Libr-critique

28 mars 2020

[Libr-relecture] Ivar Ch’Vavar, La Vache d’entropie, par Ahmed Slama

Ivar Ch’Vavar, La Vache d’entropie, éditions Lurlure, janvier 2019, 136 pages, 16 €, ISBN : 979-10-95997-14-6. [Commander]

Trois parties pour ce recueil, La vache d’entropie, Poèmes justifiés et le sublime Cul-de-four amont.   On commence avec la première, l’éponyme. On y chemine avec Ch’Vavar, on avance paisibles, il n’y a pas de quoi, plutôt lieu de s’inquiéter. Ivar s’est mis à regarder « les choses et le monde depuis Le cul des vaches ». On l’imite, on y jette un Å“il au monde par cette lorgnette incongrue, qu’y voit-il Ch’Vavar ?

Le spectacle et le sinistre

« je vois une pente qui N’est pas pour me remonter le moral.» Ni le nôtre. On pourrait tous et toutes reprendre son exclamation « la vache d’entropie » et sans point d’exclamation, histoire de se ménager un peu d’espace, parce qu’ici peu d’espace, ça se déroule en blocs, on est en plein dans la poésie justifiée – Lucien Suel vous en parle par ici. Parce que Ch’Vavar écrit, sans ménagement aucun, ce « monde qui a déjà bien avancé dans son recul… Dans sa Dévastation. » Et pas de désenchantement mou, pas de ces constats en caoutchouc qui rendent compte des effets sans jamais pointer les causes ; « Bravo l’artiste ! Bravo, le pitre sinistre. Bravo le capitalisme – Saloperie ! » Ce même capitalisme désigné quelques lignes plus bas comme clown de funérarium.

Arrêtons-nous sur cette série de noms et d’adjectifs, « clown, artiste, pitre » spectacle, surgissement du spectacle, c’est que le règne de ce capitalisme est, d’abord et avant tout, la suprématie d’un certain spectacle – je vous en parlais dans un tout autre registre avec Joachim Séné –  la langue même se fait spectacle quand Ivar s’arrête sur cet étrange acronyme O.S.E.R advenu dans et par l’imaginaire déviant de communicants  – vous voulez savoir ce que c’est O.S.E.R ? lire La vache d’entropie. Les médias et les maisons d’éditions commerciales n’ont pas le monopole du teasing. Et ce capitalisme, il se fait surtout pitre sinistre, quand on sait que sinister désigne en latin « ce qui vient de la gauche », on perçoit de suite l’angle de Ch’Vavar, pas la gauche bien évidemment, une certaine gauche, celle des « Prime time des télés », de la politique, des philosophes, artistes ou autres « intellectuels » domestiqués.

Vaches contre vache

Voici pour les deux premières pages, vous imaginez bien qu’on ne va pas continuer sur ce rythme, on va survoler, piquer ça et là, quelques et s’y attarder, survoler le monde que Ch’Vavar tisse, parfait contrepoint aux pitres sinistres, monde de poètes – évocation de Pierre Vainclair ou Laurent Albarracin – de peintures, celles de Konrad Schmitt et plus particulièrement Les vaches roses que l’on va traverser dans et par l’écriture d’Ivar :

                                         Une vache, tout en bas, très occupée à
Brouter. Elle écarte drôlement ses pattes de devant. Sa queue,
Grossièrement bifide, n’est pas crédible. Elle ne voit pas celui
qui regarde le tableau, ni rien ; que le bout de son mufle, pro
Bablement. Elle est toute de profil, corps et tête, on ne lui voit
qu’un Å“il ; il est mi-clos, comme endormi. Elle n’a pas de pis.
Ni de couilles, du reste. Mais, si fortement distinguée des au
Tres, serait-elle/le taureau ?

écriture limpide et fluide, rythme singulier des vers justifiés d’Ivar quand il écrit La Grande Picardie Mentale – « étant bien entendu que la Picardie est l’image et la métaphore du Monde et le picard, qu’on entendra ici aussi… » –, avec ses vaches, bien sûr, les villages aussi, déserts, cette ambiance quelque peu mortifère des villages :

Est-ce qu’il est trop tôt encore ? Quatre heures et demie. En tout cas
Les voitures, au moins elles, se sont réveillées ! L’heure de la
Sortie de l’école ? Je suppose que les chiards ne marchent plus
Du tout ? Enfin, c’est un vrai ballet. Et nous sommes les seuls
Piétons, absolument.

Et dans ce portrait des villages désertés aux cafés fermés ou à vendre, ces nouvelles bâtisses « – aussi laides qu’il se doit », on ne peut s’empêcher d’y voir quelques échos – peut-être lointains – à ce qui surviendra quelques mois après l’écriture de ce poème justifié (du 27 février au 5 mars 2018) ; le mouvement des Gilets Jaunes advenu par celles et ceux qui vivent justement en ces espaces, que « le clown de funérarium » (le capitalisme) a aseptisé, enlaidi, fait des riverains des gens à voiture.

Proscrit aux « peine-à-ouïr »

Suivent, dans la deuxième partie, une série de poèmes écrits entre 2001 et 2007 et qui tracent une continuité, malgré l’antériorité de l’écriture. Bouillir avec l’écho, on est parmi les feuillages et les branchages, les racines et les troncs, les « Feuilles mortes envolées / Formant devant le peu de ciel qui restait / Un banc, d’astres noirs, de météores sus / Pendus. »

Et on avance, on avance dans ce décor, résonance avec ce que l’on a dit précédemment, mais désormais on va s’arrêter sur la composition, toujours les vers justifiés bien sûr, mais leur enchaînement, leur déroulement, leur coupe – à ne pas confondre avec la césure – coupe qui tranche le vers, laisse échapper une syllabe sous nos yeux, la langue qui se dérobe, et qui reprend, une impulsion, accélération au vers suivant,

De ce bois
La grande bouilloire a sifflé : elle a bron
Ché sur son brûleur – la grande bouilloi
Re de la forêt de toutes ses forces a sifflé
Mais on se demande ici si ce sif

                                                        flement :

Les coupes pour bron/Ché, sif/Flement, ce jeu à contre-courant du français qui place l’accent tonique à la fin, renversement de Ch’Varvar par la mise en exergue de la première syllabe de bronChé ménageant une parfaite transition entre la bouilloire et le brûleur, ce /br/ comme fil conducteur. Ou encore plus bas, isoler le /sif/ de sifflement, porter l’accent tonique dessus pour clore cette allitération sifflante, « ici si ce sif ».

Nous n’en avons pas pour autant encore fini avec ce poème, agrandissons ensemble l’échelle, sortons du vers et portons notre attention sur le poème, sa composition, la successions de strophes denses où s’étagent les vers (entre 16 et 5 pour chaque strophe), où se déploient les sons et les images, flore dévastée, les arbres coupés abattus « sans souci De l’être (ni des hêtres !) » puis… ces deux derniers vers isolés du reste, queue de comète : « Et moi, Ivar, / J’étais là, j’ai pleuré la mort de ces arbres. »

Quelques mois me séparent de cette lecture et pourtant ça résonne – raisonne ? – encore, T.S Eliot, dans un essai trop méconnu au sujet de la poésie de Dante, écrivait :

« L’expérience d’un poème est à la fois l’expérience d’un instant et celle de toute une vie. (…) un instant qui ne peut jamais plus être oublié, mais qui ne se répète jamais intégralement ; et qui, pourtant, se verrait dénué de toute signification s’il ne survivait pas dans l’ensemble plus large de l’expérience…» (T. S. Eliot, Dante, London, Faber & Faber, 1929 ; trad. fr. de B. Hoepffner, Climats, 1991).

Et c’est bien cette expérience, en acte, qui se produit et se réalise à la lecture d’Ivar Ch’Vavar, son vers justifié, son travail sur la langue et les sonorités, les images et les sons, un ensemble de matières et de manières qui nous affectent radicalement à la lecture, mais surtout affectent nos manières d’être. Et pour la saisir cette totalité dont parvient à se saisir Ch’Vavar, il nous faut nous pencher sur son usage chirurgical des mots, de leur sens et de leur historicité. Quelle ne fut pas ma surprise découvrant ces vers (extraits de chanson de l’horizon) : « (…) des maîtres à qui / nous avons déclaré la guerre : le dji / had des gueux… Corneilles et freux / en avant ! En route pour l’anarchie ! »

Voici un usage du terme djihad dans son sens le plus strict. Des décennies d’amalgames médiatiques ont « encrassé » (pour reprendre le qualificatif de Mallarmé) le terme djihad. Sans cesse, ce terme, trempé dans le bain confessionnel. Pourtant, l’historicité du terme nous dit tout autre choses, djihad est dérivé de djouhd ou jouhd جهد qui veut simplement dire un effort, quant à djihad ou jihadجهاد, cela décrit simplement l’effort de tendre vers quelques chose – qui pourrait être une parfaite traduction du concept de Conatus présent notamment chez Spinoza.

Et avec tout ça, Ivar Ch’vavar il tend vers Quoi ? L’Éternité…  justifiée !

26 mars 2020

[Chronique] Jean-Michel Espitallier, Cow-boy, par Fabrice Thumerel

Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, janvier 2020, 144 pages, 15,90 €, ISBN : 978-23-60840-22-9. [Commander]

« Les mythologies des familles sont des constructions en équilibre instable,
agencements de petits faits pas vrais, récits au tamis,
tris sélectifs et bricolages pour que l’histoire présente bien.
Il y a les braves types surexposés sur les commodes.
Il y a les drôles de loustics enfouis au fond des tiroirs.
La gloire ou le passage à la trappe. Pour mon grand-père Eugène,
ce fut la seconde destination » (exergue, p. 9).

