel/s il veut appartenir : ici, dans mon cas, les autres poètes. Ensuite, dans un second temps (premier et second temps sont certainement enchâssés) de produire des objets « intéressants » en fonction de notre complexion, de nos valeurs, de nos possibilités (cognitives, matérielles, institutionnelles). En sachant tout de même qu’il y a autant de publics différents, en fonction de l’origine sociale et du diplôme, que de manières de trouver un texte « intéressant ». Et, même si j’en reste à ma seule expérience, qui est évidemment partiale et partielle, « intégrer le contexte » veut dire parler, du moins autant que faire se peut, de ce qui se passe derrière le rideau de la couverture d’un livre. Evidemment, le sujet est tellement complexe, que chez moi ça se fait de manière tout à fait hétérodoxe et pas très « sociologiquement correct ». C’est une sorte de justice : nous n’écrivons que ce qu’on est capable d’écrire, non ? Et faire un texte « intéressant » de mon point de vue, c’est se rebeller contre les normes communes, les catégories dominantes dans le champ littéraire en général. Se rebeller contre les valeurs dominantes, c’est « subvertir », tout en faisant en sorte que je sois conséquent avec ce que j’écris, que le texte dise, montre, la même chose que ce que je fais, que ce que je suis (le principe de sincérité est un principe d’identité, au double sens du terme). Ça nécessite une bonne dose d’indestructibilité contre l’implémentation de toutes ces logiques (hétéronomes) économiques et marchandes qu’on retrouve dans le champ littéraire comme dans le champ de la vie ordinaire. Ça nécessite une lutte constante, ça nécessite des principes et une position. Et je ne pose pas des questions de lecture, mais des questions de vie ou de mort sociale…

 

EJ : L’hétérogénéité dans la construction des textes et le montage restent des préoccupations centrales et structurantes dans votre travail. Comment situez-vous les écritures aujourd’hui au regard de cet axe ainsi défini ?

 

SC : Quelque chose qui n’en finit pas de m’étonner : c’est la minorité (voire la défection), dans le champ poétique "versant" expérimentaliste, et d’un point de vue institutionnel, des « écritures de montage » se revendiquant comme telles. Cette question du « montage » est revenue à la mode dans les années 90 ― avec non seulement la Revue de Littérature Générale (L’Art poétic’ de Cadiot est l’un des premiers livres de montage de la Nouvelle Poésie Française) mais aussi les travaux de M. Joseph, J-H Michot, C. Hanna, R. Federman, Thibaud Baldacci, C.Fiat, E. Sadin (qui avait théorisé brillamment tout cela dans Poésie_atomique, éc/artS, 2004), Olivier Quintyn, Jacques Sivan ― et j’ai appris à écrire, à « sampler » et à « monter » en lisant ces auteurs comme certains autres, Joseph Guglielmi et son génial La préparation des titres, Rolf Dieter Brinkmann avec son Rome, regards, Kathy Acker, Hubert Lucot, Terminal de Jean-Jacques Viton, les deux Roche (Denis et Maurice), Alain Jouffroy, le Biographies de Mathieu Bénézet, Liliane Giraudon, tous plus ou moins en connexion avec une pratique de montage et/ou de cadrage. C’était aussi le développement grand public de l’informatique, du traitement de texte, la question de l’hypertexte, l’étendue virtuelle et interactive du web, j’ai eu mon premier ordinateur personnel en 1999 et ça a eu un fort impact sur ma pratique (Action-Writing est né comme ça)… Ce qui ne cesse de m’étonner (donc) c’est pourquoi, malgré le développement domestique des logiciels de montage (son, vidéo, image) et leur utilisation de plus en plus facile, n’y a-t-il pas plus de poètes-monteurs – y compris dans la « jeune génération » ? Alors même que le roman a déjà une sorte de tradition avec le « roman postmoderne » américain apparu dans les années 1960 (c’est Malraux qui "inventa" l’expression « Littérature de Montage » dans les années 30, soit juste après qu‘ont paru les romans « montés » de Alfred Döblin ou de John Dos Passos). Aujourd’hui, en 2016, je serai bien embêté de vous dire quels sont les poètes qui travaillent sur cet axe, à part Emmanuel Rabu, Manuel Joseph, Patrick Beurard-Valdoye, Anne Kawala, Frédéric Léal, Frank Leibovici avec Portraits Chinois (qui date de 2007), un peu Nathalie Quintane avec Grand ensemble, un peu Frank Smith dans Surplis et quelques autres (la liste, à ma grande déconvenue, n’excèderait pas une dizaine/quinzaine d’auteurs). Quand je parle de « montage », ce n’est pas seulement la juxtaposition d’énoncés hétérogènes qui m’intéresse, car ça, c’est relativement "courant" dans nos esthétiques à la croisée du « moderne » et du « contemporain » (juxtaposition et énumération comme le montrait déjà Gertrude Stein sont les deux mamelles de l’esthétique « moderne »), c’est plutôt « l’impression », en regardant un texte, que le poète n’aurait pas pu se passer des logiciels informatiques pour produire son texte (ici le Part & de Kawala ou la deuxième partie de Dire ouf de Frédéric Forte serait un très bon exemple) ― évidemment, ça ne suffit pas à faire un « bon » texte, mais ça a au moins l’intérêt d’aguicher mon regard + de titiller mon intérêt ―, c’est quelque chose que j’ai toujours aimé trouver dans un livre : cet aspect visuel, qui aime faire exploser la page, pour autant qu’il ne soit pas un « formalisme » et que le contenu soit aussi intéressant que sa forme… Si ma question d’ensemble, celle qui est à l’œuvre depuis Still nox puis dans Consume Rouge puis (surtout) dans mon livre actuel3, est la capacité du texte à produire un discours le plus réaliste et mimétique possible (sincère, donc, et qui produit des « effets de vérité »), et que le « réel » reste bien un « impossible » à figurer (car trop « complexe » – et c’est à cause de cette « complexité »-là que je ne crois pas à la possibilité de la « fiction » pour le faire), c’est la multiplicité des formes qu’on peut « synthétiser » par « montage » amplifiée par la technique du « sample » qui structure "mon" « autre », qui peut le mieux, je le crois, parvenir à ce réalisme mimétique expressif. Quand on travaille comme moi sur un sujet aussi ambitieux que le « champ littéraire », comment se construit une trajectoire, pourquoi x est plus reconnu que y alors qu’ils sont de la même génération et chez le même éditeur, quels types de socialisation peuvent affecter une trajectoire, pourquoi et comment peut-on dire que certaines valeurs artistiques (littéraires) sont dominantes et d’autres pas, quelles sont les résistances qui s’opposent institutionnellement à ma (ou à certaines) pratique(s), etc., et qu’on essaie de lier toutes ces questions à des problèmes politiques, sociaux (autobiographiques et concrets) et littéraires/poétiques, pour communiquer une expérience, faire expérience (faire réel, être comme un moyen de connaissance), face aux lignes de puissances du champ social & dans le bruit incertain du réel, je n’ai pour ma part, trouvé que le montage pour combiner, assembler ensemble tout cela (questions, réponses / valeurs, positions). Il y a cette phrase de Bernard Heidsieck que je donnerai en temporaire conclusion : « nous sommes tous dans le même bain, quant à moi, voici ma thérapeutique, puisse-t-elle vous être de quelque usage » …

1 Paradigme « contemporain » dont on pourrait tout à fait aligner les critères, pour l’écriture, sur la définition que donne Jean-Marie Gleize de la « post-poésie » dans Sorties, p. 59-60.

2 in « Toi aussi, tu as des armes » poésie &politique, éditions La Fabrique, 2012.

3 Dont le titre sera : L’avant-garde, tête brûlée, pavillon noir… Que j’espère donner à Al Dante pour la fin de l’été 2016…

19 mai 2016

[Entretien] Entretien avec Jean-Philippe Cazier (Création et critique 2, par Emmanuèle Jawad)

Emmanuèle Jawad. Votre travail s’articule autour de différents pôles de création et critique. Sous l’angle de la création : Ce texte et autres textes (Al Dante, 2015) est précédé de divers ensembles, notamment Voix sans voix (Sils Maria, 2002), Ecrires précédé de Poémonder (Inventaire/Invention, 2004, réédité en 2009 aux éditions Publie.net), Le silence du monde (Publie.net 2009, transformé et publié en plusieurs fois dans Diacritik en 2016), C’est pourtant Joseph K. qui est là (Publie.net, 2009), Désert ce que tu murmures (La Cinquième Roue, 2006). Vous êtes également membre du comité de rédaction de la revue Chimères et votre travail critique après Médiapart se développe aujourd’hui dans le magazine numérique Diacritik. Dans cette activité dense, comment s’opère l’articulation entre ces différents domaines de travail ? Y a-t-il un axe que vous privilégiez ?

Jean-Philippe Cazier. Je ne sais pas s’il y a une articulation. Peut-être qu’il n’y en a pas ou qu’il y en a plusieurs qui ne se recoupent pas toujours. Pourquoi devrait-il y en avoir? Est-ce que le présupposé ici ne serait pas celui, métaphysique, de l’unité, de l’identité, du sujet ? Si je disais « voilà comment s’articulent ces différents moments et activités », je ferais semblant de savoir précisément comment advient ce que je fais, à tel moment et pourquoi. Il y a de la pensée consciente qui accompagne ce que nous faisons mais aussi de l’inconscient, des affects, des choses qui s’imposent à nous sans que l’on sache véritablement de quoi il s’agit. Il y a une impersonnalité de la vie, une dimension impersonnelle de nos vies qui les rend, justement, vivantes. Et cette vie impersonnelle, en tant que telle, est nécessairement plus large que le « je », et plus large que la langue, que les mots. S’il y a une articulation entre tout ce que vous citez, elle n’est pas toujours décidée rationnellement. Je fais ce que j’ai envie de faire, ce que j’ai besoin de faire à un certain moment et tout cela s’agence plus ou moins, se juxtapose ou coexiste sans que j’en voie toujours clairement le lien. Parfois un lien m’apparaît après-coup et parfois non – mais c’est peut-être parce que je ne me pose pas la question de manière systématique ni très précise. Tout ça existe dans le vague et l’obscur et j’essaie d’avancer avec cette obscurité plus ou moins dense.

Je pourrais aussi donner des indications biographiques mais qui ne permettraient pas de penser une cohérence et ne suffiraient pas à dire quelque chose d’intéressant du désir d’écrire et d’écrire de la poésie ou des textes de réflexion…

En fait, tout dépend de ce que l’on entend par « articulation ». S’il s’agit d’une cohérence prévue, construite selon une démarche rationnelle en vue d’une fin déterminée, alors ce n’est pas le cas. Pour reprendre une notion qu’emploie Frank Smith, je parlerais plutôt de co-errance, une errance commune où les choses s’agencent mais sans véritable unité, sans point de vue surplombant ni unificateur. Mes textes poétiques fonctionnent ainsi, ils agencent des fragments, des morceaux qui co-errent et ouvrent le texte plutôt qu’ils ne le ferment sur un sens, une intention, une unité. Mes différentes activités pourraient relever de la même logique d’un agencement d’un divers qui tend à demeurer divers, qui co-fonctionne. Moi-même j’ai l’impression d’être un agencement qui fonctionne comme il peut, avec ses dimensions co-errantes et évolutives, changeantes, vagues, floues. Même s’il y a aussi un moi social avec ses points fixes, ses formations plus rigides…

Si je résume, pour chercher des éléments de réponse à votre question, je pourrais dire que la logique serait celle de l’agencement, que l’articulation implique l’hétérogénéité, avec des parties qui se correspondent, qui résonnent entre elles, et d’autres non.

Il faudrait aussi évoquer le hasard des rencontres – rencontres avec des livres et des auteurs. A douze ans, treize ans, je lisais André Breton, Eluard, Prévert. Je n’y comprenais pas grand chose mais ça me fascinait, que ce langage existe me fascinait. Et Rimbaud, qui me fascinait encore plus. Je ne sais pas pourquoi j’ai reconnu immédiatement le langage de Rimbaud comme mon langage, pourquoi ce paysage m’a attiré, pourquoi je m’y suis installé pour y vivre. Le rapport n’était pas réfléchi, intellectualisé, mais de l’ordre de la fascination, de l’adhésion immédiate, de l’affect. En découvrant la possibilité de ce langage, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire, que je voulais écrire. Et je l’ai fait. Comme si être avec ce langage impliquait que j’écrive, impliquait la production d’une écriture. Une sorte d’injonction, d’évidence, de mouvement naturel.

Il y aurait aussi les rencontres avec les gens, et le hasard de ces rencontres. Lorsque j’ai découvert les livres de Gilles Deleuze, je lui ai envoyé certains de mes textes, de la poésie, et il les a transmis à Michel Butel qui en a publié un dans L’Autre Journal. Et Deleuze a fait la même chose avec Chimères. C’est comme ça que je suis arrivé à Chimères, que je ne connaissais pas, j’avais 22 ans. Ensuite, Danielle Sivadon m’a fait entrer au comité de rédaction de Chimères. Je ne me souviens plus comment j’ai rencontré Patrick Cahuzac qui dirigeait Inventaire/Invention, mais il m’a proposé de faire un livre qui est devenu Ecrires. C’est en parlant avec Frank Smith que j’ai évoqué le manuscrit de Ce texte et autres textes, comme ça, au fil d’une conversation informelle. Il m’a suggéré de l’envoyer chez Al Dante, ce que j’ai fait, et quelques jours après Laurent Cauwet m’a dit ok, je le prends. Ceci pour dire que c’est surtout le hasard qui a fait que j’ai rencontré telle personne, que je me suis retrouvé dans telle revue, en situation d’écrire ceci ou cela ou de publier tel livre. Comme les personnes sont diverses, je me retrouve à faire des choses elles-mêmes diverses. En un sens, c’est l’extérieur qui me conduit, le hasard qui existe dans le monde. On pourrait dire que la logique qui articule ce que je fais est une logique du hasard auquel je fais confiance.