 

Comment faire pour saisir un fantôme, c’est-à-dire une figure familiale reléguée aux oubliettes ? Et pourquoi mener l’enquête ? Comment / que raconter quand on ne sait rien ou presque ? C’est là que commence l’écriture, nous suggère Jean-Michel Espitallier : faire parler le silence… non pas combler le vide, mais jouer avec, flirter avec le trou béant, faire affleurer le je d’un jeu avec le temps (et) des origines…

Écrire, pour le poète, c’est traverser la nuit-des-temps, « les filtres de la famille » et « des souvenirs de souvenirs » (115), les représentations scolaires et socioculturelles les plus diverses, pour évoquer l’absent de tout bouquet familial, « le cow-boy qui se retourne [et] ne tarde pas à se faire flinguer par la sédentarité des familles rurales » (96)… C’est ici réussir une attachante (anti)mythobiographie.

Ce récit indécidable – qui multiplie donc les hypothèses – se distingue avant tout par ses processus de distanciation et de relativisation. Relève du premier un sens du paradoxe qui peut être empreint d’humour : d’emblée, le narrateur annonce qu’il va « raconter l’histoire d’un pauvre cow-boy solitaire », mais que « de cette histoire » il ne sait rien (14) ; les immigrés sont accueillis à Ellis Island, un « camp de concentration » dont le nom est une antiphrase, « la Golden door » (28) ; « L’Américain passe du vide (indien) au plein (américain) en moins de six générations » (35)… Espitallier excelle dans le jeu avec les représentations toutes faites, scolaires et légendaires, parodiant les récits d’aventure, les westerns et les « glorieuses épopées » destinées à « faire rêver les foules et amuser les petits enfants » (38), et multipliant les clins d’Å“il amusés à Flaubert, Zola, Mallarmé, Proust, Apollinaire, Giono, ou encore à L’Odyssée de l’espace de Kubrick. Terminons la brève analyse du processus de distanciation par l’examen d’un passage révélateur : « The winner is ? Celui qui tire le premier, parce que sinon il est le premier à être tiré. Celui qui tire le premier est toujours celui qui va s’en tirer » (40). Le détournement d’un lieu commun débouche ici sur un agencement répétitif (avec une antanaclase) qui dédramatise le sort tragique du cow-boy.

Ressortissent au processus de relativisation les listes du début, qui replacent l’histoire particulière d’Eugène dans la grande, celle des autres pionniers partis comme lui à l’aventure, et surtout l’odyssée même de l’espèce humaine (avec l’allusion indiquée à Kubrick). Pour ce qui est de l’histoire américaine du début XXe siècle, dans laquelle la vie du grand-père s’est inscrite, l’écrivain l’évoque au moyen de l’épitomé, cette technique simultanéiste qu’ont utilisée les romanciers américains, de même que Sartre et Giono : « Au même moment a lieu la première communication téléphonique entre New York et San Francisco, Californie. Au même moment a lieu la première communication intercontinentale par TSF entre Arlington, Virginie, et Paris. Au même moment, William J. Simmons et ses hommes réunis sur Stone Mountain, Géorgie, plantent une croix qu’ils font brûler, marquant la renaissance du Ku Klux Klan » (54)… Le destin du grand-père est également et enfin intégré dans une temporalité générationnelle : « Que resta-t-il d’Eugène pour les générations futures ? Rien. Rien, sinon des souvenirs de souvenirs » (115)…

Si on a tous quelque chose en nous de Californie, il n’empêche, pauvres de nous, que tout est vanité.

21 mars 2020

[Chronique] L’amour pas la guerre (à propos de Gilbert Bourson, Phases), par Jean-Paul Gavard-Perret

Gilbert Bourson, Phases, postface de Philippe Thireau, Tinbad éditions, coll. « Tinbad – Chant », 2020, 80 pages, 13 €, ISBN : 979-10-96415-28-1. [Commander] [© Jacques Cauda, Portrait de Gilbert Bourson]

« Ce texte fulgurant, viol de tous les instants connus,
vus, passés, à venir est construit dans le lit du Scamandre,
dieu-fleuve, métaphore, ce peut-il, de la couche d’Hélène de Troie
qu’Achille aurait saillie ? » (Philippe Thireau, p. 76).

Le temps dresse entre nous et des oeuvres passées une barrière et une manière de les couler dans un bronze qui n’est pas forcément le bon. Et, en pensant au travail sur la langue de Guyotat, Bourson a relu l’épopée de Homère qui, écrit-il, « implique le sexe dans le bordel conflictuel de l’histoire ».

Tout se joue en effet « autour du cul d’Hélène ». Mais la charge érotique du récit a été éradiquée par l’idéologie implicite des temps pour laquelle le sexe est toujours un danger à l’ordre social. Et ce – paradoxalement –  au profit de conflits politiques de l’Histoire. Il s’agit de cacher non seulement les seins qu’on ne saurait voir mais d’assécher les réservoirs de pulsions auxquelles la politique et la guerre tiennent lieu de cache-sexe.

En redonnant sa relecture à L’Iliade, Gilbert Bourson permet de voir enfin le « visage » qui se cache dans l’oeuvre. La prose poétique supérieure de l’auteur iconoclaste crée le passage de la guerre à l’amour, là où les transports guerriers font place aux amoureux.

Il existera sans doute des pisse-froids pour trouver là une interpréation excessive d’un texte fondateur. Mais avec Bourson le désir souffle ses naseaux et mâche le cuir des corps et des âmes dans une traversée des temps. Car certes, il y a Homère, existent ici tout autant Lucrèce, Monteverdi pour ouvrir le bouclier de bouches qui ne sont en rien amères et ce en une seule et immense phrase.

Elle commence avant le début du livre et ne s’arrête pas à son terme. Elle charrie, venue de l’Empyrée ou d’ailleurs, des goulées de souffles et de sueurs au delà des ultimes retenues. L’air alors s’avale entièrement dans la propension d’éros. Et en ce sens c’est parfait.

© Merci à Jacques CAUDA de nous avoir autorisé à reproduire ce magnifique Portrait de Gilbert Bourson.

14 mars 2020

[Chronique] Éric Clémens, TeXTes (anthologie), par Bruno Fern

Éric CLÉMENS, TeXTes 1970-2019, anthologie composée par Dominique Costermans et Christian Prigent, illustrations de Philippe Boutibonnes, Marcinelle (Belgique), éditions du CEP, mars 2020, 144 pages, 15 €, ISBN : 978-2-39007-054-2.

 

Auteur de nombreux ouvrages aussi bien philosophiques que littéraires, Éric Clémens en publie ici un nouveau, fait de textes issus de ces deux veines et parus dans la revue TXT, du n° 2 (1970) au n° 33 (2019)[1]. À plusieurs reprises il y souligne les liens qu’il établit entre ces régimes différents d’écriture pour lui : « la fiction déchaîne la pensée : elle l’ouvre toujours à sa genèse et à son achèvement, jamais fixés », une telle démarche s’inscrivant dans la perspective d’une émancipation qui soit à la fois civique et artistique – autrement dit, dans l’exigence a priori paradoxale d’un en commun et d’une singularité. Du premier au dernier texte, on repère vite des lignes de force comme autant de questions fondamentales sans cesse retravaillées, tout particulièrement la mort, le sexe, la langue et le politique, croisées à travers des pôles entre lesquels l’écriture n’en finit pas d’osciller : excès/formalisation, réel/langage. Recourant à de multiples notions, essentiellement philosophiques (de Platon à Derrida), psychanalytiques (Freud et surtout Lacan) et littéraires (de Rabelais à certains de ses compagnons de route txtienne, en passant par Sade, Rimbaud, Mallarmé, Artaud, Bataille, Ponge, Max Loreau et Marc Quaghebeur, entre autres), Éric Clémens tente ainsi de penser sa pratique de lecteur et d’écrivain.

Selon lui, une lecture digne de ce nom doit être suffisamment lente pour opérer « un mouvement de doublement du texte lu » qui permette de mettre en évidence ses contradictions internes (c’est-à-dire l’absence en lui de « non-contradiction décisive »), sa dimension d’intertextualité et son caractère intrinsèque d’inachèvement. Au fil des années, il a lui-même appliqué cette méthode au décapant verheggenien dont il analyse avec précision l’efficacité, via une « cocasserie déformante », envers les discours totalitaires (ceux du maoïsme vivace à l’époque et d’une conception dogmatique de la psychanalyse) ; de même, il distingue dès 1985 les principales caractéristiques de la langue inventée par Christian Prigent et, par ailleurs, dans une approche bataillienne, il affirme de Rabelais que sa « fiction ne pourra dire les dépenses du réel (jouir, mourir) que dans les langues de la dépense ». Pour ce qui tient à l’écriture, Éric Clémens s’attache à détailler les trois composantes, à ses yeux, de la fiction telle qu’il la conçoit : la figuration (qui « cherche à doubler le réel d’un supplément qui ne lui ressemble pas, mais y insère des inventions de rapports »), le rythme qui « touche à toutes les dimensions de la langue et à toutes les sensations du corps, entre en jeu par la voix, au signifiant et au souffle » et la narration qui, loin d’une linéarité pseudo-transparente, « joue et déjoue les événements singuliers qui forment récit ».