Finalement, si la question de l’articulation ne se pose pas vraiment pour moi, c’est sans doute parce que j’ai un rapport assez innocent et immédiat à ce que je fais, un rapport un peu bête peut-être. Je ne me suis pas demandé si je pouvais ou devais écrire de la poésie, si je pouvais ou devais écrire des textes de réflexion. J’ai eu envie d’en écrire, la possibilité était là, une forme de nécessité aussi, alors je l’ai fait. A chaque fois, il y a eu un mouvement que je n’ai pas vraiment initié et je me suis inscrit dans ce mouvement, dans les possibles qu’il impliquait. C’est la même chose, aujourd’hui, avec Diacritik où j’ai suivi Christine Marcandier et Dominique Bry, que je connaissais de Médiapart – là encore une histoire de hasard, de rencontre et de confiance. Tout ceci relèverait peut-être d’une sorte de disponibilité au monde que les grecs appelaient Kairos : savoir s’inscrire dans les mouvements du monde, les suivre, savoir bifurquer, ce qui implique une disponibilité aux hasards du monde, de faire confiance au monde et à son obscurité. Les noms des personnes que je cite sont aussi les noms de bifurcations, de chemins sur lesquels je suis tombé un beau jour, et dans lesquels je me suis engagé, comme Alice et son lapin…

Il faudrait dire aussi que rencontrer des gens, ou des œuvres, c’est rencontrer des mondes : autrui en tant qu’autre monde possible, comme l’écrivait Deleuze. Je crois que c’est vrai. Derrière les noms que je cite, derrière ces activités diverses, il y a des mondes possibles, des points de vue sur le monde que je rencontre, qui pluralisent le monde et qui m’altèrent, me transforment. Je est un autre, comme disait l’autre. Ces rencontres que j’ai faites et que je fais – des rencontres avec des animaux aussi bien, et les voyages, le fait de vivre longtemps à l’étranger – n’ont cessé d’ouvrir des mondes possibles, d’ouvrir des mondes dans des dimensions et directions diverses, plus ou moins compossibles, dans lesquelles je me suis engouffré. Etre à Chimères ou à Diacritik est aussi une façon de provoquer des rencontres, d’entrer en rapport avec des points de vue hétérogènes, de multiplier les possibles du monde, de vouloir être en situation d’errance. La diversité que vous soulignez vient sans doute du fait que je suis entre plusieurs mondes possibles, donc que je suis plusieurs. On veut trop être quelqu’un, écrivait Michaux. Mais être quelqu’un n’est pas vraiment mon problème, et être écrivain n’est certainement pas être quelqu’un. Peut-être que mon problème n’est pas d’être quelqu’un mais de devenir quelque chose, plusieurs choses en même temps, qui ne se recoupent pas forcément.

On pourrait dire que mon monde est kaléidoscopique et que la logique sur laquelle vous m’interrogez est la logique d’un kaléidoscope. Je me définirais peut-être comme un kaléidoscope, de manière un peu schizophrène sans doute. Vous me questionnez sur l’articulation des différentes choses que je fais et je finis par vous répondre par une logique de la désarticulation, du divers, une logique des possibles incompossibles, du mouvement, de l’affect et de l’obscur. Je ne sais pas si on est bien avancés avec ça…

Quant à savoir s’il y a un domaine que je privilégie par rapport aux autres, la réponse est évidemment non.

Ce qui me plaît surtout dans ce que je vous dis là, c’est que j’y découvre quelque chose qui rejoint et définit ce que j’écris, en particulier les textes que l’on peut qualifier de poétiques qui obéissent à la même logique autant en ce qui concerne les occasions qui les ont suscités que dans leur logique interne. C’est surtout cette mise au clair qui m’intéresse…

 

Emmanuèle Jawad. Ce texte et autres textes (Al Dante, 2015) est un texte réflexif que l’on pourrait qualifier également sous certains aspects de texte gigogne à mouvement giratoire incluant de nombreuses références littéraires et artistiques (P. Reverdy, M. Duras, O. Mandelstam, Mallarmé, M. Rothko, Malevitch notamment). Dans cet espace réflexif et intertextuel, y aurait-il des liens à établir avec la dimension critique de votre travail ? Le texte de création serait-il un lieu permettant d’ouvrir des espaces critiques et de références ?

 

Jean-Philippe Cazier. Ce texte et autres textes est resté longtemps dans mes fichiers, personne n’en voulait et j’avais laissé tomber l’idée de le voir publié. Comme je l’ai dit, il a finalement été publié un peu par hasard, grâce à l’intérêt de Frank et à la confiance de Laurent Cauwet.

Ce livre se construit à partir d’une logique du divers et de la dispersion, et le titre pourrait être lu comme : ce texte est autres textes, ce texte est d’autres textes. Les références qui s’y trouvent l’inscrivent dans une certaine généalogie, également pour une sorte d’hommage, d’exercice d’admiration. Mais surtout ces références ont pour fonction de pluraliser l’écriture, d’ouvrir le livre et les textes, de faire du livre un espace multiple. Les noms de Duras, de Mandelstam, de Pollock, de ce point de vue, sont moins des références que l’occasion de brancher ce qui s’écrit sur d’autres mondes, de produire des relations qui font bifurquer l’écriture et l’entraînent où elle ne savait pas aller. Ceci est pour moi emblématique de l’écriture, c’est le mouvement de l’écriture : créer des mouvements à partir de l’autre, à partir d’un autre qui est altérant et entraîne dans l’inconnu et l’obscur. Pour cette raison, les références, explicites ou implicites, ne concernent pas que des écrivains mais aussi des peintres comme Pollock ou Hartung, ou des psychanalystes comme Freud ou Lacan. On pourrait dire que je me suis posé les questions : qu’est-ce que serait l’écriture si l’écriture était de la peinture, ou relevait d’une logique de l’Inconscient? qu’est-ce que serait ce texte si j’y introduisais Duras ou Reverdy ? qu’est-ce que serait l’écriture si j’en faisais une chose qui concerne les animaux ? Il ne s’agit pas de questions rhétoriques ou d’hypothèses abstraites. Je crois qu’effectivement l’écriture est de la peinture et de la musique, a à voir avec l’Inconscient, concerne directement les vies animales. Donc, dans le livre, j’ai multiplié les rencontres improbables, les relations a priori absurdes, les agencements incohérents. Pour la même raison, j’ai privilégié la répétition comme principe de composition et processus de production : les textes sont répétés et, à l’intérieur de chaque texte, des parties en sont également répétées. Mais la répétition n’est pas la reproduction du même puisque s’introduisent à chaque fois des déplacements, des altérations, des bifurcations. J’ai essayé de mettre en place un processus de variation par lequel le texte devient sans cesse autre chose, est un devenir qui implique l’autre et le mouvement, l’incohérence. D’ailleurs, pour pousser plus loin ce mouvement de répétition et de variation, j’ai par la suite repris la logique de ce livre que j’ai déplacée dans un autre texte mais qui est une fiction, pour composer une sorte de rencontre improbable, un agencement là encore entre hétérogènes. Le résultat est bizarre et, logiquement, aucun éditeur n’en a voulu…

Dans Ce texte et autres textes, ce sont la répétition et la variation qui engendrent le mouvement giratoire dont vous parlez, le mouvement lancinant qui devient plus important que la signification. Ce qui est apparu de manière plus claire pour moi que dans mes quelques livres précédents, c’est que le mouvement s’inscrit dans le texte comme sa limite constitutive : le langage tend vers une limite qui est un mouvement sans signification, mouvement qui constitue le texte lui-même, comme la limite ou l’autre du texte mais internes, dans le texte, constitutifs et producteurs du texte. Celui-ci n’est pas en relation avec autre chose que lui-même mais il devient cette relation à l’autre, indissociable d’un mouvement qui le détruit, l’abolit – l’idée d’une destruction immanente au texte, d’un écroulement du texte sur lui-même étant un des thèmes récurrents de ce livre.

Du coup, bien sûr, je trouve des résonances avec un livre récent d’Amandine André, intitulé justement De la destruction, qui pour son compte et selon ses moyens propres invente quelque chose qui rejoint cette logique et insiste sur l’importance du mouvement, sur la relation interne de l’écriture avec des mouvements asignifiants qui, chez Amandine, sont du corps, d’une dynamique désarticulante du corps. Ce qui est commun à nos deux livres est une tension de la langue vers la musique et le rythme comme surgissement et insistance de l’asignifiant, du bruit, du mouvement – surgissement et conservation que le texte produit lui-même. Produire du bruit, des mouvements sans signification, de l’incohérence, produire une vie de cette incohérence, c’est une drôle d’idée pour un texte, pour du langage – mais c’est, aujourd’hui, une idée qui me paraît intéressante pour la poésie, une idée de ce qu’elle pourrait être. Je pourrais aussi citer les textes d’A.C. Hello et les lectures étranges qu’elle en fait, lectures ou performances dont on voit bien qu’elles sont le surgissement d’un bruit, d’un chaos, l’événement d’une espèce d’animal qui dit le texte dans son langage animal, intensif, qui ne peut l’articuler qu’à la limite de la désarticulation, sur la limite de l’écrit et du cri. Et c’est déjà ce mouvement qui est présent dans ses textes eux-mêmes. Il y aurait d’autres auteurs encore à évoquer, mais ce serait peut-être un peu long…

En tout cas, je peux dire que c’est ce que je retiens d’abord de ce que vous évoquez lorsque vous qualifiez ce texte de « réflexif » : un texte qui revient sur lui-même mais pour s’ouvrir, se reprendre et devenir autre. J’ai essayé, par ce mouvement de retour et de reprise, d’altérer le texte plutôt que de le refermer sur lui-même puisque ce qui m’intéresse, c’est de produire des textes ouverts, en déséquilibre, qui existent selon une errance, une ignorance d’eux-mêmes, une obscurité qui est le contraire de l’hermétisme ou du texte savant. Il y a des poètes qui écrivent des textes poétiques supposés dire ce qu’est la poésie, ce qu’est ceci ou cela, ce qui donne le plus souvent des choses très plates, banales, assez chiantes en fait. Il me semble plus intéressant non de dire ce qu’est ou serait la poésie, mais de le faire : produire le mouvement plutôt que dire le mouvement, produire la poésie plutôt que dire la poésie.

Ceci rejoint une autre signification possible de votre question : est-ce que Ce texte et autres textes n’est pas aussi de la réflexion sur la poésie, en particulier par la mobilisation de telle ou telle référence ? Je ne pense pas. Ou alors tout dépend de ce que l’on entend par là. Il ne s’agit pas de tenir un discours sur la poésie, discours qui aurait une forme poétique mais dont le propos serait de fournir une sorte d’analyse ou de théorie de la poésie ou d’autre chose. Je ne pense pas que l’écriture poétique doive ou puisse être un prétexte pour autre chose qu’elle-même. S’il y a ces références, comme je l’ai dit, leur fonction est surtout d’ouvrir le texte, de le faire bifurquer. Evidemment, je n’ai pas choisi n’importe quels auteurs mais certains parmi ceux qui, pour plusieurs raisons, m’intéressent. Duras ou Mandelstam me plaisent, entre autres choses, car ce sont des auteurs qui écrivent sans graisse, comme du Bouchet ou Deleuze. Il s’agit d’être au plus près du mot, du rythme, de l’image, et de ce qui en même temps leur échappe et les déplace ailleurs. C’est une façon de dire que l’important est le texte, ce qu’il implique, son cadre et son propre dehors. Ces auteurs illustrent, pour moi, moins une certaine idée de la littérature qu’une certaine passion de la littérature. Je constate aussi que les auteurs ou artistes que j’utilise dans ce livre ont interrogé de manière radicale leur pratique : ce qu’ils font est pour eux inséparable d’une destruction et recréation incessantes du fondement même de ce qu’ils font. On voit bien ça chez Freud, Pollock, Lacan, Duras, etc. Même Reverdy, qu’on a un peu oublié, réfléchit à une conception radicale de l’image. Tout ceci pour dire que leurs œuvres respectives sont indissociables d’une insécurité, d’un risque toujours repris et approfondi qui est le risque du mouvement, de l’absence de sol stable. Les œuvres qui en résultent sont comme des monuments de ce mouvement, de cette instabilité, qui sont selon moi inhérents à l’écriture. Donc, oui, on pourrait dire que toutes ces œuvres sont emblématiques de ce qui m’attire dans la création. Mais ce n’est pas la même chose que de vouloir prendre la poésie comme prétexte pour écrire une thèse avec des notes de bas de page.

Ceci dit, je crois que la poésie parle d’elle-même, qu’elle est un discours sur elle-même – même si le terme de « discours » ici ne convient pas tout à fait. Un tableau, par exemple, dit ce qu’il est, montre ce qu’il est, et il le montre en tant que tableau, en lui-même, par les moyens de la peinture. Un livre de philosophie traite de telle ou telle chose mais dit en même temps ce qu’il est en tant que livre de philosophie, ce qu’est la philosophie telle qu’elle existe dans ce livre. Mais ce qu’il dit de lui-même, il ne le dit pas à partir d’un point de vue extérieur, il le dit de manière inhérente, immanente. La poésie dit ce qu’elle est mais elle le dit par la production effective du texte, du mouvement qui est le texte. Pour le dire autrement : le discours dont je parle, ce discours muet, est indissociable d’une performance, d’une auto-performance. Chaque texte poétique performe la poésie, se performe lui-même, performe la poésie qu’il est. C’est ce processus qui traverse Ce texte et autres textes : chaque texte est sa propre performance, dans le sens anglais du terme, to perform, comme le performatif chez Austin. Je crois qu’il y a dans cette logique une forme d’immanence matérialiste radicale. On peut alors dire que mon livre est aussi son propre objet, non dans le sens où il énoncerait sa propre théorie – quoique pourquoi pas ? –, et en tout cas pas dans le sens où il produirait une analyse critique de la littérature, de la poésie, ou des auteurs et artistes qu’il convoque. C’est un livre qui se performe lui-même et qui performe la poésie. C’est ce que je pense avoir essayé de faire : un livre au plus près de ce que je crois être la poésie, de ce qu’implique l’expérience de l’écriture poétique, ses dynamismes et processus, son errance fondamentale. J’ai essayé de ne pas parler sur la poésie mais de m’y enfoncer, m’y égarer autant que possible, concentré sur l’existence de ce mouvement, sur sa production, sa durée à travers tout le livre. Un de mes amis, le sculpteur Stéphane Gantelet, m’a dit qu’il avait aimé le livre car il y était complètement perdu. Je crois que c’est ce que l’on peut en dire de plus juste…

 

Emmanuèle Jawad. A partir de là, quels liens établiriez-vous entre le langage poétique et le langage théorique ? Quelles combinaisons possibles entre le poète et le critique ?