D’un numéro de TXT à l’autre, ces deux questions centrales, parfois abordées par le biais de diverses problématiques (le carnavalesque, la pratique vidéo dans ses rapports à la fiction, la BD et l’illusion représentative, etc.) ont permis à Éric Clémens d’exprimer des positions qui échappaient heureusement aux modes successives de pensée – l’ensemble finissant par retracer une histoire certes personnelle mais significative du projet txtien qui était (et reste encore) de « vider la poésie de la poésie qui bave de l’ego, naturalise et mysticise, dénie obscurités, obscénités, chaos et cruautés, décore le monde et marche à son pas – même quand elle affirme le contraire, au prétexte de quelques énoncés protestataires »[2].

Quant aux textes de fiction de l’auteur lui-même, ils attestent de la cohérence de sa démarche car on y retrouve la plupart de ses interrogations théoriques : « simul or et corps / usure / simul ocre / âcre corps geste-sexe / simulacre / ocre d’or » (1970) ; « Et la langue ? / Qui survient ? Force le passage ? » (1988) ; à propos de passage, notons celui qui mène du titre d’un poème de 1990, Métamorphoses, au dernier vers : « Mets ta mort fausse » et pour poursuivre sur cette lancée : « je suis mort existe pas mais j’existe oui ça oui je ne cesse pas de rester en vie jamais suis mort jamais encore moins j’étais jamais pas de jamais pas de j’aimais à l’imparfait » (2018) – autre façon d’y être toujours.

TXT boys : de gauche à droite, Éric Clémens, Alain Frontier et Christian Prigent.

[1] TXT est parue de 1969 à 1993 (n° 1 à 31) puis réapparue depuis 2018 (n° 32 et 33).

[2] Christian Prigent, Point d’appui 2012-2018, P.O.L., hiver 2019 (une vraie mine à explorer), p. 231.

8 mars 2020

[News] News du dimanche

Riche mois de mars : UNE sur Julien BLAINE ; notre Libr-sélection de livres reçus ; nos Libr-brèves par monts et par vaux…

UNE : pas de Fin pour un grand artiste… Julien BLAINE

Du 14 mars au 10 mai 2020 à La Tour-Panorama, 3e étage, VERNISSAGE LE 13 MARS 2020 : Le Grand Dépotoir de Julien Blaine.

INFOS PRATIQUES

Bon débarras / Fin d’un artiste. Après toute une carrière passée à contre-courant du marché de l’art, Julien Blaine, poète, performeur et l’un des créateurs de la poésie-action, a décidé de liquider sa vie d’artiste. Tout doit disparaître ! « Le public pourra venir choisir les Å“uvres qu’il désire emporter gratuitement. »

 » Évidemment ce serait plus pertinent, plus exemplaire, si j’étais Christofer Wool, Peter Doig,
Damien Hirst, Richard Prince, Anselm Kiefer, Adrian Ghenie, Marc Grotjhan, Rudolf Stingel, Zeng Fanzhi, Yoshitomo Nara, Jeff Koons, Ai Weiwei…

Si j’étais un artiste issu de l’impérialisme américain made in United State of America ou asiatique made in République Populaire de Chine !

Je ne suis que Blaine, Julien Blaine, et je ne suis pas dans le marché de l’art à part quelques rares collections italiennes, suisses, floridiennes et françaises que je puis compter sur les doigts de mes 2 pieds.

Le but de cette exposition Le Grand Dépotoir est donc le suivant : montrer tout ce qui me reste dans mes ateliers : absolument tout ! Les choses seront déposées dans les pièces et sur les cimaises de l’expo de-ci, de-là à l’emporte-pièce (le mot composé est doublement juste).
L’exposition durera un mois, durant ce mois le public pourra venir choisir les Å“uvres qu’il désire emporter gratuitement. Et à la fin, le mois étant écoulé, ce qui reste de l’expo composera un beau feu de joie à moins que tel musée les récupère dans ses réserves… !
Et je ne produirai plus que du texte dans des livres ou des revues.
Plus aucune toile, dessin, sculpture, installation, plus rien pour les collectionneurs, les galeries et les musées. Et pas loin de passer au stade octogénaire, je cesserai aussi de me produire en chair et en os et en public.  » /Julien Blaine/

BON À SAVOIR

Le Grand Dépotoir est un drame en trois actes :
– Acte I • Bon débarras / du 14 mars au 12 avril
– Acte II • Tout doit disparaître / du 17 avril au 9 mai
– Acte III • Liquidation avant fermeture / le 10 mai

Pendant toute la durée de l’exposition, le public est invité à choisir et garder l’Å“uvre de son choix.
> À chaque début de nouvel acte (les 13 mars, 17 avril et 10 mai), possibilité de repartir tout de suite avec !
> Le reste du temps, possibilité de réserver l’Å“uvre de son choix et de venir la récupérer aux dates de retrait :
Réservation d’Å“uvre du 14 mars au 12 avril – retrait les 11 & 12 avril
Réservation d’Å“uvre du 18 avril au 9 mai – retrait les 8 & 9 mai

Trois entractes performés ponctuent l’exposition :
24 avril : Charles Pennequin et Will Guthrie, batteur
3 mai : Edith Azam et Eric Ségovia, guitariste
10 mai : Julien Blaine et Richard Léandre, contrebassiste

HORAIRES

Vernissage le 13 mars à partir de 18h – Performance de Julien Blaine à 19h dans l’espace d’exposition

Exposition ouverte du mercredi au vendredi de 14h à 19h
Samedi et dimanche de 13h à 19h

Attention, fermé les lundis et mardis

Libr-10 (notre sélection de livres reçus en février/mars 2020)

► Pierre ALFERI, Divers chaos, P.O.L, 270 pages, 18 €.

► Julien BLAINE, Le Grand Dépotoir, Al dante/Presses du réel, 224 pages, 25 €.

► Julien BLAINE, 2019. Albumanach bisannuel, ibid., 248 pages, 30 €.

► Jean-Philippe CAZIER, Europe Odyssée, éditions Lanskine, 48 pages, 13 €.

â–º Anne-James CHATON, Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, P.O.L, 248 pages, 18,90 €.

► Éric CLÉMENS, TeXTes 1970-2019, anthologie composée par Dominique Costermans et Christian Prigent, illustrations de Philippe Boutibonnes, Marcinelle (Belgique), éditions du CEP, 144 pages, 15 €.

► Christophe ESNAULT, Ville ou jouir et autres textes navrants, Mugron (Landes), éditions Louise Bottu, 164 pages, 14 €.

â–º Christophe GROSSI, La Ville soûle, Publie.net, coll. « Temps réel », 232 pages, 18 €.

â–º A.C. HELLO, Animal fièvre (2 CD), Trace Label : commander. La Peau de l’eau, Pariah, 16 pages, 5 €.

► Jean-Claude PINSON, Pastoral. De la poésie comme écologie, Ceyzérieu (Ain), Champ Vallon, 180 pages, 18 €.

Libr-brèves

► Découvrez l’envoûtant premier ciné-poème de Christophe Manon, « Ce sont des boutons imbéciles ceux qui commandent aux bombes ».

► Lecture de Michael Heller, Sara Larsen et Sandra Moussempès le jeudi 12 mars à 19h : Atelier Michael Woolworth (2 rue de la Roquette, cour Février 75011 Paris).

► OBLIQUE STRATEGIES / PART 2 Proposé par VOIX OFF : 7 mars-18 avril 2020
Samedi 14 mars 2020 à 18h : Lecture par Pierre Alferi, Jean-Christophe Bailly, Frédéric Boyer, Suzanne Doppelt, Abigail Lang et Dominique Pasqualini. Martine aboucaya : 5 rue sainte anastase 75003 paris (tel +331 4276 9275)

► Jeudi 19 mars à 19H, Le Bal des Ardents (17, rue Neuve 69001 Lyon) : Rencontre avec Philippe Thireau, Gilbert Bourson et Guillaume Basquin (éditions Tinbad).

► À l’occasion de la sortie française de Ce qui n’existe plus, Krishna Monteiro sera présent le 26 mars 2020 de 19 h à 21 h à la Librairie portugaise et brésilienne, 21 rue des Fossés Saint-Jacques 75005 Paris.

5 mars 2020

[Chronique] Simone Debout et André Breton, Correspondance, par François Crosnier

Simone DEBOUT & André BRETON, Correspondance 1958-1966, suivie de « Mémoire. D’André Breton à Charles Fourier : la révolution passionnelle » & de « Rétrospections », Éditions Claire Paulhan, novembre 2019, 288 pages, 35 €, ISBN : 978-2-912222-65-7.

 

« C’était comme si, grâce à vous, le bel arbre de Fourier venait pour moi de fleurir,
encore plus resplendissant et odorant, une seconde fois. »

(André Breton à Simone Debout, 15 septembre 1958).

 

« Fourier revient », tel était le titre du dossier proposé par la revue Critique voici cinq ans (n° 812-813, janvier-février 2015). Y figurait notamment un article de Joël Gayraud, « Au miroir des analogies. Le surréalisme et Charles Fourier », lequel rappelait justement ce que le rayonnement de l’œuvre de Fourier, « moins d’ailleurs comme système de réforme sociale que comme incitation à la liberté des mœurs et source de poésie » doit à André Breton (L’Ode à Charles Fourier a été écrite au cours de l’été 1945) et au surréalisme.

Les lecteurs de Fourier, quant à eux, savent depuis longtemps ce qu’ils doivent au travail fondamental et pionnier de Simone Debout, maître d’œuvre de la réédition des œuvres complètes chez Anthropos en 1967 (reprise partiellement entre 1998 et 2013 aux Presses du Réel) et dont les recherches entamées dans les années 50 ont conduit, notamment, à la découverte et à la publication du manuscrit du Nouveau Monde Amoureux (1817-1819), qui a tant contribué au revival de Fourier. Elle rencontre André Breton « tardivement, au temps du déclin de son influence, et même de sa vie » et parle de « l’espèce d’ordination dont il m’avait privilégiée :   ̎vous allez parler de Fourier, disait-il, vous seule allez parler de Fourier  ̎».

Leur correspondance, établie, annotée et présentée par Florent Perrier avec le concours d’Agnès Chekroun avait fait l’objet d’une pré-publication en 2016 dans les Cahiers Charles Fourier. Elle est reprise ici dans la très belle maquette qui caractérise les ouvrages publiés par Claire Paulhan, abondamment et savamment annotée et illustrée. Elle comprend 10 lettres d’André Breton et 21 lettres de Simone Debout et s’étend du 30 juillet 1958 à la mort de Breton, le 28 septembre 1966.

Elle est naturellement centrée sur le travail de Simone Debout, la publication d’articles et la communication d’inédits, notamment d’extraits du Nouveau Monde Amoureux dans la magnifique édition Pauvert de la Théorie des quatre mouvements, dont la parution toujours différée (envisagée dès 1961, elle n’aboutira qu’en 1967) est le feuilleton de ces années-là.

Mais rapidement le ton des lettres est devenu plus personnel : dès la lettre 4 (29 septembre 1958), la parution d’un numéro de la revue 14 juillet « beau comme un drapeau noir haut levé » donne lieu à un long commentaire de Simone Debout sur De Gaulle et « l’invention politique ». Le sentiment de la nature (pour elle, les montagnes de Chartreuse, au-dessus de Grenoble où elle vit ; pour lui, « le seul soleil que j’aime, celui – très pâle – des matins d’hiver, quand il avait eu tout le temps de se faire oublier et qu’il n’existe encore, si l’on peut dire, qu’à l’état de promesse ») nourrit de nombreuses lettres. Simone Debout répond à Breton qui lui a demandé « des renseignements précis sur les agathes roulées aux environ de Grenoble » (4 mai 1960). La santé des correspondants et celle de leur famille, les deuils, sont partagés. Les « respectueux hommages » de Breton deviennent « fervente affection ». Comme le dit Simone Debout, « … il me parut tout simple d’écrire à André Breton, de souhaiter le connaître. Et André Breton trouva tout simple de répondre à ce vœu et de m’offrir ce qui est aujourd’hui le souvenir d’une présence et d’une amitié enthousiaste »[1].

Entendre Simone Debout, âgée de 100 ans, évoquer cette amitié dans les locaux de la Librairie Tschann le 24 novembre 2019 était très émouvant, pour tous ceux qui ont découvert et aimé Fourier grâce à elle.

Placée « sous le signe « d’un échange, d’une double fervente attention et d’un enthousiasme commun pour Charles Fourier », cette correspondance est une contribution importante à l’histoire des relations du surréalisme avec Fourier, mais aussi une joie pour l’œil et pour l’esprit.

[1] « André Breton », in Cahiers Charles Fourier, numéro 27 – 2016. Outre la correspondance, ce numéro reprend les articles de Simone Debout parus dans Le Surréalisme, même et dans les catalogues des Expositions Internationales du Surréalisme de 1959 (EROS) et 1965 (L’écart absolu), cette dernière placée sous le signe de Fourier.

25 février 2020

[Chronique] Joachim Séné, L’Homme heureux, par Ahmed Slama

Joachim Séné, L’Homme heureux. Détruire internet, Publie.net, coll. « Temps réel », 2020, 216 pages, 18 €, ISBN : 978-2-37177-592-3 ; 5,99 € en format numérique : télécharger.

Il est des œuvres dont on rend compte plus difficilement que d’autres, L’Homme heureux est de celles-là, tant elle déroute par son foisonnement et sa manière, agencée par des flux entremêlés qui composent cette matière tout à fait englobante : tout y est pris, tout y est brassé, nos lubies et nos désirs, nos divertissements et nos errements, c’est le quotidien qui s’y esquisse, celui de nos vies contrôlées et disciplinées.

Quel fil tirer, ou plutôt quel câble ? Parce que de câbles – sous-terrains et sous-marins – il en sera question tout au long des 200 pages qui composent ce texte singulier, ces câbles qui font internet, par l’intermédiaire desquels vous lisez ces lignes. Et C’est là l’une des particularités de ce texte, rendre compte du monde en s’attardant sur la manière dont le média numérique en façonne notre représentation – nous l’évoquions avec Pierre Ménard –, tout en prolongeant le questionnement du côté des infrastructures qui font et font tourner le média numérique.

Le pouvoir est dans l’infrastructure

Nous sommes passés des sociétés disciplinaires aux sociétés de contrôle, il faut avant tout contrôler et non pas simplement réprimer. Et pour exercer ce contrôle, il faut des infrastructures, car « le pouvoir réside désormais dans les infrastructures de ce monde » (Le Comité invisible, À nos amis, La Fabrique, 2014, p.83). Et c’est ce que démontre admirablement L’homme heureux, on les voit, on les lit ces mots d’ordre qui partout essaiment, dans le monde de l’entreprise comme dans celui des transports –  « Vous êtes à bord du tramway 1, en route pour une belle journée de travail, avec la ratp et votre employeur » –, les corps, donc les êtres et leurs manières, domestiqués –  « tout le monde est debout, les sièges ont été enlevés des transports en commun pour des questions d’optimisation (…) tout se joue debout désormais ». Mots d’ordre qui se répercutent et que lentement on intériorise, cette Karine végétarienne et qui se met à manger de la viande parce qu’ « être carniste permet de mieux s’intégrer (…)  elle a développé d’autres compétences relevant de la virilité me dit-elle, une autorité agressive quand il faut, les blagues aussi, sous forme d’une misogynie tendre qu’elle s’applique avant les autres.» Elle se rassure, Karine, « c’est un rôle qui lui sert ». Mais à y regarder de plus près, à y regarder du côté de l’étymologie, le rôle, l’adoption d’un rôle, c’est déjà la victoire du contrôle.

Et c’est là la force de ce texte, c’est de s’attarder sur la représentation, ce monde de la représentation – « tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation » (Guy Debord, La société du spectacle, Folio Gallimard, 1992 [1967], p.15) –, mais en pointant la manière, la matière physique dont se construit le spectacle de la représentation ou la représentation du spectacle. Ces câbles, ces câbles qui charrient la masculinité. Et la finesse de Séné, en excellent connaisseur du numérique, ce n’est pas de faire du web un mal en soi[1]. Pour internet comme pour toute chose, il n’y pas de mal, mais du mauvais, ce mauvais venu par la centralisation, le bon étant le code, ce code qui nous permet de faire d’internet ce que nous voulons et désirons. « Le code ne pourra pas faire loi sur les réseaux sociaux, comme il fait loi sur le transport neutre de données malgré les tentatives des états de casser ça. »

Ainsi s’agira-t-il de « Détruire internet » tel qu’il s’est construit, tel qu’il se fait prolongement du contrôle. Sortir internet, et nos vies avec, de la marchandise, du travail marchand, de la production qui n’a d’autre but que de produire et se reproduire.

« … cette étanchéité entre les deux, total schizo mais ça marche et se maintient et ça ne bouge pas, c’est une condition de fonctionnement de l’ensemble et on tremble de penser que, sous d’autres conditions, dans les murs d’une entreprise on pourrait vivre comme dehors en lisant, en créant, en prononçant des mots vains sans rapport direct avec demain et la production, en organisant des événements, en imprimant des journaux. »

Un tramway simonien

À lire les lignes ci-dessus, on pourrait croire que nous avons affaire à un essai ou à quelque roman à thèse, il n’en est pourtant rien. L’une des plus grandes forces de L’Homme heureux est que le propos s’insère dans l’écriture, et cette même écriture sert le propos. Joachim Séné fait partie de ces quelques écrivains et écrivaines  ayant lu avec l’attention qui lui est due Claude Simon, et qui prolongent à  leur manière l’écriture simonienne – il y a peu, je vous parlais de Ryad Girod. À lire L’Homme heureux, à voir tout au long de ses pages ce tramway cheminer, impossible de ne pas faire le parallèle avec l’auteur du Tramway et ce n’est pas tant à ce roman que je pense, mais au Palace – 1962, Minuit – trop injustement méconnu, se déroulant à Barcelone au cœur de la révolution de 1936, et dont la troisième partie met en scène, selon une composition tout à fait singulière, le cheminement de tramways portant des enseignes publicitaires disséminant ces « réclames » dans toute la ville, répétant l’apparition de ces réclames par leurs allers et retours incessants, avec les arrêts de ces tramways, leurs cahots. Et c’est à un tel jeu que se prête Joachim Séné avec ce tramway qui va et qui vient, ce tramway qui traverse le roman et qui, à mon sens, est l’allégorie de la révolution. Tramway et révolution, quel lien ? Pour le comprendre, il faut en revenir à l’épigraphe du roman de Claude Simon susmentionné :

« Révolution : Mouvement d’un mobile qui, parcourant une courbe fermée, repasse successivement par les mêmes points » (Larousse).

Ce tramway donc qui sillonne le roman de Séné et qui fait écho à la contre-révolution advenue, ce passage, que nous évoquions, de sociétés disciplinaires à des sociétés de contrôle. Et voici, comment nous bouclons notre propre boucle.