 

Jean-Philippe Cazier. J’insisterai sur le fait que la critique est de la création, c’est-à-dire qu’elle ne parle pas de ce qui lui serait extérieur pour en énoncer le sens ou émettre un jugement. La critique crée autant que la poésie ou la peinture, en tout cas c’est ainsi que je la comprends et qu’elle m’intéresse. Ce qui veut dire qu’elle a ses propres outils, qui ne sont pas ceux de la poésie. Par critique j’entends critique littéraire mais aussi critique dans le sens de pensée critique, philosophie critique, car dans ce que j’essaie de faire, les deux vont ensemble. Je retiens de ce que font Blanchot ou Deleuze que le discours critique n’est pas un discours surplombant, certainement pas un discours qui juge : c’est un discours qui se construit avec la littérature, avec cet autre qu’est l’écriture. La philosophie n’a pas à dire ce qu’est la poésie, ni à en livrer le sens : elle peut, et en un sens doit, travailler avec elle, produire des agencements, mais elle ne peut pas parler à la place de la poésie ni se confondre avec elle. L’inverse est également valable. Si la poésie peut avoir quelque chose à faire avec la philosophie, l’idée qu’elle pourrait lui être identique ne tient pas. Les deux sont deux hétérogènes qui peuvent s’agencer, et dans cet agencement les frontières et limites entre les deux ne peuvent que se transformer, devenir poreuses, flottantes, mais pas disparaître. Derrida a travaillé de manière importante sur ces questions, et Deleuze aussi, en particulier dans Qu’est-ce que la philosophie ?, écrit avec Guattari. Et ce qui se rejoint dans ce que Derrida et Deleuze en disent, et qui est en même temps différent, est que la littérature est une puissance de bifurcation pour la philosophie et, même s’ils théorisent beaucoup moins cet autre aspect, je crois que la philosophie est aussi une puissance de bifurcation pour la poésie.

Ce que je peux dire donc, sur cette question du rapport entre poésie et critique, c’est qu’il n’y pas d’identification possible de l’une avec l’autre mais qu’il y a des rapports possibles, agencements, des possibilités de co-errance pour reprendre ce terme, ou pour le dire avec Deleuze : des devenirs.

Il me semble alors que j’essaie de créer des agencements entre poésie et philosophie. Je ne suis pas du tout un critique littéraire, si on entend par là quelqu’un qui rend compte des parutions, qui émet un avis sur les livres, etc. Faire de la critique, pour moi, est d’abord un exercice de pensée, la rencontre d’un livre, d’une œuvre étant l’occasion, là encore, de bifurcations, d’une rencontre véritable. Il s’agit, à mon niveau, de suivre des lignes, de voir où elles conduisent, ce qu’elles dessinent, permettent de reconfigurer et d’inventer, et pas du tout de juger ou de favoriser la logique marchande, libérale, du livre et de l’édition. La critique est davantage un exercice de cartographie qu’une herméneutique ou une espèce de tribunal, et surtout pas une agence de pub. C’est à cette condition, je crois, qu’elle est créatrice : elle crée à partir de rencontres et crée elle-même des rencontres, des déplacements, des dérives de la pensée puisque les cartes qu’elle trace sont les cartes de dérives, d’errances, les tracés d’un égarement. Et il en est de même pour la poésie, l’écriture poétique. Comme il en est de même dans les rapports possibles de la poésie à la philosophie : celle-ci ne dit pas à la poésie ce qu’elle est ou devrait être, elle n’en révèle ni le sens ni la finalité mais elle permet des rencontres nouvelles.

Ce serait donc un point sur lequel, selon moi, la critique et la poésie peuvent se croiser et s’agencer. Pour mieux me faire comprendre, il faudrait peut-être poser la question de la finalité de tout cela. Je crois que la poésie, la philosophie, créent des mondes, ouvrent le monde, en déplient la multiplicité, créent cette multiplicité, créent sans cesse des points de vue pour multiplier le monde et les possibilités d’existence du monde et dans le monde. La notion de vérité ne m’intéresse pas beaucoup, ce qui m’intéresse, c’est la création et le multiple, le dépliement chaotique, pluriel et imprévisible, de la pensée et du monde. Pour moi, un texte m’intéresse moins par ses significations que par le monde qu’il construit et par les possibles du monde qu’il fait advenir et exister. Et les textes qui m’attirent le plus sont peut-être ceux où je repère le plus clairement ce processus, ce rapport du texte à lui-même et au monde. Lorsque je dis qu’un texte est en un sens son propre objet, je ne veux pas dire qu’il se referme sur lui-même, dans une espèce d’enfermement dans la langue, puisque au contraire le texte est en lui-même ouverture sur le monde, agencement avec le monde et par lequel le monde varie comme, en même temps, le texte varie en fonction de ses rapports au monde, ses rapports au chaos du monde. Le texte chaotise le monde et réciproquement. Et la poésie chaotise la philosophie et inversement. C’est de cette façon, à peu près, que je peux définir les rapports entre la poésie et la critique tels que je les comprends et que j’essaie de les expérimenter. On retrouverait ici votre première question sur l’articulation de ce que je fais, et cette articulation générale se situerait peut-être à ce niveau : construire un chaos du monde à partir d’un rapport entre poésie et philosophie. C’est aussi pour cette raison qu’il y a de la philosophie dans mes textes poétiques et que la critique telle que je la conçois implique un rapport entre littérature et philosophie. Mon premier livre, Voix sans voix, qui est un texte poétique, a d’ailleurs été publié chez Sils Maria, qui est une maison d’édition qui publie de la philosophie. Au fond, peut-être que ce qui m’intéresse ce n’est pas d’être poète ou philosophe, et sans doute que je ne suis ni l’un ni l’autre : j’essaie d’exister entre les deux, là où les deux s’agencent, dans une sorte de zone hybride un peu monstrueuse.

 

Emmanuèle Jawad. Dans ce rapport du texte avec le monde, vos affinités avec un texte qui construise le monde  et qui vous intéresse «  par les possibles du monde qu’il fait advenir et exister », y a-t-il une place faite à une forme d’engagement que l’on retrouverait à la fois dans le texte de création et la critique ? Pour le dire autrement, la pratique de l’écriture et le travail critique défendent-ils quelque chose ? Auraient-ils en commun une forme d’engagement, d’ordre esthétique, intellectuel, politique, etc.?

 

Jean-Philippe Cazier. Plutôt que d’engagement, je préfèrerais parler d’affirmation. La notion d’engagement, en raison de son contenu historique et de ses implications logiques, ne paraît plus pertinente, en tout cas si on la rattache à l’engagement des intellectuels tel que Sartre l’entendait. La critique de cette position a été faite, par exemple, par Foucault, je crois que ce n’est pas la peine d’y revenir. On a compris que l’idée selon laquelle l’intellectuel devrait s’engager relève, d’une part, d’une sorte de mauvaise conscience qui m’est un peu étrangère, d’autre part de présupposés qui renvoient à la vieille idée de l’intellectuel qui éclaire le peuple, de la raison qui guide l’ignorant et l’écervelé – tout ceci étant politiquement et philosophiquement très douteux. Ce qui m’intéresse dans l’engagement, c’est lorsqu’il implique une affirmation du monde, c’est-à-dire une bifurcation du monde, d’autres possibles encore incalculables du monde. Lorsque j’écris une critique sur le dernier livre de Rada Iveković, c’est évidemment un choix politique, c’est en un certain sens un engagement : les migrants font irruption dans le monde et l’entraînent dans leur sillage, mettant au jour la pourriture de la politique européenne et déplaçant l’Europe vers un autre visage d’elle-même qu’elle pourrait être. Mais c’est la même chose lorsque j’écris une critique sur Safe, une fiction de Lucie Taieb : surgit dans la pensée et dans le monde une logique du rêve qui les redistribue complètement, avec les implications éthiques et politiques de cette redistribution. Avec Liliane Giraudon, Amandine André et Frank Smith, nous avons écrit un texte dont le titre est « C’est comme une guerre », qui a d’abord été publié dans la presse puis repris par Alain Jugnon dans un livre collectif intitulé Redrum. C’est un texte que nous avons écrit il y a deux ou trois ans, au moment où tous les réactionnaires s’en donnaient à cœur joie contre l’égalité des droits, contre l’avortement, contre les gender studies, contre la possibilité de sexualités non assignées, etc. Cette situation, la jouissance que ces connards éprouvaient à s’exhiber partout, nous étaient insupportables. Nous n’avons pas fait un texte pour démonter leurs propos, ce qui est somme toute très facile, nous avons écrit un texte affirmatif : nous affirmons nos corps, nous affirmons les sexualités, nous affirmons nos propres jouissances et nos propres désirs, nous affirmons les mille sexes et les mille bouches de chaque femme et de chaque homme. C’est-à-dire : nous affirmons le monde et la vie du monde, les différences immanentes du monde, les innombrables bifurcations qui le constituent et toutes celles qui peuvent advenir. Faire ça, c’est faire de la politique. Deleuze appelait de nouvelles façons de croire au monde, c’est-à-dire de nouvelles façons d’affirmer le monde, de dire oui à l’hétérogenèse infinie qu’il implique. C’est ce mouvement affirmatif, politique, que l’on trouve de manière très évidente chez un écrivain comme Alban Lefranc. Ou bien, de différentes manières, chez Oliver Rohe ou Mathieu Larnaudie, ou Arno Bertina. Chez Claro, cette affirmation est le centre de ses livres, leur sujet même. Ce sont des auteurs au sujet desquels j’écris quasi systématiquement. C’est aussi quelque chose comme ça que l’on retrouve avec Nuit Debout, l’affirmation d’une nouvelle forme de communauté, d’une nouvelle façon de produire du commun par l’agencement d’une foule qui n’a rien de commun, d’une nouvelle façon d’investir l’espace de la ville, de faire de la politique ici et maintenant, de produire du discours, une nouvelle façon de ne pas réclamer le pouvoir et de ne pas se compromettre avec l’Etat ou les syndicats ou les partis. Une nouvelle façon de ne pas s’opposer mais de faire advenir la vie. C’est cette dimension qui m’intéresse dans le politique et qui appelle une forme d’engagement qui n’est pas du tout le seul fait de l’intellectuel ou de l’esprit éclairé.

Si je reviens à votre question, ce qui me dérange aussi avec l’idée habituelle de l’engagement de l’écrivain, c’est qu’il s’agit justement de l’engagement de l’écrivain et pas d’un engagement de l’écriture. Dans ce cas, c’est la personne de l’écrivain qui s’engage et l’écriture n’est qu’un moyen de cet engagement : la dimension politique, ici, est ajoutée de l’extérieur à l’écriture et ne lui appartient pas en propre. L’écrivain engagé pourrait écrire des livres de cuisine, ce serait pareil.

Or, il me semble que l’écriture est en elle-même politique. D’abord dans le sens où elle ne peut être qu’un agencement avec des minorités, avec du mineur, ce que Deleuze et Guattari ont théorisé dans leur livre sur Kafka. Ils ont fait de Kafka un écrivain politique et pas tellement car il aurait dénoncé à l’avance les institutions staliniennes mais dans le sens où son écriture est un agencement avec ce qui ne correspond pas à la majorité, à un modèle établi, fixe, dominant. Kafka écrit avec des animaux, avec des souris, avec une taupe, avec des puissances inaperçues du corps, avec des minorités linguistiques qui font fuir le monde, ses significations, sa logique et en affirment d’autres possibles. Ce n’est pas non plus un hasard si ces minorités sont socialement et institutionnellement dominées, soumises à de la violence : violence totale contre les vies animales, violence contre tel groupe culturel ou « ethnique », etc. On peut constater la même logique chez un écrivain tout aussi incroyable que Kafka et qui est Jean Genet, lorsqu’il écrit avec les Palestiniens, avec les Black Panthers, avec les voleurs et les putes, avec leur monde, leur logique, leur langage. Il ne se contente pas de dire : « les Palestiniens sont opprimés par l’Etat israélien », ce qu’ils sont effectivement, mais il va chercher avec eux une autre logique des corps, une autre logique du rêve, de la langue, du désir, une autre logique du monde qui le fait fuir de tous côtés et en fait naître une autre carte. Son écriture devient en elle-même ce rapport, inséparable de ce que Deleuze nomme un devenir-révolutionnaire par lequel le monde s’affecte d’un automouvement qui le déplace irrémédiablement. Pour moi, c’est le mouvement le plus radical et le plus beau de l’art, qui affecte le plus fortement, qui tétanise et exalte en même temps, et qui à chaque fois m’émeut profondément. Pour donner un dernier exemple, on voit bien comment tout ceci constitue un livre particulièrement beau comme Katrina de Frank Smith, avec les Indiens de Louisiane, leur parler franco-anglais qui fait fuir le modèle majoritaire du français et de l’anglais, leur rapport au capitalisme qui les détruit, leur rapport aux forces de la nature, au temps, à l’histoire. Tout fout le camp dans ce livre et invente de nouvelles directions de tout. Je pourrais aussi parler du rapport à l’Afrique chez Arno Bertina, de ce qu’il fait avec un passager des frontières comme Johnny Cash, ou de la logique de la rencontre et du choc chez Claro. Ou encore de l’instabilité et des devenirs chez Liliane Giraudon et son écriture si particulière, du rapport de cette écriture à ce qu’il y a de mineur dans le corps des femmes, etc. Ce sont des choses qui m’intéressent beaucoup. Ce qu’il y a de commun à tous ces exemples, à tous ces écrivains, c’est que l’on retrouve dans ce qu’ils font ce qu’est selon moi l’écriture en elle-même, la poésie en elle-même et qui bien sûr ne renvoie pas à un genre littéraire. L’écriture y est pratiquée comme un agencement avec le monde et avec ce qui, dans le monde, le déterritorialise, permet d’affirmer sa puissance de bifurcation, sa puissance d’invention, qui se traduit bien sûr dans le traitement même de la langue, dans ses résonances dans la pensée. Encore une fois, je n’invente rien en disant cela, Deleuze et Guattari l’ont parfaitement dit à travers leur concept de « littérature mineure ». Et de fait, si l’écriture n’est pas mineure, si elle ne recherche pas des alliances avec les animaux, avec ce qui échappe au majoritaire, si elle n’est pas en ce sens politique, je ne vois pas bien quel en serait l’intérêt.