 

[1] Spinoza et tant d’autres nous ont appris à nous affranchir des conceptions du Bien et du Mal, leur préférer la relativité du bon et du mauvais. Une chose étant bonne ou mauvaise selon son contexte et sa situation. « Par exemple, la Musique est bonne pour le mélancolique, mauvaise pour l’affligé ; et pour le sourd, ni bonne, ni mauvaise » (Préface du Livre 4 de L’Éthique, trad. Bernard Pautrat, Le Seuil, 2014).

21 février 2020

[Chronique] Philippe Thireau : Adoration (à propos de Melancholia), par Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Thireau, Melancholia, préface de Gilbert Bourson, Tindbad éditions, coll. « Tinbad-fiction », 2020, 52 pages, 11,50 €, ISBN : 979-10-96415-27-4.

 

En diverses phases Philippe Thireau récrit « l’histoire du soldat » de Rimbaud comme de Ramuz mais dans un contexte particulier : celui que connurent les jeunes appelés des années 60 lors de la Guerre d’Algérie.

Comme beaucoup il est parti vers Alger, les Aurès, la Kabylie et l’aimée à la robe violette est restée en métropole. Cette histoire est importante pour l’auteur même s’il la traite avec pudeur. Mais dans sa segmentation et ses reprises, elle revient en une sorte d’oratorio – c’est pourquoi nommer ce texte « L’histoire du soldat » n’a rien de fortuit.

L’auteur diffuse par bribes, coupes, reprises un accomplissement qui ne sera pas le bon puisque le soldat ne reviendra pas. Se coud néanmoins une multitude de situations et le flux des processus vitaux où la figuration est libérée des références classiques de la psyché.

Les êtres sont donnés dans le sentir d’une présence de divers espaces sourdement remplis mais aussi nourris d’intervalles traversés et filtrages. La répétition des points est toujours contrariée par leurs tailles inégales. Ils s’interrompent parfois et reprennent pour donner un souffle aux formes afin que l’imaginaire crée un espace distancié mais prégnant.

Le texte gagne en ouvertures dans de tels tracés. C’est une manière de faire surgir une réalité plus expressive et impressive par un traitement particulier de la compacité et l’opacité du réel.

Cassant le chaos de l’amour par ses géométries vagabondes, Thireau crée une modalité de rupture et de rapiècement en un arpentage où des niches apparaissent ça et là dans le plein ou par un seul effet de périmètres optiques.  Tout pose un questionnement essentiel sur les notions de présence, d’existence, de mort à travers un entretien qui à l’inverse de celui de Blanchot ne put rester infini.

9 février 2020

[Libr-relecture] Boris Wolowiec, Nuages, par Christophe Stolowicki

Boris Wolowiec, Nuages, Le Cadran ligné, 48 pages, 10 €, 2014, ISBN : 978-2-9543696-1-7.

 

Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? – Ni père ni mère, ni amis ni patrie, ni beauté ni or mais les nuages … les nuages qui passent … là-bas … là-bas … les merveilleux nuages !

Soit, après un siècle et demi : « Nuages, géants, gisants, métamorphose, joie, vulnérabilité, extase, candeur, lenteur […] envol, silence, vent, insinuation, aisance, inouï, inconnu, imminence, sac, cinéma, âge, jusqu’à, somnambule […] beaucoup, beaucoup blanc […] gris blanc, trampoline […] orgie, aura, orgie d’auras […] coma, immortalité, aujourd’hui, coma de l’immortalité […] embrasser, boire embrasser, nager, nager le ciel, nager le silence du ciel […] démesure de la clandestinité, neiger, neiger la démesure de la clandestinité […] azurage […] innocence du gris […] nimbes, béance, nimbes béants […] transposer reposer, transposer reposer l’espace jusqu’à la blancheur du temps. »

Où le poète citadin appose en fluide prose son baiser de chat sur la langue saisie au vif d’un genre radicalement nouveau ou presque, l’antipoète ermite musse, mousse, masse, amasse et met en place une hoquetante combinatoire qui d’anaphore en épistrophe happe tout ce qu’un test de Rorschach, au « vide anthropomorphe des apparences », décape et estampille, escarpolette de bénignité. Jouant de deux trois instruments sur une note unique, un maximalisme de nimbes, parfois de limbes, dévoie la syntaxe en parataxe, transitif et labile.

Quand « les nuages entassent des tourbillons de tendresse à blanc, de tendresse à gris blanc », on entre dans l’ouate de la nébulosité comme on traverse en avion l’épaisseur d’une mer de nuages. L’ « étrange lenteur des nuages […] de leur existence jusqu’à leur apparition » se double d’une vélocité de vif-argent mercuriel sur talents ailés, une dialectique viscérale croise décroise des genoux d’ange. « Les nuages contemplent le ciel à illisible et sauve voix », à claire-voie, en passe à gué d’une impasse plus pensée que sonore dont s’honore le lecteur volontiers abusé. Une cosmologie, une ontologie malmènent démènent l’espace-temps du « destin à tu » à toi.

« Les nuages dénudent la transhumance du ciel. » Les décrire ? Oui mais comme de son corps une courbe, celle de l’espace-temps.

À « bousculades bues », une récurrente commode « amnésie » espace, ajoure une économie tenace de la gravitation, en plus de souvenirs que si j’avais mille ans. La position des nuages sur la planisphère de lit du délit favorise une culture de l’oubli sur fond d’ « immanence », seule astronomie à portée de poète. « Les nuages bégaient les nuances. Les nuages bégaient la démesure. Les nuages bégaient les nuances de la démesure. » La réversibilité exhaustive du lanceur de dés tire pêle-mêle de l’abysse quinte flush et carré d’as, soulier crevé et poissons morts. Paroli de perles en nage huîtrière.

Sur le dos satiné des molles avalanches, une lune triste se livre aux longues pâmoisons. En un siècle et demi, les « avalanches » se sont étoffées d’une dialectique.

4 février 2020

[Chronique] Julien Green, Journal intégral, par Jean-Paul Gavard-Perret

Julien Green, Journal intégral, 1919 – 1940, édition établie par Guillaume Fau, Alexandre de Vitry et Tristan de Lafond, Bouquins-Laffont, tome 1, automne 2019, 1330 pages, 32 €, ISBN : 978-2-221-20307-1.

Le journal de Julien Green renverse la statue de commandeur de l’auteur catholique. Celui qui s’est converti à cette religion y a trouvé peut-être un salut mais – auparavant – des visions plastiques qui n’ont rien de pieuses. Preuve que le mélomane qui aimait autant l’opéra (fréquenté aux côté de sa mère et de Cocteau) que les ballets les appréciait autant par l’amour de l’art que celui des corps des éphèbes. Et il en va de même pour les visions christiques.

Ce Journal énorme par ses pages (il sera édité en quatre tomes) est dans le premier volume celui d’un érotomane. Il ose une pornographie solaire qui ne pouvait être publié de son vivant. Les lieux de stupre et de fornications homosexuelles (pissotière, bains douches, transports en commun) et les diverses relations (tarifées ou non) s’épanouissent avec très rarement un relent de remords ou de péché.

Dès lors, la lecture des romans (un peu oubliés) de Julien Green ne peut se pratiquer de la même manière après celle d’un corpus qui montre la source d’où ils sortent. Le Journal possède une forme de science dans l’effet retard qu’il produit et les présences qu’il affiche.

Pour autant, Green ne cherche pas à provoquer une émotion érotique immédiate. Il demande au lecteur une sorte de reprise mentale. Certes, l’écriture inscrit une picturalité de la « chose » ou du sentiment lui-même, mais aussi une pulsion vitale qui s’affiche sans fards.

La perception de l’homme et de l’oeuvre s’en trouve transformée. Toujours styliste, mais d’une autre façon l’auteur ne se préoccupe ici que des hommes qui se donnent – ou parfois fuient.

Nul repentir. Juste l’ivresse du désir et du plaisir abondamment décrite. Green en forçat du sexe fait ici table rase des élévations mystiques. D’autres l’intéressent pour assouvir sa faim. Le tout dans le « swing » d’une écriture qui n’y va pas par quatre chemins dans son gay savoir.

 

30 janvier 2020

[Chronique] Les ritournelles de Daniel Pozner, par Christophe Stolowicki

Daniel Pozner, Chuchoté au petit matin, Fidel Anthelme X, « La Motesta », octobre 2019, 42 pages, 7 €, ISBN : 978-2-490300-06-8.

Défense, illustration, impatience et épluchures de la langue française, Les presses du réel, coll. « Pli », 4e trimestre 2019, 72 pages, 10 €, ISBN : 978-2-37896-110-7.

 

Taire en flammes les départs de feu et leur cent de fumées. Garder arable le champ de vision, ne s’approprier rien. Des chuchotées au petit matin phrases de réveil, reste imprégné leur mouvement, ce qu’elles ont entrelacé, délaissé de sens.

« Les parallèles se / rejoignent de loin en loin » – en double page grand ouverte sur le fini. De circulaire, répétitif horizon.

Saisis où ils prospèrent de ne pas se démonétiser, les mots : ceux, même épluchures, que d’impatience une neuve défense et illustration de la langue française imprime sur vélin. Les émet, les émiette une poésie verticale, en bribes, éclats, du disparate non de l’éclaté, en loques non du disloqué, ni avant-scène ni fond de rumeur – swing peut-être, chorus non choral, je reconnais plutôt Sonny Rollins que Coltrane, l’improvisation s’appesantit railleuse plutôt que ne se démène se démantèle. D’apophatique dérobade, mots en retrait telle une citation courent la prétentaine.