Je crois que l’on arrive alors à un deuxième sens dans lequel l’écriture est en elle-même politique. Elle l’est en tant que négation de tout modèle, de tout fondement donné, de tout sol fixe. Elle l’est en affirmant l’incohérence, la déterritorialisation sans fin. Elle l’est comme affirmation pure de l’autre. Jean-Luc Nancy rapproche l’écriture du cri, l’écrit et le cri. Je crois que c’est vrai, qu’il n’y a pas d’écriture si l’écrit n’est pas un cri, ce qui veut dire : si l’écrit n’est pas pris dans un devenir avec ce qui le détruit, l’inarticulé et le silence, avec d’autres zones de la langue et de ce qui peut l’habiter d’étrange et de non identifié. Comme je l’ai indiqué auparavant, ce rapport est l’objet de ce que fait A.C. Hello dans ses performances, mais déjà dans un livre comme Naissance de la gueule où il y a un rapport singulier à l’animal – puisque la gueule c’est la bouche envahie par l’animal –, où il y a des brouillages incessants de la langue et du monde, des territoires du rêve et du réel, des devenirs sans cesse repris du corps et de la pensée. Il me semble que c’est quelque chose comme ça que Derrida a repéré lorsqu’il définit l’écriture par la différance ou la dissémination, et que Deleuze et Guattari ont transformé dans le concept de « littérature mineure ». Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ne définissent pas l’écriture ainsi sans montrer en quoi ce mouvement qu’est l’écriture implique en lui-même un mouvement du monde et de la pensée. L’écriture en elle-même est rapportée à autre chose qu’elle-même qui participe de ce qu’elle est, qui agit sur elle comme elle agit sur lui. Un rapport radical à l’autre dans lequel l’autre est le centre. Bien sûr, cette puissance chaotique de l’écriture ne va pas sans création mais une création en déséquilibre, toujours ouverte sur un ailleurs et autrement. L’écriture ne produit pas d’ordre, une réconciliation apaisée des choses, une sérénité de l’esprit, mais toujours elle chaotise. L’écriture est par définition non réconciliée et résistance. Ce serait aussi en ce sens qu’elle est radicalement politique, politique et donc éthique, impliquant une forme de délire qui accompagne toute politique. Et l’on pourrait dire que c’est précisément ici que l’écriture croise la critique comme déstabilisation de l’établi, comme mise en crise, qu’elle rejoint le processus de la critique pris en lui-même, à la racine, lorsque la critique devient cri et donc écriture, pour reprendre là encore une série suggérée par Jean-Luc Nancy.

Tout ce que je raconte là ne vaut, évidemment, qu’à condition de redéfinir le politique. Mais ce sera pour une autre fois…

14 février 2016

[News] News du dimanche

Après la disparition de Pierre Bourdieu en 2002, Annie Ernaux a écrit un magnifique texte, "Le Chagrin" : c’est ce que ressentent tous ceux qui ont connu Jacques SIVAN, autour de Libr-critique et ailleurs… Aussi commencera-t-on ces NEWS par un Hommage au poète de l’espace motléculaire (1955-2016). Suivront des Libr-brèves diverses : "St ValentinTM" de CUHEL ; abécédaires sur Diacritik ; festival Poés’arts ; RV avec la revue M U S C L E et avec Anne-James Chaton.

 

Hommage à Jacques SIVAN (1955-2016)

Portrait de Jacques SIVAN par Philippe Boisnard ("Time of poetry", 2012)

Côté revues, après avoir participé à TXT, Jacques Sivan a fondé Java avec Jean-Michel Espitallier.

Côté éditeurs, de l’Atelier de l’Agneau au Dernier Télégramme, en passant par Cadex, Trame Ouest, Derrière la salle de bains, Voix, ou encore Les Presses du réel. Mais surtout : Al dante.

Libr-critique a publié et chroniqué bon nombre de ses créations, parmi lesquelles : Mar / cel Duchamp en 2 temps 1 mouvement (Les Presses du réel, 2006) ; Le Bazar de l’Hôtel de ville (Al dante, 2006) ; écoutons "JAVA is not dead" (2007) ; Dernier télégramme d’Al Jack (2008) ; Similijake (Al dante, 2008) ; Pendant Smara suivi de Pissarro & C° (Al dante, 2015)…

L’entretien qu’il a donné courageusement à Emmanuèle Jawad en novembre dernier est à relire comme l’ultime retour sur une œuvre marquante : "L’espace motléculaire".

NON, Jacques SIVAN is not dead.

Libr-brèves

â–º  Dans ce TPP (Texte de Poésie Pratique) que constitue "St ValentinTM",  CUHEL et son Service World Image Nihil Gate (SWING) fêtent à leur façon la fête-des-amoureux / fête-à-neuneux.

â–º Sur Diacritik, on ne manquera ni l’Abécédaire de Liliane GIRAUDON ni ceux de Véronique BERGEN et de Patrick VARETZ.

â–º Poés’arts, festival de poésie et d’art contemporains, du 4 au 6 mars 2016 à l’abbaye de Baume-les-Dames.

La table-ronde, les lectures et les entretiens se dérouleront dans l’Abbaye de Baume-les-Dames.
Durée de chaque lecture : 30 à 40 minutes.
Les ateliers créatifs réunissant artistes et poètes se tiendront au sein même de l’atelier d’Æncrages & Co.
Entrée libre et gratuite à l’ensemble de la manifestation.

VENDREDI 4 mars

☞ 18h Lecture de Philippe Claudel

SAMEDI 5 MARS

☞ 10h30 Table Ronde : Les voix de la poésie. Avec la participation de Roland Chopard (éditeur), Claude-Louis Combet (poète), Jacques Moulin et Elodie Bouygues (animateurs des Poètes du Jeudi), Geneviève Peigné & Jean-François Seron (organisateurs de Samedi poésies dimanche aussi), Françoise Ascal (poète), Sabine Huynh (poète, traductrice), Manuel Daull (libraire, poète).

☞ 14h Entretien avec Michel Butor par Roland Chopard et Elodie Bouygues.

☞ 15h Signature du livre d’artiste de Michel Butor et Martine Jacquemet.

☞ 16h Lecture de Françoise Ascal

☞ 17h Lecture croisée de Déborah Heissler et Sabine Huynh (accompagnées au violon d’Agathe Lorcat)

☞ 18h Vernissage des expositions des artistes Jean-Michel Marchetti, Jean-Claude. Terrier, Aaron Clarke et Philippe Agostini

DIMANCHE 6 MARS

☞ 10h30 Ateliers de création avec les artistes présents dans l’atelier

☞ 14h Performance Michel Butor / Jean-Michel Marchetti / Olivier Toulemonde

☞ 16h Lecture de Jacques Moulin.

â–º Dimanche 21 février 2016, 17H-20H, à l’occasion de la parution du n° 8, présentation de la revue M U S C L E, par Arno Calleja et Laura Vazquez.

Lectures de Christophe Manon, Yuhang Li & Mathieu Brosseau.

M U S C L E est une feuille de papier pliée 4 fois qui fait 42 centimètres de long et 16 centimètres de haut. Tous les 2 mois, sur la feuille qui est la revue M U S C L E, il y a 2 textes, il y a 2 auteurs.

M U S C L E est une couleur qui change à chaque numéro, avec de l’écriture posée dessus à chaque fois. M U S C L E est composée, pliée et éditée par Laura Vazquez et Arno Calleja. 

â–º Mardi 23 février 2016 à 19H, Le Monte-en-l’air, rencontre avec Anne-James Chaton pour son dernier livre, Elle regarde passer les gens (Verticales).

« Elle reproche aux habitants de l’immeuble de l’espionner. Elle révèle des matières. Elle fait surgir des formes. Elle façonne des idées. Elle se fait tout voler. […] Elle doit fuir. Elle retournera à Paris. Elle y a des amis. Elle part pour la Suisse. Elle est arrêtée à la frontière. Elle n’a pas de papiers. […] Elle est de retour à New York. Elle danse. Elle parle. Elle choque. Elle a dû écourter son programme. Elle fait le bilan. Elle a perdu beaucoup d’argent. […] Elle soupçonne quelque chose. Elle ne lui fait pas confiance. Elle se méfie de cette Mary. Elle tourne autour de John. Elle lui plaît. Elle n’est pas la seule. »

Derrière ce «Elle» à identités multiples se cachent treize destins de femmes ayant marqué l’imaginaire du XXe siècle. Les vies de ces célébrités anonymes, saisies au plus près de leur quotidien, se chevauchent en une biographie sans temps mort qui réinvente l’épopée de notre modernité.

21 juin 2015

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche d’été, une musique libr&critique : une UNE offensive (dessin de J. HEIRMAN / texte de F. Thumerel) ; un livre en UNE qui donne également à réfléchir (Thinez, Dictionnaire de trois fois rien) ; des Libr-brèves qui vous donnent RV chez Al dante et qui vous invitent à ouvrir vos écoutilles…

UNE /Joël HEIRMAN & Fabrice THUMEREL/

C’est avec plaisir que nous retrouvons dans cette UNE le caricaturiste Joël HEIRMAN, qui a fait son chemin.

Tandis que celui qui a rebaptisé son parti "Les Républicains" joue les pêcheurs d’eau trouble – technicien des égouts politicomerdiatiques -, dans les coulisses de la scène internationale s’activent les lobbies ultralibéraux pour faire aboutir deux traités qui solderont ce qui reste de démocratie dans la bonne vieille Europe : celui avec le Canada (CETA) et avec les États-Unis (traité transatlantique : TTIP). Rien d’étonnant, donc, à ce qu’en France l’on assiste à l’américanisation du champ politique : les "Républicains" sont bel et bien là, mais que restera-t-il des démocrates et de la démocratie lorsque les intérêts privés prendront le dessus sur les états comme sur les droits des citoyens ? Sont-ils "républicains" ceux qui s’apprêtent à livrer la France et l’Europe tout entière aux intérêts privés des multinationales ?

Voulons-nous perdre nos AOC pour des hormones et des OGM ? Voulons-nous la privatisation de tous les secteurs de la vie sociale, y compris celui d’une justice qui pourrait désormais permettre aux entreprises d’attaquer les états si leurs profits sont en jeu ? Voulons-nous que toutes nos décisions en matière de questions sociales, de droit du travail ou de réglementation sanitaires soient subordonnées à un organisme supranational qui ne représenterait que les intérêts privés ?
On ne s’y trompera pas : cette dictature ultralibérale en marche est beaucoup plus dangereuse que l’"invasion-immigration".
Si vous ne voulez pas vivre dans une Europe made in USA qui attente à vos libertés comme à votre santé, réfléchissez et agissez avec Pour écrire la liberté.

 

 Livre à la UNE /FT/

Marc-Émile Thinez, Dictionnaire de trois fois rien, suivi d’un Dictionnaire de rien du tout, éditions Louise Bottu, printemps 2015, 70 pages, 9,50 €, ISBN : 979-10-92723-07-6.

Après 1402, nous retrouvons la famille Thinez : Jean, le père, ouvrier communiste, et le fils qui veut devenir écrivain (Marc-Émile). Mais cette fois, la contrainte n’est plus les 140 signes d’un tweet, mais celle du dictionnaire. Un dictionnaire, le seul livre qui trouve sa place dans un milieu populaire, c’est rassurant… comme une grille de mots-croisés : chaque chose a son mot et chaque mot se range selon un ordre rigoureux. De la cellule communiste à la grille du cruciverbiste, il n’y a qu’un pas, en somme. Toute idéologie n’offre-t-elle pas une grille de lecture du monde ? Une grille qui "fige le regard"…

Subtilement, cet opuscule nous interroge sur la notion de représentation, les mots étant inadéquats aux choses : le code que nous utilisons est "cimetière du réel" ou "parodie de réel". C’est dire à quel point il convient de traquer les fausses représentations idéologiques : "MARXISME, SITUATIONNISME, CRUCIVERBISME… Variétés de bovarysme ; réactualisation du mythe de la caverne s’adressant à la part de soi en délicatesse avec le réel" (p. 35)…

Libr-brèves

â–º Retour sur la soirée Remue.net du 22 mai dernier, "Le désir de littérature, en somme" (autour de Christian Prigent : Bruno Fern ; présentation de Bénédicte Gorrillot et Fabrice Thumerel) : écouter l’intégrale audio sur Remue.net.

â–º RV le mardi 23 juin de 13H56 à 14H, sur France Culture : Sandra Moussempès lit Sunny girls.

â–º Jeudi 25 juin à 19H, aux éditions Al dante (1, rue du Loisir 13001 Marseille), exposition "Poésie totale*" : oeuvres de Pierre Garnier – Julien Blaine – Jean-François Bory – Bernard Heidsieck – Tarkos & Co…
Présentation par Sarenco
Lectures & interventions performatives de
Nadine Agostini – Julien Blaine –
Liliane Giraudon – André Robèr

(*à l’occasion du catalogue "Poésie totale, 1950-2010 – La poésie visuelle et concrète à travers le monde. Vol. 2 : France". Publié par la Fondazione Sarenco. Le premier volume est consacré à l’Italie. À venir : Angleterre Écosse, Espagne, Portugal, USA, Russie, Chine, Autriche, Allemagne, Belgique, Hollande, Danemark, Suède, République Tchèque, Pologne, Hongrie, Serbie, Grèce, Slovénie, Chili, Argentine, Uruguay, Brésil, Japon…).

15 février 2015

[News] News du dimanche

Ce soir, en UNE, le livre de la semaine : Sunny girls de Sandra Moussempès (première présentation, avant les chroniques d’Emmanuèle Jawad et de François Crosnier). Suivent 5 Libr-brèves : Hors-sol, La Vie manifeste, Le Matricule des Anges, 16e Marché de la poésie de Bordeaux, Serge Ritman.

 

Le livre de la semaine /FT/

Sandra Moussempès, Sunny girls, Flammarion, en librairie depuis le 11 février 2015, 216 pages, 17 €, ISBN : 978-2-0813-4191-3.

"Le trop est-il l’ennemi du poème" (p. 21).

"Les poétesses qui misent sur le banal
ne roulent pas en mobylette malgré les apparences" (147).

Elles ont peu à voir avec les Filles du feu nervaliennes, ces sunny girls : fauconnette et nymphettes, filles boulimiques ou mythiques, "Ève gnangnan", princesses et "Reines du doute", no life et fucking bitch… Sous les auspices de la trilogie Cassandre-Salomé-Messaline, la poétesse nous dévoile son musée mental.

Le trop n’étant pas l’ennemi du poème, Sandra Moussempès procède à l’agencement par heccéité de matériaux et modes d’écritures des plus hétérogènes : images et visions, photos, scripts, notations diverses, éléments autobiographiques, dialogues, aphorismes, dispositifs, hypothèses…

D’où vient la puissance hypnotique de ces Sunny girls ? Des subtils va-et-vient entre vécu et représentations, des juxtapositions d’affects et de percepts… D’un télescopage isotopique incongru comme celui-ci : "les consolations mathématiques sont prouvées sauf si le son est coupé dès la première séance gênant alors l’angle d’hypnose" (30)… Dans cet autre extrait, l’inventaire à la Prévert débouche sur autre chose :

"Un cerveau
Un œuf
Un insecte
Un employé de banque

Des êtres humains sous forme de tubes de dentifrice évidés s’acharnent sur un dispositif récalcitrant

Photographie infiltrée de liquide
Pure lumière, pure surface" (73).

Pour le dire à la façon de Deleuze, nous sommes en présence de pures affections sensibles ; les visions se développent dans toute leur densité intensive. Oscillant entre réel et virtuel, l’image-cristal est précisément celle qui est pure contraction dans le temps :

"Souvent la maison était fermée
Pour cause de lien sans extension
Le panneau À VENDRE faisait partie d’une dynastie
Mais n’expliquait ni le léger vertige ni la mélodie entendue au loin" (95).

 

Libr-brèves

â–º Saluons la ligne offensive que, depuis 2010, suit Hors-sol, dont les bases se situent dans la métropole lilloise : "il proposera une critique du capitalisme présent, dont la technologie est plus que jamais la condition de son expansion : d’abord pour survivre à ses propres méfaits, ensuite pour renouveler ses marchandises et rationaliser ses procédés. Nous n’avons ni programme ni propositions réconfortantes. À l’abri de la (contre) expertise, Hors-sol sera fait d’enquêtes, de reportages, de rencontres et de tout ce que nous jugerons utile pour mettre un premier coup d’arrêt au Progrès. Critiquer la vieille industrie comme la nouvelle, voici la tâche que nous nous donnons avec ce journal" (parmi les derniers posts : "Autour du transhumanisme").

â–º Parmi les nouveautés de La Vie manifeste : entretien entre Frank Smith, Sébastien Zaegel et Jean-Philippe Cazier (rubrique "Littératures" ; Atelier du regard #2 – Jacques Monory / Nathalie Quintane…

â–º Le Matricule des Anges, Montpellier, février 2015, n° 160, dossier "Viton / Giraudon : poésie export", 52 pages, 6 €.

Trajectoires croisées du duo : l’un – de Terminal (1981) à Ça recommence (2014) – circonscrit son aventure dans la poésie, l’autre – de Têtes ravagées (1978) au Garçon cousu (2014) – s’aventure dans un no man’s land entre vers et prose ; mais tous deux pratiquent une littérature de combat, notamment dans leurs intenses activités de revuistes (Action poétique, Banana Split, If)… On lira aussi les chroniques sur Prigent (Thierry Guichard, "Continuer à merdrer") ou Claude Louis-Combet (Richard Blin, "De lumière et de nuit"), l’entretien de Dominique Aussenac avec Valério Magrelli…

â–º Du 2 au 15 mars 2015, 16e Marché de la poésie de Bordeaux : au programme, "l’insurrection poétique", mais aussi Charnet, Dubost, Massé, Velter…

â–º Le mercredi 11 mars 2015 à 19 heures, performance-lecture-dédicace-verre (voir l’image en arrière-plan) :

s e r g e  r i t m a n
t u p a r s, j e v a c i l l e

un livre aux éditions Tarabuste

à la librairie-galerie
des éditeurs associés
10 rue Tournefort 75005 Paris
accès métro 7 (Place Monge) métro 10 (Cardinal Lemoine)
RER B (Luxembourg)

4 janvier 2015

[News] News du dimanche

Avec vous, cette année nous serons 2015 fois plus libres et critiques…
Dans l’attente, voici un nouveau Libr-2014 : un retour sur 5 autres livres reçus en 2014 (Ph. Annocque, A. Bréa, L. Giraudon, JL. Lavrille, ME. Thinez). [Pour les Libr-événements de ce début 2015, voir les NEWS de dimanche dernier].

 

â–º Philippe ANNOCQUE, Vie des hauts plateaux, fiction assistée, Louise Bottu, Mugron, novembre 2014, 158 pages, 15 €, ISBN : 979-10-92723-06-9.

"Si on ne se distrait pas, on est tendu. C’est mauvais pour l’humour" (p. 125)… Pas de problème avec cet opuscule d’une rare drôlerie : vous attendent humour (noir) et incongru.

Un exemple : "Il y a deux manières de sentir mauvais : faire voler les mouches en rond ou promener un nuage vert" (103)…

 

â–º Antoine BRÉA, Roman dormant, Le Quartanier, Montréal, printemps 2014, 152 pages, 16 €, ISBN : 978-2-89698-171-7.

Le roman dormant, celui qui "est d’or mais par endroits ment", entend faire renaître l’œuvre onirocritique de Muhammad Ibn Sîrîn : entre vers et prose, conte et méditation…

 

â–º Liliane GIRAUDON, Le Garçon cousu, P.O.L, décembre 2014, 120 pages, 10 €, ISBN : 978-2-8180-2159-0.

En somme, ce recueil de textes divers écrits pour la scène ou la radio porte sur l’écriture, cet art de coudre et d’en découdre qui associe couture et coupure, cet art du mensonge-vérité qui affronte le chaos, l’animalité, la monstruosité…

Attention : arrêtons d’applaudir avec nos cuisses !

 

â–º Jean-Luc LAVRILLE, Remarmor, préface de Pierre Drogi, Atelier de l’agneau, coll. "Architextes", St Quentin-de-Caplong, été 2014, 14 €, 68 pages, ISBN : 978-2-930440-76-7.

Après un parcours poétique qui, en une trentaine d’années, l’a conduit de TXT à Fusées, en passant par Tarte à la crême, Textuerre, BoXon, etc., Jean-Luc Lavrille revisite quelques lieux poétiques de façon carnavalesque : le poète "pense où ça penche" ; son "je est natif d’un corpus qui sort du corps"…

 

â–º Marc-Émile THINEZ, La Révolution en 140 tweets ou Les lendemains qui gazouillent, éditions Louise Bottu, Mugron, coll. "contraintEs", automne 2014, 70 pages, 9,50 €, ISBN : 979-10-92723-05-2.

Aujourd’hui, "les lendemains qui chantent baissent le ton, ils gazouillent" : "la Révolution c’est l’éternité mise à la portée des fantômes"… Course et révolution dans un texte soumis à une contrainte branchée (celle des 140 signes d’un tweet) : avec plus ou moins de bonheur…

13 novembre 2014

[Chronique – news] Autour de DOC(K)S/Al dante

C’est ce soir que débute "Poésie action en Avignon", une série de rencontres autour de l’anthologie DOC(K)S que Al dante vient de publier : les dates des RV précèdent la présentation du gros volume.

 

Rencontres autour de l’anthologie Al dante

POÉSIE ACTION EN AVIGNON (autour de Doc(k)s morceaux choisis, 1976-1989) : novembre 13 @ 18 h décembre 20 @ 19 h

9782847617726Expositions / rencontres / performances /lectures

Jeudi 13 novembre
• 18h > La poésie à outrance
une introduction à la poésie élémentaire de Julien Blaine avec Jean-Charles Agboton-Jumeau
• 19h > L’ambiguïté est belle
Exposition de Julien Blaine
vernissage + Déclara©tion de Julien Blaine
• 20h > Interventions performatives de
Laura Vazquez
A.c. Hello
+ performance sonore de Sylvain Courtoux
• de 18h à minuit > « Temps/travail »
performance de Fabienne Letang

Vendredi 14 novembre
• 19h > Lectures de
Yannick Torlini
Liliane Giraudon 
Amandine André

Jeudi 20 novembre :
• 19h > Avava-ovava*
Rencontre avec le collectif La Voix des Rroms
sur le thème Violences contre les Rroms : résistances d’hier et d’aujourd’hui,
autour du livre Avava-ovava, (Al Dante 2014) en présence des auteurs Saïmir MileAnina CiuciuPierre Chopinaud, Lise Foisneau et Valentin Merlin.
+ Débat suivi d’un apéro festif au son
de DJ Rrom & Roll.

Jeudi 4 décembre
• 19h > Plan de situation #7 : Consolat-Mirabeau
Un conte documentaire de Till Roeskens.
« Nous mettrons quelques chaises en cercle, et je vous raconterai ce que j’ai vu et entendu là-bas, dans ce petit coin du grand nord de Marseille. Je prendrai un bout de craie et tracerai sur le sol une carte des espaces fragmentés que j’ai parcourus deux années durant, du port jusqu’au sommet de la colline. Je vous dirai les êtres que j’ai croisés là et ce qu’ils m’ont confié de leurs vies mouvementées ».
+ Présentation de son livre À propos de quelques points dans l’espace (Al Dante, 2014)

Vendredi 5 décembre
• 19h > La peau sur la table, lecture de Jérôme Bertin
suivi de lectures performées de
Stéphane Nowak Papantoniou
Anne Kawala

Détails

Début :
13 novembre 2014 18 h 00 min
Fin :
20 décembre 2014 19 h 00 min

Lieu

Centre européen de poésie
Téléphone :
04 90 82 90 66
4-6 rue Figuière, Avignon, 84000 France

Site Web :
http://www.poesieavignon.eu/

L’anthologie Al dante

 

DOC(K)S, morceaux choisis (1976-1989) : vers un langage de l’action, choix de Laurent Cauwet, préambule de Julien Blaine, postface de Stéphanie Éligert, Al dante, été 2014, 1008 pages, 30 €, ISBN : 978-2-84761-776-2. [Lire l’entretien avec Philippe Castellin en 2011]

 

"Chaque numéro de Doc(k(s est un recueil de poèmes,
  est un reportage
est un roman" (Julien Blaine, p. 432).

 

DOC(K)S est la quatrième revue de Julien Blaine, celle-là même qui, selon les propos de son fondateur dans son paradoxal préambule (placé en fin de volume !), lui sert de planche de salut après l’échec de 68. Fondé en 1976 et orchestré depuis 1990 par AKENATON (Philippe Castellin et Jean Torregrosa), DOC(K)S est, selon un autre créateur fondamental dans son histoire, un lieu de transit et de stockage de matières premières, de choses poétiques à l’état brut, « un chantier permanent et collectif », un « objet-sans-queue-ni-tête, qui impose recto-verso la richesse du stock inventorié, exprime par sa pléthore la hâte infinie à combler le retard pris et, par sa brutalité brouillonne, sa vandale rage face à la "culture" des métropoles nanties sur la table desquelles il déverse, muettement, ses "preuves", ses "documents" ». Ce qui fait dire à Philippe Castellin que DOC(K)S « n’invente pas mais inventorie » (cf. DOC(K)S : mode d’emploi, Al dante, 2002, pp. 449, 155 et 326). Se profile ici une suite d’antinomies sociologiquement intéressante : inventaire versus invention, entreprise collective vs mythe du créateur, culture provinciale vs culture métropolitaine, culture underground vs culture dominante, art populaire vs art élitiste, littérature périphérique vs littérature officielle, objet vulgaire (pauvre) vs objet sophistiqué (riche)… Si l’on suit Philippe Castellin dans son DOC(K)S : mode d’emploi, DOC(K)S se distingue dans l’espace des revues contemporaines par ses innovations conceptuelle, fonctionnelle, formelle et matérique. Sa structure rhizomatique – sa dimension fédérative et internationale – favorise la transgression des frontières artistiques ; s’inscrivant dans la mouvance de la postpoésie et de la sortie du livre, DOC(K)S est une revue multimédia qui défend les poésies expérimentales (poésie visuelle et sonore, poésie concrète, mail art, performance comme poésie action, écritures multimédia) et veille à l’autonomie de l’objet. Dans sa postface qui s’appuie sur le contenu de la revue pour filer la métaphore de la balistique, S. Éligert se réfère d’ailleurs à cet ouvrage clé afin de mieux cerner ce drôle d’objet : « la poétique de Doc(k)s consiste à "désécrire", puis à "icôniciser" » ; "la couverture (…) est déjà un poème"… Comme autres caractéristiques, elle ajoute le débordement, l’obscénité, l’explosivité

Cette anthologie qui offre des "morceaux choisis" extraits des deux premières séries (I. 1976-1986 ; II. 1986-1989) permet de retrouver ces principales lignes de force : prédominance de la poésie visuelle (montages divers, poésie spatiale, post cards), art de la performance… Parmi les curiosités : "poème signalistico-visuel", "poème laser", "art ouvert", "poésie signalétique", "poèmes à convictions"… L’avant-garde doc(k)sienne est avant tout poésie action, comme le souligne Bernard Heidsieck dès le début : "La poésie s’anémiait… Nous lui avons fait du bouche-à-bouche. Elle se confidentialisait… Nous l’avons restituée au cœur de la place publique" (p. 764). L’avant-garde doc(k)sienne est avant tout subversion, donc. Éclatante dans le "sans titre" (1979) de Sarmiento, qui affiche le slogan "ARgenT" ; dans le "poème-tueur" de Miccini et Sarenco ("La poésie tue le poète") ; dans l’anti-manifeste de Blaine, "Manifeste pour l’occupation des stèles et socles abandonnés" ; dans ces vers du Chinois Ma Desheng : "Toutes les prostituées du monde entier / s’unissent en s’embrassant / la république est née / la Constitution de la République ne comporte qu’un seul article / liberté du va et vient" (833)…

♦♦♦♦♦

Sur le projet Al dante autour de Doc(k)s, Laurent Cauwet a bien voulu nous donner précisions.