En plaquette qui énumère ce que l’autre ajoure, énuclée.

De page en page du chuchoté, des pans de phrases ont sauté, le sas du petit matin ajoure la provende de nuit. Par exception un quatrain, un quintil ne rimant qu’à moitié, au final la mise en abyme d’un sonnet, d’envoi central tel un trou noir (« Qu’avons-nous fait des années ? / Qu’avons-nous fait aux années ?) – comme remplis de couturière réépaississent ce qui se trame se démaille en une généreuse débauche de pages presque blanches,  jaunies par les années. À « pizzicati aigres » les violons.

Où « coup de force » répond à « cure de désintox ».

On a monté le son. Des informations en rafale, à mitraille, à grands sauts de registres,  n’émanent pas toutes, arrière toute, d’un même organe. « Dispute émaillée de horions »,  « La reproduction servile ou quasi servile », en avant ce peu, rompent la litanie, le brouillamini des « En marge du protocole », « Un souffle inouï il suffit de ». Introduit le coin d’une Renaissance dans la masse d’ordures et d’épluchures de l’actualité, le recul d’un demi-millénaire coupe court de souffle long à notre impatience, réitère dans son plus grand besoin, le sabir franglais plus dissolvant que le latin, à la langue française une défense, illustration.

Fragmenté et touffu. Épandu blanc de blancs. Le rarissime et le surabondant composent un « gratte-ciel horizontal ».

De courtes à longues tout en iambes trochaïques et jeu de jambes sur le ring des rings, la poésie. Au beat des beats, quand pour recharge deux vers consécutifs ont syntaxique partie liée. Que cymbales se dévoient la balle. À blanc au bal du réel. « Tac au tac / Tac / Tac » mais « Lentement les foirades et l’incompréhension ». Quand les media sont le latin d’église. À lire vite et se suspendre en chemin sur ce que de l’autre plaquette il émane très lentement. Le vers t’y cale.

Frangées d’écume des jours, les vaguelettes happées déferlent pour un précis de dégagement.

28 janvier 2020

[Chronique] Sandra Moussempès, Cinéma de l’affect, par François Crosnier

Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect. (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, janvier 2020, 104 pages, 13 €, ISBN : 978-2-36242-085-6. [Commander]

« La voix est la conscience »

Derrida, La voix et le phénomène

 

Le dédale que constitue le nouveau livre de Sandra Moussempès est organisé, comme l’indique le sous-titre, en sept « boucles » centrées sur le phénomène de la voix : la forme des mots que nous prononçons est le sujet principal de cette histoire. On sait l’importance du son pour l’auteure, elle-même chanteuse, ayant réalisé de nombreuses performances et dont vient de paraître un album qui convoque un langage purement sonore, sans aucun texte (Vox Museum).

J’ignore si cela sera remarqué, mais pour la première fois, Sandra Moussempès donne ici la clé de son travail d’interprète :

Tout l’aspect corporel de la pensée est ainsi remisé au fond de la glotte, c’est l’attirail des pensées journalières restées en travers de la gorge

Vertigineux de comprendre que le son de la voix est en fait la charge mentale de son environnement intuitif

Cinéma de l’affect prolonge Colloque des télépathes paru à l’Attente en 2017, dont il formerait un nouvel épisode ; on y retrouve les fantômes, le spiritisme, ainsi que la constellation familiale qui s’enrichit d’une nouvelle figure en la personne de l’arrière-grand-tante Angelica Pandolfini, cantatrice décédée en 1959 et dont le portrait orne la couverture du recueil. (…) un jour je découvris sur YouTube sa voix enregistrée en 1903 son timbre ressemblait au mien c’était troublant (…)

Le livre (du moins est-ce ainsi que je me le représente) est conçu comme une voix off qui accompagnerait une performance imaginaire au Museum des pas feutrés ou encore au Museum des tessitures flottantes. En phase pré-somnanbulique, l’auteure invente un univers où les voix ne se dispersent jamais tout à fait, peuplé de gramophones, de hauts-parleurs, de caméras vocales, de dictaphones, de vieilles K7, d’anciens répondeurs téléphoniques, le tout manipulé par des médiums ou des spirites.

On y trouve même une version postmoderne des « paroles gelées » de Rabelais (dans le Quart Livre) :

Si le son est empaillé il survit à de très basses températures, les textures vocales conservées dans du formol sont alors investies de propriétés euphorisantes à rapprocher du poppers ou de l’huile essentielle de menthe poivrée

Tous ces dispositifs, mémoires archivées de ce dont personne ne se souvient, constituent ultimement une machine à remonter le temps.

Le fil conducteur de ce bref mais dense recueil est en effet une histoire d’amour dont on devine qu’elle appartient à un passé récent. Si pour Sandra Moussempès la poésie est un moyen comme un autre de prendre du recul, le lecteur a plutôt le sentiment de se trouver en présence d’un impressionnant exercice cathartique (ou exorcisme ?), lequel, sans renoncer à la rigueur et à l’humour caractéristiques des précédents livres, manifeste la revanche du gramophone, ou la mise à distance de la relation amoureuse par les moyens mécaniques d’enregistrement :

Le micro par lequel j’enregistrais nos voix a fini par se consumer, la prise de son est une filiale de remords

La fonction « auto-envoûtement » de la touche « reverse » du magnétophone ne pouvait en aucun cas recoller les pots cassés constatés, néanmoins les amants bipolaires en clair-audience durent reprendre leurs cliques et leurs claques sans se soucier du noise reduction qui aurait pu sauver la mise (…).

26 janvier 2020

[News] News du dimanche

En cette fin janvier, après l’agenda Lucien Suel, nos Libr-événements et la fin de notre Libr-Rétrospective…

Agenda Lucien SUEL

SAINT-OMER, 1er février 2020, à 17 h, au Foyer du Moulin à Café, Grand-Place, lecture publique de textes connus traduits en picard par mes soins sur une proposition de Guy Fontaine (Les Lettres Européennes), en compagnie de Colette Nys-Mazure, Christian Ghillebaert et Marc Monsigny, une programmation de La Barcarolle (gratuit) :https://www.labarcarolle.org/evenement/rencontre-c-nys-mazure-l-suel-c-ghillebaert/


LA COUTURE
, le dimanche 2 février 2020, présence au 40ème Salon du Livre de 11 h à 18 h 30. Avec notamment mon dernier ouvrage : « Ourson les neiges d’antan ? » aux éditions Pierre Mainard.


CAEN,
à l’IMEC, Institut Mémoires de l’édition contemporaine, Abbaye d’Ardenne, Chemin de Saint-Germain, 14280 Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, du 4 au 7 février 2020, à l’invitation de Thierry Weyd et avec les étudiants de l’Esam Caen-Cherbourg, animation du workshop « SPEED WRITING / FAST PUBLISHING ». Lecture-performée (ouverte au public) le mardi 4 février à 18 h 30.


CLERMONT-FERRAND
, du 13 au 16 mars 2020, invité en tant que parrain de de la 33ème Semaine de la poésie, Festival de mars, à Clermont-Ferrand et dans la région.

Exposition de 60 poèmes express, du 2 au 27 mars, à l’INSPE Clermont-Auvergne (ex-ESPE), 36, avenue Jean-Jaurès, CHAMALIERES.

Le vendredi 13, à 18 h, pendant l’inauguration à l’INSPE, lecture (10 mn) d’extraits de « D’azur et d’acier » éditions La Contre allée.

Le samedi 14 de 11 h à 12 h, à la Médiathèque des Jardins de la Culture de RIOM, « Une heure avec Lucien Suel, poète et jardinier », suivie d’une séance de dédicace.

Le samedi 14, à 20 h, salle Georges-Conchon, « Deviens le poème ! », lecture d’ouverture, performance d’une heure à partir d’extraits de « Je suis debout » et de « Ni bruit ni fureur », mon anthologie en deux volumes publiée à La Table Ronde.

Le dimanche 15, à 11 h, salle Georges-Conchon, conférence-lecture-rencontre : «  Ma vie avec Jack Kerouac et la Beat Generation »

Le dimanche 15 mars à 16 h, au Cinéma Le Rio, quelques-uns de mes poèmes seront lus par deux élèves de la classe théâtre du Conservatoire Emmanuel-Chabrier de Clermont (extraits de Mort d’un jardinier et Visions d’un jardin ordinaire) en amont de la projection du film documentaire Le potager de mon grand-père de Martin Esposito, 2016.
Le lundi 16 dans la matinée, lecture-rencontre au collège Roger Quilliot.

Pour le programme complet : http://lasemainedelapoesie.assoc.univ-bpclermont.fr/


A
RRAS, 1er et 2 mai 2020, invité au Salon du Livre d’expression populaire et de critique sociale organisé par l’association Colères du présent. Programme à préciser… Programme surprise ?


LIMOGES
, 15 et 16 mai 2020 Festival « Ecouter Voir » à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art, Campus de Vanteaux, 19, avenue Martin Luther King, lecture publique le vendredi 15 à l’invitation des éditions du Dernier Télégramme. Horaire à préciser.http://www.derniertelegramme.fr/

Libr-événements

â–º Dimanche 2 février à 16H, L’Achronique, art et philosophie (42, rue du Mont-Cenis 75018 Paris) :

Dans le cadre de la résidence d’écrivain Ile de France (Poésie et faits divers : contre la fait diversification de la langue), Laure Gauthier reçoit à la galerie l’Achronique le poète Christophe Manon qui lira des extraits de Pâture de vent (Verdier, 2019) et de Vie & opinions de Gottfried Gröll (Dernier Télégramme, 2017), avant d’entamer un dialogue avec la poète autour du lien entre poésie et réel, poésie et faits divers.