« Pour moi la lecture des anciens numéros de Doc(k)s provoque toujours une sorte de joie furieuse. Ce remuement, ce bruit à la fois typographique et visuel est riche de son nombre, mais surtout des singularités qui forme le nombre. Cela forme une langue "doc(k)s", unique, inégalée, qui n’efface pas ces singularités, celles-ci au contraire s’amplifiant au contact les unes des autres. Lorsque j’ai découvert "doc(k)s" (début des années 80), je ne savais pas grand chose de la poésie contemporaine, rien de la performance, rien de l’art contemporain… Ces espaces, je les ressentais comme réservés, voire interdits. De là où j’étais alors, je pensais que se tricotait "là-bas" des aventures qui se vivaient ailleurs, en dehors d’une population écartée dont je faisais partie – dont je fais toujours partie, sauf que ce sentiment d’illégitimité, s’il ne m’a jamais quitté, loin d’être un frein, un blocage, est devenu au contraire un moteur pour intervenir quand je veux là où je veux… Je m’étais plongé dans Doc(k)s, sans presque jamais chercher le nom des auteurs (à quoi bon). J’étais fasciné par cette émeute de papier aux voix multiples, toutes différentes, toutes riches différemment. Fasciné par cette colère grouillante qui exprimait aussi la joie d’être dans une énergie de vivant. Fasciné par cette façon, toute nouvelle pour moi, d’affirmer, de manifester son être au monde, et de lire qu’à chaque page se réinventaient les paroles de cette manifestation. Dans cet univers hors des slogans, des directives, des cloisonnements idéologiques j’apprenais d’autres possibles subversifs, d’autres formes de radicalité qui tenaient de la poésie mais aussi de la rue, de la philosophie mais aussi du rock… je découvrais des gestes poétiques où l’on sentait la puissance des corps, qui prétendaient être de la pensée en action, qui raccourcissaient l’espace entre l’hypothèse d’un futur et la crudité vive d’un présent. C’était il y a 30/35 ans.

Aujourd’hui encore, même si je comprends mieux comment fonctionnent ces dispositifs poétiques, je ressens toujours cette même joie insurrectionnelle. Ma conviction est que Doc(k)s dégage toujours cette énergie créative, cette puissance vitale qui s’affirme du côté de la vie ; je dirais même qu’à l’épreuve des expérimentations qui ont suivi, Doc(k)s n’a cessé de prouver dans sa modernité. Doc(k)s reste d’actualité quant à sa pertinence politique et sa propension à produire les outils pour mieux penser notre présent – d’autant plus aujourd’hui, où l’espace poétique s’est muté en "milieu" poétique, qui de plus en plus développe des règles et des réflexes de docilité fonctionnariale. C’est ce qui m’a décidé à me lancer dans cette aventure éditoriale : le but n’était pas de faire une anthologie de type "archive", qui renverrait Doc(k)s au passé, ni un outil analytique (qui existe déjà, brillamment réalisé par Philippe Castellin), mais plutôt un nouveau Doc(k)s fabriqué avec les anciens, en recueillant au fil de la lecture les gestes qui me paraissaient encore riches de cette pertinence citée plus haut, en jouant de nouvelles confrontations, en réinterprétant parfois typographiquement certains gestes (essayant ainsi d’imaginer quels codes visuels aujourd’hui seraient les plus proches, les plus justes en regard de ce que le poète a voulu signifier en utilisant les codes en vigueur à son époque – "jeu", manipulation que souvent les doc(k)ers espèrent chez les lecteurs, raccourcissant au maximum l’espace entre poète et récepteur), en prélevant parfois une page, une citation d’un ensemble, etc. Ce "Doc(k)s morceaux choisis" est en fait et "avant tout" l’aventure d’un lecteur de Doc(k)s, et d’un lecteur qui avait le recul nécessaire pour faire ce travail (2014 – 1989 = 25 ans !). Le lien avec Julien a été minimal : après acceptation – et joie semble-t-il – de ce projet, il n’a voulu participer ni au choix des interventions, ni aux réflexions qui ont donné naissance à l’objet. Fidèle en cela à son fonctionnement habituel : "Fais ce que tu veux, mais ensuite nous parlerons, car lecteur tu es autant responsable de ta lecture que moi poète de ce que j’ai donné à lire". Sa seule intervention a été d’écrire, en guise de postface… un préambule – ce dérèglement spatial déjà est une jolie façon de se situer : ni derrière, ni devant… mais en compagnonnage attentif, fidèle mais insubordonné. Le lien avec Stéphanie Éligert a été singulier : si elle connaissait bien entendu cette revue, elle n’en était pas une "spécialiste", ne l’ayant abordée jusqu’ici que par fragments, au hasard des rencontres et des lectures. Ma proposition était simple : je lui ai envoyé un jeu d’épreuves, en lui demandant si elle pensait que l’édition d’un tel ouvrage pouvait être opportun aujourd’hui, si en regard de notre actualité ce "Doc(k)s morceaux choisis" gardait sa pertinence… et son impertinence. Et, si tel était le cas, je lui demandais d’écrire sur ce qui, pour elle, rendait ce livre toujours "opérant" – ce qu’elle a fait, à ma plus grande joie, avec une approche de la lecture de Doc(k)s par le biais des sciences de la balistique. Le lien avec l’actuel Doc(k)s n’a pas existé. Car ce n’était pas le sujet. Si Philippe Castellin et Jean Torregrossa, doc(k)ers de la première heure, sont présents dans l’ouvrage ; si l’existence de la troisième série de Doc(k)s dirigée par eux, est bien entendu citée (par Julien Blaine, par Stéphanie Éligert et par moi-même) ; et si le travail théorique mené par Philippe Castellin a certainement participé à enrichir ma lecture de Doc(k)s (et par la même, incidemment, influer sur mon choix), Doc(k)s troisième vie, tout en s’inscrivant dans une continuation, signe aussi une positive rupture (positive en ce que Doc(k)s changeant de main, n’essaie pas de répéter mais propose autre chose) avec de nouvelles stratégies, de nouvelles collaborations, la prospection de nouveaux espaces, etc. Et ce n’était pas mon propos de parler de cela. De plus, comment intégrer ici une histoire qui est en train de s’écrire? Pour finir, et non sans avoir longuement hésité, j’ai préféré ne pas faire appel à aucun Doc(k)er de la première heure pour commenter l’aventure doc(k)sienne, de peur qu’ils ne pèsent et n’atténuent la vivacité des gestes poétiques, et pensant que ce n’était pas le lieu…

9 novembre 2014

[News] News du dimanche

Avant que de revenir en début de semaine sur l’événement autour de DOC(K)S, ce soir nos Libr-brèves : Poésie action en Avignon, l’Autre Salon, NEXT Festival, Citéphilo, RV avec les éditions Contre-mur…

 

 â–º Véronique Bergen est nominée pour le prix Rossel 2014, suite à la publication de sa biofiction Marilyn, naissance année zéro (Al dante) – que nous venons de saluer cette semaine.

â–º Jusqu’au 26 novembre à Lille et environs, Citéphilo : "De quel droit ?" (programme : ici).

â–º Du 14 au 29 novembre 2014, sur la métropole lilloise : Next Festival.

â–º POÉSIE ACTION EN AVIGNON avec Al dante (autour de Doc(k)s morceaux choisis, 1976-1989)

novembre 13 @ 18 h 00 mindécembre 20 @ 19 h 00 min

Navigation de l’événement

  •  

9782847617726Expositions / rencontres / performances /lectures

— Jeudi 13 novembre
• 18h > La poésie à outrance
une introduction à la poésie élémentaire de Julien Blaine avec Jean-Charles Agboton-Jumeau
• 19h > L’ambiguïté est belle
Exposition de Julien Blaine
vernissage + Déclara©tion de Julien Blaine
• 20h > Interventions performatives de
Laura Vazquez
A.c. Hello
+ performance sonore de Sylvain Courtoux
• de 18h à minuit > « Temps/travail »
performance de Fabienne Letang

— Vendredi 14 novembre
• 19h > Lectures de
Yannick Torlini
Liliane Giraudon 
Amandine André

— Jeudi 20 novembre :
• 19h > Avava-ovava*
Rencontre avec le collectif La Voix des Rroms
sur le thème Violences contre les Rroms : résistances d’hier et d’aujourd’hui,
autour du livre Avava-ovava, (Al Dante 2014) en présence des auteurs Saïmir MileAnina CiuciuPierre Chopinaud, Lise Foisneau et Valentin Merlin.
+ Débat suivi d’un apéro festif au son
de DJ Rrom & Roll.

— Jeudi 4 décembre
• 19h > Plan de situation #7 : Consolat-Mirabeau
Un conte documentaire de Till Roeskens.
« Nous mettrons quelques chaises en cercle, et je vous raconterai ce que j’ai vu et entendu là-bas, dans ce petit coin du grand nord de Marseille. Je prendrai un bout de craie et tracerai sur le sol une carte des espaces fragmentés que j’ai parcourus deux années durant, du port jusqu’au sommet de la colline. Je vous dirai les êtres que j’ai croisés là et ce qu’ils m’ont confié de leurs vies mouvementées ».
+ Présentation de son livre À propos de quelques points dans l’espace (Al Dante, 2014)

— Vendredi 5 décembre
• 19h > La peau sur la table, lecture de Jérôme Bertin
suivi de lectures performées de
Stéphane Nowak Papantoniou
Anne Kawala

Détails

Début :
13 novembre 2014 18 h 00 min
Fin :
20 décembre 2014 19 h 00 min

Lieu

Centre européen de poésie
Téléphone :
04 90 82 90 66
4-6 rue Figuière, Avignon, 84000 France
Site Web : http://www.poesieavignon.eu/

 

â–º L’Association L’Autre Livre vous offre, du 14 au 16 novembre 2014 à l’Espace Blancs Manteaux (48, rue Vieille du Temple 75014), la possibilité de découvrir plus de 2000 livres, qui font rarement les têtes de gondole, quelque 400 auteurs de 160 maisons d’édition dont de nombreux éditeurs de province, mais aussi belges, suisses ou canadiens (entre autres, vous y retrouverez les éditions Al dante).

 

â–º Samedi 15 novembre 2014, 19H-21H, soirée proposée par les éditions Contre-mur, Librairie Le Lièvre de mars (21, rue des trois mages à Marseille) : lancement des inventifs posters signés Alain Cressan, Du jeu dans la lecture (version cartographiée) et Pierre Ménard, Les Accolades.

17 décembre 2013

[Agenda] Manifestenez-vous !

Filed under: agenda,News,UNE — Étiquettes : , , , , , , — rédaction @ 14:50

En cette fin de semaine, deux rendez-vous à ne pas manquer dans le haut lieu al dantesque (MANIFESTEN, 59 rue Thiers à Marseille) : une conférence de Paul Hegarty et une rencontre poétique au féminin avec Nathanaël, Amandine André et Liliane Giraudon. Alors, manifestenez-vous !

â–º Vendredi 20 décembre 2013 à 19H, conférence de Paul Hegarty, "Barrage contre : musiques nouvelles comme prophylaxie, Harsh Noise Wall comme guérison virale" (entrée libre / restauration sur place).

Paul Hegarty, propose ici un axe de réflexion ambitieux de la nouveauté en musique, avec le lien à la rupture, et les concepts esthétiques liés aux forces destructrices qui ont réellement fait exploser les frontières de l’art.

« Vienne continue de nous proposer un modèle d’ores et déjà (et même depuis toujours) révolu de ce qu’est la révolution en musique, mais de manière exemplaire et toujours valable. Le mur érigé en forme de musiques nouvelles (appellation plutôt ironique) se trouve en face de la Harsh Noise Wall « . Paul Hegarty.

Paul Hegarty est un philosophe et maître de conférence en philosophie et donne aussi des cours de « culture visuelle » à l’Université de Cork en Irlande. Ses domaines de prédilection sont la philosophie de la musique et les philosophes du XXe siècle de la « French Theory » (Baudrillard, Deleuze…). Il a publié de nombreux articles sur le sujet dans des revues scientifiques et des magazines spécialisés (comme Wire), ainsi que le livre Noise/Music : A History. Musicien performer, il a créé le label dotdotdotmusic.

Une manifestation inscrite dans le cadre du festival Nuit d’hiver#11.

â–º Samedi 21 décembre 2013, Rencontre poétique à 20H : Lecture et discussions avec NATHANAËL, AMANDINE ANDRÉ, LILIANE GIRAUDON (une rencontre imaginée et organisée par la Revue La Vie Manifeste).

– Nathanaël, canadienne, vit à Chicago. Elle écrit en français et en anglais et est l’auteure d’une quinzaine d’ouvrages dont "The Sorrow and the Fast of It", "L’injure", "Paper City" et l’essai de correspondance "L’absence au lieu" (Claude Cahun et le livre inouvert).
L’œuvre de Nathalie Stephens est un affrontement avec les frontières : celles des nations, des langues et celles des genres, invitant à imaginer des alternatives aux modes de constitution et de diffusion du savoir, et s’ouvrant à la création et à toutes autres formes d’engagement.

– Amandine André : mémoire sur Danielle Collobert. 2005 : création de la web radio "À Bout de Souffle". À partir de 2006 : suit le travail de Bernardo Montet / textes et entretiens sur la danse. 2011 : création et animation de la web revue "La vie manifeste". Diverses publications en revues, papier et net. 2012 : publication de "Cercle des chiens", in "Attaques", Al Dante.

– Liliane Giraudon est une femme de lettre et poétesse française.
Elle est cofondatrice de la revue "Banana Split" et de la revue "If".
Elle a été membre des revues "Action Poétiqu"e, "Impressions du sud", "La Nouvelle B.S". En sus de son travail d’écriture, elle pratique la lecture publique, le théâtre, la traduction…
Dernières publications : "Rafle" (avec Colas Baillieul et Frédérique Guétat-Liviani – Fidel Anthelme X, 2013) ; "Madame Himself" (POL, 2013) et "La sphinge mange cru" (Al Dante, 2013).

Entrée libre. Restauration sur place.

15 décembre 2013

[News] News du dimanche

Une semaine avant la trêve relative de fin d’année, voici votre programme chargé : nos Livres reçus (Liliane Giraudon et Jérôme Leroy) ; nos Libr-rendez-vous, avec la Maison de la poésie Paris (Fiat, Jallon, Oberland ; Lucot ; Delaume, Menauge et Montessuis), le 118e Mille-Feuilles, Pierre Jourde et Annie Ernaux.

Livres reçus (FT)

â–º Liliane Giraudon, La Sphinge mange cru, Al dante, 4e trimestre 2013, 48 pages, 7 €, ISBN : 978-2-84761-781-8.

Celle qui mange cru ("Un simple steak tartare sans condiments" !) "n’est qu’une horrible chanteuse posant l’énigme au fond d’un bar". Voilà pour la démythification.

Ce qui n’empêche pas Liliane Giraudon d’aborder la question de la tragédie, qui "est à la fois un ordre et un désordre". Car, "dans ce féroce moment historique que nous traversons", "parce que les monstres se rapprochent", le tragique nous guette. Nul optimisme, donc, ici, nul lendemain-qui-chante : "organiser le pessimisme est un acte révolutionnaire". Quant à la parole révolutionnaire : "la bourgeoisie n’est pas une classe sociale mais une maladie"…

Ce texte singulier délivre lui-même son principe scriptural : c’est bel et bien un jeu de phrases éparses que nous devons déchiffrer… "Corps restreint ou étendu le poème scintille parmi les choses rencontrées"…

â–º Jérôme Leroy, Le Bloc (2011), rééd. Folio policier, automne 2013, 336 pages, 7,20 €, ISBN : 978-2-07-045309-2.

Saluons la réédition en poche de ce polar noir qui a obtenu le prix Michel Lebrun 2012. Sexe, violence et politique dans ce scénario catastrophe : pensez donc, "la trouille honteuse de tout un pays" pousse au pouvoir Agnès Dorgelles, du Bloc patriotique… (Préfiguration de 2017 ?). Alternant présent dramatisé et retours en arrière, première et deuxième personne du singulier, ce récit centré sur le duo fraternel Maynard réussit à dévoiler de l’intérieur le fonctionnement d’un parti facho comme la culture et la vision du monde d’extrême-droite.

De l’intérieur… on ne saurait mieux dire : Antoine Maynard n’est-il pas devenu "fasciste à cause d’un sexe de fille" ?

Libr-rendez-vous

â–ºMaison de la poésie Paris, Mardi 17 décembre – 20H

Christophe Fiat, Hugues Jallon
& Frédéric D. Oberland  (Farewell Poetry)
WAR
Performance musicale
 
Le Cri de Godzilla – Christophe Fiat
En avril 2011, un mois après la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima, Christophe Fiat se rend au Japon. Il en revient avec une performance artistique qui met en scène le monstre le plus célèbre du cinéma japonais. Né en 1952 des essais atomiques américains dans le Pacifique, Godzilla est la jonction entre la fin de la seconde guerre mondiale et le début de la guerre froide. Dans cette performance artistique mêlant musique low-fi, transe psychédélique et poésie sonore,
Christophe Fiat dénonce, via une fable ironique, la terreur de l’ère atomique.
Cette performance artistique a été créée au Frac île de France / Le Plateau en juillet 2012 dans le cadre de l’exposition « Le mont Fuji n’existe pas ».

Reluctant Hero – Hugues Jallon & Frédéric D. Oberland
Reluctant Hero, c’est un nom sans visage, le nom le plus glorieux, le héros de tous les temps, sous le regard de tous, un soir de juillet, jeté au coeur d’une guerre qu’il faut gagner, au coeur de la guerre froide. Écoutez, c’est la plus grande semaine de l’histoire du monde depuis la création, a dit le Président, et si, pour vos discours à venir, vous vouliez utiliser les mots « beaux » et « fantastiques », ce serait parfait, n’essayez pas d’inventer. Poème sonore et musical, Reluctant Hero est le récit d’une vie, celle d’un héros mutique et absent à sa propre histoire.
En savoir plus :  http://bit.ly/1b568gf

â–º Mardi 17 décembre 2013, de 19H30 à 23H30, 118e Mille-Feuilles, restaurant « LE TRUMILOU » → 84, quai de l’Hôtel de Ville – 75004 Paris (métros: Pont-Marie ou Hôtel-de-Ville).

« Un auteur qu’on aime fait autant partie d’une vie qu’un ami, qu’une femme aimée. Les rapports qu’on tisse avec lui, au fil des ans, font partie du tissu intime. »

C’est par cette citation de Serge Doubrovsky qu’Isabelle Grell introduit l’enjeu littéraire que représente « Le Livre / La Vie », la collection qu’elle a créée et dirige depuis trois ans aux Éditions Cécile Defaut. Elle se propose de « relever avec quelques écrivains connus le défi de Roland Barthes dans son Roland Barthes par Roland Barthes : "Le livre / la vie (prendre un livre classique et tout y rapporter de la vie pendant un an)". Il s’agit donc pour l’auteur de choisir une œuvre ou un écrivain, un philosophe, un peintre qui l’a marqué et qui reste ancré d’une manière constante dans son travail, ses pensées, son quotidien. Le pacte est que l’auteur dispose d’exactement 365 jours pour noter dans son propre style d’écriture en quoi cette œuvre choisie existe, LÀ, dans sa vie. L’écrivain date ses inscriptions et rend le texte 365 jours après avoir commencé. »

Huit titres ont paru à ce jour. Deux ans après une première présentation, nous avons souhaité, pour notre 118ème Mille-Feuilles, réinviter ISABELLE GRELL, qui sera cette fois-ci accompagnée de SARAH CHICHE, ÉRIC PESSAN et JEAN-LUC STEINMETZ, les trois plus récents "contributeurs" à sa belle et originale collection.

Ce soir-là, nous pourrons donc rencontrer et entendre :

• Isabelle GRELL, écrivain et éditrice,
directrice de la collection « Le Livre / La Vie » aux Éditions Cécile Defaut,
co-organisatrice et animatrice de plusieurs colloques sur l’autofiction,

• Sarah CHICHE, écrivain, psychologue clinicienne et psychanalyste, pour :
"Personne(s) – d’après Le Livre de l’intranquillité, de Fernando Pessoa",
« Le Livre / La Vie », 2013,

• Éric PESSAN, écrivain, auteur de romans, de fictions radiophoniques,
de pièces de théâtre, ainsi que de textes en compagnie de plasticiens, pour :
"Ôter les masques – d’après Shining, de Stephen King", « Le Livre / La Vie », 2012,

• Jean-Luc STEINMETZ, poète, essayiste, biographe, pour :
"L’Autre saison – d’après Une saison en enfer, d’Arthur Rimbaud",
« Le Livre / La Vie », 2013.

Ces trois livres seront disponibles sur place
grâce à la librairie « LA BELLE LURETTE »,
sise 26 rue Saint-Antoine – 75004 Paris.

La présentation et l’échange, formalisés, seront suivis d’un second temps, plus informel, autour d’un repas, le tout, INDISSOCIABLE, pour le prix de 25 €
(hors boissons).

IL EST ABSOLUMENT NÉCESSAIRE DE RÉSERVER

Réservations : contact@mille-feuilles.fr ou 06.08.43.50.53
Renseignements : http://mille-feuilles.fr

â–º Maison de la poésie Paris, Jeudi 19 décembre – 19H

Hubert Lucot
Je vais, je vis 
Lecture-rencontre animée par Alain Frontier
 
Pendant plus d’un demi-siècle, un homme et une femme ont vécu un roman d’amour, parfois tumultueux. Il a 75 ans. Elle a 76 ans. Une équipe médicale détecte chez elle un cancer redoutable. Il l’accompagne, de sa personne et de toute son écriture. Souvent celle-ci s’attarde sur les beautés et les malheurs de notre planète, sur les mystères de l’être et du temps, captant la sensation brève et le sentiment long. Je vais, je vis est un nouveau volume de cette autobiographie qu’Hubert Lucot mène inlassablement, passant le monde, son entourage et lui-même au tamis d’une écriture qui s’efforce d’envisager toutes les faces et tous les angles de la réalité à la fois. La réalité étant aussi bien l’air du temps que l’Histoire, l’intime que le collectif, le trivial que le sublime. On est saisi par l’ampleur de cette écriture qui assemble l’émotion sensuelle, l’impression fugace, la spéculation intellectuelle ou l’intangible. Je vais, je vis est un très grand livre, bouleversant et unique, impitoyable et infiniment tendre, amoureux au sens le plus fort et profond.
En savoir plus : http://bit.ly/1b573gM

â–º Maison de la poésie Paris, Samedi 21 décembre – 20H

Chloé Delaume, Cyril Menauge & Joachim Montessuis
De l’usage du solstice d’hiver
Performance

« La nuit la plus longue de l’année, calendrier païen, un sabbat parmi d’autres. Avant le christianisme, des entrailles d’une déesse sortait le dieu cornu. Le soleil renaissait, du passé les sorcières savaient quoi faire des cendres. Nous sommes en 2013, et si « la politique ce n’est pas de la magie », le seul espoir réside pourtant dans sa pratique ».
Pour enrayer la machine à fabriquer des fictions dominantes,Chloé Delaume propose ce soir une narration alternative. Une fiction collective où la magie devient un geste politique. Si vous voulez sauver le monde, vous pouvez y participer. Joachim Montessuis présentera Regen, une exploration musicale et poétique du principe de régénération. Chloé Delaume tentera ensuite d’invoquer certaines forces occultes, accompagnée des instruments et machines de Cyril Menauge.
â–º Pierre Jourde, qui vient de recevoir le prix Jean Giono pour sa Première pierre, est à l’honneur dans le dernier numéro du Matricule des anges.

â–º C’est avec impatience que nous attendons le prochain écrit d’Annie ERNAUX en 2014 : un texte fin mars dans une nouvelle collection lancée au Seuil par Pierre Rosanvallon, "Raconter la vie" : un "Journal d’hypermarché", Regarde les lumières mon amour.

24 octobre 2013

[Agenda] 10e Festival Poésie Marseille « Nous irons partout »

Du jeudi 7 au dimanche 10 novembre 2013 aura lieu la 10e édition du Festival Poésie Marseille, dont la présentation aura lieu demain, vendredi 25 octobre à 17H au pavillon M (avec Nadine Agostini, Julien Blaine, Liliane Giraudon et Jean-Jacques Viton).

 

La poésie internationale présentée par les poètes eux-mêmes. Là, se succéderont les poètes des 2 mers et des 3 océans avec force et voix, geste, déplacement. Cette poésie est devenue désormais « classique »…

Sur 4 jours seront proposées des performances et des lectures de poésie dans différents lieux : galerie, librairie, musée…

Au programme :

les poètes locaux : Nadine Agostini, Julien Blaine, Liliane Giraudon, Jean-Jacques Viton, Fabienne Yvert.

les poètes nationaux : Edith Azam, Henri Deluy, Hortense Gautier, Serge Pey, Nicolas Vargas.

 les poètes internationaux : Démosthène Agrafiotis (Grèce), Hacen Aymen  (Tunisie), Katalin Ladik (Hongrie), Chiara Mulas (Sardaigne), Hagit Grossman (Israël)

 

Les Lieux : 

Intervention en soirée.

Librairie L’Odeur du temps 07.11.13

Librairie Histoire de l’Oeil 08.11.13

MAC ( musée d’art contemporain ) 09.11.13

Galerie Jean-François Meyer 10.11.13

16 octobre 2013

[Agenda] Al dante/ Manifesten

Voici votre agenda Al dante / Manifesten pour l’automne : prochaines rencontres et publications (LC a déjà reçu et apprécié Eric Toussaint, Procès d’un homme exemplaire), en plus des rappels importants.

 

1/ LES PROCHAINES RENCONTRES : – Le 17 octobre à partir de 19h > soirée de soutien à Georges Ibrahim Abdallah, avec Chloée Delaume, Nadir Dendoune, Serge Quadruppani et Jean-Marc Rouillan. Libérable depuis 1999, ce militant communiste est toujours en prison. Il vient d’entamer sa trentième année d’incarcération… – Le 22 octobre à partir de 19h > rendez-vous avec le philosophe-performeur bulgare Boyan Manchev (Ses recherches se concentrent sur les champs de l’ontologie, de la philosophie de l’art et de la philosophie politique.) Il a publié récemment "Logique du politique" (Sofia, 2012), "Miracolo" (Milan, 2011), "L’Altération du monde : pour une esthétique radicale" (Paris, 2009), "La Métamorphose et l’instant – Désorganisation de la vie" (Paris, 2009), "Quel sujet du politique ?" (Paris, 2010, en collaboration avec G. Basterra et R. Ivekovic).