â–º Les RV de/avec Mustapha Benfodil autour de son Alger, journal intense :

â–º Jeudi 13 février à 19H, Université de la Sorbonne, Amphithéâtre Guizot : la revue Place de la Sorbonne présente le « Système poétique des éléments »

Donner à voir et à entendre les 118 éléments du tableau périodique de Mendeleïev : c’est ce que nous proposent les 118 poètes du Laboratoire Novalis. Présentés par Katia-Sofia Hakim, Hans Limon et Dominique Tourte, quelques-uns des poètes de PLS au sommaire de cette anthologie chimico-poétique liront leur poème : Laure Gauthier, Irène Gayraud, Laurent Grison, Christine Guinard, Cécile Guivarch, Alexis Pelletier, Dominique Quélen et Sanda Voïca. Ces lectures seront ponctuées par les créations sonores du duo Kairos.
Gratuit sur inscription obligatoire avant le jeudi 13 février 2020.
Organisé par l’association Place de la Sorbonne en collaboration avec les Éditions Invenit, et avec le soutien du service culturel de la Faculté des Lettres de Sorbonne Université.

Libr-rétrospective 2019 (2)

â–º NEWS : Libr-News de septembre 2019…

â–º Création : Laure Gauthier, « Transpoems »Â ; F. CUHEL, « Retraitement du travail »

â–º Chroniques : Prévert, détonations poétiques ; Robert Menasse, La Capitale ; TXT n° 33 ; Patrick Beurard-Valdoye, « Flache d’Europe aimants garde fous » ; Mustapha Benfodil, Alger, journal intense ; Christian Prigent, Point d’appui

22 janvier 2020

[Chronique] Pierre Guyotat et la fonction critique (à propos de Divers), par Guillaume Basquin

Pierre Guyotat, Divers – Textes, interventions, entretiens, 1984-2019, Les Belles Lettres, automne 2019, 502 pages, 27 €, ISBN : 2-251-44930-2.

 

Saluons d’entrée de jeu la beauté de la façon de ce livre : impression en cahiers de 32 pages sur papier bouffant type « Munken », couverture grise avec longs rabats intérieurs très élégants, typographie impeccable. Les éditions Les Belles lettres n’ont pas lésiné pour offrir ce « Tombeau pour Pierre Guyotat », comme l’est fatalement toute anthologie d’entretiens ou d’interventions dans la presse (effet ici renforcé par l’inscription du titre en bleu comme incisé dans le gris-pierre-tombale du papier non pelliculé de couverture). Pour qui s’intéresse à l’un des écrivains dont l’œuvre est la plus radicale du dernier demi-siècle de littérature française, c’est/ce sera un objet-livre indispensable : en plus des textes qu’on a pu lire (avec un peu de chance ; il fallait être là au bon moment) dans la presse papier qui a le plus accompagné son œuvre (il en ressort ces 3 titres : Le Monde, Libération et Artpress), on y trouve des textes quasi-introuvables : un discours à/pour la BNF, un entretien avec Jacques Henric (son interviewer qui revient le plus souvent dans ce volume) pour le Cargo (Maison de la culture de Grenoble), une lettre à quatre mains écrite avec le même Henric et adressée au ministère de la Culture pour présenter un travail auprès des détenus de certains établissements pénitentiaires, etc.

Pierre Guyotat fait partie des rares écrivains à bouleverser totalement ses lecteurs, tant ses partis pris formels (écriture « en langue » (comme il le dit lui-même toujours) absolument personnelle (ablation des « e » muets, apostrophes incessantes, mots inventés, syntaxe bousculée, utilisation du verset dans la prose, etc.)) et ses idées (politiques, mais pas que ; esthétiques aussi) sont à des années-lumière des doxas régnantes. Je me souviens avoir été fort étonné de découvrir chez/grâce à lui, écrivain le plus radical et révolutionnaire de France (je crois qu’on le peut dire sans se tromper…) de l’après-mai-68, que le « plus grand livre de poésie » de tous les temps était sans (presque aucun) doute la Bible… Je n’avais alors jamais lu icelle, coincé dans l’idéologie « progressiste » qui m’avait formé (école laïque, presse, etc.)… La relecture de cette somme de Pierre Guyotat renforce cet effet de « sidération » : il est fort probable qu’il ait raison, ce diable d’écrivain habité par un messianisme révolutionnaire (mais limité à l’Esthétique) !… Lisez avec moi : « La mythologie judéo-chrétienne reste à mes yeux extrêmement puissante. Il s’agit d’une extraordinaire fiction. A-t-on jamais fait mieux ? Tout y est : la splendeur, le néant, la dégradation, le corps crucifié, le corps glorieux… » ; « La Bible, c’est un rêve pour un artiste de l’écrit […]. On n’a jamais rien écrit de plus beau… Dieu […] était un formidable stimulateur », etc. Toujours, je me suis souvenu de cette leçon guyotesque : il faut se méfier des lieux communs (et d’aisance) de la pensée positiviste et « progressiste »… Et Jésus Christ pourrait bien être (ainsi qu’on le voit dans le chef-d’œuvre de Pasolini, L’Évangile selon Matthieu, film aimé entre tous de Guyotat) l’un des plus grands marcheurs-révolutionnaires de toute l’Histoire…

Il va sans dire que l’importance et l’influence de la Guerre d’Algérie (qu’il fit comme appelé du contingent) sur l’écrivain est ici grandement confirmée : dans les années 80, presque pas une intervention dans la presse où il n’y revienne : « Mais c’est l’Algérie qui a déclenché l’audace nécessaire… » ; « c’est une des expériences fondatrices de ma vie » ; « le mépris des morts, le jeu avec les crânes, l’envoi des paquets d’oreilles par les soldats [français] à leur famille, à leur fiancée, ces choses qu’on ne croyait pas quand je le disais à l’époque, maintenant, on le sait que c’était vrai », etc. Là où la violence (coloniale) règne ; là la violence (écrite) régnera : par exemple la grande prose d’Éden, Éden, Éden, qui fit s’évanouir (d’horreur) l’une de ses premières lectrices (fait rappelé dans ce volume)…

Dès rendu à l’année 1985 des « entretiens », toutefois, on commence à être pris d’une certaine « gêne » ; interrogé sur son isolement artistique par Alexandra Tuttle et J. G. Strand pour la revue Paris Exile n° 2 (Fiction, poésie, image et tragédie intime, première traduction ici), le grantécrivain répond ceci : « Je suis isolé, mais c’est parfaitement normal. Pour que mes livres soient publiés et lus, j’avais pas le choix. Je pouvais soit reculer, effacer ce qu’il y avait de “nouveau”, soit m’engager encore plus avant, ajouter encore d’avantage de nouveau. Et c’est ce que j’ai fait. » On sait que c’est ce qu’il a fait, mais seulement jusqu’à Progénitures (éd. Gallimard, 2000), revenant ensuite à une écriture totalement normée et même autobiographique (Formation, Arrière-fond et Coma). Pour avoir questionné (gentiment) ce recul dans mon propre texte « Pierre Guyotat à rebours », dans Les Cahiers de Tinbad n°8, j’ai été « victime » d’une censure (sensure, tout aussi bien, tant toute mon analyse est vérifiée (c’est « comme ça » : les faits semblent s’être penchés sur mon berceau d’écrit-vain…), à rebours, par la lecture de ce volume d’entretiens…)) de la part de Jacques Henric, qui me demanda, pour le compte de sa revue Artpress, un service de presse de ce numéro, avec « promesse » (écrite) d’en rendre compte… La vérité est qu’il n’en fit rien, pour me faire payer (en bouc-émissaire, comme dans la fable biblique) les péchés « d’Israël » : la trahison par l’ensemble des membres du groupe « Tel quel » de l’expérimentation en littérature… Il se trouve que Philippe Sollers, lui, fut au moins très franc, via un texte prononcé à Beaubourg le 12 décembre 1977, « Crise de l’avant-garde ? » (repris in Logique de la fiction, et autres textes, éd. Cécile Defaut, 2006), annonçant son abandon futur (pour des raisons stratégiques) de toute écriture expérimentale après Paradis ; tandis que Guyotat  se faisait le chantre d’une résistance à l’abandon par le même Sollers de toute écriture avant-gardiste après Paradis 2… « On parle d’un retour du “Je” en littérature. Et pourquoi ? À cause de toutes ces autobiographies, du sujet, de son propre passé, de son enfance, de toutes ces sottises. » (Fiction, poésie, image et tragédie intime, art. cit.) (C’est moi qui souligne.) Comment, après ses trois livres complètement autobiographiques cités, Guyotat peut-il encore justifier de ses paroles très dures : « Je ne comprends pas pourquoi quelqu’un voudrait traiter ce sujet [l’enfance] quarante ans plus tard : c’est stupide et ennuyeux » (art. cité) (c’est moi qui souligne) ? Bien sûr, et pas plus que Jacques Henric, il ne le peut… (Il fallait donc me faire payer cette outrecuidance : l’avoir révélé (écrit)… Dire la vérité, ça ne se fait pas, n’est-ce pas !?…).