2/ À VENIR : prochain Face A / face B, avec Sylvain Courtoux et Jérôme Bertin (Face A / Face B est un journal-tract produit par laviemanifeste.com, à parution aléatoire et diffusion incontrôlable. Ces publications sauvages sont totalement et uniquement soumises au désir de ces protagonistes). Le premier Face A / Face B réunissait Amandine André et Frédéric Neyrat. Disponible sur simple demande par courrier, il suffit de nous communiquer votre adresse postale.

3/ PROCHAINES PUBLICATIONS AL DANTE :

Procès d’un homme exemplaire d’Eric Toussaint (rappel sur le rôle criminel du FMI et de la banque mondiale, à travers Jacques de Groove, ancien directeur de ces… "institutions"). En librairie à partir du 16 novembre, déjà disponible à Manifesten.

La démocratie d’Alain Brossat (la démocratie : La démocratie, le mot qui fond dans la bouche, le concept qui fond dans la tête…. Ou que devient cette notion dans la bouche de nos dirigeants). A paraître début novembre. En librairie le 16 novembre.

La sphinge mange cru de Liliane Giraudon (poésie : À l’origine le sphynx était la sphinge. Mais l’égyptien masculin se substitue au féminin. Il pose le mystère – tandis qu’elle est son propre mystère. Ici, elle a la bouche malade. La parole toujours est à naître d’un mystère à élucider… ) A paraître début novembre. En librairie le 16 novembre.

Première ligne : 105 mesures pour une guerre de Jérôme Bertin (Manifeste poétique pour une guerre à mener… qui n’a jamais cessé…). A paraître fin novembre. En librairie le 16 janvier 2014.

4/ RAPPEL : Sur Radio Manifesten, vous avez accès aux enregistrements de certaines interventions qui ont eu lieu ici : Amandine André, Stéphane Nowak + motif_r, Jérôme Bertin… Radio: https://soundcloud.com/manifesten-radio

5/ RAPPEL SECOND : Si vous désirez participer activement à l’aventure Manifesten, vous pouvez bien entendu adhérer à l’association.

Adresse: Manifesten – 59 rue Thiers – 13001 Marseille – Mail : evenement.manifesten@gmail.com / Radio: https://soundcloud.com/manifesten-radio / Editions al dante: www.al-dante.org

6 octobre 2013

[News] News du dimanche

En ce premier dimanche d’octobre, nous vous aidons à enrichir votre automne avec nos Libr-événements : numéro 12 de Nioques, festival e-topie, Sandra Moussempès à Lyon ; mais aussi nos gros plans sur Al dante/Manifesten, Alphabetville et le festival des arts électroniques (Confluence / Paris).

Al dante/Manifesten

1/ PROCHAIN RENDEZ_VOUS, CE LUNDI 7 OCTOBRE… Aed Yagui, directeur du PMRC de GAZA (Palestinien Medical Relief Commettee) est de passage à Marseille. Il sera à Manifesten lundi 7 octobre à 19h45, pour nous donner les dernières informations sur la situation à Gaza, en particulier dans le domaine de la santé. Une occasion unique d’entendre et d’apprendre…

2/ LES PROCHAINES RENCONTRES (de plus amples informations à venir, mais réservez déjà vos dates) : – Le 17 octobre à partir de 19h > soirée de soutien à Georges Ibrahim Abdallah, avec Chloée Delaume, Nadir Dendoune, Serge Quadruppani et Jean-Marc Rouillan. Libérable depuis 1999, ce militant communiste est toujours en prison. Il vient d’entamer sa trentième année d’incarcération… – Le 22 octobre à partir de 19h > rendez-vous avec le philosophe-performeur bulgare Boyan Manchev (Ses recherches se concentrent sur les champs de l’ontologie, de la philosophie de l’art et de la philosophie politique.) Il a publié récemment "Logique du politique" (Sofia, 2012), "Miracolo" (Milan, 2011), "L’Altération du monde : pour une esthétique radicale" (Paris, 2009), "La Métamorphose et l’instant – Désorganisation de la vie" (Paris, 2009), "Quel sujet du politique ?" (Paris, 2010, en collaboration avec G. Basterra et R. Ivekovic).

3/ À VENIR : prochain Face A / face B, avec Sylvain Courtoux et Jérôme Bertin (Face A / Face B est un journal-tract produit par laviemanifeste.com, à parution aléatoire et diffusion incontrôlable. Ces publications sauvages sont totalement et uniquement soumises au désir de ces protagonistes). Le premier Face A / Face B réunissait Amandine André et Frédéric Neyrat. Disponible sur simple demande par courrier, il suffit de nous communiquer votre adresse postale.

4/ PROCHAINES PUBLICATIONS AL DANTE :

Procès d’un homme exemplaire d’Eric Toussaint (rappel sur le rôle criminel du FMI et de la banque mondiale, à travers Jacques de Groove, ancien directeur de ces… "institutions"). En librairie à partir du 16 novembre, déjà disponible à Manifesten.

La démocratie d’Alain Brossat (la démocratie : La démocratie, le mot qui fond dans la bouche, le concept qui fond dans la tête…. Ou ‘que devient cette notion dans la bouche de nos dirigeants). A paraître début novembre. En librairie le 16 novembre.

La sphinge mange cru de Liliane Giraudon (poésie : À l’origine le sphynx était la sphinge. Mais l’égyptien masculin se substitue au féminin. Il pose le mystère – tandis qu’elle est son propre mystère. Ici, elle a la bouche malade. La parole toujours est à naître d’un mystère à élucider… ) A paraître début novembre. En librairie le 16 novembre.

Première ligne : 105 mesures pour une guerre de Jérôme Bertin (Manifeste poétique pour une guerre à mener… qui n’a jamais cessé…). A paraître fin novembre. En librairie le 16 janvier 2014.

5/ RAPPEL : Sur Radio Manifesten, vous avez accès aux enregistrements de certaines interventions qui ont eu lieu ici : Amandine André, Stéphane Nowak + motif_r, Jérôme Bertin… Radio: https://soundcloud.com/manifesten-radio

6/ RAPPEL SECOND : Si vous désirez participer activement à l’aventure Manifesten, vous pouvez bien entendu adhérer à l’association.

Adresse: Manifesten – 59 rue Thiers – 13001 Marseille – Mail : evenement.manifesten@gmail.com / Radio: https://soundcloud.com/manifesten-radio / Editions al dante: www.al-dante.org

 Actualités Alphabetville

. Archives en ligne
« Pier Paolo Pasolini, la force scandaleuse du passé »
Un événement organisé à Marseille du 14 mai au 8 juillet dans le cadre de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, par Alphabetville, le cipM, le FID Marseille et l’Ina Méditerranée

Ecouter
– les conférences  de Jean-Paul Curnier, Georges Didi-Huberman
cliquer ici : http ://www.alphabetville.org/article.php3?id_article=193
– le programme radiophonique spécial sur Radio Grenouille réalisé par Emmanuel Moreira
cliquer ici : http ://www.radiogrenouille.com/actualites-2/evenements-grenouille/dans-le-noir-du-temps-une-nuit-radiophonique-autour-de-pasolini/

Lire, consulter
– le cahier spécial Pasolini édité par le cipM
cliquer ici : http ://en.calameo.com/read/00001732463970a378faa
– les documents audiovisuels des archives de l’Ina
cliquer ici : www.ina.fr
 
. Evénements à venir
« Résidences Zanzibar »
Un projet de Alphabetville avec ZINC et Leonardo/Olats, en coproduction avec Marseille-Provence 2013
Résidence Zanzibar est le nom d’un programme conçu à partir de l’accueil en résidence d’un théoricien sur le territoire. Faite de visites, de rencontres, de partage, le résident prendra aussi part à des interventions publiques (conférences, tables rondes, colloques…). Les résidences Zanzibar en 2013 se dérouleront durant le festival e-topie, parcours d’arts numériques, du 10 octobre au 10 novembre à Aix-en-Provence, seront accueillis les résidents : Stephen Kovats, chercheur spécialiste des nouveaux medias, critique, commissaire, Berlin : du 17 au 19 octobre inclus, et 
Bernard Stiegler, philosophe, Paris : du 5 au 7 novembre inclus
Programme complet
Cliquer ici : http://www.alphabetville.org/rubrique.php3?id_rubrique=41
 
. Publications
A paraître aux éditions l’Entretemps
Poétique(s) du numérique 2 sous la direction de Franck Cormerais
Plus d’informations, cliquer ici : http://www.web183018.clarahost.fr/prochainement/162-poetique-du-numerique-2-9782355391606.html

                                                                                                                                                                                                Électronique©#01
[fin d’une première journée d’automne]

Teatime / Concerts / Fooding / Pop-up_Store / Chill-out / Exposition / Dj / Bar / Meeting / Surprises.

@ Confluence_théâtre de Paris – [190 Boulevard de Charonne 75020].


13/10/13 _ 16h00> 14/10/13 02h00 _ 12€


SUJET :
Une présentation de travaux électroniques & acoustiques singuliers, immersifs, poétiques, subversifs, concrets.
.

DETAILS :
Un endroit unique de qualité et audacieux vous est enfin proposé au sein de Paris. Il vous sera possible – entre autre – d’y déguster de la cuisine "fait-maison" japonaise sucré/salé, d’écouter de la musique "différente", d’acheter un peu de tout mais de grande qualité, de danser à l’aide d’alcool (?) là aussi de qualité, d’y entrevoir l’exposition "?" et enfin d’y rencontrer de nouvelles personnes, choses, susceptibles de vous convenir tout à fait, car venues ici pour les précisément mêmes raisons. Le tout dans un cadre exemplaire unique (extérieur & intérieur) pour ce genre de manifestation.

N.B =
Les concerts, eux, commenceront exactement au début durant le Tea-Time (collations sucrées faites maison bien sûr) musical et se continueront tout au long de la nuit auprès des plats raffinés/salés japonais élaborés sur place.


CONCERTS :

Henri Chopin
Œuvre revisitée par Joachim Montessuis sur une proposition d’électronique©.
(Instrument : quadriphonie augmentée)
Site : http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Chopin
Extrait : http://youtu.be/mg3NrR7_jYk
http://www.autopoiese.org/
http://www.soundcloud.com/joachim_montessuis


Vidéophage
(Instrument : Vhs préparée)
Extrait : https://vimeo.com/75763896


Frédéric Nogray
(Instrument : silicium)
Extrait : http://www.youtube.com/watch?v=2U_x-EDwOiA&feature=youtu.be


Thomas Tilly
(Instrument : Insecte)
Site : thomas.tilly.free.fr/

Kassel Jaeger & Discipline
(Instrument : bande magnétique)
Site : www.kasseljaeger.com/
Site : josephghosn.wordpress.com/
Extrait :
http://youtu.be/oWc0U-zFj-k
http://www.youtube.com/watch?v=KraN5afMSbw

Strom Varx
(Instrument : Électronique)
Site : https://soundcloud.com/stromvarx-news/a-cogent-heavy-high-technology
Extrait : http://youtu.be/Z7Ilxsu-JlY

Stephan Mathieu
(Instrument : Electronique)
Site : http://www.bitsteam.de/
Extrait : https://soundcloud.com/schwebung/recto-verso/s-yskB1

CHILL-OUT :

Dj.Satok : Ambiance : http://www.youtube.com/watch?v=QljmViz0W5E

Dj.Joseph Ghosn : ambiance : http://www.mixcloud.com/YGR_RADIO/joseph-ghosn-mixtape/

Dj.imagenumerique : ambiance : http://youtu.be/s2EYjL3zaC8

FOODING :

Atsunobu kohira (chef) : Salé = atsunobukohira.wordpress.com/
Misato (chef) : Sucré = from Laduré.

POP_UP_STORE :

Bimbotower : Cool Stuff : http://bimbo.tower.free.fr/
Prêle record : Musique : www.prelerecords.net/
Erratum : Musique : http://www.erratum.org/
And More…
en cours de booking…

INFORMATIONS :
site : http://electroniquesfestival.blogspot.fr/
event : https://www.facebook.com/events/1417112958502172/

 Libr-événements divers

â–º Parution du numéro 12 de la revue Nioques : sonnets visuels d’Eric Lynch, textes de Daniel Cabanis, Sandra Moussempès, Franck Smith, Laura Vazquez…

On méditera l’exergue de Christophe Tarkos : "je ne suis pas pressé, je ne m’étouffe pas / je ne suis pas écrasé, je ne suis pas enfoui, / je ne suis pas encerclé, je ne suis pas écrasé, je respire"…

â–º Du 10 octobre au 10 novembre 2013, les arts numériques sont à l’honneur à Aix-en-Provence avec le festival e-topie : programme et renseignements complémentaires.

â–º Mercredi 16 octobre 2013 à 17H, Sandra Moussempès est l’invitée d’une Journée d’études organisée à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon (station d’arts poétiques) : 8bis, quai St Vincent à Lyon (Grand amphi).

5 septembre 2013

[revue] GAZETTE DES JOCKEYS CAMOUFLÉS – N°9 – SEPTEMBRE 2013

« La Gazette des Jockeys Camouflés » est un tabloïd mensuel de littérature installé dans les marges de la collection « Les Jockeys Camouflés » publié par Bãzãr édition. Parce que la poésie est inadmissible, le poème y tiendra une grande part avec des traductions inédites de poètes étrangers et des interventions d’auteurs contemporains.

Au sommaire :

Lézama Lima : «Tokonoma» Traduction Henri Deluy, Liliane Giraudon et Jean-Jacques Viton
Sarah Kéryna : «Il pleut comme il y a quatre ans»
Hubert Colas : «No signal»
Fabienne Letang : «Titre perdu»

LA GAZETTE DES JOCKEYS CAMOUFLÉS EST ÉDITÉE PAR BÃZÃR ÉDITION – RÉDACTION : LILIANE GIRAUDON ET THOMAS DOUSTALY – CONCEPTION GRAPHIQUE : MARC-ANTOINE SERRA
[LIRE]
http://issuu.com/bazaredition/docs/gazette_09/1?e=6285143/4711766

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