Cette dernière « dispute » dans mon texte me permet maintenant d’aller à l’essentiel : toute critique ne devrait-elle pas aider le lecteur (potentiel) à se constituer une bonne bibliothèque, s’épargnant les mauvais (ou inutiles) livres ? Pour un lecteur ignorant de son œuvre, c’est ce que j’ai essayé de faire (modestement) avec mon texte « Pierre Guyotat à rebours » ; quand une revue comme Critique (mais aussi Artpress, par pur « copinage » (autre nom, plus juste, de « l’amitié »)), avec son numéro spécial « Pierre Guyotat » (n° 824-825, 2016), ne fut qu’hagiographie et flagornerie (interdisant, du coup, toute « critique », fût-elle très relative et même constructive, de l’œuvre)… Une revue comme Raskar Kaspac, par exemple, en produisant un numéro entier sur Gabriel Matzneff (en mettant de côté toute actualité récente…), sans quitter jamais le genre hagiographique, ne me permit pas de me faire une idée de l’œuvre (en bref : quel livre lire pour commencer ?) ; alors que quand on lit un dossier sur un cinéaste dans une revue comme Trafic (« Revue de cinéma. » (point)), on sort toujours grandi de notre ignorance : on sait en général quels films voir, qui de Dovjenko (« Les tournesols de Dovjenko », Marc-Édouard Nabe, Trafic n° 33), qui de John Ford (numéro spécial entier, « Politique(s) de John Ford », Trafic n°56). À bon entendeur (critique), salut !…

18 janvier 2020

[Libr-relecture] Michaël Glück, … commence une phrase, par Christophe Stolowicki

Michaël Glück, …commence une phrase, Lanskine, 2019, 64 pages, 13 €, ISBN : 979-10-90491-98-4.

 

Quand « commence une phrase arrachée / à l’encre du sommeil », une phrase de réveil dont « quelques points de réticence / sont reliques de la nuit » – bientôt de vif-argent, d’esprit alerte –, ce qui vous prend au plexus est une voix profonde, grave, creusant son sillon de nuit dans l’ajour, de jour en jour faisant remonter de l’âme, celle qui a avantageusement remplacé le psychisme.

En résidence à la Maison de la Poésie de Rennes, Michaël Glück a vue de sa chambre sur « le canal », le canal Saint-Martin appelant la Vilaine qui coule non loin de là et rappelle la Seine, « autant qu’il m’en souvienne » dit-il. D’autres refrains s’y emmêlent, au bon Guillaume « Nezval / Vitězslav qui ne fut Gérard », poète tchèque surréaliste, donne la réplique, il s’en compose « un air unique […] une complainte / dont je n’ai jamais su l’auteur […] un air que me chantait ma mère […] un air aux doigts de pluie / un air de verres de cristal […] // qui tient à distance / la litanie des morts et les noms des absents / dont les lèvres jamais / n’ont effleuré mon front ». Ne disent « le bon jour […] dobrý den / ni rives du Saint-Laurent / ni bord du canal Saint-Martin / […] dobrý den good morning / guten tag buon giorno », son gosier de métis parle toutes les langues.

Quand « le jour ne s’est pas levé / la nuit ne s’est pas / enroulée dans le store // quelles écritures / dorment encore / dans la torah de la lumière » : à même le paysage de nuit urbaine étirant des « lignes de réverbères », l’identité juive émerge de ses siècles obscurs, quelques bribes restées accrochées aux buissons nocturnes, aux frissons de l’urne. À corbeaux accords beaux qui lèvent un pan de nuit, une poésie éminemment masculine – sobre, peu d’enjambements, ni majuscules ni autre ponctuation que celle de la poésie – de proche en proche rapproche le dissemblable pour que commence une phrase. Omniprésente l’Histoire récente où culminent les gammées « rouelles de Saint-Louis », et quand derechef « une croix à l’endroit / une croix à l’envers / la parole tricote / […] l’évangile des reniements ». Oui, « l’Histoire la grande histoire / peuple mes nuits […] on ne sait quel corbeau / a dépeuplé la nuit » sur la plaine quand s’élève le chant des partisans. 

Résidence d’écriture vaut mieux que villégiature où « le cèdre des derniers jours / n’a pas laissé sur les paupières / son tatouage d’aiguilles bleues », où « dans la chambre d’hôtel / sur l’oreiller / des questions sont restées sans réponse », où « derrière les rideaux / la vue est arrêtée », où barré le regard intérieur, d’isthme en isthme rien ne desserre ne dénoue le lancinant tourisme.

Remonte ce quelque chose de viscéralement juif athée, d’un athéisme où le vers a la rigueur de la prose, que je ne saurais nommer : judaïsme trop religieux, juiverie péjoratif, c’est peut-être ce sans nom oblitéré par les siècles qui s’exprime ici.

Ici « (…) // les mots du rêve sont buée / salive sans sel sur les lèvres / du dormeur qui s’éveille ». Un doux rêveur ? Non, un fort, lucide, inspiré rêveur. Dans un monde où l’action est bien la sœur du rêve.

12 janvier 2020

[News] News du dimanche

Pleins feux sur les deux livres remarquables qui vont paraître ces jours-ci : Cinéma de l’affect, de S. Moussempès, et Cow-boy de Jean-Michel Espitallier. Puis nos Libr-événements, dont certains sont liés à ces livres.

UNE : les deux livres – remarquables ! – de la semaine

Les deux livres à la UNE cette semaine ont pour points communs d’avoir fait l’objet d’une édition soignée (bravo aux éditions de l’Attente et à Inculte !) et de traiter de fantômes : Sandra Moussempès poursuit sa spectrographie/spectrophonie ; quant à Jean-Michel Espitallier, il se lance au galop à la poursuite de son fantôme de grand-père…

► Sandra MOUSSEMPÈS, Cinéma de l’affect. (Boucles de voix off pour film fantôme), éditions de l’Attente, à paraître le lundi 13 janvier 2020, 104 pages, 13 €, ISBN : 978-2-36242-085-6. [Commander]

Ce volume qui résume toute l’entreprise de Sandra Moussempès est à lire en écoutant l’album Vox Museum, qui ressortit à « la poétique de l’audio-poème » : la voix est le médium de l’affect et nous plonge de façon hypnotique dans une boîte à fantômes et à fantasmes. D’un entremêlement de notations, de graphiques, de photos et de voix, surgissent aussi bien « l’amoureux errant de ce dédale » qu’une figure familiale, l’impressionnante cantatrice sicilienne Angelica Pandolfilni, maîtresse de Toscanini.

Impossible de s’en tirer, envoûté que l’on est par ce « conte de fée psychique », ce « théâtre mental », ce « Muséum des tessitures flottantes »…

► Jean-Michel ESPITALLIER, Cow-boy, éditions Inculte, à paraître le mercredi 15 janvier 2020, 144 pages, 15,90 €, ISBN : 978-23-60840-22-9. [Commander]

« Les mythologies des familles sont des constructions en équilibre instable,
agencements de petits faits pas vrais, récits au tamis,
tris sélectifs et bricolages pour que l’histoire présente bien.
Il y a les braves types surexposés sur les commodes.
Il y a les drôles de loustics enfouis au fond des tiroirs.
La gloire ou le passage à la trappe. Pour mon grand-père Eugène,
ce fut la seconde destination » (exergue, p. 9).

Comment faire pour saisir un fantôme, c’est-à-dire une figure familiale reléguée aux oubliettes ? Et pourquoi mener l’enquête ? Comment / que raconter quand on ne sait rien ou presque ? C’est là que commence l’écriture, nous suggère Jean-Michel Espitallier : faire parler le silence… non pas combler le vide, mais jouer avec, flirter avec le trou béant, faire affleurer le je d’un jeu avec le temps (et) des origines…

Écrire, pour le poète, c’est traverser la nuit-des-temps, « les filtres de la famille » et « des souvenirs de souvenirs » (115), les représentations scolaires et socioculturelles les plus diverses – parmi lesquelles les univers de Flaubert, Zola, Mallarmé, Proust, Apollinaire, Giono, ou encore les récits d’aventure, les westerns et L’Odyssée de l’espace de Kubrick –, pour évoquer l’absent de tout bouquet familial, « le cow-boy qui se retourne [et] ne tarde pas à se faire flinguer par la sédentarité des familles rurales » (96)… C’est ici réussir une attachante (anti)mythobiographie.

Libr-événements

► Le jeudi 23 janvier à 21 heures, la Cav’Po de Toulouse, 6 € ; RÉSERVER
Sandra Moussempès (poète performeuse) : Dans son nouveau livre, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), qui vient de paraître aux éditions de l’Attente, elle accorde une place prépondérante à la voix en tant que dispositif sonore et amoureux via ses propres mémoires vocales archivées et son lien avec son ancêtre, la célèbre cantatrice Angelica Pandolfini. Elle lira des passages de ce nouveau livre et donnera à entendre en miroir sonore des extrais de sa création vocale Vox Museum (Editions Jou).
◊ RV également le 6 février à 19h30 : Lecture-dédicace à la libraire Charybde Ground Control.

► Mercredi 15 janvier à 19H, L’arbre à Lettres Bastille (62, rue du Faubourg Saint-Antoine 75012 Paris) : Lancement de Cow-boy avec Jean-Michel Espitallier.

► Mardi 14 janvier, Les Champs Magnétiques (80, rue du RV 75012 Paris) : « Explorer, avec Benoît Casas – Toutes les distances de langage ». Organisé par Luc Benazet et Benoît Casas.

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